Chapitre 2
Perdues dans les bois
A tear in my brain
Allows the voices in
They wanna push you off the path
Your hearing damage
Your mind is restless
You say you're getting better
But you don't fell any better
Your ears are wrecking
Your hearing damage
You wish you felt better
You wish you felt better
"Hearing damage"
L'Arche n'était plus à portée de vue depuis longtemps quand Clarke se décida à regarder derrière elle pour la première fois. Il n'y avait plus que la forêt tout autour. Elle avait marché, tant absorbée dans ses pensées, si perdue en elle qu'elle ne se souvenait plus être arrivée jusqu'ici. Ses pieds l'avaient guidée sur ce sentier qui s'était formé peu à peu entre l'Arche et la navette qui les avait amenés sur terre, eux, les cent.
Elle prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Tout était calme. Le bruissement des arbres, quelques chants d'oiseaux au loin, puis ces images derrière ces paupières closes. Ces images qui la submergeaient sans prévenir et qu'elle arrivait même à voir les yeux grands ouverts. Celles avec lesquelles elle flottait dans cette mer morte. Ballottée par la honte, le doute et la douleur. Celle qui se faisait lourde, l'empêchait de rester à la surface, l'attirait vers le fond. Elle revoyait Bellamy lui offrir le pardon, celui que personne ne pouvait pourtant lui donner. Car elle avait pris cette décision, elle avait fait un choix.
Clarke continua d'avancer, laissant une fois de plus ses pieds la guider. Elle regardait ici et là sans voir ce qui se trouvait réellement devant elle, mais plutôt ce qui était derrière elle. Ces gens qu'elle avait sacrifiés pour sauver les siens. Il n'avait suffi que d'abaisser ce levier et tout fut terminé. Dans la souffrance et la peur, ils s'étaient éteints et tout était fini. Ses yeux se plissèrent sous le soleil perçant maintenant vivement à travers les arbres, la ramenant à la réalité. La forêt s'était dispersée et devant elle se dressait le vaisseau, ou du moins ce qu'il en restait. Tout autour, les cendres et les restes calcinés de centaines de natifs. Cela semblait si lointain et pourtant cela ne faisait que quelques semaines. Elle revoyait la muraille qui entourait leur camp. Elle revoyait tous ceux avec qui elle avait été envoyée sur terre. Tous ceux qui avaient péri déjà, en si peu de temps.
Elle secoua la tête afin d'éclaircir son esprit. Elle avança tout en tentant de ne faire un pas sur des restes humains. Il ne restait plus rien d'utile à l'extérieur de la navette, le feu avait tout détruit sur son passage, tout ce qu'ils avaient bâti et tous ceux qui avaient tenté de les atteindre. Lorsqu'elle avait décidé de ne pas retourner à l'Arche, elle avait également renoncé à tout ce qui lui rendait la vie possible, ou du moins plus facile. Maintenant, il n'y avait plus qu'elle. Ses doigts glissèrent le long de sa cuisse jusqu'à sentir le métal froid du fusil fixé à sa jambe. Elle l'avait presque oublié. Elle le sortit de son étui et en retira le chargeur. Il n'y avait plus que quelques balles. Elle soupira en les déposant par terre. Sur qui pourrait-elle bien tirer maintenant? À qui prendrait-elle la vie? Elle s'en éloigna et entra dans le vaisseau.
Il y faisait plutôt sombre. Ses yeux s'adaptèrent tranquillement à la noirceur et elle scruta les alentours. Elle ramassa ce qui devait être une bâche à l'origine. Il n'en restait plus que des lambeaux. Elle prit l'un d'entre eux et noua les extrémités. Passé par-dessus son épaule, il lui fit un sac à bandoulière. Elle ramassa une sangle de quelques mètres de long, la roula et la déposa au fond de sa besace. Clarke récolta divers items pouvant éventuellement lui être utiles. Elle continuait à chercher lorsque son pied heurta ce qui ressemblait à une gourde. À sa vue, elle ravala sa salive plus difficilement, ne se souvenant plus quand elle avait bu pour la dernière fois. Elle ajouta le récipient à ses objets et entreprit maintenant de chercher quelque chose de tranchant. Si elle avait laissé de côté son arme à feu, une lame avait par contre plusieurs utilités. Elle ne lui servirait pas à enlever la vie, mais à prolonger la sienne, avec un peu de chance. De la chance Clarke en aurait besoin, car jamais elle n'avait eu à assurer seule sa propre survie.
