Chapitre 21

Viens avec moi


When the chips are down I'll be around

With my undying death defying love for you

Envy will burn itself

Let yourself be beautiful

Flame on burn desire

Love with tongues of fire

Purge the soul

Make love your goal

"The power of love"


Clarke se réveilla seule dans le grand lit de Lexa. Les yeux toujours fermés, elle passa sa main sur la place vide à côté d'elle. Les draps étaient froids et trahissaient le lever matinal de la commandante. La blonde se frotta les paupières et étira les bras en bâillant. Elle n'avait pas envie de se lever, pas envie de quitter ce lit si enveloppant. Mais malheureusement, une semaine avait passé depuis la fin des jeux, et avec elle s'était envolée la fin de la première étape de l'échange. Le mois s'était écoulé comme on traverse une seule journée, comme le soleil passe et succède à la lune, sans que la blonde ne puisse le retenir.

Clarke se résigna à se redresser dans le lit, regardant tout autour, mais sachant pertinemment qu'elle n'y trouverait pas Lexa. Car si elle-même avait appréhendé le jour du départ, ce n'était rien comparé à la commandante. Bien qu'elle ait tenté de le dissimuler, Clarke savait bien que Lexa craignait l'arrivé de ce fameux jour devenu maintenant aujourd'hui. Elle s'habilla chaudement et sortit de la chambre, sortie du manoir.

Dans l'air froid du matin, son souffle la quittait en brume blanchâtre. La blonde frissonna tout en croisant ses bras sur sa poitrine, tentant de conserver sa chaleur, maudissant le fait d'avoir abandonné le lit à baldaquin. Le soleil pointait à peine par-delà les arbres et le ciel se dégradait dans un bleu rosé. Il n'y avait que le bruit de ses pas sur le pavé des rues pour emplir ce jour qui reprenait à peine sur la nuit. Elle arriva à la maison à la porte rouge, ne sachant que trop bien qu'elle y trouverait Lexa. Tout en traversant la petite demeure, Clarke retira son manteau long et son foulard, sachant combien elle suffoquerait affublé ainsi une fois arrivé à la serre. Elle poussa la porte vitrée et pénétra dans ce havre végétal, un monde des bois au beau milieu de cette capitale de brique et de pierre. Lexa était grimpé sur la passerelle de fer et ses jambes ballotaient dans le vide. Les bras croisés sur la rampe, elle y appuyait la tête et fixait le mur qu'avait peint Clarke.

Celle-ci marcha lentement entre les tables, caressant au passage les feuilles des plantes qu'avait jadis fait pousser Dria. Clarke s'arrêta à quelques pas de cette création de couleurs qui signifiait tant pour elle, pour les sœurs natives également. Pour Clarke cela représentait la fin de ses remords et ses fantômes, car avec chaque coup de pinceau elle les avait laissés aller, les avaient laissé partir. Mais si Clarke y voyait là l'action libératrice, Lexa et Dria y avaient vu le résultat coloré. Elles y avaient retrouvé ce qui avait été perdu, ce qui avait été tant souhaité et maintenant grâce à Clarke, réalisé. La blonde fit un dernier pas en avant, puis referma les yeux et posa sa main sur le mur de brique, comme pour lui dire au revoir, comme pour le remercier de ce qu'il lui avait offert, sa liberté.

- Je vais revenir, Lexa, soupira Clarke en se retournant pour la regarder tout au haut de l'escalier en colimaçon.

- Mais pour cela tu dois d'abord partir.

- Ce n'est que pour une semaine… et puis Dria et moi reviendrons passer…

- …une dernière semaine ici ensemble, termina Lexa. Mais ensuite tu devras réellement repartir, et pas uniquement pour quelques jours, Clarke. Tel va l'échange, tel se forge une alliance entre deux peuples. Tu devras témoigner de tout ce que tu as appris, leur faire voir comme tu nous vois, leur apprendre et les guider… et rester auprès d'eux.

Clarke sentit son cœur se serrer aux paroles de Lexa. Non pas seulement pour ce qu'elle venait de dire, mais bien comment elle l'avait dit. Car sa voix avait été vacillante et presque inaudible, retenant ce secret qui n'en était plus un, qu'elle allait terriblement lui manquer. La blonde s'éloigna du mur et alla se placer sous la passerelle, plongeant son regard dans celui de Lexa. Elles se contemplèrent l'une l'autre, les yeux voilés par ce mal partagé, ce départ imminent.

- Viens avec moi Lexa, viens avec moi…


Depuis ce qui s'était passé dans les bois, Dria et Monty n'y étaient pas allés à nouveau. Prétextant que le froid avait eu raison des dernières plantes vertes, on ne les avait pas contraints à y retourner. Mais même si cette tâche ne les unissait plus, ils passaient encore le plus clair de leur temps côte à côte, soit à apprêter les herbes médicinales précédemment recueillies, les sécher, les couper, en extraire les propriétés désirées. Avec Jackson ils avaient répertorié les besoins à combler, les maux à prévenir et à pourvoir pour ce qui manquait déjà. Et quand Abby avait finalement repris du mieux, elle avait consenti à prendre Dria sous son aile.

Même si cela avait réduit ses heures partagées avec Monty, elle n'était pas moins honorée de pouvoir enfin apprendre les arts médicinaux du peuple du ciel. Depuis trop longtemps elle ne faisait qu'enseigner à d'autre, depuis trop longtemps elle n'avait côtoyé médecine plus avancée, ou du moins, différente. Car elle avait entendu parler de ce qui avait été accompli sur Lincoln et comment il était revenu de l'enfer des reapers, traversant même la mort. Un exploit qui avait été craint dans l'ignorance, mais dont elle aurait la chance de percer les mystères.

