Scène 33 : Le Conte
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Le retour de Merlin, et son absence prolongée, passa totalement inaperçue, sauf pour Guenièvre qui s'approcha de lui dès qu'elle l'aperçut. Elle avait un pichet de vin à la main qu'elle lui tendit quand elle fut à côté de lui.
« Où est El ? » demanda-t-il en prenant le vin.
Elle lui montra de la tête l'espace qui se trouvait entre les trois immenses tables qui avaient été dressées dans la grande salle. Eolhsand était en train de jouer. Il ne pouvait donc pas lui parler de ce qu'il avait découvert en examinant le bouquet que lui avait offert Trickler, même mentalement. Elle était, bien sûr, meilleure que lui quand il s'agissait de tenir des conversations mentales mais il préférait ne pas la déconcentrer alors qu'elle jouait.
Merlin commença à faire le tour des tables, en servant du vin dès qu'on tendait un verre vers lui, tout en cherchant du regard le bouffon d'Alined. Trickler se trouvait dans l'un des coins les plus sombres de la salle du banquet et était en train d'observer attentivement Eolhsand. De temps en temps, il fixait Olaf, Caelia et Viviane. Une fois ou deux, Merlin le vit même poser les yeux sur Edwin.
Savait-il ?
Le serviteur reporta son attention Eolhsand. Il savait qu'elle avait choisi d'interpréter divers contes, chants et légendes des Cinq Royaumes pour faire honneur à Uther et ses invités. Elle devait terminer son numéro par un chant célébrant la victoire des Cinq Royaumes contre les Pictes, une victoire qui avait, plus ou moins, posé les fondations du traité signé l'année précédente. C'était cette chanson qu'elle était, présentement, en train de jouer.
Un long silence suivit la dernière note émise par la harpe de la barde. Uther applaudit. Le reste de l'assemblée fit de même. Très enthousiaste, le Roi de Cymru se leva tandis qu'Eolhsand faisait de même. Elle remit les gants qu'elle avait quitté pour jouer puis plongea en une profonde révérence.
« Je suis jaloux Uther, s'écria Edwin quand tout le monde eut finit d'applaudir. Ma mère n'a de cesse de chercher une barde avec autant de talent. »
Uther inclina la tête pour remercier le jeune souverain puis il se tourna vers la barde de sa cour.
« Une chanson de plus, Barde Eolhsand, réclama-t-il. Pour Edwin, Roi de Cymru. »
Eolhsand s'inclina.
« Quelle chanson souhaitez-vous entendre, Votre Majesté ?
-Je laisse Edwin la choisir. »
Tous les regards se tournèrent vers le plus jeune des cinq Rois qui s'était mis à réfléchir.
« Nous sommes ici pour célébrer l'entente entre nos royaumes et nombre de campagnes n'ont été victorieuse que parce que cette entente existait. »
Edwin fixa Eolhsand.
« Barde, vous avez chanté notre victoire contre les Pictes. C'est une chanson sur une autre victoire que j'aimerai entendre maintenant, une victoire partagée par mon grand-père et notre hôte. »
Caelia regarda immédiatement Olaf. Leur neveu n'était tout de même pas en train de demander une chanson sur la fin de la Vallée des Dragons ?
« Nous sommes aussi ici pour célébrer la paix, Edwin, intervint alors Olaf. Je doute qu'une chanson sur une bataille qui a coûté tant de vie à nos deux royaumes soit bien indiquée.
-Une victoire est une victoire, mon oncle. »
Avant que le débat ne continue, la voix d'Eolhsand s'éleva.
« Pardonnez cette interruption, mes Seigneurs, mais je pense que c'est à moi de décider si la demande de sa Majesté, le Roi de Cymru, m'agrée ou non. »
Elle s'adressa ensuite à Uther.
« A moins que vous n'y voyez un inconvénient, Votre Altesse.
-Faites comme il vous plaira, Barda Eolhsand, dit Uther.
-Merci Votre Majesté. » répliqua-t-elle en s'inclinant.
La barde ferma les yeux pendant un court instant.
