Chapitre 3
Ensemble
Help, I have done it again
I have been here many times before
Hurt myself again today
And the worst part is there's no one else to blame
Be my friend
Hold me, wrap me up
Unfold me
I am small and needy
Warm me up
And breathe me
I have lost myself again
Lost myself and I am nowhere to be found
I think that I might break
Lost myself again and I feel unsafe
"Breathe me"
Clarke se tenait debout, le poignard qu'elle s'était fabriqué désormais ensanglanté. Elle le tenait si fort que la lame commençait à traverser le manche, lui entaillant la paume. Toutefois, elle ne sentait pas la douleur ni son propre sang glissant le long de sa main s'entremêlant à celui sur le couteau. Elle resta là pendant des secondes filant aussi lentement que des années. Elle relâcha finalement son emprise, l'arme tomba sur le sol et les feuilles mortes. Clarke empoigna l'homme par son gilet pare-balles verdâtre et le poussa sur le côté. Il était si lourd, d'autant plus maintenant qu'il n'était plus qu'un corps inanimé. Étendue près de lui, Dria était là, son corps s'arquant violemment, luttant désespérément pour respirer. Elle la regarda intensément et un bref instant elle crut voir Lexa. Mais ce n'était pas elle qui était étendue à ses pieds, si vulnérable, si chétive. Clarke se ferma les yeux, cherchant dans sa mémoire. Elle avait déjà vu ça. Cela lui revint en mémoire. Un père et son fils, bravant le destin, tentant l'impossible. Car sur l'Arche, une fois la dose maximale atteinte par personne il ne leur avait resté rien d'autre à faire. Le pauvre gamin souffrait de troubles respiratoires chroniques et sans remède pour dégager ses bronches, son père avait tenté cette solution désespérée. Clarke contourna Dria et alla s'asseoir derrière elle dos à un arbre, décidée à reproduire ce que jadis elle avait jugé sans espoir. Elle tira Dria vers elle, la trainant sur le dos, la hissant sur elle-même. La blonde laissa échapper un cri alors qu'elle tirait de toutes ses forces pour hisser Dria plus près d'elle encore. Clarke adossa la tête de la jeune femme sur son épaule et plaça une main sur son front. Elle posa ensuite son autre main sur le ventre de celle-ci.
- Ensemble, lui murmura-t-elle à l'oreille.
Clarke sentait le poids de Dria sur elle, les spasmes de son torse tentant de faire entrer l'air sans y parvenir. Clarke inspira profondément et vit le corps de la jeune femme être soulevé légèrement sur elle. Puis il redescendit alors qu'elle expira bruyamment. Elle sentait les doigts de Dria agripper fermement ses pantalons détrempés. Serrant et relâchant leur étreinte avec chaque tentative d'inspiration.
- Suis mon rythme, sens-le, ressens-le. Ensemble, dit-elle doucement tout en continuant de respirer vigoureusement.
Elles restèrent là pendant longtemps. Clarke continua à répéter les mêmes paroles encore et encore tout en ne sachant pas si la jeune femme dans ses bras pouvait la comprendre. Elles attendirent que le temps passe, car elles ne pouvaient faire autrement. Dria finit par se calmer, la peur et la panique se dissipant peu à peu avec chaque respiration de Clarke dans son dos. Puis l'air retrouva son chemin. Sa gorge se dénoua lentement, relâchant son emprise mortelle, repoussant à une prochaine fois le départ hâtif. Dria sentit des larmes couler sur ses joues alors qu'elle était toujours étendue sur celle qui venait de lui sauver la vie. Elle respirait mieux maintenant, mais ne ressentait pas l'envie de se défaire de cet enlacement étrangement rassurant. Elle fut ramenée à la réalité par une vive douleur provenant de son flanc. Maintenant que la peur était partie, la douleur revenait. Elle porta sa main sur le côté de son corps et grimaça de douleur. Clarke la sentit bouger et dégagea ses mains de sur elle. Dria se pencha vers l'avant, se retirant de sur la blonde. Dans son mouvement elle sentit la plaie que lui avait infligée l'homme désormais étendu tout près. Tout son corps la faisait souffrir et elle avait peine à retenir les quelques larmes qui tombaient sur ses joues. Dria allait se relever lorsqu'elle sentit une main sur son épaule. Clarke s'était levée, l'avait contourné et s'était accroupie devant elle. Elles se regardèrent droit dans les yeux pour la première fois. Dria remarqua que les vêtements de la blonde étaient tachés de sang à la taille. Elle approcha sa main vers elle, mais Clarke recula tout en baissant les yeux sur son ventre, suivant ce qui avait attiré l'attention de la jeune femme. Elle passa sa main sur son gilet rouge et moite. Toutefois, elle n'était pas blessée, ce n'était pas son sang. Clarke replongea son regard dans celui de Dria et elle comprit sans qu'aucune parole ne fût nécessaire. Ces yeux verts, ces traits, ces longs cheveux bruns tressés rappelaient tant la commandante. Clarke se surprenait elle-même à la dévisager, à la scruter. Mais plus elle l'observait plus la ressemblance se dissipait. Comme si elle n'était qu'un reflet éphémère. Car dans ces yeux se lisait toute la fragilité, la vulnérabilité, la faiblesse que Lexa n'était pas, ou ne laissait voir. Dria tendit la main vers Clarke à nouveau et cette fois-ci elle ne se déroba pas. Elle déposa sa paume sur le cœur de la blonde et prononça cet unique mot qu'aucun autre natif n'avait proféré devant le peuple du ciel.
