Chapitre 13
Polis
Run past the river
Run past all the light
Feel it crashing and burning
Till it all collides
Strike a match, lit the fire
Shining up the sky
As it all comes down, again
As it all comes down, again
As it all comes down, again, to the sound
The sound of the wind is whispering in your head
Can you feel it coming back
Through the warmth, through the cold
Keep running till we're there
We're coming home now
We're coming home now
"Home"
La brise glacée de la nuit se prit dans les longs cheveux de Clarke. Le froid lui mordit la peau et l'extirpa de ce sommeil agité qui la berçait. Elle se frotta les yeux en se rasseyant, réalisant du fait même que le feu de camp brulait toujours. Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être, mais la nuit noire lui révéla qu'elle ne s'était probablement assoupie que quelques heures à peine. Les flammes projetaient une faible lueur sur le bois tout autour, faisant danser les ombres, créant l'illusion que les arbres s'animaient, tentaient de se refermer sur eux.
Clarke scruta près d'elle, remarquant Ryder qui dormait un peu plus loin, le dos appuyé contre un large tronc, la tête baissée rendant impossible de voir son visage. En ne voyant pas Lexa elle se mit sur ses genoux pour tenter de voir par-delà le feu. Une silhouette se dressa de l'autre côté des flammes puis s'en approcha, révélant dans cette lumière rougeâtre ses traits familiers. Lexa contourna leur feu de camp pour aller s'asseoir à ses côtés.
- Tu n'arrives pas à dormir non plus? Lui demanda la blonde en se rasseyant.
- J'ai pris le premier tour de garde, répondit-elle simplement en regardant droit devant.
Clarke se sentit mal à l'aise de s'être endormi si vite, de ne pas s'être proposé pour une ronde comme tous deux.
- Je prends le relais si tu veux… proposa-t-elle.
- Ce sera bientôt à Ryder, tu peux de rendormir, Clarke.
La blonde ramena ses jambes contre son torse et passa ses bras autour. Elle se cambra le dos pour tenter de l'étirer, de chasser ses courbatures causées par tant de route à cheval et le peu de temps qu'elle avait dormi sur le sol jonché de racines.
- Désolé de te faire dormir ici Clarke, mais nous ne pouvions pas passer la nuit au hangar, pas après ce qui s'y est passé.
Les derniers mots de Lexa avaient été prononcés à travers ses dents serrées.
- Néanmoins, ce sera une première visite d'Andrews que je n'oublierai pas… laissa échapper Clarke en haussant les sourcils.
- Il y a peu de lieux sur mes terres que je n'aime guère, mais cet endroit… je ne l'ai jamais aimé, et ce, depuis la première fois où j'y ai mis les pieds.
- C'était il y a longtemps? demanda Clarke intrigué.
Les souvenirs commencèrent à affluer en elle, à lui revenir comme si c'était hier, la ramenant dans cette jeunesse lointaine. Lexa soupira en refermant les yeux, s'abandonnant à ces moments qui avaient radicalement changé sa vie. Elle rouvrit les yeux et pris une profonde inspiration, remettant les mémoires en place afin de raconter le plus fidèlement possible.
Plusieurs jours avaient passé depuis que leur mère avait été mise en terre, plusieurs jours depuis la fin de cette innocence protégée par celle qu'elles chérissaient le plus. Plongées seules dans ce monde sans merci, elles avaient été contraintes de quitter Alexandria. Il n'y restait plus rien pour elles désormais, il n'y avait plus de place pour ces fillettes abandonnées trop jeunes. Les sœurs avaient donc rassemblé le peu qu'elles possédaient et avaient pris la route. Se laissant porter par ce fidèle Java, le cheval de guerre d'un père qu'elles n'avaient jamais connut. Elles décidèrent de se rendre vers la plus grande ville de leur clan des bois, vers leur capitale, Polis.
Mais la route menant vers cette ville étrangère leur était inconnue. Elles ne savaient ni où aller, ni la durée de ce périple hasardeux. Elles firent donc halte au premier village qu'elles croisèrent, non loin de celui qu'elles quittaient le cœur lourd, Andrews.
Lexa était assise à l'avant du cheval et tenait les rênes, guidant le destrier trop grand pour si jeune enfant. Dria avait passé ses petits bras autour de la taille de sa sœur et appuyait sa tête contre son dos, observant le paysage défilé sans grand intérêt. Celle-ci se redressa lorsqu'elle sentit le cheval ralentir sa démarche au contact du sol devenu dur et bruyant, cimenté.
Ici et là, nombre de kiosques où pêcheurs, trappeurs et chasseurs exhibaient leurs prises, et ce, devant encore plus grand nombre de marchants. Elles passèrent cette allée bondée de chalands pour se rendre au puits par-delà les tentes de troc. Bien plus imposant que celui qui trônait au centre de leur village, les pierres l'encerclant s'élevaient jusqu'au flanc de leur cheval.
