Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron

Beta :

NB: en total mode nomade, le choix était de poster ou répondre a vos adorables reviews, que je lis toujours avec joie et plaisir (mâtiné de narcissisme, je l'avoue) j'ai préféré faire cesser l'attente et la pression et poster pendant que j'en avais l'occasion. Merci aux guests et followers ! itou !

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Chapitre 18

De ternes journées de crainte aux ténèbres de nuits désespérées, les rebelles attendaient une attaque qui ne venait jamais. Malgré sa supériorité numérique, Glaber refusait de mener un combat perdu d'avance face à leurs positions en hauteur, conditions trop défavorables aux manœuvres romaines. Il avait ordonné à ses légions de tenir leurs postes, le temps que la faim et la soif mettent un terme à leur rébellion. Il ne semblait plus tant pressé de noyer dans le sang leur révolte sans avenir. Les anciens esclaves étaient acculés, sans espoir de s'enfuir. La colère de Rome les avait chassés sur les pentes stériles de l'ancien volcan, giflées par les rafales et les bourrasques d'un automne rigoureux. Ils ne devaient leur salut qu'à leur prévoyance. Le tunnel dont la conception avait occupé nombreuses mains avait sauvé la vie de maints rebelles. Les Romains ne s'étaient pas attendus à cette action, mais l'issue restait inchangée. La mort seul les attendait alors que tandis que les Romains appliquaient leurs stratégies éprouvées depuis des siècles. Acculer l'ennemi et le laisser mourir de faim avant de le réduire en esclavage. Peu importe le temps que cela prendrait, l'issue était toujours la même et peu à peu, l'espoir fol de tenir face aux Romains s'étiolait.

Nombre de frères avaient péri lorsque les Romains avaient pris le temple, plus nombreux encore étaient ceux qui souffraient de blessures, de froid et de faim. Leur fuite précipitée ne leur avait pas laissé le temps d'emporter tant de possessions, seulement ce qu'ils portaient sur leur dos, les armes qu'ils serraient dans leur poing et la liberté qu'ils chérissaient dans leur cœur.

Ainsi depuis leur défaite, les rebelles souffraient de la faim et surtout du froid mordant. Le vent glaçait leurs peaux et gelait leurs membres, amoindrissant leurs réflexes. A cause de cette faiblesse sans cesse grandissante, Spartacus craignait un assaut tous les jours. Il avait d'ailleurs ordonné aux rebelles de monter la garde à tour de rôle. Même s'ils en comprenaient tous la raison, certains ne cachaient guère qu'ils auraient préféré, plutôt que l'attente lourde d'appréhension qui rôdait sur le fragile campement, une franche attaque. D'un côté comme de l'autre. Mourir à petit feu leur faisait plus peur que périr au combat.

Les révoltés économisaient le bois comme la nourriture, mais en quelques jours seulement, leurs maigres réserves avaient été dévorées pour alimenter hommes et feux. La nécessité les obligea alors à se rationner, au grand dépit de nombre d'estomacs. Le feu, la chaleur et la lumière qu'il apportait, manqua bientôt lorsque Spartacus les obligea à utiliser le combustible avec parcimonie, seulement pour la nécessité. Le général sentait que les esprits s'échauffaient au fur et à mesure que les feux diminuaient sur le plateau rocheux où ils s'étaient réfugiés. Il marchait seul, dénombrant les tentes romaines avant d'être rejoint par Mira, qui au fil des jours se rapprochait plus d'une amie très chère qu'une épouse. Son cœur était éteint, paraissait-il, pourtant tous savaient qu'il l'avait aimé. Agron les regarda s'éloigner et décida de rejoindre Nasir qui grelottait près du maigre feu qu'il avait réussir à produire. Le jeune homme avait appris beaucoup de choses depuis qu'il s'était joint aux rebelles de Spartacus, se battre, faire du feu de ses mains, aimer... Une chose qu'il avait lui-même découvert.

