Chapitre 7
Brisée
Just one step
A different day
Would I know you at all?
Would I know you at all?
When your kingdom falls
And you family fade
But it wasn't your fault
It was never your fault
And all your worries will escape through the door
And you'll wake up alone on the floor
It's not too late
Just rely on me now
"Alive"
Clarke fut réveillée par le son de voix près d'elle. Celles-ci étaient basses et murmuraient pour tenter de ne pas interrompre son sommeil. Elle reconnut rapidement Lexa puis enfin Dria. Clarke entrouvrit à peine les yeux pour constater que la lumière du jour fusait à travers les toiles de la tente de la commandante. La clarté était faible, ce qui lui confirma qu'il était encore tôt. Elle allait se convaincre de se lever lorsqu'elle entendit son nom être prononcé, non pas pour s'adresser à elle, mais parce qu'elle était le sujet de la conversation. Elle prêta attention tout en refermant les paupières pour continuer à prétendre qu'elle dormait.
- Elle a dormi ici? demanda Dria à voix basse.
Lexa détourna le regard de la carte de l'Arche pour regarder Clarke pendant un bref instant. Il y a quelques heures à peine elle n'aurait pas cru cela possible.
Lexa avait relevé, l'espace d'un moment, son masque de Heda pour remercier Clarke de lui avoir rendu sa sœur. L'animosité qui les gardait à distance était alors tombée. Toutes deux savaient toutefois que rien n'était encore réglé entre elles. Clarke n'avait pas repoussé Lexa quand celle-ci avait posé son front sur le sien pour lui murmurer ce mot si doux et simple, mais qui lui était à la fois si difficile de laisser aller, merci. Ni l'une ni l'autre n'avait rien dit après cela. Clarke avait ensuite accepté de dormir dans le lit de la commandante et voilà qu'elle s'y réveillait aux petites heures du matin. Pour atténuer l'inconfort de Clarke, Lexa était sortie de la tente pour ne revenir que lorsque le sommeil l'aurait gagnée. Quand elle était revenue, peu de temps après, elle l'avait regardée pendant de longs moments. Sans bruit, recroquevillée sur une chaise, elle l'avait contemplée sous la faible lumière des chandelles. Elle était si paisible lorsqu'elle dormait, comme si tout ce qui l'accablait, tout le poids qu'elle portait la laissait enfin en paix. La culpabilité, la crainte, la peine et surtout la colère disparaissaient l'espace de quelques heures, quelques instants privilégiés que Lexa put observer en silence. Lorsque le soleil avait commencé à percer au-dessus des montagnes elle avait mis fin à sa contemplation pour retourner à ses préparatifs. Elle ne s'était pas levée depuis plus de quelques minutes lorsqu'elle avait senti sa présence. Elle sortit de sous la tente pour aller la rejoindre là où la nuit dernière elle l'avait laissée sous la lune. Dria se tenait dos à la hutte dans le matin froid et brumeux. Elle regardait au loin les premiers rayons percer à travers les plus hauts arbres. Lexa inspira l'air frais et marcha vers Dria. Du plus loin qu'elle se souvienne, elles avaient toujours pu sentir la présence de l'autre lorsqu'elle était tout près à nouveau. Lorsque le devoir de commandante ou encore des villages en besoin de guérisseurs les forçaient à s'éloigner l'une de l'autre, elles arrivaient toujours à ressentir ce petit pincement au ventre quand l'autre revenait à bonne distance. Ce lien unique s'étendait bien au-delà du pressentiment de proximité. Se renforçant alors qu'elle grandissait, la capacité de ressentir ce que l'autre éprouvait, et ce, peu importe la distance. Si la joie n'était que peu perceptible, la peine, la peur, mais surtout la douleur les reliaient en un seul être.
- Où as-tu passé la nuit, demanda Lexa en la rejoignant.
- J'ai préféré vous laisser seules.
- Tu as préféré ne pas revenir.
- Je sais que la mort de Gustus te fait souffrir autant si ce n'est plus que moi. Elle expira et son souffle s'éloigna en une fine brume blanche. J'ai été injuste et cruelle envers toi ma sœur.
Lexa tourna la tête vers Dria qui resta immobile à fixer le paysage. Elle regarda son dos enroulé de bandages et remarqua que ceux-ci avaient été changés au courant de la nuit. Lexa eut ainsi la confirmation de l'endroit où Dria avait passé la nuit, mais surtout avec qui.
