Chapitre 12

Guérir lentement


I wish that I had known in that first minute we met

The unpayable debt that I owed you

When I was checking vitals I suggested a smile

You didn't talk for a while, you were freezing

You said you hated my tone, it made you feel so alone

And so you told me I ought to be leaving

But something kept me standing by that hospital bed

I should have quit but instead I took care of you

"Kettering"


Jackson se tenait encore aux portes de l'infirmerie, tenaillé entre l'envie de partir à la poursuite de Dria et le devoir de rester ici. Il regarda Abby et Raven qui étaient si paisibles maintenant, dormant d'un sommeil profond. Pour l'heure, toute douleur semblait les avoir enfin laissées, le libérant du fait même de la responsabilité de les veiller en permanence. Il acheva de se convaincre en regardant Wick qui s'était assis au pied du lit de Raven, lui prenant la main et appréciant la quiétude qui la baignait.

Jackson sortit dans le couloir sombre et peu éclairé. Il n'y avait que les lumières d'urgence rougeâtres qui restaient en fonction la nuit, limitant au minimum la consommation énergétique durant cette période d'accalmie. Au contraire de Dria qui ne connaissait rien aux interminables allées de la station, Jackson, lui, aurait pu s'y déplacer les yeux fermés. Il parcourut la distance qui séparait l'infirmerie des cabines d'habitation en quelques minutes à peine. Lorsqu'il atteint cette section de l'Arche, il réalisa combien l'idée de la traquer jusqu'ici était aberrante. Il n'avait pas la moindre idée de la cabine où elle logeait. Il se passa la main sur le front en soupirant, prêt à rebrousser chemin. Mais alors qu'il allait tourner les talons, il vit une ombre au bout de l'une des allées, celle-ci pénétra dans le dernier compartiment tout au fond et referma aussitôt derrière elle. Jackson esquissa un léger sourire en coin en réalisant la chance qu'il avait dans l'ironie de la situation.

Arrivé à la porte, il y cogna trois petits coups et attendit. Dria finit par aller lui ouvrir, emplissant le calme du couloir par le grincement mécanique de la porte qui glissait sur le côté. Elle se tenait droite devant lui et le regardait sans rien dire. Il lui retourna son regard alors qu'un silence inconfortable s'installait entre eux.

- Je peux entrer? Fini-t-il pas oser demander.

En guise de réponse elle recula de quelques pas pour le laisser passer. Il s'exécuta en la remerciant d'un bref hochement de tête. Dria appuya à nouveau sur le bouton et la porte se referma derrière lui. Il faisait sombre dans la petite pièce. Elle n'avait allumé aucune des lumières et seule la lueur blanche de la lune fusait à travers le hublot, projetant un halo entre eux.

- Dria…c'est ça?

Elle fit oui de la tête.

- Tu permets que je demande ce que tu as fait là-bas, elles…

Il laissa sa phrase en suspens, ne réalisant toujours pas ce qui s'était passé.

- Je suis désolé de t'avoir réveillé ainsi… je, je n'aurais pas dû être là… je…

- Mais que faisais-tu là en pleine nuit?

Dria pressa sa main sur son sac, comme si elle craignait qu'il ne puisse voir à travers de celui-ci, qu'il puisse voir ce qu'elle avait dérobé à l'infirmerie, les rouleaux de bandages. En voyant son inconfort, il se ravisa.

- Ce qui t'y a emmené m'importe peu, ce qui m'intrigue vraiment c'est ce que tu y as fait.

Il la regarda droit dans les yeux, espérant désespérément une réponse.

- Quand je me suis endormi, elles souffraient énormément et maintenant voilà qu'elles dorment d'un sommeil de plomb.

Il se revoyait sursauter sur sa chaise alors que le vacarme des bols que Dria avait laissés tomber sur le sol le réveillait brusquement. Toutefois, cela n'avait eu aucun effet sur Abby et Raven.

- Je leur ai fait respirer ceci, dit Dria en allant chercher de l'autre côté de la pièce les récipients qu'elle avait employés plus tôt.

Il restait encore un peu de poudre d'herbe au fond, mais la majorité se trouvait sur le plancher de l'infirmerie. Il n'y avait plus de fumée qu'y en émanait et donc plus de risque pour eux d'en subir les effets. Elle lui tendit sa mixture et il s'approcha.

- Qu'est-ce que c'est? demanda-t-il en y trempant le bout de son doigt.

- Pour calmer et endormir… profondément, souligna-t-elle.

Il hocha la tête en ne détachant pas les yeux de la mixture qu'il remuait entre ses doigts.

- Mais ça ne durera pas… finit-elle par admettre.

- Combien de temps alors? Tu pourrais leur en donner à nouveau?

Il leva les yeux vers elle. Elle secoua la tête pour dire que non.

- Ce n'est pas fait pour guérir, mais pour apaiser.

Il fronça les sourcils, ne voyant pas où elle voulait en venir.

- J'ai fait ça, car elles semblaient affligées de douleur, seulement parce que je ne pouvais rien faire d'autre…

La déception se lut sur le visage de Jackson et elle n'attendit pas pour poursuivre.

- … car je ne savais pas ce dont elles souffraient.

