Amor caecus est
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites...
Beta : Arianrhod
NB : Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron.
NB²: je ne sais plus quelle est la dose de résumé de la dose de fic…mais beaucoup de dialogues sont directement traduits de la série . Désolé pour le retard subséquent à une indigestion de Torchwood (finir fic) et plongée dans ma pile de bouquins à lire…. Trop nombreux. Je sais Osef :) Bonne lecture !
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La douleur de la chair qui se déchire, le hurlement de douleur d'un homme, l'étonnement en découvrant sa propre voix. Nasir souffrait, son ventre le brûlait, la douleur le dévorait. Blessé pendant un affrontement avec les Romains, il s'appuyait de toutes ses forces sur ses compagnons, se cramponnant à la réalité pour ne pas sombrer. Il sentait le corps fin de Mira le soutenir d'un côté et entendait les exhortations de Spartacus de l'autre. Il perdait connaissance par intermittence, secoué par la douleur provoquée par les mouvements.
Ils avaient réussi. Au prix de précieuses vies, ils étaient sortis de l'enfer de Lucentia. De la petite compagnie d'hommes qui avaient choisi de suivre Spartacus dans les mines, moins de la moitié était encore en vie. Crixus était tombé, Raskos avait disparu, combien d'autres encore ? Nasir distinguait Liscus et Fortis qui couraient en avant-garde, apparaissant et disparaissant entre les arbres, impatients de sortir de cette forêt menaçante. Tous fuyaient, la peur au ventre, comme des lapins, les chiens de chasse. Liscus devant eux les dirigeait sûrement à travers le couvert des arbres. Il sembla renifler l'air, aux aguets avant de les arrêter près d'une source qui roucoulait. Les fuyards haletants se précipitèrent sur l'onde, noyant leur soif sous le liquide froid.
La douleur atroce retourna Nasir comme un gant alors que Spartacus le jetait au sol sur le dos. Il gémit en reprenant souffle, incapable de se rappeler comment il était arrivé ici. Il avait perdu connaissance par intermittence, posant les pieds pour marcher par réflexe.
L'épuisement et la douleur étoilaient sa vision d'une myriade de points noirs. Il devait lutter pour respirer malgré sa blessure suintant toujours de sang. Spartacus lui porta de l'eau maladroitement et il but lui aussi, écoutant les paroles qu'ils échangeaient à voix basse. Ils parlaient de lui, comme s'il n'était déjà plus là, un mort en sursis.
- Il y a bientôt plus de sang sur le sol que dans son corps. Même si on le portait, il ne survivrait pas. Mais il laisserait une piste que les Romains s'empresseraient de suivre.
- On ne peut pas le laisser, dit Mira, répondant à Fortis dont le visage paraissait gris sous la maigre lueur de la lune passant à travers les feuillages.
- Non, on ne peut pas… Liscus laissa sourdre une menace dans sa voix.
- Tu prendrais sa vie? S'étonna Spartacus, d'un air dégoûté.
- Je ne ferais que me séparer d'une menace. Ce serait lui faire une faveur.
- Tu ne le toucheras pas ! Fit le Thrace.
- Alors, fais-le toi-même, dit Liscus, soutenu par Fortis. Mets un terme à ses souffrances, comme tu l'as fait avec Varron.
Spartacus lui décocha un coup de poing à la mâchoire qui le fit tomber à terre. Le son fit frémir Nasir que Mira tentait d'apaiser. Liscus se releva lentement, l'air prêt à se battre.
- Crixus, s'écria une voix douce, mettant un terme à la querelle entre les trois hommes. Il a survécu à bien pire contre Theokoles.
Elle se redressa de toute sa petite taille tandis que le regard de Spartacus lui donnait force et courage. Elle montra du doigt Nasir qui haletait de douleur sur le sol. Il avait entendu toute la conversation qui avait fait battre son cœur trop vite. Il sentit l'espoir qui touchait de son aile l'esprit des trois hommes.
- Le garçon aussi vivra, reprit-elle, si sa blessure est scellée par le feu.
- Un feu qui attirera les Romains, gronda Liscus, les traits crispés par la peur qui lui rongeait les entrailles.
- Alors,nous devons faire vite, murmura intensément Mira, et être partis avant qu'ils n'arrivent.
- Et si nous n'y arrivons pas ? La contredit Fortis. Nous n'avons pas assez d'hommes.
- Non. Nous n'en avons pas, rétorqua le Thrace avant de lui donner ses ordres. Trouvez Agron et amenez-les tous au but. On vous rejoint aussi vite que possible.
