Chapitre 15

Noyée de rêve, échouée de réalité


Safety net don't hold me now

In this hole I've fallen down

Secret home I made and found

A new way to breathe

Skin come off, skin come off

I've had enough

And in the sickness, you have faith

And in the thickness, you find me

Finally

Skin come off, skin come off

I've had enough

Skin come off

"Skin"


Clarke sentait l'eau monter le long de ses jambes. Les pieds nus dans la mer, elle se tenait là, immobile. Elle sentait l'air glacé s'infiltrer dans ses cheveux, les faisant danser dans les airs. Dos à l'immensité bleutée s'étendant derrière elle, Clarke regardait les vagues déferler autour d'elle, ressentait la morsure de la froideur de l'eau sur sa peau.

- J'aimerais parfois l'oublier…

Clarke reconnut la voix de Lexa. Ses mots lui parvenant sans qu'elle ne puisse l'apercevoir, comme s'ils avaient été portés par le vent salin.

- J'aimerais ne l'avoir jamais connu…

Elle tournait la tête dans tous les sens, cherchant Lexa sans jamais la voir. Il n'y avait que l'océan et le sable, que le froid et sa solitude. Elle alla pour sortir de l'eau, pour tenter de suivre cette voix qui lui parvenait en écho lointain, mais elle ne put faire un pas en avant. Clarke se débâtit de toutes ses forces, mais à chacune de ses tentatives, elle sentait la marée monter plus encore. Et plus elle montait et plus elle tentait de fuir, mais en vain, elle restait percluse de cette mer traitresse. Jadis admirée, maintenant crainte. L'eau l'enveloppait jusqu'au cou, engourdissant son corps, crispant ses mouvements. Alors qu'elle peinait à respirer, elle aperçut la silhouette d'un homme sur la plage.

- Aidez-moi! Cria-t-elle alors qu'elle tendait la main vers lui.

L'homme se retourna et Clarke sentit son cœur se resserrer dans sa poitrine, non pas sous l'effet de l'eau glacée, mais plutôt au visage de celui-ci.

- Papa… PAPA! AIDE-MOI! cria-t-elle de plus belle, nageant de ses bras alors que ses jambes étaient toujours cloisonnées dans le sable.

L'homme se tourna vers elle le regard absent, sans rien dire, sans rien faire. Mais très vite, ses traits devinrent flous et son visage s'effaça totalement, ne laissant plus qu'un homme immobile que Clarke savait être son père, même sans visage.

- Je voudrais ne jamais l'oublier...

Clarke reconnut sa propre voix dans les airs, glissant à la surface et lui parvenant faiblement. Puis l'océan la submergea complètement et s'éleva bien au-dessus d'elle. Elle sentait le poids des profondeurs se presser sur sa poitrine, la forçant à relâcher le peu d'air qu'elle avait conservé. De fines bulles l'abandonnaient alors qu'elle vit des ombres se dessiner dans l'eau, tournoyant et ondulant lentement.

- Merci princesse…

Clarke se retourna à ces mots, ne reconnaissant que trop bien cette voix qu'elle ne pouvait encore oublier, Finn. Les ombres ralentirent et se rapprochèrent davantage, sillonnant autour d'elle. Des voix émanaient d'elles sans que Clarke ne puisse distinguer le moindre mot. Mais malgré ce tumulte oppressant, il y avait cette impression de certitude, ce sentiment qu'elle se trouvait parmi une foule de gens dans une grande salle, une salle commune, sous terre. Elle referma les yeux et pressa ses mains sur ses oreilles, tentant de se dérober à ses fantômes qui l'avaient une fois de plus retrouvé.

Derrière ses paupières elle ne les vit plus, sous ses paumes elle ne les entendit plus. Tout était noir, tout était silencieux. Mais sans prévenir, apparaissant brusquement, elle revit les portes du sas se refermer sur un homme au visage flou. Elle entendit le mécanisme d'ouverture des portes métalliques être enclenché et une fois de plus, elle vit son père être éjecté dans l'espace. Clarke rouvrit les yeux, tendit le bras en avant et hurla de toute ses forces pour tenter de le retenir. Mais rien n'y fut. Elle ne put le sauver, elle ne put que retrouver les morts de Mont Weather qui flottaient tout autour, ayant attendu qu'elle ose les regarder à nouveau. Ils convergèrent vers elle en ondulant dans l'eau, criant et hurlant de douleur, appelant à l'aide, suppliant, implorant que leurs souffrances cessent. Clarke plaqua à nouveau ses mains sur ses oreilles et referma les yeux tout en se recroquevillant au fond de cet océan devenu noir. Mais elle entendait encore ces complaintes lancinantes, les voyait de ses yeux fermées. Elle cria à pleins poumons, cherchant désespérément à enterrer ces cris par les siens, à n'entendre plus qu'elle-même.

- CLARKE!

Clarke reconnut cette voix qu'elle ne pouvait confondre avec celles qui l'enlaçaient d'une étreinte captive, Lexa. Elle sentit le sol trembler sous elle et la mer se déchainer. Dans ces flots tumultueux, elle quitta enfin le fond de l'eau, emportée dans ce courant des plus incertain. Elle se sentit secouée, oppressée et retenue à la fois. Mais elle n'osait s'arrêter de crier, n'osait affronter encore tout ce qui la noyait dans cette mer de colère et de remords.