« Les chansons sur la Vallée des Dragons sont rares, qu'il soit question, ou non, de sa fin. De plus, nous les avons tous entendues des milliers de fois. Je me refuse de vous donner quelque chose d'aussi trivial pour vous remercier de vos compliments, Votre Majesté. »
Olaf poussa un soupir de soulagement. Caelia regarda sa sœur, les sourcils froncés et les lèvres pincées. Merlin avait un mauvais pressentiment.
« A défaut d'un chant, laissez-moi vous offrir un conte sur le même sujet ou presque, Votre Altesse. »
Merlin faillit bien lâcher le pichet de vin qu'il avait dans les mains.
Tu ne peux pas faire ça, El !
La barde ignora le cri mental de l'Enchanteur qui regarda aussitôt Olaf d'un air désespéré. Le Roi de Northumbrie semblait tout prêt à s'élancer de sa chaise pour obliger sa sœur à mettre fin à la folie qui venait de lui traverser l'esprit.
Faites quelque chose, je vous en supplie.
Merlin savait bien qu'il ne servait à rien de prier ainsi le Roi de Northumbrie mais…
Ça suffit vous deux ! Je ne veux plus entendre un seul mot !
Merlin se figea en entendant cette exclamation. Il regarda Eolhsand. La barde était en train d'enlever ses gants. Ses mains tremblaient légèrement.
El…
Qu'est-ce que je viens de dire !
Elle le repoussa. Il lutta.
Je ne dirai plus rien mais laisse-moi rester là, El.
Elle ne lui répondit que lorsque les premières notes de sa harpe s'élevèrent.
Tu es l'Ancre. Je m'Envole.
Il acquiesça tout en maudissant mentalement son entêtement. Merlin fixa de nouveau Olaf qui semblait toujours aussi prêt à bondir de sa chaise mais la musique de sa sœur finit par le calmer et il reprit une position plus confortable sur le fauteuil qu'il occupait. Olaf ferma ensuite les yeux. Il savait parfaitement l'importance qu'avait eu, et avait toujours, la musique dans la vie de deux de ses sœurs. Elaine n'avait jamais été douée malgré son amour pour cet art et c'était évidemment grâce à elle qu'ils s'étaient rendus compte du talent de la benjamine de leur fratrie. Elaine aurait adoré être présente. Elle avait toujours aimé écouter leur plus jeune sœur. Toute petite déjà, alors qu'elle avait tout juste commencé à apprendre à jouer… Sa musique avait toujours eu quelque chose d'irréel… De magique…
Olaf rouvrit brusquement les yeux. Il avait à nouveau peur pour sa jeune sœur. Il venait de se souvenir que musique et magie avaient toujours été liées pour elle. Il regarda ensuite Caelia avec un air inquiet. Son autre sœur avait l'air indifférent mais il savait bien que ce n'était qu'un masque. Leur sœur leur avait ordonné à tous les deux de garder le silence un peu plus tôt. Ça suffit vous deux, avait-elle dit…
Le regard d'Olaf se posa une nouvelle fois sur la plus jeune de ses sœurs et la peur qui s'était emparée de lui grandit quand sa voix s'éleva, quand l'histoire qu'elle allait conter commença…
« Ils avancent par trois en clamant que leur Déesse les a voulus à son image, une déesse qu'ils honorent et servent en trois lieux, un pour chacun d'eux. Ainsi, chaque jour, l'Île voit grandir ses prêtresses, en beauté et en sagesse, jusqu'à ce qu'elles la quittent pour dispenser conseils et enseignements aux plus puissants. Ainsi, chaque année, les Pierres Debout pleurent le départ des Druides, même si elles savent qu'ils finiront par toujours revenir les voir. Ainsi, depuis la nuit des temps, la Vallée veille jalousement sur ses habitants et leurs secrets qu'ils soient Dragons ou bien Dragonniers. »
Caelia écarquilla les yeux en entendant ces mots. Était-elle devenue folle ? Elle ne pouvait pas se permettre de dire des choses pareilles devant Uther !
