CHAPITRE 6
L'étrange douceur soudaine de Malefoy me hante. Son bras sur mon épaule… L'ombre de son sourire qu'il dissimule. Un sourire tel que je n'en ai jamais vu. Le sourire d'un garçon auquel je pourrais tout donner, auquel j'aimerais me donner entièrement, sans plus aucun scrupule. Sa coopérativité me soulage, autant qu'elle me désespère. Il joue l'agneau, et moi j'aimerais m'y laisser prendre. Mais au plus vite je succomberais à ses charmes, au plus vite il retournera sa veste, je n'en doute pas.
Le temps glisse… Les choses se tassent… Le monde entier ne saura jamais que je suis à la croisée du bien et du mal…
Cependant, quelque chose me surprend malgré tout : ma capacité d'adaptation. Les semaines défilant, j'oublie peu à peu ma souffrance d'avoir été arrachée ainsi à mon époque, pour n'en conserver qu'un souvenir teinté de mélancolie ; je m'enfouis plus profondément dans ce temps que je pourrais quitter, je m'y enracine avec sérieux, m'y enrôle. Quelques temps auparavant, je désespérais de ma situation, désormais je pense qu'elle aurait pu être pire ; de plus j'ai une mission que je dois mener à bien.
Les jours qui filent m'apportent beaucoup en nouveauté. Une en particulier, pour le moins étrange.
Le sort voulut que Rogues et Hermione furent binômes durant l'un des cours de Potion, elle n'était pas des plus enchantées, mais au fond, peu importait puisque elle était assez concentrée dans la leçon pour faire abstraction du désagréable personnage à ses côtés. Elle fut tellement surprise quand il lui adressa la parole, qu'elle manqua d'en faire tomber son chaudron. Il parla d'une voix au ton déplaisant, et elle sentait qu'il tente de ne pas laisser paraître l'intérêt qu'il attache à ce qui serait certainement une requête.
« J'ai entendu ce qu'il se disait à propos de toi et Black. » Il s'empresse de poursuivre, la voyant ouvrir la bouche furieusement. « Mais j'ai aussi entendu une seconde version… Toi et Potter… » Lâche-t-il, méprisant.
Slughorn passant à côté de leur rangée, elle contint la rage qui bouillit en elle, tournant de manière désintéressée sa mixture devant les yeux déçus du professeur, qui ne manqua pas de s'exclamer devant celle de son binôme. Enfin, il partit renifler avec moue dégoûtée les potions des rangées d'à côté.
« Il n'y a rien entre Potter et Moi…
― Ecoute-moi ! Lily est quelqu'un d'important, et plus je connais Potter, de mon propre vécu ou par ce qu'elle m'en dit, plus je me rends compte à quel point il est nuisible. » Il marqua une courte pause, paraissant ennuyé de tant se justifier. « Sa haine ruine et son amour consume sans retenue. Il m'accable de tout le mal qu'il possède, et dépouillera celle qu'il prétend aimer de tout le bien qu'elle procure.
― Hélas pour toi, il semblerait que la belle se fasse davantage sensible au charme de ce garçon, ces derniers temps. »
Effectivement, Hermione avait pu constater que les deux Gryffondors ne s'adressait plus l'un à l'autre avec le mordant habituel, et les humeurs de James s'en ressentaient de manière des plus satisfaisantes pendant les entraînements des Maraudeurs. Le côtoyer d'une humeur autre que trollesque n'était pas pour lui déplaire, mais elle savait également que c'était aux dépens de sa mission.
« J'ai quelque chose à te proposer.
― Je t'écoute. » Bien malgré elle, la voix vibrante de complot, de manigance qu'avait employé Rogue n'était pas sans lui éveiller un certain intérêt.
« Le polynectare. » Souffla-t-il, si bas qu'elle pensa que ses oreilles lui jouaient des tours. Mais il continua, avisant sa mine perplexe. « Potter ne saurait vouloir une autre que Lily, c'est certain. Mais rien ne l'empêche d'aimer Evans à travers une autre. Le polynectar, c'est la clef. Je peux te fournir de cette potion autant que tu en aurais besoin, et de ce fait, tu serais la rousse. M'est avis que peu importe si il est au courant de la combine ou non ; il foncera tête baissée vers Evans, même si ce n'est pas vraiment elle.
― Pourquoi ferais-tu ça ? Pas par bonté d'âme, j'imagine.
