« Aie ! »

Gémissant, Kougyoku regarda l'épée en bois rebondir sur le sol. Encore raté... Cela faisait quelques jours maintenant qu'elle avait décidé d'apprendre à s'en servir mais... sans réels résultats malheureusement. N'osant pas en faire usage devant d'autres personnes, elle avait ramené aussi discrètement que possible l'arme dans ses appartements. Après avoir cherché un endroit tranquille ou personne ne risquerait de la trouver, elle s'était mise à pratiquer un peu chaque jour. A l'abri des grands arbres, on ne la remarquait pas et les feuillages épais des buissons étouffaient les bruits. Et chaque jour se terminait de la même manière, à savoir l'épée qui tombait immanquablement au sol tandis qu'une multitude d'ampoules fleurissait sur ses mains. Mais peu importait, elle recommençait à chaque fois. Parce qu'à l'heure actuelle, c'était la seule chose à laquelle elle pouvait penser pour protéger ses cousins. Prenant à nouveau l'arme en main, elle fit un pas en avant comme elle se souvenait avoir vu faire sa cousine, abaissant l'arme qu'elle tenait à deux mains comme pour frapper son adversaire. Mais son pied se coinça dans une racine qui émergeait du sol, la faisant basculer en avant, se prenant un coup d'épée sur le front avant de s'affaler lourdement par terre.

« Aie... ça fait mal... »

Elle se massa le front, sentant déjà une bosse se former à l'endroit du choc. Elle n'était définitivement pas douée pour ce genre de choses... Un rire la fit sursauter et elle se leva d'un bond pour regarder vivement autour d'elle. Quelqu'un l'avait vue ! Où !

« Q-Qui est là ? »

Pas de réponse. Se saisissant de l'arme, elle la tint devant elle dans un geste défensif... même si elle doutait sincèrement de pouvoir faire mal à quelqu'un d'autre qu'elle même.

« Je sais que vous êtes là... »

Toujours personne... Le rire était pourtant si proche. Elle poussa soudainement un cri quand quelque chose la heurta dans le dos, la faisant tomber. Qu'est ce qu'il s'était passé ? Ça lui coulait dans le dos... Elle passa sa main sur son vêtement. C'était trop collant pour être de l'eau... Reniflant prudemment, elle haussa un sourcil. De la pêche ? De nouveau, le rire éclata, avant qu'une voix moqueuse n'enchaîne :

« Ah, t'es vraiment trop nulle ! »

Levant les yeux, la princesse trouva enfin le responsable. Perché dans les branches d'un arbres, un garçon la regardait de ses yeux rouge tout en riant jusqu'à en perdre haleine, ses cheveux noirs ramené en une longue tresse derrière son dos. Elle ne se souvenait pas de l'avoir vu quelque part... mais vu les vêtements qu'il portait, il devait être important. Ce qui ne l'empêcha pas de se sentir froissée en le voyant rire d'elle avec autant de plaisir.

« J-Je ne me suis jamais servie d'armes avant !

_Ah ben ça se voit ! Tu devrais arrêter avant de te crever un œil ! »

Et il repartit dans un fou rire, ce qui fit rougir la princesse de honte. Et un peu de colère aussi. Elle faisait ce qu'elle pouvait ! Et pour qui se prenait il pour se moquer comme ça d'ailleurs ?

« Si tu sais le faire, montre moi alors !

_Et puis quoi encore ? Débrouilles toi toute seule, mocheté !

_Mocheté !? »

Non mais... mais qui était cette peste ? Quoique non, elle n'avait même pas envie de le savoir ! Le mieux qui lui restait à faire était de partir loin de lui et elle aurait la paix ! S'apprêtant à ramasser son épée, elle se figea quand une ombre se dessina devant elle et elle leva les yeux, se tétanisant de suite en reconnaissant ce regard terrifiant. K-Kouen ? Pourquoi était-il là ? Elle se recula instinctivement, bredouillant quelques syllabes. Ah... il lui faisait vraiment peur. Il lui donnait constamment l'impression d'être fâché. Peut être était ce la raison pour laquelle il était là d'ailleurs. Si ça se trouve, il avait appris qu'elle avait volé une arme pour son propre usage et était venu lui faire passer un sale quart d'heure. Rien que d'y penser, elle sentit ses jambes trembler. Mais le prince se contenta de demander :

« Qu'est ce que vous faîtes cachés au beau milieu des arbres tous les deux ? »

La petite n'eut pas le temps de répondre que le gamin dans les arbres la devança, continuant de ricaner encore un peu.