- Cela s'est passé au Mt Weather, ils leur ont prélevé de la moelle osseuse, et ce, sauvagement.

- Je… je ne sais pas ce que s'est, admit-elle à contrecœur.

- Ils leur ont percé des trous dans les os, expliqua-t-il en mimant le processus et les endroits des prélèvements. Ce que tu dois savoir c'est que cela nous est vital et que d'en perdre autant affaiblit terriblement.

- Comme le sang? demanda Dria.

Il secoua la tête.

- Pas exactement, la rémission de ponction de moelle est longue et très douloureuse. Pour aider il n'y a que trois choses à faire, leur transfuser du sang, leur administrer des antidouleurs et … attendre, fini-t-il par dire en soupirant.

- Mais elles semblent être encore si faibles.

- C'est que nous n'avons aucun anesthésiant, aucun calmant, plus rien pour atténuer le mal.

Il fit un pas vers elle pour diminuer la distance qui les séparait.

- Je suis désolé de t'avoir suivi jusqu'ici, mais ce que tu as fait plus tôt…

- Ne servira qu'à court terme.

- Mais…

- … mais je peux faire mieux, termina-t-elle.

- Vraiment? Comment? Tu peux le faire maintenant?

L'espoir renaissait en lui, un espoir auquel il ne croyait plus.

- Je n'ai pas ce qu'il me faut, je devrai aller chercher dans la forêt et encore je ne sais pas si je trouverai…

Elle n'eut pas le temps de finir qu'il lui empoignait les bras.

- Revient à l'infirmerie au matin, d'accord, dit-il en la secouant légèrement sous le coup de la frénésie.

Dria se contenta de hocher la tête et aussitôt il sortit. Elle resta là à fixer la porte toujours grande ouverte, ne réalisant pas encore l'espoir qu'elle venait de semer dans le cœur de cet homme.

Les premières lueurs du jour commençaient à fuser à l'intérieure de l'Arche. Le couloir qui était jusqu'à lors silencieux s'animait tranquillement. Dria n'avait pas fermé l'œil et était restée assise au rebord du hublot, à regarder la lune traverser le ciel et disparaitre par-delà les montagnes, s'éclipsant dans un dégradé violacé. Lorsqu'elle sortit de sa cabine, le silence se fit à nouveau dans le corridor. Tous ceux qui étaient debout en cette heure matinale la regardaient fixement, n'ayant pas réalisé qu'elle résidait maintenant près d'eux. Elle se faufila entre tous, regardant par terre, mitigée entre le malaise et la peur de se trouver parmi ces gens. Elle ne jeta aucun regard par-dessus son épaule alors qu'elle arrivait à l'extrémité du couloir silencieusement oppressant.

Devant les portes de l'infirmerie l'attendait Lincoln, Octavia et Marcus. À son arrivée, ils la saluèrent d'un signe de tête.

- Bonjour à toi Dria. Jackson m'a fait part de ce qui s'est passé la nuit dernière. Il m'a également indiqué que tu devrais aller dans la forêt?

Elle hocha la tête pour confirmer ses dires.

- Bien, Octavia et Lincoln vont t'accompagner.

- Je… tenta-t-elle d'objecter, mais Marcus poursuivit, ignorant son appréhension.

- Personne ne sort seul Dria, toi moins que quiconque.

Elle ne hasarda pas une réponse. Il les regarda tous les trois avant de tourner les talons et d'entrer dans le centre médical. Lincoln donna un coup de coude à Octavia qui avait été fermement prévenu par le chancelier que sa conduite de la veille de serait plus tolérée, pas quand il y avait tant en jeu.

- Nous y allons? Finit par dire Octavia d'un ton neutre en s'éloignant.

Lincoln leva la main vers l'avant pour inviter Dria à la suivre. Alors qu'Octavia les guidait hors du vaisseau, Dria prit grand soin de mémoriser le chemin, ne désirant plus se perdre comme la nuit dernière. Quand ils émergèrent à l'extérieure et qu'elle sentit à nouveau l'air froid sur son visage, elle ne put retenir un soupir de satisfaction. Elle ferma les yeux et savoura l'instant, ces quelques secondes où elle s'arrêta avant de poursuivre. Ils traversèrent le camp et sortirent par le portail où elle s'était presque électrifiée la veille, tentant de se soustraire aux gardes armés à leur arrivée. Ils marchaient à l'extérieur des grilles dans la parcelle de terrain broussailleux les séparant de l'orée de la forêt. Dria s'arrêta et contempla une fois de plus l'Arche qui s'élevait, imposante et magnifique à la fois. Lincoln qui fermait la marche cessa d'avancer également, jetant un coup d'œil derrière lui, observant ce qui semblait tant la captiver.

- Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu faisais ici, Lincoln.

Au loin, Octavia les entendit parler et se retourna pour réaliser qu'ils ne la suivaient plus. Elle revint sur ses pas sans toutefois se presser.

- Tu sais ce qui s'est passé au Mt Weather, j'imagine, demanda-t-il.

Elle fit signe que oui alors qu'Octavia venait se placer près d'eux.