« Trois lieux. Trois peuples. Une mission. La protection de ceux qui ne possèdent pas leurs dons. C'était ce que voulait la déesse, ont-ils toujours clamés. Ce qu'ils nous ont fait croire pendant de trop longues années. »
La musique de la barde changea brusquement. Moins harmonieuse. Plus saccadée. Les notes passaient rapidement du grave à l'aiguë. Une menace planait.
« Car, en vérité, si les Prêtresses quittent l'Île, ce n'est que pour tromper, trahir et tourmenter ceux qu'elles disent conseiller. Car, en vérité, si les Druides quittent les Pierres Debout, ce n'est que pour dispenser maladie, malheur et malédiction durant leurs pérégrinations. Car, en vérité, si les Dragonniers quittent la Vallée, ce n'est que pour enlever et ensorceler les enfants des hommes et les donner aux sœurs qu'ils ont épousées. »
Toute musique cessa.
« Mais le voile est fin et les mensonges pèsent. Un de trop et tout prend fin. Une erreur et la mascarade se meurt. Et il suffit parfois d'un homme pour que la vérité soit révélée. »
La musique reprit. Plus douce maintenant mais des notes péniblement aiguës y apparaissaient de-ci, de-là.
« Et comme cet homme était Roi, l'Île lui envoya une de ses plus puissantes prêtresses pour l'aider à gouverner. Et comme cet homme était bon, les Pierres Debout lui demandèrent d'accorder son hospitalité à ses druides qui ne cessaient jamais de voyager. Et comme cet homme était brave, la Vallée ordonna à ses dragonniers de l'assister s'il était confronté à des dragons indomptés. »
Un nouveau changement. La musique reprit un ton sinistre et menaçant.
« Mensonges que tout cela. Il était, en fait, une cible de choix pour la Magie et ses pairs. Un pion de plus pour subjuguer la Terre. Mais cet homme était clairvoyant. Il s'aperçut de leurs véritables inclinations et dévoila, à tous, leur corruption, leur trahison et leur conspiration. Mais cet homme était puissant. En ressource et en gens et il savait les employer à bon escient. Mais cet homme, et ses chevaliers, étaient vaillant. Et peu importe la puissance de la Magie et de ses tours. Ils prirent les armes contre elle, car c'était leur dernier recours. »
Les doigts de la barde quittèrent totalement les cordes de la harpe pendant un moment. Les cordes continuèrent de vibrer pendant un court instant puis il y eut un minuscule silence.
« Et un à un, les trois peuples de la Déesse furent détruits. D'abord les Prêtresses puis les Druides. Les Dragonniers vinrent en dernier mais la Vallée était difficile à débusquer. »
Olaf referma les yeux. Il aurait soudain donné n'importe quoi pour éloigner sa sœur de son instrument de musique.
« Le Roi dut alors chercher alliance. Il la trouva auprès d'un Roi plus âgé, un Roi qui avait conçu de nombreux soupçons à l'égard de ceux qui possédaient le Don. L'un envoya un frère d'arme. L'autre, un frère de sang. Et en leur nom, ces deux hommes mirent fin à la Vallée des Dragons. »
Léodagan sentit le regard d'Arthur sur lui. Il observa le Prince avec un air interrogateur. Le fils d'Uther ouvrit la bouche comme s'il voulait lui poser une question mais Léodagan lui fit signe de se taire.
« Les Dragonniers eurent, cependant, vent de cette alliance et ils y virent une chance. Car caché au fond de leur sombre Vallée, ils attendaient leurs heures, le moment où ils pourraient venger leurs frères et sœurs, l'instant où les hommes se repentiraient de leurs erreurs. Les Dragonniers commencèrent donc à préparer leur défense. Les Dragons qu'ils possédaient furent éveillés et excités. Dagues et épées d'os et de crocs furent forgées par milliers. Sortilèges et pièges mortels furent disséminés dans la Vallée. »
Arthur continue d'observer attentivement Léodagan tout en écoutant ce que disait la barde. Comment pouvait-elle en avoir autant sur la Vallée ? Lui avait-elle donc menti pendant tout ce temps ? Ou n'était-elle en train d'ajouter tous ces détails que pour le bien de son histoire ? Mais Arthur savait que les Dragonniers avaient été au courant de l'attaque. N'était-ce pas ce que Jayne avait dit ? Mais le Prince n'avait jamais eu de réponse à la question la plus importante qu'il se posait. Comment les hommes de son père avait-il pu gagner ?
