Scène 32 : La Dague

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La fête battait son plein et tout se passait pour le mieux, pensa Uther tout en parcourant rapidement du regard la salle où avait lieu le banquet. Le Roi de Camelot reporta ensuite son attention sur Alined qui était en train de prononcer un discours. A peu de chose près, sa déclaration était similaire à celle qu'Olaf avait proférée quelques instants plus tôt. Remerciements. Vœux de bonne santé. Compliments… Mais contrairement à Olaf, Alined n'offrit pas d'accueillir une réunion similaire l'année suivante.

Alined finit par s'asseoir tout en appelant son bouffon. Uther fit signe aux serviteurs d'apporter les plats suivants. Le silence qui avait régné durant le discours du Roi de Srathclyde cessa et laissa la place aux conversations les plus diverses qui furent rapidement rythmées par le bruit des clochettes que produisait le bonnet de Trickler.

Le numéro du Bouffon n'entraîna que peu de commentaire, sans doute parce qu'il n'était pas aussi impressionnant que celui qu'il avait présenté lors de la signature du traité entre les cinq Rois. Trickler en était parfaitement conscient mais il préférait provoquer la déception des différents convives plutôt que de finir la tête coupée ou sur le bûcher. Il connaissait la réputation de Léodagan de Carmélide et il savait bien que ce n'était certainement pas en brandissant comme un étendard ce qu'il était devant un chasseur de sorciers qu'il garderait la vie sauve. Il devait donc faire profil bas, faire extrêmement attention en la présence d'un chasseur de sorciers. Au besoin, il pourrait même détourner l'attention sur d'autre que lui. Il était prêt à tout pour rester en vie et il se savait capable de ne pas se trahir stupidement mais il ne pouvait tout de même pas s'empêcher de frissonner dès que le regard de l'ancien écuyer d'Uther se posait sur lui. Mais Léodagan ne faisait pas attention à lui pour le moment.

L'ancien écuyer d'Uther réfléchissait. Il pensait à son fils et au fait qu'il l'avait évité tout la journée parce qu'il ne voulait pas lui dire ce qui s'était passé avant son départ pour Camelot. Il allait devoir le faire un jour ou l'autre pourtant. Il le savait bien. Mais il n'en était pas encore capable pour le moment. Peut-être devait-il en parler à Uther ? Lui demander comment il avait fait avec Arthur ? Les circonstances étaient différentes bien sûr mais peut-être pouvait-il tout de même les demander conseil ? Mais serait-il capable de le dire tout haut ? Même à Uther ?

« Léodagan ? »

Il tourna la tête en entendant son nom. Le fils d'Uther l'observait d'un air indécis.

« J'avais donné sa journée à Yvain, finit par dire le jeune Prince.

-Votre père avait besoin de moi, Votre Altesse. »

Mais Arthur avait vu son père aujourd'hui et il savait qu'Uther n'avait pas vu son ancien écuyer de la journée. Léodagan venait-il de lui mentir ou bien…

« Y a-t-il des problèmes avec les sorciers et les druides dont mon père ne m'aurait par parlé ? demanda-t-il.

-Nous ne sommes pas au bon endroit pour parler de ce genre de chose, Sire. »

Léodagan n'avait pas tort mais…

« Il y a donc bien un problème. » conclut Arthur.

L'ancien écuyer n'infirma, ni ne confirma l'information. Arthur soupira. Il avait d'autres questions à lui poser mais comment aborder le sujet ?

« J'aimerais en savoir plus sur les combats que vous avez pu mener contre la magie. » révéla soudain le Prince.

Avec un peu de chance, il réussirait peut-être à lui faire dire quelque chose sur la Vallée des Dragons.

« Vous avez, vous-même, combattu la magie à plusieurs reprises, Sire. Je ne vois pas en quoi mon expérience pourrait vous êtes utile.