- Je n'ai pas voulu me soumettre aux ordres de la commandante, je n'ai pas voulu battre en retraite telle qu'elle l'exigeait.

- Nous n'avons pas voulu rentrer avec l'armé et pour cela nous n'y avons plus notre place, compléta Octavia les dents serrées, la colère montant en elle avec chaque mot qu'elle lassait aller.

Dria sentait le poids du regard d'Octavia sur elle, néanmoins, elle ne détacha pas son attention de l'Arche qui ne cessait de l'émerveiller, encore plus maintenant que les premiers rayons du jour la faisaient briller de mille feux. Un lourd silence les enveloppa, un moment durant lequel Dria regardait au loin, Octavia la fixait elle et Lincoln contemplait la forêt qui lui manquait déjà terriblement. Ils restèrent ainsi jusqu'à ce que Dria brise cette quiétude chargée d'émotions contraires qui les entouraient.

- Je te dirai la même chose qu'à Clarke, dit Dria et plongeant maintenant son regard dans celui de la jeune femme à ses côtés.

Lincoln détacha son attention des bois, intrigué par ce qui allait suivre.

- Ne cherche pas Lexa en moi, Octavia, tu ne la trouveras pas.

À ses mots elle s'éloigna vers la forêt, les laissant avec ses dernières paroles à la fois d'une simplicité et d'une évidence singulière.


Cela faisait plusieurs heures maintenant qu'ils sillonnaient à travers bois, sans pour autant trouver ce qu'ils étaient venus y chercher. Elle leur avait décrit la plante en question, les traits de son feuillage, sa couleur et sa hauteur, mais savoir et se faire décrire était deux choses bien différentes. Ils s'arrêtèrent près d'un ruisseau qui serpentait sur un lit de pierre et de mousse. Alors qu'Octavia s'abreuvait un peu plus en contre bas, Dria alla se passer de l'eau sur le visage. Elle essuya ses mains sur ses vêtements et sentit quelque chose de dur dans l'une des poches du manteau long qu'elle portait. Elle y plongea la main pour la retirer aussitôt. La douleur et la surprise se lisaient sur son visage. Dria regarda le bout de son doigt qui saignait, s'étant coupé sur ce qu'elle avait oublié dans son vêtement. Avec plus de précautions cette fois, elle sortit le couteau que lui avait confié Indra le jour d'avant. Elle le trempa dans le ruisseau pour en retirer son propre sang.

- Octavia, soupira-t-elle.

Celle-ci leva les yeux vers elle puis les posa sur l'arme qu'elle faisait tournoyer entre ses doigts. Dria se releva et s'avança vers elle. Octavia en fit de même, le regard toujours fixé sur la lame qu'elle reconnaissait maintenant.

- Peu avant mon départ, Indra est venu à moi… elle m'a demandé de te remettre ceci.

Dria lui tendit le couteau et vit le visage de la jeune femme se métamorphoser.

- Une grande erreur de te nommer en tant que son second elle a dit, murmura presque Dria.

Les mots atteignirent Octavia en plein cœur et Dria put observer ses traits changer, passant de son éternel ton neutre à un air accablé et blessé. Elle la regarda prendre la lame et l'observer avec regret.

- Mais jamais aussi grande erreur que de t'avoir laissé en arrière, Octavia kom trikru.

Octavia leva les yeux vers elle. Bien qu'ils furent maintenant voilés, au bord des larmes, Dria put apercevoir à la fois l'espoir et toute la gratitude qui s'éveillaient suite à sa dernière phrase. Elle inclina la tête et s'éloigna, reprenant ses recherches qui avaient pourtant été vaines jusqu'à maintenant.

Dria serpentait à travers les arbres un peu plus loin, scrutant le sol à la recherche de la plante tant désirée. Lincoln vient s'accroupir aux côtés d'Octavia qui était toujours sans mot, à contempler la dague d'Indra.

- Dria n'est pas Heda, Octavia. Elle ne mérite pas toute ta haine, non, loin de là.

Celle-ci détacha les yeux de l'arme pour regarder Dria au loin, dans ce manteau long qui rappelait tant Lexa. Lexa et tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle représentait.

- Comment l'as-tu connu? demanda-t-elle.

Il haussa les sourcils en expirant, cherchant à se rappeler leur première rencontre.

- Il y longtemps, quelques années au moins… Pendant l'instauration de la coalition, c'est ça. À l'époque la commandante avait procédé de la même manière pour rallier les clans, avec un échange semblable. Toutefois, il y avait douze participants et cela s'est déroulé sur une année entière, un mois par région, plus éloignées les unes que les autres.

- Elle y a participé?

Lincoln fit oui de la tête, le regard devenant plus sérieux.

- Elle est venue à TonDC quelques jours pendant cette période.

- Elle n'aurait pas dû être…

- Justement, finit-il.

- Dria et Nyko se connaissent depuis qu'elle est enfant. Ils ont appris l'art des guérisseurs dans les forêts du nord ensemble. Il m'avait souvent parlé d'elle et de ce qu'elle était devenue, Heda sis. Je ne pensais jamais la voir un jour.

- Pourquoi donc? demanda Octavia intriguée.