Abby avait été un mentor dur et distant au début, consentant à partager son savoir dans l'optique des bienfaits de cet échange uniquement, non par envie d'avoir un nouvel apprenti. Dria avait écouté en silence, absorbé tout ce qu'il lui avait été donné de voir et de faire. Ce qui lui faisait le plus défaut était les connaissances théoriques telles que le peuple du ciel les connaissait. L'anatomie interne du corps, les organes, les artères, l'ossature. De là découlait une manière de soigner encore plus profonde, sous la surface de la peau, promettant le salut de vies qui autrefois lui auraient échappées. Tout cet apprentissage condensé et en accéléré avait été pénible et ardu, mais d'une valeur inestimable. Et plus les jours avançaient, plus Abby se surprenait de la rapidité à laquelle sa jeune protégée progressait.

Puis le voile d'impassibilité qu'elle maintenait entre elles finit par s'envoler, emportant avec lui ce qui restait de retenue envers cette native ayant pris la place de sa fille. Quand enfin Abby se laissa voir Dria telle qu'elle était réellement, les connaissances mutuelles devinrent échange, et elle apprit à son tour. Sans oser le lui avouer toutefois, la docteure s'était faite à l'assistance quotidienne de Dria, s'était habitué à la présence de cette jeune femme à qui elle transmettait son savoir, tout comme elle l'avait commencé avec Clarke, mais sans jamais se rendre aussi loin.

Mais aujourd'hui il n'y avait pas d'apprentissage, pas de préparation de plantes ou quoi que ce soit du genre. Aujourd'hui était le jour du retour de Clarke, le début de la deuxième étape de l'échange, la semaine qu'elles partageraient ensemble au camp Jaha. Durant toute la journée, on guetta la lisière de la forêt, attendant son arrivée.

Assise avec Monty sur la carlingue de l'Arche, Dria attendait patiemment dans le froid, les yeux fixés vers les bois. Pressés l'un contre l'autre et sous plusieurs couvertures, ils restaient là sans rien dire. Monty la regardait tendrement alors qu'elle était si concentrée sur les arbres. Il l'observait et admirait sa beauté, appréciait sa présence et la chance de partager son intimité, ou du moins ce qu'elle offrait, le peu qu'il lui restait à donner. Une étreinte, les doigts enlacés, voilà ce qu'elle avait pu lui laisser, rien de plus, du moins pour le moment. Auprès de ce jeune homme si doux et ignorant de ce qu'elle était par-delà les frontières de ce camp, elle guérissait tranquillement, commençait à croire qu'elle arriverait un jour à s'abandonner à quelqu'un de la manière la plus intime qui soit.

- Monty! dit-elle en resserrant ses doigts sur les siens. Regarde!

Elle pointa l'orée du bois d'où des silhouettes noires émergeaient de sous les arbres. Dria se laissa glisser au bas de la structure de métal et atterrit au sol. Monty se pressa de rassembler les couvertures et la suivi. Quand ils eurent atteint le portail, les gardes avaient déjà fait prévenir le chancelier de l'arrivée tant attendue. Le mot s'était vite propagé et alors que le contingent atteignait les grilles, tous s'étaient rassemblés pour être témoins du retour de Clarke. On fit ouvrir le portail et les natifs passèrent enfin dans la lumière des flambeaux fixés aux hautes clôtures électrifiées entourant le camp.

Dria resserra à nouveau ses doigts sur ceux de Monty quand elle vit qui menait les gardes, Lexa. Elle l'entraina plus avant, sillonnant à travers tous pour se rendre en première ligne aux côtés d'Abby et Kane.

- Commandante… commença le chancelier qui n'attendait pas sa venue. Soyez la bienvenue au camp Jaha.

Lexa fit faire halte à son cheval et en descendit. Ses hommes l'imitèrent et Clarke également. Ryder alla prendre les brides des destriers des deux jeunes femmes et les guida plus à l'écart. D'un signe de main, Kane mandata deux de ses hommes pour conduire les chevaux à l'arrière de l'Arche, là où une écurie de fortune avait été aménagée pour l'occasion.

- Merci à toi, Marcus Kane, dit Lexa d'un ton solennel.

Derrière elle, Clarke referma brièvement les yeux et inspira profondément. Elle se décida enfin à faire un pas vers les lueurs des torches, à s'exposer aux regards de tous, à rentrer, enfin. Quand la blonde fut plus avant, il y eut un silence qui s'installa. Durant ce temps, tous les yeux étaient tournés vers elles. Puis sans un mot, Abby s'avança, réduisant à néant la distance qui les avait tenues éparses depuis près d'un mois. Clarke sentit sa gorge se serrer à la venue de sa mère, à ses bras qu'elle lui ouvrait. Elles s'enlacèrent durant un moment qui sembla s'échapper hors du temps, hors des craintes et des peurs. Comme seule une mère peut enlacer et faire tomber toutes les barricades qu'on tente de se construire, Clarke fondit en larme. Elle resserra ses bras pour la presser encore plus fort et Abby l'imita.