― Parce que pendant qu'il voudrait de plus en plus de la copie d'Evans, il s'éloignerait de la réelle qui lui résiste si fort. »
Ce n'était pas exactement la réponse la plus explicite, mais Hermione renonça à l'interroger davantage. Ne lui offrait-il pas, après tout, la solution qu'elle attendait désespérément ? Une chance à saisir au vol. L'idée faisait son chemin dans son esprit, et même si l'idée de prendre l'apparence de Lily la révulsait, elle se surprenait à concocter déjà des plans pour faire porter ses fruits à cette opportunité. En soit, ce que Rogue avait derrière la tête lui importait peu ; elle n'avait pas d'autre alternative, et serait stupidement honnête de refuser.
« J'accepte, Rogue. Fournis-moi ce polynectar, et je ferai mon possible pour accaparer l'attention de James.
― Tout est prêt. Il ne me manque que…
― Un élément de Lily ? »
Il acquiesça. Le lendemain même, Hermione transmit furtivement quelques cheveux roux qu'elle avait récolté sur l'oreiller de la Gryffondor, à Rogue. Ils étaient à nouveau côte à côte, et parlaient tout bas du plan organisé ; quand la jeune fille releva les yeux, elle eut la vision poignante d'un regard gris fixé sur elle. Malefoy l'étudiait avec une immobilité inquiétante, presque songeur. Un peu plus tard dans la journée, il la coinça dans un couloir, quelque peu menaçant. « Je ne sais pas ce que tu fabriques, Granger, mais quelque chose me dit que tout ce cirque respire la manigance.
― Je n'y prends aucun plaisir ! » Se défendit-elle, tentant de s'écarter. Mais les bras du serpentard s'étaient brutalement cloués au mur, enfermant Hermione entre eux tels des barreaux de chair laiteuse. Il la regarda se tasser contre la paroi, fuyant manifestement leur promiscuité dont elle semblait frémir. « Tu as peur, Granger ? »
Elle ne répondit pas, ses grands yeux ambrés rivés aux siens, le cœur battant mille émotions aussi contraires que fulgurantes. Il était bien trop près d'elle ; elle sentait la chaleur masculine qui émanait de lui, paradoxale à la fraîcheur iodée de son odeur. Si elle le craignait toujours, ce sentiment n'était plus assez puissant pour couvrir l'apaisement qu'elle ressentait à se trouver tout contre lui, un apaisement mêlé d'envie dévorante qui la tourmentait sans relâche.
« Moi, je n'ai pas peur pourtant, et tu as un pied d'avance sur moi. » Il se rapprocha davantage, son corps effleurant la jeune fille, l'expression animale. « Je n'ai pas changé mon mot de passe, Granger. » Et il partit.
Je tremble, c'est incontrôlable. Il me pétrifie. Je n'ai pas cessé une seconde de songer à mon rêve pendant qu'il était contre moi. Sa proposition, si cruelle, si brutale… Qui me hante, qui me tente, qui me vante son antre. Que ne donnerais-je pas pour le rejoindre ce soir ? Que deviendrais-je si je ne le rejoins pas ce soir ? Il me semble que le temps me presse de le rejoindre, que le temps me battra si je n'y vais pas… Il me semble que si l'océan de ses yeux ne me fixe pas de nouveau, j'en mourrai.
Et me voila déjà, au terme de quelques heures couvées par l'espoir d'yeux gris, dans le couloir des préfets. « Endoloris… »
Je regrette déjà de prononcer le mot de passe, mais la porte s'ouvre et je ne peux plus même reculer. « Te voila Granger. Je ne t'attendais pas avant la prochaine brume. »
Sa voix m'enveloppe doucement, j'entre, désemparée. Il se lève du lit, souple, à l'image d'un fauve, et pose son regard sur moi, inquisiteur. « Tu viens te faire sauter ?
― Exactement ! » Et je le repousse violemment, alors qu'il s'approche de moi. Je me demande si je le hais plus que je ne le désire. Je ne sais pas.
Il me lance, mordant : « Alors que viens-tu faire ici ?
― Je viens te donner un peu de ce que tu n'as jamais eu. » J'improvise terriblement. Humiliée, j'hésite à ficher le camps, mais je me dis finalement que quelque chose me retient ici, avec lui. Si je m'en vais maintenant, un lien inflexible m'attirera à nouveau dans cet antre glacial et pourpre dont je peine à m'extraire.