Lexa descendit la première et aida Dria à en faire de même. Elle lui remit ensuite la bride du destrier.
- Puise-nous de l'eau pour la route, je vais demander notre chemin pendant ce temps.
Dria lui prit la main et plongea son regard dans le sien, lui disant sans un mot combien elle ne désirait pas qu'elle ne s'éloigne. Comme seule réponse avant de s'éloigner, Lexa alla appuyer son front contre celui de sa sœur. Dria la regarda partir en sentant son cœur s'accélérer. Comme s'il avait senti la peur de la fillette, Java vint frotter son museau sur sa tête, son souffle chaud lui caressant le visage. Elle leva ses mains vers lui alors qu'il s'inclinait légèrement pour qu'elle puisse le caresser. À ce simple contact, les craintes la quittèrent comme si elles n'avaient jamais été présentes.
Dria finit par aller près du puits pour accomplir la tâche que lui avait confiée sa sœur. Mais celui-ci était bien trop haut pour elle et l'idée de devoir grimper sur le rebord lui glaçait le sang. Le souvenir d'être tombé dans celui de son village la hantait encore. La froideur de l'eau, la noirceur de ses profondeurs, mais surtout, la panique qui l'avait cruellement enlacée dans son étreinte quasi mortelle. Elle ravala difficilement et referma durement les yeux, revivant cet instant traumatisant. Quand elle se décida enfin à rouvrir les paupières, quelle ne fut pas sa surprise de constater qu'elle n'était plus seule. Un jeune homme s'était approché et caressait le flanc de Java, le regardant intensément. Un peu plus loin, des dizaines de guerriers accoutrés comme lui descendaient de leurs chevaux. Ils étaient si imposants, marqués de peintures noires, leur visage et leurs vêtements tachés de sang et de terre.
- C'est un magnifique cheval que tu as là petite, lui dit-il en se retournant vers elle.
Elle resta muette et se contenta de hocher la tête. Il avança vers elle, s'attardant à flatter la crinière du destrier qui tentait d'esquiver ces caresses non désirées.
- Une bien grande bête pour une enfant.
Dria s'approcha de lui et alla prendre les rênes qui pendaient dans les airs. Elle alla guider Java plus loin quand il l'arrêta.
- Mais où vas-tu comme ça?
De sa poigne de fer il l'avait saisi et retourné. Dria sentait son cœur s'accélérer et sa respiration se saccader.
- Tu sais, mon cheval est mort durant le combat que nous avons mené il y a trois jours de cela. Depuis, je dois marcher alors que tous chevauchent, mais je crois que cela a assez duré tu ne crois pas?
Il lui fit un sourire méprisant avant d'empoigner la bride qu'elle ne laissa pas aller.
- Lâche fillette, je t'aurai prévenu.
Elle aurait voulu crier, supplier même, mais les mots ne lui venaient plus. Elle n'arrivait plus qu'à tenir ses petites mains fermement autour des sangles en cuir et regarder cet homme qui s'apprêtait à lui prendre le peu qu'il leur restait.
L'homme tira à nouveau sur les rênes sans que Dria ne se décide à les relâcher. Son regard se durcit et il expira fortement avant d'empoigner la jeune fille par les cheveux et de l'envoyer violemment au sol. Dria resta par terre, cloué sur place par la peur et la douleur entrainées dans sa chute au bord des pierres du puits.
Le jeune homme la regarda avec dédain alors qu'il posait une main sur la selle, prêt à grimper sur le cheval. Les yeux toujours fixés sur l'enfant qui semblait respirer difficilement, il ne vit pas le coup arriver. Broyant les os de la main qu'il avait osé apposer sur Java, Lexa avait abattu une lourde pierre sur ses doigts. Il poussa un hurlement de douleur atroce, pressant sa main meurtrie contre lui.
Au son déchirant qu'il avait émis, ses compagnons s'étaient empressés de le rejoindre, cherchant le pourquoi de pareille clameur. Alors qu'il piétinait lourdement le sol, enragé et souffrant terriblement, Lexa profita de sa distraction. Elle passa derrière son dos et se saisit d'une dague qu'il portait à la ceinture. Elle se hâta d'aller reprendre les rênes de leur cheval et de le mener devant Dria, la séparant de ce conflit, la protégeant tel qu'elle l'avait promis.
Les hommes rirent en constatant ce qui s'était passé, se moquant du jeune homme qui saignait et gémissait.
- Tu vas regretter ça, menaça-t-il en dégainant son épée. Toutefois, le geste ne sembla pas naturel, comme si la main qu'elle avait blessée était en fait celle qu'il préconisait pour tenir son arme. Il s'avança vers elle en décrivant des cercles de la pointe de sa lame. Lexa resserra ses doigts menus sur le manche de la dague et commença à se déplacer afin d'être une cible moins facile. Il tenta une salve qu'elle esquiva agilement, puis elle se lança sur lui, entaillant le haut de sa cuisse avant de retomber par terre en roulant sur elle-même.
