Chapitre 20
Jeux de sang et de sable
And I started to hear it again
But this time it wasn't the end
And the room is so quiet
And my heart is a hollow plain
For the devil to dance again
And the room is so quiet
I was looking for a breath of a life
A little touch of a heavenly light
But all the choirs in my head sang,
no
"Breath of a life"
Le soleil était haut dans le ciel dégagé. Sur ce plafond de bleu infini, il étendait sa lumière sur la capitale, baignait l'arène de sa clarté aveuglante. L'enceinte à ciel ouvert était bondée, accueillant tous ceux qui avaient pu s'y presser pour l'ouverture officielle des jeux.
Au niveau central, sur le sable ayant déjà bu tant de sang, se tenaient tous ceux qui participeraient aux affrontements. Échelonnées sur une semaine entière, les diverses disciplines avaient été rassemblées sous une bannière par jour. Tout comme le voulait la coutume, les épreuves de vitesse seraient les premières. Viendraient ensuite adresse, endurance et force. Et enfin, pour la dernière journée, des combats et duels reliant toutes ces aptitudes ensemble, car pour triompher il fallait toutes les posséder.
Du haut de la loge des dirigeants, la commandante et les autres chefs saluaient la foule. Derrière eux et plus en retrait, Clarke et les membres du conseil observaient les acclamations du peuple. Lexa s'exprima à tous en Trigedasleng, clamant haut et fort des paroles que la blonde de pouvait discerner. Contrairement aux bûchers qui avaient consumé les hommes des montagnes et les blessés natifs, Dria ne vint pas lui traduire le discours de sa sœur. Non, elle resta là sans rien dire, à fixer le ciel alors que tous ceux qui se trouvaient sur le balcon privilégié observaient la foule. Depuis ce qui s'était passé la nuit dernière à la soirée d'ouverture, l'intendante n'avait pas dit un mot. Comme si la veille ses paroles lui avaient échappées, elle les retenait maintenant dans un silence captifs. Elle n'avait même osé réellement croiser Lexa et Clarke, elle les avait plutôt évitées jusqu'à ce que la rencontre dans l'arène devienne inévitable.
Clarke reporta son attention à Lexa alors que celle-ci avait cessé de parler et qu'un silence avait envahi les estrades. Les chefs s'étaient reculés pour la laisser seule au bord de la rambarde. Bolfir s'avança vers elle, lui tendant un arc et une seule flèche. Irsil vint ensuite lui présenter une torche à laquelle la commandante enflamma l'extrémité de sa flèche. Lexa tendit l'arme devant elle y plaça le projectile. Quelques secondes furent nécessaires pour que sa mire soit verrouillée, pour que dans un claquement de corde relâchée une lueur orangée fende l'air. La flèche alla se loger à la cime du grand flambeau à l'autre extrémité de l'arène. Une cible presque impossible à atteindre, tant par la distance que par sa taille. Néanmoins, Heda étant ce qu'elle seule était, une grande flamme jaillissait maintenant toute au haut de la colonne de pierre.
La foule acclama l'exploit et dans la loge tous applaudir également, même Clarke qui était restée bouche bée devant un pareil tir. Wost à côté d'elle lui donna un coup de coude en lui suggérant de remonter sa mâchoire qu'elle avait laissée s'abaisser sous l'ébahissement.
- Impressionnée, fille du ciel? lui murmura-t-il, l'air amusé.
Les yeux grands ouverts et les sourcils haussés, Clarke se contenta de hocher la tête pour répondre. Bolfir alla reprendre l'arc et revint se placer à l'arrière entre Irsil et Nama. Lexa leva les bras haut dans les airs pour inciter son peuple à se calmer. La foule s'exécuta et la commandante reprit à nouveau la parole dans cette langue que la blonde ne pouvait comprendre. À son plus grand soulagement, Wost se pencha à nouveau vers son oreille et lui traduit ses paroles.
- En cette première journée des jeux, que les épreuves de vitesse commencent.
D'un geste de la main, la commandante fit signe aux participants à cheval de s'avancer. Quant aux autres, ils quittèrent le sable du centre de l'enceinte, allant soit se préparer pour les tâches de cette journée où rejoindre les spectateurs s'ils ne performaient qu'au courant de la semaine. Douze cavaliers, un pour chaque clan, s'avancèrent au bas du balcon de pierre, le regard tourné vers leur commandante. Lexa s'adressa à eux alors que Wost recommençait à traduire à Clarke.
- La course des quatre nuits, voilà ce qui vous attend dès lors que vous quitterez cette arène. Par-delà ces murs, par-delà les forêts et les terres parcourues, la victoire et la gloire attendent l'un d'entre vous. Un seul restera dans les mémoires, un seul.
Lexa inclina la tête en refermant les yeux et la foule se mit à hurler alors que les cavaliers faisaient claquer les rênes de leur monture. Dans un nuage de poussière, les chevaux s'élancèrent vers le portail de sortie, ne promettant leur retour qu'après quatre nuits et jours. Le délai d'un parcours effréné à travers le clan des bois.
Puis les athlètes ayant quitté pour se préparer revinrent pour satisfaire ce public qu'il ne fallait laisser s'impatienter. En si grand nombre et dans un tel esprit de frénésie, la foule se devait d'être maintenue captivée et surtout en haleine. Ainsi, les compétitions sous l'emblème de la vitesse s'enclenchèrent, alternant des courses de toutes sortes et d'autres épreuves ardues.