Il s'assit derrière son dos et se colla tout contre lui lorsqu'il le sentit frisonner. La peau du jeune homme était glacée d'avoir monté la garde en plein vent, près du sentier escarpé qu'ils avaient emprunté pour s'enfuir.
- La nuit est calme mais glaciale, dit le petit brun en claquant des dents.
- Comme ta peau, dit le Germain en lui soufflant dans le cou et l'enveloppant plus étroitement entre ses bras.

Il se réjouit de le sentir se détendre peu à peu.
- Comme les cœurs, dit le Syrien à mi-voix. Beaucoup perdent confiance en Spartacus. Les épreuves traversées ont été difficiles pour tous.
- Et toi ? Souhaites-tu une vie plus facile sans épreuve ? Demanda Agron en lui mordillant le cou.

Nasir dût sentir son angoisse car il répondit immédiatement.
- Non, Spartacus n'a jamais promis une vie facile, exempte d'épreuves. Seulement la liberté et la dignité pour tous les hommes. Un combat honorable.
- Mourir sur un cailloux désolé mais dignement, plaisanta sombrement Agron. Est-ce cela que tu désires ?
- Oui, tout plutôt que courber le cou devant un maître qui ne voit en nous qu'une marchandise.

Agron le serra plus fort, nichant sa tête sur son épaule, le regard perdu dans les petites flammes. Il y avait comme une force vibrante en lui qui lui donnait l'envie de continuer.

- Spartacus trouvera quelque chose, murmura-t-il. Il sait ce qu'il faut faire.
- Ta loyauté est toujours si forte, si profonde, dit Nasir. Ne doutes-tu jamais de lui ?
- Non. Bien sûr, nous ne sommes pas toujours d'accord mais il sait écouter nos avis et à partir même de nos désaccords peut germer une idée merveilleuse.
- Je prie alors qu'une forêt jaillisse de son esprit et nous cache à la vue de nos ennemis. Oh. ..

Son ventre creux gargouilla sa propre prière.

- Je sens d'ici le repas des soldats. Ils attendent notre fin en faisant bombance.
- Tu salives mon amour ?
- Pas toi ? Rétorqua Nasir avec un sourire moqueur.

-Bien sûr que si, mais je préfère largement le goût de la liberté sur tes lèvres.

Agron se pencha de côté pour attraper sa bouche et sceller d'un baiser leur résolution. Ils ne céderaient ni l'un ni l'autre face aux légions. Mais cela n'empêchait pas la peur d'occuper une partie de leurs cœurs. Ils étaient conscient que leur salut ou leur mort était lié au sort de Spartacus. Agron savoura le baiser, comme s'il s'agissait du dernier. Il relâcha son amant lorsque le souffle leur manqua.
- Némétes dit pouvoir passer les lignes romaines avec quelques hommes déterminés, révéla Nasir d'une voix creuse de fatigue.
- La faim lui joue des tours. Le chemin est précieusement gardé par les romains.
- Nous devrions sans doute garder cet accès contre nous même, fit Nasir en savourant la chaleur et la force qui émanait du corps d'Agron. La faim peut donner des idées folles même au plus sage des hommes.
- Tu penses que je devrais en parler à Spartacus.
- Rapidement si tu veux me croire.
Agron se figea, surpris par son ton lugubre.
- J'ai passé toute la nuit à monter la garde à ses côtés. Il se réchauffait en échafaudant ses plans d'attaque. Et je ne le vois plus. Ni lui ni Lugo.
- Reste ici, je vais parler à Spartacus.

Nasir regarda le Germain s'éloigner à grandes enjambées. Pourquoi son cœur se serrait-il autant dans sa cage d'os? Il se sentait presque à nu sans la présence protectrice de son amant. Son visage se tendit en plongeant le regard dans le feu. Il ne se montrerait pas faible aux yeux d'un homme chez qui primait la force et la puissance.

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Dès que Nasir avait prononcé le nom de Némétes, Agron avait compris que les ennuis commençaient. Le saxon était une forte tête et il s'attendait malheureusement à tout avec ce personnage. Il se dirigea vers Spartacus, notant l'arrivée de Donar. Les quelques mots jetés par le Germain à leur général lui glacèrent le sang. Némétes attaquait les Romains au mépris des consignes de Spartacus. Jurant dans sa barbe, il s'élança à la suite du Thr acequi se précipitait vers le chemin descendant vers la vallée.

