Chapitre 6

L'échange


Lost in the dark

Follow the shadows

Of broken

Love where's your light

Caught in a fight

Keep it open

Tonight

The walls are breaking down for love

Tonight

Our souls are eating us alive

Tonight

The calm came in while

The storm came out like

Our bones made of stone

Cracks came along

While it's breaking

Out of this world

It moves while

The earth keeps shaking

Tonight

The walls are breaking down for love

"Tonight"


Tous étaient restés à contempler les flammes qui s'élevaient haut dans le ciel nocturne alors que Lexa reconduisait Clarke et Dria sous sa tente. Clarke n'avait toujours aucune idée de ce qui s'était passé là-bas, Dria ne lui ayant pas traduit tout ce qu'avait annoncé la commandante à son peuple. Elle avait marché derrière Lexa en silence jusqu'au haut de la petite colline, mais avait peine à le conserver. L'attente était insupportable surtout que cela les concernait Dria et elle. Sinon, pourquoi Lexa aurait ainsi levé leurs mains dans les airs sous l'étrange acclamation de la foule de natifs? Lorsqu'enfin elles arrivèrent sous la tente, Clarke ne put se retenir plus longtemps.

- Lexa, dis-moi ce qui vient tout juste de se passer.

La commandante se tourna vers Dria, qui ne lui avait pas traduit l'entièreté de son discours.

- J'ai annoncé à mon peuple que nous nous allierons au tien.

- J'ai cru comprendre ce passage, mais qu'en est-il de ce que tu as annoncé après… Elle chercha les mots exacts qu'elle avait employés. Tout comme nous avons unifié nos douze clans nous…

Elle fixait Lexa et l'impatience était plus que visible sur son visage, malgré la faible lumière que répandaient les quelques bougies.

- … nous scellerons cette alliance par l'échange.

- Mais quel échange?

Lexa ne répondit rien devant l'évidence de cette question, la réponse lui ayant déjà été donnée. Clarke fini par comprendre et se tourna vers Dria. Elle soupira et se retourna vers la commandante.

- Qu'est-ce que cet échange et pourquoi crois-tu une seule seconde que moi ou mon peuple accepterons cette alliance.

- Vous n'avez pas le choix.

- S'unir par choix et non par nécessité, ce sont tes mots.

- Ce choix est le nôtre, pas le vôtre.

Clarke laissa échapper un rire d'exaspération.

- Mais qu'elle alliance espères-tu former ainsi Lexa?

- Une alliance qui vous sauvera tous.

Clarke fronça les sourcils et se laissa tomber sur une chaise, il était tard et ses jambes ne la supportaient plus, encore moins après de telles allégations. Dria grimpa sur le lit et Lexa alla s'asseoir sur la seconde chaise devant Clarke.

- Les premiers vous êtes venus vers nous désirant la paix.

- Et nous croyions l'avoir obtenue Lexa, toutefois tu nous as trahis au Mt Weather. Maintenant tu désires la paix, comment espères-tu que nous puissions te faire confiance. Que pouvons-nous bâtir sur une paix contrainte en laquelle nous ne pouvons avoir confiance?

- Je t'ai dit que je ne ferais aucune excuse pour ce qui s'est passé…

- Mais que tu lui donnerais des explications, la coupa Dria.

Lexa se tourna vers elle le regard menaçant, quoique peut convainquant. Dria ne se laissa pas influencer et poursuivit.

- Tu as tort sur un point Clarke, on peut construire de grandes choses même sur une paix forcée. Lexa aura bâti un empire en ralliant les douze clans qui à l'époque préféraient s'entredéchirer.

- C'est là que l'échange prend tout son sens, ce qui rallie et scelle cette alliance, dit Lexa d'une voix calme, tentant de rassurer Clarke. Chaque chef de clan devait fournir la personne lui étant la plus chère, parent, enfant, frère ou sœur. Tous vinrent à la capitale pour présenter celui ou celle qui les représenterait. Tous les chefs repartirent avec le représentant d'un autre clan. Il serait leur hôte durant le cycle d'une lune. Les émissaires changeraient ensuite de clan jusqu'à la prochaine lune, jusqu'à ce que les douze aient été visités. Ainsi, ils apprendraient les us et coutumes de chaque région. Enfin, ils reviendraient à la capitale où ils seraient reclus ensemble. L'ultime phase de l'échange pour apprendre les uns des autres et repartir vers les leurs avec toutes les connaissances acquises. C'est ainsi que nous avons procédé. Ce qui a uni mon peuple est non seulement d'avoir appris les uns des autres, mais aussi d'avoir dû faire confiance. En offrant la personne qu'ils chérissaient le plus, les chefs ne pouvaient se résoudre à faire le moindre mal aux émissaires qui leur étaient confiés. Le sang paie pour le sang. La vie d'un représentant pour un autre.