Au balcon où tous les privilégiés du pouvoir étaient rassemblés, on servit à boire et à manger alors que les représentants s'affairaient sur ce sable réchauffé par le soleil éblouissant. Lexa vint rejoindre Clarke près du mur du fond. Wost ne manqua pas de s'éloigner à son approche, se rappelant que trop bien ce regard assassin que la commandante lui avait jeté lorsqu'il s'était trop approché de la blonde lors de la cérémonie des vaincus. Elles restèrent en retrait ensemble, à regarder tous ceux qui occupaient cette loge. Dria s'était reculée le plus loin possible d'elles, allant à l'opposé complètement. Alors que Clarke balayait les chefs du regard, elle remarqua comment la reine Nia observait l'intendante. Dans une concentration parfaite, elle la fixait comme on observe une proie. Puis, celle-ci se redressa de la rambarde d'où elle s'était adossée et entrepris de traverser l'endroit pour aller rejoindre celle qu'elle avait hantée durant toute la soirée précédente, sa cavalière captive.
Clarke serra les dents en voyant cela, mais alors qu'elle allait prévenir Lexa, le chef du clan des mines arrivait pour féliciter son lancer d'une adresse incontestable. La blonde referma les points, se préparant à aller rejoindre cette sœur improbable qu'était Dria. Elle essayait de se frayer un chemin parmi les convives quand elle fut bousculée par une grande femme à la chevelure claire, Luna. Celle-ci intercepta la reine en se plaçant sa trajectoire et en échappant maladroitement sa coupe. Clarke s'arrêta nette alors qu'elle observait cet incident. Car la chef du clan des nomades des mers avait serpenté, verre en main, entre tous avec tant d'agilité, leste dans ses esquives et même en accrochant Clarke, pas une goutte ne lui avait échappée. La blonde fronça les sourcils devant la scène qui semblait perturber et contrarier la reine de plus en plus.
Clarke regarde tout autour, cherchant Dria des yeux, ne la voyant plus là où elle se trouvait quelques secondes auparavant. Elle la reconnut de dos alors qu'elle s'entretenait avait une jeune femme que Clarke n'arrivait plus à se figurer. Le regard de cette inconnue croisa le sien. Celle-ci détourna les yeux un bref moment vers Luna et la reine, puis revint à Clarke, lui souriant avec une malice amusée, lui faisant un clin d'œil de satisfaction. La blonde ne comprit pas ce qui lui valait ce regard complice et alors qu'elle allait tourner les talons pour rejoindre Lexa, elle vit Luna marcher vers elle, laissant derrière une Nia contrecarrée.
- Fille du ciel, lui dit Luna en inclinant la tête respectueusement vers elle. N'allais-tu pas rejoindre Heda sis, dit-elle en lui offrant le même sourire espiègle que la jeune femme accompagnant Dria.
Clarke fronça à nouveau les sourcils, ne comprenant pas, ne comprenant pas du tout. Elle hocha la tête comme réponse alors que la grande blonde lui indiquait le chemin. Elles rejoignirent les jeunes femmes, se plaçant plus en retrait des autres invités.
- Mais ce que tu peux être maladroite Luna… lança la jeune femme à la chevelure brune, toujours avec ce sourire moqueur au visage.
Luna laissa échapper un petit rire en allant se placer à côté d'elle et en la bousculant avec amusement. Clarke alla se placer à côté de Dria et contre toute attente, celle-ci lui prit la main et lui sourit, appréciant visiblement sa présence.
- Clarke, laisse-moi te présenter plus officiellement ces maladroites volontaires. Voici Luna, la dirigeante du clan des nomades des mers. Et avec elle, la plus jeune chef de clan présente ici, Mieno.
Celles-ci penchèrent la tête pour la saluer et Clarke imita leur geste.
- Cette chère Nia avait accaparé Heda sis depuis déjà trop longtemps, dit Luna en levant les yeux au loin, en jetant un bref coup d'œil à cette reine des glaces.
Le visage de Clarke changea alors qu'elle comprenait toute cette diversion. Dria caressa le revers de la main de la blonde avec son pouce, lui souriant à nouveau alors que celle-ci réalisait l'intention derrière le geste des deux chefs de clan. Elle soupira de soulagement en constatant cette proximité évidente entre ces femmes aux âges disparates.
- Je ne m'imaginais pas pareil lien entre les chefs des clans… laissa échapper Clarke en resserrant ses doigts autour de ceux de Dria.
- Seulement depuis l'instauration de la coalition par la commandante, lui répondit Luna.
- Mieno et moi avons été toutes deux représentantes, moi pour les forêts et elle pour les Grands Lacs, le clan du…
- Nord vert, compléta Lexa qui se joignait à eux, faisant sursauter Dria à cette voix qu'elle ne pouvait confondre.
Elle alla relâcher la main de Clarke et s'éloigner quand Lexa retint son bras. Elle relâcha son emprise et ses doigts devinrent caresse rassurante et d'un léger sourire, apaisa sa sœur encore tourmentée de leur querelle de la nuit dernière.
- Luna, Mieno, ajouta Lexa en allant se placer à la gauche de Clarke.
- Heda.
- Continue ma sœur, ajouta Lexa, pressant Dria de continuer ce qu'elle racontait à Clarke.
- Hum… et bien je disais simplement que Mieno et moi représentions les nôtres dans l'échange. C'est là que nous nous sommes rencontrées… mais dans mon souvenir tu me semblais pourtant si jeune.
- Il y a déjà trois ans de cela, Dria, ajouta Luna en donnant un léger coup de coude à la jeune chef des lacs.
- Mieno n'avait pas encore vu son quinzième printemps, mais était encore bien plus vieille que le fils du chef des mines, pauvre gamin je crois que je n'ai jamais vu un enfant avoir autant le mal de mer!
Luna éclata de rire et toutes se laissèrent aller à cette joie contagieuse.