À la vue de ce moment, où ni l'une ni l'autre ne semblait prête à se résoudre à lâcher prise, Kane fit disperser la foule, fit conduire les gardes aux quelques cabines qui leur avaient été allouées. Quand il alla pour s'adresser à la commandante, Dria s'interposa, demanda l'autorisation d'escorter sa sœur dans ce lieu qu'elle avait appris à connaitre durant les précédentes semaines. Il y consentit sans peine, appréciant en fait de pouvoir aller pallier au manque de préparation face à cette visite impromptue.

Bientôt il ne resta plus que les quelques hommes postés au portail ainsi que la mère et sa fille. Elles dénouèrent cette étreinte tant espérée et marchèrent ensemble le long des clôtures illuminées. Main dans la main elles avancèrent dans le soir, le cœur lourd et léger à la fois.

- Je suis désolé… finis par dire Clarke d'une voix à peine audible tant sa gorge était encore serrée. Je suis désolé d'être partie comme ça, mais…

- Mais tu en avais déjà assez fait Clarke, termina Abby.

Elle s'arrêta de marcher et tourna sa fille pour que toutes deux se regardent droit dans les yeux. Elle posa sa main sur sa joue et essuya les dernières larmes qui la couvraient.

- Clarke, depuis trop longtemps que tu portes sur toi tout le poids des responsabilités qui n'auraient jamais dû être tiennes. Tu as fait des choix et pris sur toi toutes les conséquences qui en ont découlées.

Abby vint poser son autre main sur la joue de sa fille et s'approcha d'elle alors qu'elle tenait son visage tendrement.

- Tu les as tous ramenés sains et saufs, sacrifiant tout pour y parvenir. Clarke… pour rejoindre la lumière, il faut parfois traverser les plus grandes noirceurs. Alors, ne sois pas désolée, ne le sois plus jamais, car nous te devons tous la vie.

Clarke sentit son menton se crisper et sa gorge se serrer à nouveau. Ses yeux échappèrent de nouvelles larmes à ces mots qui l'atteignaient droit au cœur.

- Je comprends pourquoi tu es partie, ma fille, je comprends. J'ai eu si peur de ne jamais te revoir, de ne jamais pourvoir de dire tout cela. Et quand on m'a appris qu'on t'avait retrouvé, mais que tu ne rentrerais pas, qu'au contraire tu t'éloignais plus encore…

Abby fit une pause et referma les yeux.

- J'ai maudit ces natifs et cette paix imposée, cet échange qui t'incombait à nouveau une responsabilité de plus, et ce, après tout ce que tu venais de traverser… Puis j'ai compris que sans cela tu serais peut-être encore à errer seule sans les bois. Que tu ne pouvais pas me revenir, pas sans retrouver ton propre chemin d'abord, ta propre paix intérieure.

Clarke vint poser sa main sur l'une de celles de sa mère qui tenait encore son visage. Elle esquissa un léger sourire en coin.

- Je l'ai retrouvé, j'ai retrouvé mon chemin avec Lex…

Clarke ne termina pas sa phrase, ne termina pas ce nom. Mais Abby n'était pas dupe, et Dria avait passé la dernière semaine à la préparer doucement. Sachant tout le ressentiment qu'avait le peuple du ciel envers sa sœur, elle se doutait bien que le lien qui unissait Lexa et Clarke ne serait pas si vite accepté. Si elle avait tout fait pour éloigner Costia, elle s'était juré de faire amende honorable. Et si cela était d'aplanir d'avance les possibles tensions créées par une telle affection, et bien soit. Abby avait d'abord rejeté l'idée et passé près d'une journée sans adresser la parole à sa jeune apprentie, mais elle avait fini par se poser sur la réalité de l'évidence. Puis elle avait laissé Dria parler en faveur de sa sœur, celle qui était cachée par-delà Heda, celle qui avait aidé Clarke à laisser ses fantômes partir. Celle qui lui avait rendu sa liberté, cette fameuse paix intérieure crue impossible, ce qu'Abby elle-même n'avait su lui offrir.

- Avec Lexa… compléta Abby.

Clarke hocha la tête en fronçant les sourcils, sentant partir le poids du dernier voile qui restait à lever entre elles, ce qui lui brulait les lèvres de révéler, mais qu'elle n'osait encore faire.

- Dria a pris grand soin de me préparer à cette annonce, ma fille. Je te mentirais en te disant que j'ai été enchanté par ce choix… mais…

Abby soupira fortement et alla poser un baiser sur le front de son unique enfant.

- … mais si tu y trouves ton bonheur sur ce chemin Clarke, alors puisses-tu y avancer encore longtemps.


Dria conduisit Lexa à travers le camp, lui montrant sommairement les installations extérieures plongées dans la noirceur de la nuit hâtive d'hiver. Puis elle la guida à l'intérieur de l'Arche, sillonnant dans ses labyrinthes de couloirs sans fin. Lexa toisait les lieux en silence, observait ce monde si différent du sien. Si Polis contrastait avec la nature de son enfance, cette station l'était plus encore. De ces mécanismes automatisés, de tout ce métal, ces fils, ces bruits analogiques, rien ne lui donnait l'envie d'y rester. Lexa n'avait pas la moindre idée de comment retrouver son chemin hors de cet endroit et plus sa sœur les conduisait au loin, plus elle avait l'impression d'être prise en cage.

L'intendante sentit l'inconfort de sa sœur et lui prit la main avant de poursuivre. Mais elle avait gardé le meilleur pour la fin. Elle amena Lexa à l'infirmerie, là où elle avait passé tant de temps. Dria lui expliqua comment elle s'était retrouvée à soigner la mère de Clarke et la jeune Raven de ce que leur avaient fait les hommes des montagnes. Elle lui confia comment ensuite avec Monty ils eurent à parcourir les bois pour recueillir les plantes médicinales de leur propre peuple.

