Chapitre 19
Réception d'avant jeux
And I am feeling so small
It was over my head
I know nothing at all
And I will stumble and fall
I'm still learning to love
Just starting to crawl
Say something, I'm giving up on you
I'm sorry I couldn't get to you
Say something, I'm giving up on you
"Say something"
Clarke se tenait à la fenêtre de la chambre de Dria. Elle regardait dehors alors que Briseïs s'activait à changer les draps et à nettoyer la salle de bain. Le peu d'effets qu'avait Clarke avait été rassemblé et posé sur la commode pour qu'elle les sorte de la pièce. Jusqu'alors elle avait occupé cette chambre, mais aujourd'hui, elle devait la libérer, car aujourd'hui était le retour de l'intendante. Non pas que le mois d'échange fut terminé, non, mais pour une telle occasion, Dria revenait à la capitale. Car les jeux avaient été organisés pour promouvoir cette nouvelle alliance liant le peuple du ciel et les natifs. Ainsi, les deux représentantes de chaque clan se devaient d'être présentes.
- Sont-ils déjà tous arrivés? demanda la servante.
- Je ne sais pas.
Briseïs alla la rejoindre à la vitre et ensemble elles regardèrent les contingents des clans. Ils se pressaient dans l'allée principale menant au carrefour de la maison de la commandante et du temple du conseil. Lexa et ses conseillers accueillaient les chefs et leurs condisciples, les dirigeant vers les maisons qui leur étaient attribuées pour leur séjour. Il y en avait tellement, tant de natifs venus participer et représenter leur clan dans ces jeux sanglants.
- Ils y sont tous, dit la jeune femme alors qu'elle se penchait vers l'avant pour mieux voir.
Elle pointa du doigt alors qu'elle indiquait à la blonde quel clan était associé à quelle bannière.
- …et là il y a Luna et ses hommes des nomades des mers, je crois que je les ai tous… ah non… il y a aussi Azgeda…
- Azgeda? demanda Clarke intrigué par le changement de ton qu'avait pris Briseïs.
- La nation de glace et… leur reine Nia.
Clarke scruta la place, cherchant cette fameuse souveraine. Son regard se verrouilla sur une femme dans la fin trentaine, les cheveux noirs de jais, le visage peint de bleu, le regard froid, aussi froid que les contrées d'où elle venait.
- La voilà! s'exclama la servante, faisant sursauter la blonde à ce soudain éclat de joie.
- Qui ça, où ça?
- Là, regarde, dit-elle en pointant de l'index. Dria!
Clarke soupira en esquissant un sourire, s'avoua qu'elle aussi était ravie de revoir la sœur de Lexa. Puis son attention dériva vers ceux qui l'accompagnaient. Il y avait Indra et plusieurs guerriers de son village, mais surtout, plus à l'arrière près de l'intendante, Lincoln et Octavia.
- Octavia… soupira Clarke alors qu'elle tournait les talons et se précipitait vers la sortie du manoir.
Quand Clarke eut rejoint le conseil et Lexa, la place s'était vidée, les natifs des autres clans avaient quitté les lieux, se rendant à leur demeure pour la durée des jeux. Indra et les siens étaient déjà à emprunter l'une des rues à proximité, repoussant à plus tard les retrouvailles entre Clarke et Octavia. La blonde soupira de déception en les regardant s'éloigner. Puis elle sentit le souffle le chaud d'un cheval sur sa joue. Elle sursauta en réalisant combien l'animal se trouvait près d'elle. Lexa s'approcha et prit les brides de la bête. Elle le confia à Ryder qui le conduisit à l'écurie, ne laissait derrière que celle qui le montait, Dria.
Il y eut un long silence pesant durant lequel Dria les observa Lexa le regard absent, comme si elle n'était là que de corps et non d'esprit. Elle s'inclina légèrement et s'éloigna, n'adressant aucune salutation ni au conseil ni à Clarke, et encore moins à Lexa.
La blonde vint se placer à côté de Lexa et elles la regardèrent s'éloigner vers une rue que toutes deux ne connaissaient que trop bien, celle menant à ce refuge à la porte rouge. Lexa prit sa main dans la sienne et la serra fort, exprimant en un seul geste bien des doutes et des craintes.
- Faites prévenir les chefs qu'ils sont sommés au banquet d'ouverture des jeux, dit la commandante à son conseil, sans toutefois détacher le regard de sa sœur qui s'éloignait.
Quand ils furent tous partis, quand il ne resta plus qu'elles, Lexa se retourna vers la blonde et plongea son regard dans le sien.
- J'ai beaucoup à faire avant la réception de ce soir, Clarke, retrouve-moi dans ma chambre au coucher du soleil, Briseïs nous y attendra pour nous préparer à la soirée.
Lexa alla la prendre dans ses bras et tout en retirant son étreinte, déposa un court baiser sur ses lèvres. Puis elle referma les yeux et appuya son front contre le sien, inspirant profondément.
- Va, Lexa, je vais aller auprès de Dria…
Lexa se recula et Clarke put y voir toute la reconnaissance face à cette proposition qu'elle n'avait osé demander. La blonde caressa sa joue et l'embrassa à nouveau.
Quand Clarke arriva dans la serre, Dria se tenait devant le mur de brique, l'observant en silence. La blonde s'approcha lentement, ne désirant pas la brusquer. Car à son arrivée, Dria avait été si évasive, si différente du souvenir qu'elle en avait gardé, de ces sœurs s'étreignant dans un au revoir déchirant.
- C'est toi qui as fait ça, dit l'intendante d'une voix brisée.
Clarke osa s'approcher davantage et passer à côté d'elle. Elle put enfin voir ce visage si semblable à celui de Lexa. Dria ne lui rendit pas son regard et continua à fixer le mur, ne cachant pas les larmes qui coulaient de ses joues. Clarke sentit un pincement au cœur en la voyant ainsi. Tout comme l'avait fait Lexa avant elle, Dria referma les yeux, embrassa ses doigts et les posa sur la gravure du tronc d'arbre. Puis les pleurs silencieux se changèrent en sanglots et comme sa sœur, elle se laissa glisser le long de l'arbre peint, se recroquevilla au sol. Clarke alla s'asseoir à côté d'elle. Sans même hésiter, elle tendit le bras pour l'approcher d'elle, comme on offre le réconfort à une petite sœur. Clarke ne fit pourtant que l'effleurer et Dria se déroba brusquement à cette étreinte non désirée. La blonde tressaillit en remarquant la peur qui avait envahi les yeux de la jeune femme à ce simple contact. Puis à nouveau, Dria se replia sur elle-même et ferma les yeux dans les pleurs qui continuèrent de plus belle.
