Encore une fois, merci pour vos gentils commentaires qui me font vraiment plaisir : )

Voilà la suite du labyrinthe qui m'en aura bien fait baver mais j'espère que vous apprécierez malgré tout. Bonne lecture à toutes et tous!


Kougyoku fixait le groupe d'hommes flottant au dessus d'eux tandis que les soldats se massaient autour d'elle pour la protéger. Les muscles tendus, elle serra les dents. Ils les avaient suivis jusqu'ici ? Pourquoi ? Ils ne s'étaient jamais lancés à la poursuite de ses frères lorsqu'ils avaient exploré leurs labyrinthes. De même pour ses cousins et Hakuei... alors pourquoi maintenant ? Elle fut soudainement prise d'un doute. Ils savaient ? Non, elle veillait toujours à rester dans un endroit calme, de préférence sa chambre pour parler avec son journal. Seul Kouen savait et elle mettrait sans hésiter sa main à couper qu'il ne divulguerait jamais ce secret. Elle avait une absolue confiance en lui. Elle secoua la tête. Peut être que ça n'avait rien à voir. La princesse du futur n'avait pas du être confrontée à cette situation car elle ne l'avait pas avertit avant son départ. Elle se mordit la lèvre. Quoi que puisse être leur motif, elle ne devait pas se laisser impressionner ! Se concentrant de nouveau sur eux, elle finit par demander lentement.

« … Que faites vous ici ? Nous n'avons pas demandé à ce que vous soyez présents pour l'exploration du labyrinthe. »

Elle regarda l'un d'eux poser lentement la main sur son torse alors que sa voix lui parvenait clairement malgré la distance.

« Nous sommes là pour accomplir la mission qui nous a été confiée. »

Gardant le silence, Kougyoku ne les quitta pas pour autant des yeux. Une mission ? Quelle genre de mission pouvait bien les amener à les suivre jusqu'ici ? Elle avait peur de comprendre... Mais elle abandonna bien vite les questions et doutes qui envahissaient son esprit. Elle savait qu'elle ne pouvait faire confiance à ces hommes. Mais elle savait aussi qu'ils étaient des magiciens et pas elle, les hommes qui l'entourait non plus. S'il devait y avoir un affrontement maintenant, ils n'en sortiraient très probablement pas vainqueurs. Judal était un Magi mais est ce que cela impliquait qu'il pouvait surpasser ceux qui le défiait quel que soit leur nombre ? Elle n'avait pas réellement envie de le vérifier...

Elle sentait les battements de son cœur accélérer progressivement alors qu'elle s'efforçait de réfléchir calmement. Ils étaient au cœur d'un labyrinthe peuplé de créatures dangereuses et face à un groupe de magiciens chevronnés. Que faire ? Les combattre les condamnait. Fuir serait sans doute la meilleure option s'ils ne risquaient pas de se jeter dans la gueule du premier monstre qui pouvait les attendre au tournant. Quelles que soit les options qui se présentait, elle savait qu'aucune ne leur garantissait de s'en sortir. Loin de là. Elle sentit une vague de froid l'engloutir peu à peu alors que l'angoisse montait progressivement. Elle allait échouer maintenant ? Et entraîner avec elle les hommes qui l'accompagnait dans ce voyage...

Elle secoua la tête pour chasser cette idée et se redressa. Elle était une princesse ! Elle ne devait pas se laisser aller ainsi ! Elle devait protéger ses hommes ! Mais comment ? Comment !? Pinçant les lèvres, elle se concentra à nouveau sur le groupe qui flottait au dessus d'eux. Elle ne pouvait que gagner du temps, en espérant que cela suffirait à leur offrir une porte de secours.

« … Et quelle est cette mission ?

_Éliminer l'élément qui perturbe le flux des rukhs. »

Les rukhs ? Ces étranges petits oiseaux que seuls les magiciens pouvaient voir ? Elle n'était pas certaine de comprendre de quoi ils parlaient. Quel rapport ces étranges petites créatures pouvaient avoir avec leur exploration du labyrinthe. De toute évidence, ses lacunes à comprendre la situation devaient se lire sur son visage car l'un des magiciens laissa échapper un rire bref.