- Je t'ai punie moins durement que j'ai eu peur pour toi.
Dria tourna la tête à son tour et plongea le regard dans celui de Lexa.
- Je ne peux pas te perdre Dria, pas toi.
- Mais tu peux m'envoyer au loin, encore.
Dria finit par esquisser un léger sourire au coin des lèvres et Lexa se laissa emplir par celui-ci. Ce sourire et ce regard si apaisant lui manqueraient, mais elle ne pouvait confier cette tâche à personne d'autre. Lexa caressa sa joue et la commissure de ce sourire puis ensemble, elles retournèrent sous la tente.
- Elle s'est endormie il y a quelques heures, confirma Lexa.
- Dans ton lit, demanda Dria intriguée.
- Comme tu peux le voir.
- Et tu…
Elle laissa sa phrase en suspens. Lexa regarda Dria qui fixait toujours Clarke. Lexa tentait tant bien que mal de la familiariser avec l'Arche et ses environs, mais il n'y avait rien à faire, Clarke retenait toute son attention.
- Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit, Dria. Elle y a dormi seule.
Dria se contenta de hocher la tête tout en essayant de camoufler le sourire qui tentait de se dessiner sur son visage.
- Concentre-toi, Dria. L'arche et ses environs couvrent…
- Comment l'as-tu convaincue d'y dormir? La coupa Dria.
Lexa soupira.
- La fatigue et l'inconfort de la chaise d'où elle s'est réveillée l'auront convaincue.
- Non, dit-elle seulement, sachant toujours lorsque Lexa lui mentait. Ce qu'elle ressent pour toi est mitigé…
Lexa abandonna ses cartes et se rapprocha de Dria pour fixer Clarke à son tour.
- La plaie d'une confiance brisée est longue à guérir.
- Je crois qu'il n'y a pas que sa confiance qui a été brisée, dit Dria en prenant la main de Lexa.
Lexa ne répondit rien, elle se contenta de resserrer ses doigts autour de ceux de Dria pour ensuite la ramener aux plans de l'Arche.
Lorsque Clarke les entendit parler de son peuple et de leur situation, elle se dit que le moment était venu de cesser de prétendre au sommeil. Elle s'assied et se frotta les yeux. Elle ne s'était pas étendue sous les couvertures et avait conservé l'entièreté de ses vêtements pour dormir. Clarke se releva et fut surprise de trouver Lexa tout près d'elle. Sans bruit et surtout rapidement, elle l'avait rejoint.
- Clarke. Il y a là de l'eau et des linges si tu désires te rafraîchir. Prends le temps qu'il te faut puis rejoins-nous.
Lexa lui indiqua de la main une section de la tente séparée du reste par des draperies. Clarke hocha la tête et s'y rendit. Elle y trouva ce que Lexa lui avait promis. Il y avait également été préparé une tenue de rechange. Clarke s'en approcha et prit l'un des vêtements entre ses doigts. Le tissu de ce qui semblait être un pantalon était sombre. Elle n'aurait pu dire de quoi il était fait, mais il était à fois souple et résistant. Elle détourna son attention de celui-ci, car elle n'avait aucune envie de troquer ses vêtements pour d'autres. Depuis son arrivée sur terre, elle s'était habituée à porter longtemps la même tenue et ne sentait pas encore le besoin d'en changer.
Aux côtés elle trouva trois bols contenant diverses mixtures et deux brosses. La première devait être destinée aux cheveux et la seconde, bien plus fine et douce au toucher, pour les dents. Clarke prit un pot dans chacune de ses mains et les approcha pour en sentir le contenu. Une odeur fraîche de menthe s'éleva de la gelée verdâtre que contenait le premier. Dans le second elle perçut un arôme boisé rappelant les conifères après une forte pluie. Elle les remit en place et sentit la dernière mixture blanchâtre. Elle ne reconnut pas l'odeur, mais se hasarda à y toucher. Clarke trempa le bout de son doigt et déposa la crème sur le revers de sa main. Elle étendit le peu qu'elle avait prélevé. Le mélange pénétra rapidement sa peau et celle-ci devint plus douce au toucher. Elle alla ensuite à la bassine et se passa de l'eau sur le visage. La satisfaction fut immédiate. Elle recommença à plusieurs reprises, ne se lassant pas de la sensation de l'eau froide sur sa peau. Elle trempa ensuite le bout de ses doigts dans la mixture boisée. La texture était épaisse et visqueuse. Elle plongea la main dans l'eau pour s'en débarrasser et alors qu'elle frotta ses doigts ensemble elle vit l'eau devenir trouble et de fines bulles se former à la surface. Il s'agissait d'une sorte de savon.