Mira, étonnée par la mine sombre de Spartacus retint Agron quelques instants, suffisamment pour comprendre la situation. Elle s'arma de son arc et son carquois sous la mine épuisée de Nasir. Il se releva péniblement de la place qu'il occupait près du feu et tira son arme. Elle posa la main sur son épaule, le repoussant légèrement.

- Reste ici, Nasir, tu as déjà passé une longue nuit. Repose-toi. J'assurerai les arrières de ton homme. Ne crains rien, je serai comme son ombre.

- Je te remercie, Mira, répondit-il en souriant, légèrement réconforté par les mots de son ami.

Agron lui jeta un dernier regard brûlant avant de disparaître au détour du chemin, l'esprit déjà à la bataille. Concentré, il dévala le sentier, sentant les pierres rouler traîtreusement sous ses pieds. Il eut la peur de sa vie lorsque la précipitation manqua de le jeter dans l'abîme. Mira l'empêcha de glisser au fond du précipice en arrêtant sa chute d'une main ferme. Ils partagèrent un mince sourire, tendus par la hâte de rattraper Némétes. Des cris de guerre et de souffrance leur apprit bien vite que les combats avaient commencé. Ils reprirent leur course et débouchèrent sur les lieux de la bataille. Agron sauta au milieu des combats, analysant rapidement la situation. Mira encocha une flèche qui partit se ficher dans le bras d'un homme basané, le faisant gémir de douleur. Agron tourna la tête vers ce cri étouffé.

Ashur! Agron reconnut immédiatement l'homme, leur frère renégat qui, pour mieux les détruire, avait embauché des hommes aux talents belliqueux. Il était trop loin pour achever le travail de Mira et le regretta en jurant. Il tourna la tête et découvrit Spartacus aux prises avec un Egyptien aux bras aussi gros comme ses cuisses. Avant même qu'il intervienne, Gannicus avait sauté à son tour dans l'arène et faisait tournoyer son glaive, protégeant les arrières des sauveteurs de la misérable équipée.

Les assaillants plus nombreux dominèrent rapidement sur les légionnaires présents et poussèrent leur avantage trop loin. L'alarme avait été donnée et une escouade se dirigeait déjà vers eux. Les rebelles se replièrent sur les flancs de la montagne car le Vésuve protégerait ses compagnons d'infortune.

Agron poussa Némétes en avant, le forçant à remonter. Les armes cliquetaient, les injures fusaient, le sang jaillissait de blessures infligées par l'un ou l'autre des belligérants. Gannicus parvint à repousser son ennemi pour emprunter le chemin escarpé où l'attendait Spartacus. Agron les vit se saluer d'un signe de tête, oubliant de surveiller le bas de la pente où se rassemblaient déjà les Romains.

Agron jeta un coup d'oeil sur les troupes qui se rapprochaient et vit un légionnaire s'emparer d'une hache de jet abandonnée. L'arme s'envola vers Spartacus. Agron frémit. Il était trop loin, trop haut, trop encombré d'un Némétes récalcitrant. Les mots se figèrent dans sa gorge, il n'eut pas même le temps de prévenir Spartacus que Mira s'était jetée sur la trajectoire de l'arme qui s'enfonça en elle avec un son écœurant. Les yeux déjà vitreux, elle tomba dans les bras de Spartacus, sauvé au sacrifice de sa vie. L'homme arracha la hache de sa poitrine, elle s'accrocha à lui alors qu'il la prenait dans ses bras. Agron, violemment ébranlé par la scène, fut secoué par Donar qui lui montrait les légions qui affluaient au pied du chemin.

Spartacus, chargé du délicat fardeau que constituait la jeune femme, les suivit, le visage sombre et amer. Il semblait totalement absent aux mouvements de ses compagnons. Il remonta le plus rapidement possible la pente jusqu'au campement, passant sans le voir devant Agron. Celui-ci l'entendit appeler Nasir. Le nom de son amant le sortit de cette transe, où le choc d'avoir vu tomber Mira l'avait plongé.
- Nasir, fais chauffer une lame, demanda Spartacus, en posant le corps de son amante près de Naevia, nous devons sceller sa blessure.