- Je veux rentrer chez moi…dit-elle entre deux sanglots.
- Mais tu es chez toi, Dria…
- Qu'est-ce qu'un chez-soi, Clarke? Le sais-tu seulement?
Il n'y avait pas d'accusation dans ses mots, seulement une question désespérée et accablée, à bout de ressource et tellement fatiguée.
- Je crois que c'est auprès de ceux qui nous aiment…
Clarke crut avoir trouvé les bons mots, mais ils ne la firent que pleurer davantage. La blonde fronça les sourcils, démunie. Elle ne pouvait la toucher, ne pouvait trouver quoi dire, elle ne savait plus que faire.
- Ma mère est morte, le père en Gustus également…
Dria releva la tête et regarda dans le vide.
- Je n'ai plus de frère et ma sœur… ah Lexa…
Dria se passa les mains sur le visage pour en retirer les larmes qui le couvraient.
- Toutes les deux vous me sembliez pourtant si…
- Proche? Comme la lune et le soleil, Clarke, comme la lune et le soleil, si près et pourtant si loin.
Clarke releva les yeux sur sa peinture et vit le ciel improbable qu'elle y avait peint. Elle repensa également la confession de Lexa, comment elle aimait Dria, mais comment elle n'arrivait pourtant pas à oublier, à lui pardonner. Oublier quoi, Clarke n'en avait aucune idée, mais elle mourait d'envie de le savoir. Mais Dria avait également soulevé une nouvelle question, de quel frère parlait-elle donc? À voir dans l'état où elle était, Clarke n'oserait pas demander, se contenterait de ravaler sa curiosité.
Contre toute attente, Dria prit la main de Clarke et la regarda droit dans les yeux. Le chagrin se lisait encore sur son visage, mais il y avait quelque chose de nouveau dans le regard, de la reconnaissance.
- Je suis heureuse que tu sois là Clarke. Ici avec moi, là sur ce mur, mais surtout dans le cœur de Lexa...
Dria referma les yeux et recommença à pleurer. Ses doigts se refermèrent sur ceux de la blonde alors qu'elle acceptait enfin l'étreinte offerte plus tôt. Clarke referma ses bras autour d'elle, appréciant de pouvoir enfin offrir un peu de réconfort.
- Je suis heureuse que tu sois là, Clarke.
La journée passa, et Dria et Clarke revinrent à la demeure de la commandante peu avant le coucher de soleil. Briseïs monta à l'étage avec elles et entra seule avec l'intendante dans sa chambre. Quant à elle, Clarke passa dans la chambre de Lexa où elle dormirait maintenant. Elle remarqua que deux robes avaient déjà été préparées. Elle alla s'en approcher quand elle entendit gratter contre la vitre. Clarke reconnut immédiatement ce bruit maintenant familier. Elle alla ouvrir la porte donnant au balcon et prit Trikova dans ses bras.
- Je crois qu'il y en a une qui va être plus que ravi de te revoir mon cher, dit la blonde en caressant la fourrure du raton.
Clarke traverse le couloir et machinalement, sans réfléchir, elle ouvrit la porte. Elle laissa l'animal tomber au sol en réalisant combien elle aurait dû frapper avant d'entrer. Briseïs se retourna brusquement, mais se calma en réalisant qu'il ne s'agissait pas de Lexa.
Dria se tenait presque nu devant le lit et la robe que lui avait préparée la servante pour la réception. Toutefois, la jeune domestique était à reprendre le vêtement et aller le retourner dans la penderie. La tenue proposait un dos des plus échancré et à voir la silhouette meurtrie de Heda sis, cela serait loin de convenir.
Pourtant ce n'était ni les lacérations de fouet ni la plaie par balle qui avait inquiété Briseïs, qui l'avait fait craindre l'entrée de la commandante. Ce n'était pas ces blessures datant déjà, mais plutôt celles qui n'avaient pas plus de quelques jours.
Clarke referma la porte et appuya son dos contre celle-ci. Le regard décontenancé, elle observa les ecchymoses qui traçaient le corps de la jeune femme. Des marques en forme de mains, de doigts longs et larges. Il y en avait tellement et à des endroits n'inspirant rien de rassurant.
- Celle-ci t'ira beaucoup mieux j'en suis certaine, dit Briseïs en rapportant une seconde robe bien moins révélatrice.
- Attends, dit Clarke qui osa enfin prendre la parole.
Elle écarta la domestique et lui demanda de les laisser seules un moment. La servante s'exécuta sans s'opposer. La blonde s'approcha de Dria, toisant les marques qui teintaient sa peau.
- Qui t'a fait ça? Demanda Clarke d'une voix mitigée entre la colère et la tristesse.
Dria tourna la tête vers elle en croisant ses bras pour se couvrir la poitrine. Elle leva les yeux vers ceux de la blonde. Ceux-ci étaient encore rouges, mais ils ne laissaient plus aller aucune larme désormais.
- Ne dis rien à Lexa, répondit-elle simplement.
- Mais…
- Clarke promet le moi. Si elle l'apprend, tout sera gâché par ma faute…
- Par ta faute, mais Dria…
- Tu ne vois donc pas? J'étais sous la protection des tiens lorsque…
Dria referma les yeux et détourna la tête, le souvenir de ce moment lui revenant en mémoire. Clarke inspira fortement, sachant malheureusement où voulait en venir Dria. Marcus avait juré à la commandante qu'aucun mal ne serait fait à sa sœur et Lexa lui avait fait pareil promesse pour Clarke. Leur paix ne tenait qu'à un fil ténu, la confiance.
- Mais qui t'as fait ça, demanda à nouveau Clarke, insistant pour connaitre lequel des siens avait osé pareil affront.
Car si elle ne pouvait le dire à Lexa, elle ne manquerait pas d'en informer Marcus dès son retour. Si ce n'était de la main de la commandante, justice serait tout de même faite, par son peuple. Et cette option était seulement si elle ne décidait pas de faire justice elle-même. Car en ce moment, la deuxième option lui était bien plus tentante.
- Ce n'est pas un homme du ciel c'est…
- Qui? Dis-moi qui c'est!
- … c'est tout ce que tu dois savoir, Clarke. Ce n'est pas l'un des vôtres, vous ne serez pas punis pour moi, non.
Clarke s'avança, mais Dria se retourna à nouveau vers elle. Leurs regards se verrouillèrent l'un dans l'autre, échangeant ce que les mots ne pouvaient faire. Dria posa sa main sur le torse de la blonde.