- La commandante règne de Polis, mais elle parcourt souvent ses terres. Dria est son intendante, elle se doit de veiller sur la capitale en son absence.

Octavia hocha la tête, commençant à comprendre peu à peu.

- Elle reste néanmoins l'une, si ce n'est la meilleure guérisseuse de son temps, c'est ce que semble penser Nyko. Il dit qu'elle parcourt les villages environnant la capitale lorsque Heda rentre à Polis. Elle y prodigue soins et conseils aux soigneurs. Dans un cas comme dans l'autre, ses occupations et son devoir ne la conduisaient jamais jusqu'à tonDC, au grand regret de Nyko.

- C'est pour le voir qu'elle est venue à tonDC alors, non?

- Oui et non. Elle avait besoin d'un endroit pour se cacher, d'un endroit calme et apaisant. Je crois qu'elle a trouvé cela à notre village, mais surtout en compagnie de Nyko.

- Se cacher de quoi, de qui? Elle est la sœur de Lexa, qui oserait s'en prendre à elle?

Alors qu'elle laissait échapper ses mots, elle réalisa qu'elle-même avait désiré lui nuire. Elle sentit une vague de remords monter en elle, sachant maintenant qu'elle ne méritait pas tout ce ressentiment, tout ce qui revenait à la commandante.

- Je crois que c'est d'elle-même qu'elle désirait se cacher. Elle n'a jamais voulu nous confier la réelle raison de son court séjour.

- Qu'a-t-elle donc fait?

- Je ne sais pas, mais dès son arrivée Indra a fait envoyer des messagers à la commandante pour l'informer de sa présence. Mais surtout de son absence de sa place du moment, là où elle se devait d'être lors de cette étape de l'échange… la nation de glace.

Lincoln soupira en se relevant.

- Elle ne sera restée parmi nous que le temps que les gardes de Heda ne viennent la chercher pour l'y ramener. La retourner de là où elle avait fui. Quoique c'était, elle aura parcouru seule des forêts entières pour s'en éloigner, pour se rapprocher du seul lieu, ou de la seule personne, qui représentait la paix d'esprit pour elle.

- Pourquoi ne pas retourner auprès de sa sœur alors, auprès de la commandante il ne pouvait rien lui arriver… je ne comprends pas, Lincoln.

- La coalition et la paix des douze clans dépendaient de cet échange, en allant à la capitale, la commandante l'aurait immédiatement retourné à la nation de glace. Je t'ai dit qu'elle semblait se cacher d'elle-même, car elle semblait terriblement peinée et honteuse à son arrivée. Mais ce n'était rien comparé au moment où les gardes sont venus la chercher. La commandante devait les accompagner, mais elle ne l'a pas fait. Jusqu'au dernier moment, elle a semblé profondément perturbée à l'idée de la revoir, attendant sa venue en se tourmentant sans cesse.

- Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer entre elles, demanda Octavia et regardant Dria qui n'était plus qu'une minuscule ombre au loin maintenant.

- Costia, murmura-t-il.

- Costia? Qui est-ce?

- Aucune idée, mais elle criait ce nom en pleurant dans son sommeil.

Octavia ne répondit rien. Lincoln lui prit la main et ils traversèrent le ruisseau, marchant vers Dria qui ne s'était que trop éloignée.

Lorsqu'ils la rejoignirent, elle était accroupie et creusait à main nue. Il y avait derrière elle un amoncellement de plantes qu'elle avait déjà entrepris de déraciner. En les entendant approcher, elle se retourna, passant le revers de sa main sur son front luisant de sueur. Elle y laissa une trace de terre au passage, ce qui ne manqua pas de les faire sourire.

- Vous m'aidez? demanda-t-elle en leur rendant leur sourire.

Ils s'accroupirent à leur tour et continuèrent de déterrer la fameuse plante dont elle leur avait tant parlé. Ils comprirent rapidement pourquoi elle était déjà exténuée lorsqu'ils étaient arrivés. Le sol était ferme et compact, refroidi par la saison hivernale imminente. De plus, les racines de cette vivace étaient profondes et robustes. Dria leur confia que c'était dans cette racine que résidant toutes les propriétés médicinales de cet arbuste. Ils ne pouvaient donc pas se contenter de simplement l'arracher, ils devaient creuser profondément et méticuleusement pour l'extraire avec le plus grand soin. Lorsqu'ils en eurent amassé autant, si ce n'est plus, qu'ils pourraient en transporter, ils s'arrêtèrent. Ensemble ils repartirent vers l'Arche, chargés de cette plante qu'espérait tant Jackson. Ils ne firent qu'une brève halte au ruisseau pour se rafraichir de cet effort avant d'entreprendre la longue marche de retour.

