Tout était si noir, si silencieux. Elle avait l'impression de flotter dans le vide, plongée dans un silence aussi profond que l'obscurité qui l'enveloppait. Peut-être devrait-elle ouvrir les yeux, se redresser pour se lever mais elle n'en avait pas envie. Elle ressentait juste le désir de s'endormir, de garder les yeux clos pour ne penser à rien, ne rien ressentir. Elle se sentit soudainement si fatiguée, si lourde sans en comprendre la raison. Que se passait-il ? Tentant de bouger sa main, elle réalisa qu'elle en était tout simplement incapable. Elle s'efforça donc de concentrer toutes ses forces pour parvenir à agiter ses doigts. Mais elle n'y arriva pas. A la place, elle sentit une vive douleur irradier dans sa poitrine, tendant ses muscles, lui faisant serrer les dents. Elle sentit son cœur battre de plus en plus vite puis se serrer douloureusement. Que lui arrivait-il ? Il n'y avait rien ici qui justifie pareille réaction. Essayant de comprendre ce qu'il lui arrivait, elle sentit une vague de panique l'engloutir d'un coup alors qu'elle rejetait brusquement toute image qui défilait devant ses yeux. Non, elle ne voulait pas se rappeler. Quoi qu'il se soit passé, elle ne voulait pas le savoir ! Elle voulait oublier ! Ignorer cette chose qui lui faisait sentir tant de douleur ! Mais les images s'enchaînaient les unes après les autres dans son esprit sans qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit. Non, elle ne voulait pas ! Elle grimaça en sentant la douleur qui lui enserrait la poitrine se propager rapidement dans tout son corps, lui arrachant un gémissement. Non, elle ne voulait pas repenser à ce qu'il s'était passé ! Ils avaient réussi à atteindre le djinn, ils allaient enfin sortir du labyrinthe alors pourquoi... Pourquoi les choses avaient elles virées ainsi !?
Kougyoku ouvrit soudainement les yeux pour les refermer presque aussitôt à cause de la lumière bien trop vive pour eux. Se protégeant de son bras le temps qu'ils s'habituent, elle finit par rouvrir prudemment les paupières. Elle se trouvait allongée dans un grand lit, emmitouflée dans des draps blancs et doux. Tournant lentement la tête, elle regarda autour d'elle. Une petite table en bois accompagnée d'un fauteuil était posée près de la fenêtre, celle-ci laissant passer les rayons du soleil qui inondaient la chambre. C'était donc ça qui l'avait ébloui... Elle se frotta les yeux doucement avant de prendre appui sur ses mains pour se redresser mais elle laissa échapper un cri alors qu'une douleur aussi intense que soudaine lui transperça l'épaule droite, la faisant retomber en arrière sur le large oreiller qui la réceptionna en douceur. Tremblant, elle resta immobile, la respiration rapide. Qu'est ce que... Quand avait elle été... Ah oui... Elle ferma les yeux en se rappelant de Judal. C'était lui qui lui avait fait ça avant qu'elle ne perde connaissance... Un sanglot franchit ses lèvres sans qu'elle ne puisse le retenir. Judal... pourquoi ? Pourquoi avait-il fait ça ? N'étaient-ils pas amis ? Elle ne comprenait pas... Elle tira sur son haut pour observer l'état de son épaule et constata que celle-ci était soigneusement bandée. Puis elle vit qu'il en était de même avec sa hanche. Quelqu'un l'avait soignée, changée et amenée dans cette chambre pour qu'elle se repose... Mais... où était-ce ici d'ailleurs ? L'aménagement de la pièce différait assez de celles de Kou, aussi bien pour les couleurs que pour le mobilier en lui même... Pinçant les lèvres, la princesse repoussa les draps et posa les pieds sur le tapis rouge qui couvrait les deux tiers du sol de la pièce. Vu la qualité du lit et de ce tapis, la personne qui vivait là devait être à l'aise financièrement. Un noble ? Elle chassa ces suppositions d'un mouvement de la tête et se hissa sur ses deux pieds, se tenant au mur pour assurer sa progression. Son corps était ankylosé et ses blessures lui faisaient mal. Mais elle ne pouvait pas rester allongée, il fallait qu'elle sache. Qu'elle sache où elle se trouvait à cet instant. Elle avança donc à pas lents en direction de la fenêtre. Si elle y regardait, elle reconnaîtrait sûrement l'endroit où elle se trouvait. Continuant prudemment, elle prit appui sur le dossier du fauteuil et se pencha pour observer le paysage et sentit son cœur manquer un battement. Le bâtiment dans lequel elle se trouvait surplombait les alentours, visiblement au centre d'une ville. Elle pouvait également discerner des arbres au loin... Une forêt ? Une bourrasque lui fit fermer les yeux et elle repoussa ses longues mèches qui fouettaient son visage. Puis une odeur lui parvint. Elle connaissait cette odeur... Elle se pencha un peu plus par la fenêtre pour regarder autour d'elle. Elle lui rappelait ce jour où, pour essayer de protéger ses cousins, elle les avait convaincu de passer toute la journée ensemble. Elle avait vraiment aimé ces moments là avec eux. Elle frissonna lorsque ses yeux se posèrent sur la surface bleuté qui scintillait sous les rayons du soleil.