- En effet, certains clans ont été bien plus agréables que d'autres…
Mieno laissa sa phrase en suspens alors que son regard se perdait dans ses souvenirs. Dria la suivit dans ce songe, toutes deux n'ayant pas besoin de mots pour se confirmer comment le sommet enneigé des terres des glaces avait été le pire mois de leur vie. Dria alla prendre les doigts de Mieno dans les siens, terminant ainsi ces souvenirs complices. Elles échangèrent un sourire forcé, se forçant à apprécier le présent qui les réunissait à nouveau. Luna baissa les yeux sur les jeunes femmes se tenant maintenant les mains. Elle sourit tendrement.
- Je ne sais pas comment se passe ce nouvel échange, Clarke, mais je sais toutefois comment il a uni les douze clans. Dans l'éloignement et l'absence les représentants ont pleuré et maudit pareil honneur. Mais ensemble ils ont appris et surtout grandi.
Mieno se tourna vers Clarke alors que Luna laissait ses derniers mots planer tout autour d'elles.
- Au terme de l'année qui nous aura fait parcourir les différents territoires, nous avons tous été reclus ensemble pour un autre mois. Alors que nous ne nous étions à peine croisées lorsque les chefs nous avaient présentés à Heda comme participants, ces semaines partagées nous auront, pour la plupart, liées comme il est rare de l'être.
- Mais ensuite il leur a fallu repartir avec les leurs, il leur a fallu quitter la capitale, compléta Dria.
Clarke ne répondit rien. Se contenta de regarder tour à tour Dria, Luna et Mieno. Elle se surprit à apprécier pour la première fois de participer à pareil rituel. Non pas seulement puisqu'elle et Lexa s'étaient ainsi retrouvées comme seuls leurs passés brisés pouvaient les réunir, non. Mais plutôt pour tout l'enjeu que cela représentait. Égoïstement elle ne s'en était pas souciée avant, de toute l'ampleur même si Lexa l'avait soulignée à maintes reprises. Clarke se prit même à avoir hâte à cette fameuse réclusion en compagnie de Dria, de ce moment où elle se retrouverait seule à nouveau. Avec ce qu'avait appris Clarke, pouvoir enfin tant échanger avec celle qui connaissait Lexa mieux que quiconque devenait une opportunité qu'elle attendrait avec impatience. Les confidences, mais surtout ce fameux lien que décrivait Mieno, un futur tout près mais qui serait irrémédiablement suivi de son retour au camp Jaha. Et cela était un futur que Clarke ne voulait pas envisager, du moins pas si tôt.
Les femmes finirent par se disperser, Lexa et Clarke ensemble, Luna de son côté et Mieno et Dria de paire. La journée se poursuivit au rythme des affrontements de vitesse et des acclamations émanant du stade bondé. Puis la clarté du jour se tamisa et la fin de cette première étape fut donnée. L'arène se vida et le peuple retourna dans la ville jusqu'alors désertée. Les dirigeants quittèrent en dernier et alors qu'ils descendaient les longues marches de pierre, Clarke reconnut Indra au loin. Sachant pertinemment que son second devait se trouver à ses côtés, elle se sépara du groupe pour se presser plus rapidement au bas des escaliers. Elle les dévala en serpentant à travers tous, prenant toutefois le plus grand soin de ne bousculer personne.
- Octavia! cria Clarke alors qu'elle perdait Indra de vue dans la mer de gens à la sortie du stade.
Clarke continua à avancer et à crier son nom. Mais plus elle se frayait un chemin dans l'attroupement et plus elle n'y voyait rien. Les gens étaient grands et nombreux et les deux jeunes femmes n'avaient que peu de chance de s'entrapercevoir de loin. Clarke relâcha un cri de surprise entremêlé de peur quand on la saisit fermement par les épaules. Sa stupéfaction ne dura toutefois qu'un court instant, car elle reconnue la voix de Lincoln dans son oreille. Elle se détendit et esquissa un sourire de soulagement. Il lui prit la main pour éviter de la perdre dans ce tumulte et l'entraîna plus loin encore.
- Indra et Octavia se rendent aux fosses de combats, viens nous allons les y rejoindre.
Clarke resserra ses doigts autour des siens et en pressant sa paume dans la sienne elle sentit une épaisse cicatrice au centre de celle-ci. Tout en continuant à marcher, elle referma brièvement les yeux, ne se rappelant que trop bien d'où provenait cette marque de souffrance. Elle eut un léger pincement en se rappelant comment elle-même avait autorisé Bellamy à tenter de soutirer des informations à Lincoln, et ce, quoiqu'il en coûte. Et voilà qu'elle sentait maintenant ce qu'il est avait coûté. Dans cette main rassurante la guidant à travers tous elle le sentait, ce souvenir que la paix n'avait pas toujours été, non, loin de là.
Ils finirent par émerger hors de la foule et se dirigèrent vers une portion de la ville où Clarke n'était encore jamais allée. Plus près des carrefours centraux que le d'arène, ils se rendirent près des eaux mouvementées de l'océan. Cet endroit rappelait étrangement Andrews. Un vaste étendu bétonné craquelé pas la végétation. Des immeubles en ruine et surtout, d'imposants paquebots échoués dans la rouille et le temps. Clarke toisa l'endroit qui servait maintenant pour l'entrainement, les fosses de combats.
Toutefois, ils n'y trouvèrent pas qu'Indra et Octavia. Dispersés, il y avait là des généraux de tous les clans accompagnés de jeunes apprentis. Les lances, épées et armes de toutes sortes résonnaient alors qu'elles s'entrechoquaient. Un entrainement sans pitié dans lequel les jeunes natifs apprenaient à la dure. Octavia ne faisait pas exception et Indra n'y allait pas de tout repos.
- Mais qu'est-ce qu'ils font tous? Demanda Clarke tout en balayant l'endroit des yeux.
- Tu ne sais donc pas pourquoi Octavia et moi avons accompagné Indra à la capitale?
- Octavia est son second… non?