Comme tout périple hasardeux, revenir sur ses pas est toujours plus rapide, le chemin étant déjà tout tracé. Lorsqu'ils émergèrent de la forêt, le soleil avait déjà dépassé le zénith. Il amorçait maintenant sa descente vers l'horizon et dans quelques heures à peine, cèderait sa place aux ténèbres de la nuit, laissait à la lune le soin de veiller en son absence. Ils soupirèrent de soulagement en sentant la brise fraiche leur caresser le visage. Maintenant qu'ils étaient à l'orée des bois, les arbres n'arrivaient plus à contenir ce vent qui leur avait tant manqué sans qu'ils puissent même s'en rendre compte. Mais maintenant qu'ils pouvaient enfin ressentir le bien-être qu'il procurait, ils se sentaient plus légers. Si le retour avait été plus rapide, en contrepartie il avait été plus laborieux. Les bras chargés des plantes qu'ils avaient récoltés, non sans peine, se faisaient lourds maintenant. Ils reprirent leur souffle puis traversèrent le champ de broussailles les séparant de l'Arche.

Arrivées aux portes du camp, les gardes les regardèrent en silence, les observant de haut en bas pendant un moment. Bien qu'Octavia fut des leurs, maintenant, à la regarder, elle semblait être une native tout autant que Lincoln et Dria. Peut-être était-ce cela que les hommes armés constataient à l'instant. Combien il était singulier de compter parmi eux ces trois-là, de laisser entrer ceux qui représentaient tout ce qu'ils avaient craint, puis joint et méprisé enfin. Le garde de droite abaissa le levier, coupant de ce fait le courant et faisant glisser la grille pour les laisser entrer. Les trois natifs passèrent entre eux sous leur regard pesant. Si Lincoln et Dria cherchaient à se fondre dans la masse pour tenter d'y faire leur place, Octavia quant à elle, leur retourna leur regard, mais avec davantage de mépris et surtout de provocation. Néanmoins, il n'y eut aucune réaction de leur part, si ce n'est de serrer la mâchoire et de crisper leurs doigts sur leurs armes.

Alors qu'ils s'éloignaient de l'entrée du camp, Dria les avisa qu'il y aurait une certaine préparation à faire avec leur récolte indigène. Octavia les dirigea plus loin derrière l'Arche, là où avec Lincoln, ils avaient élu refuge, ne rentrant à l'intérieur que lorsque la nuit devenait trop froide. Ce havre, situé au plus loin de tous, était pour eux le moyen d'être avec ce peuple, sans toutefois l'être totalement. Car tous deux savaient, ou plutôt souhaitaient, que cela ne soit que temporaire, qu'ils puissent un jour regagner les bois, les natifs, ceux parmi qui ils désiraient tant retourner, mais avec qui ils n'avaient plus leur place.

Dria toisa les lieux, réalisant qu'ils se trouvaient dans la même situation qu'elle, à devoir cohabiter avec un peuple leur étant étranger, à devoir apprendre pour comprendre et espérer s'intégrer. Elle eut néanmoins un sentiment de réconfort à la vue de ce petit campement de fortune. Il lui rappelait les villages natifs où elle avait l'habitude de se rendre lorsqu'elle n'était pas appelée à diriger la capitale en l'absence de Lexa. Elle n'avait jamais vraiment aimé Polis. Trop grande, trop structurale, trop loin des bois et de ce qu'elle avait toujours connu.

À la demande de Dria, Lincoln alla à la recherche d'une grande marmite ou quoi que ce soit qui pourrait y ressembler. Il se devait également de la remplir d'eau, car cela leur serait nécessaire pour la préparation à venir. Alors qu'il partait, Octavia s'affaira à raviver la braise qui s'était refroidie en leur absence. En peu de temps, un feu reprenait dans le cercle de pierre que la jeune femme avait formé pour contenir celui-ci. Elle l'alimenta suffisamment pour pouvoir le laisser sans surveillance assez longtemps, sans craindre qu'il ne s'éteigne. Pendant que Dria disposait les plantes sur ce qui leur servait de table, Octavia alla pour tenter de trouver ce qui pourrait soutenir la marmite au-dessus des flammes. Elle finit par s'éloigner de leur abri pour aller chercher plus loin, laissant Dria seule, mais toutefois bien occupée. Elle était à casser les tiges feuillues des plantes, séparant racine et feuillage. Car chaque partie serait utilisée différemment, et surtout préparée différemment. Elle terminait de diviser le tout quand Lincoln et Octavia vinrent la rejoindre à nouveau. Bientôt, elle put introduire dans l'eau bouillante le lot de racines toujours terreuses. Tous trois regardèrent la fumée s'élever et les bulles éclabousser son eau brulante.

- Combien de temps devons-nous attendre, s'interrogea Octavia.

- Jusqu'à ce que les racines remontent à la surface, là seulement elles seront prêtes.

Ils attendirent en silence, le regard absorbé par la vive cavitation à la surface de l'eau, guettant la flottaison des bulbes au fond de celle-ci. Après quelques minutes à peine, ils purent retirer le récipient du feu. À l'aide de grandes branches insérées dans les poignées de chaque côté de la marmite, Lincoln déposa le tout sur le sol tout près de la table. L'eau frémissait en fumait encore quand Dria alla y plonger rapidement le bout des doigts en surface, sous les regards mitigés entre la stupéfaction et l'incompréhension de Lincoln et Octavia. De gestes vifs et précis, elle eut tôt fait de récupérer l'entièreté des racines qui jonchaient maintenant la table aux côtés de leur feuillage. De brèves retrouvailles, car elle plongea les feuilles et les tiges dans l'eau qui, un instant auparavant, baignait encore les tubercules.