Leur arrivée sur terre avait été difficile, mais ensemble ils avaient survécu. Comme les autres, elle avait contribué à tout cela, mais jamais à chasser, fabriquer des armes, ni même allumer un feu. Cette pensée lui traversa l'esprit alors qu'elle réalisait maintenant ce qui l'attendait. Toutefois elle n'avait pas peur, elle n'avait plus peur. À vrai dire, elle avait l'impression qu'elle ne ressentait plus rien, hormis le remords. Elle était pourtant livrée à elle-même, sans aucune certitude que la faim, la soif ou quoi que ce soit qui habitait ces forêts aurait peut-être raison d'elle. Même si demain était incertain, elle ne s'en préoccupait plus, elle tenterait tout de même de survivre.
Car maintenant qu'elle repensait à ce qu'elle avait demandé à Lexa, si elles ne méritaient pas que la vie ne se résume qu'à survivre, elle avait la réponse. Elle tenta de chasser de ses pensées ce souvenir avant qu'il ne se poursuive. En vain, elle entendit sa voix lui répondre, « peut-être que oui » puis sentit à nouveau sur son cou ses doigts la tirer vers elle alors qu'elle déposait un baiser sur ses lèvres. Clarke referma les yeux durement pour se libérer de ce souvenir. Pour se rappeler ces mots, ces derniers mots avant de se retrouver seule devant le Mt Weather. Ceux qu'elle ne pouvait oublier, « Puissions-nous nous revoir un jour ». Ceux qui abandonnaient les siens à une mort certaine, ceux qui l'avaient conduite à commettre l'irréparable. Ceux qui finalement l'avaient mené à faire de même, à en sacrifier d'autres pour sauver les siens.
Clarke baissa la tête et soupira devant l'ironie de la chose et de sa situation. Elle continua à circuler parmi les débris et ramassa un morceau de tôle d'acier jonchant le sol. Elle en approcha le bout de son index, vérifiant s'il pouvait lui être d'une quelconque utilité. Il glissa sur sa peau en la transperçant sans résistance. Elle porta son doigt à sa bouche pour en nettoyer la goutte de sang qui y perlait. Elle enroula une courte sangle à l'une des extrémités du morceau de métal pour s'en faire un manche sécuritaire. Clarke l'empoigna fermement et le brandit en l'air pour voir ce que cela donnait. Satisfaite, elle le rangea dans l'étui sur sa cuisse. Elle jeta un dernier coup d'œil tout autour et sortit. Elle ne pouvait s'attarder plus longtemps ici. S'ils partaient à sa recherche, il est certain qu'ils commenceraient par ici. Toutefois, Clarke se demanda si sa mère donnerait un tel ordre.
Clarke replaça la bandoulière de son sac maintenant alourdi par ses trouvailles. Elle se frotta les yeux qui peinaient à s'habituer à la clarté hors du vaisseau. Elle s'éloigna de ce qui fut un jour son campement et s'enfonça à nouveau dans les bois. Si elle s'éloignait par crainte d'être retrouvée par les siens, elle désirait encore moins tomber sur des natifs. S'il y avait un endroit où elle ne risquait pas de les croiser, c'était au Mt Weather. Leur commandante avait cédé les terres entourant la montagne, interdisant par le fait même aux natifs de les traverser. Cependant, l'interdiction ne durerait pas éternellement. Ils finiraient par découvrir ce qui s'était passé la nuit dernière. Clarke devait profiter de l'occasion pour franchir ces terres librement alors qu'elle en avait encore la chance.
