Chapitre 13 : Break

« Quand les enfants perdus sont arrivés ici, à Storybrooke, certains avaient 18 ans. Le plus vieux avait 20 ans. Ensemble, ils ont décidé de faire ce qu'ils savaient faire le mieux. »

Regina fronça les sourcils face au discours mystérieux d'Emma. La blonde se stoppa en chemin, leva les yeux vers le ciel et sourit. Regina ne comprenait pas son comportement étrange jusqu'à ce qu'elle aussi, ouvre les yeux.

« Est-ce que c'est…

_ Yep ! Une maison dans les arbres, en plein milieu de la forêt. »

Regina fit une mine d'autant plus surprise et interloquée. L'habitacle de bois était immense, ressemblant à une véritable demeure. L'endroit été désert, uniquement bercé par le son des oiseaux et le ruissellement continue d'une rivière.

« Vous venez ? Demanda Emma.

_ Oh et bien… Je ne crois pas que nous puissions…

_ Ne vous inquiétez pas. J'ai tout arrangé. »

Emma sourit et se dirigea vers le long escalier en colimaçon fait de bois s'enroulant tout autour du tronc d'arbre. Toutes deux mirent dix bonnes minutes à parvenir jusqu'en haut.

Devant eux se tenait une demeure taillée de bois, d'un confort plus qu'appréciable. Elles se retrouvèrent sur un immense balcon. Regina se tourna et admira la vue, éblouie.

La demeure était perchée à plusieurs dizaines de mètre de hauteur. D'ici, elles pouvaient contempler Storybrooke et bien au-delà. On apercevait la forêt entière, le clocher de la ville ainsi que l'océan.

Regina leva les yeux. Elle n'avait jamais vu le ciel de si près. Bien malgré elle, elle se mit à sourire, rêveuse. Emma vient se placer à côté d'elle. Elle ne pouvait pas décoller son regard de son visage. La brune semblait sereine, heureuse.

Emma sourit tendrement face au spectacle et leva elle aussi les yeux. Il n'y avait pas un nuage à l'horizon. Le temps était doux. La mer au loin était calme, et elles n'étaient bercées que par un silence absolu, ponctuée du bruit léger de l'eau s'écoulant sur la roche de la rivière, située non loin de là.

« Emma. C'est… Souffla Regina sans parvenir à formuler la fin de sa phrase.

_ Vous n'avez pas tout vu. Lui répondit la blonde en levant un sourcil. »

Regina lui sourit tandis qu'Emma la guida dans l'immense maison. Elle l'amena jusqu'à un jacuzzi, d'où on pouvait parfaitement voir l'autre côté de la ville, au-delà de Storybrooke. Le paysage du Maine était boisé, verdoyant.

« Ça vous dit de vous relaxer ici pendant que je vais chercher le panier concocté par Sam ? Proposa Emma.

_ Sam ?

_ Un des enfants perdus qui a construit cet endroit. En réalité… C'est censé être une sorte de secret ici, un endroit qu'on ne connait que grâce au bouche à oreille. Il propose des tas de services, alors je me suis permis de lui commander un panier de nourriture. Rien de bien méchant, rassurez-vous.

_ D'accord. Sourit Regina, enchantée. »

Emma lui rendit son sourire et sortit de la maison, laissant Regina seule. La brune fit le tour du propriétaire. Il y avait une sono, quelques CD, une véritable bibliothèque ainsi qu'une grande cuisine et surtout, un immense salon.

Seulement, Regina préféra retourner au balcon, là où elle se sentait le mieux. Elle prit place au bord de celui-ci, ses jambes croisés en tailleur et observa la ville. Sa ville.

Ses pensées vagabondèrent. Regina était… Fatiguée. Elle était exténuée par les demandes incessantes des habitants… Et si elle n'y répondait pas correctement, elle se faisait fustiger dans son rôle de maire, et surtout, personne ne se gênait pour lui rappeler son passé. Elle n'avait pas une seconde à elle à vrai dire.

Henry lui occupait de moins en moins de son temps depuis qu'il avait grandi et était rentré dans l'adolescence. Robin quant à lui…

Regina pencha la tête, réfléchissant plus profondément.

Robin… Elle se sentait étouffer. Il l'étouffait. Il demandait une attention perpétuelle, des phrases rassurantes sur son amour, sur leur relation, sur elle. Regina n'en pouvait plus. Elle avait l'impression de se donner corps et âme pour un homme qui ne pensait qu'à lui.