« Les Dragonniers furent cependant défaits malgré leurs armes, leur magie et leurs Dragons car un homme bon en vaut cent frappés de corruption. »
Ça n'avait été qu'un murmure mais Léodagan l'avait tout de même entendu. Comment avaient-ils gagné ? C'était ce que venait de demander Arthur.
Ils avaient réussi à gagner en utilisant une stratégie dont Léodagan n'aimait pas se souvenir. Ce n'était pas en se montrant bon qu'ils avaient gagné, que ce soit contre les Prêtresses, les Druides ou les Dragonniers. Mais c'était la seule solution. A chaque fois. Pour chacun d'entre eux. Ils avaient des pouvoirs, des dragons… Ces gens-là ne se battaient pas honorablement alors ils avaient fait de même mais aujourd'hui encore, Léodagan se réveillait parfois en pleine nuit à cause de leurs cris.
« Mais la bataille fut longue et le Soleil comme la Lune assistèrent aux combats opposant hommes et chevaux contre Dragonniers et Dragons. Épées de fer contre épées de crocs. Courage et bravoure contre magie et viles sortilèges. Et la bataille fut létale. Nombreux furent les Héros à périrent ce jour-là mais leur mort eut le plus sacré des sens. Souvenons-nous d'eux en cet instant. Souvenons-nous de ces héros sans nom. Souvenons-nous de ceux qui nous ont protégé de ces démons. »
Léodagan en aurait presque remercié la barde. Comment avait-il pu oublier ne serait-ce qu'un instant ce qu'ils étaient et ce qu'ils pouvaient faire… La manière dont ils essayaient toujours de tenter ceux qui ne possédaient pas leurs pouvoirs. Il l'avait souvent vu pourtant mais il n'en avait été que rarement la cible jusqu'à maintenant.
« Car la bataille se conclut par leur victoire. Pour chaque héros qui tombaient sous les coups des traîtres, ce furent dix, vingt, cent habitants de la Vallée qui furent tués ou capturés. Et petit à petit, les Dragonniers reculèrent. Petit à petit, les prisonniers augmentèrent. Petit à petit, les combats cessèrent. Hélas, les Dragonniers, voyant leur défaite arriver, commirent une dernière traîtrise. Ils arrangèrent la fuite de l'un d'entre eux. Pour qu'il soit leur dernière chance. Pour qu'il soit leur espoir de vengeance. Pour qu'il soit leur possibilité de renaissance. »
Elle ferma les yeux et inspira. Ça ne dura qu'un très court instant et Merlin fut sans aucun doute le seul à s'en rendre compte parce qu'il venait de faire comme elle et en même temps qu'elle, parce qu'il était lié à elle et c'était parce qu'il était lié à elle qu'il savait déjà ce qu'elle n'allait pas tarder à dire. Après tout, il était au premier rang pour observer ce qui se passait dans l'esprit de la Barde.
Il y avait une première Eolhsand, celle qui jouait et déclamait le conte, celle qui affichait un air impassible en se concentrant sur sa musique. La deuxième Eolhsand composait. Toujours en avance sur la première. Merlin s'efforçait de ne pas la déconcentrer mais il lui fournissait tout de même un mot, une ligne ou une idée de temps en temps. Et il y avait une troisième Eolhsand, celle qui était silencieuse et immobile, drapée dans sa peine, et qui faisait tout son possible pour ne pas qu'on remarque sa présence mais de temps en temps, elle prenait la place de celle qui jouait. C'était ce qui venait de se passer.