Lexa la regarda lui décrire tout ce que le docteur Griffin lui avait appris, regarda cette brillance dans ces yeux alors qu'elle racontait. La commandante ne put retenir un léger sourire en constatant comment sa sœur se semblait apprécier ce présent de connaissance que lui avait fait Abby. Mais au fond de son cœur, Lexa savait que Dria avait surtout apprécié ce semblant de relation maternel, ce lien leur étant révoqué depuis des années.

Puis Dria ne put se retenir de parler de Monty, de ce compagnon qui lui avait été attitré depuis le départ de Lincoln et Octavia, depuis que la paix avait été faite avec Indra. Encore une fois Lexa l'avait regardé raconter avec cette petite étincelle dans les yeux, mais malheureusement avec cette retenue d'une confiance brisée. Il était évident que sa sœur retenait son affection grandissante pour ce Monty, qu'elle se gardait de s'ouvrir et de s'offrir à nouveau. Lexa revoyait encore toutes ces marques violacées sur son corps. Et avec ces images remontait toute la fureur vengeresse de cet affront qu'on avait osé faire à Heda sis. Mais Lexa lui cacha cette violence qui remontait en elle, ne désirant pas réfréner ce bonheur fragile qu'elle percevait dans ses récits des semaines passées à l'Arche.

Puis on réclama leur présence à un diner pour souligner tant la présence de la commandante que la progression de cet échange qui toucherait bientôt à sa fin. Ils ne furent que quelques-uns, Kane, Sinclair, Bellamy et Abby pour le conseil, Lexa, Dria et Clarke. Peu de mots furent échangés durant cette soirée. Les silences de chacun avaient leur propre raison d'être. Pour Abby et Clarke ce fut par les récentes émotions des retrouvailles. Pour Dria et Lexa ce fut par nostalgie de constater ce rituel de plusieurs semaines qui toucherait bientôt à sa fin. Et quant aux membres du conseil, c'était le fait de se retrouver en présence de la commandante alors qu'ils n'attendaient pas sa venue.

Le repas ne s'éternisa pas et on laissa Dria reconduire Lexa à sa cabine. Le voyage avait été long et dès l'aube elle le referait en sens inverse. Clarke resta à prendre le temps de saluer ceux qu'elle n'avait pas eu la chance de croiser avant l'étreinte larmoyante qui avait souligné son arrivée. Néanmoins elle ne s'éternisa pas non plus, sachant qu'elle avait devant elle une semaine entière pour leur raconter ce mois passé à Polis. Ce qu'elle n'avait presque plus en revanche, c'était le loisir de côtoyer Lexa seule à seule. Elle prit donc congé, promettant de plus amples retrouvailles dès le lendemain.

Elle sortit de la pièce et y croisa Monty.

- Clarke! dit-il en la prenant dans ses bras.

Elle lui rendit son étreinte et ne put retenir un sourire, heureuse de le revoir.

- Dria est encore à l'intérieur?

- Non elle est partie avec Lexa déjà.

- Oh… Dit-il simplement à l'évocation de ce simple nom. La commandante… elles se ressemblent …tellement… mais…

- Mais elles sont aussi si différentes, comme la lune et le soleil, comme la lune et le soleil.

Clarke avait murmuré ces derniers mots en analogie. Monty fronça les sourcils, n'ayant pas compris ce qu'elle venait de dire. Néanmoins, elle ne répéta pas et se mit plutôt en direction du couloir des cabines d'habitation. Ils s'y rendirent ensemble. Monty s'immobilisa devant sa chambre et lorsqu'il ouvrit la porte elle y aperçut Dria qui l'attendait. Elle lui sourit avec amusement et il ne put s'empêcher de rougir. Clarke secoua la tête tout en le laissant aller, en allant elle-même dans sa propre chambre, retrouver le soleil dans la nuit.

La porte se referma derrière Clarke dans un bruissement métallique. La cabine était plongée dans le noir, mais elle discerna rapidement Lexa qui se tenait debout près du hublot, le regard tourné vers la nuit. Clarke s'avança lentement, admirant cette silhouette que traçait la lueur de la lune fusant par la vitre. Elle alla se placer à ses côtés, regardant à son tour là dehors. Sans dire un mot, Lexa prit sa main dans la sienne.

- Hodnes laik kwelnes… murmura Lexa alors qu'elle se retournait vers la blonde.

Elle passa sa main dans ses cheveux blonds, puis passa sa main derrière son cou pour l'attirer vers elle, pour la prendre dans ses bras. Clarke appuya sa tête sur l'épaule de Lexa et la serra fort.

- Hodnes nou laik kwelnes… lui murmura Clarke.

Lexa se recula pour croiser son regard. Dans ses yeux voilés, la blonde y perçut un mélange de peur et d'égarement. Car Lexa avait laissé aller ses mots pour elle-même, se redisant ces paroles auxquels elle ne voulait plus croire, l'amour est faiblesse. Sans prétendre pouvoir tout comprendre de cette langue étrangère, les dernières semaines avaient permis à Clarke d'apprivoiser ce dialecte, lui avait permis de comprendre ce que Lexa avait tenté de lui cacher ce soir.

- Clarke… dit simplement Lexa alors que ses yeux devenaient larmoyants.