« La mer... »
Elle là reconnaîtrait entre mille... Mais ce constat l'atterra bien plus qu'il ne la réjouit. Comment pouvait-elle se trouver près de la mer alors que le labyrinthe qu'elle avait exploré se trouvait en pleine montagne ? Elle n'y comprenait plus rien... Elle sentit ses jambes vaciller sous son poids et parvint de justesse à se laisser tomber dans le fauteuil. Portant une main à sa tête, elle resta à regarder le sol, les battements de son cœur se faisant plus rapides à chaque seconde alors que son estomac se nouait. Où était-elle ? Elle ne reconnaissait rien ! Comment était-elle arrivée ici ? Elle ne comprenait pas. Puis une angoisse sourde la gagna, la faisant frissonner des pieds à la tête. Et Kouen ? Allait-il bien ? Avait-il pu sortir du labyrinthe avec les soldats ? Était-il blessé ? Est ce que Judal et Al-Thamen l'avaient attaqué lui aussi ? Si oui, était-il... Elle ne pu aller jusqu'au bout de sa pensée, sentant une violente nausée lui retourner l'estomac et porta une main à sa bouche pour tenter de se contenir. Non... non. Kouen était fort. Kouen était intelligent... mais... il avait confiance en Judal non ? Donc... Non. Non, ça ne se pouvait pas. Non...
« Ah, vous êtes enfin réveillée, tant mieux. »
Elle sursauta et se redressa d'un bond pour regarder en direction de la porte. Un jeune homme la regardait avec un doux sourire aux lèvres. Elle pouvait lire sur son visage le même soulagement qu'elle avait entendu dans sa voix calme. Ses habits confirmèrent les doutes de la princesse. Elle n'était pas à Kou, elle n'avait jamais vu ces vêtements avant... Puis elle se concentra à nouveau sur le visage du nouvel arrivant. Ses traits étaient doux, son nez fin et ses pommettes étaient parsemés de tâches de rousseur. Ses cheveux courts et blancs contrastaient beaucoup avec ses yeux noirs qui la regardaient. Restant un instant silencieuse, elle finit par prendre son courage à deux mains et s'efforça de parler d'une voix claire.
« Je... qui êtes vous ? »
Le jeune homme cligna des yeux avant de s'avancer un peu pour s'incliner poliment devant elle, croisant les mains devant son torse.
« Pardonnez mon impolitesse. Je me nomme Jafar et je venais voir comment vous vous portiez. Cela fait plusieurs jours que nous vous avons trouvé et ramenée ici mais vous demeuriez inconsciente.
_Vraiment ? Combien ?
_Environs quatre jours. »
La princesse se mordit la lèvre, accusant tant bien que mal le choc. Quatre jours ? Tant de temps s'était écoulé ? Elle avait pourtant l'impression que les événements étaient survenus la veille. Puis elle réalisa le silence qui s'était installé dans la pièce et secoua la tête pour chasser ses pensées. Oui elle avait beaucoup de questions qui lui traversaient l'esprit mais elle devait avant tout remercier cet homme qui de toute évidence avait prit soin d'elle. Elle se leva avec prudence et s'inclina à son tour, réprimant une grimace aux protestations de son corps fatigué.