« Il s'appelait Balinor et nul ne sut pendant un long moment sa destinée et les histoires à son encontre furent nombreuses. On dit qu'il rejoignit les Druides survivants dans leur éternelle fuite. On raconta que la dernière des Grandes Prêtresses Nimueh l'accueillit dans sa retraite. On l'aperçut sur la route du Nord et on conta alors qu'il avait rejoint les Pictes. Histoires multiples. Vérité douteuse. Elles s'accordaient toutes cependant sur un point. Le dernier des Dragonniers comptait venger ses sœurs et ses frères. Le dernier des Dragonniers comptait libérer ceux qui n'avaient pu, avec lui, disparaître. Le dernier des Dragonniers comptait tuer toux ceux qui avaient révélé au grand jour leur nature de traître. »
Guenièvre fronça les sourcils. Ce n'était pas ainsi qu'on lui avait décrit Balinor.
« La malice du Dragonnier ne connaissait point de limite et il conçut le plus abjecte des plans. Il fit ainsi courir le bruit suivant. Contre la vie sauve, il livrerait le Dragon qui l'avait accompagné dans sa fuite et les rumeurs de cette réédition enflèrent et enflèrent pendant un long moment mais jamais le Roi n'y donna suite. La duplicité du Dragonnier ne connaissait point de limite et il se présenta de lui-même au château de son ennemi, désarmés, les mains levées, la tête baissée. Sous bonne garde, il fut conduit devant celui qui avait libéré les hommes de la magie. Balinor renouvela alors sa demande. Vie sauve et liberté contre le dernier Dragon de la Vallée. Et pour preuve de sa bonne foi, il appela le Dragon, qui, bientôt, calmement, arriva. »
Arthur savait, bien sûr, que la barde ne pouvait pas se permettre de dépeindre Balinor sous un jour favorable mais…
« La traîtrise du Dragonnier ne connaissait point de limite car, soudain, Balinor cria et le Dragon redevint ce qu'il avait toujours été. Une bête monstrueuse et terrifiante. Une créature du fond des âges à la cruauté sans pareille. Un animal dont la rage n'avait pas de fin. »
Les mains d'Olaf se crispèrent sur les bras de son fauteuil. Il sentait sa peine même si celle-ci restait invisible sur son visage ou dans sa posture. Il regarda Caelia. Il espérait que leur soutien à tous deux soit suffisant pour que le masque de leur sœur reste en place.
« Et il attaqua tous ceux qui se trouvaient là. Hommes, femmes, enfants. Sa rage ne faisait aucune distinction. C'était ce que voulait le Dernier des Dragonniers. C'était l'ordre qu'il lui avait donné. Tous devaient connaître la colère de la Vallée. Tous devaient payer. Tous brûleraient et mourraient. »
Caelia pouvait reprocher beaucoup de choses à sa sœur mais elle n'était pas non plus aveugle à ses qualités même si elle ne l'avouerait jamais. Sa sœur savait tenir son rang et elle le faisait avec une rigueur que Caelia n'avait que trop rarement rencontrée mais évidemment, il avait fallu qu'elle se trompe sur le rang à tenir. Elle était fille de la maison royale de Northumbrie. C'était ainsi qu'elle aurait dû apparaître aux yeux du monde et pas comme l'une des survivantes de cette maudite Vallée. Mais ce n'était pas le rôle de la survivante de la Vallée des Dragons qu'elle jouait ici, se rappela soudain Caelia. Non, ici, elle était la Barde de la Cour d'Uther. Pas une survivante de la Grande Purge et jusqu'à maintenant, rien n'avait trahi cet état de fait.
« Et tandis que la bête semait le désordre, la panique et la mort, le Dernier des Dragonniers, dont la lâcheté n'avait pas de fin, en profita pour échapper à ceux qui le retenaient. Il s'enfuit mais fut vite rattrapé. Et une fois de plus, Balinor fit montre de sa couardise car en voyant sa vie menacée, il ordonna à sa bête de ne plus bouger. Ils furent tout deux emprisonné et de longues années s'écoulèrent sans qu'il ne fut plus jamais question de ces traîtres. Mais la Vallée n'avait toujours pas eu sa vengeance. »
Olaf, comme Caelia, écarquillèrent les yeux. Leur sœur était-elle vraiment à Camelot pour cette raison ?