La blonde alla presser ses lèvres contre les siennes. Elle sentit les larmes de Lexa couler sur ses joues et les essuya de son pouce alors qu'elle continuait à l'embrasser. Puis la commandante la fit pivoter et l'appuya contre le mur, à la limite du hublot. Elle lui mordit la lèvre inférieure tout en soupirant. Adossé au mur, Clarke la tira vers elle davantage, passant le bout de sa langue à la commissure de sa bouche, lui soutirant une entrée. Lexa la lui rendit, l'embrassant avec encore plus de passion attristée, d'amour effrayé. Son souffle était saccadé et contrastait avec la frénésie du moment. Les mains presque tremblantes elle entreprit de retirer la tenue de la blonde. Sans modération, à la hâte et en la déchirant presque, Lexa eut tôt fait d'exposer la peau blanche de Clarke à la faible lueur de la lune.

Quand il ne lui resta plus que ses dessous, quand elle réalisa qu'elle-même était encore vêtue de la tête aux pieds, elle s'arrêta nette et se recula. Elle s'éloigna en portant sa main à ses yeux, elle s'éloigna jusqu'à ce qu'elle atteigne le mur opposé. Elle se frotta les tempes, tentant de reprendre le dessus. Clarke frissonna maintenant qu'elle était exposée à l'air ambiant, maintenant qu'elle ne sentait plus la chaleur du corps de Lexa près du sien. La blonde s'était laissé déshabiller avidement sans opposer résistance aucune, quoi qu'elle savait que cet empressement trahissait l'égarement de son amante.

Elle écarta ses habits qui jonchaient le sol et alla rejoindre Lexa. Sans l'embrasser, sans tenter de soutenir ce regard qu'elle lui cachait, elle entreprit de lui retirer ses vêtements à son tour. Et quand elles furent toutes deux autant exposées, elle la guida vers le lit simple de la cabine. Loin de pouvoir rivaliser avec le baldaquin de la chambre de la commandante, il s'offrait néanmoins en havre improbable dans ce lieu de métal froid. Clarke tira les draps blancs et la couverture de laine grise. Elles passèrent en dessous et se couvrirent dans cette chaleur à entamer ensemble.

La fougue qui avait pris Lexa plus tôt se raviva et elle alla l'embrasser à nouveau. Un baiser qui faisait presque mal tant il était déchirant, tant il était vulnérable. Car ce qui passait pour de l'empressement et de l'ardeur n'était en fait que cette peur face à l'abandon le plus total. Ce n'était pas la première fois qu'elles partageaient cette proximité intime, mais ce soir tout était différent. Ce soir la séparation était imminente, ce soir les dernières barrières tombaient, ce soir l'amour n'était plus faiblesse. Et toute cette vérité, toute cette délicatesse étaient effrayante et magnifique à la fois.

Lexa passa par-dessus Clarke, s'appuyant d'un bras et passant l'autre au cou de celle-ci. Elle laissa peser le poids du bas de son corps, pressant le haut de sa cuisse entre les jambes de la blonde. Clarke respirait avec difficulté alors qu'elle sentait toute cette excitation qui était travaillée plus bas. Elle dégagea les cheveux bruns qui lui tombaient sur le visage, les ramenant à l'arrière de la nuque de Lexa. De son autre main, elle appuyait au bas du dos de celle-ci, l'encourageant dans cette cadence enivrante. Puis elle remonta ses mains, s'attaquant à ce nœud impossible que nouait inlassablement Lexa autour de sa poitrine.

La brune esquissa un léger sourire à la perpétuelle fureur que son haut causait à chaque fois que Clarke tentait de le retirer. Elle se défit de leur baiser et fit redresser Clarke en position assise. Puis elle passa ses mains à son dos et entreprit de défaire ce nœud gardien. La blonde déroula le tissu, révéla enfin les seins de Lexa qui pointaient dans la fraicheur de l'air ambiant. Clarke passa sa langue sur l'un d'eux, créant du fait même une onde de frisson sur la peau exposée de la commandante. Celle envoya légèrement sa tête vers l'arrière alors elle enfouissait ses mains dans la longue chevelure blonde. Elle relâcha un gémissement en sentant les doigts de Clarke passer sous ses dessous.

- Shhhh, lui murmura Clarke, en silence ici commandante.

Lexa releva la tête et dans son mouvement retira à Clarke son haut qui ne la cachait que trop encore. Puis elle la poussa vers l'arrière, se remit au-dessus d'elle à nouveau. Elles reprirent cette embrassade passionnée et Lexa alla tester à son tour le silence de Clarke. Tout en poursuivant le ballant de son bassin au rythme imposé par la blonde en elle, elle fit glisser ses doigts dans l'anticipation évidente qui l'y attendait. Clarke poussa un léger cri que la brune intercepta entre ses lèvres, en l'embrassant avec fougue. Puis elle passa à son cou, se dérobant pour trouver son air qui manquait de plus en plus.

- Regarde-moi… soupira Clarke dans son oreille, lui infligeant du fait même une vague de frisson de la nuque jusqu'au bas du dos.

Lexa lui mordit légèrement le lobe d'oreille avant de se reculer, avant d'aller croiser ses yeux bleus. Clarke prit le côté de son visage dans sa main, caressant sa bouche du bout de son pouce. Sans que leurs lèvres ne se touchent, leurs souffles ne faisant toutefois plus qu'un, elles se contemplaient l'une l'autre. Lexa inspirait de plus en plus rapidement et finit par refermer les yeux, à se dérober de ce regard qui semblait voir bien au-delà de ses prunelles.