- Je crains que tu ne sois pas assez rapide, déplora Liscus avant de s'enfoncer dans les fourrés de la forêt en compagnie de Fortis. *
Les trois derniers membres de la compagnie de Spartacus échangèrent un regard las avant de se tourner vers le blessé. Leur chef l'exhorta à tenir bon. Nasir harponna ses yeux, comme pour lui dire qu'il ne voulait pas mourir, pas ici, pas dans ces bois humides sous les brumes, pas après avoir échappé à la capture à Lucentia. Il voulait vivre et s'accrochait de toutes ses forces à l'étincelle de vie qu'il lui restait. Sa volonté s'enracina dans un souvenir, une grimace blessée, des yeux verts qui l'appelaient. Agron. Il aurait dû rester près du Germain. Mais c'était grâce à Spartacus qu'il était libre. Il avait dû choisir entre la voix du cœur et celle de la raison. Cependant, sa blessure le faisait penser différemment. Il aurait dû rester près du Germain, c'était sa vraie place. Il les entendit parler de feu et de soin et revint à la surface de cet océan de douleur.
- Qu'est-ce que vous faites ? Demanda-t-il d'une voix faible. Le sourire de Spartacus ne le rassura guère, pas plus que ses explications. Je dois être marqué par le feu comme un vrai gladiateur, conclue-t-il, en rassemblant son courage.
- Tu as gagné ta place dans la fraternité, le rassura Spartacus, tenez-le, ordonna-t-il aux femmes tandis qu'il appliquait rapidement son épée chauffée à blanc.
Nasir crut mourir. La douleur était si forte, si intense et si brutale qu'il sombra définitivement dans une inconscience bienvenue. Un océan de ténèbres vint l'accueillir entre ses flots. Il lui parut toucher les rives de Charon, disant adieu à sa courte vie, libre, libre de céder et mourir. Il se tint à la limite de l'autre rive, retenu par le remords de ne pas avoir une dernière fois embrassé un certain Germain. Un dernier lien avec la vie, mais si foutrement fort qu'il revint à la conscience dans un sursaut brutal. Ce n'était pas l'heure de son trépas. Il sentit des doigts courir sur son corps, son visage, une odeur l'assaillir, humus, sueur et cuir. Cette odeur le bouleversa plus sûrement que le plus capiteux des parfums. Il ouvrit les yeux pour sombrer dans des orbes vertes, semblable à deux lacs de montagne. Le soulagement de les reconnaitre, la douceur qu'il y lisait, l'inquiétude qui les poignardaient, lui firent oublier ses blessures un bref instant. Il sourit tendrement avant de replonger dans les limbes. Agron était là, tout allait bien. Comment ? Pourquoi le Germain avait-il agi contre ses propres décisions ? Ces questions disparurent alors que tout s'effaçait dans une obscurité bienvenue d'où il n'émergea qu'une journée plus tard.
Naevia lui baignait le front d'une eau fraiche et parfumée. L'absence de souffrance lui fit douter de la réalité de cette scène. Il amorça un mouvement pour toucher le bras doré de l'ancienne esclave. La douleur le crucifia et il retomba sur sa couche. Elle l'accueillit d'un rictus à peine aimable.
- Naevia.
- Agron sera heureux de voir ton retour parmi les vivants. Il se languissait de toi.
Les larmes débordèrent des yeux de la jeune femme alors qu'elle détournait le visage de celui du petit homme.
- Combien devront encore mourir ? J'aurais préféré mourir plutôt que provoquer cela.
- Que se passe-t-il ? demanda le Syrien, d'un ton inquiet. Elle lui paraissait bouleversée, rongée par la culpabilité et il ne comprenait pas la situation.
Chadara, alertée par les sanglots et les questions les rejoignit et l'informa de la décision de Spartacus. À peine étaient-ils en sécurité que le Thrace décidait d'attaquer Capoua et son arène.
- Pour délivrer Crixus, comprit le jeune homme dans un souffle, accentuant les pleurs et les plaintes de Naevia.
Son cœur se serra, il se sentit coupable encore d'avoir gardé le silence. Mais il n'eut pas le temps de la consoler. Chadara venait de prononcer une parole qui lui mit définitivement le cœur en charpie.
- Agron s'est porté volontaire pour l'accompagner. Elle lui annonça cela avec une pointe de méchanceté comme pour lui faire payer le choix de son compagnon. Son sang ne fit qu'un tour et il se leva, repoussant avec détermination les deux jeunes femmes. La douleur faillit le terrasser, mais il tint bon. Il devait voir Agron.
- Je dois y aller !
Il fit quelques pas en direction de la lumière, ébloui par la douleur.
- Donnez-moi une épée que je vous accompagne.
- Nasir ?
L'interrogation réjouie lui réchauffa le cœur. Il s'avança en titubant légèrement, aveuglé par l'abrupte lumière en direction des gladiateurs prêts à partir. Spartacus avait les yeux étincelants de joie, l'accueillant au sein de leur confrérie. Une main se posa sur son épaule, une étreinte qui le fit tourner la tête vers le grand homme qui lui souriait plein de tendresse et de férocité mêlée. Il frissonna sous la chaleur que contenaient ses yeux.