- Va maintenant, laisse-moi. Va attendre que Briseïs aille vous préparer Lexa et toi.
Clarke se résigna à partir. Alors qu'elle entrait dans la chambre de la commandante, elle vit la jeune servante revenir en longeant les murs et en fuyant son regard. Clarke serra les poings et entra dans la pièce. Elle attendit là, seule devant le feu qui crépitait dans l'âtre. Et comme promis, Lexa arriva avec le coucher du soleil, tout comme Briseïs.
À l'insu de Lexa, elles échangèrent un regard complice, se promettant en silence de ne rien dire à propos de sa sœur. Pour briser ce silence s'alourdissant de plus en plus, mais surtout pour éviter que la commandante ne remarque quoi que ce soit, Briseïs leur présenta les tenues qu'elle avait préparées. Tout comme elle l'avait fait avec celle de Dria avant d'en changer, elle avait opté pour des robes soulignant leur silhouette. Elle n'eut pas le temps de saisir la première robe qu'on cogna à la porte.
- Entre Igrit, dit Lexa.
- Igrit? demanda Clarke alors qu'elle frottait le bout de ses doigts ensemble, cherchant où elle avait déjà entendu ce nom.
Une jeune femme à peine sortie de l'enfance entra sans faire de bruit. Elle s'inclina tout en rougissant légèrement.
- Viens ma belle, lui dit Briseïs en tendant sa main vers elle. Clarke, je te présente ma plus jeune sœur, Igrit.
- Mais oui, Igrit et Yari, les filles de Ryder!
Clarke se pencha légèrement en avant pour que ses yeux arrivent à la hauteur de la petite native à la chevelure noisette.
- Ton père m'a prêté ton nom lorsque nous étions en route pour venir à la capitale.
La jeune femme sourit simplement, gênée et ne comprenant pas ce que voulait dire la blonde. Briseïs se mit à rire et secoua les épaules de sa cadette.
- Va t'occuper de Clarke tu veux bien, je vais terminer avec Heda.
Celle-ci soupira de soulagement, visiblement heureuse de ne pas avoir la tâche de servir la commandante. Briseïs tendit la robe de Clarke à sa sœur et se saisit de celle de Lexa, puis elles s'éloignèrent derrière un paravent qui avait été installé pour l'occasion, divisant la chambre en deux.
- Tu permets que je…
- Oh, oui, la coupa Clarke, comprenant qu'elle se devait de retirer ses vêtements de la journée.
Sans pudeur, elle enleva sa tunique, ses pantalons et ses bottes. Elle ramena le tout en un petit monticule qu'elle poussa au coin du lit. Igrit déposa la robe au sol pour que Clarke puisse se placer au centre de celle-ci. La jeune fille releva ensuite la tenue vers le haut et avec le plus grand soin, la mit en place. Le tissu était doux et mince et glissait comme une caresse sur la peau de la blonde. La robe de couleur vermeille venait couvrir sa poitrine, la rehaussant en un décolleté invitant et se nouait à l'arrière de son cou. Le dos était totalement dénudé et le tissu recommençait à la couvrir seulement au bas de celui-ci. Très longue, la toilette se terminait en se repliant à ses pieds qu'elle cachait. Igrit lui présenta des chaussures au talon légèrement relevé et Clarke les enfila, grandissant de quelques centimètres. Puis ce fut le temps des parures. La jeune fille lui enfila plusieurs bracelets faits de bois ébène et puis conclu le tout en lui passant un long collier fait d'une fine corde de cuire se terminant par une pierre claire pendant entre ses seins. Clarke baissa les yeux et prit l'extrémité du collier entre ses doigts.
- C'est du verre poli, lui avoua la jeune Igrit. Pendant des années il est balloté au fond des mers, usé par le sable et enfin, il s'échoue sur la plage. On les récolte et on en fait des bijoux, c'est beau non?
- Vraiment… murmura Clarke qui était ravi d'avoir à son cou une parcelle de cet océan qu'elle aimait tant.
- Il ne me reste plus que tes cheveux et le maquillage maintenant.
- Bien, je te laisse continuer.
Igrit la fit asseoir sur le bout du lit et s'affaira d'abord avec sa chevelure. Elle entama un tressage torsadé ramenant les cheveux d'un côté à l'autre, se terminant au-dessus de l'épaule de la blonde, libérant son dos pour une contemplation totale. Elle sortit quelques mèches à l'avant puis se recula pour analyser son travail. Clarke sourit en regardant la jeune fille si concentrée, son visage si sérieux alors qu'elle œuvrait avec le plus grand soin, et ce, tout aussi bien que son ainé.
Et finalement, elle alla chercher quelques pots et entreprit de maquiller la blonde. Mais contrairement à la cérémonie de commémoration des morts, elle y alla simplement pour souligner les traits naturels de Clarke. La blonde se laissa faire, les yeux fermés, appréciant ces instants où l'on était aux petits soins avec elle, où chaque minute la rendait encore plus belle, plus désirable.
- Voilà, j'ai terminé, dit fièrement la jeune fille.
Elle tendit la main à Clarke pour qu'elle se relève du matelas. Puis, sans relâcher ses doigts, elle la conduisit au grand miroir près de la commode.
- Regarde Clarke, regarde comme tu es…
- Belle…
Clarke et Igrit se retournèrent alors qu'elles entendirent Lexa terminer sa phrase. La blonde laissa s'affaisser sa mâchoire en apercevant la commandante. Pour la première fois, celle-ci portait des vêtements clairs, plus de noir et de brun sombre. Il n'y avait plus d'armure, plus de trace de Heda dure et imposante.
Briseïs s'était surpassée et offrait un véritable délice pour les yeux en la personne de Lexa. Ses cheveux avaient été remontés et se torsadaient en hauteur, laissant quelques mèches tomber ici et là. Tout comme pour Clarke, son maquillage était simple, ses paupières cendrées légèrement, ses lèvres luisantes. Mais tout cela n'était rien comparé à la robe, mais quelle robe. D'un gris très pâle, deux larges bandes partaient de son cou et descendaient, couvrant ses seins et se rejoignant sous le nombril pour se fondre dans le bas de la robe. Elles étaient maintenues par une sangle passant sous la poitrine et se nouant au dos qui était exposé. Le tissu grisâtre moulait ses hanches avant de s'élargir vers le bas, s'allongeant à l'arrière dans une longue traine où plusieurs sortes d'étoffes et fourrures se confondaient. Comme bijoux, de longues boucles d'oreille pendant et frôlant la cime de ses épaules. Faites de fines lanières de cuire, de plumes et tout comme Clarke, de verres blancs polis. Et enfin, glissant le long de son cou, ce pendentif que jamais elle ne retirait, celui qu'elle et Dria portaient en alternance.