-Vous êtes le meilleur, Léodagan. »

L'ancien écuyer le remercia de ce compliment mais n'ajouta rien d'autre. Son regard parcourut ensuite l'ensemble de la salle et croisa brièvement celui d'Uther qui lui sourit. Les yeux du Seigneur de Carmélide quittèrent la table des cinq Rois pour celle qui se trouvait en face de la sienne. La Reine de Cymru était en train de parler avec sa cousine par alliance et Viviane, qui ne semblait ne l'écouter que d'une oreille, jetait de fréquents regards énamourés à Arthur. Caelia, qui était assise à côté de sa nièce, avait l'air de la surveiller du coin de l'œil et son regard se durcissait à chaque fois que Viviane fixait un peu trop longuement Arthur. Plus le temps passait et plus Léodagan se disait que Viviane devait être ensorcelée et que si elle avait été ensorcelée, ce n'était pas le fait de sa propre maison. Il devait donc se tourner vers d'autres suspects. Cymru ? Mercia ? Ou bien Srathclyde ? Comment savoir ?

Le regard de Léodagan resta sur Caelia pendant un long moment. Au cours de ses recherches, il avait appris ce que tentait de faire la sœur d'Olaf. L'action était louable, sans espoir, mais louable. Il ne pouvait donc définitivement pas penser que la maison royale de Northumbrie s'était de nouveau tournée vers la magie.

« Saviez-vous que la sœur du Roi Olaf s'est donnée pour mission de rééduquer les enfants druides et sorciers ? » dit soudain Léodagan à Arthur.

Le Prince regarda Caelia puis il fixa à nouveau l'ancien écuyer de son père.

« Obtient-elle des résultats ?

-Elle a réussi à sauver quelques enfants apparemment mais la plupart d'entre eux préfèrent continuer à se complaire dans leur vice.

-Comment fait-elle ?

-Je n'en ai aucune idée. »

Le regard d'Arthur se posa à nouveau sur Caelia. Peut-être devait-il lui parler ?

Trickler lui barra soudain la vue. Le bouffon avait des fleurs plein les bras et il était en train de les distribuer à toutes les femmes présentes au banquet, servantes comprises, ce qui créa un début de scandale mais comme l'homme état bouffon…

Trickler n'eut bientôt plus qu'une seule fleur dans les mains alors que toutes les femmes de l'assemblée avaient reçu la leur. Le bouffon resta immobile pendant quelques instants et se mit à regarder à droite et à gauche, faisant mine de chercher la seule femme qui n'avait pas encore eu de fleur. Il n'eut pas l'air de la trouver. Le bouffon plongea soudain en une profonde révérence.

« Votre Majesté, veuillez me pardonner mon insolence mais dîtes-moi donc où se trouve cette barde dont on n'a pas cessé de me parler depuis mon arrivée ?

-Ton insolence est toute pardonnée, bouffon, répondit Uther. Et je tiens à t'assurer que la Barde de la Cour ne devrait pas tarder. »

Tout en prononçant ses mots, il fit signe à un serviteur.

« J'ai, moi aussi, entendu beaucoup de choses à propos de votre nouvelle Barde, Uther. » intervint soudain Edwin.

Olaf regarda son neveu qui se trouvait à l'extrémité de la table des Rois. Elaine lui avait-elle parlé de leur sœur ?

« On dit que sa voix et sa musique sont divines. » ajouta le Roi de Cymru.

La femme dont il était question fit alors son entrée. Uther se leva tandis qu'elle s'inclinait profondément. Le Roi nota immédiatement qu'elle portait une nouvelle robe de meilleure qualité que ses robes habituelles mais il remarqua surtout sa couleur, le rouge de Camelot, et les dragons d'or brodés sur les manches et sur la jupe de la robe. L'argent qu'il lui avait alloué avait été bien utilisé.

« Barde Eolhsand, le bouffon du Roi Alined a, semble-t-il, un cadeau pour vous. »

La Barde se redressa et avant qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit, Trickler se jeta à ses pieds. Elle recula vivement, avec un haut-le-corps, et évita ainsi de justesse les mains qui avaient voulu saisir les siennes.

« Retiens ton bouffon, Alined ! » s'écria Olaf qui s'était immédiatement levé en voyant le mouvement de Trickler.

