Ça y est! J'ai enfin réussi à boucler ce chapitre! Ça aura prit un peu (beaucoup?) plus de temps que prévu mais voilà! : D Comme je suis encore en train de réfléchir à ce qu'il se passera par la suite, je ne sais pas trop quand le prochain chapitre viendra. Mais je vais essayer d'en faire au moins un par mois dans le pire des cas, même si je vais essayer de revenir à un chapitre toutes les deux semaines.

En tout cas, je vous souhaite une bonne lecture! :3


Soufflant longuement, Kougyoku resserra ses doigts autour de la poignée de son épée tout en fermant les yeux pour se concentrer. Alors qu'elle récitait la formule pour invoquer son djinn, elle s'efforça de garder les paupières closes pour ne pas regarder si le symbole étoilé était apparu ou non sur son arme. Elle devait rester concentrée !

« Montre toi, Cerberus ! »

A peine eut-elle dit ces mots qu'un torrent de flammes s'éleva dans les airs, rendant l'air brûlant autour d'elle. Ouvrant les yeux, elle ne pouvait s'empêcher d'être encore surprise devant un tel étalage de puissance alors qu'elle en était déjà à son cinquième essai. Voir son frère déployer d'intenses brasiers quand il en appelait à ses djinns était une chose, se découvrir capable d'utiliser aussi cet élément en était une autre.

« Pas comme ça ! Vous devez davantage concentrer les flammes autour de vous ! »

Elle posa son regard sur Sindbad qui la regardait. Depuis la veille, il avait entreprit de lui apprendre à utiliser son djinn, conformément à la demande de la princesse. Celle-ci s'appliquait autant que possible mais elle réalisait combien la tâche s'avérait compliquée. Bien plus qu'elle ne l'avait pensé jusque là. Elle s'était imaginé que, comme pour une épée ou une autre arme, les choses se feraient d'elles-mêmes à force de pratique mais elle se demandait maintenant si c'était réellement le cas. Pour apprendre à utiliser son épée, elle avait endurcis ses muscles, répétés les mouvements que Kouen lui avait montré, travaillé ses réflexes. Mais pour le djinn, il ne suffisait pas de faire ça. Il fallait réussir à libérer la puissance du djinn concentrée dans l'écrin sans pour autant en perdre le contrôle. Hors, c'était pour l'heure son principal soucis. Elle avait compris comment la libérer mais elle peinait encore à la contrôler. Il fallait qu'elle se concentre, qu'elle réussisse à la canaliser pour en envelopper son corps tout entier, c'était ce que le roi lui avait dit mais... comment manier une chose qu'on ne pouvait pas toucher !? Parvenant à réduire l'étendue de flammes progressivement, elle finit néanmoins par faiblir, sentant ses jambes lâcher sous son poids et elle se laissa tomber, essoufflée et en sueurs, les flammes disparaissant dans la seconde. Encore raté !

« Nous devrions faire une pause. »

Soufflant pour retrouver une respiration normale, elle acquiesça à la proposition de Sindbad et se redressa un peu pour s'asseoir correctement. Peu importe la manière dont elle y pensait, elle ne voyait pas comment contrôler cette force.

« Réussir à utiliser l'équipement de son djinn est loin d'être facile...

_Ce n'est pas quelque chose qui se maîtrise en quelques minutes. »

La princesse soupira un peu. Est ce que sa famille avait rencontré autant de difficultés qu'elle à les utiliser aussi ? Puis elle secoua la tête pour quitter ses pensées. Qu'importe. Chacun avançait à son rythme, Sindbad le lui avait dit. Le plus important était qu'elle parvienne à ce résultat.

« Je me demande combien de temps ça me prendra pour y parvenir.

_Vous n'êtes pas obligée de recouvrir tout votre corps dès le début. Je pense même que pour un début, il serait déjà bien que vous vous fixiez pour objectif votre arme et votre bras par exemple, ce sont les zones demandant le moins d'efforts.

_Vraiment? »

Le voyant acquiescer, elle sourit un peu. Il avait sûrement raison, autant y aller progressivement. Lui qui possédait des djinns, il devait savoir de quoi il parlait.

« Il vous a fallu du temps pour revêtir vos équipements ?