Lexa empoigna sa traine et s'approcha de Clarke. Elle sourit légèrement en passant ses doigts sous son menton, refermant sa bouche qui s'était entrouverte. Puis elle fit signe à Briseïs et celle-ci approcha. Elle leva ses deux mains vers la commandante, tendant dans chaque paume une plume de couleur distincte. Lexa prit la grise et l'inséra délicatement dans la chevelure de la blonde. Puis, elle prit celle qui restait, la rouge.
- Si tu veux bien, Clarke, lui dit Lexa en lui tendant la plume.
La blonde détacha les yeux de la commandante pour fixer ce qu'elle lui tendait, ce qui reliait inversement les couleurs de leurs tenues. Clarke la prit entre ses doigts et leva sa main dans les airs, cherchant où elle allait bien pouvoir l'insérer. Lexa tourna sur elle-même, suggérant l'arrière de sa chevelure remontée, exhibant sa nuque et son dos nu, coupant le souffle à la blonde qui n'avait pu que l'imaginer jusqu'à maintenant. Clarke expira de manière saccadée alors qu'elle plaçait la plume dans l'une des tresses complexes.
- Prête? demanda Lexa en se retournant et en lui tendant son bras.
- Prête.
Lexa et Clarke descendirent le long escalier menant au vestibule de l'entrée. Les portes du manoir étaient tenues grande ouverte et deux domestiques se tenaient postés de chaque côté de celles-ci, prêts à recevoir les invités qui arriveraient incessamment. Elles empruntèrent le couloir menant à l'aile ouest. Tout au fond, d'autres membres du personnel de maison entraient et sortaient de la grande salle de réception, celle vitrée de tous les côtés, celle où Clarke avait rencontré le conseil à son arrivée à Polis. À l'entrée de la grande pièce, Dria attendait seule, le regard perdu dans le vide. Elle ne se rendit compte de leur présence que lorsque toutes deux l'eurent rejointe.
Contrairement à elles, Dria portait une tenue qui ne révélait pas la moindre parcelle de peau. Sa robe, grise également, était toutefois très sombre, presque noire. De longues manches entouraient ses bras jusqu'aux paumes. Il n'y avait ni décolleté, ni dos échancré, mais plutôt un col remontant jusqu'au haut du cou. Si elle ne révélait pas la peau de la jeune femme, elle en soulignait néanmoins grandement la silhouette. Des plus moulante et s'élargissant au bas pour trainer par terre, elle se terminait en lambeaux d'étoffes noires de jais et fourrures épaisses.
Ses cheveux avaient été tressés en une longue natte complexe lui descendant à l'arrière du dos. Comme parures, une seule boucle d'oreille. Celle-ci était faite de fer noir, dentelée et contournait l'oreille de la pointe au lobe. Un bijou hypnotisant, mais aussi peu invitant, austère et rude. Quant au maquillage, ses paupières noires rendaient son visage presque menaçant, durcissaient ses traits et rappelaient bien plus la commandante que l'intendante reconnue pour sa douceur et sa fragilité. Non, ce soir, Dria était sombre et contrairement à Lexa et Clarke, l'envie d'être séduisante ne pouvait être plus absente.
- Dria tu es…
Lexa ne termina pas sa phrase, regardant sa sœur de haut en bas, surprise de la voir affublée de la sorte. Elle était belle, soit, mais ce qui émanait d'elle était si amer.
- Vous êtes magnifiques toutes les deux, reprit l'intendante pour remédier au silence de Lexa.
Elle avait prononcé ses paroles sans réelle émotion, davantage comme une simple constatation que comme un compliment.
Lexa et Clarke se postèrent aux côtés de Dria à l'entrée de la salle, attendant d'accueillir les invités. Ce fut d'abord le conseil qui arriva. Bolfir et Irsil vinrent accompagnés de leurs femmes et Wost seul.
- Nama ne viendra pas, les informa Irsil d'une voix calme et profonde. Elle ne se sentait pas très bien et me charge de vous informer qu'elle sera toutefois des nôtres demain matin pour l'ouverture des jeux.
Lexa hocha la tête en signe de compréhension et l'homme les laissa à nouveau seules aux portes.
- Te voilà donc seule pour la soirée ma sœur, souligna Lexa en se tournant vers Dria.
- Lors de la cérémonie des vaincus, Nama m'a dit que vous aviez l'habitude de vous rendre aux soirées ensemble? ajouta Clarke.
- En effet, elle est en quelque sorte ma « cavalière » officielle, elle me manquera ce soir…
Dria tourna la tête au loin, regardant les convives qui commençaient à affluer. Il y eu pas moins d'une cinquantaine de personnes qui passèrent présenter leurs respects à la commandante avant de pénétrer dans la salle de réception. Des douze clans, chefs, seconds et représentants firent leur apparition. Indra et Octavia arrivèrent dans les premières. La rencontre entre les filles du ciel se fit comme si rien ne s'était jamais passé, comme si le fait de se retrouver toutes deux parmi les natifs était ce qu'il pouvait leur arriver de mieux. Ne pouvant s'attarder, Clarke lui promit de la retrouver un peu plus tard, appréciant le fait de revoir un visage familier parmi tous ces gens. Puis vint le tour de celle que les sœurs appréhendaient le plus, Nia.
- Bonsoir à toi Heda, dit la reine en s'inclinant devant elle.
En se relevant, elle afficha un sourire des plus narquois.
- Mais quel honneur d'être convié à la capitale pour ces jeux. Trop de temps s'était écoulé depuis ceux d'après coalition, qu'elle belle fin de cet échange de près d'un an, vous ne trouvez pas?
Aucune ne risqua une réponse, mais alors que Dria n'osait la regarder en face, Lexa ne pouvait en détacher son regard.
- Bien, mais qu'avons-nous là aux côtés de Heda, celles qui réitèrent un nouvel échange de paix… Skaikru en Trikru… Heda sis et la princesse du ciel… mais quel plaisir de vous rencontrer enfin, Clarke, est-ce bien cela?
- Oui, c'est ça, lui confirma la blonde d'un ton neutre.
- Et Dria, ma chère, que le temps a passé depuis ce mois que nous avons partagé.
L'intendante se retourna pour la regarder, pour revoir à nouveau ce regard dément.