Lincoln sourit du coin des lèvres en se tournant vers la blonde.
- Le dernier jour des jeux est celui des combats. Il est de coutume que les seconds de tous les clans s'affrontent pour clore les jeux.
- Quoi? demanda Clarke alors qu'elle se retournait à son tour vers Lincoln.
- Les chefs de clan ne participent pas, ainsi va l'adage.
- Et quoi les seconds vont saigner pour eux?
Lincoln hocha simplement la tête avant de poursuivre.
- Les chefs et Heda ne participent pas, ils ne risquent ni leur vie ni leur position. Pour les jeunes seconds, il s'agit d'un honneur de les représenter.
- Un honneur, mais…
Clarke se retourna vers Octavia et resserra les points.
- Clarke, ces combats n'impliquent pas la mort des participants, seulement de vaincre l'opposant, de prouver quel clan aura dominé les autres.
- Seulement de vaincre, vraiment? Et tu crois qu'avec de pareilles armes ont ne fait que jouer au plus fort? Lincoln Octavia pourrait être…
- Octavia a choisi de participer, Clarke, comme les autres apprentis des généraux de notre clan, comme ceux des contrées éloignées… Elle est Okteivia kom Trikru maintenant.
Clarke constata la fierté dans le regard de Lincoln alors que tous deux reportaient leur attention aux entrainements qui se déroulaient tout autour. Elle resta là, figée, à regarder la seule personne de son peuple qui lui avait été donné de revoir depuis des semaines. La seule personne de son peuple qui n'en était plus une désormais.
Les jours s'étaient enchainés et s'étaient ressemblés. Au lever du jour, Lexa réveillait Clarke et ensemble elles allaient prendre le petit déjeuner en compagnie de Dria. La tension entre les sœurs ne semblait plus être et de jour en jour, Clarke pouvait observer ce lien qui se renouait de plus en plus fort. La blonde aimait les regarder, aimait voir Lexa dans cette relation si spéciale et unique qui l'éloignait de Heda. Elle avait l'impression qu'ainsi, elle pouvait enfin apercevoir Lexa tout entière, complète en la présence de celle qui était plus qu'une sœur, sa demi-âme.
Puis la jeune Mieno venait chercher Dria, lui tenant compagnie en permanence maintenant. Elles partaient de leur côté, laissant Clarke et Lexa seules pour quelques rares instants avant que leur présence au stade ne soit requise. Dans ces moments privilégiés, quoique trop courts, elles pouvaient laisser aller cette passion qu'elles partageaient, ces rapprochements qui ne semblaient jamais suffisants, jamais assez longs.
Puis les jeux reprenaient lorsque le soleil atteignait le zénith. Le second jour fut celui de l'adresse. Il y eut des tirs de toutes sortes. Lances, épées, dagues volèrent durant cette journée, atteignant cibles mouvantes et statiques. Des maîtrises impressionnantes, mais qui, selon Clarke, n'auraient pu rivaliser avec celles de la commandante. Mais Heda ne participait pas, ne démontrerait davantage l'étendue de sa supériorité évidente.
Le troisième jour la force fut à l'honneur. Nombre de pierres furent soulevées, transportées, projetées dans une démonstration à couper le souffle de ces talents bruts. Mais ce qui impressionna le plus Clarke, fut le maintien des chevaux. Un homme du clan des mines se plaça entre deux bêtes et empoigna leurs brides. Puis on fouetta les destriers pour qu'ils tentent de se mettre au galop. Mais l'homme, non sans peine, contint leur tentative de cavalcade, démontrant la puissance de cette force impossible. Les chevaux enfoncèrent leurs sabots dans le sable, se ruèrent, mais furent inlassablement maintenus là, entre les mains de cet homme des mines.
L'avant-dernier jour fut celui de l'endurance. Pour cette étape, les épreuves furent à la fois au stade, mais également au port et à la plage. Car l'une des démonstrations était celle de l'eau. Sans grande surprise, les clans des nomades des mers, des côtes, ceux au large et celui des Grands Lacs furent les meilleurs participants. Car les natifs furent plongés dans les eaux glacées de l'océan, devant soit parcourir la plus grande distance à la nage ou se devant de rester simplement baignés le plus longtemps possible. Pour Clarke qui ne savait pas nager, ce fut la journée qui la subjugua le plus. Mais quand les participants sortirent finalement de l'eau, Dria les prit immédiatement en charge sans qu'aucun n'oppose résistance.
Puis vint la fin de cette quatrième journée et Lexa et Clarke revinrent à la demeure de la commandante. Entre temps la blonde avait fait demander Octavia, désirant passer la soirée en sa compagnie avant les combats de demain. Rhen vint lui annoncer son arrivée et avec Lexa, elle le suivit jusqu'aux portes de la maison. Alors qu'ils dévalaient les escaliers, Dria et Mieno rentraient de cette longue journée. Clarke alla serrer Octavia dans ses bras et celle-ci resta perplexe. Elle finit par lui rendre son étreinte non sans conserver son air surpris.
- Octavia, murmura-t-elle en se reculant pour la regarder droit dans les yeux.
- D'émouvantes retrouvailles… lança Mieno en observant la scène.
- Mieno je te présente Octavia. Elle est du peuple du c… c'est avec elle et ceux de tonDC que je suis venu à la capitale. Elle est la seconde d'Indra.
La chef du Nord vert lui sourit en inclinant la tête en signe de respect. Dans son mouvement ses yeux se posèrent sur la main droite d'Octavia et elle fronça les sourcils en la voyant, ou plutôt en ne voyant pas ce qui aurait dû s'y trouver.
- Octavia, tu es réellement le second d'Indra? Alors pour participer demain il te faudra la marque des seconds ma chère.