_Un peu pour le premier oui, je ne savais pas exactement en quoi consistait la puissance d'un djinn à ce moment là, j'ignorais que je pouvais faire ce genre de choses. Mais une fois que je l'ai su, ça s'est fait naturellement pour les autres. »

Acquiesçant, elle regarda son épée. Il fallait à tout prix qu'elle maîtrise ce pouvoir qu'elle avait réussi à obtenir tant bien que mal ! Une fois fait, elle pourrait enfin protéger convenablement sa famille. Elle avait tellement hâte de tous les revoir, ses frères, ses cousins, Hakuei...

Elle reporta néanmoins son attention sur Sindbad.

« … Comment avez vous été confronté à Al-Thamen la première fois ? »

Le roi la regarda un moment avant de sourire un peu et de s'asseoir, croisant les bras sur son torse tout en regardant le ciel pour se remémorer les faits.

« Je crois bien que ma première rencontre avec un de leurs membres a été dans un des premiers labyrinthes que j'ai visité. Ils tenaient un rôle similaire auprès des nobles de divers pays que dans l'empire de Kou, des conseillers. Ils encourageaient à explorer des labyrinthes ou fournissaient à ceux qu'ils guidaient des objets ou savoirs leur offrant de grands pouvoirs afin de gagner leur confiance et leurs faveurs alors que leurs desseins étaient tout autres. »

La princesse acquiesça lentement. Enfant, elle n'y prêtait pas tellement attention mais après la tentative manquée d'assassinat sur ses cousins, elle s'était prise à les observer. Ils étaient toujours prévenants, peut-être même trop, affirmant toujours n'avoir à l'esprit que le bien de l'empire et de la famille royale. Elle y aurait probablement cru si elle ne les avait pas surpris cette nuit là à préparer la mort des deux princes aînés. Non, si elle n'avait pas eu son journal pour la prévenir, elle ne les aurait vu que comme d'étranges personnes au service de la famille impériale. La description de Sindbad collait bien avec l'image qu'elle avait d'eux.

« Vous avez encore été confronté à eux par la suite ?

_Bien sûr. J'ai voyagé dans de nombreux pays et plusieurs fois, nos routes se sont croisées. Sans compter que j'ai déjà exploré des labyrinthes crées par leur Magi sans qu'il me soit destiné. »

Kougyoku se figea aussitôt.

« … Judal ? »

Sindbad resta un instant à l'observer silencieusement. Il se doutait bien qu'elle le connaissait, en tant que princesse de Kou c'était logique. Il avait fait apparaître nombre de labyrinthes pour eux après tout, il n'y avait rien d'anormal à ce qu'ils se soient côtoyés. Cependant, ce n'était pas exactement l'expression à laquelle il s'attendait. De l'incrédulité ou même de la dérision, pas cet air partagé entre la résignation et la peine.

« Oui, Judal est le magi de Al-Thamen et ce, depuis des années. »

La princesse resta silencieuse à cet aveu. Ce n'était donc pas quelque chose de récent ? Il avait donc toujours été avec eux ? Elle ne comprenait pas. Il avait grandit avec eux, ses aînés s'étaient occupés de lui de la même manière qu'avec chacun de leurs cadets. Si Al-Thamen leur voulait du mal, ça voulait dire que Judal aussi ? Qu'il avait fait semblant ? Pendant toutes ces années ? Cette idée la tirailla de part en part, la faisant passer brusquement de la colère à une tristesse sans fond. Dans son esprit tournaient les souvenirs qu'elle avait des moments passés en présence du Magi depuis l'enfance et ceux de l'exploration du labyrinthe ou il l'avait soudainement trahi. Mais est ce qu'elle pouvait considérer qu'il l'avait vraiment trahi si au bout du compte, il n'avait fait que lui mentir sur toute la ligne ? Cette seule pensée lui broya le cœur.

« Princesse ? »

Elle leva les yeux vers Sindbad qui n'avait pas bougé mais qui l'observait avec un sourire paisible. Inspirant un peu, elle se redressa afin d'être de nouveau droite face à lui.

« Oui ?

_Lors de votre exploration, Judal était avec vous n'est ce pas ? »

Elle se raidit à cette question, ce qui n'échappa pas au roi.