« Elle essaye de se servir de son épée mais elle n'y arrive pas. C'est tellement drôle à regarder ! »

Kougyoku sentit son sang se glacer quand le regard de son frère se posa sur elle. Elle aurait voulu pouvoir creuser un trou et s'y terrer tant elle avait honte. Qu'est ce qu'elle avait fait pour mériter ça ? Elle s'attendait à l'entendre rire aussi de son idée, se moquer de ses pitoyables capacités mais il n'en fit rien. Croisant les bras sur son torse tout en la regardant, il finit par demander :

« … Et d'où te viens cette envie soudaine ? Jusque là, il ne m'avait pas semblé que ça te passionnait... »

Demeurant silencieuse, elle se risqua à lever les yeux vers lui et rougit en voyant qu'il la regardait, attendant vraisemblablement sa réponse. Allait-il se moquer ? Sans doute mais... Serrant les poings pour se donner du courage, elle ferma les yeux avant de lâcher d'une voix un peu trop forte :

« J-Je veux pouvoir protéger Hakuei et ses frères ! Si j'apprends à me battre, je pourrais leur être utile !

_Mais pour le moment, elle risquerait juste de les assommer, elle a déjà presque réussi pour elle. »

Elle fusilla le garçon du regard qui le lui rendit en tirant la langue, ricanant de plus belle. Kouen quant à lui poussa un léger soupir.

« Judal, descends de là, tout le monde te cherche au palais... »

Le concerné fit une moue réprobatrice mais obtempéra malgré tout, flottant jusqu'à lui sous les yeux médusés de la petite princesse. Comment faisait-il pour voler comme ça ? Incroyable ! La remarquant, Judal grimaça.

« Arrête de me regarder comme ça, tu es encore plus moche avec tes gros yeux !

_Quoi !? »

Mais quel sale... Celui ci poussa cependant un cri quand Kouen tira sur sa tresse d'un coup sec en grognant.

« Arrêtes donc et rentre... »

Grommelant tout en se massant le crâne, le garçon obtempéra et partit d'un pas lent, visiblement de mauvaise grâce tandis que Kouen se tournait à nouveau vers sa petite sœur.

« Ramasse ton épée et montre moi comment tu te tiens.

_Pardon?

_Ramasse la et mets toi en garde. »

Elle mit un temps à comprendre ce qu'il voulait mais se précipita sur son arme en l'entendant soupirer, la prenant les mains tremblantes. Elle s'efforça de la tendre devant elle, ses deux mains crispées sur le pommeau et attendit, risquant un regard vers lui. Ce dernier ferma les yeux et secoua lentement la tête. Il affichait un air dépité qui peina la petite. Elle... était si mauvaise que ça ? Baissant la tête, elle fit un bond et manqua de lâcher son arme quand elle réalisa qu'il s'était mit derrière elle, une main poussant dans son dos.

« Redresses toi, tu ne dois pas être courbée comme ça... et ne tient pas ton arme comme un boucher tiendrait son couteau... »

Figée, la princesse le laissa rectifier sa position sans oser bouger un muscle. Il lui faisait tenir l'arme avec sa main droite seulement, l'autre bras légèrement tendu en biais de son corps, son pied droit en avant. Il recula un instant pour la regarder avant de finalement acquiescer.

« Garde en mémoire cette posture. C'est comme ça que tu dois te tenir

_M-Mais... l'épée est trop lourde... Je n'arrive pas à la manier à une main...

_C'est parce que tu n'es pas entraînée. Ce genre d'épée ne nécessite que l'utilisation d'un bras aussi tu dois apprendre à faire avec. »

Il... lui donnait des conseils ? Elle en était réellement étonnée, jamais elle n'aurait cru qu'il ferait ça. Puis elle baissa la tête.

« … Je ne suis vraiment pas douée...