- Mochof, dit-elle à demi-mot en fermant les yeux. Merci, dit-elle à voix haute pour que Clarke la comprenne.
Clarke sentit sa gorge se serrer. Elle hocha la tête en simple réponse et se releva. Essuyant au passage un début de larme au coin de son œil. Elle se retourna et alla se placer près de l'homme. Elle baissa les yeux sur lui, observa son regard vide et absent. Elle serra les dents et les poings. Emerson. Elle avait tué tant d'innocents et pourtant, lui avait survécu. Comme la vie faisait drôlement les choses pour que leurs chemins se croisent à nouveau et que Clarke ait à enlever une autre vie, celle du dernier homme de la montagne. Elle vit du coin de l'œil Dria se relever péniblement. Elle ne l'aida pas. Elle resta là à fixer celui qui, même mort, lui inspirait encore tant de colère, pour tout ce qu'il était, tout ce qu'il représentait. Dria clopinait laborieusement, sa plaie à la taille la faisant souffrir terriblement. Elle s'agenouilla près d'Echo. Elle s'approcha de son visage appuyé sur le sol froid et lui murmura des paroles en Trigedasleng que Clarke ne put discerner. Elle empoigna le couteau qu'elle avait ramassé en se relevant, celui qui lui avait entaillé la peau et qui l'élançait douloureusement. Dria regarda son propre sang sur l'arme, puis son reflet sur la lame. Elle coupa deux tresses de cheveux d'Echo et les cacha dans la besace qu'elle portait en bandoulière. En l'ouvrant, elle y vit les quelques fioles contenant des liquides de diverses couleurs et marquées d'une écriture qu'elle ne pouvait lire. Elle referma les yeux en les voyant, fronça les sourcils aux images dans sa tête. Comment ce qui devait être un bref aller-retour s'était-il transformé en une mortelle chasse à l'homme? Toutefois, le pire était à venir. Elle sentit ses yeux se voiler en y pensant. Elle se résigna et se releva en laissant échapper un gémissement. Clarke se retourna et la regarda s'approcher. Dria se tint à ses côtés et regarda son agresseur.