« … Vous avez dit que quelqu'un que vous pensiez être votre ami était finalement du coté de Al-Thamen... C'est de lui que vous parliez? »

Elle se mordit la lèvre. Tout était encore si confus. Même si les faits lui hurlaient à la figure que c'était bel et bien le cas, elle ne pouvait encore entièrement l'accepter. Pourquoi ? C'était pourtant bien lui qui l'avait blessée et laissée pour morte ! Quelle autre preuve lui fallait-il !?

« … O-Oui mais... je ne suis encore sûre de rien, peut-être que... »

Que quoi ? Qu'il était bien du côté de leur famille ? Pourquoi l'avoir blessée alors ? La façon dont il avait parlé lui avait laissé sous entendre qu'il avait accepté de l'emmener dans un labyrinthe uniquement pour se débarrasser d'elle ! Al-Thamen aurait suggéré cette idée et il aurait tout simplement accepté de la mettre en œuvre, alors que cherchait-elle d'autre !?

« J'ignore quelle est votre relation avec lui mais je peux vous affirmer qu'il est bel et bien avec Al-Thamen. Cela fait plus de dix ans que je le connais et à chaque fois que je le rencontrais, il était en présence de ces hommes en noir.

_Mais... pourquoi ? »

Le roi haussa les épaules à sa question.

« Je l'ignore. Mais il a toujours agit de concert avec eux et nous en avons parfois fait les frais avec mes compagnons.

_Il doit bien y avoir une explication... Judal n'était pas comme ça avec nous...

_Peut-être n'était ce là qu'une manœuvre afin de vous faire baisser votre garde à vous ainsi qu'à vos proches ? C'est ainsi que Al-Thamen fonctionne après tout, ils vous viennent en aide pour vous laisser croire en leur sincérité et qu'ils puissent agir comme il leur convient dans l'ombre. Puisqu'il a grandit avec eux, il n'y aurait rien d'étonnant à ce que Judal ait-

_Il n'est pas comme ça ! »

Les mots avaient jailli de sa bouche avec force sans même qu'elle ne le réalise. Non ! Judal n'était pas comme ça ! Il était agaçant, prétentieux, mesquin et elle en passait encore mais il n'était pas comme ces gens ! Entendre le roi parler ainsi de lui l'agaçait. Mais... dans ce cas, pourquoi avait-il fait ça ? La colère s'estompa pour laisser place à la tristesse. Pourquoi avait-il fait ça s'il n'était pas comme eux ?

« Veuillez m'excuser. Je ne connais pas Judal de la même manière que vous aussi je peux me tromper... Quoiqu'il en soit, pardon si je vous ai blessé. »

Kougyoku regarda le roi qui inclinait un peu la tête en avant en guise d'excuse. Elle se mordit la lèvre et secoua vivement la sienne.

« N-Non ! C'est moi qui... pardon de m'être emportée comme ça.

_Il n'y a pas de mal, détendez vous. »

Entendre le roi rire en lui disant ça la rassura un peu et apaisa légèrement son esprit embrumé par la confusion. Il ne lui en voulait pas pour ça et elle en était soulagée. Se levant avec précaution, elle épousseta ses vêtements avant de regarder Sindbad qui se redressait à son tour.

« Pardonnez moi de vous demander ça alors que c'est moi qui voulais cet entraînement mais... pourrions nous en rester là pour aujourd'hui ? Je crois que... j'ai besoin de réfléchir un peu... »

Sindbad sourit un peu avant d'acquiescer.

« Bien sûr, nous reprendrons quand vous le désirerez, ne vous inquiétez pas. »

Kougyoku lui répondit avec un sourire. Il était toujours si doux et compréhensif, elle ne lui serait jamais assez reconnaissante de lui accorder de son temps comme ça et d'accepter la moindre de ses requêtes à chaque fois. S'inclinant respectueusement, elle se détourna et s'en alla d'un pas lent, replongeant dans ses pensées tandis que Sindbad la regardait s'éloigner sans rien dire. Puis il se tourna et regarda Jafar qui venait à sa rencontre.

« Alors ? »

Le magistrat secoua lentement la tête en signe de négation.

« Pas la moindre trace de nos messagers. Ils ont probablement été tués ou au moins interceptés avant d'arriver à destination.

_Ce qui explique le manque de réaction de Kou quant à la présence d'une de leur princesse disparue ici...

_Que devons nous faire dans ce cas ? »

Sindbad soupira en se retournant pour prendre la direction du palais.