« Nous savons que c'est vous, princesse, qui avez contré nos plans sept années plus tôt. Nous ignorons comment, mais malgré l'intervention du prince pour vous protéger, nous savons qu'il s'agissait bien de vous. »

Kougyoku pinça les lèvres en se rappelant cette nuit. Elle les avait surpris en train de parler de l'assassinat de Hakuyuu et Hakuren... Heureusement, son cousin avait été là pour lui éviter une fin tragique. Et après bien des complications, tous les deux étaient sortis vivants de l'incendie qui aurait du les éliminer.

« … Je ne vois pas de quoi vous parlez... »

Nier en bloc était la seule chose qu'elle pouvait faire. Si vraiment, ils ne savaient pas pour le journal alors elle devait se garder d'en parler.

« Il est vrai qu'il est tout simplement improbable que vous ayez pu changer le flux des rukhs à vous seule... Vous devez donc disposer d'un savoir qui nous échappe... »

Devant le silence que la princesse s'obstinait à leur opposer, un autre ajouta avec un haussement d'épaules.

« Nous serons fixés une fois que vous aurez péri. Après tout, il n'y a rien de bien étonnant à ce que les explorateurs périssent au sein d'un labyrinthe. »

Kougyoku serra les dents, ses mains se crispant sur la garde de son arme. Ils comptaient l'assassiner et faire passer ça pour un accident ? L'indignation la gagna.

« Pourquoi faites vous ça !? Pourquoi vous en prenez vous à nous !?

_Nous avons un objectif que nous poursuivons depuis des années, depuis bien avant votre naissance... et nous ne laisserons personne se mettre en travers de notre chemin. Nous n'hésiterons pas à éliminer quiconque se mettra sur notre route, ni vous, ni vos parents. »

L'indignation laissa peu à peu place à une colère sourde, lui tordant l'estomac alors qu'elle leur lança un regard haineux.

« Je ne vous laisserais jamais toucher à ma famille ! »

A peine ces mots dits qu'elle sentit le sol se mettre soudainement à trembler sous ses pieds, de plus en plus fort. Que se passait-il encore bon sang !? Regardant autour d'elle, la princesse se tourna vers l'étang de magma dont la surface était parsemée de larges bulles qui gonflaient avant d'éclater bruyamment. Les vibrations se faisaient toujours plus puissantes alors que la lave s'agitait peu à peu, comme si quelque chose bougeait à l'intérieur de celle-ci. Mais elle comprit rapidement que c'était bel et bien le cas en voyant la surface auparavant lisse de l'étang se déformer de plus en plus en de hautes vagues et elle eut juste le temps d'ordonner à ses hommes de reculer qu'une large patte émergea brusquement de la lave en fusion pour s'abattre sur le sol dans un fracas assourdissant. Suivi bientôt une autre patte, identique à la première, toutes deux couvertes d'écailles d'un gris sombre, presque noir tandis que d'immenses griffes brillaient d'un éclat inquiétant sous la lueur rougeâtre de la lave. Puis, d'une grande poussée, une gigantesque créature émergea de l'étang en fusion. Ses trois têtes s'ébrouèrent simultanément avant de regarder autour d'elles. Le corps entier couvert d'écailles sombres, les trois têtes perchées en haut de longs et fins cous avaient le dessus du crâne parsemés de cornes grisâtres tandis que leurs yeux jaunes et perçants se posaient sur les différentes personnes présentes autour d'elles, sa longue queue remuant lentement.

Kougyoku observait la créature avec appréhension, repensant immédiatement à la statue qui s'était animée avant qu'ils ne soient séparés les uns des autres. A la différence que celle-ci était bien plus grande que la précédente. Allait-elle elle aussi les attaquer avec de la magie ? Elle ne se posa pas plus longtemps la question alors que les trois gueules s'ouvraient, dévoilant des rangées de dents aussi blanches que tranchantes.