Lexa s'approcha de la brune et lui saisit la main droite, et ce, en écartant Clarke au passage. Tout comme Mieno elle remarqua la peau dénuée d'encre caractéristique.
- Octavia il va falloir remédier à cela, ce soir.
- Mais… commença Clarke qui n'y comprenait rien.
- Ça ne sera pas douloureux… ajouta Dria en direction de Clarke et Octavia, tentant de les rassurer.
- Ah un peu quand même, sourit Mieno. Heda je peux?
Lexa hocha la tête en direction de la chef de clan.
- Bien, vous allez toutes assister, non?
- Dria, Mieno, aller également chercher Luna et attendez-nous à la maison à la porte rouge, dit Lexa en plongeant son regard dans celui de son intendante.
Les jeunes femmes s'exécutèrent et bientôt il ne resta plus que Lexa, Clarke et Octavia.
- Je crois que vos projets pour la soirée ont changés, dit simplement Lexa et se retournant vers elles.
Quand toutes trois arrivèrent à la maison à la porte rouge, quelques lueurs émanaient d'une fenêtre de l'étage. Elles entrèrent et montèrent l'étroit escalier. Pour la première fois, Clarke ne fit pas que traverser la maison pour aller à la serre. Elle avait d'abord cru que cette soirée se déroulerait là-bas, mais non. Alors qu'elle réalisait qu'elle n'avait jamais visité cette demeure en entier, elle songea à cette verrière où elle seule avait probablement été autorisée à voir, à occuper, à peindre.
Lexa poussa la porte dont le dessous laissait passer une faible lumière. Dans un grincement métallique de pentures rouillées, elles entrèrent. Des bougies avaient été disposées un peu partout et emplissaient la pièce d'un halo orangé. Les ombres créées par les flammes vacillantes ondulaient sur les murs dont le papier peint retombait ici et là. La chambre était pratiquement vide si ce n'était des couvertures et coussins qui se trouvaient en son centre. Luna était à verser une coupe à Dria alors que Mieno déballait une petite trousse de cuir. Elles levèrent la tête en les voyant arriver, mais restèrent assises et les invitèrent à en faire autant.
Non sans réserve, Octavia alla s'asseoir avec Mieno, Clarke près de Dria et Lexa vers Luna. On leur servit à boire et deux fois plutôt qu'une pour Octavia. Lexa, Luna, Dria et Mieno levèrent leur coupe d'un air solennel devant le regard surpris des deux autres. Puis, Dria ne put se retenir davantage et pouffa de rire. Les autres l'imitèrent, n'en pouvant plus de feindre pour s'amuser aux dépens de leurs invités. Clarke et Octavia se regardèrent perplexe, ne croyant pas ce qui leur était donné de voir. Ces femmes aux pouvoirs et aux responsabilités, régnant et dirigeant des peuples entiers qui, l'espace d'une soirée, levaient le voile de tout ce poids du devoir qui leur incombait.
L'ambiance s'anima alors que Mieno terminait de préparer aiguille et encre. Octavia lui tendit sa main droite et la jeune chef commença à tracer sur le revers de celle-ci. La brune grimaça à la vive douleur, mais ne se plaint pas, ne dit pas un mot.
- Sans douleur Dria, hein? Dis Clarke qui pouvait lire tout le mal que tentait de camoufler Octavia.
- Ah, elle vous a dit ça, lança Luna en riant à nouveau. Dria et son éternel réconfort!
Lexa sourit à sa sœur avec cette complicité dans les yeux, puis ajouta.
- La marque du second est essentielle, elle indique l'honneur que tu portes. Chaque tatouage a une signification et sa raison d'être. Ne pas l'arborer, c'est ne pas être ce qu'elle signifie.
Tout en disant ces mots, Lexa relevait sa manche droite pour y indiquer l'un de ses tatouages au bras, indiquant qu'il s'agissait de la marque pour avoir secondé Anya.
- Comme la marque de Heda, demanda Clarke?
Lexa hocha la tête et la blonde alla s'approcher d'elle. Clarke dégagea doucement son cou du bout des doigts pour admirer à nouveau cette marque de Heda à la base de sa nuque.
- Alors Mieno, comment est-ce de retrouver ta chère Dria, j'ai vu que tu ne l'avais pas quitté depuis que nous l'avons dérobé à la reine.
- Mais pourquoi est-elle tant portée vers toi? Coupa Clarke qui s'était posé cette question depuis la soirée d'ouverture à la maison de la commandante.
Il y eut un silence durant lequel les sœurs échangèrent un regard affligé. Après un moment Luna brisa ce calme oppressant qui s'alourdissait de plus en plus.
- Ce n'est un secret pour personne que la reine des glaces a toujours voulu être Heda.
- Mais on devient… commença Clarke.
- C'est l'esprit de Heda qui nous choisit et non l'inverse néanmoins… Mieno laissa sa phrase en suspens.
- L'esprit de Heda suit la force et certains croient que l'on peut se l'approprier en vainquant son hôte, compléta Lexa le regard absent et noir.
- Mais rares sont ceux qui croient en ces légendes, renchérit immédiatement Luna. Et ce qui est encore moins un secret pour tous est que la reine Nia n'a pas toute sa tête…
-Elle parle toute seule, avoua Mieno. Quand elle croit que personne ne l'observe, elle se parle à elle-même. Quand j'étais sur ses terres pour l'échange, je l'ai vu à maintes reprises. Et toi Dria?
L'intendante avait refermé les yeux et ne répondit rien, elle se contenta de secouer la tête pour dire que non, pour mentir.
- Et pourquoi est-elle comme ça? Demanda Octavia les dents serrées, tentant de se distraire de ce qui lui était infligé.
Luna et Lexa se regardèrent l'une l'autre, comme si elles se demandaient qui des deux raconterait ce pan du passé de la reine des glaces. Luna sourit légèrement à la commandante et se retourna vers Clarke et Octavia.
