Bonjour, bonjour (ou bonsoir selon le moment ou vous lisez). Tout d'abord, merci pour toutes vos reviews, c'est vraiment gentil, je suis ravie que cette fiction vous plaise : )
Ce chapitre fait un peu office de transition avec la suite que je considère comme la "deuxième partie" de cette fic, donc il est plus court que les précédents mais j'espère que vous apprécierez malgré tout.
Je vous souhaite une bonne lecture : D
Lorsque Kougyoku arriva, elle pu voir les nombreux occupants du palais se battre contre les flammes qui ravageaient les bâtiments. Mais où était son frère ? Avait-il réussi à revenir à temps pour sauver leurs cousins ? Elle croisa les mains devant elle et ferma les yeux de toutes ses forces, priant pour que ça soit le cas. Après quelques minutes, elle s'empara lentement les rennes et donna un léger coup de talon pour faire avancer sa monture vers l'écurie. La cavalcade lui avait laissé de nombreuses courbatures aux jambes et aux fesses. Elle jamais réellement appris à monter et tenir en selle, sans parler de la vive angoisse qui avait tendu ses muscles... Elle guida son cheval jusqu'à un box vide et regarda autour d'elle. Son frère lui avait dit de l'attendre là...
Elle descendit prudemment de la selle, se laissant tomber dans la paille qui jonchait le sol. Ses jambes tremblaient tant qu'elle resta assise, incapable de se remettre sur pieds. Et maintenant ? Elle n'avait plus qu'à attendre et espérer de toutes ses forces. Son frère était partit devant depuis près de deux heures... Où pouvait-il bien être maintenant...
Elle ramena ses genoux contre elle, les enlaçant avec ses bras avant de presser son visage contre eux. Elle avait peur de le voir arriver et annoncer que c'était trop tard... mais elle sentait l'impatience lui tordre l'estomac devant l'ignorance dans laquelle elle était plongée. Elle se demanda ce qui était le pire, savoir ce qu'il s'était passé ou au contraire ignorer ce qui était arrivé...
« Kougyoku. »
La princesse leva aussitôt la tête, reconnaissant immédiatement cette voix. Kouen venait vers elle d'un pas lent, des traces de brûlures teintant sa peau de tâches rouge par endroits mais il ne semblait pas grièvement blessé heureusement. Se précipitant sur lui, elle agrippa ses vêtements de toutes ses forces en lui lançant un regard suppliant, ne trouvant pas la force de poser cette question qui lui brûlait les lèvres tout en la terrifiant au plus haut point.
Kouen la regarda un moment avant de laisser échapper un petit soupir à son air angoissé. Évidemment qu'elle était paniquée, elle venait tout juste d'arriver... Il posa doucement une main sur sa tête, veillant à parler d'une voix calme pour la rassurer.
« Tout va bien Kougyoku... ils sont blessés mais les magiciens sont déjà en train de traiter leurs blessures... un peu de repos et ils iront bientôt mieux. »
Restant à regarder son aîné, la petite mit un temps avant de réellement assimiler ses paroles. Puis elle sentit ses jambes se dérober sous son poids alors qu'elle réalisait ce que ça impliquait. Hakuyuu et Hakuren... étaient en vie ! Ils étaient vivants ! C'était plus que ce qu'elle pouvait supporter et éclata en sanglots, les larmes ruisselant sur ses joues. Elle avait tellement redouté l'échec mais son frère avait réussi, il les avait sauvé !
Kouen resta un instant immobile, surpris par sa réaction. Elle pleurait encore ? Décidément... il finit par s'agenouiller devant elle, regardant ses petites épaules secouées par les sanglots alors qu'elle essuyait ses larmes avec ses mains, larmes sitôt remplacées par d'autres encore plus nombreuses.
« Es tu donc du genre à pleurer même quand tu es heureuse ?
_J-Je... ne peux p-pas m'en emp-pêcher... »
Le prince laissa échapper un sourire. Il avait bien compris qu'elle avait eu peur, très peur. Il l'avait laissé seule derrière lui sans qu'elle ait la moindre certitude qu'il avait réussi... Pourtant c'était le cas. S'asseyant, il s'accouda à un sac et posa son menton sur sa main, laissant le temps à sa petite sœur de se calmer un peu. Ce ne fut que lorsqu'il vit ses sanglots s'espacer et ses larmes se tarir progressivement qu'il se redressa.