« Courez ! »

Son ordre était bref mais sec. Ses hommes obéirent aussitôt alors qu'un torrent d'éclairs, de flammes et de glace déferlait sur eux, détruisant tout sur son passage. La seule consolation que la princesse en tirant fut de voir que la créature ne faisait aucune distinction entre eux et les magiciens de Al-Thamen. Elle les attaquait violemment de ses griffes et crocs qui, en plus de sa magie, mettaient à mal les barrières défensives qu'ils dressaient tant bien que mal pour se défendre.

Plongeant en avant pour éviter un retour de flammes, Kougyoku roula sur elle même afin de voir ou était son adversaire. Celui-ci, à quelques mètres d'elle, avait deux de ses têtes occupées à attaquer les magiciens tandis que la troisième s'évertuait à les traquer. Que faire pour l'attaquer ? Et pour aller où ensuite ? Elle regarda Judal qui se posait à coté d'elle.

« Voilà pourquoi les volatiles de tout à l'heure ne nous attaquaient pas...

_A cause de cette chose ? »

Le Magi acquiesça sans détacher son regard de l'immense reptile. Ils se retrouvaient de nouveau confronté à un ennemi redoutable. Et vu les difficultés qu'ils avaient rencontré avec la statue, la situation était loin de leur être favorable pour le moment.

Ils plongèrent de justesse à l'abri d'un haut rocher pour éviter un éclair qui tomba, fracassant le sol dans un grondement sonore. Que faire maintenant ? Kougyoku regardait ses hommes s'abriter tant bien que mal des attaques du monstre sans pour autant se risquer à riposter. Rester à attendre ne les sauveraient pas. Si par chance, les magiciens de Al-Thamen parvenaient à terrasser cette créature, ils ne tarderaient pas à s'occuper d'eux. Et inversement avec ce monstre qui se ferait sûrement un plaisir de venir les dévorer une fois Al-Thamen réduit en charpie. Elle ferma les yeux. Si seulement Kouen était là, il saurait quoi faire lui...

Elle secoua vivement la tête avant de s'assener de vives claques. Non, elle ne devait pas penser ainsi ! En l'absence de son frère, c'était elle qui menait les troupes ! C'était elle la princesse ! Il fallait qu'elle garde son calme. Regardant autour d'elle, elle détailla les lieux dans lesquels ils se trouvaient. Le sol de pierre était plat, de vastes rochers se dressaient ici et là, leur offrant une mince protection contre les attaques incessantes dont ils étaient victimes. L'étang de lave trônait en bas du mur qu'ils avaient précédemment escaladé. Elle se tourna pour mieux observer autour d'elle. Et elle la vit. Elle vit cette immense porte à l'autre bout de la caverne, un symbole gravé en son centre, une étoile. Elle la reconnu immédiatement. Cette étoile apparaissait sur les écrins des membres de sa famille possédant un djinn ! Il fallait atteindre cette porte. Mais il y avait une sacré distance entre elle et eux, et un monstre qui les attendait au tournant, si d'autres n'arrivaient pas ensuite.

« Judal...

_Quoi ?

_Cette porte, c'est le bon chemin n'est ce pas ? »

Elle voulait être sûre qu'elle ne se trompait pas. Il lui paraissait inconcevable de jeter toutes leurs vies aux ordures pour s'être précipitée. Elle regarda donc le Magi qui observait la porte pour finalement acquiescer.

« C'est bien par là.

_Bon... »

Dans ce cas, il n'y avait pas tant d'autres solutions. Se redressant, elle s'efforça de parler aussi fort qu'elle le pouvait.

« Il faut atteindre cette porte, coûte que coûte ! Courez aussi vite que vous le pourrez et n'hésitez pas à vous abriter derrière les rochers pour éviter les attaques ! Mais faîtes aussi vite que possible ou nous mourrons ! »

Elle attendit d'être certaine que tous l'avaient bien entendue avant d'elle même s'élancer en avant, courant aussi vite qu'elle le pouvait. Attendre ne ferait que repousser l'inévitable, il fallait qu'ils avancent ! Jetant régulièrement un œil derrière elle, Kougyoku sentait son cœur marteler sa poitrine et sa gorge se serrer. La porte était encore si loin, était-il seulement possible qu'ils l'atteignent ?