- CLARKE!

Elle se sentit heurter quelque chose alors qu'elle était emportée et secouée dans les vagues déferlantes. Elle avait baigné dans l'insaisissable, mais voilà qu'elle avait enfin trouvé quelque chose à quoi se raccrocher. Elle se risqua à tendre les bras, à agripper ce qui se présentait à elle, à ouvrir les yeux pour s'assurer de ne pas laisser passer cette chance de se défaire de cette cruelle et noire dérive.

La noirceur se dissipa peu à peu, faisant place à une pâle clarté rependue par les quelques bougies dissipant faiblement leur dernière lumière dans la nuit. Les voix se dispersèrent au son doux et apaisant qui emplissant la chambre. Clarke cligna des yeux à maintes reprises pour terminer de passer du monde des rêves à la réalité. Elle sentit de la chaleur dans les bras de Lexa l'enveloppant et la gardant au plus près d'elle. Clarke inspira profondément, comme si elle émergeait enfin de cet océan fictif. Elle desserra ses points, réalisant du fait même combien elle avait agrippé les vêtements de Lexa avec avidité. Elle n'osa bouger davantage, de peur de réaliser que tout ceci n'était pas plus réel que le cauchemar qu'elle quittait peu à peu. Clarke se contenta de respirer fortement, d'écouter Lexa fredonner la mélodie apaisante qu'elle lui avait entonnée la veille. Mais elle ne se risqua pas à refermer les yeux. Clarke se laissa bercer au son de la voix de Lexa, abandonnant toute la peur qui l'avait oppressé pendant ce qui lui avait semblé être une éternité.

Lorsque Clarke se mit enfin à respirer plus lentement, plus profondément, la voix de Lexa s'atténua doucement, pour finalement cesser cette mélodie qu'elle avait fredonnée encore et encore. Elle avait continué sans cesse, sans jamais relâcher la blonde qu'elle tenait toujours contre elle, terrifiée par ce cauchemar, perdue et paniquée. Mais maintenant qu'elle s'était calmée, le silence avait une fois de plus regagné la chambre de la commandante.

Lexa relâcha son étreinte, car elle n'avait plus besoin d'être retenue maintenant, elle ne se débattait plus, ne hurlait plus. Elle laissa ainsi le loisir à Clarke de s'éloigner, néanmoins, elle n'en fit rien. Elle resta blottie contre elle, les yeux grands ouverts dans la nuit faiblement éclairée par les quelques bougies au fond de la pièce. La blonde resserra à nouveau les points, tirant involontairement les vêtements de Lexa toujours prisonniers de ceux-ci. Elle appuya son front au bas du cou de la commandante puis, sans pouvoir lutter, elle se mit à pleurer.

Ce ne fut pas quelques larmes futiles, mais de profonds sanglots qui jaillirent, emportés par cette vague qui l'avait presque noyée dans son sommeil. Ils avaient remonté en surfaces et s'étaient violemment échoués sur celle qui la pressait contre elle, sur celle qui avait su la retrouver dans ces abimes sombres et tourmentés.

Lexa caressa les cheveux de Clarke et appuya sa joue contre sa tête.

- Shhhh, murmura-t-elle alors qu'elle ressentait les soubresauts provoqués par les pleurs accablés de la blonde.

Clarke pleura ce qu'elle avait à pleurer, laissa déferler ses larmes comme on laisse la marée monter, comme on attend qu'elle redescende. Bientôt, il ne resta plus que les mouvements de son corps s'arquant sous les sanglots taris, ses yeux n'ayant plus rien à laisser aller. Bientôt il ne resta plus que le silence à nouveau.

Clarke passa ses mains à ses joues puis se redressa, s'assoyant au milieu du lit. Lexa fit de même tout en replaçant son mince gilet de nuit étiré et froissé. Elle approcha sa main du visage de la blonde et dégagea son visage, passant derrière son oreille les mèches collées à ses joues humides. Clarke interrompit son mouvement et agrippa sa main dans la sienne. Elle se retourna et la toisa. Dans l'infime clarté, elle regarda ce visage si différent dans cette lumière, si beau sans ses peintures de guerres. En cet instant précis, Clarke remarqua réellement toute la beauté de Lexa et tout l'apaisement que sa simple présence lui apportait.

La blonde fit glisser ses doigts entre ceux de Lexa, les refermant au revers de sa main et caressant sa paume de son pouce. De son autre main, elle alla chercher le côté de son visage et appuya son front contre le sien. Le bout de leur nez se frôlèrent et leur souffle ne fit plus qu'un. Clarke caressa la joue de la brune avec son pouce, glissant son index derrière son oreille à la lisière de ses cheveux. Dans sa course, son pouce descendit lentement vers la commissure de sa bouche, puis caressa sa lèvre inférieure. À ce contact, Clarke sentit la respiration de Lexa s'arrêter un court moment. Un moment pendant lequel elle sentit ses doigts agripper le derrière de sa nuque, répondant avec ferveur à cette caresse si invitante. Clarke osa enfin fermer les yeux pour la première fois depuis la fin de ce rêve lugubre et terrifiant. L'espace d'une seconde, elle craignit les images qui auraient pu se cacher dans sa propre noirceur, mais il n'en fut rien. Car en refermant les paupières, en s'abandonnant enfin, elle avait réduit à néant la distance qui la séparait de Lexa, tant physique que morale.