Clarke se décida à retirer sa veste et son chandail. À l'aide d'un des linges elle se lava sommairement puis remit ses vêtements. Elle se saisit de la plus petite des brosses et y déposa un peu de la gelée de menthe. Lorsqu'elle y goûta, la satisfaction fut encore plus grande que l'eau sur son visage. Les dents propres et l'haleine fraîche lui conférèrent un bonheur inouï. Elle termina sa toilette en brossant ses cheveux et en ramenant à nouveau deux mèches vers l'arrière de sa tête pour les nouer ensemble. Lorsqu'elle repassa devant la toile qui la séparait des sœurs, elle les trouva assises à table. Toutefois, les plans et les armes avaient maintenant fait place à des plateaux de nourriture. Clarke alla les rejoindre et s'assied à son tour. Dria prit un pichet et l'approcha d'une coupe en bois à côté de l'assiette posée devant Clarke.
- Je te sers de l'eau, Clarke? lui offrit-elle, un joli sourire aux lèvres.
- Oui, merci.
Dria s'exécuta puis enchaîna avec les plateaux de nourriture. Elle lui décrit ce que chacun contenait avec tant d'enthousiasme qu'il était presque impossible de refuser d'en prendre. Rapidement, l'assiette de Clarke se trouva si pleine qu'elle en débordait presque. Dria se servit ensuite elle-même et n'offrit rien à Lexa qui se débrouilla seule de l'autre côté de la table. Tout en ne cessant pas de sourire, visiblement ravie, elle regarda Clarke qui n'avait pas encore touché à son assiette. Son expression changea et elle fronça les sourcils en lui faisant un signe de tête vers la nourriture qu'elle lui avait servie. Lexa pinça les lèvres pour dissimuler le sourire qui tentait de trahir le plaisir caché qu'elle avait à regarder Dria agir de la sorte. Mais surtout, l'expression sur le visage de Clarke qui n'avait pas eu le temps de réagir à cette vague d'offrandes et qui n'avait pas su lui dire non sur quoi que ce soit.
Tout en commençant à manger, Clarke regarda tour à tour Lexa et Dria. Elle revoyait Lexa lui avouer comment Dria lui était précieuse, comment elle était reconnaissante de la voir saine et sauve grâce à elle. Elle se rendait compte qu'elle ne savait que très peu d'elle, de ce côté resté caché, de tout ce qui n'était pas lié à Heda. Pourtant, cette face cachée, cette fragilité était ce qui avait apaisé, du moins l'espace d'une nuit, tout le ressentiment que Clarke avait pour la commandante. Ce qui l'avait convaincue de dormir ici, d'accepter quelque chose venant de Lexa.
Par sa simple présence, Dria savait apaiser les flots tumultueux qu'étaient les émotions de Clarke. Une mer de colère, de trahison, qui bien qu'elle soit profonde et sombre, ondulait calmement en surface grâce à elle. Toutefois, elle ne serait pas toujours là, bientôt elle partirait pour l'Arche, laissant Clarke et Lexa seules face à cette tempête qu'elles n'avaient fait qu'effleurer pour le moment. Mais Clarke ne craignait pas les ravages que produirait son sillage. Si Lexa désirait réellement prétendre à une nouvelle paix entre leurs peuples, entre-elles, il lui faudrait traverser ces vagues déchainées, il lui faudrait non pas voguer en surface, mais plonger dans les abysses noirs. Car seulement là, elle trouverait Clarke, dans les profondeurs où les rayons du soleil ne peuvent se rendre, là où la mort beigne et enlace dans une étreinte captive.