Les rires s'élevèrent encore davantage, augmentant du fait même la hargne du jeune guerrier. Il inspira profondément sa colère avant de projeter son glaive vers la jeune fille. Lexa évita de peu l'épée qui alla s'enfoncer dans le sol. Il profita de ce moment de distraction pour lui asséner un violent coup de pied au haut du corps, la propulsant dans les airs avant d'atterrir durement par terre. Il alla reprendre son arme et la brandit dans sa direction, prêt à mettre fin à cette humiliation qui n'avait que trop duré.
- NON! hurla une voix provenant de l'arrière de l'attroupement de guerriers.
Au son de celle-ci, ils baissèrent la tête et s'écartèrent pour laisser passer leur chef. La femme, qui avait d'un seul mot mis un terme à l'affrontement, s'approcha. Elle rejoignit le jeune homme et lui asséna une violente gifle qui le fit tomber par terre.
- Tu comptais tuer cette enfant pour avoir défendu ce qui est sien?
Elle le regarda avec mépris et constata sa main blessée.
- La main qui tient ton épée… soupira-t-elle en regardant les doigts tordus sordidement et sanguinolents.
- Je peux encore…
Elle leva la main pour qu'il se taise.
- Quel piètre guerrier tu es, jamais je n'ai eu pire apprenti.
Elle se retourna vers Lexa qui se relevait maintenant, non sans peine. Leurs regards se croisèrent un bref moment, quoi que plus qu'il n'en fallait à la femme pour confirmer ce qu'elle croyait.
- Tu n'as plus ta place dans mes rangs, elle se retourna vers l'homme toujours par terre. Une formation n'a de force que son élément le plus faible, termina-t-elle.
L'homme se releva et toisa ses compagnons qui restaient muets désormais. Il ravala difficilement et hocha honteusement la tête. Il jeta un regard noir à Lexa avant de tourner les talons et de s'éloigner en boitant, obéissant pour une dernière fois à cette chef qu'il quittait lâchement.
Lexa marcha laborieusement, pressant la main à son ventre meurtri. Elle passa devant tous, alla rejoindre Java et aida Dria à se relever, elle qui était encore étendue près du puits, sonnée par sa chute.
- Toi, dit la femme en pointant Lexa le regard sévère, prends ton cheval, tu viens avec nous.
Dria prit la main de sa sœur dans la sienne et la serra fort, comme pour l'empêcher de disparaitre. Lexa plongea son regard dans le sien, ne sachant que faire ou dire.
La chef marcha vers elle et se planta devant Lexa, ignorant totalement Dria tout juste derrière.
- Il était de ton droit de défendre ce cheval qui est tien. Mais en blessant et en humiliant ce jeune guerrier, tu m'auras également privé de mon second.
Elle fit une pause alors qu'elle se penchait légèrement en avant pour que leurs yeux se retrouvent à la même hauteur.
- C'est une dette dont tu devras t'acquitter.
La femme la regardait intensément et voyait ce qui se lisait dans ses yeux. Elle baissa le regard vers la main tenant fermement celle de sa sœur. Elle s'approcha pour lui murmurer à l'oreille, pour qu'elle seule entende.
- Je vois cette hargne et cette fougue en toi, enfant. Je vois la promesse d'une force et d'une grandeur que tu ne t'imagines pas encore.
Elle se recula en se redressant.
- En paiement de ta dette, tu deviens mon second, dit-elle en lui empoignant la main pour l'amener avec elle.
Le geste n'était ni brusque ni dur, mais il ne proposait pas non plus de résistance.
- NON! cria Dria qui s'affairait à tirer sur l'autre bras de Lexa, se mettant aussitôt à pleurer.
La femme se retourna le regard noir. Car si elle avait eu la clémence d'épargner cette jeune fille à l'avenir prometteur, elle n'avait aucune pitié pour sa sœur n'inspirant que faiblesse et impuissance.
- Je prends l'autre enfant… Anya, dit l'homme s'étant rapidement approché.
De loin, il avait observé toute la scène sans oser s'interposer, du moins, jusqu'alors. Quand il avait vu la plus fragile des deux sœurs retenir celle que la chef tentait d'emmener, il s'était rué vers elle. De ses larges paumes, il l'avait tiré vers lui, la forçant à relâcher celle qu'elle ne pouvait plus retenir maintenant. Car il connaissait cette chef guerrière sans pitié, Anya. Elle lui rappelait celle de son propre village, Indra. Une femme qu'il ne valait mieux pas contredire.
Anya leva les yeux vers l'homme entre deux âges. Il tenait la petite fille entre ses bras dans une étreinte captive. Elle se contenta de hocher la tête vers lui, reconnaissante de lui éviter de devoir régler ça elle-même.
Alors que le la troupe s'éloignait, l'homme fit signe à son jeune apprenti, resté en retrait du conflit, de s'approcher.