Un grondement derrière elle lui fit tourner la tête et son sang glaça. Une des têtes de la créature les suivait et se rapprochait dangereusement d'eux. Pourquoi était elle aussi grande bon sang !? Ils couraient mais elle pouvait couvrir cette distance sans mal avec la longueur de son cou !

Plusieurs de ses soldats se resserrèrent les uns autour des autres afin de former un barrage, tentant une attaque combinée contre elle. Mais les lames de leurs armes ricochaient et glissaient sur les écailles sombre qui recouvrait son corps. N'avait-elle donc aucun point faible ? La princesse vit une lueur rouge briller sous ses écailles et remonter le long de sa gorge. Et elle comprit presque aussitôt.

« Reculez ! Elle va cracher ses flammes! »

Mais trop tard. Une déferlante rouge s'abattit sur eux, brûlant ceux qui se trouvaient en avant tout en emprisonnant les autres dans un cercle de flammes duquel ils ne parvenaient à se sortir. Kougyoku sentit un vent de panique l'envelopper. Ils allaient mourir ! Elle voyait déjà la tête reptilienne avancer lentement vers eux, sans se presser en sachant que ses proies ne pouvaient lui échapper. Que devait elle faire ? Que pouvait-elle faire ? Leurs armes avaient glissé sur ses écailles... Elle regarda le long et fin cou onduler sous l'éclat rougeâtre du feu. Puis elle remarqua que les écailles étaient plus claire en dessous. D'un gris clair, elles paraissaient plus fines aussi.

« ... »

Elle inspira aussi fort qu'elle le pouvait, serrant fermement la garde de son épée dans ses mains avant de se jeter en avant, rejetant la peur de toutes ses forces ainsi que toutes les images d'elle se faisant déchiqueter par le monstre qui se profilaient dans son esprit. Elle leva son arme au dessus de sa tête alors qu'elle voyait avec angoisse la distance s'amenuiser entre elle et le monstre. Puis elle poussa un rugissement avant d'abattre le bout de sa lame au milieu de ce cou fin mais solide. La princesse la sentit pénétrer dans la chair avant de se heurter comme à une résistance et serra les dents avant de pousser plus fort encore, criant de toutes ses forces comme pour se donner plus de courage. Sa voix fut bientôt couverte par un puissant rugissement qui provenait de la tête reptilienne. Celle-ci se tournait maintenant vers elle et ouvrait grand la gueule pour tenter de se débarrasser de la cause de ses souffrances. Serrant les dents, Kougyoku poussa de toutes ses forces pour trancher sec le cou. Un cri aigu s'échappa de la gueule béante avant que la tête ne s'effondre sur le sol.

Encore tremblante, la princesse regarda le sang qui maculait ses mains et inondait le sol. Ses jambes se dérobant sous son poids, elle se laissa tomber à genoux. Elle... venait de la tuer ? Mon dieu, c'était la première fois qu'elle sentait son arme s'enfoncer dans la chair, se heurter à l'os pour finalement le briser... Elle sentit la nausée la gagner mais sursauta quand une main agrippa fermement son épaule. Elle se tourna pour voir Judal qui se tenait à coté d'elle après avoir éteint le brasier qui emprisonnait les soldats.

« C'est pas le moment de te relâcher, il faut partir !

_C-C'est bon, elle est morte...

_C'est pas bon non ! »

Elle regarda à son tour en voyant qu'il ne lâchait pas la créature des yeux et se tétanisa. La tête et le cou qu'elle venait de tuer trônaient sur le sol... Mais elle vit quelque chose agiter la chair au niveau de la coupure. Puis elle fit un bond, se raccrochant instinctivement au Magi quand le cou se redressa brusquement, s'ébrouant avant de se scinder tandis que deux têtes apparaissaient sous les yeux médusés de la princesse.