Après quelque temps elle arriva à la rivière où, dès leur première journée, Jasper avait fait violemment connaissance avec les natifs. Elle s'accroupit au bord de la rive et plongea ses mains dans l'eau froide. Elle les porta à son visage une première fois, puis encore. Elle en but de grandes gorgées et en profita pour remplir la gourde ramassée dans la navette. Elle se releva et marcha le long de la rivière. À cette hauteur elle ne pouvait se risquer à la traverser, car le niveau était trop haut. Elle continua à marcher un certain temps avant qu'elle juge bon de tenter de la franchir. Elle entra dans l'eau d'un pas hésitant. Bien qu'elle soit peu profonde à cette hauteur, Clarke restait sur ses gardes. Elle ne savait pas nager et se devait d'être prudente. Elle expira profondément en émergeant de l'autre côté. Sans s'en rendre compte, elle avait retenu son souffle et maintenant elle respirait librement. Ses vêtements étaient trempés jusqu'à la taille. La brise souleva ses cheveux et un frisson lui parcourut le dos. Elle essora tant bien que mal l'eau de son pantalon, sans grand succès. Elle se dit qu'il finirait par sécher et poursuivit sa route. Il lui restait une bonne heure à marcher avant d'atteindre la montagne et plus vite elle aurait traversé ces terres le mieux ce serait.
À la demande de la commandante tous étaient venus, les généraux des douze clans. Parmi eux, plusieurs étaient jusqu'à tout récemment des seconds. Suite aux évènements de tonDC, leur apprentissage avait fait place à la responsabilité de diriger. Tous étaient rassemblés autour de la table où une maquette du Mt Weather, diverses cartes et armes étaient déposées. En silence, ils attendaient que leur chef prenne la parole. Lexa balaya le demi-cercle que formaient ses généraux. Son regard s'attarda sur un jeune visage qui peinait à cacher sa fatigue. Le jeune homme était à peine sorti de l'enfance et pourtant il était bien plus âgé qu'elle lorsqu'elle avait été appelée à diriger. La commandante baissa les yeux vers la maquette et s'adressa à ses hommes.
- Plus tôt ce matin, le peuple du ciel a quitté la montagne. Les éclaireurs les ont suivis jusqu'à l'Arche où ils sont retournés.
Lexa fit une pause, laissant la gravité des paroles qu'elle venait de prononcer emplir la tente. Après un temps, Indra se hasarda à briser le silence.
- Ils n'auront pas été relâchés, dit-elle davantage comme une remarque que comme une question.
- Les gens de la montagne… Commença un second général.
- Probablement mort, dit Lexa pour terminer la phrase que l'homme ne voulait probablement pas se risquer à dire. Leur survie dépendait du sacrifice des quarante-sept prisonniers de l'Arche. Ils ne les auraient jamais laissé partir.
Il y eut un profond silence. Chacun prenant le temps d'assimiler ce que cela signifiait. Leur ennemi de toujours avait été vaincu, et par ceux qu'ils avaient abandonné à leur sort quelques heures auparavant.
- Le peuple du ciel, dit un natif qui n'avait pas encore pris la parole. Comment ont-ils pu accomplir en une nuit ce qu'il nous aura été impossible de faire en près d'un siècle?
Ses paroles étaient teintées à la fois de doute, de peur et aussi d'une certaine admiration qu'il tentait de dissimuler.
- Que faisons-nous d'eux? Demanda Indra en regarda la commandante d'un regard insistant.
Lexa déposa ses mains à plat sur la table et regarda les guerriers rassemblés près d'elle.
- En ressortant indemne de cette mort certaine ils ont prouvé une grande puissance. Ils ne doivent pas être pris à la légère.
Jusqu'à tout récemment, ils auraient payé de leur vie pour nuire à l'alliance avec le peuple du ciel. Leur commandante avait négocié une trêve avec la montagne durant la nuit. Pourtant, déjà au début du jour suivant, les choses n'étaient plus ce qu'elles étaient.
Lexa savait ce que tous pensaient. Leur armée était toujours là, toujours prête à livrer un combat, à faire couler le sang. Mais le peuple du ciel n'était pas le véritable ennemi, ils avaient simplement eu le malheur d'atterrir sur leurs terres. Les natifs leur devaient la libération de leurs centaines de prisonniers et la mort de leurs adversaires de toujours. Mais nul de ces accomplissements n'avait été fait pour eux. Ils avaient démontré une force insoupçonnée, forçant le respect. Mais ce respect était accompagné de la crainte d'un futur ennemi en puissance. Car leur commandante avait trahi leur alliance. Deviendraient-ils les nouveaux hommes des montagnes? Car ils étaient bien plus semblables à ce peuple qu'à eux. N'était-il pas temps de disposer d'eux alors qu'ils étaient affaiblis? Alors qu'ils ne se doutaient de rien.