- On raconte qu'il y a très longtemps, bien avant même que les clans se forment en territoires distincts, ceux qui vivaient à la montagne enneigée étaient divisés en deux groupes, ceux du sommet et ceux à la lisière des forêts des basses montagnes. Ceux qui vivaient plus en hauteur étaient reclus dans les neiges, encerclés et ne pouvaient redescendre qu'à leur risque et péril. L'hiver tenace et le froid rendaient la chasse de plus en plus difficile, et les animaux de plus en plus rares. On dit que lorsque le gibier vint totalement à manquer, ils se retournèrent les uns contre les autres…
- Ce n'est pas vrai tout ça, la coupa Mieno…
- Ah laisse la poursuivre, dit Dria qui n'avait étrangement jamais entendu cette histoire sur la folie de la reine.
Luna sourit brièvement puis reprit son air mystérieux alors qu'elle poursuivait son récit.
- On dit que Nia et sa famille vivaient au creux des bois blancs, se cachant des leurs qui se dévoraient maintenant les uns les autres. Mais une nuit, ils les trouvèrent dans la petite grotte où ils s'étaient tapis. Ils furent tous sauvagement tués et… mangés. Du moins, tous sauf une, la fillette restée dans l'ombre, la fillette qui avait observé cachée dans le noir, Nia… Elle fuit vers le bas de la montagne et ceux qui vivaient à la lisière de la forêt surent ce qui hantait le sommet blanc. Les clans s'affrontèrent et le pic fut conquis. Sous une seule bannière fut ensuite formé Azgeda. De la grotte sombre au passé sanglant, la seule survivante des sauvages devint un jour la reine, la souveraine que nous connaissons aujourd'hui.
Il y eut à nouveau un silence pesant, puis un gémissement d'Octavia fit détourner l'attention.
- Shhh, j'ai presque fini, la rassura la jeune Mieno.
- Alors Clarke, tes terres te manquent-elles? Il est toujours enivrant de découvrir de nouvelles contrées, mais rien ne vaut l'exaltation du retour chez soi, lança Luna.
Aux mots chez soi, Clarke se revit avec Dria dans la serre alors que celle-ci pleurait dans ses bras, lui demandant ce qu'était ce lieu, ce qu'était un chez-soi. Elle se souvint également de ce qu'elle lui avait répondu, que c'était auprès de ceux qui nous aiment. Clarke en vint à se demander si elle n'y était pas déjà, si elle ne faisait pas que s'en éloigner quand l'échange forcerait son départ. Dria sembla lire en elle, lire sur son visage les mêmes doutes qu'elle-même avait vécus. Car elle était l'intendante des forêts, mais au fond de son cœur, elle resterait toujours l'une du Nord vert, les contrées des Grands Lacs où elle avait grandi et tout appris. Elle lui prit la main et plongea son regard dans le sien.
- Non… répondit finalement Clarke sans se retourner pour répondre à Luna.
- De là où on vient et notre chez-soi sont parfois deux endroits distincts, n'est-ce pas Dria? ajouta Mieno qui connaissait l'amour de l'intendante pour ses terres.
Dria se tourna vers elle et lui fit signe que oui, puis elle se retourna vers Lexa et lui fit un léger sourire coupable.
- Je suis toute à fait d'accord, dit Octavia qui contemplait maintenant son tatouage achevé.
Sous forme de tribales circulaires, une dague et une fougère s'entrecroisaient en racines et en branches. Clarke se pencha vers Octavia et elles regardèrent la marque du second avec attention. Mieno en profita pour aller rejoindre Dria et la prendre par le bras, ne voulant se résigner à la quitter bientôt. Dria caressa le bras de la jeune chef tendrement, comme on le ferait avec une petite sœur.
- J'envie le temps où père m'amenait voir les apprentis guérisseurs du fond des bois. Te souviens-tu comment c'était, comment nous trois nous étions inséparables, te souviens-tu des enfants que nous étions? J'aimerais parfois que tu reviennes nous trouver, toi et ce frère que tu avais, ce cher Nyko.
À ce nom Dria porta sa main à ses lèvres alors que les larmes la submergeaient tout à coup. Elle les essuya brusquement, mais elles n'échappèrent à personne. Dria se releva et quitta la pièce. Comme si elle craignait que Lexa ne la suive, elle dévala les escaliers et courut hors de la maison, ne désirant surtout pas être rattrapée. Toutes restèrent bouche bée devant ce départ si soudain.
- Mais qu'est-ce que j'ai dit? demanda honteusement Mieno.
- Ce frère que tu avais… murmura Clarke en comprenant maintenant.
Elle n'avait pas saisi ce que voulait dire Dria quand elle lui avait dit qu'elle n'avait plus personne. Comment sa mère était partie comme Gustus, puis qu'elle n'avait plus de frère et avec ce qui s'était passé avec Lexa, comme si elle n'avait plus de sœur non plus. Mais la question du fameux frère était restée en suspens. Car le sang ne les liait pas, ces frères et sœur de choix. Mais Clarke avait fait le lien maintenant, savait qui avait marqué Dria alors qu'elle était au camp Jaha.
- Ce n'est pas l'un des vôtres, c'est tout ce que tu dois savoir… murmura à nouveau Clarke alors qu'elle répétait les mots de Dria quand elle lui avait fait promettre de ne rien dire à Lexa.
Clarke serra la mâchoire et en refermant les yeux, une larme glissa le long de sa joue. Les paupières clauses, elle ne vit pas le regard noir de Lexa, elle ne vit pas qu'elle aussi venait de tout comprendre, enfin.