Clarke pressa ses doigts encore davantage sur le visage de Lexa pour retenir son attention. Elle approcha sa bouche de son oreille et lui susurra le souffle court.

- Ouvre les yeux et regarde-moi. Laisse-moi te voir comme personne… je veux te sentir sur moi… je veux te sentir en moi… mais je veux surtout me voir en toi… alors, regarde-moi Lexa.

Lexa referma les paupières plus fortement avant de finalement se résoudre à les rouvrir. Elle tourna la tête et plongea dans la beauté de ce bleu de Clarke. Elles se regardèrent plus loin que les frontières qui n'étaient plus, virent cet amour qu'elles partageaient sans toutefois se l'avouer encore en paroles. Ensemble leurs respirations se saccadèrent alors qu'elles se cambraient l'une contre l'autre. Leurs doigts afférés plus bas les enlaçaient dans ce plaisir complice et grandissant. Passant de haut en bas, glissant à l'intérieur puis à l'extérieur, elles ondulaient en silence dans cette frénésie passionnée. Elles y nageaient en se fixant maintenant, en respirant péniblement, en s'attendant pour atteindre le paroxysme au même instant.

Puis la réaction en chaine les submergea. Dans une vague les faisant s'arquer peau contre peau, sous le poids du corps de Lexa qui n'arrivait plus à se retenir de son bras tremblant. Les yeux grands ouverts, le vert dans le bleu, elles avaient été témoins de cet instant où leurs fragilités mutuellement brisées s'étaient rejointes. Elles avaient osé la faiblesse, non sans crainte s'étaient offerte toute entière. Mais sans brulures elles s'étaient consumées, sans s'étouffer elles s'étaient enlacées, sans voile elles s'étaient regardées, et ce, jusqu'à la fin.

Lexa se laissa glisser à côté de Clarke et posa sa tête sur l'oreiller. La blonde se tourna pour pouvoir la regarder et passa les cheveux bruns derrière son oreille. Tout en respirant encore avec peine, elle invita Lexa à venir se loger dans ses bras, à venir poser sa tête sur son épaule. Lexa s'exécuta sans s'opposer. Clarke caressait ses longs cheveux ondulés d'une main, et de l'autre sillonnait doucement son dos du bout des ongles. Puis dans cet élan elle laissa aller ces mots dans cette langue qui n'était pas sienne.

- Ai hod yu in, murmura-t-elle en enfouissant ses lèvres dans la chevelure de Lexa, en y déposant un court baiser.

Lexa referma les yeux en entendant ses mots, en les laissant entrer en elle. Puis elle releva la tête pour qu'à nouveau le vert rencontre le bleu. Et à son tour elle emprunta une langue étrangère, elle avoua ce qui ne valait plus la peine de cacher.

- Je t'aime aussi, Clarke…

Les heures passèrent et le jour succéda à la nuit sans que ni l'une ni l'autre ne trouve le sommeil. Luttant contre la fatigue, se rattachant aux derniers instants réunis, elles avaient veillé en silence, enlacées, s'agrippant sans pouvoir se retenir. Puis il avait fallu se résoudre à quitter cette chambre gardant leur amour enfin révélée, il avait fallu quitter ce rêve et retourner à la dure réalité.

Dans l'air froid du matin, Ryder et les autres gardes étaient déjà en selle, attendaient que Heda soit prête à partir. Plus en retrait, Dria et Clarke se tenaient là à regarder Lexa terminer de préparer son cheval. Enfin elle se retourna vers elles, vers celles qu'elles aimaient plus que tout.

- Je vous revois toutes deux dans quelques jours. Profitez de ce temps qui vous est imparti, car ce n'est pas encore la fin.

- À bientôt ma sœur, dit Dria en s'approchant de Lexa.

Celle-ci l'approcha davantage, la prit dans ses bras et la serra fort. En une fraction de seconde elles sentirent comme si leur cœur avait mutuellement manqué un battement, comme si quelque chose n'allait pas, une peur inexplicablement appréhendée. Elles se défirent de leur étreinte pour se regarder, pour échanger le regard anxieux. Puis Clarke les rejoint et elles sortirent de cette émotion inconnue. Lexa lova sa main sur sa joue et lui sourit tendrement. Tout comme avec sa sœur, elle la prit dans ses bras et la serra fort, lui promettant en silence de se retrouver dans quelques interminables jours.

- Prenez soin l'une de l'autre tout comme je le ferais pour chacune de vous. Je vous laisse seule, mais seule ensemble. Alors, revenez-moi, revenez-moi toutes deux.

À ces mots elles ne purent se retenir de s'enlacer toutes trois dans un au revoir déchirant. Mais chacune se forçait à se rappeler que ce n'était que pour quelques jours. Très bientôt elles seraient toutes réunies à nouveau. Très bientôt, les aux revoirs larmoyants deviendraient des retrouvailles tant espérées. Plus que quelques jours, oui, plus que quelques jours.

Dria et Clarke se prirent par la main alors que Lexa se retournait vers elles juste avant de passer la lisière de la forêt, juste avant de sortir définitivement de leur champ de vision. Quand tel fut le cas, elles restèrent néanmoins là à fixer les arbres qui la leur avaient ravie.

- Elle va me manquer… soupira Dria.

- Et à moi donc… ajouta Clarke en soupirant à son tour. Et à moi donc.