Elle sentit les doigts de Lexa se resserrer derrière son cou lorsque ses lèvres allèrent toucher les siennes. Le baiser fut long et court à la fois, doux et accablé, perdu et apaisé. Clarke s'abandonna à ce moment où le temps resta suspendu autour d'elles. Elle le sentit l'emplir totalement, l'envelopper totalement, elle le ressentit sur son corps tout entier.

Clarke se recula tranquillement en frottant son nez sur celui de la brune, inspirant avec difficulté l'air qui semblait s'être volatilisé. La main de Lexa glissa vers le visage de Clarke, le ramenant vers elle. Elle réunit à nouveau leurs lèvres avec envie, incapable de se résoudre de si peu, de ce trop court baiser tant espéré, enfin exaucé. Lexa essayait de se retenir de presser trop fortement ses doigts à l'arrière de son cou, mais elle y arrivait avec peine. Elle avait attendu ce baiser depuis si longtemps, avait rêvé de renouveler ce trop court moment d'où s'était dérobée Clarke avant l'assaut de Mont Weather. Mais maintenant c'était elle qui l'avait initié, et Lexa ne se ferait pas prier de la suivre dans cette danse à laquelle elle ne voudrait jamais mettre fin.

Clarke entrouvrit légèrement la bouche, juste assez pour agripper la lèvre inférieure de Lexa. Elle pressa le bout de sa langue dans l'ouverture que permettait la brune, lui arrachant du fait même un gémissent étouffé. Clarke sentit ce son de plaisir la parcourir en onde déferlante, partant du bout de ses lèvres jusqu'entre ses jambes. La commandante répondit en la pressant encore davantage vers elle, la voulant encore plus près, la voulant sur elle, sur elle tout entière. Clarke agrippa le vêtement de nuit léger auquel elle s'était cramponnée plutôt. Mais elle ne luttait plus contre un cauchemar désormais, elle s'accrochait à la vive réalité. Ce moment ne pouvait être plus vrai, plus senti, plus ressenti.

Elle froissa le gilet entre ses doigts, s'y retenant fermement. Un frisson lui parcouru la colonne lorsqu'elle sentit la main de Lexa monter de sa nuque à ses cheveux, les empoignant un bref moment tout en relâchant une longue expiration. Clarke échappa un gémissement à cette poigne empreinte de désir contenu. À cette complainte assoiffée, le corps de Lexa s'arqua plus près encore. Puis son autre main vint se poser au bas de son dos, caressant à la limite de son court chandail. Lexa s'en lassa rapidement et osa se risquer en dessous. Au contact de sa peau, un frisson la submergea. Elle le sentit la parcourir comme une vague déferlante. Totalement vaincue par cette sensation qui l'emplissait complètement, Clarke ne se fit pas prier de passer à son tour sous le gilet de Lexa. Du bout des doigts elle remonta le long de celui-ci, ne désirant que retirer ce vêtement qui gênait de plus en plus.

Relâchant ses cheveux, Lexa fit glisser sa poigne éprise au-devant du cou de la blonde. Elle se recula et appuya à nouveau son front contre le sien, inspirant avec difficulté, cherchant l'air qui semblait lui manquer. Clarke se recula également, juste assez pour pouvoir la regarder. Lexa leva les yeux vers elle. Dans ce regard elle y vit le reflet de son propre désir contenu depuis si longtemps, trop longtemps. Elle y vit la vulnérabilité par-delà l'envie dévoilée, la peur par-delà la beauté d'oser, enfin. Clarke fit glisser ses mains, passant de son dos et caressant la pointe de ses hanches avant de sortir à l'avant de son vêtement de nuit. Elle lova sa main sur la joue de Lexa, caressant à nouveau ses lèvres du bout de son pouce. Clarke alla s'approcher à nouveau, mais elle s'arrêta dans son élan.

Toutes deux s'étaient brusquement retournées au bruit ayant martelé la porte donnant au balcon. Le cœur de Clarke s'accéléra. Lexa se retourna vers elle. Refermant les yeux, elle soupira lourdement en passant sa main dans ses cheveux, visiblement énervée.

- Cette fois, je vais le tuer…

Elle se releva brusquement et s'approcha de la porte d'où émanait encore une sorte de grincement strident. Un son persistant ressemblant à des griffes s'abattant avec avidité sur la vitre. Lexa écarta les rideaux d'un mouvement brusque et regarda vers le bas. Elle laissa sa main dans le vide un court moment, puis elle tourna rapidement la poigné et entrebâilla la porte.

Tout se passa à une vitesse folle. Une ombre entra en trombe par l'embrasure de la porte, rampant au sol. Lexa la pourchassa jusqu'au fond de la pièce où elle la coinça derrière la haute commode en bois. Clarke entendit des cris perçants alors que Lexa revenait vers elle, tenant d'une main ce qui avait interrompu ce moment que toutes deux n'auraient jamais voulu voir se terminer. Dans la lueur des bougies, la blonde remarqua l'animal qui se débattait violemment. S'agitant dans tous les sens, grondant vers la commandante, il tentait tant bien que mal de se défaire de son emprise. Mais elle le tenait en l'air par la peau du cou, et n'était pas prête de le lâcher si aisément.