- Ma vie plutôt que la sienne, plutôt que la tienne…
Ces mots planèrent autour d'elles alors que toutes deux continuaient à fixer le cadavre d'Emerson. Cela avait semblé être une constatation de la part de Dria, mais c'était également deux questions. Pourquoi avait-elle décidé de lui laisser la vie sauve? Elle ne l'avait pas fait, elle avait seulement empêché Emerson de la lui prendre. Elle n'avait d'abord pas voulu, ne désirant que laisser ces peuples s'entredéchirer comme ils l'avaient toujours fait. Mais cachée sur le sol, elle avait entendu la vulnérabilité dans la voix de Dria avant le second coup de feu. Puis les mots d'Emerson et ce cri implorant, désespéré. Elle voulait s'enfuir mais, il y avait encore quelque chose en elle qui ne pouvait supporter ce qu'elle entendait, cet appel à l'aide sans espoir d'être entendu. La seconde question était sur la témérité de son geste. Sans se soucier de sa propre vie, elle avait agi. En un instant elle n'était plus cachée sous les arbres, mais se tenait derrière lui, sa vie au bout de sa lame. Clarke voyait l'évidence suggérée par Dria, mais ne se sentait pas le cœur à l'affronter. Elle la vit s'éloigner d'elle lentement, la laissant à ses pensées qu'elle lui avait inspirées. Elle entendait ses pas incertains avancer et le bruissement des feuilles sous ses pieds. Dria voyait les arbres se confondre et elle s'affaissa par terre. Clarke la rejoignit, éclaircissant son esprit, se ramenant à la réalité. Dria pouvait respirer maintenant, mais elle était loin d'être au mieux. Clarke s'agenouilla et releva l'une des couches de tissus composant les habits de la jeune femme, révélant la plaie par balle qui avait d'abord tué Echo. Clarke se pencha plus en avant pour jeter un œil au dos de Dria. Elle relâcha un souffle de soulagement en découvrant une seconde plaie à l'arrière. La balle n'avait fait que traverser la peau, douloureux certes, mais rien de particulièrement alarmant. Clarke regarda dans le sac qu'elle s'était fabriqué et en sortit des lambeaux de toile et une sangle. Elle replia un morceau d'étoffe et le déposa de sorte qu'il couvre les deux blessures au flanc. Elle enroula ensuite la sangle autour de la taille de Dria et serra fort. Elle ne put contenir un léger gémissement de douleur, mais ne résista pas. Clarke fixa la sangle solidement en place avant de s'attarder à l'entaille sous les clavicules de la jeune femme.
- Lève les bras, dit-elle en nouant ensemble quelques lambeaux.
Dria s'exécuta laborieusement, ce mouvement particulier lui brulant la peau. Clarke s'affaira rapidement à enrouler autour d'elle le bandage improvisé. Il lui aurait fallu des points de suture, mais pour l'heure, cela contiendrait au moins les saignements. Une fois les soins prodigués, il y eut à nouveau un moment de silence où elles restèrent là à se contempler l'une l'autre.
- Ne la cherche pas en moi Clarke, tu ne la trouveras pas, dit Dria d'une voix calme et pénétrante.
Clarke fronça les sourcils à cette phrase. Elle se recula, passant de sa position à genoux à assise, mitigée entre la méfiance et la gêne. Il y avait quelque chose d'étrange chez cette jeune femme. Elle ne représentait pas les natifs que Clarke avait eu l'habitude de côtoyer. Elle n'était pas menaçante, elle semblait même fragile. Elle n'avait rien à voir avec les guerriers des différents clans, ni brutale, ni dure, ni même forte d'ailleurs.
- Tu lui ressembles tellement… Elle fit une pause en continuant de la regarder fixement et ajouta. … et si peu à la fois.
Un léger sourire s'esquissa sur le visage de la native. Elle porta une main à son pendentif et le frotta entre ses doigts.
- Comme la lune et le soleil, Clarke, comme la lune et le soleil.
Clarke ne comprit pas l'analogie, mais ne demanda pas d'explication. Elle se remit debout et aida Dria à en faire autant. La jeune femme plongea à nouveau son regard pénétrant dans celui de la blonde et elle mit sa main sur son torse tout comme elle l'avait fait pour la remercier. Elle hocha la tête et se retourna pour s'éloigner. Clarke la regarda marcher laborieusement. Elle s'apprêtait à poursuivre sa propre route lorsqu'elle vit Dria se raidir et regarder rapidement vers sa droite. Dria fit volte-face, le visage apeuré. Elle murmura ensuite ces mots qui firent bondir le cœur de la blonde dans sa poitrine.
- Cours Clarke, sauve-toi!
Clarke ne comprenait pas, elle n'avait rien vu ni entendu d'alarmant. Elle ignora l'avertissement et scruta la parcelle de forêt où Dria avait perçu ce danger imminent. Elle ne les vit que lorsqu'ils avancèrent hors de là où ils étaient tapis. Deux natifs avançaient vers elles, l'un une épée à la main et l'autre pointant Clarke de son arc et sa flèche.
- Hod op! Cria Dria d'une voix implorant plus qu'ordonnant.