Le soleil se leva sur ce dernier jour des jeux. Lexa réveilla Clarke, mais toutefois, lorsqu'elles allèrent chercher Dria pour le petit déjeuner, elle n'était pas dans sa chambre. Si elle était rentrée la veille, elles en doutèrent maintenant. Car la soirée fut écourtée par cette fuite inattendue. Les bougies avaient été éteintes et toutes étaient reparties, dans un silence qui cette fois-ci, n'avait été interrompu.
Elles se préparèrent et se rendirent à l'arène pour la dernière journée des jeux, les combats. Les dirigeants se regroupèrent à nouveau dans la loge pour assister aux affrontements. Tous vinrent, tous sauf l'intendante. Mais en ce dernier jour où les compétitions étaient à leur comble, son absence ne fut remarquée, si ce n'est que par celles qui avaient été en sa présence la nuit dernière.
La foule, plus enivrée que jamais, clamait haut et fort, encourageant et supportant ses favoris. Les heures s'enchainèrent alors que duels et combats de groupes en tous genres s'échangèrent. Le sang imprégna le sable lors de cette dernière journée. Bien des blessures furent infligées, mais pas de mort.
Puis vinrent les derniers échanges, ceux des seconds. Nombre d'apprentis vinrent se présenter en ligne devant le balcon où trônait Heda. Chacun leur tour, ils se présentèrent, eux et celui pour qui ils se battraient. Ils s'agenouillèrent devant leurs chefs respectifs et la commandante, puis retournèrent au centre du stade. Plus d'une trentaine jeunes natifs se tenaient là, à se fixer l'un l'autre. Et bientôt, le son des cornes retentit et le combat commença.
Les seconds se rallièrent d'abord par clan pour arriver à durer le plus longtemps possible. Car la règle était simple, une fois désarmé, vous aviez perdu, une fois désarmé on ne vous atteignait plus. L'objectif n'était pas de tuer, mais dans la tentative de soustraire son opposant de son arme, certaines blessures devenaient parfois fatales.
Cramponné à la rambarde du balcon, Clarke sentait son cœur se débattre violemment dans ses oreilles, craignant pour Octavia. Les affrontements étaient brutaux et sans pitié. Malgré leur jeune âge, ces guerriers se donnaient corps et âme. Ainsi les minutes passèrent comme des heures pour la blonde. Des minutes où chaque assaut vers Octavia lui faisait retenir son souffle, se crisper de peur et d'appréhension.
Très vite il ne resta plus que quatre opposants, deux de la nation de glace, un des mines et contre toute attente, la protégée d'Indra. La foule de Polis était en délire devant cette jeune guerrière que personne ne connaissait, mais savait être de tonDC. Le combat se divisa en deux, chacun de ceux de la nation de glace se prenant contre les deux qui restaient.
Octavia para coup sur coup, non sans peine, mais avec toute la maîtrise que lui avait inculquée son mentor. Elle le laissa envoyer ses volées, le laissa s'approcher jusqu'à ce que la bonne ouverture se présente. Après des rondes interminables, ce moment vint enfin et elle lui entailla le bras qui empoignait son glaive. Dans un hurlement il laissa tomber son arme et Octavia termina de le mettre au sol en lui envoyant son pied en pleine poitrine. À bout de souffle et le regard honteux il s'écrasa sur le sable.
Elle se retourna pour apercevoir juste à temps une lance qui lui était envoyée. Octavia se jeta au sol pour éviter le projectile. Le visage dans le sable gorgé de sang elle vit le garçon des mines qui gisait là, sans vie. Elle se remit sur ses pieds, resserrant ses doigts sur son épée, prête à recevoir son dernier adversaire. Le jeune homme s'approcha d'elle l'air menaçant avec dans les yeux, bien plus que l'envie de simplement la désarmer.
Ils entamèrent une danse au rythme de leurs armes qui s'entrechoquaient. Tous deux parèrent, projetèrent des coups, s'évitant l'un l'autre. Puis Octavia se força à ralentir la cadence, comprenant qu'elle avait affaire à plus fort qu'elle. Mais comme lui avait enseigné Indra, même les plus forts pouvaient être vaincus, il fallait simplement les affronter différemment. Elle cessa donc progressivement l'offensive, se repliant pour observer davantage, pour analyser et trouver cette faille. Ce moment, aussi bref serait-il, où elle trouverait à nouveau l'ouverture pour lui asséner le coup déstabilisateur, celui qui lui donnerait le dessus.
Elle évita les assauts puissants, se déroba avec agilité tout en tentant de contrôler sa respiration. Et plus elle se faufilait et plus la colère de son opposant devenait palpable. En se laissant emporter dans sa fureur, il donna enfin à la jeune femme l'occasion qu'elle attendait tant. Alors qu'il parait le bras droit d'Octavia, celui qui tenait son épée, de son poing gauche, elle lui fracassa la mâchoire.
Pour l'éloigner, il la repoussa violemment. Elle recula de deux pas alors qu'il passait sa, mais à son visage. Il accumula toute la salive et le sang qui lui emplissait la bouche pour s'en soustraire. Mais plutôt que de rendre le tout au sable, il cracha droit dans les yeux d'Octavia qui se retrouva aveuglée.
En un instant, il lui enfonça son point dans le ventre et elle perdit le souffle. Il lui tordit sauvagement la main qui relâcha ainsi son épée. Le guerrier envoya la jeune femme par terre, désarmée, vaincue. Il se saisit de l'arme d'Octavia et la leva haut dans les airs, prêt à l'abattre sur celle qui gisait à ses pieds.
Le bruit d'une flèche fendant l'air juste au-dessus de sa tête le sortit de sa rage meurtrière, lui rappelant l'objectif du combat des seconds, désarmer et vaincre, non tuer. Il leva les yeux vers le balcon, croisant d'abord le regard fier de sa reine, puis celui assassin de Heda qui avait toujours son arc de brandit, une seconde flèche prête à venir lui rappeler mortellement les règles s'il ne s'arrêtait pas.