- La paix vient dans la connaissance de l'autre, car nous craignons ce que nous ne pouvons comprendre, dit Dria sur le même ton que Lexa, désirant apaiser Clarke.

- Cela prend du temps. Il nous aura fallu traverser les quatre saisons pour y arriver. Au terme de tout cela, nous en sommes ressortis unis et forts tels que tu nous as vus ce soir. Une seule bannière.

Clarke se frotta les yeux, elle luttait avec peine contre la fatigue. Tant de choses s'étaient passées dans cette journée, Emerson et Dria, les natifs à soigner et les bûchers. Aujourd'hui la terre lui avait semblé faire plus d'un tour sur son axe et elle ne désirait qu'une chose, se laisser aller au sommeil. À son réveil, qui sait, peut-être serait-elle seule dans les bois, peut-être réaliserait-elle que rien de tout ça ne s'était passé. Toutefois, elle le savait bien, c'était prendre ses désirs pour des réalités. Elle sentait les larmes monter à ses yeux sous le coup de l'épuisement, mais elle ne laissa rien paraître. Elle frotta ses yeux une seconde fois et se décida à les regarder.

- Pourquoi moi, pourquoi elle, demanda-t-elle, une pointe d'exaspération dans la voix.

Lexa se tourna vers Dria un bref instant avant de replonger son regard dans celui de la blonde.

- Dria est ma sœur, la seule que j'ai. Elle a représenté notre clan au premier échange instauré avec les autres. Je ne confierais cette tâche à personne d'autre.

Clarke remarqua sur le visage de Dria la déception suite à la réponse de Lexa. Clarke se demanda si cela était dû au fait de renouveler l'expérience d'échange ou à la froide description qu'avait faite Lexa de leur lien.

- Ta mère est la chancelière, celle qui dirige ton peuple. Tu es sa seule fille, cette place te revient. Il ne peut y en avoir d'autre que toi.

Clarke se passa la main sur le front. Ses paupières étaient lourdes et il lui était difficile de garder les yeux ouverts. Elle écoutait Lexa, mais ce qu'elle disait semblait devenir davantage un bruit ambiant que des paroles compréhensibles.

- Il n'y a que vous deux pour accomplir ce rituel selon nos coutumes, il…

- Lexa… Dria l'interrompit. Elle lui fit signe de regarder Clarke. Elle s'est endormie.

Lexa la regarda, recroquevillée sur la chaise, les yeux fermés et les cheveux lui tombant sur le visage. Elles étaient seules pour ainsi dire maintenant. Toutes deux fixaient la blonde qui semblait si paisible, si calme. Comme il lui avait été facile de passer dans le monde des rêves, de s'endormir, tout simplement. Elles l'observèrent durant un moment sans rien dire de peur de la réveiller.

- Ton dos te fait encore souffrir? demanda Lexa dans un murmure, sans détacher son regard de Clarke.

- Non, dit seulement Dria en soupirant et en sortant.

Elle s'était levée si vite que Lexa n'avait pu que se retourner pour voir balloter dans la brise de la nuit le tissu couvrant l'entrée de la tente. Elle se remit sur ses pieds et se dépêcha de la rattraper. Non loin de là, juste avant qu'elle ne dévale la colline elle lui empoigna le coude pour l'arrêter. Elle la tira vers l'arrière en la forçant à se retourner pour lui faire face.

- Dria!

Elle se trouvait l'une devant l'autre, Lexa lui tenant toujours le bras fermement, attendant une réponse.

- Quoi Lexa! Dria soutenait son regard autoritaire sans pour autant tenter de se dégager. Qu'attends-tu de moi? Elle baissa les yeux vers la main de Lexa puis replongea son regard dans le sien. Qu'espères-tu que je te répondes quand tu me demandes si je souffre encore? Que tout va bien?

Lexa ne détourna pas les yeux, mais desserra ses doigts et laissa glisser le bras de Dria. Elle ne répondit rien.

- Je n'ai jamais eu aussi mal de toute ma vie et sous ton ordre … ma sœur. Ses yeux devinrent humides.

- Tu ne m'as pas laissé d'autres choix, dit Lexa, sa voix passant difficilement dans sa gorge serrée.