« Merci de m'avoir secourue alors qu'on ne se connaît même pas... Je vous suis vraiment reconnaissante, sans vous, je serais sûrement... »
Morte. Oui, elle avait perdu beaucoup de sang dans le labyrinthe à cause de sa blessure à la hanche. Si on ajoutait à ça celle de son épaule et le fait qu'elle était restée inconsciente quatre jours durant, alors oui, elle aurait sûrement fini ainsi.
Jafar leva les mains en signe d'apaisement avant d'approcher et de les poser sur ses épaules pour la faire se rasseoir doucement.
« A vrai dire, ce n'est pas moi que vous devez remercier, ce n'est pas moi qui vous ai trouvé.
_Ah...
_Mais avant tout, puis-je vous demander votre nom ? »
La princesse rougit. Elle ne s'était même pas présenté alors qu'elle avait elle-même demandé son nom.
« Bien sûr, je me nomme Kougyoku. »
Le magistrat la regarda un instant avant d'acquiescer.
« Excusez moi mais... par hasard, ne viendriez vous pas de l'empire de Kou ?
_Si, c'est le cas.
_C'est ce que je pensais, votre nom en a les consonances.
_D'ailleurs, où sommes nous ? Je ne reconnais rien ici... »
Jafar rit doucement avant de la regarder.
« C'est normal je pense, notre pays s'est bâtit récemment et nous n'entretenons pas de réels rapport avec l'empire de Kou. Vous vous trouvez à Sindria. Ah, tenez, pour que vous réalisiez mieux... »
Il s'approcha d'un meuble et en extirpa un parchemin qu'il vint dérouler soigneusement sur la petite table devant Kougyoku. Se penchant, celle-ci réalisa qu'il s'agissait d'une carte. Elle suivit le doigt fin du magistrat.
« Là se situe l'empire de Kou et ici... »
Son doigt glissa sur le papier, s'éloignant du continent pour s'enfoncer plus bas, dans l'océan jusqu'à s'arrêter sur un tout petit point au sud de la carte.
« Sindria est ici. »
La princesse ne parvenait pas à lâcher des yeux le minuscule point dessiné sur cette carte. C'était... tout simplement impossible. Comment pouvait-elle se trouver à pareille distance de son propre pas alors qu'elle s'y trouvait jusque là ? Sur cette carte, la distance pouvait paraître dérisoire, environs soixante centimètres de distance entre les deux pays mais elle n'osait imaginer la distance réelle entre eux. C'était... insensé. Elle sentit sa tête lui tourner.
Jafar la regarda un moment et s'absenta pour revenir avec un pichet et un verre dans lequel il versa un peu d'eau. Le lui tendant, il attendit tranquillement qu'elle reprenne ses esprits.
« Je suis désolé de vous demander ça maintenant mais... que vous est-il donc arrivé pour que vous vous retrouviez dans un tel état? »
Kougyoku leva les yeux vers lui mais fut incapable de répondre. Elle-même peinait encore tellement à le croire. Judal avait... Elle se mordit la lèvre en sentant des larmes perler aux coins de ses yeux. Et Kouen... Elle serra les poings pour réprimer les sanglots qui commençaient à secouer ses épaules avec de petits spasmes. Si elle n'avait pas demandé à explorer un labyrinthe, est ce que les choses auraient tournées autrement ? Elle n'aurait pas besoin de se demander où son frère pouvait bien se trouver ni s'il allait bien à ce moment même. Et Judal ne l'aurait pas attaqué de la sorte non plus... Rien de tout ça ne se serait passé ! Elle se sentit soudainement si fatiguée, si déprimée. Elle avait envie de pleurer. Elle avait envie d'aller se coucher pour se réveiller le lendemain en réalisant que tout ça n'était qu'un horrible cauchemar et rien d'autre. Mais au fond d'elle, elle savait bien que ce n'était ni plus ni moins que la réalité.
« … Je suis désolé. Vous vous réveillez tout juste, il est encore trop tôt pour les questions. »
Elle regarda Jafar qui lui tendait la main. Y plaçant doucement la sienne, elle se laissa remettre sur pieds avant de se laisser guider jusqu'à son lit. Se glissant sous les draps, elle regarda le magistrat qui lui souriait doucement.