« Il va falloir que nous y allions en personne je pense. Si les messagers ont été interceptés ou arrêtés, on ne peut supposer qu'une chose...

_Que Al-Thamen les a arrêté. »

Le roi regarda Jafar qui avait achevé la fin de sa pensée à voix haute. Très certainement oui. Et c'était loin d'être bon signe.


Logeant la côte d'un pas tranquille, Kougyoku observa d'un œil distrait les vagues qui venaient s'écraser sur le sable fin de la plage, un tapis d'écume rampant jusqu'à ses pieds. Le vent soufflait doucement, lui renvoyant quelques mèches de ses cheveux devant son visage. Elle inspira profondément l'air iodé et soupira. Cela faisait plusieurs heures maintenant qu'elle avait quitté le palais pour tenter de faire le point dans son esprit mais... Tout lui paraissait toujours aussi complexe, insensé, douloureux... Peu importe comment elle présentait les choses, la situation restait la même, Al-Thamen, Judal, tout...

Se laissant tomber sur le sable, elle regarda le ciel bleu se parer peu à peu de teintes plus chaudes, passant d'un jaune d'or à un orange vif. Le soleil ne tarderait pas à se coucher mais elle ne ressentait pas l'envie de retourner au palais pour le moment. Elle voulait rester seule encore un peu, au calme même si elle ne comprenait pas pourquoi. S'isoler ne rendrait pas la situation meilleure hélas... Elle ferma les yeux. A cet instant, elle regrettait plus que tout la disparition de son journal. Elle aurait pu discuter avec son amie du futur de sa situation, elles auraient pu y réfléchir ensemble et peut être même trouver une solution. D'ailleurs, qu'en était-il du Judal de son monde ? Était-il de son côté ou bien lui aussi était avec Al-Thamen ? Elle l'avait questionné sur bien des points mais elle n'avait jamais songé à ce cas de figure-ci. Il lui avait toujours semblé naturel que sa famille soit unie, Judal compris. Et si son amie du futur répondait à ses questions, elle avait néanmoins toujours gardé une part de secret contre laquelle elle n'avait jamais cherché à lutter. C'était son droit après tout. Mais elle voulait tant lui poser la question maintenant. Malheureusement, son journal était perdu elle ne savait ou...

« Qu'est ce que je vais pouvoir faire sans toi maintenant... »

Elle sentit de nouveau l'abattement l'engloutir. Que devait-elle faire maintenant ? Poussant un nouveau soupir, elle ouvrit les yeux mais se figea aussitôt en apercevant un immense serpent se ruer sur elle. Réalisant brusquement le danger soudain de la situation, elle se jeta instinctivement de coté pour éviter la créature qui vola en éclat contre le sol où elle se tenait encore quelques secondes plus tôt. Un serpent fait de... sable ? Se levant, elle regarda autour d'elle rapidement, le cœur tambourinant sa poitrine. Un magicien l'attaquait ? Qu'est ce que ça voulait dire ? Pourquoi ? Personne ici n'avait de raison de s'en prendre à elle !

« Eh bien, eh bien, une petite souris s'était donc bien échappée. »

Une vague de froid s'abattit sur elle alors qu'elle se retournait lentement pour poser les yeux sur les hommes qui flottaient dans les airs, leur vêtements noirs flottant au gré du vent. Pourquoi ? Pourquoi les membres de Al-Thamen étaient ils là alors qu'ils auraient du la croire morte ? Elle ne devait la vie qu'à Sindbad et ses généraux pour l'avoir trouvée et soignée alors comment avaient-ils pu savoir qu'elle se trouvait ici et surtout, en vie ? Elle porta aussitôt la main à son épée, prête à la dégainer si la situation s'envenimait, ce dont elle ne doutait absolument pas.

« … Je ne me laisserais pas faire, vous ne me tuerez pas aussi facilement...

_Mais nous ne voulons pas vous tuer. »

Leur réponse la prit au dépourvu. Ils ne le voulaient pas ? Pourtant, c'était bien ce qu'ils semblaient rechercher lors de l'exploration de Cerberus non ?

« Vous attaquez avec des serpents les gens que vous ne voulez pas tuer ?

_Nous nous doutions de votre manque de coopération aussi avons nous pris des mesures.