_ Tu n'arriveras à rien toute seule. Ne t'attends pas à progresser comme ça. »

Ses efforts faits jusque là étaient donc inutiles ? Elle pinça les lèvres pour retenir les larmes qu'elle sentait monter. Le prince s'en rendit compte et soupira avant de reprendre.

« Je t'apprendrais. »

Clignant des yeux, la princesse leva les yeux vers lui, oubliant toute pudeur ou honte. Elle avait bien entendu ou...

« P-Pardon ?

_Je vais t'apprendre à manier une épée... Vu la bosse que tu as au front, j'en viens à penser que Judal n'était pas si loin du compte en disant que tu finirais par t'assommer... »

Mais ça, la petite s'en fichait réellement pour le coup. Il allait vraiment l'aider ? Il ne plaisantait pas ?

« V-Vraiment ?

_Tu veux apprendre non ? Pour ça, il te faut quelqu'un qui te montre comment faire... Par contre, que les choses soient claires : je ne te ferais pas de cadeaux sous prétexte que tu es petite ou une fille. Si tu veux apprendre, il va falloir faire des efforts, ça sera fatiguant, tu trouveras peut être ça trop dur mais je ne changerais pas mes méthodes. Et je ne perdrais pas mon temps avec toi si je vois que tu ne donnes pas tout ce que tu as, c'est clair ? »

Son discours l'avait refroidie en un instant. Cette personne... était vraiment terrifiante. Visiblement, elle allait en baver... Fermant les yeux, elle repensa à ses cousins et cousine. Il ne fallait pas qu'elle recule... elle devait tout faire pour pouvoir les aider ! Ouvrant les yeux, elle regarda son aîné avec un regard déterminé.

« Oui ! S'il vous plaît, apprenez moi à me battre ! »

Et elle s'inclina devant lui, ne remarquant pas le léger sourire qui s'était dessiné sur les lèvres du prince.


« Cours plus vite bon sang ! »

Le prince rugissait tandis que Kougyoku, effrayée, accélérait encore l'allure malgré la sueur qui coulait sur sa peau et sa respiration sifflante. Elle avait l'impression que ses poumons étaient en feu et ses jambes en plomb. Mais son frère avait un don pour lui faire passer toute envie de s'arrêter... Et cela se passait ainsi depuis des jours maintenant. Il lui avait promis de l'entraîner au maniement de l'épée hors jusque là, elle avait essentiellement fait de la course à pied ou d'autres exercices qui nécessitaient tout sauf une épée. Elle ne s'était pas trompée la première fois qu'elle l'avait vu. Il tenait tout d'un tyran. Prenait il donc tant de plaisir que ça à la voir souffrir ? Tout ce qu'elle voulait, c'était apprendre à manier une épée, pas à courir ou à faire des pompes...

Elle se laissa tomber avec un gémissement de soulagement lorsque son frère lui dit d'arrêter, restant dos contre terre à reprendre son souffle, regardant le ciel bleu tirant peu à peu vers l'orangé qui s'étendait devant elle. Depuis combien de temps faisait elle ça ? A peu près trois semaines si elle ne se trompait pas... Déjà trois semaines... le temps passait si vite...

« On reprend dans cinq minutes »

Elle tourna la tête vers son frère qui l'avait rejoint et qui nettoyait la lame de son épée. Chaque jour, après avoir rempli ses obligations, il venait la trouver pour s'occuper d'elle. Il prenait la peine de s'occuper d'elle quotidiennement... alors pourquoi ne lui montrait-il pas comment se battre ? Elle ne comprenait pas. Celui-ci leva les yeux de son arme pour les poser sur elle.

« Allez, on reprend. »

La voyant rester immobile, il finit par demander :

« … Qu'est ce qu'il y a ?

_Je... Q-Quand est ce que je pourrais utiliser une épée ?

_Pas dans l'immédiat. »

La petite princesse pinça les lèvres. Cela faisait déjà trois semaines. Elle n'avait pas tout le temps qu'elle voulait pour apprendre, elle devait faire vite !

« M-Mais pourquoi ?

_Parce que c'est comme ça. »

Sa réponse la frustra et fâcha un peu également. C'était bien la peine de lui dire qu'il lui apprendrait si elle se retrouvait finalement juste à courir sans jamais pouvoir toucher une arme ! Elle finit par lâcher d'une voix sèche et agacée.