- Vous m'aidez? demanda Dria en les regardant.

Cette demande eut tôt fait de les ramener à la réalité, eux qui ne réalisait pas encore comment elle avait fait pour ne pas se bruler. Ils s'approchèrent et elle leur assigna chacun un amoncellement de bulbes. Elle scruta ensuite les environs, cherchant un autre récipient. Dria en aperçut un plus loin et alla le chercher. Elle le déposa au centre de la table entre eux. Sous ses indications, ils coupèrent les extrémités des racines et les pressèrent fermement au-dessus du grand bol, les vidant ainsi de leur contenu. Une épaisse pâte beige en sortit pour aller lourdement s'affaler au fond du contenant.

Ils finissaient d'extraire la mixture et de couper les racines quand Dria ne put s'empêcher de laisser échapper un rire en regardant Octavia. Celle-ci leva les yeux vers elle, ne comprenant pas ce qui l'amusait tant.

- Qu'est-ce qu'il y a?

- C'est seulement que je viens de constater que tu as utilisé le couteau d'Indra pour couper les racines.

- Et?

- Les natifs ont l'habitude d'imprégner les lames et pointes de flèches de poison.

Octavia ne savait que trop bien cela, ayant été elle-même atteinte par une flèche lors de l'attaque contre leur vaisseau. Lincoln avait risqué jusqu'à sa vie pour la guérir, la ramenant à son village, tonDC.

- Je sais, répondit Octavia alors que les souvenirs lui revenaient en tête.

Dria se passa la main devant les lèvres en essayant de se ressaisir.

- Je crois que tu seras la première guerrière native à menacer l'ennemie avec une lame imbibée d'un remède contre la douleur…

Lincoln ne put se retenir de rire également alors qu'Octavia regardait tour à tour son couteau et les racines qu'elle avait coupées. Elle finit par sourire également, pour finalement rire à son tour. Elle leva les yeux vers la jeune femme devant elle, mais cette fois, elle n'y voyait plus trace de la commandante.

Lorsqu'ils se rendirent à l'infirmerie, ils y trouvèrent Kane qui les attendait à l'extérieur. Les bras croisés. Le regard sérieux, absorbé dans ses pensées, il fixait le sol. Il sortit de ses songes alors qu'ils le rejoignirent sans rien dire, ne désirant pas le déranger de ses pensées solitaires.

- Enfin, soupira-t-il en les voyant. Vous avez trouvé ce que vous cherchiez? Renchéri-t-il les yeux miroitants un espoir ténu.

Dria qui était plus près de lui, hocha la tête en faisant un pas de côté pour qu'il puisse observer Lincoln et Octavia qui portant le fruit de leur labeur. Marcus inclina la tête en soupirant à nouveau et en laissant tomber les épaules, signe d'un grand soulagement. Dria alla passer devant lui pour entrer, lorsqu'il l'arrêta.

- Elles sont réveillées et elles … elles ne sont pas au mieux.

Dria hocha la tête à nouveau, sachant bien que les effets de son traitement de la nuit dernière avaient dû s'estomper depuis bien longtemps. Elle alla tenter d'entrer quand il la retint à nouveau.

- J'ai informé Abby de l'échange et du rôle qu'y joue sa fille, Clarke. Disons qu'elle…, il ne finit pas sa phrase, se mordant la lèvre au souvenir de la réaction qu'elle avait eu.

- Elle aurait préféré son retour plutôt que le mien… compléta Dria.

Marcus inclina la tête sur le côté, lui concédant le point tout en suggérant que ce n'était pas tout à fait cela. Dire qu'Abby était furieuse de sa décision était peu dire. La douleur et la fatigue n'aidant pas, elle avait hurlé son mécontentement et ses reproches. Comment avait-il pu se trouver en face de Clarke et ne pas la ramener avec lui. Comment avait-il pu la laisser à nouveau partir avec ces gens. Il avait beau tenter de lui expliquer le pourquoi de son choix, la légitimité et la rationalité de sa décision, elle n'avait pas voulu entendre raison. Marcus savait que ses émotions l'empêchaient de voir le bienfondé de la chose, ainsi que le fait qu'il n'avait pas réellement eu d'autre choix. Et encore, cela n'avait été rien comparé à sa réaction quand elle avait appris qu'ils recevraient la sœur de la commandante pendant un mois entier. Elle s'était opposée, avait désiré lui reprendre le poste de chancelier, mais il s'était objecté. Comme Abby avait fait avant lui, il avait conservé le pouvoir de l'autorité, sachant que pour l'heure, il était celui qui prenait la bonne décision, qui faisait ce qui se devait d'être fait, aussi difficile que cela fût.

- Je tiens simplement à te prévenir, dit-il d'une voix douce tentant de camoufler le remords qu'il éprouvait à la rencontre prochaine qui l'attendait.

Elle confirma qu'elle avait bien compris et il se décida à entrer, tous trois derrière lui. Jackson se retourna en entendant les portes s'ouvrirent et il s'approcha d'eux.

- Vous voilà, dit-il en les regardant, le même espoir dans les yeux que Kane en les voyant arriver.