Lexa prit la parole pour mettre un terme à ce silence empli de doute, de crainte et de ressentiment.
- Nous allons soigner les nôtres pour que rapidement ils puissent tous reprendre le chemin de leur clan respectif. Nous allons garder le peuple du ciel sous surveillance, mais n'intenterons rien. Elle soupira et ajouta, presque dans un murmure, en paix. Nous allons les laisser en paix, dit-elle cette fois-ci avec fermeté. Elle se retourna vers Indra et plongea son regard dans le sien. TonDC est le village le plus près de l'Arche. Vous les garderez sous surveillance pour le moment et tout évènement suspect me sera rapporté.
Indra hocha la tête en signe d'acceptation.
- Lorsque le moment sera venu, nous renégocierons officiellement une nouvelle paix avec eux. Pour l'heure, les nôtres ont davantage besoin de notre attention.
Lexa se recula de la table et croisa ses mains derrière son dos en baissant la tête. Les généraux l'imitèrent et sortir de la tente les uns après les autres. Lexa se retrouva seule. Elle porta ses mains à son visage et frotta ses yeux fatigués. Son corps tout entier ne demandait qu'à se reposer, mais elle ne pouvait s'y résoudre. Elle voulait voir ceux de son peuple qui avaient été maintenus captifs dans la montagne. Lorsqu'ils les avaient ramenés au camp et installés dans les tentes, ils semblaient tous si faibles, si mal en point. Depuis quelques heures maintenant les guérisseurs avaient commencé à leur prodiguer des soins et elle espérait que cela ait porté fruit. Elle sortit de la tente, sillonna à travers les huttes de fortune et arriva là où, à perte de vue, des gens de son peuple étaient amassés, tentant de se remettre de leurs mauvais traitements. Ils étaient si nombreux. Tout près, elle vit deux hommes transporter sur un grabat une femme sans vie. Lexa les rejoignit tout en ne détournant pas les yeux du corps inanimé. Les porteurs la saluèrent d'un signe de tête et continuèrent leur chemin.
- Heda, dit Nyko en la rejoignant. C'est la première. Il fit une pause et se frotta les tempes avec le pouce et l'index. Il y en aura d'autres également.
- D'autres? s'enquit la commandante.
Il confirma en hochant la tête.
- Ils commencent par cracher du sang et ont peine à respirer. Puis ça empire, et …
Il ne termina pas sa phrase. Tous deux savaient comment cela se terminait de toute manière.
- Plusieurs autres ont déjà commencé à expectorer de la sorte. Lexa pouvait lire sur son visage l'épuisement et le sentiment d'impuissance.
- Regroupez-les, si nous ne savons pas ce qu'ils ont nous allons essayer d'éviter que cela se propage.
Elle regarda tout autour et Nyko su ce qu'elle cherchait, ou plutôt qui elle cherchait.
- Dria n'est plus parmi les blessés. Nous perdons notre temps, elle a dit. Puis…
Il laissa ce qu'il allait dire en suspens. Il regarda la montagne pendant un bref instant. Toutefois pas assez bref pour échapper à Lexa qui le fixait.
- Nous allons trouver. C'est la dernière chose qu'elle m'a dite.
La commandante serra la mâchoire, ferma les yeux et inspira profondément. Elle fit demi-tour et retourna à sa tente d'un pas rapide. Elle ne savait que trop bien où Dria était allée. Elle était là quand les éclaireurs lui avaient fait leur rapport. Lexa sentait la rage monter en elle. Elle serra ses points si forts que ses ongles commençaient à lui percer les paumes. Elle lui avait sciemment désobéi en marchant sur Mt Weather.