Le jeune homme s'approcha de lui, le visage fermé. Naevia leva les yeux vers eux, ils y lurent la certitude d'avoir perdu une amie. Spartacus caressait le visage de Mira, semblant ne pas croire ce qui arrivait. Agron sentait son cœur suffoquer face à cette douleur sans mot. Nasir prit la main de la jeune femme, sentant la vie la quitter comme elle quittait Spartacus. Agron voyait ses yeux se noyer de larmes, celle-la même qu'il tentait de refouler. Spartacus continuait de lui parler, lui chuchotant des mots qu'elle n'entendait déjà plus. En partance pour l'autre monde, elle ne fit guère attendre le sombre Charron, abandonnant avec cette vie, le combat et la cause de Spartacus.

Les regards s'assombrirent et les visages s'allongèrent en comprenant instinctivement la mort de Mira. Tous se tournaient vers les responsables de cette perte. Chacun se regardait, abasourdis ou remplis de chagrin. Un silence écrasant les surplombait, rompu seulement par le hurlement du vent.

- Cela en valait-il la peine ? Gronda Spartacus en se relevant, le visage plein de mépris à l'encontre de Némétes. Est-ce que cela valait sa vie pour sauver la tienne ?

Sans que le Saxon puisse se défendre, il le poussa au sol et le roua de coups. Lugo tenta d'intervenir, fermement retenu par Agron qui lui ordonna de rester à sa place. Personne d'autre ne tenta de s'interposer entre Spartacus et sa victime. Il mérite de souffrir, se dit Agron, pour ce qu'il a causé. Spartacus semblait partager sa pensée car il reprit la parole, ponctuant chaque mot par un nouveau coup.

- Elle a été retirée de ce monde à cause de toi.

- C'est toi, le fou qui nous conduit à la mort, s'écria Némétes, grimaçant de douleur. Au moins elle l'a revendiqué comme guerrière, non affamée et dépourvu de force comme le reste d'entre nous.

Agron suffoqua sous cette réponse qui remettait en cause les décisions de Spartacus. Son frère se retournait contre Spartacus et par conséquent contre eux. Il serra les poings, attendant la réponse du Thrace. Prêt à sauter sur le premier qui bougerait un pied ou une oreille.

- Tu as raison, confirma Spartacus, en se relevant et bougeant jusqu'à prendre place au centre de l'assemblée. Nous allons tous périr si nous ne restons pas ensemble !

- Cela n'aura pas d'importance, jeta Némétes, en se redressant vaille que vaille.

- Tais-toi et ouvre tes putains d'oreilles, fit Crixus en guise de conseil.

Agron hocha la tête, il comprenait ce que Spartacus souhaitait faire, rassurer les membres du campement et les rallier à son opinion. Sur les visages, se lisaient la peur et le ressentiment, l'inquiétude et la douleur alors que chacun exposait ses arguments. Spartacus les fit taire avant d'exposer la situation.

- Les falaises du Veuve sont infranchissables. Le chemin du sud est le seul passage. Nous tenons les hauteurs et avec cela, nous avons l'avantage sur la supériorité numérique.

- si seulement Glaber était assez fou pour attaquer, rétorqua Némétes, en postillonnant du sang, avant qu'on ne soit trop mort de faim pour combattre !

Une voix posée les interrompit. Onomaeus avançait vers eux d'un pas chancelant. L'oeil crevé lors de la retraite avait été scellé au feu, laissant une cicatrice barrer son visage émacié, mais il était vivant. Agron soupira de soulagement, Onomaues avait un pouvoir sur les esprits échauffés. Il était capable de mater n'importe quel exalté, peu importe son œil borgne. Il darda un coup d'oeil à Nasir qui suivait le débat, une main toujours posée sur celle de Mira.

- Un homme n'est jamais trop faible ou trop blessé pour combattre, si la cause est plus grande que sa propre vie.

L'intervention eut le mérite de calmer les esprits, rappelant à chacun la raison pour laquelle ils se retrouvaient, le choix qui les avait poussé à prendre les armes.