- Mais qu'est-ce que c'est que ça? demanda Clarke.

Lexa releva sa prise encore plus haut, lui extirpant un nouveau grognement alors qu'il tentait de la griffer au visage.

- Ça, c'est Trikova

- Trikova?

Lexa soupira avant de fixer avec dédain la proie qu'elle serrait dans sa poigne de fer.

- C'est ainsi que Dria l'a appelé. Ombre, c'est ce que ça signifie.

- Tu connais cet animal?

Lexa secoua la bête qui hurla à nouveau.

- Dria l'a trouvé blessé dans un piège il y a quelques années. Elle l'a ramené ici, soigné, nourri et bien évidemment apprivoisé. Maintenant il revient sans cesse.

- Mais qu'est-ce que c'est exactement?

- Tu ne connais pas ce voleur des bois? Elle relâcha un rire fatigué. C'est un raton laveur, Clarke. Un énorme rat, mais en plus sournois et en plus habile. Je ne sais pas combien de vois il est venu saccager cette chambre, et étrangement jamais celle de Dria.

Lexa approcha son visage de l'animal qui semblait la détester autant qu'elle-même.

- Mais Dria n'est pas là aujourd'hui Trikova.

- Allez Lexa, dit Clarke en s'approchant.

Elle tendit les bras et contre toute attente, la bête imita son geste, comme s'il désirait qu'elle le prenne contre elle, ou du moins qu'elle le libère de la commandante. Clarke prit l'animal qui se blottit sur elle. Il grimpa et alla se lover autour de son cou, ramenant sa tête sous son oreille pour ne pas laisser Lexa sans surveillance. Il grogna à nouveau dans sa direction, mais cessa lorsque la blonde se mit à le flatter.

- Mais il est doux ce Trikova, lança Clarke, un sourire moquer au coin des lèvres.

- Qu'avez-vous toutes les deux avec cette affreuse bête.

- Toi qu'est-ce que tu as contre lui, dit-elle en le prenant à nouveau dans ses bras.

Elle l'éloigna pour le regarder en entier. En observant bien son pelage, son attention se porta au visage de celui-ci, il y avait quelque chose dans les taches noires lui encerclant les yeux qui lui rappelaient quelque chose.

- C'est drôle, plus je le regarde et plus…

- Non, Clarke, ne dit pas ça.

Lexa s'était approché d'elle et semblait de plus en plus contrarié. Étrangement, plus celle-ci fulminait et plus Clarke avait de la difficulté à conserver son sérieux.

- Pas quoi, lança-t-elle, un large sourire lui fendant le visage.

- Ce que tu allais dire, la raison pourquoi Dria désirait tant garder ce voleur à quatre pattes.

- Et que t'as donc dit ta sœur?

Clarke la regarda, savourant ce moment avec amusement. Lexa ferma les yeux un bref instant tout en soupirant une fois de plus.

- Dria dit que les taches sur son visage sont pareilles à mes peintures de guerres… Elle dit qu'il me ressemble…

Clarke regarda à nouveau le petit animal dans les bras. Et si elle avait trouvé une légère ressemblance avant les mots de Lexa, maintenant il n'y avait plus de doute possible, Dria avait bien raison. Clarke laissa tomber Trikova au sol et se mit à rire. Il alla se cacher derrière ses jambes, ne faisant pas confiance à Lexa qui était encore trop près de lui.

Clarke dut prendre appui sur le pilier du baldaquin, emplissant la chambre sombre de son rire soutenu. Elle regardait tour à tout Lexa, Trikova et revoyait les peintures de guerre de la commandante. Elle porta sa main à ses yeux pour essuyer les larmes de joie qui y perlaient. Elle porta son autre main à son ventre qui commençait à la faire souffrir, secoué par l'amusement.

Lexa ne riait pas, mais ne put se retenir de sourire, non pas qu'elle trouvait la situation drôle, mais plutôt de voir Clarke ainsi. Elle n'avait pas souvenir de n'avoir jamais contemplé la blonde affichant pareil bonheur, simple et contagieux. Mais même si c'était à ses dépens, Lexa se laissa emplir par cette joie inespérée.

Après que le fou rire ait enfin abandonné la blonde, l'animal fut remis dehors, et elles se retrouvèrent à nouveau seules.

- Pauvre bête il va geler à l'extérieur.

- Quel dommage…

Clarke sourit à Lexa qui venait de refermer la porte donnant sur le balcon.

- Lexa… Clarke hésita un moment.

- Tu ne veux plus dormir…

Clarke hocha la tête pour confirmer sa supposition. Le cauchemar, ce baiser et la rencontre de Trikova lui avaient enlevé toute envie de fermer l'œil.