- Je suis Razan et voici Nyko, et toi, comment te nommes-tu jeune fille?
- Dria, dit-elle en ravalant ses sanglots.
- Bien. Dria, tu vas venir avec nous mon enfant. Nous retournons dans les forêts des Grands Lacs, là où ce jeunot ici présent doit finir d'apprendre l'art des guérisseurs. Là où toi aussi, tu auras la chance d'apprendre ce noble art des temps les plus anciens…
- DRIA!
Lexa revenait vers elle en courant, poursuivi par les hommes d'Anya. Dria se rua dans sa direction et à la grande surprise de tous, elles ne tentèrent pas de fuir ensemble, elles se contentèrent de se jeter dans les bras l'une de l'autre. Elles se serrèrent aussi fort que leur petits bras d'enfant le rendaient possible, se rattachant à ce court moment qu'elles ne pouvaient retenir.
Lexa relâcha son étreinte et prit le pendentif de sa sœur entre ses doigts, faisant tournoyer le médaillon représentant sa propre effigie, un soleil.
- Je serai toujours avec toi, et tu seras toujours avec moi, dit-elle en se saisissant du collier de Dria qu'elle avait autour du cou.
Elle essuya les larmes de sa sœur en lui redisant les dernières paroles que leur mère leur avait confiées.
- Ce lien qui nous unit nous garde ensemble pour toujours, où que nous allions. On ne peut séparer une âme en deux comme on ne peut nous séparer ma sœur.
Dria se jeta à nouveau dans ses bras en pleurant, mais cette fois-ci l'accolade fut brève. Les guerriers se saisirent de Lexa tout comme le guérisseur vint rejoindre son nouvel apprenti.
Elles se fixèrent aussi longtemps que cela fut possible, pleurant cette distance qui les séparait de plus en plus, se promettant en silence de se revoir, dans ce monde ou dans l'autre.
Clarke avait écouté chaque mot avec attention, buvant les paroles de Lexa, appréciant chaque parcelle de ce passé qu'elle s'autorisait à lui confier. Sans rien dire, sans oser l'interrompe de peur qu'elle ne s'arrête, Clarke l'avait laissé défiler les phrases, les écoutants tout en laissant les images qu'elles produisaient se manifester devant ses yeux grands ouverts. Comme si elle y était, elle avait imaginé cette frêle et jeune Lexa, cette toute petite Dria. Ce souvenir partagé expliquait bien des choses. Clarke avait déjà reproché à Lexa d'être sans cœur, de dissimuler les émotions qu'elle enterrait au plus profond d'elle-même. Elle avait d'abord attribué cela à ce monde dur des natifs, à ce rôle de commandante. Mais maintenant, Clarke réalisait toute l'ampleur de ce qu'elle ignorait, de ce qui avait fait de Lexa ce qu'elle était, se devait d'être. Elle réalisait que Heda avait été forgée depuis longtemps, depuis trop longtemps. Que depuis une enfance achevée prématurément, Lexa avait dû plonger dans ce monde sans pitié, avait dû s'endurcir et affronter cette réalité où il n'y avait pas de place pour l'enfant qu'elle était alors.
Clarke, toujours les jambes ramenées sur son torse et les bras croisé devant, laissa sa main gauche glisser le long de son corps. Elle jeta un bref coup d'œil à Lexa assise à sa gauche puis, tout en replongeant le regard dans les flammes dansantes, elle déposa sa main sur celle de la commandante. De son pouce elle en caressa le revers alors qu'elle resserrait doucement cette étreinte délicate. Elle ne savait quoi lui dire suite à ces nouvelles révélations, ne savait comment exprimer se mélange de compréhension et d'empathie, aucun mot qui aurait su résumer ce que ce simple contact pouvait transmettre. Sans rien ajouter, elles continuèrent à contempler le feu de camp, se laissant peu à peu attirer vers le sommeil.
Clarke fut réveillé par Lexa qui murmurait son nom en lui pressant l'épaule. Elle ouvrit les yeux péniblement, constatant qu'il faisait jour maintenant. Toutefois, le temps était couvert, le ciel totalement gris restait impénétrable, empêchant de se fier à la position du soleil pour situer le moment de la journée. Clarke releva la tête en se frottant les yeux. Elle réalisa honteusement qu'elle s'était endormie sur l'épaule de Lexa. Celle-ci s'était elle-même endormie en position assise, n'osant bouger de peur de réveiller la blonde qui s'était assoupie paisiblement. Clarke leva les yeux vers elle, leurs visages si près l'un de l'autre. Elle ravala difficilement, réalisant du fait même qu'elle était pressée sur Lexa. Maintenant qu'elle était éveillée, elle constatait la chaleur qui émanait d'elle, réalisait le contraste entre les frissons de froid sur son côté droit exposé à l'air comparativement à l'apaisante sensation de confort de son côté gauche. Car de ce côté, elle s'était blottie contre Lexa, sans même s'en rendre compte, l'inconscience de son sommeil la guidant vers ce qu'elle n'osait se permettre éveillée.