« Kougyoku...
_Oui ?
_... Comment as tu su ? »
La princesse regarda le sol sous ses pieds. Elle n'avait pas besoin de lui demander de quoi il parlait, elle le savait très bien. C'était évident qu'il allait le lui demander après ce qu'elle lui avait dit, mais elle n'avait pas eu d'autre choix... Elle ferma les yeux un instant. Elle allait devoir trahir sa promesse faite à son amie, car il lui paraissait inconcevable de mentir à son frère qui l'avait cru et secouru alors qu'elle avait perdu tout espoir.
« … Je... Je le sais parce que quelqu'un m'a prévenu à l'avance de ce qu'il allait se passer...
_Qui ? »
La petite jouait nerveusement avec ses mains. Il allait sûrement trouver ça étrange, peut être ne la croirait-il pas… Mais elle devait essayer.
« Il y a quelques mois, avant que je ne vous rencontre tous... J'ai trouvé par hasard un journal et je l'ai ramené dans ma chambre... Quand je me suis mise à écrire dedans, l'encre s'est effacée et quelqu'un m'a répondu. Cette personne s'est présentée comme étant moi, mais plus âgée. Elle a dit avoir dix-neuf ans... »
Elle vit son frère hausser les sourcils, visiblement étonné par son récit et se mordit la lèvre. Elle ne pouvait l'en blâmer, après tout, elle même n'y aurait jamais cru si elle ne l'avait pas vu de ses propres yeux. Mais quand il lui fit signe de reprendre, elle acquiesça.
« Elle a dit qu'elle m'avait envoyé ce journal pour changer des événements survenus dans son monde, des erreurs qu'elle avait fait... Au début je ne comprenais pas de quoi elle parlait, et elle me poussait juste à aller vers vous tous, pour que je fasse votre connaissance... »
Oui, c'était elle qui lui avait donné le courage d'aller vers eux. Sans elle, elle n'aurait jamais osé le faire.
« Puis, le jour de la mort de l'empereur, elle m'a annoncé que Hakuyuu et Hakuren allaient mourir tous les deux, et que Hakuryuu serait grièvement blessé... Elle m'a dit que je devais tout faire pour empêcher ça d'arriver... et j'étais d'accord. Je ne voulais pas que ça arrive. »
Kouen la regarda un moment sans rien dire. Son esprit lui disait de refuser cette explication pour le moins fantaisiste et improbable mais... le fait était que la petite avait su ce qui allait arriver. Elle l'avait su et l'en avait avertit pour qu'il intervienne. Aussi farfelue que pouvait être son explication, c'était ce qui lui avait permis d'éviter le pire. Et pourquoi Kougyoku lui mentirait ?
« … Où est ton journal ?
_Dans ma chambre. »
Il se leva et lui prit la main pour la faire se lever, prenant la direction de ses appartements. Il voulait le voir de ses propres yeux, sa curiosité piquée à vif. Entrant à sa suite une fois arrivés, il regarda autour de lui, laissant sa jeune sœur filer dans sa chambre puis revenir avec l'ouvrage entre ses mains. Elle le posa doucement au sol avant de s'agenouiller, une plume à la main, écrivant.
« Je suis désolée mais je n'ai pas pu tenir ma promesse. Kouen a réussi à sauver Hakuyuu et Hakuren mais je lui ai dit pour le journal... Pardonne moi... »
Le prince regarda l'encre disparaître lentement, comme avalée par le papier. Un coup d'œil à sa sœur lui indiqua que cela n'avait rien d'anormal apparemment... Puis il quitta ses pensées en voyant des inscriptions apparaître à leur tour. C'était... vrai ?
« Je comprends Kougyoku ne t'en fais pas... Le plus important est que vous ayez réussi à les sauver.
_Nous avons réussi, grâce à toi !
_Je n'ai fait que te prévenir, c'est toi qui a su faire les bons choix. »
La petite rougit. Depuis le premier jour, son amie ne cessait de l'encourager et de la valoriser et aujourd'hui encore, elle continuait.
« Kouen est ici avec toi ?
_Oui, il voulait voir le journal... je n'aurais pas du ?
_Tu as bien fait si, puisque vous avez changé le cours des événements. Et à vrai dire, je pense que c'est tout aussi bien que vous soyez au courant tous les deux, ça sera plus facile pour vous d'agir... »
Le prince regarda sa jeune sœur et tendit la main.