Lexa alla à la penderie et revint avec des vêtements chauds. Elles les enfilèrent et sans un bruit, traversèrent la maison et sortirent par les jardins à l'arrière de la maison. C'était une nuit sans nuages, un spectacle où la lune scintillait haut dans le ciel, auréolée par une infinité d'étoiles. Clarke resserra son foulard et remonta le col de son gilet lainé. Lexa s'approcha et lui sourit, lui prenant la main dans la sienne, la guidant hors de la cour du manoir. La ville était sombre, complètement endormie à cette heure. Elles semblaient seules au monde. Tout était calme et silencieux. Il n'y avait que le son de leurs pas sur l'allée pavée pour agrémenter les bruits de la nuit. Lexa la guida non loin de là, à peine une rue plus loin.

Elles entrèrent dans une petite maison entièrement couverte de lierres. Hormis les fenêtres et la porte peinte en rouge, il n'y avait que du branchage et des feuilles tournant à la rouille, s'apprêtant bientôt à abdiquer et à céder au vent qui les emporterait au loin. Les pièces qu'elles traversèrent étaient presque vides, et les quelques meubles étaient recouverts de longs draps. Il était difficile de bien s'y repérer dans la noirceur, mais Lexa la guidait avec assurance. Même sans voir où elle allait, elle connaissait le chemin par cœur. Très vite, le décor changea complètement, passant des murs et des plafonds bas à une pièce immense. À aire ouverte sur deux étages de haut, d'immenses fenêtres sur trois côtés et surtout des plantes, des plantes à perte de vue.

Ici, la lumière de la lune fusait aisément à l'intérieur, de sorte que Clarke put observer les alentours. Il y avait des tables, des échelles, des tabourets, tout servait à supporter pots de fleurs de toutes sortes. Tout comme à l'extérieur, de la vigne grimpait le long des murs et surtout autour d'un escalier en colimaçon menant à une passerelle. Celle-ci longeait les murs au niveau du second étage, mais servait surtout à suspendre davantage de végétation.

Lexa lâcha sa main et se mit à marcher entre les tables. Clarke la suivit, tournant sur elle-même pour observer tout ce qu'il lui était donné de voir.

- J'ai toujours trouvé cet endroit apaisant, dit Lexa en prenant une profonde inspiration.

L'air était relativement chaud et humide ici, un étonnant contraste avec ce qui les attendait au-dehors.

- C'est à toi cette serre?

- Non, à Dria. Tu te souviens quand je t'ai dit qu'elle n'aimait pas cette ville?

Clarke hocha la tête.

- Durant les années où nous avons été séparées, elle aura vécu dans les terres des Grands Lacs, constamment dans la nature. Les guérisseurs du Nord vert sont des maîtres dans leur art, mais sont aussi profondément attachés à la vie dans les bois. Ma sœur aura vécu parmi eux durant bien longtemps…

Lexa fit une pause se rapprochant d'une plante dont elle caressa les feuilles.

- Mais quand je suis devenu Heda, ma place n'était plus auprès d'Anya et de ses guerriers, elle était ici à Polis. Dria est la seule famille qu'il me reste et donc elle est devenue une des membres du conseil et mon intendante, comme le veut la coutume.

- C'est ici qu'elle vient alors? demanda Clarke.

- Oui. Si elle n'est pas à soigner les blessés ou les malades, elle est assurément ici. Mais quand je suis à la capitale, elle s'éclipse souvent, elle part dans les bois à nouveau, de village en village avoisinant. Alors je viens ici, seule, je viens dans ce petit sanctuaire que lui a fait Gustus.

- Lexa… dit seulement Clarke qui avait remarqué la manière dont le nom de l'homme avait été prononcé, la voix nouée sous l'émotion retenue.

- Nous étions encore très jeunes quand ces responsabilités nous ont été attribuées. Jamais Heda n'aura vu moins d'hivers. C'est une des premières choses que m'a dit le conseil.

- Ils ont l'air de beaucoup t'apprécier.

- Ils n'ont pas vraiment le choix… Heda est crainte et respectée.

- Je crois que c'est plus que ça Lexa, dit Clarke en s'approchant de l'autre côté de la table.

Lexa hocha la tête, sachant qu'elle avait raison. Mais depuis la mort de Gustus, elle s'était promis de mettre une distance entre eux et elle. Car même s'ils n'étaient pas aussi chers à son cœur que son ancien garde, ils y occupaient une place privilégiée, une place dangereuse à occuper. Car Lexa n'avait de réelle peur que pour ceux à qui elle tenait. Elle ne craignait ni la mort ni la douleur, mais redoutait par-dessus tout ce qui avait trop souvent échappé à son contrôle, le sort de ceux qu'elle aimait le plus. Elle avait donc fait le vide autour d'elle, ou presque. Jusqu'à tout récemment il n'y était plus resté que Dria et Gustus, sa faiblesse et sa force, sa sœur et une figure de père qu'elle n'avait jamais connues. Mais une fois de trop, elle s'était retrouvée orpheline.

- Ils ont été comme une famille à notre arrivée, celle que nous n'avions jamais eue. Mais Gustus il…

Lexa ferma les yeux et secoua la tête, luttant contre ce qui remontait en elle.

- … il aura été comme un père pour nous. Il aura construit cet endroit pour ma sœur, m'aura accompagné où que j'aille. Aura pris soin d'elle et m'aura protégé… jusqu'à la fin.

