Scène 14 : Deux Sœurs
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Caelia hésitait. Devait-elle faire appeler Olaf ? Devait-elle attendre l'arrivée de sa sœur ? La servante avait dit qu'elle serait bientôt de retour dans sa chambre après tout. Elle ne pouvait donc pas quitter la pièce au cas où les deux autres femmes arriveraient. Mais Olaf…
« Puis-je sortir tante Lia ? » demanda Viviane en entrant dans le salon.
Sa nièce avait fini de se changer apparemment.
Caelia ne répondit pas tout de suite à sa question. Elle pesait le pour et le contre. Mieux valait que Viviane s'en aille mais… La tante de la jeune femme regarda la servante qu'on leur avait assignée.
« Brune, ne quitte pas ma nièce d'une semelle. »
La jeune servante s'inclina. Viviane n'apprécia pas.
« Tante Lia…
-Tu sors avec elle ou tu ne sors pas du tout. Ton choix Viviane. »
La jeune femme était furieuse mais elle connaissait sa tante.
« Très bien tante Lia. »
Elle regarda Brune.
« Toi, suis-moi. »
Les deux jeunes femmes quittèrent la pièce mais pour montrer son déplaisir, Viviane crut bon de faire claquer la porte avec fracas en la refermant. Caelia leva les yeux au ciel en la voyant faire ça.
L'attente reprit mais ne dura guère.
« Entrez. » ordonna Caelia en entendant frapper.
La servante, Guenièvre, entra. Eolhsand la suivait. Celia se leva pour les accueillir.
« Dame Caelia, voici Dame Eolhsand. » dit la servante.
Le regard des deux femmes plus âgées se croisa. Aucun mot ne fut prononcé.
Le temps avait été plus clément pour elle, jugea Caelia. La magie certainement. Déjà, vingt ans plus tôt, elle n'avait pas l'apparence de son âge. Elle détourna ensuite les yeux pour observer plus attentivement sa sœur disparue qui subit cet examen en silence. La robe, noire, qu'elle portait était de bonne qualité. Meilleure que celle que l'on s'attendait à voir sur une barde mais moins bonne que celle qu'elle aurait porté si elle était restée ce qu'elle était. Aucun bijou. Non. Sous l'écharpe qui dissimulait son cou, Caelia apercevait une chaîne d'or. Il s'agissait certainement du même collier qu'elle avait vu à son cou il y avait de cela vingt ans. Le Dragonnier portait le même. Un signe de ce qu'ils étaient certainement. Caelia n'arrivait pas à croire qu'elle ose le porter à Camelot.
Leurs regards se croisèrent de nouveau. Seuls ses yeux trahissaient vraiment ce qu'elle était, se dit Caelia. Ce n'était pas seulement leur couleur. C'était aussi la manière dont elle regardait ce qui se passait autour d'elle. Sans trahir la moindre émotion. Elle avait l'air de noter tout ce qui se passait mais son regard restait toujours neutre.
Ce fut alors au tour de sa sœur de détourner les yeux pour se tourner vers sa servante.
« Laisse-nous Guenièvre. »
La servante s'inclina.
« Avez-vous des tâches à me confier ma Dame ? demanda-t-elle tout de même.
-J'en ai quelques-unes en effet. »
Un bref coup d'œil à Caelia.
« Quand tu seras dans ma chambre, occupe-toi des vêtements que je compte mettre ce soir.
-Quelle robe dois-je sortir ?
-Celle que j'ai fait faire quand Uther m'a nommée Barde de sa cour s'il te plait. »
Guenièvre sourit.
« Ce sera la première fois que je vous verrais porter autre chose que du noir ou du blanc ma Dame. »
Pour la première fois depuis son arrivée, la sœur de Caelia cessa d'être impassible. Elle souriait à sa jeune servante. Elle avait de l'affection pour elle, comprit Caelia. Ce n'était pourtant qu'une servante, un outil. On devait se montrer aimable avec eux, bien sûr, mais il ne fallait pas s'attacher à eux. C'était le contraire qui devait se produire. Un serviteur se montrerait toujours loyal s'il était attaché à son maître…
« J'ai eu l'impression que les dragons que j'ai fait broder sur la manche étaient endommagés, ajouta Eolhsand en regardant sa sœur dans les yeux. Pourrais-tu y jeter un coup d'œil ? »
Les lèvres de Caelia se serrèrent. Dragons. Elle l'avait sûrement fait exprès.
Sa sœur sourit en la regardant.
Elle avait sûrement lu ses pensées. Les lèvres de Caelia se serrèrent un peu plus.
« Et sors les perles d'ambres. Je les mettrais ce soir.
-Bien ma Dame.
-Merci beaucoup Guenièvre. Tu peux te retirer maintenant. »
La servante s'en alla après une dernière révérence, laissant enfin seules les deux sœurs.
« Lia. »
Il n'y avait, à ce moment-là, aucune trace d'affection dans ce surnom.