- Glaber et son armée viendront, reprit Spartacus, et quand ils le feront, le Vésuve sera toujours souillé avec le sang de la vengeance.

Il s'adressait autant à ses troupes qu'au corps de Mira que veillait toujours Nasir et Naevia. Il s'agenouilla auprès d'eux et embrassa le front de la jeune femme qui l'avait abandonné en lui sauvant la vie.

- Et cette vengeance, je te l'offrirai, dit-il, les yeux à nouveau noyés de larmes, le seul don que mon cœur peut encore offrir.

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Toute la journée, Nasir resta à veiller le corps meurtri de son amie, près du Thrace, ravagé par la douleur. Agron se substitua à son général, gérant les affaires courantes avec l'aide peu enthousiaste de Crixus. Ils leur fallaient régler le sort des mutins qui avaient suivi Némétes. En l'absence de Spartacus, les hommes préférèrent attendre son avis sur leur situation. Une ambiance curieuse régnait sur le plateau, chacun épiant les faits et gestes des autres, avec une mauvaise humeur palpable. La nuit n'avait pas été de tout repos et Nasir tentait de cacher ses bâillements involontaires. Spartacus finalement eut pitié du jeune homme qui luttait contre un sommeil qui ne pouvait que vaincre et le renvoya se coucher.

Le Syrien vint silencieusement aux côtés d'Agron chercher un peu de réconfort. Le puissant guerrier était déterminé à l'aider mais il ne savait comment faire pour éclairer l'esprit obscurci de son amant. Il le força à s'étendre près du feu, la tête posée sur ses genoux. Le jeune homme avait les yeux rouges à force de pleurer mais ses larmes ne coulaient plus. Spartacus veillait désormais seul le corps de sa dernière compagne, celle qui avait occupé la dernière partie de son cœur qui était encore humaine. Il sentait les mains d'Agron caresser ses cheveux, l'exhortant à plonger dans un sommeil qui le fuyait. Trop de pensées parasites occupaient son cerveau et l'empêchaient finalement de sombrer. Il ne pouvait dormir alors que l'angoisse lui serrait la gorge et les tripes.

Qu'allaient-ils faire maintenant? Comment s'enfuir de ce pic sans l'aide de l'esprit sans cesse inventif de Spartacus ? Leur sort reposait entre ses mains, affairées à ce moment-là, à confectionner un catafalque de sarments de vigne. Tout ce bon combustible utilisé pour honorer une morte attisa les rancœurs, même des hommes qui auraient dû conserver le silence suite à leur rébellion.

Lorsque Nasir entendit Némétes se plaindre auprès de Gannicus du comportement bizarre de leur chef de guerre, son sang bouillonna et il sortit de la torpeur où la mort de Mira l'avait jeté. Il se leva brusquement du coin abrité qu'il occupait en compagnie d'Agron. Le Germain eut toutes les peines du monde à refréner l'élan vengeur de son compagnon. Il ne désirait rien de plus que de massacrer le Saxon à main nue pour lui apprendre, disait-il, le respect à une femme que le jeune homme admirait plus que tout.

- Non, Nasir! Ce n'est pas une solution et ce n'est aucunement le moment de diviser notre compagnie. Je comprends ta haine et ton besoin de te venger, mais...

- c''est de sa faute si elle est morte ! Jeta rageur le jeune homme tentant d'échapper à sa poigne.

- Blâme les romains plutôt qu'un frère d'arme.

- Comment peux-tu le défendre, fit l'impétueux petit homme, il n'aurait pas désobéi a Spartacus, elle serait encore en vie.

- Elle a sauvé la vie de Spartacus, dit calmement Agron, je l'ai vue se jeter sur la trajectoire de la hache qui lui a ravit la vie. Elle savait ce qu'elle risquait. Son sacrifice a permis à Spartacus de s'échapper.

- Elle ne méritait pas une fin aussi cruelle, laissa échapper Nasir dans un sanglot vite réprimé.

- Je le sais, amour mais elle a fait le choix de donner sa vie pour sauver Spartacus. Tu ne peux lui retirer cela en t'accordant vengeance de Némétes

- Il mériterait de pourrir sur ce pic et d'y rester jusqu'à sa mort !

