Amor caecus est
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité (pas seulement la curiosité, évidemment ! ) Pardonnez les boulettes ou les redites...
Beta : (qui veut une autrice autistique? ) Merci de vos messages, ça réchauffe le coeur et met du diesel dans les doigts^^.
NB : Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron.
NB²: chapitre résumant largement le 2ème épisode, désolée pour les afficionadas, piqûre de rappel très dosée.
La villa était calme, après le fracas des armes qui avaient claqué toute la journée. Les hommes se délassaient à présent avec du vin et des chansons. Agron étira ses longues jambes dont les muscles criaient contre l'entraînement. Spartacus lui avait demandé de s'occuper des jeunes recrues, à peine des hommes, tout juste des gamins qui levaient lourdement leurs glaives. La moitié ne tiendrait pas face à un assaut de Romains. L'autre serait certainement baptisé du sang de leurs frères. Tous les hommes ne naissait pas pour tenir une épée, mais ils apprenaient à se défendre. Ses yeux tombèrent sur la forme immobile d'un jeune homme adossé à un pilier. Celui-ci était seul, comme si sa tentative d'assassinat le marquait comme paria parmi les fidèles de Spartacus. Il fixait du regard le Thrace, jaugeant avec intensité l'homme qu'il avait tenté de supprimer quelques jours auparavant.
Le jeune homme avait le teint sombre et chaud des hommes du désert et les muscles mous de l'esclave d'agrément. Il semblait avoir été éduqué, il s'exprimait clairement, sans jurer mais avec un léger accent qui charmait l'oreille d'Agron. Le Germain se rappelait l'avoir trouvé dans la chambre du dominus. Il savait qu'il avait été l'esclave intime de Grassus jusqu'à sa mort. La marque sur son épaule attestait de sa condition. Il avait regretté son maître suffisamment pour tenter de le venger. Quel idiot, pensa Agron, en grimaçant légèrement.
Le jeune imbécile semblait épuisé par l'entraînement que Spartacus lui avait donné. Il n'avait sans doute jamais tenu une arme de toute sa vie et pourtant il s'en était bien tiré. Il bougeait vite, souplement et mettait une fougue juvénile dans chacune de ses attaques. Il ferait un bon combattant s'il demeurait loyal.
Le Germain avait encore des doutes et c'était pour cette raison qu'il l'avait suivi du regard toute la journée, s'attendant avec fatalisme à ce qu'il réitère sa tentative. Spartacus lui avait donné une nouvelle chance. Il avait vu quelque chose en lui, autre que sa beauté, une rage qui ne demandait qu'à éclater. Agron ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il y avait vu pour lui accorder une telle confiance. Il apprenait vite à manier le glaive et Agron se demandait si ce n'était pas le désir d'abattre Spartacus qui le soutenait. Dans ce cas, le jeune homme ferait mieux d'abandonner cette idée, le combat était perdu d'avance.
- Tu pousses ta chance à regarder de cette manière le vainqueur de Theokolès.
- Sa victoire prouve seulement que les géants tombent aussi.
Agron retint un ricanement en lui offrant une coupe de vin. Le courage ne lui manquait pas à celui-ci, à défaut de bon sens. Il s'accroupit à ses côtés, amusé par sa témérité, gage de jeunesse et d'inexpérience. Il lui rappelait son jeune frère, toujours prompt à plaisanter et se jeter au-devant du danger sans songer à sa protection. Agron s'en était toujours chargé pour lui jusqu'au jour où il lui avait été enlevé. Il lui semblait depuis avoir été amputé d'une partie de lui-même. Une bouffée de tristesse envahit son cœur. Il n'avait pas pensé à Duro ces derniers temps. Qui d'autre que lui pourrait se souvenir de son nom alors qu'il était parti rejoindre les terres de leurs dieux. Il serra les dents sur cette mémoire pour revenir au présent. Le gamin continuait à suivre Spartacus des yeux, ignorant l'homme à ses côtés. Il pensait dangereusement s'il imaginait pouvoir s'attaquer à nouveau au gladiateur et s'en sortir vivant.
- Quel nom te donne-t-on, petit homme, demanda-t-il sarcastique, pour que je puisse pleurer correctement ton trépas ?
- J'ai été appelé Tiberius, fit le jeune homme, tournant enfin son visage vers lui.
Ses yeux étaient sombres et profonds aussi expressifs que son visage. Agron se sentit tout à coup plus léger. Il lui répondait et semblait s'intéresser à sa conversation. Agron continua sur sa lancée, il voulait savoir ce que Spartacus avait vu en lui de si particulier.
- Tiberius, s'étonna-t-il. Tu es trop sombre de peau pour être appelé d'un seul nom Romain.
- Je suis plus Romain que Syrien, répondit le petit homme avec un éclat insolent dans les yeux.
Agron fit la moue en se rappelant les manières d'Ashur, le syrien de leur ludus. Sa grimace en parlant de lui sembla blesser Tiberius. Il détourna les yeux vers sa coupe de vin. Un mur d'incompréhension les séparait. Agron ravala son envie de le secouer pour le faire parler. La conversation semblait ennuyer le jeune homme. Il ne faisait que répondre à ses questions. Le Germain continua néanmoins à lui parler, poussé par une obscure force. Il voulait certainement effacer ses doutes en apprenant à mieux le connaître.
- Tu as de la famille ici bas ? reprit-il après un petit silence.
- Je me rappelle seulement un frère, fit le jeune homme en posant ses yeux sur les corps des hommes qui se reposaient, la fatigue ombrant ses yeux.
- J'ai eu aussi un frère.
Le ton doux et amer sembla éveiller l'intérêt du Syrien qui l'interrogea à son tour.
- Plus maintenant ?
- Non, il a été frappé par les Romains, fit Agron en se remémorant la mort de Duro.
Sa douleur rejaillit et marqua son visage que le jeune homme dardait un regard plein de défi.
- Lorsque vous avez tourné vos épées contre eux ? accusa-t-il, une étincelle au fond des yeux..
Agron troublé soupesa la question et le reproche sous-jacent. Ils s'étaient révoltés contre leur maître pour retrouver leur liberté, pour retrouver leur honneur. Mais cette rébellion avait causé de grandes pertes. Cette idée le hantait, c'était de sa faute si son frère avait péri, il le savait. Il mit un frein à sa rancœur, se retenant de le frapper pour lui apprendre le respect et força ses traits à sourire, inquiétant.
- Comme tu le feras un jour, si tu as un peu de bon sens, répondit-il agressivement avant de se relever et de l'abandonner à sa solitude.
La menace avait été à peine voilée, mais Agron souhaitait qu'il sache ce qu'il pensait réellement. C'était curieusement important pour lui. Il le laissa réfléchir. À lui de choisir son putain de destin, le Germain s'en lavait les mains. S'il ne parvenait pas à comprendre ce que Spartacus lui avait offert, ce n'était pas lui qui pourrait lui ouvrir les yeux.
Ce gamin semblait regretter la vie qu'il avait eue jusqu'ici, pleurant sans doute son maître. Spartacus avait raison, les liens de l'esclavage sont décidément puissants, mais Agron espérait qu'il comprenne qu'il était libre.
Ce qu'il avait appris au cours de cette conversation ne l'avait pas rassuré, il n'était pas prêt à faire confiance à un Syrien, qui se satisfaisait de son sort d'esclave. Pourtant, quelque chose en lui l'émouvait, ses yeux étaient décidément fascinants, farouches et pourtant intelligents. Agron s'installa pour la nuit non loin, bien décidé à continuer sa surveillance.
«==========((=0oooO o Oooo0=))==========»