Clarke avançait dans les bois, frissonnant dans ses vêtements toujours humides même après des heures de marche. Elle contournait la montagne se dressant à travers les arbres sur sa gauche. Elle la voyait du coin de l'œil, mais ne pouvait se résigner à regarder fixement. Il lui était déjà pénible de se trouver ici. Les images de souvenirs ensanglantés se succédaient dans sa tête. Elle avait même trébuché à quelques reprises, ne voyant plus réellement devant elle. Elle prit appui sur un arbre et de l'autre main se frotta les yeux, tentant de chasser ces visions. Elle se disait que la distance finirait par aider. Plus elle s'éloignerait d'ici mieux ce serait, il fallait simplement continuer à avancer. Elle resta là un bon moment, fermement décidée à reprendre ses esprits. Elle tressaillit en entendant le vacarme que produisit ce son que trop familier. Dans la quiétude de la forêt, il avait retenti comme un coup de tonnerre. Puis ce fut des paroles presque criées prononcées en trigedasleng. Pourtant Clarke savait que les natifs n'utiliseraient jamais d'arme à feu et les siens étaient tous retournés à l'Arche. Il y avait donc eu des survivants au Mt Weather. À cette unique pensée, elle se raidit. Elle se jeta au sol au son d'un second coup de feu, cette fois encore plus près que le précédent. Elle entendait encore une voix paniquée dans le dialecte des natifs. Puis une seconde voix, plus grave et plus profonde, une voix d'homme. Clarke sentit son cœur fléchir, car elle la reconnut immédiatement.
Dria implorait Echo de se relever. Elle devait se remettre à courir, elles devaient fuir. Mais celle-ci perdait trop de sang. Dria passa son bras derrière son coup et tenta de la relever. Elle la suppliait de l'aider, elle devait faire un effort, elle ne pouvait pas mourir ici, elle ne pouvait pas la laisser seule. Un second coup de feu jaillit et les atteignit toutes deux. Le projectile transperça Echo en pleine poitrine et traversa Dria à la taille. Elles tombèrent toutes deux par terre. Dria se retourna vers Echo et la vit étendue à plat ventre, le regard vide. Elle porta sa main à sa taille et elle revint tachée de sang. Elle sentit son cœur se débattre dans sa poitrine sous la panique. Elle avait le souffle court et sentait ce qui allait venir. Elle allait se retourner pour s'enfuir quand elle entendit une voix d'homme s'approcher d'elle.
- Pendant un instant je t'ai pris pour elle, votre Heda… quel dommage.
Ces derniers mots étaient emplis de haine et de dégoût. Il la plaqua au sol de tout son poids. Il retira son chargeur, celui-ci était vide, sa dernière balle ayant volée au loin, emportant la vie d'Echo avec elle.
- Pas de chance, dit-il en lançant son arme au loin. Il se pencha encore plus en avant et leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Tu lui ressembles tant, murmura-t-il.
Il porta la main derrière son dos et empoigna un couteau à double lame, tranchante et dentelée. Lorsqu'il le ramena devant lui, Dria se débattit, mais en vain. Elle cherchait péniblement son air, oppressée non seulement par le poids de l'homme, mais surtout par la peur qui la submergeait de plus en plus. Elle montait en elle et retenait son souffle. Bientôt, elle ne le savait que trop bien, il lui serait impossible de respirer. Elle remuait de toutes ses forces, mais son emprise la gardait captive. Il plongea son regard dans le sien et elle cessa de bouger. Elle aurait voulu lui dire quelque chose, mais elle vit en lui qu'elle ne pouvait rien. Au-delà de l'envie de leur prendre la vie, il y avait autre chose. Il y avait quelque chose dans ses yeux qui la fixait, quelque chose qui ne pouvait plus être raisonné, qui n'avait plus rien à perde, qui n'avait plus rien. Il appuya la lame tranchante sur son torse, juste sous la clavicule gauche. Il pressa fermement et découpa lentement dans sa peau une profonde entaille jusqu'à la clavicule droite. Il s'exécuta en la contemplant fixement, un léger sourire s'esquissant au coin des lèvres. La douleur vive lui arracha un cri perçant qui ne dura qu'un court instant, vite étranglé dans sa gorge qui s'était refermée. L'air ne passait presque plus, pas assez pour prendre une inspiration. Simplement pour allonger sa lente et douloureuse agonie. Il la regardait lutter pour son air et semblait y prendre un malin plaisir. Il releva le couteau désormais dégoulinant et l'approcha de nouveau d'elle. Il allait lui entailler la gorge lorsqu'il la sentit. D'abord une douleur poignante, puis une vague de froid. Son regard se voila et il s'affaissa de tout son long sur la jeune femme qu'il avait torturée.