A cette exclamation, deux regards assassins se posèrent sur le Roi de Northumbrie et pendant un très court instant, Olaf se retrouve des années en arrière, au temps de son adolescence. Combien de fois avait-il vu ces mêmes regards courroucés et ces lèvres pincées ?

Le roi s'assit à nouveau.

Silence…

« Veuillez me pardonner, ma Dame, dit Trickler, mais votre beauté… »

Il laissa intentionnellement sa phrase en suspens. En entendant sa voix, la regard d'Eolhsand quitta celui de son frère pour se poser sur le bouffon. Elle cacha le dégoût qu'il lui inspirait derrière un masque impassible. Ce qu'elle percevait chez cet homme…

« J'espère que ce cadeau sera suffisant pour que vous m'accordiez votre pardon. »

La fleur réapparue brusquement dans sa main mais se transforma rapidement en un magnifique bouquet. Eolhsand ne l'accepta pas tout de suite et quand elle finit par s'en saisir, elle perçut un certain triomphe chez Trickler qui se métamorphosa bien vite en colère et déception, ce qui la fit sourire.

« Vous ne devriez pas cacher vos jolies mains sous ses gants, ma Dame. »

Olaf eut beaucoup de mal à se retenir de se lever une nouvelle fois mais le regard de ses deux sœurs était là pour le rappeler à l'ordre.

« Merci beaucoup, bouffon. » dit Eolhsand.

Elle tourna à nouveau la tête vers la table des Rois.

« Puis-je me retirer un court instant afin de m'occuper de ce cadeau, Votre Majesté ?

-Faîtes Barde Eolhsand mais revenez vite. »

La Barde s'inclina et quitta rapidement la salle. L'envoyé de Mercia, qui se trouvait tout au bout de la table des Rois, se leva.

« Puis-je profiter de cet instant pour prendre la parole, Votre Altesse ? demanda-t-il à Uther.

-Faites comme il vous plaira. »

L'envoyé de Mercia s'inclina puis remercia le Roi de Camelot. Il entama ensuite un discours ressemblant à ceux qu'avaient déjà fait Alined et Olaf.

« Mon Roi tient également à vous remercie pour votre présence et votre assistance au cours des évènements qui sont la cause de sa présente absence (1). »

L'envoyé se tourne ensuite vers la table qui se trouvait sur sa gauche car la suite de son discours n'était pas destinée à Uther.

« Mon Roi m'a également, personnellement, chargé de remercier le Prince Arthur pour l'aide précieuse qu'il a apporté à Mercia quand ces attaques de wyvernes ont eu lieu (2). Pour preuve de ses plus sincères remerciements, il tient d'ailleurs à vous offrir une des armes que nous avons trouvées dans ce que nous pensons être le repaire de celui qui commandait ces créatures maléfiques. »

En entendant ces mots, plusieurs personnes commencèrent à murmurer. Bien sûr, tout le monde ou presque avait entendu parler des attaques de wyvernes mais voilà que l'envoyé de Mercia venait de dire que quelqu'un les commandait. Les wyvernes étaient des cousins des dragons et seuls les dragonniers étaient capable de… Les rumeurs qui avaient couru dernièrement étaient-elles donc vraies ? Des dragonniers étaient donc toujours en vie après tout ce temps ? Il n'y avait plus aucun dragon à commander, bien sûr, mais c'était tout de même inquiétant.

L'envoyé de Mercia ignora les murmures et frappa dans ses mains. Des serviteurs de sa suite firent leur entrée avec un coffret en bois qu'ils posèrent devant Arthur. Ils se retirèrent après s'être incliné devant le Prince de Camelot.

Arthur jeta un coup d'œil à son père. Uther inclina légèrement la tête. Son fils se leva pour ouvrir le coffret de bois. A l'intérieur, se trouvait une dague longue dont la garde était d'un blanc immaculé. Son fourreau était d'un vert sombre sur lequel était brodés diverses perles d'ambres qui formait un dessin dont tous ignoraient la réelle signification. Arthur s'empara de l'arme et la tira de son fourreau. Il ne fut pas surpris en voyant que la lame était d'un blanc tout aussi immaculé et sans défaut que sa garde.