- D'autres choix? Qu'elles auraient été les autres options, me tuer, passer sous les lames du clan tout entier?

Lexa hocha la tête.

- Gustus, il ne t'a pas laissé d'autres choix lui non plus?

Ses mots l'atteignirent à un endroit où seule Dria pouvait la blesser, par-delà son armure et le masque de Heda. Elle serra les poings et fit un pas en avant, leurs visages se touchaient presque maintenant.

- N'oublie pas ta place Dria.

- Plus jamais je ne pourrai. Chaque fois que je regarderai les cicatrices que tu m'as infligées, elles me rappelleront ma juste place. La chance que j'ai de n'avoir reçu que le fouet n'est-ce pas? Pourquoi ne lui as-tu pas donné cette chance également? Pourquoi Lexa? Pourquoi? Elle avait presque crié ces derniers mots, des larmes de colère lui coulant sur les joues.

Lexa sentait sa gorge se serrer encore davantage et son menton se crisper alors qu'elle sentait les larmes monter à ses yeux.

- Vous avez tous deux désobéi à mes ordres directs et vous en avez payé le prix, telles sont nos lois, telle est ma place.

- Mais il était comme un père pour nous. Comment as-tu pu faire ça… ?

- Ce n'était pas de pouvoir le faire, mais de devoir le faire. Gustus et toi ne faites pas exception.

- Dis-moi qu'il t'es plus pénible de nous infliger le même sort qu'aux autres.

Lexa détourna le regard et revit Gustus attaché les bras derrière le dos, agonisant au bout de son sang. Elle se tourna vers Dria à nouveau.

- Tu sais qu'elles ont été ses dernières paroles avant que je ne mette fin à son supplice?

Dria secoua la tête.

- Sois forte.

Dria imagina sa voix grave prononcer ces mots, conseillant la commandante pour une ultime fois.

- Mais pour toi j'ai été faible, pour toi je n'ai pas pu me résoudre à te punir davantage. Dans ma clémence, comme tu dis, je ne t'ai soumise qu'au fouet. Il n'y a pas une seule seconde ou j'aurais voulu être ailleurs qu'à ta place et recevoir pour toi les coups que j'ai comptés à voix haute.

Lexa s'approcha plus encore et alla appuyer son front sur celui de Dria qui se laissa faire. Les larmes coulaient encore sur son visage alors que Lexa réussissait à contenir les siennes.

- Tu es ma sœur, mon propre sang, mais je t'en conjure, n'oublie plus jamais ta place, car il n'y aura pas de prochaine fois.

Lexa se recula et tourna les talons, laissant Dria seule dans la nuit froide sous la lumière de la lune. Elle rentra en trombe dans la tente. Elle respirait fortement, le souvenir de Gustus ayant refait surface, ravivé par la colère de Dria. Elle revoyait son visage, elle entendait sa voix profonde. Elles n'avaient jamais connu leur propre père, mais ce lien, cet amour qu'elle éprouvait pour Gustus était, selon elles, ce qui devait être le plus près de ce qu'une fille peut ressentir à l'égard d'un père. Bien que par sa trahison il ne lui ait pas laissé d'autre choix, Lexa ressentait tout de même la culpabilité d'avoir eu à poser ce geste. Par sa main il avait rendu son dernier souffle. Dria avait raison, elle ne lui avait pas laissé la même chance qu'elle. Mais même cette affection si profonde envers Gustus ne pourrait jamais l'affaiblir autant que son désir de protéger son propre sang, sa sœur si faible et fragile. Les images du fouet s'abattant sur son dos frêle et dénué de cicatrice lui revinrent. Elle en avait presque oublié la présence de Clarke et lorsque celle-ci bougea sur sa chaise, Lexa sursauta. La blonde était à se lever tout en s'étirant, visiblement courbaturée de s'être endormie dans une position si inconfortable.

- J'ai dormi longtemps? demanda Clarke en se frottant les yeux, toujours fatiguée.

Lexa fit non de la tête. Elle s'approcha et lui indiqua son lit.

- Tu dormiras mieux sur le lit.

Cette suggestion sembla la surprendre et son visage trahit son inconfort.

- Sans aucun doute, mais non.

Lexa ferma les yeux et soupira bruyamment, visiblement exaspérée par la réponse de Clarke et encore sous l'effet de la querelle avec Dria.

- Comme tu voudras Clarke, répondit-elle sèchement tout en se rendant près de la table où étaient disposées cartes et maquette.

