Amor caecus est


Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité (pas seulement la curiosité, évidemment ! ) Pardonnez les boulettes ou les redites...

Beta : Arianrhod (allez faire un tour sur sa magnifique fic : http : / /www .fanfiction .net /s/7125496/1/A_la_croisee_des_chemins en enlevant les espaces. Je vous jure, c'est excellent ! )

Merci de vos messages, ça réchauffe le coeur et met du diesel dans les doigts^^.

NB : Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron.

NB²: chapitre résumant largement le 3ème épisode, désolée pour les afficionadas, piqûre de rappel très dosée et Alternance de Pov. Cette fois Nasir.


- Nasir ! dit le jeune homme d'une voix encore étranglée, mon frère m'appelait Nasir.

Le regard intense du Syrien chercha celui du Germain, venu lui parler plus tôt dans la soirée. Il tenta de lui exprimer son choix alors que Crixus le maintenait d'une poigne de fer. Longtemps, Nasir avait soupesé sa décision. Ce n'était pas un choix à faire à la légère. Il savait que sa vie en dépendait. Il se sentait sur le fil de l'épée. La conversation avec le Germain l'avait hanté toute la nuit. Il avait discuté avec des membres de la petite compagnie. Il avait peu à peu compris les raisons qui avaient amené les hommes de Spartacus à se rebeller. Ils se vengeaient de ce qu'ils avaient subi et affronté dans le sang. Malgré le danger, ils libéraient les esclaves qu'ils rencontraient. Qui n'a jamais rêvé d'être libre, de ne plus dépendre de la volonté d'un seul être humain et ne plus vivre dans la peur ?

Pourtant, il avait été indécis jusqu'au moment où il avait versé le sang romain. Il se frotta le cou, machinalement en se rappelant l'angoisse qui l'avait saisi lorsqu'il avait vu les yeux du mercenaire s'attarder sur la trace de son collier d'esclave. Il avait alors compris qu'il était un mort en sursis. Il avait tenté de gagner du temps en les invitant à se reposer. À ce moment-là, il n'avait toujours pas choisi son chemin et tremblait pour sa vie.

Les gladiateurs, criant trahison, étaient alors entrés en scène et avaient tout balayé sur leur passage. Nasir avait été jeté en arrière et l'enfer s'était ouvert pour les mercenaires de Seppius.

Il avait regardé les hommes combattre, le sang qui jaillissait, les cris guerriers, la fougue qui les embrasait, cette joie féroce, la mort qui dansait avec eux. Ils étaient unis dans le combat par des liens d'airain et de sang. Une arme avait roulé à ses pieds et il s'était enfin décidé à se battre pour sa liberté. Ce fut le moment où Tiberius renonça à son nom d'esclave et reprit le nom qui lui avait été volé. Il s'était jeté sur le centurion qui prenait à revers Spartacus et lui avait planté le glaive dans le corps. Il voyait encore son poing serré autour du pommeau, le sang romain qui poissait ses doigts. Il avait pris une vie humaine, lui l'esclave de corps, éduqué pour le plaisir et la compagnie plutôt que pour les armes.

Il battit des yeux en revenant à la réalité. Il se sentit chanceler en lisant l'approbation dans le regard du Germain. Nasir eut un sourire mince, presque timide. Son cœur battit la chamade en voyant les lèvres de l'autre s'étirer en muette réponse. Le jeune homme revendiquait son nom et une cause, celle de Spartacus. Le général esclave lui tendit le glaive nettoyé avec un hochement de tête. Nasir sourit plus largement. Il se sentait enfin à sa place, frémissant d'anticipation face aux combats à venir.

Il fallut bientôt se débarrasser des corps. Ils ne pouvaient rester ici à corrompre l'atmosphère. Dès que le soleil se lèverait, ils commenceraient à puer. Les cadavres romains ne puaient pas moins que ceux des esclaves. Nasir connaissait l'endroit où ils pourraient pourrir sans les gêner. Il conduisit les gladiateurs au dépotoir à l'arrière de la maison et les aida à cacher les corps sous des immondices. Agron resta à ses côtés alors qu'ils retournaient aux portes de bois gris qui avaient si mal défendu la maison. Le soleil se levait, rougissant les champs cotonneux de brume. Le Germain paraissait détendu sous le ciel azur, ses traits semblaient plus doux.

- Le bon sens a touché ton âme finalement, dit-il en le retenant par l'épaule alors qu'ils allaient rentrer.

