CHAPITRE 18

Lorsque Hermione chercha à bouger mollement, elle en fut incapable. Etait-ce la morsure du froid qui la paralysait ? Ou bien les liens qui enserraient ses poignets solidement, la privant de tout mouvement. Elle ouvrit les yeux ; ses cheveux étalés devant son visage gênaient sa vision, mais elle distingua une pièce bâtie en bois, nue, glacée.

Elle était allongée à même le sol, pieds et poings liés, le crâne bourdonnant. Elle se redressa quelque peu, et aperçut deux silhouettes qu'elle ne tarda pas à identifier. Voldemort et Rogue.

Elle reconnut alors le décor qui l'entourait, les vieux meubles et les murs vides de la Cabane Hurlante. Les deux sorciers parlant à voix basse, elle rampa lamentablement dans leur direction, aussi silencieusement que possible, et s'immobilisa.

« Severus, il te reste quelques heures pour réunir tous les Serpentards, et les mobiliser pour prendre Poudlard.

― Ce soir, une armée sera levée dans l'ombre, et n'attendra que votre signal pour s'emparer du château. »

Mais la voix glaciale s'éleva à nouveau, dans le silence inquiétant.

« Oh non Severus, ce serait trop facile. Justement, n'attends pas mon signal, c'est à toi de te salir les mains. Je ne pénètrerai Poudlard que demain matin, lorsqu'il m'appartiendra. »

Hermione crut voir la silhouette du futur professeur de potions tressaillir, néanmoins, il acquiesça solennellement.

« Vas-y maintenant Severus, la journée est déjà bien avancée, il ne reste que quelques heures avant ce soir.

― Et Granger ? » Demanda Rogue d'un ton hésitant.

Mais le silence menaçant qui lui répondit le fit battre en retraite d'un pas précipité.

Elle était maintenant seule avec Voldemort. Seule avec sa promesse de mort. Lui qui attendait ce moment depuis plusieurs mois, il devait être ravi.

« Alors Granger… Nous voilà enfin réunis. Tu as de la chance, je suis d'humeur loquace, aujourd'hui.

― Vous avez perdu. Harry Potter ne naîtra jamais… »

Mais comme elle le redoutait, le Lord éclata d'un rire méprisant.

« Quelle crédulité ! Je me fiche bien de Harry Potter et de tous les ennuis qu'il m'aurait apportés. Potter, Black, et leur bande, ne m'intéressent pas. Qu'ils se rangent dans mon camp ou non n'affectera pas ma victoire. »

Il s'avança vers elle lentement, semblant savourer la peur inextricable qui prenait possession des entrailles de la jeune fille.

« J'imagine que tu as donné tout ce que tu pouvais afin de séparer Evans et Potter. »

Elle ne répondit pas, ses pires doutes maintenant confirmés.

« Une jolie perte de temps. Et c'est en toi que Dumbledore plaçait tous ses espoirs ? Une sang de bourbe à l'esprit étriqué au possible ! » Il accentua ses paroles d'un rire froid et sans joie. « Pas même capable de réfléchir d'elle-même, trop concentrée sur les termes de sa mission. Et tu étais sensée me mettre des bâtons dans les roues… »

Il se pencha vers elle, exultant :

« Tu devais m'anéantir. Je suis magnanime, je te laisse une heure pour parvenir à tes fins. Je ne bougerai pas d'ici. »

Et il s'installa sur un fauteuil, non loin d'elle, la fixant de son regard sardonique. Ils savaient tout deux qu'elle était incapable du moindre geste, du moindre mouvement.

« Je te le répète, tu as de la chance : je suis de bonne humeur. Je te laisse une heure, si tu n'es pas parvenue à mettre fin à mes jours, et il souligna ses mots d'un ton moqueur, au terme de cette heure, on inversera les rôles. »

Il désirait certainement la voir s'efforcer de se libérer, s'échiner à agir, mais, impuissante, résignée, elle ne bougea pas d'un pouce.

Le temps glissa. Un souffle, une inspiration, et la voix de Voldemort s'éleva à nouveau :

« L'heure est écoulée. A mon tour. »

Il caressa sa baguette, semblant choisir le sortilège le plus approprié à la situation. Il y eut un éclair coloré, et une violente douleur qui s'empara du corps d'Hermione impitoyablement. Elle avait l'impression qu'on essayait de tasser son corps pour qu'il soit réduit à la moitié de sa taille normale, et à la fois qu'on le lui étirait brutalement, qu'on l'écartelait. Les hurlements qui retentissaient à ses oreilles devaient être les siens, et les sillons brûlants qui lui creusaient les joues déjà brûlantes étaient certainement ses larmes. Puis tout à coup, ça cessa.