- J'ai parfois l'impression que c'était hier, lui répondit Dria, sa voix à peine audible.
- Ma chère, nous aurons toute une semaine pour renouer ces liens tissés lors de votre trop court séjour sur mes terres.
La reine regarda tour à tour Lexa et Clarke, remarquant la couleur de leur tenue et les plumes inverses qu'elles arboraient, comprenant qu'elles étaient ensemble pour la soirée.
- Mais où est cette vieille femme qui vous accompagne en toute occasion, intendante?
- La conseillère Nama ne sera pas des nôtres ce soir, dit Lexa en tendant sa main vers l'arrière, cherchant celle de Dria sans pourtant l'atteindre.
- Vraiment? Mais quel dommage. Je suis venue seule… Dria ma chère, me feriez-vous l'honneur de m'accompagner pour la soirée, Heda et Clarke étant déjà de paire.
Dria ravala difficilement et referma les yeux un court moment. Elle secoua la tête en signe d'acceptation alors qu'elle se résignait à rouvrir les paupières. La reine lui tendit le bras et l'escorta à l'intérieur, non sans jeter un dernier regard insidieux à la commandante. Clarke regarda Lexa qui fixait dans le vide, la mâchoire serrée.
- Viens Clarke, il n'y a plus personne à attendre maintenant.
Elles entrèrent ensemble et les domestiques refermèrent les portes derrières elles. La pièce était bondée. Il y avait de grandes tables recouvertes de plateaux de victuailles répandant un fumet alléchant. On avait servi à boire à tous et on attendait plus que la commandante prenne la parole pour définitivement commencer la soirée.
Rhen vint porter des coupes à Lexa et Clarke, puis se recula pour qu'elles puissent faire face aux invités. Lexa se mit sur la pointe des pieds, cherchant sa sœur parmi la foule. Leurs regards se retrouvèrent et la commandante la pressa de venir la rejoindre. Comme une ombre, la reine la suivit à l'avant du rassemblement, ne la quittant que lorsqu'elle alla se poster à la droite de sa sœur. Lexa s'avança de quelques pas devant Clarke et Dria et prit la parole.
- À vous, chefs et dignitaires des douze clans soyez les bienvenus à la capitale pour cette célébration. Ce soir nous soulignons non pas une nouvelle coalition, mais une alliance avec le peuple du ciel. Tout comme nos représentants l'ont fait par le passé, votre intendante ainsi que la fille de la chancelière des gens du ciel ont entamé l'échange de paix.
Lexa se retourna pour les inviter à la rejoindre plus avant.
- Dria et Clarke, celles en qui nous vouons l'espoir d'une alliance longue et prospère. À vous tous que j'ai conviés à cette soirée, soyez témoins de ce tournant de notre histoire.
Lexa leva sa coupe haut dans les airs et tous l'imitèrent.
- Longue vie à cette nouvelle alliance!
La foule répéta ses paroles et tous burent la boisson qui leur avait été servie par le maître de maison. Suite au court discourt de Lexa, la soirée débuta enfin. Les invités mangèrent, fraternisèrent et rapidement, la salle fut animée par les conversations vives et bruyantes.
Dria passa l'entièreté de la soirée en retrait avec la reine des glaces. De loin, Clarke la regardait alors qu'elle enchainait les verres les uns après les autres, le regard fuyant et creux. Nia ne cessait de la garder près d'elle, de lui murmurer au creux du cou, de la garder captive loin de tous.
Quand Octavia revint auprès de Clarke, Lexa en profita pour aller rejoindre le conseil, pour refaire avec eux la tournée des chefs de clans et de leurs généraux.
- Mais quelle robe… souligna Octavia en regardant Clarke de haut en bas.
Clarke laissa échapper un rire en se regardant elle-même. Si elles avaient eu des temps difficiles avant l'assaut du Mont Weather, tout cela n'était plus. Clarke avait beau grandement apprécier la distance des siens que lui conférait Polis, elle devait admettre que certains visages lui manquait cruellement, et même celui d'Octavia.
- Tu ne me croiras peut-être pas Octavia, mais je suis heureuse de t'avoir à mes côtés ce soir.
Octavia lui sourit également, s'avouant en silence combien elle-même appréciait ces retrouvailles impromptues.
- Nous voilà, représentante dans un échange d'alliance et second, dit Octavia en soupirant, en balayant la foule du regard.
- Eh oui, qui l'aurait cru.
- Pas moi en tout cas, et encore moins il y a deux mois de ça.
- Dire que nous avons été envoyés sur terre en sacrifice…
- C'était tout de même mieux que de rester à croupir emprisonné…
- Emprisonnée?
Clarke et Octavia se retournèrent brusquement en entendant derrière elles la voix de Lexa.
- Commandante, dit la brune en s'inclinant légèrement.
Même si elle gardait de profondes rancœurs envers elle, Octavia ne désirait pas remettre sa position de second en péril, pas maintenant qu'elle l'avait regagnée, enfin.
- Vous étiez prisonnières sur l'Arche? Redemanda Lexa visiblement intriguée et même quelque peu choquée.
Clarke tourna sa paume vers le plafond, revoyant les fines cicatrices circulaires laissées par le bracelet transmetteurs qu'ils avaient tous à leur arrivée sur terre. Octavia la vue faire et sans pouvoir sans empêcher, fit de même. Lexa les regarda comparer leurs marques identiques, fronçant les sourcils dans l'attente d'enfin recevoir la réponse à ses questions.
- Clarke?
- Ah, oui, eh… oui nous étions bel et bien enfermées sur l'Arche, nous l'étions tous, tous ceux qui sont arrivés en premiers.
- Mais tu es la fille de…
- Ah et bien là-haut ça ne faisait pas de différence, commandante. Là-haut on exécutait des gens pour avoir tenté de dire la vérité, on condamnait à mort une mère pour avoir eu un deuxième enfant…
Lexa posa les yeux sur Octavia et se souvint de ce que Clarke lui avait confié lors de leur halte à Alexandria.
- Lexa, nous avons été faits prisonnières de nos crimes, car nous n'avions pas encore dix-huit ans, si tel n'avait pas été le cas, nous ne serions pas là aujourd'hui. Octavia a été enfermée pour le simple fait d'être un deuxième enfant et moi, car je connaissais le secret pour lequel mon père aura donné sa vie.
Lexa ne répondit rien, mais son visage cachait avec peine sa surprise d'apprendre pareille révélation.
- Notre peuple vous paressait faible, mais sachez qu'entre nous, nous savions être des plus cruel, et ce, sous le nom de la justice…
Un silence s'en suivit, un moment durant lequel Clarke et Octavia se regardèrent l'une l'autre, se souvenant de cette époque passée dans l'espace, dans une cellule comme sous un plancher.