Au son de Ryder qui s'affairait maintenant à seller à nouveau les chevaux, elles se résignèrent à se séparer, chacune regrettant sans l'admettre la fin de ce contact inespéré. Lexa aida Clarke à se relever puis ramassa les couvertures et peaux sur lesquelles elles s'étaient assises. Elle alla ensuite rejoindre son garde et ensemble ils terminèrent de préparer les bêtes pour le départ. Clarke sentait la morsure du froid désormais, spécialement sur ce côté qui s'était habitué à la chaleur émanant du corps de la commandante. Elle s'approcha du feu, ou plutôt de ce qui en restait. Un tas de centre et de bois consumés par les flammes, une légère fumée s'élevant dans les airs, dansant avec la brise matinale.
Au grand regret de Clarke, ils se mirent à nouveau en selle et reprirent la route. Tout son corps la faisait souffrir, courbaturé et rompu par tant de voyage à cheval, par cette trop courte nuit, par le souvenir des racines sculptant le sol dur. Les heures passaient aussi lentement que des jours entiers, étirant ce périple par la démarche lente des destriers. Pourtant la route était loin d'être aussi étroite et sinueuse que pour aller à Alexandria. Ici, le chemin était large et tapé, signe qu'il était abondamment fréquenté. Néanmoins, ils avançaient lentement, trop lentement selon la blonde.
- Nous arrivons bientôt, dit-Lexa en menant son cheval à la droite de Clarke.
Jusqu'alors, Ryder ouvrait la voie, Clarke suivant et Lexa fermant la marche, et ce, encore en silence. La blonde n'avait osé entamer la conversation malgré qu'elle trouvait cet éternel calme accablant.
- Je t'avais prévenu que Java nous ralentirait.
Clarke se retourna pour croiser son regard, réalisant du fait même qu'elle lui souriait, visiblement pas affectée de voir leur voyage s'éterniser. Clarke lui rendit son sourire en se penchant vers l'avant pour aller flatter la fourrure du cheval.
- Il ne me semble pas si vieux pourtant, dit-elle tout en ne se lassant pas de glisser ses doigts entre les poils revêches de sa crinière.
Le sourire qu'affichait Lexa s'envola, ne laissant derrière lui qu'une expression de nostalgie.
- Il aura d'abord appartenu à notre père, puis à la mort de notre mère il nous est revenu…
Elle fit une pause un bref moment qui n'échappa toutefois pas à Clarke qui s'était maintenant tournée vers elle.
- … puis il m'aura accompagné quand Dria et moi avons été séparées. Égoïstement, j'étais rassuré de le garder avec moi, surtout où j'allais.
- Avec Anya…
Lexa fit oui de la tête, comprenant ce que Clarke sous-entendait.
- Devenir le second d'Anya aura changé ma vie à jamais. Aujourd'hui, je lui suis reconnaissante pour tout ce qu'elle m'a enseigné, pour tout ce savoir qu'elle m'a transmis. Elle aura été la première à forger la Heda que je suis…
Lexa inspira profondément en fermant les yeux.
- Aujourd'hui je vois toute la valeur de ce qu'elle m'a offert, mais ça n'a pas toujours été ainsi. J'ai d'abord maudit cet honneur de la seconder, d'abandonner ce que m'avait fait promettre ma mère avant de partir, de laisser ma sœur en arrière.
Lexa rouvrit les yeux et regarda vers le ciel, visiblement accablé de laisser ses mots lui échapper. Mais étrangement, elle ressentait un certain soulagement à les partager avec Clarke, à laisser aller dans le froid de ce matin gris ces souvenirs douloureux.
- Les années auront passées sans que jamais nous ne nous revoyions. Il est étrange qu'à des lieux l'une de l'autre, alors que j'apprenais à enlever la vie, elle apprenait à la préserver. Comme si l'une devait balancer l'autre…
- Compléter l'autre, ajouta Clarke en regardant Lexa.
La commandante se contenta de hocher la tête, n'ayant plus rien à ajouter à ce sujet pour le moment. Cela faisait déjà bien des mémoires qu'elle abandonnait à la confiance de ces yeux bleus. Mais pour l'heure, ce serait suffisant, la suite pouvait attendre, devait attendre.
- Polis, dit Ryder en se retournant pour les regarder.
Clarke regarda droit devant le garde qui les fixait, affichant un sourire de soulagement, visiblement heureux d'être enfin de retour. Elle regarda par-delà Ryder, mais ne put que voir l'épais brouillard dont ils s'approchaient avec chaque foulée de leur monture. Gris, humide et dense, il rendait impossible de distinguer quoi que ce soit à cette distance, toutefois, le garde avait clamé «Polis ». Clarke ne comprenait rien.
