Amor caecus est
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité (pas seulement la curiosité, évidemment ! ) Pardonnez les boulettes ou les redites...
Beta : (qui veut une autrice autistique? )
NB : Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron.
NB²: chapitre résumant largement du 1er et du 2ème épisode, désolée pour les afficionadas, piqûre de rappel très dosée.
« C'était mon tour de te sauver, mon frère ! »
La phrase se répercutait dans ses pensées lourdes de fatigue, ne lui laissant aucun répit. Agron, le gladiateur Germain se colla à la paroi du cloaque qui leur servait de cachette pour laisser passer Crixus le Gaulois aussi sombre que lui. L'un et l'autre étaient marqués par la perte. Agron pleurait la mort de son frère lors de leur libération et Crixus la disparition de son aimée. Mais leur chagrin mutuel ne les liait aucunement au grand désespoir de Spartacus. Le Thrace comprenait les deux hommes pour avoir connu les mêmes affres. Le fantôme de sa femme pesait toujours sur ses épaules. Il savait que seule la vengeance apaiserait leur douleur en versant le sang Romain. Ils avaient chacun tant souffert pour leur liberté. Le prix avait été lourd pour tous.
Cependant les deux hommes se détestaient cordialement. Seul le respect d'un gladiateur pour un autre retenait encore leurs poings à défaut de leurs insultes. Leur haine commune pour leur ancien maître ne leur suffisait plus pour apaiser leurs désaccords. Les vieilles querelles remontèrent à la surface, les anciennes insultes fleurirent entre eux. Des factions se créèrent. La fraternité n'existait qu'à peine, ils s'assemblaient désormais par peuple ou par goût. D'autres n'étaient là que parce qu'ils ne savaient pas quoi faire d'eux-mêmes.
Les Gaulois s'étaient dotés de Crixus comme chef et n'entendaient obéir qu'à lui seul. L'homme se concentrait sur la recherche d'une femme mais il acceptait cependant de suivre Spartacus. Le Thrace semblait savoir ce qu'il faisait en accordant sa confiance au Gaulois. Agron demeurait loyal au Faiseur de pluie. Il le suivrait même si ses décisions lui semblaient contestables. Il l'admirait, sa place n'était pas aisée. Il devait gérer les inévitables conflits entre des groupes et des égo opposés. Pourtant l(homme semblait avoir les épaules pour cette tâche. Agron croyait savoir qu'il avait été chef de guerre. La manière dont il s'exprimait et connaissait la stratégie des champs de bataille annonçait le guerrier entrainé, devenu gladiateur. La science des armes n'avait plus aucun secret pour lui et il savait qu'un groupe ne devait la survie qu'à son unité. L'homme saurait comment diriger leur petit troupe, Crixus devait tirer un trait sur sa femme. Elle avait certainement disparu, tuée par l'une ou l'autre des mains qui l'avaient possédé
Agron ne donnait malheureusement pas cher de sa peau. Une femme esclave marquée par sa maitresse comme Lucretia l'avait fait, n'avait presqu'aucune valeur pour les Romains. Crixus devrait se résoudre à l'idée de la retrouver seulement dans un monde meilleur, se dit-il en regardant le gladiateur suivi par ses hommes. Il devait commencer à se venger, verser le sang avant de disparaître. Agron grimaça sous le poids de cette pensée funèbre. Son cœur était bien trop meurtri pour croire en une possible issue. Il savait qu'il n'avait plus rien à perdre mais désirait entraîner le plus de romains dans sa vengeance.
Il avait l'impression qu'ils se perdaient dans l'inaction. L'humeur des esclaves libérés se détériorait au fur et à mesure que les jours passaient et qu'ils restaient cachés dans cet égout de la ville. Ils brûlaient d'une telle haine pour ceux qui les avaient enchaînés, qu'à défaut de se venger, la rancœur se glissait parmi eux comme un fantôme insidieux. Le spectre de la haine échauffait les tempéraments. Agron luttait contre ses instincts et mettait ses pas dans ceux du guerrier Thrace, admirant sa force et ses décisions qui les avaient libérés. Pourtant le choix de son chef de guerre de suivre la piste de Naevia en compagnie de Crixus ne le satisfaisait pas.
Il craignait que leurs recherches à travers le pays fussent le meilleur moyen de se faire repérer par les hommes de Seppius. Leurs faibles forces ne résisteraient jamais contre la machine à broyer Romaine. Ils seraient capturés, torturé, tué pour avoir osé se rebeller contre la main de leur maitre. Il leur fallait plus d'hommes, plus d'arme. C'était l'unique plan qui leur accorderait une chance de sortir de cette ville.
L'idée de Spartacus de sortir de la ville et attaquer les latifundae lui plaisait. Il admira cet homme astucieux capable d'élaborer des stratégies guerrières. Son inimitié envers Crixus déborda lors de leur fuite pour la campagne et la compagnie semblait se diviser et Spartacus désespérait de ne pouvoir réconcilier les deux frères ennemis. Il s'efforçait de concilier leurs deux volonté. Retrouver Naevia et libérer le plus d'hommes sur leur passage. Ils suivaient la piste laissée par la jeune femme, s'enfonçant de plus en plus dans la campagne.