- Mais ce temps est révolu… finis par dire Lexa.
- Oui, ce temps est révolu, répondit Clarke en lui prenant la main.
Octavia observa ce geste complice tout en n'arrivant pas à dissimuler un début de malaise. Lexa s'approcha d'elle et pointa un homme dans la mi-trentaine de l'autre côté de la pièce.
- Tu vois l'homme aux cheveux foncés et au sourire charmeur là-bas?
Octavia toisa la foule pour finalement repérer celui que lui indiquait la commandante. Elle fit signe que oui et Lexa se recula.
- Il se nomme Wost. Va lui demander d'aller escorter l'intendante jusqu'à la fin de la soirée.
Octavia hocha la tête à nouveau et s'éloigna. Lexa alla se placer à côté de Clarke, quoi que quelque peu plus arrière. De la main droite elle caressa le bas de la nuque de la blonde, puis laissa le bout de ses doigts glisser lentement le long de son dos nu.
- Arrête… soupira Clarke alors qu'un frisson lui parcourait la colonne.
Lexa remarqua la chair de poule à son dos et sourit tout en s'approchant pour lui murmurer à l'oreille.
- Pourquoi ai-je l'impression que tu ne veux pas que je m'arrête…?
Clarke sentit son souffle dans son cou et elle referma les yeux alors que Lexa faisait maintenant remonter ses doigts vers ses épaules.
- Ne… commence pas… ce que tu ne peux finir… Dit Clarke en essayant de reprendre ses esprits.
- Suis-moi.
Lexa lui prit la main et l'entraina vers la sortie. La commandante avait déjà fait le tour de tous ses invités et maintenant que la soirée était bien entamée, tous étaient à boire, à manger et à discuter haut et fort. Un tumulte qui camoufla à merveille leur fuite de la grande salle de réception. Lexa avançait d'un pas pressant, tenant sa longue traine d'une main et les doigts de Clarke de l'autre. Elles ne fuirent pas bien loin, et prirent à gauche au premier couloir. Lexa regarda tout autour et poussa la blonde dans une petite pièce. Elle y entra à son tour et referma la porte derrière elle.
Il y faisait noir, mais la fenêtre laissait entrer les rayons de la lune, baignant les lieux d'un voile blanchâtre. Clarke n'eut que quelques secondes pour apprécier cette vue de Lexa dans la faible lumière blanche. La brune s'avança et la saisit par le cou, la tirant pour l'embrasser avec tout le désir contenu depuis qu'elle l'avait vu dans cette fameuse robe rouge. Clarke ne se fit pas prier de lui rendre son baiser avec ardeur. Car déjà dans la salle pleine de convives, elle avait ressenti le frisson de ses caresses l'emplir sur son corps tout entier, mais surtout en écho enivrant entre ses cuisses.
Lexa lui mordit la lèvre inférieure, laissant échapper du fait même un gémissement invitant. Clarke la tira encore plus près d'elle alors qu'elle pressait sa langue sur celle de Lexa, rehaussant l'excitation de plus belle. La brune passa sa main à son dos, enfonçant ses doigts dans sa peau. Clarke sentit la chair de poule la prendre à nouveau. Elle aurait voulu arracher cette robe, aurait voulu agripper fermement cette chevelure, mais elle ne le pouvait pas. Toutes deux avaient beau être submergées par cette vague de passion, elles avaient encore la lucidité de se souvenir qu'il leur faudrait tout de même sortir de cette pièce.
Mais pour le moment, il n'y avait qu'elles seules, dans le noir et le blanc de la nuit. Clarke sentit son dos sur le mur, sans même qu'elle ne se soit rendu compte qu'elles étaient en mouvement. Le contraste de la dureté du mur jurait avait le corps de la commandante sur le sien. Clarke appuyait d'une main au bas du dos de Lexa et de l'autre, tenait fermement le côté de son visage, ne pouvant la relâcher, ne pouvant l'imaginer se reculer le moins du monde. De la joue, sa main glissa à son cou, puis vers l'avant jusqu'à l'un de ses seins qu'elle ne pouvait découvrir. Car leurs robes étaient aussi belles qu'impossibles à revêtir sans l'aide de leur chère servante. Une beauté rouge et grise, une beauté séduisante, mais néanmoins captive.
À cette poigne de Clarke, Lexa se défit de leur embrassade et reprit une inspiration tout en se mordant la lèvre du bas. Elles ouvrirent les yeux pour se contempler l'une l'autre. Le temps sembla s'arrêter pendant ce moment, comme si plus rien ne comptait, comme s'il n'y avait plus rien d'autre que ces amantes improbables.
Et le désir qui avait pris une courte pause les submergea plus encore. Lexa fit descendre sa main le long des hanches de la blonde, puis entreprit de ramener le pan de sa robe vers le haut. Elle le tira jusqu'à ce qu'elle puisse y glisser la main en dessous. Lorsque ce fut fait, cela ne prit qu'un instant avant que ses doigts retrouvent le chemin vers ce qui lui faisait tant envie. Clarke laissa échapper un gémissement étouffé alors que Lexa lovait sa main entre ses jambes, la torturant de sa pesante caresse sur ses dessous.
Clarke lui mordit la lèvre en signe de protestation alors qu'elle-même passait sa main sous la tenue de la commandante. Mais contrairement à Lexa, elle ne s'attarda pas à ce dernier vêtement qui les séparait. Elle passa directement en dessous, faisant se cambrer Lexa. Surprise d'un tel empressement de la blonde, elle inspira brusquement, alors que l'air commençait déjà à lui manquer. Lexa imita Clarke et à son tour passa ses doigts entre les jambes de la blonde.
Respirant avec peine, se pressant l'une contre l'autre encore et encore, elles laissèrent cette vague passionnée les noyer ensemble. Glissant de haut en bas, mettant plus de pression et de plaisir avec chaque mouvement répété. Clarke ne put continuer à l'embrasser lorsque Lexa passa ses doigts en elle. Le souffle court elle peinait déjà à se concentrer sur ce qu'elle-même faisait. Elle laissa son front tomber sur l'épaule de Lexa alors que celle-ci haletait dans son oreille. Clarke la sentait sur elle tout entière, des ondes de choc déferlant du creux de son ventre jusqu'à la base de sa nuque.