Néanmoins, les hommes baissèrent légèrement leur arme et regardèrent la jeune femme. À l'unisson ils hochèrent la tête en disant « Heda sis ». À ces mots Clarke comprit l'origine de la ressemblance entre Lexa et la jeune femme devant elle. La blonde regarda Dria parler aux hommes en Trigedasleng sans comprendre ce qu'ils se disaient. Toutefois, leurs gestes et leurs intonations ne laissaient présager rien de bon. Les hommes rangèrent leurs armes et Clarke laissa échapper un soupir de soulagement. Toutefois, elle n'eut pas le temps de réaliser ce qui se passait. Elle les vit se saisir de Dria et l'emporter au loin. Ce fut la dernière chose qu'elle vit avant de ressentir une douleur vive à l'arrière de la tête. Tout devint noir et elle ne sentit pas son corps s'effondrer sur le sol.
Clarke entrouvrit les yeux et une forte douleur à la tête lui fit pousser un gémissement. Elle se frotta les yeux et se redressa. Lorsqu'elle les rouvrit, elle fut surprise de constater où elle se trouvait, dans la tente de la commandante. Néanmoins, celle-ci n'y était pas, elle était seule. Cela lui prit quelques instants pour reprendre ses esprits. Elle chercha dans ses souvenirs confus. Il y avait un homme étendu par terre puis le poids de quelqu'un sur elle et ces yeux verts, Lexa. Clarke se frotta les tempes et tenta de se souvenir davantage. Non, ce n'était pas Lexa, mais... Elle fut tirée brusquement de ses songes par un cri pénétrant. Un cri de douleur, une voix qu'elle reconnaissait, qui lui paraissait lointaine, mais familière. Elle entendit comme un claquement et à nouveau un cri pénétrant. Elle se redressa et tout lui revint en tête, la jeune femme, Emerson, les guerriers et ce coup à la tête. Elle sortit en trombe de la tente, cherchant d'où provenait ce hurlement. À nouveau un claquement, mais aucun son ne suivit. Clarke courut à travers le camp qu'elle connaissait plutôt bien, cherchant l'origine des cris. Plus en contrebas elle aperçut des natifs rassemblés en cercle. Elle se précipita vers eux en entendant un nouveau claquement et un gémissement de douleur toutefois bien moins fort. Elle tentait de se frayer un chemin entre les natifs quand elle l'entendit, cette voix qui la cloua sur place. La dureté du ton et toute sa puissance imposant la peur et le respect, Lexa.
- Eit.
Clarke se faufila entre les hommes et les femmes autour d'elle pour arriver jusqu'à l'avant de l'attroupement.
- Nain.
Le fouet fendit l'air et s'abattit sur le dos de Dria, lui arrachant au passage un lambeau de peau et un gémissement de douleur à peine audible. Ses bras étaient attachés en hauteur au-dessus de sa tête sur un large pieu de bois enfoncé dans le sol. Elle avait le front appuyé contre le bois et des larmes coulaient sur ses joues. Ses mains tenaient fermement les cordes la gardant captive.
- Ten.
Clarke vit le fouet s'abattre à nouveau sur le dos immaculé de la jeune femme. Elle se retourna ensuite vers Lexa qui regardait Dria fixement. Elle se retourna vers Ryder, son garde personnel ayant remplacé Gustus. Clarke le reconnut. Le dernier souvenir qu'elle en gardait était lorsqu'elle l'avait empêché de tuer Octavia, sous ordre de la commandante.
- Breik em au, lui ordonna Lexa.
À ces mots il retira le sang de son fouet, l'enroula autour de son bras et s'avança vers Dria. Il sortit son épée et s'élança vers la jeune femme.
Clarke tendit la main vers elle en criant. « Non! »
La lame alla se loger au haut du rondin, coupant du fait même les liens de Dria qui s'affala sur le sol. Ryder se tourna vers Clarke et la dévisagea. Celle-ci soutint son regard avec mépris. Toutefois, elle savait que comme pour Octavia, il ne faisait qu'obéir aux ordres. La blonde se retourna, toujours avec cette haine dans les yeux, vers Lexa. Celle-ci s'exprima à nouveau en Trigedasleng tout en ne détournant pas le regard de Clarke. La foule se dispersa, tel qu'ordonné par leur commandante. Très vite, il ne resta presque plus personne. Clarke finit par briser leur regard pesant et se retourna vers Dria. Nyko était déjà auprès d'elle et la prenait dans ses bras. Aussi robuste et dur qu'il parût, il employait la plus grande délicatesse pour la soulever de terre tout en prenant de grandes précautions pour ne pas lui toucher le dos. Il se releva, Dria lovée contre son torse et s'éloignèrent vers les tentes des guérisseurs.