« Je peux ? »
Kougyoku acquiesça, écrivant rapidement une phrase à son amie pour la prévenir avant de tendre la plume, le laissant écrire à son tour.
« Que s'est-il passé pour que tu envoies un journal dans le passé ? Et comment as tu pu y parvenir ?
_Eh bien, il s'est passé beaucoup de choses dans mon monde. La mort de nos cousins était je pense le point de départ de nos problème... Mais je pense que le plus simple est de vous raconter ce qu'il s'est passé là où je vis... »
Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis l'incendie. Celui-ci avait ravagé toute l'aile est du palais mais heureusement, il n'y avait pas eu de victimes, juste des blessés. Kougyoku s'interrogeait à ce sujet. D'après ce qu'elle avait compris du récit de Kouen, les hommes en noirs se trouvaient eux aussi dans le bâtiment... n'étaient-ils pas mort ?
Elle leva les yeux vers Kouen qui ouvrait la porte, la laissant entrer avant de la suivre, la fermant doucement.
« Ah, de la visite ? »
La petite princesse sourit en voyant Hakuren agiter doucement la main tandis que Hakuyuu levait les yeux d'un livre entre ses mains. C'était la première fois qu'elle les voyait depuis l'accident et elle était heureuse de voir qu'ils se portaient bien. Hormis quelques bandages, rien ne laissait paraître qu'ils aient pu être blessés. Elle s'en sentit terriblement soulagée. Ils étaient si mal en point lorsque son frère les avait tiré de l'incendie... Elle sourit quand elle sentit la main de Hakuren passer dans ses cheveux.
« Une chance que Kouen ait vu la fumée quand même. »
La petite acquiesça, jetant un coup d'œil vers son frère qui garda le silence. Après leur discussion avec la princesse du futur, l'un comme l'autre était tombé d'accord sur le fait que moins il y aurait de gens au courant pour le journal et mieux ça serait. La princesse le leur avait également suggéré, estimant que la prudence pourrait être une grande alliée aussi ils avaient fait en sorte de garder ce secret pour eux. Kougyoku finit par regarder ses deux cousins.
« … Qui étaient ces hommes en noir ? Pourquoi vous ont ils attaqués ? »
Hakuyuu la regarda un moment avant de se tourner vers Kouen.
« … Tu n'aurais pas du lui en parler...
_Je pense au contraire qu'il vaut mieux la mettre au courant, comme les autres. Au moins ils sauraient à quoi s'attendre. »
Gardant un temps le silence, l'aîné des princes finit par soupirer et acquiescer, se redressant un peu dans son lit.
« Ce sont des magiciens qui appartiennent tous à une même organisation.
_Mais pourquoi sont-ils ici ?
_Eh bien, ils semblent chercher à s'immiscer dans le système politique et économique du pays. Leurs motivations à ce sujet restent assez vagues, nous n'avons pas pu apprendre grand chose sur eux...
_Dans ce cas, pourquoi vous ont-ils attaqué ? »
Le prince hésita un moment à poursuivre, intriguant un peu la princesse. Jetant un œil à Hakuren, elle vit qu'il regardait ses mains serrés sur les draps. Pourquoi faisaient-ils des mines pareilles ?
« A vrai dire, cela fait un moment maintenant que Hakuren et moi-même cherchons des informations sur eux. Et nous avons appris que... une personne vivant au palais y avait une place. Place importante d'après nos recherches...
_Qui ?
_... Notre mère. »
Kougyoku cligna des yeux. Leur mère... Gyokuen Ren ? L'impératrice ? Elle sentit soudain son esprit s'emballer. Comment ça leur mère ? Non, ça ne se pouvait pas ! Parce que si c'était le cas... ça voulait dire qu'elle savait qu'ils allaient se faire assassiner et qu'elle n'avait rien fait pour les protéger ou même les prévenir ? Impossible, aucune mère ne ferait ça ! Le si peu de fois où elle l'avait aperçu, elle gardait l'image d'une mère aimante et souriante envers Hakuryuu et Hakuei. Ce ne pouvait pas être vrai !
« Je ne peux pas le croire, elle ne vous aurait pas laissé mourir ! »
Hakuyuu se contenta de sourire et lui caressa doucement les cheveux. Elle était encore si petite, il n'y avait rien d'anormal à ce qu'elle réagisse ainsi. Peut-être gardait-elle de sa mère le souvenir d'une personne pleine de gentillesse et de douceur... Il préféra ne pas insister sur le sujet.