Elle plongea à son tour entre les cuisses de Lexa. Elle sentit son corps s'arquer entre ses bras, son souffle devenir plus irrégulier. Lexa vint passer sa main sur la taille de la blonde, puis descendit chercher sa jambe et la relever, la prenant sous le genou et la tirant vers elle. Clarke appuya de son talon à l'arrière des cuisses de Lexa, resserrant leur étreinte plus encore. Puis elle empoigna la nuque de la brune, lui faisant relever la tête pour qu'elle se regarde. Les yeux dans les yeux, le souffle fuyant dans la noirceur de cette fuite, elles se contemplèrent alors qu'elles approchaient du paroxysme. Clarke finit par laisser tomber son front contre celui de Lexa alors que le simple fait de devoir se tenir debout devenait pesant. Leurs respirations saccadées devinrent plus sonores et plus fortes. Elles se muèrent en gémissement de pur plaisir alors qu'elles sombraient profondément l'une avec l'autre, l'une en l'autre.
Lexa et Clarke se laissèrent glisser le long du mur pour se retrouver assises par terre. Le cœur battant à tout rompre, le souffle court, elles restèrent enlacées là sans rien dire. Dans le silence rythmé de leurs respirations épuisées, elles se lovèrent dans les bras l'une de l'autre. Lexa appuya la tête de Clarke contre sa poitrine et caressa doucement sa chevelure tressée. À ce moment précis, elle ne désirait qu'une seule chose, que le temps cesse sa course effrénée, qu'il se tienne immobile dans ce havre improvisé. Elle déposa un court baisé sur son front, retenant les mots qu'elle aurait voulu lui révéler. Néanmoins, à cette seule envie, son cœur se serra au souvenir ce la seule autre à qui elle avait avoué pareil sentiment. La douleur était encore présente, une peine entrelacée de nostalgie et de rancœur. Mais surtout, une peur de voir renouvelé pareil destin tragique.
Lexa garda donc ses mots pour elle, se promettant néanmoins de trouver un jour le courage de les laisser aller, un jour. Elles finirent par se résigner à quitter cette sombre pièce, à regagner la fête d'où elles ne s'étaient éclipsées que trop longtemps. Main dans la main, les yeux toujours brillants et un léger sourire complice aux coins des lèvres, elles repartirent vers la réception. Afin que leur absence commune n'éveille trop de soupçons, Lexa lui demanda de patienter quelques minutes avant d'entrer. Puis, elle alla déposer ses lèvres sur les siennes en lui caressant la joue. Elle frotta le bout de son nez sur le sien et enfin s'éloigna vers la grande salle.
Clarke la regarda s'éloigner, admira sa démarche, son dos exposé, sa chevelure remontée qui laissait paraitre le tatouage au bas de sa nuque, le symbole de Heda. Dans l'encre et le sang, son rôle lui avait été imprégné, et elle le portait comme nul autre avant elle ne l'avait fait.
Tout comme l'avait ordonné la commandante, Wost était allé se joindre à la reine Nia et à Dria. Il avait reçu un accueil froid de l'une comme l'autre, mais ne s'était pas laissé dissuader, et ce, même s'il n'avait jamais vu Dria ainsi. Tout comme sa tenue, son regard était sombre et peu invitant, ne dévoilant rien, se dérobant de tout et de tous. Il resta avec elles sans trop trouver les mots, à regarder la reine murmurer à Dria. L'intendante restait muette à écouter ce que Wost n'arrivait pas à percevoir, à boire coupe sur coupe, tentant ainsi de se dérober de cette cavalière imposée. Quand enfin il vit au loin la commandante revenir, il opta pour emmener Dria la retrouver, pour qu'entre sœurs elles soient, pour qu'il puisse enfin se dérober de ces femmes aux silences et aux regards oppressants. Wost passa sa main au dos de Dria pour l'inviter à le suivre.
- NE ME TOUCHE PAS! hurla Dria en se retournant violemment, renversant au passage la moitié de sa coupe.
Celui-ci retira aussitôt sa main. Un silence pesant emplit la grande salle. Tous les yeux étaient tournés vers l'intendante. Puis le bruissement des chuchotements succéda au calme oppressant. Dria porta sa main à son front alors que son regard devenait embrouillé. Elle alla déposer son verre sur la table, mais il tomba par terre et se fracassa en mille morceaux. Dria s'éloigna en chancelant, tentant d'éviter les regards pesant sur elle.
La commandante revenait tout juste lorsqu'elle réalisa ce qui causait une telle accalmie. Lexa se fraya un chemin jusqu'à sa sœur, bousculant au passage tous ceux qui se tenaient devant elle, désirant la rejoindre au plus vite.
- Dria…, dit seulement Lexa en prenant le bras de celle-ci.
L'intendante s'accrocha à elle, manquant presque tomber au sol. Lexa lui releva le menton, regardant son visage blême, ses yeux aux pupilles vacillantes. Elle la pressa contre elle et l'escorta hors de la pièce.
Contrairement à tout le reste des convives, la reine avait regardé la scène, son sourire méprisant aux lèvres, profitant de ce spectacle auquel elle avait indirectement contribué. Elle se rendit auprès de Wost et passa son bras autour du sien.
- On dirait bien que ma cavalière n'est plus en état de poursuivre la soirée, dit-elle en plongeant son regard dément dans celui de l'homme toujours ahuri.
Il ne répondit rien, se contenta de hocher la tête, ne comprenant pas ce qui venait tout juste de se passer.
Tout comme le lui avait demandé Lexa, Clarke attendait dans le couloir avant de revenir à la soirée, ne désirant éveiller aucun soupçon sur leur fuite. Alors qu'elle jugeait que l'attente était suffisante, elle vit Lexa et Dria sortir de la salle de réception.
- Mais qu'est-ce que… demanda la blonde en les rejoignant.
- Aide-moi, Clarke, lui répondit Lexa qui peinait à maintenir sa sœur debout.
Clarke accepta d'un hochement de tête et passa le bras de Dria autour de son cou.
- Je suis heureuse que tu sois là Clarke… dis Dria d'une voix embrumée.
Ensemble elles remontèrent les escaliers menant à l'étage et la conduisirent à sa chambre. Elles l'étendirent sur son lit et Lexa alla la dévêtir quand Clarke lui prit la main pour l'arrêter.
- Lexa attend…
La commandante leva les yeux vers la blonde alors que celle-ci relâchait son emprise. Sa demande eut l'effet inverse et plutôt que de s'arrêter, Lexa se pressa de poursuivre ce dont elle avait été interrompue. Elle ne fit que détacher le col de la robe qu'elle s'arrêta, découvrant des marques violacées au cou de sa sœur, des marques s'apparentant beaucoup trop à l'empreinte d'une main.