Il fit signe à Octavia et Lincoln de déposer sur le comptoir ce qu'ils transportaient. Sans se faire prier, ils allèrent poser le tout, les bras toujours fatigués depuis le retour de la forêt. Marcus et Jackson regardèrent Dria s'avancer vers les femmes allongées sur les lits. Raven ne bougeait presque pas, elle avait les yeux fermés, mais il était évident qu'elle ne dormait pas, son visage grimaçant de douleur. Abby, quant à elle, avait les yeux grands ouverts et fixait la jeune native qui s'approchait d'elle. Tout comme Octavia, et probablement la majorité des habitants du camp, elle n'y vit que la commandante. La personnification de la trahison qui lui avait infligé ce sort, à elle, à Raven, et à ceux qui n'avaient pas eu leur chance, ceux qui avaient péri par cette torture infligée au Mt Weather.

- Qu'elle sorte Kane, dit-elle le regard noir et regardant Dria.

Dria continua néanmoins d'avancer. Tout en affichant un rictus trahissant le mal qui la rongeait, Abby se redressa, comme pour se faire plus imposante.

- KANE, hurla-t-elle.

Celui-ci alla plaqua ses mains sur le dos de Dria pour l'arrêter, voyant ce qu'elle évoquait chez Abby. À ce contact Dria ne put retenir un cri étouffé tant il l'avait saisi. Il retira rapidement ses mains, se rappelant qu'elle avait eu la même réaction lorsqu'il avait fait un geste semblable en la priant d'entrer à l'Arche pour la première fois. Même Abby se vit surprise par cette réaction. Les yeux de Dria s'emplir instantanément de larme et elle se dépêcha d'essuyer ses yeux, ne désirant pas pleurer devant eux.

- Dria? Dis Jackson qui s'était approché en voyant cela.

Il la pria de le rejoindre, laissant Abby et Marcus seuls près du lit. Il la conduisit plus en retrait. Celle-ci peinait à retenir ses larmes maintenant.

- Mais qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-il intrigué.

Elle reprit son souffle, la douleur l'élançait terriblement maintenant, d'autant plus qu'elle n'avait pas encore pris le temps de changer ses pansements, absorbé par la tâche d'aller chercher les plantes médicinales. Elle déposa par terre son sac qu'elle était allée chercher à sa cabine avant de venir à l'infirmerie avec Lincoln et Octavia. Elle retira son manteau long puis, d'un mouvement las semblant pénible, elle retira son chandail. Il secoua la tête en voyant ce qu'elle lui exhibait. Sauf un dernier morceau de vêtement léger cachant sa poitrine, il put remarquer tous les bandages qui lui entouraient le torse, mais surtout, tout le sang qui les traversait maintenant. Il vit ses yeux changer alors qu'elle regardait par-dessus son épaule. Il se retourna pour remarquer que tous la fixaient. Il fit signe à Octavia et Lincoln de disposer et ils sortirent, non sans jeter un dernier regard avant de passer les portes de l'infirmerie. Quant à Abby et Kane, l'incompréhension totale se lisait sur leur visage.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé? Finit-il par oser demander, brisant ainsi le lourd silence qu'avait produit la révélation de ses pansements.

- Le prix de ma désobéissance, dit-elle simplement, la voix tremblante et nouée par la douleur.

Il hocha la tête, le visage désolé.

- Je vais changer ça tu veux bien?

Elle fit oui de la tête. Sous le regard toujours aussi surpris de Kane et Abby, Jackson entreprit d'abord de retirer les innombrables bandages qui l'entouraient. Il révéla ainsi de profondes lacérations, indubitablement faites par un fouet. Il retira d'autres pansements pour y découvrir également une plaie par balle au flanc ainsi qu'une grande entaille sous les clavicules. Avec soin, il désinfecta toutes les blessures. Il s'affaira même à recoudre aux endroits où cela était possible. Enfin, il fit de nouveaux bandages et la laissa se rhabiller.

Abby et Kane avaient regardé en silence Jackson s'occuper de la jeune native qui avait fini par sécher ses larmes, apaisée par la gentillesse et les soins du médecin. Bien malgré elle, Abby s'était attendrie en voyant toute la souffrance qu'avait dû endurer cette pauvre fille. La menace qu'elle représentait s'était estompée à la vue de cette vulnérabilité. Cela n'échappa pas à Marcus qui la fixait alors qu'elle n'arrivait pas à détacher le regard de la jeune femme.

- Nous avons tous nos propres blessures, Abby.

Elle se retourna pour regarder Kane.

- Celles de Clarke rendent son retour impossible, du moins pour le moment. Même sans cet échange, elle ne serait pas revenue…

Ils se regardèrent l'un l'autre pendant un long moment.

- Ne rends pas cette pauvre fille coupable de ma décision … et de celle de Clarke.

Abby soupira en détournant le regard, sachant combien il avait raison, encore.

- Tu vas la laisser te soigner, car elle seule peut vous aider Raven et toi.

Elle ne répondit rien. Mais étant donné les réactions excessives qu'elle avait eu jusqu'à maintenant, cela représentait une acceptation éloquente. Il posa sa main sur son épaule avant d'aller rejoindre Jackson qui aidait Dria à enfiler son chandail et se relever.