L'Arche n'était plus visible depuis bien longtemps quand la commandante et ses hommes empruntèrent le sentier bifurquant de la large route menant vers la capitale. Lexa ouvrait la marche, suivit de près par Ryder. Lorsqu'il remarqua qu'ils s'éloignaient de leur chemin, il alla en demander la raison, mais en voyant le visage de la commandante, il se ravisa. La mâchoire serrée, le regard dur et froid, elle guidait le contingent vers ce petit village que tous ne connaissaient que trop bien, tonDC. Ils passèrent près d'une imposante statue enlacée de mousse verdâtre. L'homme de pierre les fixait le regard immortel, figé dans le temps et la matière.

Les arbres de la forêt finirent par se disperser, par enfin révéler le village balafré par le courroux du mont Weather. Les habitants ne manquèrent pas de remarquer l'arrivée de la commandante et rapidement, « Heda » fut sur toutes les lèvres. Lexa venait tout juste de poser un pied en terre lorsqu'Indra vint à cette rencontre inattendue. Octavia l'avait suivi au pas de course et s'inclinait maintenant devant Heda et ses escortes.

- Sois la bienvenue, Heda, dit Indra d'une voix profonde quoi que pointant la curiosité qu'inspirait pareil visite.

Lexa se contenta de hocher la tête comme réponse. Sans dire un mot et toujours avec ce même regard noir, elle s'avança à travers tonDC, scrutant chaque visage. Les gardes ne la suivirent pas, restèrent auprès des chevaux. Indra et Ryder échangèrent un regard interrogateur, se confirmant l'un l'autre qu'ils n'avaient pas la moindre idée de ce qui se tramait.

La commandante sillonnait entre les huttes, ignorant tous ceux qui la saluaient. Car elle avait beau être là de corps, elle n'y était pas d'esprit. Elle se trouvait par-delà le présent, visualisant ce qui ne viendrait que bien assez tôt. Elle respirait lentement et longuement, son souffle la fuyant dans un nuage de bruine givrée. Elle passa sa main sous son manteau, entourant le manche de sa dague de ses doigts habiles.

Lexa atteint la petite demeure de fortune vers laquelle elle s'était dirigée. De sa main encore valide elle écarta le rideau qui couvrait l'entrée et sans s'annoncer, y pénétra. L'unique pièce était inoccupée. Elle tourna sur elle-même toisant le lieu. Quelques meubles rudimentaires, mais surtout, des plantes, encore des plantes. Mortes, séchées, en pot et encore en vie. Lexa s'en approcha et en reconnut plusieurs. Car de pareils spécimens étaient exposés sur les murs d'une des chambres de son manoir.

Dans un bruissement à peine audible, le rideau fut écarté à nouveau, trahissant l'entrée dans l'habitation de fortune. L'homme qui venait tout juste de rentrer chez lui resta figé sur place, le regard plongé dans celui de la commandante qui s'était brusquement retourné à son arrivée. D'un pas las, elle réduisit la distance qui les séparait. Alors qu'elle le rejoignait, il se laissa tomber à genoux, baissant les yeux sur la dague qui lui avait transpercé la poitrine. Car en se retournant, Lexa avait projeté sa lame sur celui qu'elle attendait depuis le jour où son regard s'était posé sur le corps meurtri de sa sœur.

Lexa alla empoigner le manche de son arme tout en saisissant Nyko par sa chevelure, le forçant à relever les yeux vers elle. Elle tourna légèrement la dague, le faisant grimacer à la vive douleur. Puis son expression se relâcha et une larme y succéda, quittant ses yeux voilés pour glisser le long du tatouage qui couvrait sa joue.

- Pardonne-moi Dria… soupira-t-il avec peine, la respiration haletante.

D'un geste lent, Lexa retira la lame, libérant le sang qu'elle retenait auparavant. Elle s'exécuta sans jamais détacher son regard du sien, contemplant son départ imminent. Les yeux de Nyko passèrent à la noirceur alors qu'il entendit les derniers mots de la commandante.

- Yu gonplei ste odon.


La nuit emplissait depuis longtemps le ciel lorsque la commandante et sa garde émergèrent des bois encerclant Polis. Ils n'avaient pas fait de halte en chemin, pas d'arrêt depuis le départ de tonDC. Dans un silence des plus complet, ils avaient regagné la capitale qui brillait maintenant de ses lumières nocturnes. Le portail n'était pas encore totalement refermé derrière eux que déjà on réclamait la présence de Heda au temple du conseil. Bien qu'épuisé de ce périple ayant duré des heures, Lexa acquiesça d'un signe de tête et contrairement à ses gardes qui descendaient de leur monture, elle fit plutôt claquer les rênes. Au bas des escaliers de pierre, elle se laissa enfin glisser au bas de la selle. Bolfir vint la rejoindre et ensemble, ils gravirent les hautes marches de marbre.

- Nous attendions votre retour avec impatience, Heda, dit l'homme qui n'arrivait pas à cacher l'inquiétude dans sa voix.

Il finissait de dire sa phrase alors qu'ils arrivaient aux grandes portes laissées entrouvertes. Les autres membres du conseil étaient attablés à leur place respective, laissant les vides jadis comblés par Gustus, l'intendante et la commandante. Lexa alla se placer au bout de la table, regardant ses conseillers avec tout l'intérêt qui lui laissait sa fatigue.

- Dites-moi ce qui me vaut pareil accueil.

Ils échangèrent un bref regard avant qu'Irsil ne prenne la parole.