Clarke la vit serrer la mâchoire alors qu'elle continuait à retirer la tenue de Dria, exhibant sa peau teintée de traces laissées par des doigts l'ayant retenue de force.
- Tu savais et tu ne m'as rien dit? demanda Lexa en levant les yeux vers elle.
- Elle nous…
- Nous? Renchéris Lexa dont la fureur montait de plus en plus.
- J'entrais dans la chambre lorsque Briseïs la préparait pour la soirée, c'est là que j'ai vu… Lexa…
Lexa leva la main pour qu'elle se taise. Elle finit de retirer la robe puis entreprit de retirer les draps sous le corps de sa sœur pour l'en couvrir. Dria revint peu à peu vers la réalité, émergeant du brouillard dans lequel elle sombrait.
- Lexa, dit-elle en lui tendant la main.
Celle-ci s'assied à côté d'elle en prenant sa paume dans la sienne.
- Dria, tu vas me dire qui a fait ça, dit Lexa d'un ton ferme.
- J'ai rêvé de Costia l'autre nuit…
Le regard de Lexa se métamorphosa à l'évocation de ce nom. Elle relâcha la main de sa sœur et se recula jusqu'à s'adosser au pilier du baldaquin.
- Tu pensais à elle il y a quelques jours… je l'ai senti Lexa, tout comme à chacune des fois…je...
Dria prit appui sur ses bras et se redressa péniblement, Lexa la fixait les yeux voilés. Clarke se tenait debout en retrait, mitigée entre le malaise d'assister à pareille confession et l'envie de connaitre enfin l'histoire de cette fameuse Costia.
- Lexa je n'ai plus que toi maintenant, et je n'ai plus la force de feindre que tout va bien entre nous.
Dria fixait Lexa avec tout le peu de lucidité qu'il lui restait, laissant maintenant partir face à elle les larmes de honte qu'elle lui avait tant cachées.
- Pendant trop longtemps, nous nous sommes ignorées et je ne sais pas…
- Tu sais très bien pourquoi, la coupa Lexa froidement, toute l'inquiétude qu'elle éprouvait pour le sort de sa sœur s'étant volatilisé à l'évocation du nom de Costia.
Sa voix tentait de faire ce que son visage ne pouvait pas, prétendre qu'elle était impassible, qu'elle ne pouvait l'atteindre.
- Depuis si peu de temps que nous nous revoyons, mais ce n'est pas…
- Pas comme quoi? Comme avant? Espères-tu vraiment que ce sera comme avant?
- Non, mais…
- Mais quoi Dria! Tu penses souffrir, car tu penses m'aimer… Non tu ne m'aimes pas, tu ne sais pas ce que c'est d'aimer, car ce n'est pas de l'amour que tu m'as donné. Tu ne sais pas ce que c'est et tu es trop faible pour en voir la différence!
Lexa avait craché ses paroles avec le même venin dans la voix qu'avait eu Dria en lui disant ces mêmes mots à propos de Costia. Mot pour mot, comme si c'était hier, une phrase qui avait brulé Lexa au fer rouge, qui lui avait fait envoyer à la mort celle qu'elle aimait, et ce, sous le conseil de sa propre sœur aveuglé par la jalousie.
Dria fut emporté par une nouvelle salve de profonds sanglots. La même vague noire l'emportait dans la souffrance qu'elle-même avait jadis causée.
- Je sais bien que je mérite…
- Ce que tu mérites, Lexa soupira, souriant faussement. Tu mérites d'être…
Elle laissa sa phrase en suspens alors que son regard croisait à nouveau celui de sa sœur, alors qu'elle réalisait le souhait qu'elle s'apprêtait à prononcer tout haut.
- Pour le bien du conseil que nous partageons et par respect pour le lien de sang qui nous unis, j'ai consenti à te laisser revenir à mes côtés, mais nous ne devions plus jamais reparler de Costia nous devions…
- Gardé le silence de la paix forcée, je sais, mais…
- Mais quoi, Dria! MAIS QUOI! Pourquoi parler d'elle encore, POURQUOI!
Lexa avait crié en fondant en larme à son tour, n'arrivant plus à contenir tout ce qui avait monté en elle.
- Je n'en peux plus de cette paix. Je n'en peux plus de cette distance qu'elle nous impose, je n'en peux plus de feindre que tout va bien. Je veux ce que nous avions, je te veux à nouveau ma sœur…
Dria s'agenouilla sur le lit et alla poser sa main sur la jambe de Lexa, mais celle-ci se déroba.
- Pendant si longtemps, j'ai cru t'avoir brisé pour toujours, mais maintenant j'ai la preuve qu'il y a encore de l'espoir.
Dria se tourna vers Clarke qui était encore là, qui avait observé la scène en silence. Et maintenant qu'on remarquait sa présence, elle maudissait de ne pas les avoir laissé seules, d'avoir voulu tant savoir.
- Lexa je n'oserai pas te demander pardon, mais maintenant j'ai enfin le courage de te dire à quel point je regrette… oh comme je regrette ma sœur.
Dria passa ses mains à son cou pour retirer son pendentif. Avec son arrivée évasive, elles n'avaient pas pris le temps de compléter leur rituel de toujours. Dria leva sa main devant Lexa, attendant, espérant tout en laissant couler les larmes qui n'en finissaient plus. Lexa referma les yeux durement et soupira fortement. Après un moment elle finit par retirer son collier et à joindre sa main à celle de sa sœur, acceptant de la laisser appuyer son front contre le sien. Dria passa ses doigts dans la chevelure de Lexa à l'arrière de sa tête. Dans ce silence complice, leurs larmes tombèrent ensemble, laissant aller peu à peu cette fausse paix contrite.
Elles se reculèrent, reprenant le médaillon de l'autre et le passant à leur cou. Dria apposa un court baiser sur le dessus de la tête de sa sœur et lui murmura pour qu'elle seule entende.
- Ai hod yu in…
Lexa ne répondit rien, pas encore prête à lui dire qu'elle l'aimait également. Ces mots restaient bloqués dans son cœur qui ne s'était jamais vraiment cicatrisé. Tout comme pour Clarke, elle n'arriva pas à dire ces simples mots, à laisser aller ce passé si près et si loin à la fois. Tout comme dans la petite pièce noire où elles avaient fui durant la soirée, elle se fit une promesse semblable. Un jour elle trouverait le courage de lui rendre ces mots prisonniers en elle-même, un jour elle trouverait la force de lui pardonner, un jour.