« Ma sœur. » répondit Caelia.
Il n'était pas question de l'appeler par le nom qu'ils lui avaient donné là-bas.
« C'est moi qui ait choisi ce nom, Lia.
-Arrête de faire ça, s'il te plait. »
Mais Eolhsand ignora la remarque pour lui demander :
« Pourquoi voulais-tu me voir, Lia ?
-Tes pouvoirs ne sont pas donc assez puissants pour que tu le saches ? répondit-elle d'un ton ironique.
-Tu m'as dit de ne pas les utiliser Lia. Il faudrait savoir ce que tu veux. »
Elle avait réponse à tout évidemment. Vu la nature de ses pouvoirs, cela n'avait rien d'étonnant en même temps.
Caelia ferma les yeux. Inspira et expira profondément. Elle ne voulait pas répéter l'erreur qu'elle avait faite vingt ans plus tôt. Elle voulait retrouver sa sœur et si elle voulait retrouver sa sœur, elle devait se calmer. Cette conversation devait juste repartir du bon pied. Ça n'avait rien de compliqué.
« Comment vas-tu ? » finit-elle par demander.
Elle voulait vraiment que cette conversation reparte du bon pied mais il n'était tout de même pas question de l'appeler par ce nom.
« Je vais bien. » répondit Eolhsand d'un ton neutre.
Caelia retourna s'asseoir. Il invita sa sœur à faire de même mais elle ignora son invitation.
Le silence s'installa. Dura…
« J'ai… J'ai été désolée d'apprendre la… »
Elle ne pouvait pas prononcer ces noms-là ici. Elle devait trouver un autre moyen de dire ce qu'elle voulait lui dire.
« J'ai été désolée d'apprendre leur mort. Je sais, à quel point, tu tenais à eux. »
Eolhsand ricana.
« Tu te souviens que je sais quand on me ment n'est-ce pas ? »
Si elle n'y mettait pas du sien aussi, elles n'arriveraient à rien.
« Je veux juste te parler.
-Et moi, je n'ai pas envie de le faire. Il ne me reste donc plus qu'à m'en aller Lia. »
Eolhsand tourna les talons. Caelia se leva.
« Je t'interdis de quitter cette pièce. »
Sa sœur se retourna.
« Tu m'interdis ?
-Oui. Après tout, ici, tu n'es qu'une barde et je suis de noble naissance. Je suis même la sœur d'un Roi, l'invitée de ton maître. »
Eolhsand s'approcha d'elle.
« Je me moque de tes ordres, Lia.
-Pas seulement des miens…
-Pardon ?
-Tu as toujours fait ce que tu voulais non ? Et Olaf et père ont toujours obéi aux moindres de tes caprices...
-Tu m'as fait venir ici pour me dire ça ?
-Je t'ai fait venir, ici, pour te parler. Pour que nous parlions. Je t'ai même demandé comment tu allais. Je t'ai dit que j'étais désolée pour leur mort.
-Ce qui est un mensonge…
-Peu importe. »
Elle reprit son souffle.
« Je veux juste discuter avec toi, dit Caelia. Ça fait vingt ans que nous ne nous sommes pas vues. Je voulais que tu me dises ce qui s'était passé pendant tout ce temps puis je t'aurais parlé de ma vie. »
Elle regarda sa sœur dans les yeux.
« Quand j'ai demandé comment tu allais, tu aurais dû faire de même à mon encontre. Mais non, tu t'en moques. Après tout, nous ne sommes qu'une bande d'étrangers pour…
-Olaf s'est marié à Béfinn, l'interrompit soudain Eolhsand. J'aurais aimé être présente à leur mariage, crois-moi, mais je ne pouvais quitter la Vallée. Béfinn est morte peu après la naissance de Viviane. Olaf l'aimait tellement qu'il n'a jamais voulu se remarier par la suite et ce, malgré la pression de ses conseillers. Tu sais qu'il lui arrive encore de pleurer quand il se réveille. Parce qu'elle n'est pas à ses côtés. Parce qu'il a rêvé d'elle… Mais passons maintenant à Elaine. Elle a épousé Owain. Mariage de convenance. Père en était très content d'ailleurs. Elaine a été très heureuse avec lui mais sa peine n'a été que modérée lorsqu'il est mort. Elle vit maintenant en paix au milieu de ses livres. Elle adore ses six enfants, et leurs enfants, mais elle aimerait tout de même qu'ils ne viennent pas la voir aussi souvent. Nul besoin de parler d'Edwin puisqu'il est mort quand j'avais trois ans. Première fois que j'ai senti un de mes liés par le sang mourir. C'est dire si cela m'a marquée…
-Qu'est-ce que…
-Laissez-moi terminer Lia. »
Une pause.
« Où en étais-je déjà ? »
Elle claqua des doigts.