Sans pouvoir se contrôler, une larme glissa sur sa joue face à cette pensée. Personne n'était vraiment là pour elle. Elle n'était qu'un pilier lorsque tout allait mal ou alors un monstre à blâmer. Elle se devait d'être irréprochable : aimer Robin comme il le fallait, être là pour lui à chaque instant, supporter de voir son fils s'éloigner d'elle, être une Maire parfaite aux yeux de tous afin qu'ils oublient qu'elle fut jadis la méchante reine.

La brune en avait assez… Et ici, maintenant, dans cet endroit si paisible et cette atmosphère laissant place à la réflexion, elle réalisait seulement le poids qu'elle devait endurer chaque jour. Emma… Semblait tout à coup lui avoir enlevé toutes ces préoccupations, juste pour un instant. Et ce qui revenait à l'esprit de l'ancienne reine était que sa vie ne lui appartenait plus vraiment. Regina baissa les yeux, tentant de contenir le flot de larmes se frayant un chemin sur son visage.

Emma prit place à ses côtés, sans un bruit. La brune triturait ses mains, gênée tout à coup que la sauveuse ait pu assister, ne serait-ce qu'une seconde, à ce masque qu'elle venait de baisser.

Emma, préoccupait par l'état de quasi burn-out de la brune, fut touchée au plus profondément de son être par cette femme, assise là, se laissant enfin aller à ses émotions.

Elle prit sa main dans la sienne, la tenant fermement comme un signe de soutien. Il n'y avait plus vraiment besoin de mots dans ce genre de cas.

Regina se souvient d'une scène similaire, s'étant produite à l'abri de tous, sur le Jolly Rogers en chemin pour Neverland.

Toutes deux avaient pleurés dans les bras l'une de l'autre, sans un mot. Puis, elles n'en avaient jamais reparlés.

Regina releva son regard étrangement triste et le planta dans celui d'Emma.

« Pourquoi faites-vous ça ? Demanda-t-elle d'une voix faible.

_ Peut-être… parce que personne n'est là pour s'occuper de toi. Répondit timidement Emma. »

La blonde lança un sourire timide à Regina avant de se lever, apeurée par le flot de sentiments qui venait de la submerger.

Regina suivit la blonde dans la maison, ses mots raisonnant encore dans son esprit.

Emma… Pouvait-elle vraiment être l'unique personne ayant ce pouvoir de la soutenir ? Pouvaient-elles réellement se soutenir l'un l'autre ?

Elle avait accepté de nouer une amitié avec la blonde, mais jamais elle n'aurait pu deviner que cette relation deviendrait plus profonde.

« Tu dois être fatiguée. Va dans la chambre. Dors. Les draps sont propres, le lit est fait et très confortable. Le calme t'aidera, crois-moi. Lui dit Emma en haussant les épaules.

_ Et toi ? Se préoccupa Regina.

_ Je m'occuperais comme je le peux. Eluda Emma.

_ Tu devrais te reposer toi aussi. Ces derniers temps ont été aussi difficiles pour toi que pour moi. Souffla Regina avant de pénétrer dans la chambre. »

Emma se tourna alors vers la porte de la chambre qui se ferma doucement.

Oui, ces derniers temps étaient difficiles. Ces boucles temporelles se répétant sans cesse devenaient dures à vivre. Faire face aux mêmes répliques, sans surprise, aux mêmes réactions, et, à la même douleur que Regina ne se souvienne jamais de rien lorsque leurs échanges étaient plus importants et profonds qu'un simple jeu.

A l'instant où Emma avait enfin le courage de s'exprimer envers la brune, d'exprimer de façon peut-être implicite qu'elle méritait mieux, celle-ci oubliait tout. Elle retournait dans les bras de Robin, l'obligeant à répéter le même effort surhumain pour ne pas céder, ne pas craquer de les voir ensemble de nouveau.

Certes, Emma voulait le bonheur absolu de Regina… et elle sentait qu'elle n'était pas heureuse. Mais la blonde se sentait coupable. Oui, elle avait peur de projeter ses propres envies sur la situation sans tenir compte sur bien être de la brune. Emma voulait que Regina quitte Robin, elle voulait qu'elles passent plus de temps ensembles de cette façon entre autre. Mais elle doutait que cela lui apporte le bonheur. Emma doutait d'elle-même sur ce point… Alors, cette boucle lui permettait de tester peut-être.

Emma s'avança vers la porte de bois, dont elle caressa doucement les rainures. Puis, d'un élan de courage, elle tourna la poignet et l'ouvrit délicatement, sans un bruit.