Lexa se retourna et regarda le plafond, cherchant à se soustraire des larmes qui ne demandaient qu'à être libérées. Clarke contourna la table et alla la rejoindre.

- Je sais ce que c'est, crois-moi. Je connais la douleur de ce deuil, et le mal qui persiste avec le vide laissé par son absence. Je ne sais que trop bien comment sa perte peut nous hanter…

Elle leva les yeux vers Lexa. Celle-ci baissa la tête et leurs regards se croisèrent.

- C'est de lui que tu rêvais cette nuit, Clarke, dit Lexa en allant prendre sa main.

- Pas seulement…

Lexa pressa ses doigts contre les siens, frottant de son pouce le revers de sa main, l'incitant à poursuivre à son rythme.

- J'ai l'impression d'attirer la mort autour de moi. Je suis hanté par mon père, Finn et tous ces pauvres gens du Mont Weather.

Elle dit ces mots en fixant Lexa, mais réellement elle regardait bien au-delà. Les yeux perdus dans le vide, elle laissa les larmes couler le long de ses joues. Elle venait de dire tout haut pour la première fois tout ce qu'elle portait en elle-même. Tout ce qu'elle traînait sans jamais le confier à personne, souffrant seule en silence, du moins jusqu'à ce que ce cauchemar ne la trahisse.

Lexa la regardait et souffrait de se reconnaitre en elle. Car elle ne lui aurait jamais souhaité cela, jamais elle n'aurait voulu que Clarke se perde autant en chemin, seule et inlassablement suivie par ces fantômes des âmes sacrifiées. Néanmoins, cette souffrance commune leur conférait une rare compréhension de ce que l'autre pouvait réellement éprouver. Une faculté, qui bien qu'elle soit douloureuse à porter, les liait comme seuls deux êtres brisés peuvent se comprendre.

Lexa s'approcha et la prit dans ses bras. Clarke passa ses bras derrière son dos et la serra contre elle à son tour, plus fort encore. Debout parmi les plantes, sous la lumière vaporeuse de la lune, elles restèrent enlacées, à simplement apprécier le réconfort de la présence de l'autre, à laisser aller un autre voile qui les séparait.

Alors qu'elles retournaient à la maison de la commandante, Lexa avait dû avouer à Clarke qu'elle ne pourrait plus passer autant de temps avec elle, du moins pour les quelques jours à venir. Elle se devait de rencontrer le conseil pour être mise au fait de ce qui s'était déroulé à la capitale en son absence. Mais aussi, il y avait la cérémonie de victoire à préparer. Tant de chose qui requérait son attention et qui malheureusement, devrait la priver de passer du temps avec elle.

Clarke comprit, mais lorsque Lexa l'invita à se joindre à eux pour ces réunions, elle préféra s'abstenir. Elle avait envie de connaitre davantage ce conseil, de comprendre comment ils dirigeaient cette cité, mais pour l'instant, elle recherchait la paix et la solitude. Le devoir de Lexa lui permettrait cette quiétude avec elle-même, lui permettrait de faire le point sur tout ce qui s'était passé, tout ce qu'elle se devait de mettre en ordre maintenant. Car si elle avait fui jusqu'alors, désormais elle ne voulait plus. Et loin de tout, dans cette ville étrangère, elle pourrait enfin trouver cette paix à laquelle elle ne croyait plus.

Le lendemain matin, lorsque Clarke se réveilla, on lui apprit que Lexa avait quitté le manoir pour se rendre au temple du conseil. Prévenue la veille, elle ne s'en préoccupa pas le moins du monde. Elle s'habilla chaudement et sortit dehors. Clarke se rendit à cette petite plage où Lexa l'avait conduit le jour avant. Elle s'assied dans le sable et ramena ses jambes contre elle. Le temps était couvert et le ciel totalement gris. Le vent régnait en maître et tourmentait la mer. Les vagues étaient hautes et venaient se briser violemment sur les rives. La brise saline fit pleurer Clarke, la froideur de ses caresses lui mordant le peu de peau exposée à l'air. Néanmoins, elle resta là, à admirer seule cette immensité dénuée de mémoire.

Clarke avait beaucoup à laisser aller, à tenter d'oublier. Mais ici, c'était comme si le temps s'arrêtait. Car face à pareille étendue d'eau, elle se sentait minuscule, et ses soucis tout autant. Ici il perdait de leur sens. Et sous les vents marins, au son de la marée, il abdiquait leur hantise constante sur la blonde. Clarke respirait profondément et lentement, se laissant emplir par le calme apaisant que procurait la vue de l'océan. Étonnement, se retrouver ici lui procurait presque autant de paix intérieure que lorsque qu'elle peignait. À cette pensée, la nostalgie de ses carnets offerts au Mont Weather lui revint. Même si elle se trouvait bien ici, ce n'était pas aussi libérateur que lorsqu'elle créait, malheureusement.