« Et la Vallée sut faire montre de patience. La Vallée n'eut qu'à attendre l'évasion de ce qu'il restait de son engeance. Et quand le Dragon de Balinor réussit à se libérer, il reprit ce qu'il avait, vingt ans plus tôt, commencé. »
Olaf faillit pousser un immense soupir de soulagement. C'était donc de l'attaque du Grand Dragon qu'elle parlait. Caelia reste plus circonspecte. Elle ne pouvait se permettre d'oublier cette possibilité. Elle allait devoir parler à Olaf. Encore. Ils devaient tout faire pour que leur sœur revienne avec eux.
« Et quand le Dragon de Balinor réussit à s'échapper, il se retourna contre la cité qu'il avait, vingt ans plus tôt, attaquée. Et quand le Dragon de Balinor réussit à s'évader, il sema à nouveau la mort, partout, où il passait. Mais le Roi, sans qui nous serions toujours sous l'emprise de la magie avait un fils tout aussi puissant, courageux et clairvoyant que lui. Et comme son père, ce fils luttait contre ceux qui possédait le Don. Et comme son père, ce fils se battit contre le Grand Dragon. Et comme son père, ce fils revint victorieux de la confrontation. Le Dragon, ultime survivant de la Vallée, avait été écrasé. »
Mais la Vallée, non. Guenièvre. Arthur. Léon. Key. Ils le savaient bien tous les quatre. Trois d'entre eux avaient même vu…
« Cette guerre, depuis si longtemps commencé, était terminée. La paix pouvait enfin régner. »
Mais la barde avait tort. Ils étaient toujours en guerre, une guerre des plus insidieuses. Léodagan le savait bien. Uther aussi. Arthur également. Mais personne ne pouvait reprocher ce mensonge à la barde. Le peuple avait besoin d'y croire.
« Et c'est elle que nous célébrons aujourd'hui. Bien sûr, nous n'avons pas oublié. »
La musique changea. Un peu. Trop peu pour que quiconque soit capable de reconnaître l'air qui commençait à être joué.
El !
« Nous pensons toujours à ceux qui sont tombés. Nous pleurons toujours la perte de nos êtres aimés. Et nous honorons encore ceux qui se sont sacrifiés. Mais nous n'oublions pas non plus que, sans ce Roi et son allié, sans ses deux frères qu'ils ont envoyés, sans ce fils et ses chevaliers, aucun de nous n'aurait pu vivre en paix. »
Au fur et à mesure des mots, des phrases, la musique s'était à nouveau transformée et n'eut rapidement plus rien à voir avec cet air qui avait résonné pendant des jours et des jours dans les cachots de Camelot pour s'éteindre au milieu d'un bûcher.
« Car aujourd'hui, Prêtresses, Druides et Dragonniers ne sont plus. Car aujourd'hui, l'Île, les Pierres Debout et la Vallée ont disparu. Car aujourd'hui, la magie est vaincue. »
Les cordes de la harpe vibrèrent une dernière fois. Quelques dernières notes…
Il n'y eut aucun silence après la prestation de la barde de Camelot mais un tonnerre d'applaudissements et le Roi Edwin ne fut pas le seul à se lever cette fois.
« Barde Eolhsand, vous vous êtes surpassées. »
La Conteuse se leva. Elle s'inclina mais moins profondément que lors de ces précédentes révérences. Elle avait l'air fatigué.
« Pardonnez-moi pour cette demande incongrue, Votre Majesté, mais je crois que j'ai besoin de prendre l'air. Puis-je me retirer ? »
…
PvC (contemple le chapitre d'un air satisfait) : Ah ben, le voilà enfin ce fameux conte !
Ahélya ne l'écoute pas. Elle a un escarpin à la main. PvC se tourne vers elle.
PvC : Qu'est-ce que tu fous ?
A : Je construis mon armoire ikea.
PvC : Avec un escarpin ?
A : J'ai pas de marteau.
Ahélya décide de prendre une petite pause dans sa construction d'armoire.
A : Mais au fait, t'as toujours pas écrit tes bonus, toi.
PvC : Ben, tu fais des bonus à ma place ! Pour Cendres, tu as mis le premier jet du procès et là, t'as prévu de mettre le conte et ses versions préliminaires !
A : Rien n'empêche d'avoir plusieurs bonus, tu sais.
Scène 34 : L'Appel