Clarke la regarda chercher parmi les plans encore roulés pendant un moment, mais elle ne se décida pas à briser le silence. Cela aurait équivalu à céder et c'était bien la dernière chose qu'elle voulait faire. Lexa trouva ce qu'elle cherchait et déroula devant elle le parchemin représentant l'Arche et ses alentours. Alors qu'elle plaçait des pierres aux quatre coins pour le maintenir en place elle se décida à rompre le lourd silence amer.

Qu'y a-t-il avec le lit Clarke? demanda-t-elle sans se retourner.

- Ce n'est pas le lit, c'est ce lit.

Lexa tourna la tête pour jeter un œil à celui-ci. Elle comprenait ce qui embarrassait Clarke, quoiqu'elle en trouve la raison puérile.

- Je ne t'offrais pas de le partager Clarke, mais que tu y dormes seule.

- Pour que tu prennes place dans cette chaise.

Elle regarda celle-ci et sentit encore son dos courbaturé par le court laps de temps où elle s'y était assoupie.

- Je ne dors que très peu et cette nuit je ne crois pas que le sommeil viendra à moi. Je t'offre donc mon lit Clarke. Tu n'en trouveras pas de meilleur dans ce camp. À toi de faire ton choix.

Lexa se retourna et attendait maintenant une réponse. Clarke ne soutint pas son regard et se retourna vers le lit à nouveau. Elle n'avait aucune envie d'accepter quoi que ce soit de Lexa, aucune attention, rien. Elle alla néanmoins s'asseoir au pied de celui-ci. Elle se passa la main sur le front puis se frotta les yeux.

- Cela en fait trop en seulement deux jours.

Le regard de Lexa changea et elle s'approcha pour aller se rasseoir sur la chaise qu'elle occupait lorsque Dria était encore là.

- Nous étions alliés Lexa, nous avions placé notre confiance en vous. Nous nous étions unis dans un but commun, libérer les nôtres, tous les nôtres.

Clarke releva les yeux pour croiser ceux de la commandante qui la fixait déjà.

- Tu as beau prétendre que notre nouvelle alliance nous sauvera tous, que ce choix est le vôtre et je ne sais plus tout ce que tu as bien pu dire, mais je ne vois pas. Nous sauver de quoi, notre ennemi commun nous l'avons anéanti.

L'image de la salle commune jonchée de corps inertes s'imposa une fois de plus tel un voile derrière son regard.

- Tous morts, et ce, sans la moindre aide de votre part. Mon peuple n'est pas de retour depuis plus d'un jour que tu parles déjà de nous sauver! C'était devant cette porte que tu te devais de le faire pas maintenant que nous avons triomphé seuls. Pour cette victoire, des innocents ont péri, par ma main, par mon choix.

Elle sentait le remords et la colère monter et s'entremêler, ces émotions qui avaient attendu patiemment, mais qui n'arrivaient plus à rester cachées maintenant.

- Personne n'est innocent, Clarke.

- J'ai commis le même geste que toi Lexa, j'ai sacrifié un peuple entier pour sauver le mien. Toutefois moi je n'ai pas eu d'autre choix. Tu ne m'as pas laissé d'autre choix.

- On a toujours le choix, Clarke, ceux-ci ne sont pas faciles pour autant.

- Tu avais le choix de ne pas nous trahir, de ne pas nous abandonner à notre sort, à une mort certaine. Tu as pris une décision, la mauvaise décision.

- Je ne ferai aucune excuse pour ce que j'ai fait, le devoir de protéger mon peuple passe avant tout Clarke et tu savais cela depuis le début.

- Ce devait être une mission de sauvetage Lexa, de sauvetage. Nous aurions évité des pertes inutiles et oui des innocents. Tous ceux qui ont aidé les miens à se cacher, des hommes, des femmes et même … des enfants.

Lexa prit une profonde inspiration.

- Tu as fait ce que tu devais faire pour assurer la survie des tiens Clarke, tout comme moi.

Clarke se leva d'un bond, vraisemblablement incapable de rester assise plus longtemps.

- Tu n'éprouves vraiment aucun remords, tu ne ressens rien?

Clarke commença à faire les cent pas, trop énervée pour rester en place. Tout ce qu'elle avait tenté de dompter en elle, toutes les émotions qui la dévoraient, tout remontait à la surface. Lexa se leva à son tour. Clarke cessa de déambuler à droite et à gauche pour la regarder en face.

- Ce que je t'ai dit cette nuit-là est aussi vrai aujourd'hui que ce l'était alors. J'ai pris cette décision avec ma tête et non avec mon cœur. Et oui, j'espérais vraiment que nous puissions nous revoir un jour.