« Le fait est que les membres de cette organisation se font de plus en plus présents au sein de l'empire et je crains que cela ne s'arrange pas si on ne fait rien...
_Sauf que dans quelques jours, tu vas devenir empereur Yuu et ça, ça va sans doute les bloquer un peu. »
Kougyoku se tourna vers Kouen qui acquiesça aux paroles de Hakuren. Le couronnement était donc maintenu malgré les événements. Peut-être était ce pour cette raison qu'ils les avaient attaqué, mais heureusement, les choses n'avaient pas tournées comme ils le voulaient. C'était un gros changement par rapport au monde de son amie...
Kougyoku regardait autour d'elle discrètement. La dernière fois qu'elle s'était rendue dans la grande salle, c'était pour les obsèques de l'empereur Hakutoku. Mais cette fois-ci, le noir avait été remplacé par du bleu et blanc, un dragon se dressant fièrement sur des étendards accrochés au mur, symbole de la famille impériale. Tous étaient rassemblés ici pour le sacrement de Hakuyuu en tant que nouvel empereur. Celui-ci se tenait debout devant eux, leur tournant le dos, regardant l'estrade sur laquelle se trouvait un prêtre, un large rouleau entre ses mains qu'il récitait haut et fort pour que tous entendent. Un peu plus bas se tenaient ses deux frères et sa sœur. Juste après, elle se trouvaient avec ses frères tandis que le reste de la foule les entourait dans un silence de plomb. Lorsque vinrent les dernières paroles du prêtre, Hakuyuu se tourna vers le reste de l'assemblée qui, aussitôt mit le genou à terre, croisant les mains devant les visages baissés alors que résonnait.
« Longue vie à l'empereur Hakuyuu Ren ! »
Le jeune homme regarda les membres de sa famille qui avaient eu aussi adopté le salut royal avant de fermer les yeux. Les voir ainsi agenouillés devant lui lui fit réellement prendre conscience de la situation. Désormais, il n'aurait probablement plus l'occasion de s'occuper autant d'eux... Il quitta ses pensées en voyant sa mère approcher pour l'enlacer tendrement.
« Je suis sûre que tu seras un aussi bon empereur que l'était ton père. Puisses tu suivre ses pas. »
Gardant le silence, le jeune empereur finit néanmoins par acquiescer avec un léger sourire avant de pivoter sur ses talons, avançant d'un pas ferme vers le trône surélevé sur l'estrade, s'efforçant d'ignorer la présence de tous ces prêtres noirs bien trop présents à son goût.
Kougyoku elle regardait son cousin s'asseoir sur le trône, sa cape sombre virevoltant derrière lui à chacun de ses mouvements. Elle repensait au récit de son amie du journal quant aux événements survenus dans son monde à elle. Et elle gardait à l'esprit les avertissements qu'elle leur avait donné à son frère et à elle. Le moindre changement dans le cours du temps pouvait en occasionner d'autres plus grands encore... mais il leur fallait rester vigilants. Car personne ne pouvait savoir si les changements qui surviendraient seraient bons... ou mauvais. Et... elle regarda discrètement l'impératrice qui applaudissait comme l'ensemble de l'assistance. Si vraiment cette femme faisait partie de l'organisation dont ses cousins lui avaient parlé quelques jours plus tôt... si vraiment elle avait quelque chose à voir dans cette attaque contre eux... Est ce qu'elle ne tenterait pas à nouveau de s'en prendre à eux ? Elle ferma les yeux et inspira profondément. Savoir que maintenant, elle pourrait en parler à Kouen la rassurait. Avoir un avis en plus face à une situation d'urgence la rassurait grandement. Mais... Elle rouvrit les yeux et se redressa, déterminée. Elle gardait encore en mémoire ce sentiment d'inutilité qu'elle avait éprouvé en croyant avoir échoué à sauver ses cousins. Elle se rappelait de la panique qui l'avait gagné, la peur qui l'avait rongé. Plus jamais. Elle ne se laisserait plus surprendre. Elle deviendrait forte pour ne plus jamais ressentir ça. Pour la première fois de sa vie, elle était sûre et certaine de ce qu'elle devait faire. Peu importait ce qui arriverait. Elle jurait qu'elle les protégerait sur sa vie. Elle ne laisserait jamais personne lui prendre sa famille. Personne !