_Que voulez vous dans ce cas ? »

Elle s'efforçait de garder une voix calme malgré l'angoisse qui lui tenaillait l'estomac, ne les quittant pas des yeux. Elle ne devait pas montrer qu'elle avait peur. Elle devait garder son calme et réfléchir. Seule contre plusieurs magiciens, c'était perdu d'avance. Si elle contrôlait son djinn, il en serait peut-être autrement mais là... Non ! Il ne fallait pas qu'elle parte vaincue si vite ! Il fallait qu'elle gagne du temps, le temps de trouver comment se tirer de ce mauvais pas. Prévenir Sindbad ? Comment ? Elle ne pouvait pas mettre les habitants en danger en revenant vers la ville, elle ne se le pardonnerait pas s'il y avait des morts après avoir été accueillie si chaleureusement ici.

« Nous voulons que vous veniez avec nous.

_Où ça ?

_A l'empire de Kou. »

La princesse ne put réprimer un rire à cette réponse.

« Je devrais croire que vous me ramèneriez chez moi, vraiment ? Me croyez vous si idiote ?

_Nous n'avons pas dit que nous vous ramènerions chez vous, princesse. »

Kougyoku garda le silence. Si elle pouvait retourner à Kou, ce serait avec le plus grand plaisir, elle n'attendait que ça... mais pas ainsi.

« … Pourquoi ?

_Parce que, pour une raison qui nous échappe, vous avez perturbé le flux des rukhs. Vous avez contré le destin des princes aînés de l'empire sans que nous sachions comment, nous voulons savoir par quelle magie vous y êtes parvenue. »

Elle se mordit la lèvre. Ils avaient déjà évoqué ce point dans le labyrinthe, c'était la raison pour laquelle ils avaient choisit de l'éliminer. Alors pourquoi changeaient-ils maintenant d'avis ? Pourquoi se prenaient-ils d'intérêt pour les moyens qu'elle avait employé ? Mais peu importait.

« Je ne vous suivrais pas.

_Nous le savons... »

Kougyoku dégaina son épée en sentant le sol vibrer sous ses pieds tandis que plusieurs grands serpents de sable se constituaient sous ses yeux. Comment allait-elle affronter ces choses toute seule ? Bon sang...

« Mais nous ne repartirons pas sans vous. »

L'un des magiciens noirs abaissa son sceptre, ce qui sonna comme un ordre aux reptiles qui se jetèrent sur la princesse. Celle-ci dû se jeter au sol pour éviter leurs gueules grandes ouvertes qui se refermèrent sur du vide dans un claquement sonore. Roulant de coté, elle couru pour mettre de la distance entre les créatures et elle, pestant aux sifflements derrière elle lui indiquant qu'au moins une la suivait. Courir ne la mènerait nulle part, elle finirait épuisée avant même d'avoir pu trouver une solution ! Mais elle avait beau chercher, elle ne voyait pas quoi faire ! Serrant les dents, elle interrompit brusquement sa course et pivota sur son pied droit pour se tourner vers le serpent qui venait à toute allure vers elle et abattit sa lame de toutes ses forces sur lui. Son arme le coupa en deux sur toute la longueur sans rencontrer de réelle résistance. Le corps reptilien s'effrita jusqu'à devenir un tas de sable inerte au grand soulagement de la princesse. Soulagement qui s'estompa dès l'instant ou elle vit un nouveau reptile émerger de ce même tas de sable. Évidemment, c'était la magie de ces hommes qui les animait, pas une vivre propre ! Qu'avait-elle cru bon sang...

« Faîtes vous une raison princesse, vous ne pourrez l'emporter. Seule, vous ne pouvez rien faire. »

Kougyoku serra les dents. Oui, c'était vrai. Ainsi, elle ne pourrait rien faire, rien. Si elle avait pu sauver ses cousins, c'était parce que son amie avait envoyé un journal pour la prévenir. Si elle réussi à avancer dans le labyrinthe, c'était parce que Kouen était là ! Si elle était encore en vie maintenant, c'était parce que Sindbad était là ! Jusqu'à présent, elle avait toujours eu quelqu'un et maintenant qu'elle était seule... elle n'arrivait à rien. Était-ce donc tout ce dont elle était capable ? Tout ça pour ça ? Elle ne pouvait vraiment rien faire seule ? Elle secoua la tête. Non ! Non, elle ne devait pas penser comme ça ! Elle devait donner tout ce qu'elle avait, sans quoi... elle perdrait tout. Même si la princesse du futur ne lui avait pas tout dit, elle savait qu'elle avait du perdre beaucoup. Elle n'aurait pas envoyé ce journal sinon. Elle n'aurait pas essayé de l'aider à changer les choses. Il n'y aurait pas tant de tristesse derrière certains de ses mots...