- Un messager des Grands Lacs est venu à nous il y a une nuit. Il portait avec lui ce message, la nation de glace a quitté le sommet de la montagne blanche. À l'heure où nous parlons, ils marchent sur le Nord vert.

Lexa referma les yeux et serra les poings, inspirant profondément. Bolfir prit la parole.

- Heda, s'ils ont traversé librement les basses montagnes, nous pouvons supposer qu'ils ont rallié également ce clan à leur conquête. Et ce n'est pas le peuple des Grands Lacs qui opposera résistance.

- Un peuple faible et prêt à tomber… ajouta Wost.

- Jeune Wost, préserver la vie plutôt que d'être entrainé à l'enlever ne fait pas de ce peuple des faibles. Dans ces forêts vivent les plus anciens de notre ère, ceux qui sont en communion avec la nature, ceux qui nous auront donné les plus grands guérisseurs.

Les sages paroles de la vieille Nama planèrent sur cette assemblée tourmentée par les doutes et les craintes.

- Néanmoins Nama, cela ne les aidera pas à vaincre les armées qui les menaces. Ils ne peuvent se dresser seuls, rajouta Bolfir.

- Et nous savons très bien ce qui arrivera une fois que les lacs seront pris. Quand tout le nord sera conquis, plus rien n'empêchera Azgeda d'étendre sa marche vers le reste des clans. S'ils sont attaqués un par un, ils tomberont tous, sans exception, énonça Irsil.

- Ils doivent faire front commun, renchérit Wost.

Alors que tous ses conseillers énonçaient les évidences que Lexa ne savait que trop bien déjà, elle gardait les paupières closes. Dans sa propre noirceur elle savait ce qui motivait réellement pareil conquête. La reine des glaces ne ravissait pas uniquement les terres pour étendre son empire, non. Elle venait en nombre pour une seule raison, la commandante. Car même cachée derrière ses armées et les morts innocentes infligées en chemin, la réelle motivation était la possession de l'esprit de Heda, et ce, par la force.

- Tout cela a assez duré, dit enfin Lexa.

Tous les membres du conseil se retournèrent vers elle. Lexa apposa ses paumes sur la pierre froide de la table et leva son regard noir vers eux.

- Faites déjà envoyer des messagers au clan des mines et rallier tous les généraux de notre clan. Bolfir, que l'armée de la ville se tienne prête à partir, à l'aube nous partons.

Wost et Bolfir sortirent en trombe, allant exécuter les ordres de leur commandante, allant déclarer le départ d'une guerre aux terres du nord. Irsil et Nama allèrent rejoindre Lexa au bout de la table, plongeant leur regard plein de sagesse et de bonté dans le sien.

- Tout cela a déjà trop duré, cette reine ne m'a déjà que trop défié, la nation de glace doit tomber, elle et tous ceux qui l'auront suivie.

- Ne laissez pas la fougue guider votre quête Heda, dit calmement Nama.

- Délivrer les Grands Lacs de la tempête qui les guette ne sera pas aisé, même avec les mines se ralliant à notre cause. Néanmoins, ce qui reste de la fidèle coalition se doit d'être protégé, se doit d'être défendue, ajouta Irsil.

- Prenez bien garde Heda, car bien que la reine et vous soyez accompagnées de vos propres armées, c'est entre vous deux que ce jouera cette victoire décisive, dit Nama.

- Ravivez le souffle à celle qui revendique vos terres, Heda, rappelez à tous que ce privilège du pouvoir est votre et surtout, qu'il ne sera jamais sien. Que par cette guerre la paix puisse enfin revenir, et ce, comme elle aurait dû l'être depuis longtemps.

Lexa posa ses mains sur l'épaule de chacun d'eux, les remerciant en silence pour tout ce qu'ils étaient. Bien plus que les sages et les stratèges, les membres d'une même famille liés comme seules les responsabilités du pouvoir savent le faire. Ils se rendirent aux portes de la grande salle et alors que le vieil homme entamait sa descente des marches, Lexa prit la main de cette grand-mère qu'était Nama pour elle. Elle serra ses doigts dans les siens et leurs regards se croisèrent. La femme aux cheveux blancs vint poser sa douce main sur la joue de la commandante. Lexa referma les yeux un bref moment en laissant légèrement sa tête s'abandonner à cette caresse maternelle.

- Va sans crainte mon enfant, nous veillerons sur Dria et Clarke à leur arrivée et attendrons ton retour ensemble. Pars accomplir une fois de plus ce lourd devoir de Heda. Part ma chère Lexa, et reviens vite retrouver celles qui t'aiment plus que tout.

Lexa rouvrit les yeux et laissa une larme lui échapper. Car rares était ceux qui l'appelait par son prénom, et en ce moment, la simple évocation de celui-ci d'une voix si apaisante et douce avait suffi à l'atteindre. Du bout de son pouce, la vieille dame fit disparaitre la larme et lui sourit tendrement. Nama compléta son au revoir en la prenant dans ses bras, puis la laissa enfin aller.

Une fois de plus elle laissa la commandante, non sans craindre pour elle, comme on craint pour sa propre enfant. Car même si elle imposait peur et respect, Nama voyait encore la jeune fille étendue au temple de la double vie, une Heda conviée bien trop tôt, une Heda à peine sortie de l'enfance. Mais malgré ce lourd fardeau incombé à une enfant, les pressentiments de jadis avaient eu raison, elle était prédestinée à la grandeur, à un règne sans pareil. Et il était grand temps que la reine des glaces s'en souvienne.