- La capitale se situe au bord de l'océan, Clarke, ce temps côtier nous indique que nous y sommes.
- L'océan… laissa échapper Clarke dans un soupir.
Elle n'avait jamais vu plus grand plans d'eau que les rivières serpentant dans les régions avoisinantes. L'idée qu'elle pourrait enfin admirer ce paysage unique la rendait fébrile. Mais à constater l'épais brouillard, elle se dit qu'elle n'y verrait pas grand-chose tout compte fait.
Ils continuèrent d'avancer sur le chemin qui bientôt émergea de la forêt. Les terres tout autour étaient broussailleuses. Des blés de mer longs et jaunâtres ondulaient sous le vent salin, se courbant, décrivant des vagues d'herbes séchées. À mesure qu'ils continuaient à avancer, Clarke put enfin voir les remparts se dessiner dans la brume. Immense, s'élevant haut dans les airs, fait de pierres gigantesques, d'énormes morceaux de ciment et de métal. Il était évident qu'ils avaient été construits par les natifs, fortifiant leur capital avec les gravats d'un monde ancien. Ce n'est que lorsqu'ils se pressèrent aux portes de la ville qu'elle réalisa où ces murailles se terminaient. Des gardes patrouillaient sur celles-ci, surveillant sans cesse. L'un d'eux, posté au haut du portail, se pencha pour les regarder.
- Ta pèlerine Clarke, dit Lexa en se couvrant à nouveau la tête de sa cape flétrie.
La blonde s'exécuta sans rien dire, sans réussir à détacher le regard de cette imposante fortification. Cela avait dû prendre des années pour arriver à un tel résultat se dit-elle, de longues années.
Au signe de Ryder, le garde disparu de leur vue et au même moment, le bruit de rouages métalliques retentit. Lentement, la large porte entièrement faite de métal pivota vers eux, s'entrebâillant légèrement pour les laisser passer. Sans que Clarke n'ait à le lui demander, Java se remit en marche, imitant les chevaux de Ryder et Lexa. Tout comme ils s'éloignaient du portail, ils entendirent à nouveau le son produit par la lourde porte qui se refermait derrière eux.
Bien que le brouillard baignait les lieux, lui empêchant de voir au-delà de cent mètres, Clarke restait bouche bée par ce qu'il lui était donné de voir. Malgré les ravages du temps, de la végétation acharnée à reprendre les lieux, la ville semblait tenir bon. C'était comme le mariage d'une civilisation obsolète et des forêts sauvages. Il y avait les demeures, les allées, mais également toute cette flore qui s'était approprié les lieux probablement longtemps abandonnés avant l'ascension du peuple natif. Tout comme à Alexandria, les lierres recouvraient presque tout. Des arbres et des plantes avaient poussé ici et là, rendant l'endroit étrangement contrastant.
Ils se laissèrent lentement porter par les chevaux, traversant l'entièreté de la ville, au grand plaisir de Clarke qui n'en finissait plus de s'émerveiller. Après un temps trop vite passé, elle sentit Java ralentir, puis finalement s'arrêter. Ryder était descendu de sa monture et elle vit Lexa en faire de même. Sans se faire prier, Clarke se laissa tomber par terre à côté de Java, remerciant le ciel de ne plus avoir à se mettre en selle pour longtemps. Elle caressa une dernière fois le fidèle destrier avant de regarder Ryder guider les trois chevaux plus loin. Clarke pivota sur elle-même pour constater où elle se trouvait. À cet endroit, les allées convergeaient toutes vers le cœur de la cité, là où trônaient trois places circulaires.
- Suis-moi Clarke, dit Lexa en lui indiquant le chemin.
La commandante lui tourna ensuite le dos et se mit en marche. Elles passèrent devant la première place, la plus petite également. Le bâtiment qu'elle contenait avait toutefois été grandement marqué par la végétation. Il était presque impossible de discerner sa construction par-delà les branches qui se pressaient les unes au-dessus des autres. Néanmoins, le clocher qui s'élevait dans le ciel trahit sa vocation passée, Clarke ayant appris à quoi ressemblaient les lieux de culte de leur culture d'autrefois. Elles arrivèrent à la seconde place où une immense maison de brique rouge dominait le centre de carrefour circulaire. La gardant de tous, de hautes clôtures de fer forgé empêchaient l'accès à ceux qui ne pouvaient y prétendre. Lexa se présenta à la porte où deux hommes se tenaient armés de lance. Elle retira sa capuche en s'approchant d'eux. Aucune parole ne fut nécessaire et ils l'inclinèrent.
- Heda, dirent-ils à l'unisson tout en ouvrant le portail d'entrée.