« N-Non ce... »

C'était impossible. Elle venait de trancher une tête... alors pourquoi deux venaient de repousser d'un seul coup ? C'était un véritable cauchemar... Judal pesta.

« Et merde, c'est une hydre !

_Une quoi ?

_Une hydre ! Quand on lui tranche une tête, elle en a deux qui repoussent à chaque fois !

_Tu ne pouvais pas le dire avant !?

_J'en avais jamais rencontré jusque là ! »

Ce fut pire encore quand elle vit qu'il en était de même du coté des magiciens. Le nombre de tête avait doublé de leur coté. Dotée d'initialement trois tête, l'hydre en disposait désormais de six ! Peu importait combien ils en trancheraient, elles repousseraient encore et encore en double. Elle sentit ses forces l'abandonner rien qu'à cette idée. Mais la main du Magi la hissa à nouveau sur pieds alors qu'il l'entraînait à sa suite dans une course rapide. Ses jambes tremblant encore, elle eu du mal à se calquer à son rythme mais il ne lui accorda pas de répit, les éloignant autant que possible de la créature qui leur envoyait des torrents de flammes et d'éclairs, un voile de givre piégeant le sol sous leurs pieds de temps à autres.

« Tu l'as dit toi même tout à l'heure ! Il faut atteindre la porte coûte que coûte ! Laisse les vieux se démerder avec l'hydre ! »

La princesse avait du mal à recouvrer ses esprits. Mais il avait raison. Elle avait attaqué le monstre pour secourir ses hommes. Mais maintenant que c'était fait, ils n'avaient pas de raisons de rester affronter la créature. Au contraire, elle retenait les magiciens qui étaient également leurs ennemis. Mais pour combien de temps ? Elle pouvait voir des paires d'yeux jaunes les suivre alors que des sifflements emplissaient l'air. L'hydre n'avait pas l'intention de les laisser filer.

« T'occupe pas de ça! »

Kougyoku leva les yeux vers Judal qui continuait de courir devant elle sans se retourner ni même lâcher sa main.

« Si elle attaque, j'utiliserais ma magie pour nous protéger alors avance juste !

_... »

Elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Avec toutes ces créatures qui ne pensaient qu'à les tuer, comment pourrait-elle faire autrement ? Elle serra néanmoins la main du Magi dans la sienne avec plus de forces. Depuis qu'ils se connaissaient, il ne cessait de se moquer d'elle, de l'affubler de surnoms aussi idiots les uns que les autres... Pourtant, il n'avait jamais été réellement méchant avec elle. Et depuis qu'ils étaient entrés dans ce labyrinthe, il n'arrêtait pas de lui venir en aide. La protégeant, il la rappelait à l'ordre dès qu'elle perdait pied et s'éloignait de leur objectif. Elle était... vraiment contente qu'il soit là...

« Eh, Kougyoku.

_Quoi ?

_C'est vrai ce qu'ils disent ? Que tu as déjoué leurs plans il y a sept ans ? »

La princesse continua de courir après lui, ses poumons et sa gorge commençant à la brûler. Elle sursauta et poussa un cri alors qu'un éclair se heurtait à la barrière de protection du Magi mais continua de courir. Oui c'était vrai, elle l'avait fait, grâce à son journal. Mais ce n'était ni le lieu, ni le moment de parler de ça.

« J'avais sept ans à l'époque Judal, qu'est ce qu'une petite fille comme moi aurait pu faire seule ? »

Ce n'était pas un mensonge. Seule et isolée comme elle l'était, elle n'aurait jamais pu rien faire. La seule différence avait été qu'elle même, dans un autre futur en avait décidé autrement. Mais cette réponse du suffire au Magi car il n'insista pas, se contentant de s'arrêter devant la porte et de murmurer quelque chose tout en posant le plat de sa main sur celle-ci. Elle entendit les gonds grincer alors que les lourds battants s'ouvraient lentement pour leur donner accès à un long couloir aux dalles grises. S'y engouffrant, il coururent tous aussi vite qu'ils le purent jusqu'à arriver dans une pièce remplie d'objets en tout genres.