Il laissa son arme tomber au sol et s'inclina sous les regards et le silence de la foule. Tous restaient là, se demandant ce qui allait suivre, attendant ce que ferait Heda. Mais l'attente fut interrompue alors qu'on aperçut les cavaliers rentrer de la course des quatre nuits. La foule se mit à hurler alors qu'on constatait la victoire des nomades des sables. Une distraction parfaite pour l'affront qu'avait commis le jeune homme de la nation des glaces, et ce, sous ordre de sa reine.
Les seconds défaits se relevèrent et on vint chercher le corps du jeune homme des mines, celui dont la l'honneur de défendre son clan avait couté la vie, pour le plus grand plaisir de la foule insatiable.
La journée fut close sur l'acclamation de tous les participants, mais surtout des vainqueurs. Regroupés par clan ils défilèrent en progressions autour du stade, sur ce sable qu'ils avaient marqué de leurs sueurs, de leurs sangs et pour certain, de leur vie.
Puis l'heure du départ vers leurs contrées respectives vint avec l'approche du coucher du soleil. Aux portes de la ville, ils échangèrent les au revoir solennels, remerciant Heda de ces jeux, de ce renouvellement sanglant des liens qui unissaient les clans ensemble.
Lexa saluait tous les dirigeants, leur adressant ses respects et leur souhaitant bon retour sur leurs terres. Il ne lui restait plus que trois chefs à croiser, Luna, Mieno et Nia. Mais alors que Luna approchait et que Mieno était aperçue au loin, il n'y avait pas trace de la reine des glaces.
- Heda, dit Luna en s'inclinant. Ce fut un plaisir de revenir à la capitale, puissions-nous nous revoir bientôt.
- Puisses-tu faire bonne route mon amie, et puissions-nous nous revoir bientôt, en effet.
Elles échangèrent une poigne en guise de respect et Luna passa les murailles, suivi des siens. Lexa se mit sur la pointe des pieds, cherchant Mieno. Elle finit par la voir au loin, avec celle qui avait brillé par son absence durant toute la journée, Dria. Lexa eut un pincement au cœur en les voyant s'étreindre dans cet au revoir déchirant, toutes deux retenant les larmes qui les menaçaient. Car elle y vit un lien rappelant celui d'une grande et une petite sœur. Elle y vit ce qu'elle n'avait plus la force de repousser, son affection pour celle qu'elle aimait tant, sa propre petite sœur, Dria.
Clarke était aux portes également et alors que Mieno faisait maintenant ses salutations à la commandante, elle-même disait au revoir à Octavia. Elles se serrèrent fort, comme si elles ne voulaient se laisser aller l'une l'autre. Même si elles avaient été séparées par bien des conflits et des décisions contraires, leurs destins communément reliés au monde des natifs leur faisaient apprécier ce lien qu'elles partageaient. Ce lien venant d'un autre temps, d'un autre peuple, celui du ciel. Car même si elles s'étaient imprégnées des natifs, jamais elles n'oublieraient d'où elles venaient toutes deux.
Indra, Octavia et Lincoln étaient en selle avec les autres guerriers de tonDC. Ils n'attendaient plus que l'intendante. Quand Mieno eut quitté avec les siens, Dria alla finalement rejoindre sa sœur. Lexa retira son pendentif et Dria l'imita. Elles pressèrent leurs mains dans cet échange de médaillons à leur image. Après ce moment passé en silence, Dria alla se reculer, mais Lexa la retint en plaçant sa main derrière son cou. Et dans un murmure pour qu'elle seule entende, elle laissa enfin aller ce que Dria attendait depuis des années, ces mots si durs à libérer, à laisser-aller.
- Ai hod yu in, avoua Lexa dans un soupire, relâchant ce qu'elle n'avait plus la force de lui cacher.
Sur le plateau de la haute ville, la reine Nia regardait les derniers dignitaires quitter la capitale. Alors qu'elle devrait bientôt partir à son tour, elle se retourna pour s'enfoncer dans la végétation broussailleuse. Peu à peu, l'herbe sous ses pieds fit place aux pavés segmentés de lichen. Et puis enfin, émergeant des arbres qui le gardaient jalousement, le temple de la double vie.
La reine contempla ce monument, celui que tous connaissaient, mais que seuls les membres du conseil et les Heda avaient arpenté. Elle monta les escaliers, emplissant le silence des lieux du bruit de ses pas sur la surface dure et froide. Nia avança lentement en ces lieux sacrés, toisant tout ce qui lui était donné de voir. Elle s'accroupit et caressa du bout des doigts les sillons incrustés dans le sol, là où le sang de nombreuses prétendantes au commandement avait été versé. Elle se releva et s'approcha de la stèle tout au centre du temple circulaire. Nia s'y étendit et fixa le ciel par-delà le dôme ouvert.
- C'est ici qu'on m'a faite prisonnière, c'est ici que je suis entrée en elle, c'est ici que je me suis perdue, dit la voix dans la tête de la reine.
- Heda… soupira Nia en refermant les yeux, en se laissant emplir par cette présence qui s'imposait à elle, l'enlaçant dans son éternelle démence.
- Reviens vers moi, ne me laisse pas seule ici, emporte-moi…
- L'heure approche, mais elle n'est pas encore venue.
- Ne pars pas, ne me laisse pas dans cette enveloppe charnelle mensongère, EMPORTE-MOI!
La reine inspira ce hurlement dans sa tête, le savourant tout en rouvrant les yeux. Elle se releva de la stèle, un sourire forcené lui traversant le visage de part en part.
- Je dois partir Heda… mais ne n'est que pour mieux revenir.
La reine quitta le temple de la double vie, laissant derrière elle la promesse d'un retour prochain.