« Ah oui. Niamh. Hélas, le mariage de Niamh n'a pas été aussi heureux que celui d'Elaine ou le tien. En fait, si, elle a été heureuse. Au début de son mariage. Jusqu'à cette nuit où il l'a battu parce qu'il l'avait vu parler à un palefrenier. Sur ses dix grossesses, elle a perdu quatre enfants. Avant la naissance évidemment. Sur les six autres enfants qu'elle a eus avec lui, deux sont morts sous les coups de leur père. Tu sais qu'au début, elle appelait père et Olaf au secours. Elle a fini par arrêter de le faire tout haut parce que ça l'énervait encore plus mais elle a continué de les appeler dans ses pensées. Et elle le fait encore aujourd'hui. »
Eolhsand leva ensuite le bras en direction de Caelia.
« Ton tour maintenant.
-Je t'interdis de…
-Tu es mariée à Thomas a'Lincoln. Mariage heureux et cela même s'il préfère les hommes. Enfin, il connait son devoir heureusement mais il n'aime pas trop l'exercer. Tu as deux fils qui ont huit années de différence. Le premier, c'est parce qu'il avait besoin d'un héritier. Le deuxième… Pour la même raison en fait. La conception de ton second fils a eu lieu quand l'ainé était malade. On craignait beaucoup pour sa vie…
-Arrête ça tout de suite ! » cria Lia.
Eolhsand la regarda d'un air innocent.
« Tu es sûre ma chère sœur ? J'étais sur le point de passer à mes neveux et nièces. Je peux déjà te dire qu'ils vont, tous, très bien mais je vais avoir besoin de me concentrer un peu avant de pouvoir t'en dire plus.
-Je t'interdis de lancer des sorts à mes enfants.
-Lancer des sorts ? Je ne lance pas… »
Avant qu'elle ne puisse finir sa phrase, quelqu'un entra, sans frapper, dans la pièce.
« J'ai cru t'entendre crier Lia. Est-ce que… »
Olaf se tut en voyant Eolhsand. Il ouvrit ensuite la bouche pour prononcer son nom, son vrai nom, mais…
« Je me nomme Eolhsand, Olaf. » lui rappela-t-elle sans lui adresser le moindre regard.
Ses yeux restaient fixés sur sa sœur.
« Combien de fois faudra-t-il te le dire Lia ? Je ne suis pas une Sorcière. Je suis une Hwïtãnhlyta. Et c'est parce que je suis ce que je suis que je n'ai pas besoin de te demander comment tu vas… Ou comment notre frère va. Je le sais. »
Eolhsand regarda Olaf.
« Et je sais aussi que vous voulez que je parte de Camelot parce que vous voulez me protéger. C'est une chose que je ne ferais pas. »
Elle regarda de nouveau Caelia.
« Et contrairement à ce que tu penses Lia, je sais parfaitement où est se trouve mon devoir. »
Une fois qu'elle eut terminée de prononcer ces mots, Eolhsand reprit un air impassible et plongea en une profonde révérence.
« Veuillez me pardonner votre Majesté mais la conversation que je viens d'avoir avec Dame Caelia m'a épuisée. Je souhaite donc me retirer. »
Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, elle ajouta :
« Je dois cependant dire que mon maître, son Altesse, Uther Pendragon avait raison. Dame Caelia est une fine mélomane. »
Elle aurait dû attendre l'accord d'Olaf avant de partir, normalement, mais elle quitta la pièce dès qu'elle eut fini de parler. Son frère pensa à la suivre pendant un instant mais il renonça à cette idée en voyant l'air défait de son autre sœur.
« Lia, lui dit-il en s'approchant d'elle.
-Je préfèrerais être seule pendant un instant, Olaf.
-Bien sûr Lia. Comme tu veux. »
Il quitta la pièce. L'idée de suivre Eolhsand lui revint à l'esprit. L'une de ses sœurs voulait être seule. Peut-être n'en était-il pas de même pour l'autre ?
…
PvC : Je ferais bien une réflexion sur tes délais de publication…
Ahélya ignore PvC.
A : Je dois dire que je suis assez curieuse sur un truc…
PvC : Ouh là, je sens qu'elle a une question à vous poser là.
A : En effet. En fait, je me demande, un peu, de qui vous allez prendre le parti dans cette scène. El ou Lia ?
PvC : Tu voulais pas aussi parler de la fratrie royale ?
A : Ah si. Donc, à propos de la fratrie d'Eolhsand. Au début de l'écriture de ces fics, il n'y avait bien sûr que le fait qu'El était, en fait, la sœur d'Olaf. Lui étant l'ainée et elle la benjamine. Il y avait bien sûr des frères et sœurs entre les deux mais leurs noms, nombre et différence d'âge n'a été décidée que lorsque j'ai commencé à écrire la présente fic.
PvC : Y'a pas à dire. T'es un putain de jardinier.
A : Je sais.
Scène 15 : L'Elève et le Maître
