Chapitre 10 : Malédiction

Le groupe était à présent dans l'arrière-boutique de Gold pour continuer la traduction. Regina n'était pas vraiment concentrée.

Elle observait le paysage à travers la fenêtre, pensive. Lorsqu'Emma tourna la tête et vit son visage, son cœur se serra.

Elle repensait encore à ces précédentes paroles.

Etait-ce possible ?

Elle n'avait jamais nié intérieurement le fait que Regina soit une belle femme. Elle était forte, aimante, courageuse. Ses connaissances des mondes étaient admirables, et pourtant, elle avait encore cette pointe de naïveté qui conduisait Emma a sans cesse ressentir le besoin irrépressible de la protéger.

Regina observa de nouveau le tableau sur lequel Charmant traduisait la 23éme page du manuscrit. Elle souffla, gribouillant des dessins incompréhensibles sur une feuille.

« Excusez-moi. Demanda doucement Emma en se levant. »

La blonde ne prit pas le temps de voir les regards inquisiteurs pointés vers elle. Elle sortit, espérant que l'air frais de cette seule et unique journée la revigore. Pourtant, lorsqu'elle sortit par l'arrière de la boutique, elle souffla.

Elle s'adossa au mur et tentait à tout prix d'empêcher des larmes de couler.

« Emma. Qu'est-ce qu'il se passe au juste ? »

Charmant était là, planté devant elle, le visage inquiet.

« Cette… journée est atroce.

_ Je sais… Répondit calmement David en s'adossant à ses côtés.

_ Non. Elle est pire que tout, cette malédiction est pire que ce que je pensais David…

_ Emma… Dis-moi tout. Je sais que quelque chose te travaille. Lui intima Charmant en apposant sa main sur son bras. »

Emma observa de nouveau David… Et l'âme de père sommeillant en lui fut profondément touchée par la détresse de sa fille en ces instants.

« Au départ, je pensais que nous allions nous amuser. Je pensais que… que ce n'était pas grave. Une journée qui se répète continuellement, certes, c'est terriblement énervant. Mais ce n'est pas la fin du monde. Et pourtant… Hésita Emma.

_ Pourtant quoi ? Demanda d'une voix calme et douce David.

_ Pourtant, elle ne s'en souviendra pas. Elle ne se souviendra de rien. Est-ce que tu comprends ce que je veux te dire papa ? »

Emma n'employait jamais le mot « papa ». Elle ne l'utilisait qu'en cas d'absolu danger, d'une trop grande inquiétude, en cas de détresse.

Charmant devinait bien la provenance des maux de sa fille. Il n'avait pas envie d'y porter un jugement. Dire ce qui est bien, ce qui est mal… Concernant les relations qu'entretenaient sa fille de 28 ans, cela lui paraissait indécent de lui en faire une quelconque remarque.

Regina… Et sa famille avait un lourd passé. Ils avaient traversé énormément de choses. Mais… C'est l'Evil Queen que Charmant détestait. Il estimait ne pas connaître Regina Mills et s'évertuait à faire une nette distinction entre ces deux personnes qu'il estimait être totalement différente l'une de l'autre. Peu lui importait Regina en réalité.

Ce qui était le plus important était le bonheur de sa fille, son soutien, quel que soit sa décision concernant sa vie et la façon dont elle vivait chaque émotion.

Il voulait être son guide, non une entrave. Et pour cela, il remerciait presque intérieurement le destin de l'avoir choisi au détriment de sa femme dans cette malédiction.

Comment Mary Margareth aurait-elle pu réagir devant de pareilles révélations ?

« Je vois ce que tu veux dire ma fille. Ne t'inquiète pas. J'ai très bien compris. Répondit Charmant d'un sourire à la fois triste et terriblement rassurant. »

Emma observa le visage de son père et, n'y tenant plus, se jeta dans ses bras en retenant ses sanglots.

« Je ne comprends rien papa. Qu'est-ce qu'il m'arrive ? Demanda Emma, blessée.

_ Tu veux vraiment mettre des mots là-dessus ?

_ Je… Je ne sais pas. Hésita Emma. »

La blonde avait peur. Comme toujours, ses sentiments lui faisaient peur. Bien que fruit du véritable amour, ce sentiment éveillait en elle une profonde angoisse. L'amour supposait la perte ou le rejet. L'amour rimait avec souffrance.

« Cette… Malédiction t'a permis peut-être de voir certaines personnes sous un angle différent. Et d'aimer cet angle. Sourit faiblement Charmant en quittant son étreinte.

_ Mais… Mais je ne le voulais pas papa. Mon angle me convenait très bien ! Je ne veux pas aimer cet autre angle !

_ Certes, il y a une tentation plutôt grande de se complaire dans un mensonge Emma. Porter un jugement sur quelqu'un, le détester à cause de sa différence, c'est humain. C'est normal, ça nous rassure… Mais avancer, apprendre à aimer ce que nous détestions tant avant chez l'autre, c'est déstabilisant. Et je le conçois. J'ai… Détesté ta mère à notre première rencontre. Elle me renvoyait à une liberté que je n'avais pas. Je haïssais le vol, sa vie de fugitive, ses mauvaises fréquentations, ses choix. Je la trouvais si… irrespectueuse et condescendante ! Riait à présent Charmant. »

Sans pouvoir se contrôler, Emma ria elle aussi, attendrie.

« Puis, je l'ai aimé. Je l'ai aimé pour ces mêmes raisons. Ce que je voyais comme un manque de respect, j'ai fini par me rendre compte que c'était une force. Elle était forte. Snow affrontait la vie, assumait ses choix, chose que je ne faisais pas. Très vite, la colère a fait place à l'admiration. C'est elle qui m'a donné la force de m'affirmer, de devenir cette personne que je rêvais tant d'être. Et à cela que sert une âme sœur n'est-ce pas ? »

Emma sourit, compréhensive et attendrie par les mots si purs et si innocent de son propre père.

« C'est un choix de vie Emma. Personne ne t'oblige à faire quoi que ce soit… Mais ne sois pas triste d'aimer. Ne le soit jamais. Aimer, c'est devenir meilleur. Tu n'as pas besoin de l'afficher, tu n'as pas besoin d'assumer, on ne te demande pas de t'engager. Je te demande juste de voir l'amour autrement que par l'image d'un poignard qui te transperce le cœur, car c'est faux. Tu comprends ? »

Emma sourit et hocha la tête, heureuse.

« Merci. Souffla-t-elle tandis que son père lui sourit. »

Ces mots avaient envahis son être et la plongeait actuellement dans un état de plénitude, un cocon rassurant qu'elle ne voulait pas quitter.

Elle n'avait pas besoin de s'engager. L'amour était ce qu'il comptait, peu importe la manière dont il s'exprime.

Et elle aimait Regina. De tout son être. Elle l'aimait oui et c'est pourquoi elle la protégerait… En faire une souffrance n'était, au final, qu'un simple choix de sa part. Elle pouvait choisir de s'éloigner d'elle, d'ignorer ses sentiments, au risque d'imploser… Et elle pouvait choisir de l'aimer sans retenu intérieure, laissant son cœur se gonfler sans se casser. Elle n'espérait rien d'elle.

A vrai dire, elle ne voulait que son bonheur.

Regina ne saurait probablement jamais tout ça… Mais ce n'était peut-être pas si mal. Car cela donnait à Emma le champ libre pour s'exprimer, pour l'aimer et ne ressentir que cela. Et même si cette petite pensée d'une Madame Hood commençait déjà à lui faire mal, elle l'affronterait. Elle verrait Regina heureuse… Et à présent, c'était tout ce qui pouvait lui importer.