Elle haletait, reprenant ses esprits, remuait par terre à s'en écorcher la peau, dans l'espoir vain d'échapper à une nouvelle torture qui ne venait pas. Une voix qu'elle reconnut s'écria avec une note de soulagement :

« Granger ! Il t'a laissé en vie ! »

Elle gémit, ses cheveux formant un écran opaque devant son visage. Des bras la saisirent avec empressement, et elle se sentit soulevée, emmenée, plaquée contre un corps qui avançait péniblement. Elle ne comprenait pas, et dans les limbes de la semi conscience, elle se laissa porter là où on l'emportait. Mais elle se sentait en sécurité. Elle mit plusieurs minutes à comprendre que ce sentiment d'apaisement venait de l'odeur familière d'iode qui l'enveloppait.

« Malefoy ? »

Pour toute réponse, les bras qui l'enserraient la pressèrent contre le jeune homme avec davantage de douceur. Elle sentit brusquement l'air vif de l'extérieur la frapper de plein fouet, lui éclaircir l'esprit. Mais lorsqu'elle sortit entièrement de sa torpeur, la Cabane Hurlante était bien loin derrière.

Elle fut déposée au pied d'un arbre, sur un coussin d'herbe agréable et frais, dans une nuit noire.

« Où sommes-nous ? »

Elle leva les yeux vers Malefoy. Son beau visage était barré par un pli soucieux au front qui n'était pas de bon augure. Il entreprit de lui délier les poignets et les chevilles à l'aide de sa baguette, procédant avec douceur.

« Dans le parc de Poudlard… » Une fois les cordelettes toutes ôtées, il prononça « lumos » et déposa sa baguette à côté, n'éclairant que faiblement leurs visages.

« Ca va ? » S'enquit-il, inquiet.

Elle commença par hocher la tête, par mécanisme, puis la secoua finalement, se mordant la lèvre.

« Nous sommes le quinze ?

― Oui. Les élèves sont en train de prendre leur dîner dans la Grand'Salle. »

Elle plongea son regard dans le gris des yeux de Malefoy, et fut seulement frappée par l'étrangeté de ce qu'il venait de faire.

« Comment… Qu'est-ce que… ?

― Qu'est ce que je fais ici ? Comment se fait-il que tu le sois aussi ? » Il eut un pâle sourire.

« Hier soir, Evans est venue me trouver, paniquée. Elle m'a apprit que tu avais disparue à Pré-au-Lard, d'une seconde à l'autre, et que tu ne réapparaissais pas. Quand je me suis étonné qu'elle vienne me prévenir, elle m'a répondu sans paraître de cet avis : « Hermione pense que tu lui veux du bien. » »

Il lui saisit la main, un peu abruptement.

« Ç'aurait pu être n'importe quoi, tu aurais pu être n'importe où. Je me suis inquiété, mais je ne pouvais rien faire. C'est Rogue qui est venu me trouver, il y a une heure à peine, et m'a tout raconté. Il me croyait de son camp, le plus drôle, c'est que je m'y croyais aussi. Mais j'ai couru, couru, jusqu'à la Cabane Hurlante, sans autre plan en tête que de venir te chercher. Je t'ai cru morte, Granger ! Je n'espérais plus, je maudissais ma lâcheté… »

Il la serra davantage contre lui, enfonçant ses mains dans la peau de la jeune fille comme s'il craignait de la perdre à nouveau.

« Mais tu criais, tu hurlais ! Alors sans réfléchir, je l'ai stupéfixé avant même qu'il ne se rende compte de ma présence… »

Malgré lui, il frissonna, prenant conscience de ce qu'il avait accompli. Elle se blottit contre lui, reprenant peu à peu ses forces, son angoisse et ses espoirs lui revenant par la même occasion.

« Tu es fou Malefoy, complètement fou. C'est de la folie ce que tu as fait. Nous sommes fichus de toutes façons, ce soir… Ou demain, Poudlard sera entre ses mains… »

L'espace d'une seconde, il parut blessé, mais il lui prit les deux mains, et approcha son visage du sien :

« Non, non ! Il reste une chance. Et surtout, il reste un rêve… »

Elle releva la tête, alertée par la note d'espoir qui faisait vibrer la voix du garçon.