« Mais je veux apprendre maintenant ! Je ne veux pas courir, je ne veux pas faire vos exercices, je veux une épée et je veux pouvoir me battre avec ! Ça vous amuse tant de vous moquer de moi ? C'est horrible !»

Puis elle se figea. C'était bien elle qui venait de parler comme ça ? Elle se raidit en le voyant froncer les sourcils pour ensuite se lever et venir vers elle. Il allait la frapper ? Après ce qu'elle venait de dire aussi... Elle ferma les yeux en attendant un coup mais fut surprise de le sentir attraper son poignet pour l'emmener. Où est ce qu'ils allaient ? Sûrement dans un endroit plus discret ou personne ne le verrait lui faire regretter ses paroles. Elle sentit une vague d'angoisse tomber sur ses épaules tandis qu'elle pressait le pas pour pouvoir rester au niveau du prince. Il avait une poigne si forte que ça commençait à lui faire mal. N'osant pas prononcer le moindre mot, elle s'efforça de le suivre en silence pour ne pas le fâcher davantage. Mais elle fut surprise lorsqu'elle vit qu'ils étaient arrivés au petit entrepôt où les armes d'entraînement étaient stockées. Tournant la tête vers son frère, elle le regarda se saisir d'une épée en bois pour ensuite revenir vers elle. Il... comptait la frapper avec l'épée ? C'était pour ça qu'il l'avait amenée ici ? Elle ferma les yeux en sentant le coup approcher.

« J-Je suis désolée !

_... De quoi parles tu encore... »

Elle se risqua à ouvrir les yeux et le vit qui se tenait devant elle, lui tendant l'arme en bois. Il voulait qu'elle la prenne c'est ça ? Tendant lentement la main, elle attrapa l'arme et la ramena contre elle en le voyant la lâcher.

« Mets toi en position. »

La voyant rester immobile à le regarder, visiblement un peu perdue, il grogna.

« … Ne me dis pas que tu as oublié la position que je t'ai montré...

_A-Ah non ! Je m'en souviens! »

Se redressant aussitôt, elle tendit son arme en avant de sa main droite, l'autre bras en biais de son corps avant de mettre un pied en avant et de jeter un coup d'œil à son frère. Celui-ci la regardait faire avant de finalement acquiescer.

« Voilà pourquoi... »

La voyant pencher la tête, il soupira un peu avant de reprendre.

« Tu me demandais tout à l'heure pourquoi je te faisais faire ces exercices plutôt que du maniement d'armes, maintenant tu vois pourquoi. »

Ne comprenant pas, Kougyoku resta un moment à le regarder avant de baisser les yeux et de soudainement réaliser de quoi il parlait. Elle tenait sans mal son épée d'une main alors que trois semaines plus tôt, elle peinait à la soulever à deux mains. Elle bougea un peu l'arme lentement. Elle était encore lourde mais... elle pouvait la bouger d'une main !

« Apprendre les mouvements est une chose, mais si tu n'as pas la force de bouger ton arme correctement ni l'endurance pour le faire longtemps, tu n'iras pas loin...

_... Je suis désolée.

_C'est bon. Maintenant que tu sais pourquoi, ça te motivera peut être davantage. »

La petite acquiesça en souriant. Il ne lui en voulait pas ? Elle s'en sentit réellement soulagée, encore un peu honteuse mais soulagée. Maintenant qu'elle savait qu'il ne se moquait pas d'elle, elle ressentait réellement l'envie de tout donner. Et c'est ce qu'elle fit, retrouvant avec plus ou moins de plaisir les hurlements de son frère lorsqu'elle n'allait pas assez vite à son goût...

Les jours passaient, assez semblables les uns aux autres à ceci près que Kouen commençait enfin à lui montrer quelques postures et mouvements de base avec son arme. Ce qui eu comme résultat de lui faire gagner des ampoules aux mains en plus de celles qui fleurissaient déjà à ses pieds. Ça ainsi que des courbatures qui remontaient le long de ses bras jusqu'à ses épaules qu'elle n'osait plus solliciter une fois l'entraînement terminé.