Néanmoins, elle passa plusieurs heures à cette plage abandonnée, ne regrettant pas cette solitude privilégiée. L'avant midi touchait à sa fin lorsqu'elle se décida enfin à partir. Elle remonta vers le centre de la ville, ne manquant pas d'admirer une fois de plus le temple dominant le carrefour de la ville. Elle vit au loin la maison de la commandante, mais elle ne désirait pas y retourner, du moins pas pour l'instant. Clarke continua simplement à marcher au hasard dans la capitale, sillonnant dans les allées sans trop savoir où elle allait. Elle arriva dans un grand parc où plusieurs habitants étaient rassemblés en son centre, tout près de ce qui semblait être de hauts murs. Intriguée, elle se risqua à s'approcher. La majorité des gens se tenait en retrait, observant ceux qui œuvraient au bas des cloisons de pierre de quelques mètres de haut. Une fois assez près, elle remarqua qu'on était à peindre ces murs. Alors qu'elle observait, elle remarqua que les gens la regardaient de plus en plus, murmurant et pointant même dans sa direction. Elle jeta un coup d'œil à l'attroupement de natifs et se résigna à tourner les talons, ne désirant surtout pas attirer l'attention. Elle n'avait pas fait plus de quelques pas lorsqu'elle entendit son nom au loin.

- Clarke!

Elle se retourna pour voir Ryder qui la rejoignait à la hâte.

- Ryder, dit-elle simplement, légèrement surprise de le trouver ici.

- Ne part pas Clarke, viens, viens voir de plus près.

Il la prit par le bras et l'invita à le suivre, non sans réelle possibilité pour elle de refuser. Les gens s'écartèrent à leur passage, continuant de murmurer entre eux. Ryder l'approcha de l'un des peintres qui s'affairaient avec concentration.

- Ils sont à représenter la chute de la montagne, la fin de notre plus grand ennemi…

Il se tourna vers elle et plongea son regard dans le sien.

- Ils illustrent votre triomphe, Clarke, ils immortalisent se tournant de notre histoire. Car la montagne ne projette plus son ombre sur nous désormais, ne hante plus sous une menace constante.

Clarke se contenta de hocher la tête tout en ravalant difficilement. Elle observa avec attention, remarquant tous les détails démontrés par le talent de l'homme œuvrant à coup de couleur sombre. Elle baissa les yeux vers les pots de peinture et les pinceaux qui jonchaient le sol tout près des quelques artistes. Ryder la regarda, constatant son évident intérêt.

- Tu aimes la peinture, Clarke? demanda-t-il.

- Oui…

Elle avait laissé aller ce simple mot dans un soupir relâché, comme un poids qu'on libère, une envie enfin avouée. Le garde de la commandante s'approcha du peintre elle s'adressa à lui en trigedasleng. Ils échangèrent un court moment puis, contre toute attente, Ryder se pencha et ramassa l'attirail de peinture.

- Prends autant que tu peux porter Clarke et suis-moi.

Elle haussa les sourcils, surprise et émerveillée par ce geste inespéré. Elle resta figée sur place quelques secondes avant de finalement aller l'aider. Clarke ramassa ce qu'il n'avait pu prendre seul et elle lui emboita le pas. Ils sortir du parc et se retrouvèrent vite seul à marcher dans les rues de Polis.

- Nous allons ramener cela à la maison de la commandante, tu y trouveras surement un endroit calme pour…

- Non, l'interrompit Clarke.

Il cessa d'avancer et se tourna vers elle.

- Je veux dire, je crois que j'ai une meilleure idée.

- Je te suis, Clarke, dit-il en hochant la tête et en l'invitant à le conduire là où elle le désirait réellement.

Elle le guida jusqu'à une petite maison couverte de lierre. Clarke ouvrit la porte rouge et ils traversèrent les pièces inoccupées jusqu'à la serre tout au fond de la demeure.

- Le jardin de Dria, soupira-t-il en déposant enfin son lourd changement.

Clarke se contenta de secouer la tête, essuyant son front d'où la sueur commençait à perler.

- Je te laisse ici.

Il s'inclina légèrement vers elle et prit congé, la laissant seule avec toute cette flore foisonnante. Clarke tourna sur elle-même, toisant les lieux. Son regard s'arrêta sur le seul mur dénué de fenêtre. Montant sur deux étages, fait entièrement de brique, il s'élevait jusqu'au plafond. À sa droite, l'escalier en colimaçon serpentait vers la passerelle en fer au niveau supérieur. Clarke appuya ses poings sur ses hanches et regarda la plus grande toile qui lui avait été donnée de voir, la plus grande surface potentielle qu'elle aurait la chance de peindre.


Durant la première moitié de la journée, la commandante avait écouté ses conseillers lui résumer ce qui s'était passé à la capitale durant les mois où elle s'était absentée, depuis l'arrivée des cent sur leurs terres. Aucun événement majeur n'était survenu et tous les problèmes habituels avaient été résolus par cet assemblé rodé depuis fort longtemps. Néanmoins ils avaient revu avec elle chaque point, chaque détail, car Lexa ne désirait être tenue dans l'ignorance sur quoi que ce soit.

Puis dans l'après-midi, ils avaient discuté de ce nouvel échange, de l'absence d'un autre membre de leur conseil qui ne cessait de décroître. Mais aucun d'entre eux n'avait évoqué le nom de Gustus, personne ne s'était risqué à aborder le sujet. Ce sujet était tabou entre eux, car pour la première fois depuis l'instauration de leur assemblée, la commandante avait mis à mort l'un d'entre eux. Et tous connaissaient l'attachement particulier que Lexa vouait à cet homme, ce qui rendait ce châtiment encore plus inquiétant.