- Ne soit pas si prompt à le condamner, c'est un guerrier fier qui a agi pour sa liberté.

- Au mépris des ordres de Spartacus, asséna Nasir accompagnant sa diatribe d'un regard furieux. Pour sa liberté, il était prêt à sacrifier la vie des autres. Et tu m'apprends que son action aurait pu coûter celle de Spartacus! Quel enfoiré ! Que tu prennes sa défense me révulse !

Il échappa à l'emprise des bras d'Agron enroulé autour de son corps et s'enfuit à toute jambes loin de son amant.

- Nasir ! Cria le Germain en s'élançant a sa poursuite mais le jeune homme disparut rapidement dans un défilé qui montait vers le sommet. Agron partit à sa recherche sans succès, tout se ressemblait dans ce sinistre paysage. Le jeune homme fou de rage s'était faufilé par un sentier escarpé, loin de toute atteinte. Sa minceur lui permit de grimper par des chemins, moins aisés au Germain, plus imposant. Agron pesta avant de commencer à escalader l'éboulis surplombant le campement rebelle.

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- Foutu Syrien au sang orageux, tu ne vas pas t'enfuir comme ça. Nous devons parler.

- Agron, fit une voix derrière lui, le faisant sursauter. Oenomaus le regardait un sourcil levé, curieux de son entreprise.

- Je ... Commença-t-il avant de jurer entre ses dents, Nasir est là-haut.

- Il a sûrement besoin de rester un peu seul, dit-il d'une voix sourde, fermant ses grands yeux d'obsidienne d'un air concerné.

Agron le dévisagea un instant avant de sauter à terre lourdement. Il savait qu'Oenomaus de bon conseil et maître dans l'art de juger des caractères humains. Nasir et lui avaient passé suffisamment de temps ensemble pour devenir bons amis. Il renâcla pour la forme avant de suivre les pas du Numide qui souhaitait s'entretenir au sujet de Spartacus. La situation devenait instable, lui apprit-il, les critiques fusaient et la mort de Mira avait affligé de nombreux anciens esclaves qui l'avaient autant suivi, elle, que Spartacus.

- Je comprends, fit le Germain d'une voix tendue, je vais parler à Spartacus.

- Si tu t'y prends de la même manière qu'avec ton mignon, ça va être une catastrophe, fit la voix amusée de Gannicus venu à leur rencontre.

Agron grimaça, il avait oublié la vitesse à laquelle circulait les nouvelles, bonnes ou mauvaises, dans ce minuscule campement. Gannicus posa une main sur son épaule pour le rassurer.

- Je vais aller parler à Spartacus, je trouverai les mots pour le ramener parmi nous. Il n'a pas besoin d'un putain de Germain, à peine aimable pour le secouer.

Oenomaus acquiesça d'un battement de paupière et le regarda s'éloigner calmement. Agron sourit en plissant les yeux, accrochant l'œil interrogateur de Oenomaus.

- Je constate avec plaisir que vous vous parlez à nouveau. Cela réchauffe le cœur de vous voir à nouveau proches.

- Gannicus est mon frère et il s'est racheté de ses erreurs. Je vois plus clairement maintenant, dit-il en touchant légèrement son coté gauche. Sans lui, je ne serais plus en vie.

- Quelle était cette discorde entre vous ? Demanda Agron, l'envie d'en savoir plus le rendant curieux.

Oenomaus le regarda narquois avant de s'installer sur un piton rocheux en lui faisant signe de s'asseoir. Il resta longtemps silencieux, comme soupesant sa décision d'en parler ou non. L'envie de se livrer fut sans doute la plus forte, car il commença à raconter une histoire de son passé, un moment où ses maîtres romains s'étaient joués de lui et de ses sentiments pour son épouse. Batiatus et Lucrétia avaient déjà largement mérité leurs morts selon Agron, mais les horreurs que lui apprit Oenomaus achevèrent de le convaincre que leurs châtiments avaient été trop doux. Les souffrances et les déceptions du Numide l'avaient forgé mais n'avaient pu briser son sentiment de révolte. Spartacus l'avait touché avec sa cause et il avait rompu ses fers pour se venger. Agron lui raconta alors son pays et ses forêts, les batailles et sa capture avant d'arriver au Ludus. Ce fut un moment inédit qu'ils partagèrent à cet instant, un moment où deux frères se liaient indéfectiblement.