Moqueur, il s'assit nonchalamment sur son lit, et éclata d'un rire bref rire sec. « Je viens te donner ce que tu n'as jamais eu ! Ce que tu n'as jamais eu ! » La singea-t-il, grimaçant, déformant sa voix à laquelle il donna des intonations suraiguës dans lesquelles on pouvait reconnaître une vague parodie de la jeune fille. « Mais rassures-toi, des filles comme toi, j'en ai déjà sauté plus qu'à mon tour, j'en sauterai encore et des mieux d'ailleurs. » Et il rit, provoquant, esquissa même, de la main, un petit geste désinvolte, comme pour sous-entendre : « peu importe, je m'en contenterai… ! »
S'il s'agissait d'une goutte d'eau, elle fit déborder le vase ; Hermione, perdant tout sang-froid, fondit sur le jeune homme, son corps frêle lancé toute griffes au dehors telle une harpie, et lui décocha un coup de poing, qui s'il n'était pas extrêmement violent, n'en était pas moins douloureux à cause de ses phalanges pointues aux petits os solides.
Malefoy, qui s'était relevé du lit pour l'occasion, chancela sous le heurt, surpris ; puis, cherchant à esquiver une hypothétique seconde droite, il recula de manière qui aurait été imperceptible s'il n'avait pas trébuché sur un pan du tapis retourné. Horrifiée elle le vit basculer en arrière, et sa tête cogner contre le coin de la table de chevet. Bam ! le bruit résonna intolérablement à ses oreilles, écho répétitif. Bam ! Malefoy ne bougeait plus. Elle s'élança vers lui, toute colère passée, et se pencha sur ses yeux clos et le blond de sa chevelure qui se peignait de pourpre.
« Episkey ! Episkey ! EPISKEY » s'entêta-t-elle avec l'opiniâtreté invincible qui la caractérisait, mais c'était peine perdue, elle ne se souvenait pas de la formule, entendue une seule fois. Alors, cédant presque à la panique, elle s'empara d'un bout de drap qui pendait hors du lit, et épongea le sang qui coulait, tandis que le Serpentard gémissait doucement.
« Je vais t'emmener à l'infirmerie, Malefoy.
― Non… Non ! Non… » Parvint-il à souffler, rouvrant les yeux comme étonné de sa position. Il bougea faiblement, et Hermione en profita pour s'asseoir, puis poser la tête du jeune homme sur ses genoux, qui lui, semblait comme à l'éveil d'une longue convalescence. Le sang coagulait, et laissait apparaître une bosse toute ronde, peu grave mais manifestement très douloureuse. Le jeune homme se redressa, sonné, puis se laissa glisser contre la Gryffondor qui elle, l'entoura tendrement de ses bras.
« Je suis désolée, je ne voulais pas… » S'excusa-t-elle, profondément mortifiée par sa violence. Mais quelque chose, aux tréfonds d'elle-même, se réjouissait de la tournure des évènements, et en particulier de la main de Malefoy qui tenait la sienne fermement, ainsi que son autre bras s'était enroulé autour de la taille svelte d'Hermione. « Granger… » Croassa-t-il, incertain, avant de prendre une inspiration saccadée.
Elle se dégagea doucement, et se lança à la recherche d'un tissu, qu'elle imbiba d'eau et revint auprès du garçon. Il remua lorsqu'elle le lui passa sur la tête, afin d'en nettoyer le sang qui coagulait à présent, puis avisant Malefoy qui la regardait, elle sourit doucement. « Si tu m'emmènes à l'infirmerie, tu le regretteras, Granger.
― Tu crois vraiment être dans l'état de me menacer ? » S'exclama-t-elle en riant, non sans une touche de remord. Mais, tout mordant envolé, il lui répondit sur le même ton : « Alors profites bien de ce moment où je suis bien moins serpent qu'agneau… » Sa voix se brisa dans un souffle. D'un accord silencieux, elle le soutint sans fléchir tandis qu'il s'efforçait de se redresser et esquissait quelques pas hasardeux pour se hisser sur le lit. Toutefois, il ne retint le bras qu'Hermione avait passé autour de ses hanches, l'obligeant ainsi à s'allonger à ses côtés. Elle se laissa aller contre lui avec un délice contenu, prenant soin de ne pas faire de mouvements brusques, nichant sa tête au creux de l'épaule qu'il lui offrait, aux effluves frais et marins. Rarement, elle avait été si proche d'un garçon. Et certainement pas de lui ; elle craignait qu'il ne retrouvât à tout moment son rempart de méchanceté. Les instants défilaient trop rapidement alors qu'elle était tout contre lui, inspirant de tout son être chaque seconde qu'il lui offrait. Son cœur battait une folle chamade tel une envolée de papillons, et dans ses tempes résonnait le décompte du temps.