Lexa hocha la tête comme seule réponse et pressa Clarke de passer devant. L'un des gardes referma suite à leur passage et l'autre entra avec elles. Clarke le regarda se rendre à un monument de pierre. Effilé et haut, elle n'aurait pu dire sa fonction. Sa pensée se précisa lorsqu'elle vit l'homme y grimper agilement et, contre toute attente, enflammer son extrémité. Le flambeau, dont une flamme orangée jaillissait désormais, projetait une lumière fantomatique dans cette brume maritime. Comme si Lexa avait lu dans ses pensées, elle se pressa de lui expliquer le pourquoi d'une telle action précipité.
- Cela signifie que Heda est à la capitale, que je suis de retour.
Lexa lui indiqua ensuite l'impressionnante maison d'un signe de main.
- Bienvenue à la demeure de la commandante, Clarke, bienvenue chez moi.
Lexa afficha un léger sourire que Clarke lui rendit aussitôt. Les portes de la maison s'ouvrirent, les incitant à entrer. Ensemble, elles pénétrèrent dans la magnifique résidence. Bien que Clarke ne se trouvait que dans l'entrée, elle était époustouflée par ce qu'elle voyait. Devant elle, deux escaliers de chaque côté de la pièce se recourbaient pour se rejoindre et mener à l'étage supérieur. Au centre, il était possible de traverser, et ce, sous un lustre fait de bois sculpté et de ramures diverses. La sculpture était impressionnante et plus Clarke la regardait, plus elle en discernait la complexité et le travail qu'avait dû impliquer une telle œuvre d'art.
La jeune femme qui leur avait ouvert les portes les referma et s'approcha d'elles.
- Heda, dit-elle en penchant la tête vers le sol avant de se relever pour les regarder.
- Briseïs, lui répondit Lexa, voici Clarke.
Briseïs s'inclina en direction de la blonde suite à sa présentation.
- Elle va demeurer ici pour les prochaines semaines…
Lexa marqua une pause, semblant se questionner un bref moment.
- … elle va occuper la chambre de Dria. Va la lui préparer elle t'y rejoindra sous peu.
La jeune femme s'inclina une dernière fois et s'éloigna, se pressant d'exécuter les demandes de la commandante. Deux hommes entrèrent ensuite par les portes donnant à la pièce avoisinante. Ils semblèrent surpris de voir Lexa et leur visage trahit cette stupéfaction. L'un d'eux avait les mains noircies et le tablier qu'il portait était couvert de terre. L'autre homme à côté lui fit signe de ressortir à l'extérieur et il s'approcha d'elles.
- Commandante, bon retour chez vous.
Il s'était exprimé avec bien plus d'assurance que la jeune Briseïs, comme si comparativement à elle, il était accoutumé à traiter avec Lexa.
- Merci, Rhen. J'ai envoyé Briseïs préparer la chambre de notre invité, Clarke, du peuple du ciel. Elle vivra ici avec nous pour le mois à venir. Je compte sur toi et tous les autres pour que son séjour soit le plus agréable possible.
- Bien entendu Heda, je vais prévenir le personnel de maison et les informer de son arrivée. Désirez-vous que je fasse préparer des bains dans vos chambres.
Lexa hocha la tête, jetant un bref coup d'œil à Clarke et elle-même. Oui un bain était plus que le bienvenu.
- Quelle chambre occupera notre invité?
- Celle de Dria.
L'homme sembla surpris d'entendre cette réponse, il ne put même retenir un furtif regard réprobateur en direction de Clarke, comme si elle ravissait quelque chose d'interdit.
- Dria ne reviendra pas avant le départ de Clarke, Rhen, avait-elle dit d'un ton ferme, le regard critique de son chef de maison ne lui ayant pas échappé.
Son visage changea et il s'inclina.
- Fais convoquer le conseil, qu'ils se présentent à la tombée de la nuit, et préviens les cuisines que nous les recevrons.
- Bien, Heda.
Il s'inclina devant toutes deux et repartit par une porte sur leur gauche. Elles le regardèrent partir puis, Lexa guida Clarke tout en haut des marches. Elles prirent à gauche et empruntèrent un long corridor pour se rendre tout au bout de celui-ci. La porte de gauche était grande ouverte et elles y virent Briseïs qui s'affairait à préparer un lit à baldaquin.
- C'est ici que tu vas dormir, Clarke, dans la chambre de Dria.
Clarke hocha la tête en pénétrant dans la grande pièce. Elle se retourna vers Lexa qui était restée au cadre de la porte.
- Briseïs va te montrer ce qu'i voir. Lave-toi, change-toi et repose-toi. Plus tard, je te présenterai au conseil, mais pour l'heure, installe-toi et fais comme chez toi. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu n'as qu'à demander à Briseïs, elle te sera attitrée.
La jeune femme leva la tête en entendant cela. Lexa le remarqua et se tourna vers elle.
- Briseïs, tu vas t'occuper de Clarke également, si tu as besoin d'aide, fait demander l'une de tes sœurs Yari ou Igrit.
La servante confirma d'un signe de tête et se remis au travail.