Leur conversation fut bientôt interrompu par un cri d'alerte. Aussitôt, Agron fut sur ses pieds, prêt à intervenir. Sa rapidité à se mouvoir fit sourire Oenomaus qui l'avait connu bien plus réticent à bouger. Les hommes changent quand les circonstances changent. Agron était prêt à tout pour défendre sa liberté et l'idéal de Spartacus.
Quelle ne fut pas leur surprise, partagée par nombre des anciens gladiateurs de Batiatus, de voir arriver devant un homme qu'ils n'avaient jamais pu se résoudre à appeler frère. Ashur...

Chacun d'entre eux avait une histoire à raconter à son propos, que ce soient ses trafics hasardeux, ses paris douteux ou ses coups vicieux. Un serpent venimeux qui cachait ses vices sous des paroles mielleuses. Il avançait sur le chemin d'un pas lent, les mains en vue, sans arme et sur son visage tuméfié se lisait le résultat de ses dernières manigances. Tout n'avait pas dû se dérouler comme le manipulateur l'aurait souhaité. Agron releva la tête, fier, à l'instar des autre gladiateurs. Tous virent le sourire reptilien et les yeux calculateurs qui essayaient de déterminer leurs forces et leurs faiblesses. Son regard se posa sur Nævia et son sourire s'élargit. Agron vit Crixus et sa femme se tendre au même moment. Mais aucun ne bougea, attendant que Spartacus prenne la parole. Agron calqua son attitude sur la leur, observant les membres de leur compagnie. Que venait faire ce fils de putain vérolée sur le camp rebelle ? Que venait-il annoncer de sa langue de serpent ? Agron restait calme, le visage de marbre, alors que ses pensées s'accrochaient encore au souvenir de Nasir le fuyant. Il s'en voulait, il aurait dû être plus doux avec le jeune homme anéanti par la mort absurde de son amie. Comment allait-il se faire pardonner?

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Le jeune Syrien bondissait à travers les éboulis, grimpant rapidement sur le piton surplombant le campement. La colère et la rage faisait tumulte dans son esprit. Il avait la sensation qu'Agron l'avait trahi en défendant l'attitude de Némétes et ses compagnons. Ils étaient Germains tous les deux. A quoi pouvait il s'attendre de sa part? Il défendait les membres de son peuple, même si leurs actes étaient dépourvu de raison. La mort de Mira l'avait bouleversé et il n'avait pu trouver une consolation suffisante dans les bras d'Agron.

Il déboucha tout à coup au-dessus des pentes du volcan. Des lianes de vignes rampaient sur le sol, seule végétation acceptant les conditions difficiles de cet habitat. Il se redressa et souffla profondément, le ciel aussi sombre que son cœur menaçait de crever ses nuages alourdis d'eau sur le monde qui se dévoilait sous ses yeux. Il distinguait a peine le camp romain et les machines de guerre qui les avaient chassé du temple quelques semaines auparavant. Il plissa les yeux et découvrit le minuscule campement rebelle au dessous de lui. Il voyait les anciens esclaves se rassembler, sans comprendre ce qui se passait. Les hommes paraissaient tendus et un petit homme brun déboucha du chemin menant aux position romaines. Son costume le différenciait des légionnaires et pourtant quelque chose dans son attitude le rendait menaçant.

Il fronça des sourcils et tenta de tendre l'oreille aux mots qui montaient jusqu'à lui hachés par le vent. L'inconnu apportait à Spartacus une proposition de Glaber. Spartacus contre l'assurance de tous rester en vie. Les mots s'envolèrent jusqu'à Nasir, tremblant que les rebelles acceptent le sacrifice de Spartacus contre la survie de leurs existences. Némétes s'avança et parlant pour tous assura à l'envoyé de Glaber que jamais ils n'accepteraient ces conditions. Leur combat continuerait, quoiqu'il en coûtât. L'homme assura devoir rapporter leur décision au prêteur, mais les révoltés semblèrent penser que sa tête serait un meilleur message pour les romains.