Se laissant tomber dans son lit de tout son long, Kougyoku poussa un long soupir. Elle avait mal partout, son corps entier lui semblait aussi lourd que la pierre et ses mains lui faisait mal. Qui aurait cru que c'était si difficile d'apprendre à se battre ? Pas elle en tout cas... Pourtant, chaque jour, elle reprenait ses entraînements. Chaque jour, elle finissait au bord de l'épuisement. Et elle voulait continuer. Pour ses cousins, parce que c'était la seule chose qu'elle avait trouvé mais aussi... Elle roula sur le dos pour contempler le plafond de sa chambre. Elle voulait continuer parce que son frère prenait la peine de l'entraîner. Il venait sans faute, la prévenant même quand il devait s'absenter et lui donnant des exercices à faire pendant son absence... Il ne l'avait pas une seule fois négligée au profit d'autre chose... et ça la touchait profondément. Certes il restait effrayant dès qu'il se mettait à hurler quelque chose mais... il lui prodiguait des conseils pour s'améliorer, il faisait attention à elle et prenait même la peine de soigner les blessures qu'elle pouvait se faire en s'entraînant. Elle rougit à cette pensée. Peut-être la considérait il vraiment comme une petite sœur... Elle rougit davantage et roula dans son lit pour enfouir son visage dans son oreiller. Elle ne devait pas s'avancer comme ça. Après tout, lui et ses frères étaient de noble extraction. Elle, en revanche venait des bas quartiers...

Elle quitta ses pensées en entendant pleurer à l'extérieur et se redressa pour regarder en direction de la porte. Quelqu'un s'était blessé ? Vu la voix, ce devait être un enfant... Se levant avec précaution, ses courbatures lui arrachant une grimace, elle avança avant d'ouvrir doucement la porte pour jeter un œil.

« … Hakuryuu ? »

Le petit garçon qui lui tournait le dos tourna lentement la tête vers elle, des larmes roulant sur ses joues avant de venir aussitôt vers elle en la reconnaissant. Prenant un mouchoir, la petite princesse lui essuya le visage.

« Que fais tu ici ?

_J-Je me suis perdu ! »

Quoi de plus étonnant, il ne venait pas souvent ici... Elle sourit un peu et prit sa main dans la sienne.

« Je vais te ramener. »

Le petit prince acquiesça avec un sourire qui fit rosir Kougyoku. Hakuryuu était toujours adorable avec elle, elle comprenait pourquoi son amie du journal lui avait conseillé d'aller lui parler. Dire qu'avant, elle osait à peine sortir de sa chambre de peur qu'on la voit, voilà qu'elle se retrouvait désormais à sortir voir ses cousins et cousine, qu'elle allait s'entraîner avec son frère aîné et que maintenant, elle raccompagnait son cousin. Puis une question lui traversa l'esprit.

« Mais Hakuryuu, pourquoi es tu venu dans cette partie du palais ?

_C'est parce que... Ah ! »

Il se mit brusquement les mains devant la bouche, comme s'il se rappelait de quelque chose avant de se mettre à courir.

« Mais attends... Hakuryuu ! »

Le poursuivant, Kougyoku le vit tourner à droite dans un couloir puis ensuite ouvrir une porte et s'y engouffrer. Relevant un peu les pans de sa robe pour ne pas se prendre les pieds dedans, elle accéléra pour arriver à la porte.

« Hakuryuu, qu'est ce qui se p-

_Surprise ! »

La petite fit un bond en entendant toutes ces voix d'un coup. Clignant des yeux, elle regarda Hakuyuu et Hakuren qui lui souriaient, Hakuryuu les ayant rejoint, un sourire fier aux lèvres sans plus la moindre trace de larmes sur son visage. Kouen et Koumei se tenaient à leurs côtés aussi tandis que Kouha la regardait, agitant un peu la main.

« M-Mais...

_On voulait te faire une petite surprise. Ça a marché apparemment. »

La petite princesse tourna la tête vers Hakuei qui l'avait rejoint, un sourire amusé étirant ses lèvres devant la mine qu'elle affichait.

« M-Mais pourquoi ?

_Pour ton anniversaire bien sûr ! C'est aujourd'hui non ? »

Clignant une nouvelle fois des yeux Kougyoku resta interdite avant de sentir les larmes lui monter aux yeux. Comment avaient-ils su que c'était aujourd'hui ? Et... ils avaient prit la peine de se rassembler pour le lui souhaiter ? Il y avait même un gâteaux. Ils... avaient tous pensé à elle ?