Lorsque la nouvelle leur était parvenue, ils ne l'avaient pas cru. Les réactions avaient été mitigées. Alors que Nama et Irsil, les plus âgés et les plus sages, avaient tenté d'appeler au calme et à la raison, Bolfir et Wost n'avaient pu contenir leur colère et leurs craintes. Dria, quant à elle, s'était éclipsé dans ses jardins durant plusieurs jours, refusant de voir quiconque. En tant qu'intendante elle ne pouvait s'enfuir dans les forêts environnantes, ne pouvait aller y chercher cet apaisement qu'elles lui procuraient. Elle n'avait pu que se cloîtrer dans cette serre que lui avait faite ce père qui n'était plus. Quand enfin elle avait fini par retourner au temple, une décision fut prise. Sans possibilité pour eu de la contredire, elle décida d'aller rejoindre Lexa au camp de guerre, un membre du conseil se devant toujours de l'accompagner lorsqu'elle quittait la capitale. Ils s'étaient opposés, mais en vain, ils avaient consenti à obéir à cette chef intérimaire, à leur intendante.

Quand Lexa eut repassé avec eux toutes leurs appréhensions, doutes et craintes au sujet de cet échange et de cette alliance, ils passèrent au dernier point important à revoir pour l'heure, la cérémonie des vaincus. Comme chaque victoire implique également des morts victorieux, ils organisaient cette cérémonie pour leur rendre un dernier hommage. Pour célébrer ce départ dans l'honneur et le devoir. Ensemble ils exposèrent le nécessaire des préparatifs, ce qui devrait être vu et fait dans les jours précédents cet événement.

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà lorsque Lexa décida de mettre fin à cette longue séance. Ils allaient quitter la table des discussions lorsque Bolfir prit la parole.

- Heda…

Tous s'immobilières et portèrent leur attention vers lui.

- Oui.

- Il y a un dernier point que nous devrions revoir.

Tous revinrent se placer et écoutèrent ce qui visiblement allait encore rallonger cette journée qui n'en finissait plus.

- Ryder nous a fait part de l'incident à Andrews…

Lexa soupira en fermant les yeux.

- Ce n'est rien que je n'ai pu régler sur le moment, Bolfir.

- Je n'en doute pas Heda, mais cela indique que même dans notre propre clan, cette alliance dérange…

Il marqua une pause, attendant que Lexa ouvre les yeux à nouveau pour jauger sa réaction.

- Il nous faut raviver ces unifications qui lient nos peuples entre eux. Il nous faut non seulement commémorer les morts, mais aussi célébrer ce tournant de notre histoire, notre ennemi de toujours est tombé, et ce, grâce à ces nouveaux alliés. Il nous faut honorer cet exploit à sa juste valeur.

- Bien, répondit simplement Lexa, hochant la tête.

Un long silence s'en suivit. Un moment durant lequel tous semblaient chercher le moyen de bien de rendre cette victoire contre ceux qui les avaient défiés pendant près d'un siècle.

- Les jeux… murmura Wost.

Tous se retournèrent vers lui, n'ayant pas entendu ce qu'il venait de dire.

- Les jeux, répéta-t-il. Les jeux, ceux qui auront clos la coalition.

- Que tous les chefs et leur délégation viennent présenter leurs participants, leurs champions, ajouta Irsil.

- Le sang et la violence, dit Nama au bout de la table.

Lexa leva les yeux vers elle et elles échangèrent un regard complice, sachant toutes deux que cette combinaison n'avait malheureusement pas son égale pour rassembler les foules.

- Des combats et la gloire, Nama, le peuple captivé et uni, lui répondit Bolfir dont la vie entière avait été vouée à la guerre et à la garde.

- Heda, le retour des jeux est le moyen de combler nos peuples. Nous ne pouvons offrir meilleur divertissement que celui-ci. Nous ne pouvons attendre plus longtemps que l'hiver rende les chemins impraticables, nous ne pouvons attendre que les choses s'enveniment, reprit Wost, toujours accroché à sa proposition.

- Wost a raison, Heda. Ce qui s'est passé à Andrews n'est qu'un bref aperçu de ce qui doit se tramer un peu partout. Mettons fin à tout cela, conclus Irsil, la voix emplie de sagesse contrastant avec la ferveur de Bolfir et Wost.

Lexa appuya ses paumes sur l'imposante table de marbre de la chambre de conseil. Elle prit une profonde inspiration, mesurant tout l'impact que cela représentait. Elle ferma les yeux et expira fortement.

- Qu'il en soit ainsi.

Elle se recula et quitta les lieux, les autres membres du conseil imitant son départ. Cette décision impliquerait bien d'autres préparatifs et encore bien d'autres heures d'assemblée. En temps normal Lexa n'aurait pas hésité à poursuivre leur rencontre jusqu'à l'aube. Mais pour le moment, et cela durant un trop court mois, il y avait quelqu'un qui l'attendait à la maison de la commandante. Quelqu'un qui lui donnait enfin envie de revenir à la maison, qui lui faisait enfin ressentir ce qu'était ce sentiment d'être chez soi.