« Reposez vous et soyez tranquille, vous êtes en sécurité ici. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez surtout pas. »
Acquiesçant lentement, Kougyoku le regarda s'incliner pour prendre la direction de la porte. A peine celle-ci se referma t-elle derrière lui que la princesse sombra dans l'inconscience, aussi bien d'épuisement que par envie de fuir cette tempête d'images et de sentiments qui déferlait en elle.
Un bruit sourd tira la princesse de son sommeil, la faisant bondir dans son lit, son cœur martelant furieusement sa poitrine sous le coup de la peur. Que se passait-il ? L'esprit encore confus à cause du sommeil, elle mit un temps à se rappeler où elle se trouvait avant de se lever pour aller rapidement regarder par la fenêtre. Un nuage de fumée s'élevait dans les airs tandis que des éclats de voix retentissaient. Une attaque ? Qui ? Ses pensées se tournèrent presque aussitôt vers Al-Thamen. Étaient-ils venus jusqu'ici en réalisant qu'elle était en vie ? Peut être venaient-ils achever leur travail... Elle sentit l'angoisse monter en flèche avant de se précipiter hors de la chambre pour aller voir. Si vraiment c'était eux alors elle ne pouvait pas laisser les gens qui vivaient ici être blessés ou pire par sa faute ! Courant dans les couloirs, elle se repéra aux sons des pas précipités qui résonnaient entre les murs ainsi qu'aux voix. Bientôt, un filet de fumée apparu, lui confirmant qu'elle était sur la bonne voie. Pourvu qu'il ne soit rien arrivé de grave. Si quelqu'un était blessé ou plue, elle ne se le pardonnerait jamais...
« Abrutie de magicienne ! Qu'est ce que tu as encore fabriqué !?
_Ça ne serait pas arrivé si un imbécile n'était pas rentré en trombe dans mon laboratoire pour se pavaner avec sa nouvelle épée comme un coq !
_Répète un peu, vieille sorcière !?
_Mais je vais me gêner, tas de muscles sans cervelle ! »
Kougyoku resta sans voix devant la situation pour le moins... déconcertante à laquelle elle assistait. Au lieu des hommes en noir et blanc auxquels elle s'attendait se tenaient un homme et une femme en train de se disputer de toutes leurs forces tandis qu'une foule autour d'eux essayait de les apaiser sans réellement oser s'approcher. Elle comprit qu'il ne s'agissait en aucun cas d'une attaque mais plutôt d'un accident en captant des bribes de leur... discussion ? Ou dispute plutôt... Elle laissa échapper un soupir soulagé, la panique redescendant aussitôt. Néanmoins, il faudrait peut être que quelqu'un intervienne et sépare les deux qui étaient encore à se chamailler avant que ça ne dégénère non ? Mais en les regardant, elle éprouva la même réticence que tous les autres spectateurs à s'en mêler.
« Allez vous deux, arrêtez ça, vous effrayez tout le monde. »
Sursautant à cette voix, la princesse regarda l'homme qui s'était avancé et qui posait maintenant une main sur l'épaule de chacun d'eux, les séparant doucement. De longs cheveux violet tombaient en cascade dans son large dos, ondulant gracieusement derrière lui à chacun de ses pas.
« Mais elle a encore fichu un bazar monstre avec sa foutue magie sire !
_Ça ne serait pas arrivé s'il n'était pas arrivé votre majesté ! »
Sire ? Majesté ? Cet homme était donc celui qui dirigeait le pays ? Et il agissait si familièrement avec eux ? Elle en était surprise. Mais pourquoi pas après tout, s'il désirait fonctionner ainsi... Elle quitta ses pensées en le voyant se tourner et rosit lorsque son regard doré se posa sur elle, son cœur battant un peu plus vite. Il... était beau... vraiment beau... Ses yeux dorés étaient magnifiques... Puis elle sentit son cœur s'emballer lorsqu'un sourire étira ses lèvres, ses joues se teintant de rouge en réalisant que c'était bien à elle qu'il souriait.