Hakuei pencha la tête devant sa mine et lui prit doucement la main, un peu inquiète.

« Ça ne te plaît pas Kougyoku ?

_S-Si mais... j-je ne pensais pas que... qu'on me le souhaiterais ! »

Restant silencieuse un moment, Hakuei finit par rire doucement, passant ses bras autour des épaules de sa cousine pour l'enlacer doucement. Hakuyuu approcha et lui caressa doucement les cheveux.

« Bien sûr que si, nous sommes une famille. Et dans une famille, on fête les anniversaires de tout le monde. »

Hakuren les rejoignit, Hakuryuu dans ses bras et rigola un peu.

« Et comme on n'a pas pu fêter les précédents, on s'est dit qu'il fallait se rattraper. Et on a envoyé Ryuu pour que tu ne devines pas ce qu'il se tramait.

_Et je n'ai rien dit, elle n'a rien deviné ! »

Le petit prince était fier d'avoir accompli la tâche que lui avait confié son aîné. Rigolant un peu, Kougyoku essuya ses joues avec ses manches.

« J-Je ne m'y attendais vraiment pas...

_Alors maintenant, les cadeaux. »

Elle regarda Kouha qui avait dit ça, lui tendant un paquet. Un instant... ça voulait dire que les paquets posés sur la table étaient tous pour elle ? Elle sentit de nouveau les larmes affluer et rouler sur ses joues. Koumei rigola un peu, caressant les cheveux de Kouha qui la regardait sans comprendre.

« Elle n'en veut pas ?

_Si Kouha, c'est sa façon à elle de dire qu'elle est contente je pense...

_Si elle ne veut pas de ses cadeaux moi je les prends... »

S'asseyant, Kougyoku souffla un peu, attendant que les larmes passent pour ensuite ouvrir un a un les cadeaux qu'on lui offrait. Une poupée aussi belle que celles que possédait Hakuei, un magnifique kimono aux teintes pastel, une broche en or pour ses cheveux, des confiseries qu'elle n'avait jamais vu et dont le goût lui arracha des frissons de bonheur, un collier avec un pendentif du même rose que ses yeux et une petite boite de maquillage. Toutes ces petites chose assemblées constituaient à cet instant le plus beau des trésors aux yeux de la petite princesse. Ils avaient tous pris ces objets en pensant à elle et elle seule...

Elle se tourna vers Kouen qui lui posa son paquet sur la table devant elle.

« Le mien est un peu différent, je ne sais pas s'il te plaira. »

Un peu intriguée, la petite princesse commença à l'ouvrir avec précaution avant d'ouvrir des yeux ronds. Une épée longue brillait sous les rayons du soleil qui traversaient la vitre, une gravure représentant un dragon sur la garde tandis qu'une pierre rouge vif était incrustée dans son pommeau doré. La prenant doucement dans ses mains, celle ci lui paru bien plus lourde que celle en bois qu'elle avait l'habitude de manier. Pourtant elle était si fine...

« Tu es encore trop petite pour la manier mais... je pense que tu y arriveras. »

Hakuren lui fut surpris du cadeau.

« Kouen, pourquoi lui offres tu ça ?

_Je lui apprends l'escrime.

_Sérieusement ? Mais qu'est ce qui t'es passé par la tête ?

_C'est elle qui a voulu apprendre. »

Le prince était consterné. D'abord sa petite sœur et maintenant sa jeune cousine. Hakuei elle semblait plus qu'emballée à l'idée d'avoir une camarade d'entraînement. Hakuyuu regardait la petite princesse observer son arme avec attention.

« … Kougyoku ?

_Oui ?

_Tu ne m'avais pas l'air emballée les premières fois où tu avais assisté aux entraînements de Hakuryuu et Hakuei. Qu'est ce qui t'as fait changer d'avis ? »

Caressant le plat de la lame du bout des doigts, Kougyoku finit par la remettre avec précaution dans son fourreau rouge sombre avant de la serrer contre sa poitrine.

« … Je veux pouvoir aider. Si j'apprends à me battre, je pourrais vous être utile non ?