Pour l'heure, Clarke se contentait de les regarder et se dit en elle-même que l'analogie de la lune et le soleil les représentait parfaitement. Deux astres contraires, semblables et si différents. Lexa, forte, impitoyable, un règne omniprésent sur tout tel le soleil en puissance sur le jour. Une lumière qui éclairait de mille feux, à la fois vitale et dangereuse, qui se devait d'être respectée et crainte. Dria, changeante tels les cycles lunaires, brillants d'une lueur apaisante pour ceux qui s'étaient perdus dans la noirceur. Telle la lune elle veillait sur la nuit, une lumière qui ne saurait ni brûler ni aveugler, qui guidait et accompagnait dans les ténèbres les plus sombres. Deux êtres non pas similaires, mais complémentaires, l'une balançant l'autre, la faiblesse et la force de l'autre. Lexa était ce que Dria ne pourrait être et inversement ce que Lexa ne pourrait jamais se permettre d'être. Clarke revoyait Lexa s'attendrir en la remerciant d'avoir fait ce qu'elle-même n'avait pu faire, protéger sa faiblesse. Clarke avait vu dans ses yeux toute la crainte qu'elle avait ressentie de peur de perdre ce qu'elle avait peut-être de plus précieux, puis toute la reconnaissance qu'elle avait à son égard.
Clarke ne connaissait pas ce lien de fraternité. Elle avait vu ce qui unissait Octavia et Bellamy, les seuls frères et sœurs qu'elle ait connus. Elle avait vu comment l'un et l'autre étaient prêts à donner jusqu'à sa vie pour l'autre. En les voyant pourtant, elle avait l'impression que le lien entre elles était encore plus fort, comme si le mot sœur n'était pas suffisant pour décrire ce lien. Elle reconnut cet amour pour ce qu'il était, un privilège et une responsabilité, un cadeau à chérir, mais surtout à protéger. Clarke commençait à comprendre toute l'ampleur du geste qu'elle avait posé sans le savoir. Elle les regarda tour à tour à nouveau, se surprenant à afficher un léger sourire au coin des lèvres.
- Dria, avait dit Lexa d'un ton inquiet, sortant du fait même Clarke de ses pensées.
Dria avait grimacé de douleur lorsque son dos avait frôlé le dossier de la chaise où elle était assise. Elle leva la main vers sa sœur pour lui indiquer que tout allait bien, mais Clarke vit bien que non. Elle regarda le dos emmailloté de celle-ci et vit que là où elle s'était appuyée, le sang avait commencé à traverser.
- Tu saignes Dria, dit Clarke en tendant la main vers le dos de la jeune femme.
En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire Lexa s'était levée et se trouvait derrière Dria, la faisant se relever.
- Va faire changer ça, tu nous rejoindras pour le conseil ensuite.
Dria hocha la tête comme réponse et sortit.
- Le conseil? demanda Clarke intriguée.
Un nouveau jour s'était levé sur l'Arche, un pas de plus vers un nouveau départ. Bien que tous n'aient pas compris le départ de Clarke, il y avait eu tant à faire que son absence ne se faisait pas encore ressentir pour tous. Pour certains toutefois, Bellamy, sa mère, et tous ceux qui en étaient très proches, un profond sentiment de vide les tenaillait. Nul ne savait où elle était allée, si elle allait bien, si elle était saine et sauve dans ces forêts changeantes et traîtresses. Malgré la peur et le sentiment de perte, il y avait aussi le profond sentiment d'abandon. Celui qui faisait plus mal encore que les blessures de guerre et de torture. L'ordre de partir à sa recherche n'avait pas encore été donné. Pour le moment, ils se devaient de sauver ceux qui désiraient l'être et pouvaient l'être. Le peuple du ciel était sorti victorieux de la montagne, mais il y avait eu beaucoup de blessés et trop de morts. Les estropiés avaient été amenés à l'infirmerie où Jackson devait s'occuper seul de tous, Abi faisant elle-même partie des nombreux rescapés. Les hommes des montagnes leur avaient sauvagement prélevé de la moelle osseuse et ce genre de blessure affaiblissait terriblement. Le temps de récupération serait aussi long que douloureux. Les corps inanimés des leurs avaient aussi été rapportés au camp Jaha. Bellamy, Lincoln et Octavia avaient passé près d'une journée à creuser des tombes. La corvée avait été pénible, tant physiquement qu'émotionnellement. La saison froide approchait et le sol avait déjà commencé à durcir, leur rendant la tâche d'autant plus difficile. Néanmoins, à la tombée du jour, tous s'étaient réunis pour dire un dernier adieu, pour réciter ensemble cette prière qui leur était propre.
Que la paix accompagne ton envol
Que l'amour t'accueille à ton arrivée
Que ton voyage se fasse sans encombre
En attendant le dernier qui nous mènera sur terre
Puissions-nous nous retrouver
Aucune autre parole n'avait été dite ce soir-là. Ensemble ils avaient recouvert les corps de terre pour les unir à elle, dans ses bras ils reposeraient en paix, enfin.