Agron s'angoissait qu'ils soient découvert, les troupes de Seppius quadrillaient les terres fertiles à leurs recherche. Mais il lui apparut bientôt que leurs actions et leur raisons étaient invisibles à leurs yeux. C'était impossible d'anticiper leur action pour la bonne raison qu'il l'ignorait eux-mêmes. Ils s'attaquèrent à des chariots pour se ravitailler, priant la chance et les dieux pour ne pas se faire capturer. Leur petit nombre leur permettait d'échapper encore à la traque qu'ils savaient derrière eux. Mais ils devenaient de plus en plus nombreux au fur et à mesure des esclaves libérés sur leur route. Crixus traquait la piste de Naevia comme un chien désespéré. Ils s'arrêtèrent à distance de leur dernière proie, une villa cossue où Crixus avait l'espoir fou de retrouver Naevia.
Ils s'approchèrent de l'enceinte d'une villa cossue, dont les portes bien entretenues défendaient seules l'accès. Il n'y avait aucun garde, aucune crainte d'attaque n'était venue jusqu'ici. Crixus rêvait les yeux ouverts, le cœur soutenu par la pensée de revoir son amour. Spartacus les exhorta au silence alors qu'ils menaient l'attaque. En quelques minutes l'enfer se déversa sur la maison de Grassus, métamorphosant l'existence de nombreux esclaves. La nuit était noire et silencieuse, même les oiseaux nocturnes se taisaient comme apeuré par la menace que les esclaves révoltés faisaient peser sur la villa. Le sang coula cette nuit-là, sous le glaive des gladiateurs habitués à le verser.
Avant le lever du soleil, ils étaient maitre des lieux, sans perte de leur côté grâce au plan minutieux de Spartacus. Agron pensait que cet homme avait un réel génie pour imaginer et construire ses stratégies. Il doutait seulement de son talent à juger les hommes. Crixus semblait devenir fou de douleur et devenait enragé à la pensée des souffrances de Naevia, inquiétant jusqu'à ses compagnons. Mais plus encore, ce qui inquiétait le plus Agron était la confiance que le Thrace faisait preuve envers les esclaves de cette villa sans s'assurer de leur loyauté. L'un d'entre eux venait de tenter de l'assassiner en plein repos et Agron assistait sombrement à leur confrontation.
Le Gladiateur l'étonna une nouvelle fois en refusant de tuer le jeune homme. Il semblait voir en lui quelque chose qui lui rappelait sa propre expérience. Agron se sentit curieusement intrigué par les flammes furieuses que jetaient ses yeux. Il était jeune, Agron lui donnait quelques années de moins que lui, beau avec un visage expressif. Le prisonnier montra les dents comme un animal. Agron sourit face à une telle sauvagerie. Son cœur se mit à battre furieusement en écoutant la conversation.
- le gamin mérite une chance, dit Spartacus en évaluant le jeune homme qui s'agitait sous la poigne de fer des gladiateurs.
- tu lui en as déjà donné une, fit Crixus, d'un ton rogue, et il a tenté de te retirer la vie en réponse.
- Que les Dieux me sauvent, ironisa Agron, je suis finalement d'accord avec un Gaulois.
- Il n'a jamais connu rien d'autre que l'esclavage, le défendit Spartacus. La force d'un tel lien ne peut pas être si facilement tranchée.
- Et ne le sera peut-être jamais, dit Crixus.
- Si nous lui enlevions la vie, quel message cela enverrait-il à ceux qui souhaitent joindre notre cause ?
- qu'ils feraient mieux d'être agréable, dit Agron en menaçant du regard du jeune homme qui sourit impertinent.
Crixus le frappa en plein visage mais il ne perdit rien de sa fierté, malgré le sang qui lui coulait de la bouche. Les hommes qui le tenaient ricanèrent devant sa tentative de se rebeller.
- nous sommes des Romains Alors ? tonna Spartacus, dirigeant à travers la peur et la menace de mort ?
- s'il tente à nouveau de te tuer, je ferais en sorte qu'il rejoigne son putain de maître.
Le Gaulois avait parlé et Agron vit dans le regard de l'esclave passer une peur, celle d'être passé d'un esclavage à un autre. Il laissa échapper un soupir. Les idées de Spartacus ne cessaient de l'étonner.
- et comment envisages-tu que nous entraînions ce petit chien sauvage ?
- comme Batiatus l'ordonna à Doctore.
- et ça a plutôt bien fonctionné, se moqua Agron en l'abandonnant sur cette dernière pique.
Il sortit et entraina le jeune homme malmené dans son sillage. Celui-ci rajusta son vêtement d'un air fier, presque arrogant qui fit sourire Agron.
- Spartacus t'a offert une nouvelle chance, dit-il, prends en soin car à la moindre erreur...
Il laissa planer la menace, lui promettant qu'il rejoindrait son maitre dans l'après-vie.
Le jeune homme le défia du regard, s'essuyant la bouche, refusant de parler par respect pour ses gencives. Crixus l'avait frappé et il semblait avoir mal. Agron ricana et le poussa vers le péristyle.
- couche-toi ici, qu'on puisse te surveiller.
L'esclave pinça les lèvres et s'assit contre le mur, le visage intelligent mais fermé sur ses pensées. Le campement sombra dans la nuit et le sommeil. La dernière image que vit le germain avant de sombrer fut les yeux pensifs du petit homme. L'avenir seul pouvait dire ce qu'il choisirait de faire avec sa liberté nouvelle.
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A suivre