Elle baissa les yeux vers son arme et se mordit la lèvre. Son djinn était la seule option qui lui restait. Même si elle n'arrivait pas à le maîtriser, elle devait essayer. Elle ne pouvait pas se laisser faire, elle ne le voulait pas ! Elle devait tout essayer ! Esquivant un nouveau serpent, elle s'efforça d'étouffer la panique qui tentait de l'envahir pour se concentrer sur son écrin. Refermant ses deux mains sur la poignée de l'épée, elle inspira rapidement avant de fermer les yeux. Elle sentit l'énergie du djinn répondre à son appel, les flammes déferlant dans les airs autour d'elle, lui accordant quelques instants de répit en empêchant les reptiles d'approcher. Il fallait qu'elle concentre l'énergie autour de son corps. Sindbad le lui avait expliqué. Faire sien la force du djinn pour renforcer son corps, voilà ce qu'était l'équipement. Elle sentit sa peur se raviver en sentant l'air fouetter sa joue et son brasier s'intensifia de plus belle. Un des serpents avait du la frôler. Puis elle réalisa que le feu réagissait à son état d'esprit. Plus elle avait peur et plus les flammes se faisaient grandes et violentes. Les regardant danser devant elle, Kougyoku tendit ses muscles avant de mettre son arme devant elle et de fermer à nouveau les yeux. Se concentrer, calmer ses peurs, calmer son inquiétude. Elle devait juste penser à ce qu'elle voulait, à ce qu'elle devait faire. Contrôler cet immense pouvoir qui lui avait été donné, pour vaincre ces hommes. Pour rentrer chez elle, revoir sa famille et les protéger, les aider. Oui, c'était pour eux qu'elle devait y arriver.

« C'est pour cela que je t'ai choisi. Alors, appelle moi ma reine... »

La princesse ne sursauta pas à cette voix qui résonna en elle. Elle ne comprenait pas exactement d'où elle venait mais elle reconnaissait malgré tout celle de Cerberus. C'était la première fois qu'elle l'entendait depuis qu'il était venu se loger dans son arme. Et elle réalisa par la même occasion que le brasier s'était apaiser, remplacé par un halo doré qui enveloppait son corps. Elle répéta les mots qui résonnait dans son esprit d'une voix calme et claire.

« Djinn de la sévérité et de la fascination, recouvre mon corps et confère moi tes pouvoirs. Viens, Cerberus ! »

A mesure qu'elle parlait, elle sentait son corps devenir plus léger, sa peau devenir plus chaude, la lumière autour d'elle devenir plus intense. Elle ne savait pas exactement ce qu'il se passait mais elle n'avait pas peur. Elle sentait qu'elle n'avait pas à avoir peur. Elle sentit un regain d'énergie l'envahir. Puis lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle comprit qu'elle avait réussi. Elle était parvenu à revêtir son équipement ! Son épée s'était transformée en lance dorée tandis que deux autres paire de bras tenaient chacune une arme différente, fidèle à l'image du djinn à trois têtes.

Elle reporta son attention sur les magiciens qui matérialisèrent un serpent gigantesque en amassant tout le sable des environs. C'était maintenant qu'elle allait voir de quoi elle était capable. Pointant sa lance en direction du reptile qui plongeait sur elle, la gueule grande ouverte, elle concentra ses forces.

« Cerbero Jairu Ranquesa! »

Aussitôt, un immense loup de feu se matérialisa pour fondre sur le serpent, l'engloutissant avant d'exploser dans un torrent de flammes écarlates. La princesse pu voir certaines partie du corps du reptile se transformer en verre sous l'importante chaleur dégagée par les flammes avant qu'il ne vole en éclats. Puis elle se tourna vers les magiciens, prête à employer à nouveau son attaque quand un brusque vertige la saisit, troublant sa vision, l'obligeant à poser un genou à terre pour ne pas s'effondrer, son équipement disparaissant. Que... lui arrivait-il ? Son corps si léger lui semblait maintenant lourd comme du plomb ! Elle avait comme un poids sur la poitrine qui l'empêchait de respirer correctement !