Marcus marchait seul alors que l'aube pointait par-delà la cime des arbres. L'air froid du matin qui se levait le faisait frissonner alors qu'il allait, le pas las, le long de leur frontière. Alors qu'il avançait, il entendait le grésillement produit par le courant traversant les fils métalliques des hautes clôtures érigées tout autour du camp. Il faisait sa ronde, allant de garde en garde. Il avait repris le poste de chancelier, le temps qu'Abi se remette et reprenne les rênes. Aussi éprouvant qu'aient été les derniers jours, la vie reprenait son cours. Car il y avait un temps pour pleurer les morts et un temps pour s'occuper des vivants. Pour l'heure il craignait deux choses, l'arrivée prochaine de la saison froide et les représailles des natifs. La première menace les priverait bientôt du peu de nourriture qu'ils arrivaient à récolter. Elle les envelopperait d'un épais manteau blanc et les confinerait à l'intérieur de l'Arche. Pour ce qui était de la seconde menace, elle était bien plus imprévisible. Si la montagne était tombée, les natifs, eux étaient encore bien vivants. Ils finiraient par apprendre ce qui s'était passé et à ce moment, Dieu sait ce qu'il adviendrait du peuple du ciel. Toutefois, Marcus ne laissa pas son esprit sombrer dans la crainte d'un ennemi en puissance. Il avait la profonde conviction qu'ils se devaient de se concentrer tous sur ce qui pouvait être contrôlé et non sur ce que l'adversité pouvait leur apporter. À cet effet, lorsque le jour serait définitivement levé, de massives expéditions de réapprovisionnement seraient organisées. Ensemble, ils survivraient à l'hiver. Ensemble, ils surmonteraient cet autre ennemi, peut-être plus meurtrier encore que tous ceux qu'ils avaient affrontés. Marcus termina sa tournée à l'entrée du camp Jaha. Il y retrouva Bellamy et Sinclair qui l'attendaient, tel que demandé la veille. Depuis leur retour, Bellamy s'était joint au conseil restreint, porté au nombre de trois maintenant. Ils lui avaient fait cet honneur pour lui démontrer toute la reconnaissance face à ses actes héroïques au Mt Weather.
- Bellamy, Sinclair, dit-il en apposa ses mains sur l'épaule de chacun d'eux.
Ils hochèrent la tête en simple réponse. Bellamy allait prendre la parole lorsque l'un des gardes postés au portail s'écria :
- Chancelier!
Tous trois accoururent et en un instant se retrouvèrent à ses côtés à regarder dans la direction qu'il leur pointait.
- Il y a du mouvement là-bas, à l'orée de la forêt.
Tous tentaient de voir ce que le garde semblait avoir aperçu, néanmoins ils ne voyaient pas ce qui l'avait alarmé.
- Regardez avec ceci, dit l'homme en tendant à Marcus son arme munie d'un viseur.
Kane empoigna le fusil et le mit à l'épaule. Il regarda dans la mire et balaya la limite du bois. Il allait baisser l'arme quand il les vit, émergeant de sous les arbres, deux natifs sur leurs chevaux. Ils avançaient lentement, sans se presser, sans même craindre de s'approcher d'eux.
- Mettez le camp en alerte, dit Marcus en se tournant vers ses conseillers.
- Sinclair, fais doubler les gardes aux clôtures, qu'ils vérifient la lisière de la forêt, je veux être informé du moindre mouvement suspect. Bellamy, va me chercher les gardes qui n'étaient pas encore en poste, ramène-les à l'entrée du camp. Allez.
Ils partirent au pas de course. En quelques minutes, les hommes armés affluaient, se mettant en position selon les directives de leur chancelier. Bellamy et Sinclair rejoignirent Kane et ensemble ils regardèrent les deux natifs s'approcher. Ils immobilisèrent leurs montures tout près du portail et descendirent. Le plus grand des deux, massif et imposant, prit les devants.
- Je suis Ryder, garde de Heda.
Le chancelier fit signe à ses hommes de baisser leurs armes et fit signe au natif de poursuivre.
- Je dois parler à la chancelière, Abigail, mère de Clarke.
- Abi est blessée, c'est moi, Marcus Kane, qui parlerai en son nom.
- Vous êtes le chef ici?
Marcus fit oui de la tête.
- J'ai un message pour vous, de la part de Heda.