- Je me suis laissé porter par les bras du Destin, répondit Nasir, posant les yeux sur la main qu'il sentait si chaude sur sa peau rafraîchie par l'air matinal.

- Ses bras ne seront pas les seuls à t'accueillir.

Le sourire du Germain parut soudain mal assuré, alors qu'il retirait sa main. Il avait un côté tendre et maladroit qui émut le Syrien. Son expérience des relations humaines était sûrement altérée par le joug de l'esclavage, mais il avait la sensation de lui plaire. Il retrouvait sans doute quelque chose en lui. Il avait perdu son frère dans un combat. Peut-être était-ce le manque d'une épaule fraternelle lui faisait chercher sa compagnie ?

- Que dirais-tu d'un petit-déjeuner avant de commencer l'entraînement ?

- Vous autres les gladiateurs ne pensaient qu'à vous entraîner, ironisa le petit homme.

- Spartacus fonde de grands espoirs en toi, ne le déçois pas !

- Il ne serait pas le seul, fit le Syrien d'un ton narquois.

- Tu as encore tes preuves à faire, dit sèchement Agron en se rembrunissant, avant que d'autres ne t'accordent leur confiance. Les hommes se méfient de ton peuple.

- À cause du Syrien de votre ludus, n'est-ce pas ? fit Nasir en fronçant les sourcils, mais tous les Syriens ne sont pas mauvais !

- À toi de nous le prouver, petit homme.

Nasir le regarda s'éloigner, l'avertissement était clair. Il devrait montrer sa valeur avant qu'ils ne l'acceptent dans leur fraternité. La chance donnée par Spartacus ne lui suffisait pas. Il baissa la tête. Il devait faire une nouvelle fois ses preuves pour avancer dans la vie. Il avait tout perdu avec la mort de son maître. Il repartait de rien. Se retrouver sans maître pour la première fois de sa vie lui faisait peur. Il ne connaissait pas les règles qui régissaient désormais sa vie. La liberté l'angoissait autant qu'elle l'éblouissait. Tout était si différent à présent. Il serra les poings et se redressa, conscient du poids du glaive à ses côtés. Quoiqu'il arrive, il était prêt à se protéger. Il avait gagné cette arme par le sang et avec elle il défendrait sa liberté.

L'entraînement reprit dès la fin du repas. Nasir regardait autour de lui, étonné. Les gladiateurs semblaient habitués à une telle routine qui les rapprochait des soldats. Ils ne semblaient vivre réellement que pour le bruit et le choc métallique des armes. Agron le talonna, l'exhortant à pousser ses attaques, à se montrer plus vaillant. L'ancien esclave montrait les dents, emporté par la férocité des duels. Il voulait mériter leur confiance, sa confiance. L'homme testa sa rapidité et ses réflexes pendant les duels qui les opposaient.

Les journées passèrent et Nasir mangea de moins en moins la poussière. Il parvenait à contrebalancer la taille et la force du Germain par sa vitesse et sa souplesse. L'homme paraissait heureux de ses progrès et petit à petit un lien d'amitié se forgea sous le choc des armes. La petite compagnie d'esclaves s'habitua à voir l'un dans l'ombre de l'autre et ils devinrent vite indissociables.

Spartacus semblait fier d'eux et Nasir se sentait appartenir de plus en plus à ce petit groupe qui l'avait accueilli. Agron n'était pas étranger à ce fait. Sa jeunesse réapparaissait à ses côtés, cette part d'adolescence volée par la guerre et les Romains. Le Germain parlait et plaisantait beaucoup, semblant apprécier sa compagnie. Il riait plus souvent lorsque le petit homme se trouvait dans les parages.

Même Crixus, pourtant réticent à l'intégration du Syrien dans leur rang, reconnut du bout des lèvres qu'il ferait un bon combattant. Le Gaulois continuait de rechercher celle qu'il aimait et se désintéressait du reste. Grassus lui avait donné une piste et depuis il la suivait, entraînant ses hommes à sa suite tandis que les fugitifs s'étaient installés dans la latifundia et se reposaient de leur longue fuite. Crixus s'était juré de ne pas abandonner et un jour vint où il eut enfin un indice sérieux. Il avait enfin localisé un transport d'esclaves et l'homme qui les conduisait. Celui-ci devait savoir où avait été emportée Naevia. Crixus n'eut de cesse avant que Spartacus accepte d'attaquer le chariot pour apaiser la rage de son ami. Ce serait l'occasion idéale de tester les nouveaux combattants sur terrain réel. Agron serra le bras de Nasir avec enthousiasme à l'annonce de cette nouvelle. Le jeune Syrien avait le cœur qui palpitait à l'idée de se battre.