« Le djinn est dans un écrin, il faut vite trouver lequel ! »

Kougyoku acquiesça, se mettant à fouiller partout, de même que ses soldats qui retournaient tout ce qu'ils trouvaient. Rien ne leur garantissait que l'hydre ou même une autre créature n'allait pas tarder à arriver ici. Mais où chercher ? Comment savoir où il se trouvait ? Et elle la vit. Cette étoile gravée sur un petit coffre posé à même le sol parmi les autres objets. Se ruant dessus, elle eut tout juste le temps de poser sa main sur le bois froid qu'une vive lumière empli les lieux, l'obligeant à fermer les paupières. Puis elle sentit quelque chose bouger devant elle. Se risquant à ouvrir les yeux, elle eut un mouvement de recul en découvrant une créature aussi grande que celles rencontrées précédemment. Dotée d'un corps de femme, celle-ci disposait de trois têtes, une qui faisait face à la princesse tandis que les autres étaient placées à la droite et à la gauche de la première. Des bijoux ornaient leurs front par dessus leurs cheveux clairs ainsi que leur cou.

« Je suis Cerberus, le djinn de la sévérité et de la fascination. »

La princesse n'osait plus bouger d'un pouce. C'était donc à ça que ressemblait un djinn ? C'était vraiment impressionnant... Et elle comprenait enfin pourquoi statue et l'hydre disposaient de trois têtes. Elle quitta ses pensées en la voyant se pencher, mettant un genoux à terre.

« Ainsi tu es finalement parvenue jusqu'à moi ma reine.

_Reine ? »

La tête de gauche baissa les yeux sur elle avant de parler à son tour.

« Ceux qui explorent les labyrinthes sont des candidats au titre de roi. Et seuls ceux qui parviennent jusqu'ici peuvent le devenir. »

La tête de droite acquiesça doucement.

« Et de toutes les personnes ici, tu es la plus à même de me manipuler. »

Kougyoku ne dit rien. Alors c'était bon ? Ils avaient réussi ? Ils avaient traversé le labyrinthe pour arriver jusqu'à la salle des trésors, ils avaient trouvé le djinn... Puis elle se raidit et se redressa d'un bond.

« Mon frère se trouve quelque part dans le labyrinthe ainsi que plusieurs de nos hommes ! »

Les choses ne pourraient pas se terminer tant qu'elle ne les aurait pas retrouvé. Elle avait jusque là pu contenir son inquiétude, trop concentrée sur l'objectif qu'ils s'étaient fixé à savoir arriver ici. Et les épreuves qu'ils avaient rencontrés avaient aidé à s'en détourner. Mais maintenant... Elle regarda la djinn lever la main dans un signe d'apaisement.

« Tout ira bien, maintenant que tu es arrivée ici, toutes les personnes en vie vont repartir d'où elles viennent, j'y veillerais... »

La princesse sentit le soulagement la gagner, la faisant presque vaciller tant le contraste avec la panique qu'elle avait ressentit jusque là était grand. Elle regarda sa djinn disparaître alors qu'une étoile s'incrustait dans la garde de son épée tandis que le même symbole se dessinait sur le sol. Ils avaient juste à aller dessus pour être emmenés hors du labyrinthe. Elle allait revoir son frère. Elle pourrait lui montrer qu'ils avaient atteint leur but et obtenu le djinn. Il serait peut être fier, elle avait hâte de pouvoir le lui dire, de voir sa réaction, qu'il la félicite.

Une vive douleur à la hanche l'arracha à ses pensées, un gémissement franchissant ses lèvres. Qu'est ce que... Elle baissa les yeux en sentant quelque chose de chaud couler sur sa peau, le long de sa jambe. Du... sang ? Elle regardait sans comprendre ce morceau de glace qui était enfoncé dans sa chair. Pourquoi ? Sentant ses jambes céder sous elle, elle se laissa tomber à genoux, se tournant en tremblant vers Judal qui la regardait, sa baguette pointée dans sa direction. Qu'est ce que ça voulait dire ? Elle ne comprenait pas.