« Ah, vous êtes finalement réveillée ? »
Clignant des yeux, elle sentit les battements de son cœur s'affoler alors qu'il venait vers elle et repoussa nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille. Que lui arrivait-il bon sang ? Ce n'était pas la première fois que quelqu'un venait s'adresser à elle comme ça ! Cet homme, Jafar, l'avait fait aussi et pourtant, elle n'avait pas réagit ainsi...Elle ferma les yeux pour essayer de se reprendre puis sursauta en le sentant prendre doucement sa main dans la sienne. Sa main à lui était grande, chaude aussi. Elle lui arracha un frisson quand elle exerça une douce pression sur la sienne.
« Je suis content de voir que vous vous portez mieux. C'est une chance que je vous ai trouvé en rentrant.
_C'est vous qui m'avez amené ici ? »
Le roi acquiesça avec un sourire, l'invitant à le suivre en passant délicatement une main dans son dos.
« Oui, je revenais d'une affaire à régler et je vous ai trouvé inconsciente sur la place. Vous aviez perdu beaucoup de sang aussi je n'étais pas certain que... Mais le plus important est que vous vous soyez réveillée. »
Kougyoku acquiesça silencieusement. C'était donc à lui qu'elle devait la vie...
« Jafar m'a dit que vous veniez de l'empire de Kou c'est ça ?
_Ah... oui.
_Qu'est ce qui a bien pu vous emmener aussi loin de votre pays ? »
La princesse pinça les lèvres avant de s'arrêter. A vrai dire... elle n'en savait rien. Elle ne savait pas comment elle avait pu arriver aussi loin de chez elle et de sa famille. Comment allaient-ils d'ailleurs ? Avaient-ils appris ce qu'il s'était passé ? Non, impossible, personne ne devait savoir ce qu'il s'était réellement passé. Ils devaient tous croire qu'elle avait péri sous les coups d'une créature du labyrinthe...
« … Kougyoku... c'est bien ça ? »
La jeune femme sursauta avant de lever les yeux vers lui, les joues rouge d'avoir entendu cette voix grave prononcer son nom et qu'il l'ait déjà retenu.
« … Oui ?
_Pour le moment, pensez uniquement à vous reposer. Nous ne vous harcèlerons pas de questions et ne vous obligerons pas à parler si cela vous ennuie. Le plus important est que vous récupériez des forces alors ne vous inquiétez de rien d'autre, entendu ? »
La princesse était touchée de l'attention dont ils faisaient preuve à son encontre alors qu'ils ne connaissaient rien d'elle. Ils l'avaient recueillie et soignée sans même se poser de questions... Elle sourit doucement.
« D'accord... et merci.
_Je vous en prie. »
Marchant à ses cotés, elle le regarda à nouveau.
« … Pardonnez moi mais... comment vous appelez vous ? »
Il cligna des yeux, un instant surpris par sa question avant de lui sourire et de prendre doucement sa main pour la porter à ses lèvres et y déposer un baiser.
« Pardonnez moi, c'est vrai que je n'ai pas eu affaire à l'empire de Kou aussi vous ne devez pas me connaître. Je suis Sindbad, roi de Sindria et dirigeant de l'alliance des Sept Mers. »
La princesse sentit son cœur vibrer devant les attentions dont il la couvrait. Il était si doux, très galant en lui offrant sa main pour l'aider à marcher, gardant un rythme lent pour qu'elle n'ait pas de peine à le suivre malgré ses blessures. Sa grande main chaude serrait doucement la sienne alors qu'il lui parlait en lui offrant de beaux sourires. Cet homme était un roi et il la traitait elle, une parfaite inconnue, avec la plus grande attention. Et il était inutile de le nier, elle le trouvait terriblement beau et attirant. C'était la première fois qu'elle sentait son cœur s'emballer comme ça devant un homme. Était-ce ça... de tomber amoureuse ? Est ce que toutes les héroïnes dans les récits qu'elle avait pu parcourir par le passé avaient éprouvé ça en rencontrant l'homme de leurs rêves ? Peut-être était ce qu'on appelait un coup de foudre ? Puis elle secoua vivement la tête, complètement rouge. A quoi pensait-elle donc comme ça !? Il fallait qu'elle se calme !
« Vous allez bien ? »
Elle acquiesça, évitant soigneusement de le regarder. Elle avait l'impression que si leurs regards se croisaient, son cœur allait exploser. Et elle ne voulait pas qu'il comprenne ce à quoi elle pensait. Elle en mourrait de honte ! Non, elle devait juste se calmer...