« Il reste un rêve… J'ai parlé à Dumbledore, ces dernières semaines… Il est capable de me fabriquer un objet qui me permettrait de demeurer à cette époque indéfiniment. Fini cette fatalité qui m'obligerait à retourner vingt ans dans le futur… Tu imagines, nous n'aurions plus de barrières ! » Il se tu un instant, les yeux brillants, dévisageant Hermione, et reprit plus doucement : « Il reste un rêve, et ça vaut le coup de se battre pour l'accomplir… »

Noyés par l'espoir qu'il venait de faire ressurgir, ils s'embrassèrent passionnément, où se mêlaient leurs peurs et leurs désirs. Malefoy finit par s'écarter légèrement, l'espérance se lisant toujours sur ses traits :

« C'est ce soir. Quand j'ai stupéfixé Tu-Sais-Qui, il m'a tout de même parlé. Il m'attendra à minuit dans ma chambre. Je compte en finir une bonne fois pour toutes. Pour toi, pour moi, pour nous, Granger.

― C'est pour nous que tu le fais ? »

Il eut un petit rire sec.

« Bien sûr. Je me fiche des autres sorciers, des moldus, des Elfes de Maison… Mais toi… Je ne peux pas me résoudre à continuer sans toi. Que tu sois vivante ou pas, je ne peux pas poursuivre ma vie si tu n'en fais pas partie… »

Il la regarda droit dans les yeux, son regard prenant des touches de sincérité désespérée.

« Je comprendrai qu'après mon comportement de ces dernières semaines, tu aies des doutes… Mais lorsque tu m'as rendu mon retourneur de temps, il y a des Serpentards qui n'ont rien perdu de la scène, et Tu-Sais-Qui a été au courant. Je devais retourner dans ses rangs. J'espérais y parvenir, mais je n'ai pas pu, ce soir en est la preuve. »

Elle nicha son visage dans le cou de Drago, inspirant avec bonheur le parfum frais et iodé.

« C'est de la folie… Il t'offrait la protection… Maintenant il va chercher à te tuer…

― C'est de la folie, oui, et c'est pour ça que j'y crois.»

Il déposa un baiser dans ses cheveux.

« Je crois en toi, Malefoy. Notre rêve vaut la peine qu'on se batte pour lui…

― Et que je tue ce soir la seule personne qui se dresse devant ce rêve. »

Il se redressa, et aida Hermione à se lever, sans cesser de la tenir près de lui, d'une poigne ferme.

« Il vaut mieux ne pas perdre de temps, regagner Poudlard et saisir la dernière chance. »

Et tandis qu'ils marchaient, enlacés comme un simple couple se baladant, ils peaufinaient le plan d'une voix agitée.

« Le Lord t'attend à minuit dans ta chambre ? Je t'y rejoindrai à minuit et demi. Inutile de refuser, Malefoy, je t'y rejoindrai sans fautes. » Insista-t-elle alors qu'il commençait à secouer la tête.

« Tu es sûre ?

― Oui. »

Et il sembla presque rassuré de son affirmation. Elle se demanda brièvement s'il avait plus peur de Voldemort qu'il ne le montrait, ou s'il était simplement soulagé de la savoir bientôt en sécurité avec lui, mais il continua à parler, coupant court à ses pensées.

« Mets-toi en sécurité d'ici minuit. Fais attention à toi. »

Ils étaient à l'entrée de Poudlard.

« Bonne chance Malefoy.

― Merci… Je… »

Leurs lèvres s'effleurèrent, alors qu'ils se serraient, comme mus par un désir violent de se fondre l'un dans l'autre, à peine retrouvés et déjà séparés. Ils se forçaient à croire que Malefoy parviendrait à tuer le Seigneur des ténèbres, mais aux tréfonds d'eux, n'espéraient plus se revoir.

« Tout sera fini à Minuit et demi. »


Pardonnez-moi, je ne prends pas le temps de répondre aux reviews ce soir. Je me lève dans trois heures, et je me suis pressée de finir ce chapitre qui m'a tellement passionné ! Vraiment, je me suis perdue au fil des mots, j'ai pas vu le temps passer...

Je répondrais à chaque review séparément, et à ceux qui ne sont pas inscrits, je répondrai dans le prochain chapitre. Mais je vous invite à m'en laisser encore et encore, pour m'encourager à finir cette fanfic, vu que je ne suis plus très loin de la fin là...

Bisous et merci infiniment !