« Je ne te comprends pas, Granger. Je t'insulte, et toi tu prends soin de moi. » Remarqua-t-il, songeur.
« Je ne fais que réparer les conséquences de mes bêtises. C'est à cause de moi que tu es dans cet état. » Après un moment de réflexion, elle ajouta timidement : « Et puis, je t'avais bien dit que je venais te donner un peu de ce que tu n'as jamais eu.
― Et je maintiens que j'ai déjà eu une fille dans mon lit.
― Va te faire foutre Malefoy ! Si tu as quelques idées derrière la tête, je n'ai plus rien à faire ici. » Pesta-elle en amorçant un geste furieux pour se dégager, mais la main du jeune homme resserra son emprise sur la sienne. Il déclara dans un sourire de dérision : « Je serai bien incapable de quoi que ce soit, rassures-toi Granger. Même de me défendre, s'il te prenait l'envie de me violer ! » Après un haussement de sourcils indigné, elle prit le parti d'en rire avec lui, renchérissant même : « En trois mots, tu es à ma merci ! »
Au terme de quelques minutes, il souligna à nouveau, sérieux : « C'est vraiment incroyable. Je suis celui qui te met des bâtons dans les roues, ton ennemi juré, ton persécuteur de toujours, j'aurais laissé mourir la personne qui m'inflige cela, et toi, tu te montres plus douce qu'une amante avec moi.
― Chut, Malefoy, contentes-toi de vivre. »
Il acquiesça faiblement, avant de sombrer peu à peu dans un sommeil de plomb. Elle veilla longuement, écoutant leurs cœurs qui battaient à l'unisson, leurs souffles réguliers. Puis, lorsqu'elle fut certaine qu'il s'éveillerait vivant, elle se dégagea avec regret de son étreinte possessive, et quitta la chambre sur la pointe des pieds, chamboulée par l'émotion.
Désolée du temps que la rédaction a prit, la rentrée est lourde… ! Pis quand j'ai fini les cours, j'ai pas toujours l'envie ardente de me caller sur mon pc et d'écrire… Désolée ! Mais la suite arrive jeudi prochain. Un chapitre par semaine, ça vous va, nan ?
Un grand merci à EtoiledesNeiges : Oui, oui mon style est sacrément ampoulé, et les dialogues sont pas naturels… J'espère pouvoir corriger ça au fur et à mesure, mais c'est pas gagné ! Moi non plus j'aime pas les fics sur les maraudeurs, mais inclure Malefoy m'a conquise et j'ai une idée de fin très précise, donc le retour dans le temps était obligé ! Bonne lecture !
A Oliivia : Oh oui ! Sirius est un personnage vachement attirant ! Hihi mais pas autant que Malefoy, je regrette ! M'enfin, pas de jaloux, Hermione aura les deux !!!
A JadeMalefoyRogue : Au fait, une petite question : pourquoi ce pseudo ? Jade, ton prénom ? Malefoy et Rogues, tes préférés ?!! Arrêtes-moi si je me trompe !
A blondeu : Mais non, y'a pas de cruche ici ! Sinon j'en tiendrais une couche, t'inquiète pas !!! Ravie que ça te plaise !
A DragoHermione : Alors là, je crois que si tu croises Hermione, tu la lapides sur place et sans vergogne !!! Qu'est ce qu'elle en a de la chance celle là ! Viens on la choppe, et on la fracasse hihi !
A lilipotter : Ah… Pour tout t'avouer, le manque de combativité de Malefoy est une façade, oui, mais toute façade s'émiette, non ? Tu verras bien, et j'espère que ça te plaira !
A LangedesEnfers : Ah ça non, c'est pas facile de faire cours+fic, d'ailleurs je m'en sors pas tip-top… Life quoi ! Puis bin là, Drago a plus que montré son côté petit agneau hein ! Mais c'est qu'il est chou comme ça !!! Bisous !