- Nous devons parler Clarke, dit Lexa d'une voix ferme et intransigeante.
Clarke se retourna et la vit marcher vers la tente où elle-même s'était éveillée quelques instants plutôt. Elle sentit qu'on lui empoignait le bras et elle se débattit violemment. Elle se retourna pour réaliser que Ryder n'était qu'à quelques centimètres d'elle. Il tenta de la saisir à nouveau, mais elle recula d'un pas vif. Elle sentit que tout se mettait à tourner autour d'elle et elle referma les yeux. Elle porta sa main à l'arrière de sa tête et grimaça. Elle rouvrit les yeux et l'étourdissement s'était dissipé. Ryder s'approchait à nouveau, mais elle recula plus encore. Il s'arrêta et lui indiqua d'un signe de tête la direction dans laquelle était partie Lexa. Clarke se résigna à tourner les talons et à la suivre. Elle pénétra dans la tente et y trouva la commandante qui l'attendait. Elles se regardèrent pendant des secondes aussi longues que des heures. Elles avaient tant à se dire, tant et si peu à la fois.
- Clarke, finit par dire Lexa dans un profond soupir.
La blonde ne répondit pas, elle se contentait de soutenir ce regard chargé d'émotions contraires. La commandante attendit un temps et se résigna à poursuivre tout en faisant les cent pas.
- Nous devons parler de ce qui s'est passé sous la montagne, mais pour l'heure, il y a plus urgent. Lexa s'arrêta net et regarda vers le sol. J'ai besoin de toi. Elle avait laissé échapper ces mots dans un murmure presque inaudible.
Clarke fronça les sourcils et avança la tête pour entendre davantage. Elle n'était pas certaine de ce qu'elle avait cru entendre. La commandante lui fit face avant de poursuivre.
- Mon peuple se meurt, Clarke. Ceux qui ont été relâchés de la montagne se meurent.
Clarke resta impassible. Elle revoyait dans sa tête les natifs vêtus de haillons blancs et de couvertures orange sortir par la grande porte circulaire. L'émotion de trahison ressentie à cet instant prenait le dessus sur toute compassion. Elle referma les yeux et inspira profondément pour chasser de son esprit les images de la nuit dernière qui se mettaient à apparaitre devant elle. Elle n'avait qu'une seule envie, retourner dans les bois et mettre le plus de distance possible entre elle et les natifs. Elle n'avait rien à faire ici. Elle rouvrit les yeux et balaya la tente du regard, cherchant le sac qu'elle avait à son arrivée. Clarke l'aperçut près du lit de Lexa, là où elle s'était réveillée quelques instants plus tôt. Elle traversa la hutte et le ramassa sur le sol. Elle passa la bandoulière autour de son cou et sans regarder Lexa elle se dirigea vers la sortie. Clarke ne voulait plus revoir ces yeux verts, elle ne voulait plus revoir personne, elle ne voulait qu'une chose, partir loin. Elle passa sa main pour écarter le tissu faisant office de porte quand Lexa lui empoigna le bras pour l'arrêter. Elle la tira vers l'arrière pour la forcer à se retourner et surtout à ne pas partir. Lexa tenait son bras juste au-dessus du coude et la regardait fixement.
- Clarke, dit-elle uniquement.
Elles se regardaient en silence, Lexa ne sachant pas quoi dire pour la retenir et Clarke n'ayant aucune envie d'entendre quoi que ce soit. Clarke finit par prendre le poignet de Lexa dans sa main pour se défaire de son emprise. Au toucher de la main de la blonde, les doigts de la commandante se desserrèrent. Le contact fut bref et Clarke repoussa le bras de Lexa avec vigueur, comme si la toucher lui était pénible. Clarke se retourna et sortit, laissant la commandante et les natifs à leur perte. La situation ne lui était que trop familière, toutefois maintenant, les rôles étaient inversés.