- Cette fois, tu restes et je pars.
Nasir voulut protester, rétorquer qu'il allait bien, qu'il pouvait les suivre, lorsque deux lèvres cueillirent les siennes, une simple caresse qui lui mit le cœur en émoi et le corps en ébullition. Il n'eut pas le temps de retenir Agron que celui-ci était déjà parti rejoindre les hommes sur le départ.
Il clampina, appuyé contre le mur, accompagnant en esprit leur départ plein de bruit et de fureur. Le campement retrouva lentement son calme et il resta à la porte, suivant la progression de la troupe sur la route sinueuse et poussiéreuse. Il aurait aimé les suivre et leur souhaita que Myrtha les accompagne vers un retour glorieux. De nombreuses pensées s'installèrent sous son front pour l'occuper durant les longues heures de l'attente. Pourquoi l'avoir embrassé avec une telle douceur ? Pourquoi avoir rejoint les rangs de Spartacus après avoir refusé de le suivre la première fois ? Nasir se sentait dévoré par les questions sans nombre qui l'assaillaient. Toutes avaient le même sujet, toutes tournaient autour d'Agron et de sa réaction. Naevia et Chadara vinrent le trouver afin de le forcer à se reposer. Une matrone qui les avait suivis jusqu'ici lui apporta une potion apaisante et un onguent pour sa blessure. Elle avait vu bien plus de blessures qu'il ne s'en fera jamais et ne s'émouvait pas facilement face à la douleur. Malgré tout, elle était très aimée de ces hommes presque sauvages qu'elle avait tous raccommodés à un moment ou un autre.
- Bénie soit la main qui a cautérisé ta blessure. Sans soin, tu n'aurais pas survécu à votre fuite.
- Spartacus m'a sauvé la vie, je le sais, vieille femme ! Quand pourrais-je me déplacer sans douleur ?
- Seul le temps te l'apprendra, effronté ! Je suis aussi libre que toi, maintenant, lui rétorqua la vieille guérisseuse, habituée à remettre à leur place les gladiateurs à la langue preste. Mets cet onguent, que les dieux ne reviennent pas sur leur décision de t'avoir laissé la vie.
- Je les remercie pour ça, fit-il avec plus d'humilité.
- Tu es bien le seul, dit-elle avec un mouvement de menton désignant Naevia qui tordait des chiffons dans un coin. Elle maudit les dieux de l'avoir sauvé. Ce n'est pas bon, pas bon du tout.
- Elle croit qu'ils ont échangé sa vie contre celle de son amoureux. Pourtant jamais les dieux ne seraient aussi cruels !
- Qui sait ce que sont les chemins des dieux ? Fit sagement la vieille femme, en se relevant avec des mouvements rendus lents par l'âge, mais qu'ils accompagnent nos guerriers et nous les rendent victorieux et vivants. Je n'ai pas d'herbes pour soigner plus de blessés.
- Que les dieux t'entendent !
La chaleur qu'il mit dans le ton de sa voix attira le regard de Naevia et le sourire de Gnaea. Il tâcha de dissimuler son embarras en s'allongeant sur sa couche et posant le bras sur son visage enflammé qui n'était pas passé inaperçu aux yeux fripons de Chadara.
- Oh mon ami, tu es amoureux. Cela se voit à l'éclat de tes yeux, s'amusa Chadara en le chatouillant de ses cheveux.
- Non, souffla Naevia en plongeant son visage entre ses mains et fondant en larmes. L'amour est la chose la plus cruelle du monde, offrant l'espoir pour mieux nous l'arracher. Mon coeur est déchiré, Crixus a payé de sa vie ma liberté.
- Ils vont le libérer, gronda Nasir en se relevant. Ils vont voler jusqu'à la cité pour te ramener Crixus. Agron est avec eux cette fois. Ils vaincront.
- Ton espoir est fou mais les dieux aiment les fous, trancha Gnaea d'une voix déterminée. Ou bien nous ne serions pas ici ! Maintenant, toi, tu te reposes, la guérison est à ce prix et vous deux avec moi. L'inaction est la mère de tous les vices. Vous serez plus utiles à préparer le repas.
Nasir s'allongea à nouveau en grognant de douleur. Celle-ci cédait peu à peu à la potion apaisante administrée par Gnaea. Il loua son savoir en sombrant dans le sommeil, s'envolant en pensée sur les traces de ces hommes qui l'accueillaient à présent dans leur fraternité.
Cette découverte faisait gonfler son cœur d'un sentiment au goût inconnu, faisant vibrer son âme d'une nouvelle manière. Dormir peut-être allait rendre l'attente moins longue, se dit-il en touchant les terres ensoleillées du gardien du sommeil.
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À suivre (merci pour la lecture et pour les commentaires toujours appréciés à leur juste valeur. Cette fois, je serai moins longue à poursuivre cette histoire^^)