- J'oubliais, ton père est rentré, il doit être aux écuries en ce moment même, tu es libre d'aller le rejoindre quand tu auras terminé avec Clarke.
Le visage de la jeune femme s'illumina et elle hocha la tête avec excitation, visiblement ravie et soulagée d'entendre pareille nouvelle.
- Si tu as besoin de moi, je serai dans ma chambre, celle en face de celle-ci.
Lexa sourit à Clarke avant de se retourner, de traverser le couloir et d'entrer dans la pièce voisine. Elle n'était pas partie depuis plus de quelques minutes que Rhen conduisant deux autres serviteurs dans la chambre. Portant des sceaux d'eau fumante, ils traversèrent la pièce et allèrent vider leur convoi dans la petite salle de bain attenante. Ils s'exécutèrent sans un mot et repartir, sous l'ordre leur chef de maison, chercher pareil chargement pour la chambre de la commandante cette fois-ci.
- Clarke, dit seulement Rhen en s'inclinant respectueusement devant la blonde tout en refermant la porte de la chambre.
Elle manqua sursauter quand la jeune femme lui posa la main sur l'épaule, elle ne l'avait pas entendue approcher.
- Pardonne-moi, Clarke, s'excusa Briseïs en lui souriant gentiment.
La blonde lui fit signe qu'il n'y avait pas de mal. Elle pivota ensuite sur elle-même, observant cette chambre où elle aurait la chance de résider un mois durant. Celle-ci était grande et composée d'un grand lit à baldaquin si invitant. Tout le mobilier était fait de bois massif et taillé avec soin par des mains de maître. Il y avait des draperies aux côtés des fenêtres et de part et d'autre des portes donnant sur un balcon de pierre. Sur le mur de droite, il y avait un foyer ainsi que des sièges et des peaux au sol, le tout promettant d'agréables instants devant des flammes réconfortantes. Une invitation bien loin du feu de camp et du sol jonché de racine qu'elle avait quitté le matin même. La servante la conduit au fond de la chambre où il y avait deux portes. Celle qui était entrouverte donnait sur une salle de bain, là où l'attendait une baignoire fumante, un rêve que Clarke n'espérait plus. Briseïs ouvrit l'autre porte, révélant un grand placard où elles entrèrent.
- Tu trouveras ici autant, si ce n'est plus, de tenues que tu pourras porter. Il y a de tout, vêtement chaud, léger, de nuit.
La jeune femme se déplaçait et sortait des exemples accompagnant ses descriptions.
- Je repasserai pour t'habiller plus tard à la tombée du jour.
Elle lui sourit et resta là, sans bouger, sans rien dire, comme si elle attendait quelque chose. Clarke la toisa, cherchant pourquoi elle restait là.
- Tu peux aller rejoindre Ryder si tu le désires, tout ira pour moi, merci.
Clarke n'avait pu dire le mot père, elle n'avait simplement pas pu. Elle se laissa toutefois emplir par la joie contagieuse de la jeune servante qui sourit en prenant congé. En la regardant partir, la bonde se demanda combien de filles Ryder pouvait bien avoir.
Son questionnement fut toutefois bref, le souvenir du bain l'attendant lui revenant en tête. Elle fit sommairement le tour de la penderie, choisissant quelques vêtements en attendant que Briseïs l'aide à faire un meilleur choix pour le diner de ce soir. Elle sortit du placard et se rendit dans la pièce voisine dont elle referma la porte derrière elle. Cela lui prit quelques secondes à peine pour retirer l'entièreté de ses vêtements. Elle qui ne s'était pas sentie gênée par eux jusqu'à maintenant, se vit dégoûter en les retirant, constatant combien ils étaient sales et souillés. Clarke les entassa dans un coin, résistant à l'envi de leur mettre le feu.
Alors qu'elle entrait dans cette eau chaude, elle poussa un soupir de soulagement. Clarke s'étendit dans la baignoire, se disant qu'elle pouvait mourir ici, elle avait connu le paradis. Elle se laissa glisser tout au fond, plongeant la tête en dessous de l'eau. Lorsqu'elle en ressortit, c'était comme si un poids l'avait quitté. Elle se redressa et découvrit quelques récipients sur une petite table aux côtés du bain. Elle y reconnut les mixtures qu'elle avait découvertes un matin dans la tente de la commandante. La pâte verdâtre dont émanait une odeur boisée était en fait une sorte de savon. Elle y plongea la main et la ramena dans l'eau. De fines bulles perlaient à la surface alors qu'elle commençait à se laver. Une fois propre, l'eau maintenant brouillée, elle resta allongée, profitant du moment présent, savourant l'apaisement profond conféré par le sentiment de propreté. Clarke referma les yeux et soupira de bonheur. Si elle avait d'abord douté de se rendre à Polis, maintenant toutes ses appréhensions l'avaient abandonnée, lavées par cette eau fumante, ne laissant plus que cette joie profonde de se trouver en ces lieux.