oOoOo

Nasir serrait son glaive avec anxiété, jetant de fréquents coups d'œil à Agron qui fixait le chemin qui s'enfonçait dans les arbres avec détermination. Il regarda autour de lui, on pouvait deviner qui étaient les plus aguerris à la manière dont ils se tenaient, comme des loups prêts à l'attaque. Les gladiateurs étaient prêts à l'attaque. Le cœur pris d'une exaltation guerrière, il se jeta à la bataille sur l'ordre de Spartacus. Très vite, il oublia l'enthousiasme pour conserver uniquement à l'esprit sa propre survie. Il n'y avait rien de beau ou d'exaltant à lever l'épée contre un autre homme défendant sa vie. Son entraînement ne lui aurait jamais appris autant que ce premier combat remporté de justesse. Il souffla quelques instants, admirant les gladiateurs qui semblaient exécuter une danse de mort. Il avisa soudain qu'Agron était en difficulté et sans même réfléchir vola à son secours. Il enfonça son épée dans le dos de son assaillant et souffla de soulagement en le voyant tomber. Agron se redressa un large sourire éclaircissant son visage sur lequel se lisaient la fierté et l'ardeur.

- C'est une stratégie intelligente, fit Agron, que de prendre l'homme par-derrière.

Nasir sourit nerveusement aux sous-entendus qu'il sentait sous cette phrase. Son sourire s'étiola rapidement, il sentait le poids de l'épée et la chaleur écœurante du sang entre ses doigts. Il ressentait le choc du premier baptême du combat. Agron sembla se rendre compte de son malaise et continua de plaisanter pour évacuer l'émotion. Nasir se sentait en confiance, suffisamment pour lui dire ce qu'il ressentait. Le Germain comprit la difficulté qu'il éprouvait à avoir volé la vie d'un homme. Il l'apaisa de ses paroles rassurantes en lui faisant signe de continuer de fouiller le mort.

- Je t'aiderai à en endosser le poids jusqu'à ce que nous puissions…

Nasir ne sut jamais ce qu'Agron avait voulu lui dire. Le conducteur du chariot s'était réveillé et avait donné l'information que Crixus recherchait si intensément. Il leur proposa un échange, sa vie épargnée contre la localisation de Naevia. Nasir vit Agron se rembrunir et ordonner au marchand de parler.

- Les mines, elle est aux mines de Lucentia. Mon cheval maintenant, dit l'homme en tentant de se redresser.

Agron laissa une grimace déformer ses traits et plongea son arme dans la gorge du vaincu. Nasir resta sans réaction, sous le choc de ce geste, l'esprit vide de toute idée. Il sursauta en entendant le pas de Spartacus derrière lui. À son amère surprise, il vit Agron mentir avec aplomb à Crixus. Il vit les yeux du Gaulois se remplir d'une douleur infâme, il lui sembla voir son âme se désagréger sous cette terrible nouvelle. Il demeura silencieux, se soumettant à la volonté d'Agron. Son ami avait certainement ses raisons, mais elles lui étaient impénétrables.

Il y pensa souvent les jours suivants, se torturant l'esprit à essayer de comprendre. Certaines des actions du Germain lui étaient totalement mystérieuses et insondables. Agron avait achevé le conducteur du chariot sans un seul remords malgré les informations qu'il leur avait données. Il allait passer de longues heures à tenter de déchiffrer l'autre versant de la personnalité de l'homme qu'il avait appris à connaître. Plus sombre, plus calculateur, Agron paraissait plus complexe qu'il ne l'avait pensé.

La haine du Gaulois était-elle si intense qu'il lui refuse de connaître le sort de son aimée ? L'incompréhension et la déception habitaient son cœur alors qu'ils rentraient d'un pas lent et lourd à la villa. Nasir ne cessait de jeter des coups d'œil sur le visage fermé du Germain. Il avait l'impression que toutes les qualités qu'il lui attribuait étaient entachées par ce mensonge et ce qu'il impliquait, l'agonie d'une femme seule et le désespoir de celui qui l'aimait. Naevia était toujours en vie et se trouvait à peine à quelques heures de marche de la villa de Grassus. Comment continuer de vivre sans y penser ?

«==========((=0oooO o Oooo0=))==========»

À suivre...

N'hésitez pas à laisser une review, je suis ok pour répondre à toute question ou désapprobation^^