_... Quelqu'un t'a dit que tu étais inutile ? »

Non. Jamais personne ne le lui avait dit directement... mais ils n'avaient pas besoin de le faire pour le lui faire comprendre. Parce qu'elle était née d'une mère pauvre, une vulgaire prostituée, on ne l'aimait pas... Mais ce n'était pas pour ça ! Plus maintenant !

« Je veux aider ! Je veux pouvoir protéger tout le monde ! Si je deviens forte, je pourrais le faire ! »

Clignant des yeux, un peu surpris, Hakuyuu finit par rire doucement.

« J'ai compris... mais n'en fais pas trop, entendu ? Tu es encore petite... »

Hakuren vint s'accroupir près d'elle, regardant un peu son épée puis ébouriffa doucement les cheveux de la petite princesse.

« Si Kouen se montre trop dur, n'hésite pas à venir me voir d'accord ? On sait tous quel caractère il a, ça ne doit pas être facile pour toi.

_Occupe toi de ta petite sœur et je m'occuperais de la mienne... »

Kougyoku sentit ses joues s'enflammer. Ce n'était pourtant un secret pour personne qu'ils étaient parents mais... de l'entendre dire de la bouche de son frère lui même... l'entendre dire qu'elle était sa petite sœur... Elle sentit la joie l'envahir, son cœur cognant furieusement contre sa poitrine. Elle gardait encore en mémoire la réaction de Kourin lors de leur première rencontre. Elle l'avait rejeté... et elle avait redouté que ses frères en face de même dès l'instant ou elle les avait connu. Et il venait en un instant de balayer cette crainte qui lui tenaillait le ventre depuis ce jour. Il la considérait comme sa petite sœur...

Elle serra fermement le fourreau de son arme contre elle avant d'offrir un sourire radieux à son aîné. Elle se sentait tellement heureuse à cet instant.

« J'ai hâte de reprendre l'entraînement, comme ça, je pourrais vite apprendre à l'utiliser ! »

D'abord surpris, Kouen ricana doucement.

« Pour ça, il faudra d'abord apprendre à frapper la cible et non toi-même...

_Oui! »


« Tu as vraiment du passer une bonne journée !

_Oui ! Je n'ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie !

_C'est normal. Je suis contente que les choses aient tourné ainsi pour toi. »

La poupée sur ses genoux, la petite princesse s'était empressée de raconter les événements du jour à son amie du futur. Tout ça, c'était à elle qu'elle le devait après tout, si elle ne l'avait pas poussé à aller vers ses proches, elle serait sûrement restée seule dans sa chambre.

« Kougyoku ?

_Oui ?

_Je suis consciente qu'en te disant ça maintenant, ça risque de te faire perdre ta bonne humeur et j'en suis désolée mais... N'oublies pas qu'il ne te reste que cinq jours... »

Cinq jours ? Elle sentit son cœur se glacer brusquement alors qu'elle revenait à la réalité. Dans cinq jours, si rien n'était fait, ses deux cousins allaient périr dans un incendie ! Comment avait-elle pu oublier ça !?

« Tu m'as dit qu'ils étaient morts dans un incendie... si tu me dis qui l'a déclenché, je pourrais l'arrêter ! »

Elle se sentait bête de ne pas y avoir pensé plus tôt. Si l'incendiaire se faisait attraper avant, alors ses cousins seraient sauvés !

« Hélas, ce n'est pas aussi simple. Kougyoku, là d'où je viens, la cause officielle de leur mort est l'incendie... mais en réalité, ils ont été assassinés. »

Le peu de confiance qu'elle avait gardé s'effondra brusquement. Assassinés ? Mais par qui ? Qui pouvait leur vouloir du mal ? Ils étaient si gentils ! C'était impossible ! Impossible !

« Je ne peux pas te donner toutes les réponses à tes questions pour le moment mais s'il te plaît, fais moi confiance, ne parle à personne du journal par lequel nous parlons, pas même à eux. Et fais tout ton possible pour qu'ils n'aillent pas dans cette aile du palais ce jour là... sinon... »

Rien n'apparut après ces mots. Mais Kougyoku n'en avait pas besoin pour savoir ce qu'il arriverait. Si dans cinq jours, elle échouait... elle perdrait ses deux précieux cousins.