Lexa fit un pas en avant pour réduire la distance qui les séparait. Clarke se surprit elle-même à ne pas reculer. Lexa avança plus encore. Clarke serra les dents et regarda par terre, incapable de la regarder en face, surtout de si près, il y avait trop d'émotions contraires qui rageaient en elle. Sa plus grande crainte venait de celles qui pourraient être attendries par ce qui semblait être des excuses, malgré que Lexa lui avait assuré qu'elle n'en ferait aucune.

- Pour protéger les miens, je sacrifierais tout, je donnerais ma vie… je devrais donner jusqu'à la tienne.

Ces dernières paroles furent presque murmurées tant elles avaient passé difficilement dans sans gorge serrée. Le choix des mots était différent, plus personnel, plus de nous et de peuple. Elle parlait d'elles seules et de ce que Clarke n'avait fait que cacher sous sa colère, que les siens aient été abandonnés. Il lui avait été bien plus facile de parler de tous plutôt que d'elle-même.

- J'ai fait mon choix, Clarke. Je te mentirais si je disais qu'il ne m'a pas été pénible de le faire. Il nous faut parfois choisir entre la pire et la mauvaise décision.

Clarke releva les yeux et regarda Lexa. Celle-ci avait les yeux humides, mais comme toujours, elle restait en contrôle et ne laissa aucune larme lui échapper. Clarke sentait comme une énorme boule au fond de sa gorge.

- J'ai espéré sans réel espoir. Pourtant tu es là.

Lexa alla pour s'approcher davantage, comme si elle ne croyait pas ce qui arrivait. Comme si elle désirait toucher cette réalité qu'elle croyait perdue. Clarke ne put supporter cette proximité et se recula de plusieurs pas.

- Ce n'est pas grâce à toi.

Lexa hocha la tête en signe de réponse puis cligna des yeux à plusieurs reprises pour faire disparaitre ce voile de larmes. Elle se ressaisit, se durcit à nouveau.

- Nos chemins ne devaient plus jamais se croiser, Lexa. Je n'ai pas quitté les miens pour vous rejoindre, tu peux en être certaine.

- Pourtant te voilà.

- Je ne suis pas venue ici, on m'y a forcée.

- Tu n'étais pas forcée de sauver la vie de Dria, de risquer la tienne, de prendre celle d'Emerson. Deux êtres de clans ennemis et tu as choisi.

- Je n'ai rien choisi Lexa. Je comptais les laisser s'entretuer, car j'ai d'abord cru qu'elle était l'un de tes éclaireurs, une guerrière. Même quand j'ai réalisé qu'elle n'avait aucune chance, qu'il avait pris le dessus, je me suis dit que c'était seulement ce que vous méritiez, l'alliance que vous aviez préférée à la nôtre.

Tout au long le regard de Clarke était froid et accusateur, mais alors qu'elle prenait une pause avant de poursuivre il changea, s'adoucit.

- Seulement, il prenait son temps, il prenait plaisir à la faire souffrir. Son cri était si désespéré, si implorant, si empli de souffrance que je n'ai pu rester là à ne rien faire.

Lexa ferma les yeux, serra les dents et inspira profondément. Clarke avait encore de la difficulté à saisir la relation entre ces sœurs. Lexa semblait à la fois très protectrice envers elle, mais aussi capable de la punir avec tant de violence. Clarke n'avait même eu aucune idée de son existence avant de faire sa rencontre. Lexa avait choisi de lui parler de Costia alors qu'elles se connaissaient à peine et même lorsqu'elles s'étaient rapprochées, jamais Dria n'avait été mentionnée. Était-ce qu'elle n'était pas encore assez proche pour que Lexa daigne le lui avouer.

- Je te serai à jamais redevable pour l'avoir sauvé, par deux fois.

Clarke repensa au moment où ensemble elles avaient attendu que Dria reprenne le dessus sur la panique qui lui avait obstrué les voies respiratoires. Ce moment d'étrange proximité et de vulnérabilité. Ce moment où Clarke avait l'impression de tenir Lexa entre ses bras, une fragile et vulnérable Lexa.

- Tu as fait ce que je n'ai su faire, tu as protégé ma fragilité, ma douceur, ma faiblesse.

En disant ses mots, Lexa prit son pendentif entre ses doigts et se rapprocha de Clarke jusqu'à ce que leur corps se touchent presque.

- Mochof, dit simplement Lexa en appuyant son front sur celui de Clarke.

- Merci.