- Je suis désolé Dria… si j'avais su.

Elle leva la main vers lui.

- Il n'y a rien à pardonner Marcus Kane, dit-elle les yeux toujours humides, mais plus apaisés maintenant.

- J'ai parlé avec la mère de Clarke, tout ira bien.

Elle hocha la tête en regardant les femmes au loin.

- Je vais vous demander à tous deux de nous laisser.

Kane et Jackson échangèrent un regard soucieux.

- Comme vous avez dit chancelier, tout ira bien, dit-elle d'une voix douce avant de passer entre eux pour aller de l'autre côté de la pièce.

Elle se rendit au comptoir où Lincoln et Octavia avaient laissé les récipients des remèdes qu'ils avaient préparés ensemble. Dria se retourna et indiqua la porte aux hommes qui la fixaient, hésitants. Ils échangèrent un dernier regard avant de s'exécuter en silence, laissant les trois femmes seules.

Dria transporta le bocal contenant la mixture extraite des racines sur une petite table près des deux lits. Elle alla ensuite rapprocher la grande marmite toujours emplie d'eau et des feuilles des plantes. Enfin, elle scruta les environs pour trouver des linges propres. Quand tout ce dont elle avait besoin fut amassé, elle s'approcha d'Abby.

- Je me nomme Dria, dit-elle en s'assoyant au bord du lit de la femme.

- Je suis Abigail Griffin, répondit Abby après une légère hésitation.

Dria hocha la tête.

- Vous avez vu mes récentes blessures, dit Dria d'un air désolé.

Abby confirma d'un signe de tête. Dria indiqua celle sous ses clavicules ainsi que celle à la taille.

- Un homme des montagnes m'a fait cela peu avant ma rencontre avec votre fille. Sans elle, je n'ose imaginer ce qu'il aurait fait ensuite. En me sauvant la vie par deux fois, elle m'a incombé d'une lourde dette.

Dria posa sa main sur son cœur et prit une profonde inspiration, laissant l'air emplir ses poumons. Réalisant la facilité avec laquelle elle respirait alors qu'elle avait le souvenir d'avoir eu tant de difficulté à le faire lorsque Clarke l'avait trouvée, l'avait sauvée.

- Si vous le voulez bien, j'aimerais m'acquitter d'une partie de cette dette. Si vous me laissez faire, j'apaiserai votre mal, à vous et à cette jeune femme.

Abby se retourna vers Raven et vit comment celle-ci semblait souffrir plus encore. Elle soupira et hocha la tête.

- Bien, je vais commencer par elle si ça ne vous dérange pas.

Abby se redressa sur son lit en position assise. Sans dire un seul mot, elle observa la jeune guérisseuse faire ce qu'elle faisait de mieux. Elle la regarda commencer par nettoyer le corps de Raven. À l'aide de linges trempés dans de l'eau verdâtre où flottaient des feuilles bouillies, elle humecta l'entièreté de sa peau. Elle s'affaira doucement, avec la plus grande délicatesse. Lorsqu'elle eut terminé, elle plongea les mains de la mixture des racines et entreprit d'en enduire la jeune femme. Le remède pénétrait dans la peau de Raven alors que Dria passait d'une partie de son corps à l'autre. Plus elle s'exécutait, plus les traits de la jeune femme s'adoucissaient. Celle-ci gardait néanmoins les yeux fermés et ne disait toujours rien, se laissant étrangement faire, comme si tout ce qu'elle avait subi l'avait dépouillé de toute envie de s'opposer à qui que ce soit maintenant.

Dria repartit chercher son sac qu'elle avait retiré avec son manteau quand Jackson s'était occupé d'elle. Tout comme la veille, elle prépara la poudre d'herbe qu'elle avait fait respirer aux deux femmes. Elle revint près de Raven et lui souffla les vapeurs à l'aide de la plume de corbeau. En un rien de temps, celle-ci s'endormit.

Dria emprisonna les vapeurs et déposa bol et plume près du lit d'Abby. Elle alla chercher un nouveau linge propre qu'elle trempa dans l'eau emplie de feuillage.

- Si vous êtes prêtes Abigail Griffin, lui demanda Dria en se rapprochant.

Abby plongea son regard dans le sien et y vit toute la douceur que révélaient ses yeux verts clairs. Elle se laissa emplir par la sensation de réconfort et d'apaisement qui émanait de cette jeune guérisseuse. Elle confirma qu'elle était prête en s'allongeant à nouveau sur le lit. Abby referma les yeux et s'abandonna à cette jeune femme qui lui avait d'abord tant rappelé la commandante des natifs. Mais maintenant qu'elle se laissait à ses bons soins, elle réalisa combien elle était le reflet parfait de Lexa. Car le miroir reflète la même image, mais à l'envers, exactement ce qu'était Dria par rapport à Lexa. Non pas son égale, mais son opposée, autant capable d'apaiser que Lexa capable d'inspirer la peur. Les paupières clauses elle se laissa bercer par cette tendresse enveloppante et bientôt, tout comme Raven, elle s'endormit sous les vapeurs poussées par la plume noir de jais.