Les murmures reprirent de plus belle, surtout entre les membres les plus vieux de l'assemblée, ceux qui étaient assez âgés pour se rappeler du temps d'avant la Grande Purge. Ils avaient reconnu cette arme et ils savaient qu'elle ne pouvait appartenir qu'à un dragonnier.

Arthur regarde une nouvelle fois son père qui affichait un air impassible. On ne pouvait dire si le cadeau que venait de recevoir son fils lui convenait ou non.

Le Prince remercia ensuite l'envoyé de Mercia puis appela son serviteur qui… Ne vint pas.

« Merlin ! » cria Arthur une seconde fois.

Où était donc encore passé cet idiot ? Si Arthur se retrouvait à devoir crier une troisième fois son nom, il allait…

Mais Merlin arriva soudain au pas de course.

« Vous m'avez appelé Sire ? »

Arthur leva les yeux au ciel. Quelques chevaliers sourirent.

« Apporte ceci à mes appartements. » dit-il en rangeant la dague.

Merlin s'empara du coffret et commença à s'éloigner mais avant qu'il ne puisse complètement quitter la salle, il heurta Eolhsand qui était de retour. Le coffret tomba. La dague s'en échappa. La majorité de l'assemblée les regarda. Et ce fut bref, très bref, et Olaf fut certainement le seul à s'en rendre compte mais la Barde écarquilla les yeux en voyant la dague. Elle connaissait cette arme.

« Je suis désolée Barde Eolhsand. » dit le serviteur.

Elle lui fit signe que ce n'était pas grave.

« Je me dis, souvent, que mon serviteur pourrait faire un splendide bouffon. » dit Arthur tandis que Merlin et Eolhsand se baissait tous les deux pour ramasser la dague.

L'attention de tous était maintenant sur le Prince de la Cité.

« Roi Alined, votre bouffon veut-il un apprenti ? »

L'assemblée éclata de rire. Plus personne ne faisait attention au serviteur et à la barde, accroupis par terre, leurs mains posées sur l'arme que Mercia venait d'offrir à Arthur mais un Roi et un bouffon avaient toujours les yeux fixés sur eux. Olaf fronça les sourcils en voyant que le contact entre sa sœur et le serviteur durait plus que de raison. Trickler, lui, sourit. Il avait presque envie de se frotter les mains l'une contre l'autre.

« Trickler ! » cria soudain son maître.

Le bouffon se retourna vivement.

« Votre Majesté ?

-Répond donc à la question du Prince Arthur. »

Le bouffon fit mine de réfléchir. Plusieurs grimaces se succédèrent rapidement sur son visage, ce qui fit rire son auditoire.

« Je ne l'accepterai comme apprenti qu'à une seule condition, Votre Altesse. Sait-il jongler ?

-Mon serviteur a déjà du mal à mettre un pied devant l'autre ! »

Les rires reprirent. Certains cherchèrent Merlin du regard en se demandant si le serviteur allait oser répondre à son maître mais il avait, semble-t-il, enfin quitté la salle.

« A mon grand regret, je dois donc le refuser comme apprenti. J'en suis réellement navré. » répondit Trickler en s'inclinant.

Le bouffon se redressa brusquement, fit une pirouette puis se retira dans un coin de la grande salle. Un montreur d'ours, venant de Northumbrie, apparut et le banquet reprit.


(1) Voir Une trêve avec Mercia (3x05)

(2) Voir Cendres (3x07)


A : Put*in mais d'où quoi ! D'où elle reste un canard à la fin, bordel de m*rde !

PvC : Non seulement, elle s'est remise à écrire mais en plus, elle s'est remise à regarder des animes.

PvC se tourne vers Ahélya.

PvC : Laisse tomber les canards qui deviennent des magical girl cinq minutes. T'avais une annonce à leur faire, non ?

Ahélya ignore PvC.

PvC : Ouais, j'ai l'impression qu'on est définitivement de retour.

A : Dis pas ça ! ça va nous porter malheur ! Touche du bois !


Scène 33 : Le Conte