« … Ju... dal ? »

Le Magi la regarda un moment sans rien dire jusqu'à ce qu'un sourire se dessine sur ses lèvres. Ricanant un peu, il posa les mains sur ses hanches avant de la regarder.

« Tu vois Kougyoku, ton problème, c'est que tu ne te méfies pas assez. Tu le savais pourtant non ? Que j'étais arrivé à Kou parce que Al-Thamen m'y avait emmené. »

La princesse sentait sa tête se mettre à tourner alors que son sang se déversait sur le sol. Oui elle savait. Mais Judal n'était pas comme eux. Il avait passé tant de temps avec elle, avec Kouha, Hakuryuu, et même avec Kouen ou Hakuyuu... Il n'était pas comme eux, il était leur ami... Alors pourquoi ?

Comme s'il semblait lire dans ses pensées, le Magi haussa les épaules avec un léger rire, marchant d'un pas tranquille pour la rejoindre.

« Comme l'on dit les vieux tout à l'heure, on sait que tu as empêché la mort de Hakuyuu et Hakuren. Mais comment une petite fille de sept ans qui osait à peine sortir de sa chambre aurait-elle pu faire ça ? Toute seule, c'était impossible comme tu dis... Alors on voulait savoir comment. »

Ah, c'était donc pour ça qu'il le lui avait demandé tout à l'heure ? Mais pourquoi l'avoir aidé jusque là si son seul but était de l'éliminer comme ça ?

« Pourquoi... maintenant ? »

Judal s'accroupit devant elle et lui sourit.

« Parce que c'est plus simple de faire passer pour un accident la mort de quelqu'un quand personne autour ne peut vous contredire. Tant que Kouen était là, c'était compliqué. Et après... en fait, je ne pensais pas que tu tiendrais si longtemps. Puis je me suis dit que tu m'en dirais peut être plus si je t'aidais. Mais non, du coup... »

Il haussa les épaules.

« Tu n'as plus aucune raison de rester en vie. »

Kougyoku le regardait, son corps tremblant de plus en plus à mesure qu'il lui paraissait devenir plus lourd. Elle sentait sa tête tourner, sa respiration se faisait de plus en plus laborieuse. Elle avait de plus en plus de mal à réfléchir. Tout tournait, lui échappait. Elle avait l'impression d'avoir basculé en plein cauchemar sans pour autant parvenir à en saisir chaque nuance. Judal... l'a trahissait ? Non, si elle en croyait ce qu'il disait, il n'avait jamais été de son coté...

Elle tourna la tête autour d'elle pour voir les soldats qui l'accompagnait étendus sur le sol. Inconscients ou morts ? Elle n'en savait rien... Puis elle vit les magiciens qui avançaient dans le couloir pour les rejoindre dans la salle du trésor. Ils s'étaient donc débarrassés de l'hydre ? Oh, quelle importance maintenant ? Elle ferma les yeux, respirant difficilement alors qu'elle n'arrivait plus à tenir assise. Elle se força pourtant à ouvrir les paupières en entendant la voix du Magi non loin d'elle. Il la regardait, un léger sourire aux lèvres. Croisant son regard avec le sien, elle ne parvint pas à mettre un mot sur ce qu'elle y lisait.

« Désolé mémère, ce n'est pas contre toi... »

Elle le regarda lever sa baguette dans sa direction une nouvelle fois. Elle devrait être effrayée, en colère même, indignée... Mais elle ne ressentait rien hormis cette douleur lancinante qui lui vrillait la hanche, cette immense fatigue qui la gagnait au fil de son sang qui s'échappait. Elle ne voulait pas que ça se termine comme ça mais ne sentait pas assez de forces en elle pour se débattre contre ça.

« C'est la dernière fois qu'on se voit Kougyoku... »

Elle vit le bout de sa baguette se mettre à briller d'une lueur aveuglante, l'obligeant à fermer les yeux. Puis une nouvelle douleur, bien plus forte encore que la précédente lui arracha un cri alors qu'elle se sentait basculer, son esprit plongeant dans l'obscurité.