Elle le sentit reprendre doucement sa marche et elle se laissa guider jusqu'à des fauteuils installés sur un petit balcon qui surplombait la cour. S'asseyant dedans, elle regarda le roi prendre place dans un autre face à elle puis lui sourire lorsqu'il remarqua qu'elle le regardait, ce qui la fit rougir jusqu'aux oreilles. A ce rythme, il ne tarderait pas à comprendre ce qu'il se passait dans sa tête, si ce n'était pas déjà fait. Mais si c'était le cas, il avait la délicatesse de ne pas aborder le sujet, ce dont elle le remercia mentalement.
« Je sais que vous êtes encore fatiguée et que j'ai dit que nous ne vous harcèlerons pas de questions mais... accepteriez vous de me parler de vous, ne serait-ce qu'un peu ? J'aimerais bien comprendre ce qu'il a bien pu vous arriver. »
Le regardant un moment, Kougyoku baissa lentement les yeux sur ses mains posées sur ses cuisses. Ce qu'il s'était passé... Elle se crispa un peu, serrant les pans de la robe blanche qu'elle portait tout en se mordant la lèvre. Peu importait le nombre de fois auxquelles elle repensait aux événements, la douleur et l'angoisse qui lui tordaient le cœur restaient toujours aussi forts. Mais la moindre des choses était au moins de se présenter correctement.
« … Je suis Kougyoku Ren, huitième princesse de l'empire de Kou. »
Elle put discerner un éclat de surprise illuminer le regard doré du roi l'espace d'un instant. Puis il inclina la tête pour l'inciter à poursuivre, ce qu'elle fit non sans mal.
« A vrai dire... je ne comprends pas comment je suis arrivée ici... J'étais partie explorer un labyrinthe mais... les choses ont mal tournées et... »
Elle sentit sa gorge se serrer et son estomac se nouer, l'empêchant de poursuivre plus loin. Dès qu'elle repensait à l'exploration, les images de son frère et de Judal lui revenaient. Tout ça parce qu'elle avait demandé à y aller... tout était de sa faute...
La princesse sursauta en sentant la main du roi se poser doucement sur la sienne et elle leva les yeux vers lui. S'étant penché un peu en avant, il la regardait avec un sourire doux.
« Ne vous sentez pas obligée de poursuivre si vraiment vous ne le voulez pas. Ça se lit sur votre visage... »
Sentant ses lèvres trembler, elle acquiesça et baissa la tête.
« Quoiqu'il se soit passé dans ce labyrinthe, au moins, vous vous en êtes sortit, soyez en fière, tout le monde est loin d'y parvenir. »
Elle cligna des yeux avant de le regarder à nouveau. Ses propos lui mirent la puce à l'oreille mais elle préféra demander malgré tout.
« Vous en avez déjà exploré ?
_Oui. Mais je pense qu'il serait préférable d'en parler un autre jour, vous avez encore besoin de repos. Aussi, sachez que j'enverrais un messager à l'empire de Kou pour informer votre famille que vous êtes ici. Ils seront sûrement rassurés d'apprendre que vous allez bien. »
La princesse sentit son cœur s'illuminer pour la première fois depuis qu'elle s'était réveillée.
« Vraiment ?
_Bien sûr. Dans votre état, il vaut mieux éviter les déplacements longs aussi un message fera l'affaire pour le moment. Il mettra plusieurs jours à arriver mais au moins, ils seront informés. »
La princesse acquiesça vivement, sentant le poids qui pesait sur ses épaules s'atténuer un peu. Ils seraient bientôt avertis qu'elle était là, qu'elle allait bien et qu'elle rentrerait bientôt auprès d'eux. Elle avait tellement envie de les revoir, de les serrer dans ses bras... Mais le roi avait raison, il serait sûrement plus prudent d'attendre un peu. Elle sentit une vague de fatigue l'engloutir soudainement et elle vacilla un peu, portant une main à sa tête. Prenant la main que le roi lui offrit, elle se laissa guider jusqu'à la chambre qu'on lui avait attribué et une fois seule, se laissa tomber dans son lit pour s'endormir aussitôt.