« Bravo princesse, néanmoins vos efforts seront restés insuffisants. »

Levant les yeux sur les magiciens, Kougyoku serra les dents sans parvenir à se relever totalement. Mais que lui arrivait-il bon sang !? Elle ne pouvait pas rester comme ça ! Pas maintenant !

« Nous vous l'avons dit, vous ne pouvez rien faire seule. Il est temps de partir.

_Partir ? Maintenant que vous avez mit un pied dans mon pays, il n'y a aucune chance que je vous laisse vous échapper. »

Kougyoku tourna la tête pour voir Sindbad qui les regardait, une épée à la main. Elle reconnu l'épée qu'il avait utilisé pour vaincre le monstre marin la dernière fois. Alors il allait... L'équipement qui recouvrit le corps du roi confirma ses pensées et elle vit un immense éclair aux reflets bleutés s'abattre sur le groupe de magiciens, faisant trembler le sol sous ses pieds. Lorsque la foudre se dissipa, il ne restait plus la moindre trace des magiciens, hormis ces étranges poupées donc ses cousins avaient parlé une fois. Si facilement. Le roi les avait vaincu avec une telle facilité que c'en était effrayant.


« J'ai épuisé ma magie ? »

Kougyoku écoutait en mangeant un peu, assise dans un fauteuil confortable. Elle sentait ses forces revenir peu à peu tandis que Sindbad acquiesçait calmement.

« Nous disposons tous d'une réserve de magoi en nous. Lorsque nous invoquons un djinn et utilisons ses pouvoirs, notre réserve s'épuise et nous nous fatiguons considérablement. Vous avez réussi à utiliser votre équipement mais vous avez mit trop de puissance d'un coup dans votre attaque, voilà pourquoi vous vous êtes retrouvée dans cet état. »

La princesse acquiesça en silence. Elle avait réussi mais...

« Soyez fière de vous. »

Elle leva les yeux vers le roi qui posa doucement une main sur son épaule.

« Quelques heures plus tôt, vous ne parveniez même pas à canaliser l'énergie de votre djinn et voilà que vous avez réussi à recourir à votre équipement. Vous avez fait un énorme pas en avant, ce n'est pas rien. Je vais vous aider à mieux le contrôler et éviter que cela se reproduise. »

Kougyoku acquiesça en souriant, reconnaissante de ses paroles qui lui mirent un peu de baume au cœur.

« Merci. Cependant... »

Elle hésita à continuer. Mais la présence de Al-Thamen ici l'inquiétait. Ils étaient venus jusqu'ici pour elle, ils savaient qu'elle était en vie... Mais d'un autre coté, il n'y avait toujours aucune nouvelle de ses cousins. Sindbad avait envoyé des messagers mais toujours rien. Et ça la préoccupait de plus en plus.

« Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi mais je ne peux pas rester ici plus longtemps. Je dois retourner dans mon pays, je m'inquiètes pour mes proches...

_Et je comprends bien pourquoi. L'absence de nouvelles de votre famille m'intrigue aussi j'ai déjà donné les instructions pour préparer un bateau à destination de Kou. Je comptais vous en avertir lorsque je vous ai vu affronter Al-Thamen justement. Nous partirons donc pour votre pays dans deux jours. »

Kougyoku n'en croyait pas ses oreilles. Le roi la raccompagnait dans son pays, vraiment ? Elle allait enfin rentrer chez elle ? Revoir tout le monde ? Elle sentit son cœur s'emballer à cette idée, chassant toute sensation de fatigue. Certes le voyage durerait plusieurs jours mais... elle allait enfin rentrer ! Elle avait hâte de revoir la silhouette massive du palais se dessiner au loin, de revoir la vaste cour qui donnait sur ce beau jardin qu'elle affectionnait tant. Elle avait hâte de traverser ces longs couloirs qu'elle avait si peur de parcourir enfant pour se ruer dans la grande salle où ils mangeaient tous ensemble. Elle avait hâte de se jeter dans les bras de ses frères, de ses cousins, de Hakuei et de les enlacer. Oh comme elle avait envie de les revoir tous. Son cœur battait si fort à cette seule idée. Elle allait revoir sa précieuse famille.