La menace troubla le gladiateur déchu, qui argua qu'il ne pouvait se battre avec sa blessure. Il réclamait un combat égal. Nasir frémit en voyant Naevia s'approcher. Il n'ignorait rien de la haine qu'elle lui portait mais son sang se glaça lorsqu'il comprit que l'épouse de Crixus allait affronter seule cet homme qu'elle exécrait. Incapable de bouger, il assista de loin à ce combat de prime abord inéquitable. Elle tomba une première fois au sol, balayée comme un fétu de paille par le gladiateur. Nasir serra les dents, jurant tout bas contre Crixus qui laissait Nævia se battre seule. Il le vit retenir le bras de Spartacus en secouant la tête.

Abasourdi, Nasir comprit que ce combat était la seule chance de Nævia de tirer un trait sur le passé et de laver son honneur dans le sang d' Ashur. Il savait qui il était, le monstre qu'il était et les horreurs qui hantaient son passé. Nævia se redressa vaillamment et Nasir sentit son cœur se gonfler de joie et de fierté en la voyant attaquer à son tour pour le jeter à terre. Il retint un cri de joie qui se gela dans sa gorge lorsque Ashur contre-attaqua et agenouilla la jeune femme devant lui. Le jeune homme avait le cœur au bord des lèvres incapable de faire un seul geste, figé comme le reste de leur troupe. Naevia allait se faire tuer ! Le soleil apparut tout à coup dans une percée de nuages et l'éblouit, lui cachant le reste de la scène.

- Dieux tout-puissants! Laissa-t-il échapper dans un cri.

Il attrapa sa brassée de lianes et descendit rapidement incapable de calmer son cœur pris d'une irrépressible course. Il sauta à travers les éboulis, manquant de se rompre le cou dans sa hâte a descendre. Il n'osait penser à ce qu'il allait trouver sur le plateau principal. Jamais il n'aurait dû s'éloigner à ce point du campement. Il aurait pu aider la jeune femme, il aurait pu... Il arriva juste au moment où Nævia faisait voler la tête d'Ashur d'un dernier coup d'épée. Il vit immédiatement qu'il en avait fallu plusieurs pour couper le cou du syrien. Elle l'avait néanmoins tué seule et tremblait maintenant sous les vivats de la petite assemblée. Crixus semblait plus fier que Jupiter, en étreignant sa petite épouse, couverte de sang. Spartacus parut intensément soulagé et se tourna vers Donar et Agron demeuré impavide.

- Envoyez sa tête dans le sentier en réponse à Glaber.

- Maintenant c'est clair, dit Lugo en massacrant le langage commun, ce sera clous et croix pour tous ceux qui vivent.

- Glaber nous aurait tous vu ainsi, répondit Spartacus, quelque soit la réponse donnée.

- Nous sommes tous morts dans ce cas, fit Némétès d'un ton dégoûté, dommage qu'il n'y ait pas assez de vigne pour tout le monde.

- Ferme ta putain de gueule, cracha Agron, le visage fermé, ses yeux se portèrent rapidement sur Spartacus qui rétorqua aussitôt.

- Non, Némétes a raison, il n'y a pas assez de vigne pour nous tous, mais peut-être suffisamment pour quelques uns.

- Tes paroles n'ont aucun sens, fit Gannicus, en le voyant s'accroupir et ramasser une liane.

Il n'était pas le seul à être perdu par les paroles de Spartacus. Tous le regardait avec un mélange d'étonnement et de lassitude. Nasir se rapprocha silencieusement du cercle qui entourait Spartacus. Il l'entendit alors reprendre la parole, l'air farouche.

- Glaber s'attend à ce que nous restions sur les hauteurs, comme tout chef raisonnable le ferait. Pourtant il existe peut-être une autre voie. Une audacieuse, que les Romains ne verront pas venir ! Ce soir, nous descendrons par le Nord apporter la mort sur Rome !

Le campement hurla son accord en reprenant le nom de Spartacus. Nasir se joignit à eux, sans comprendre réellement la manière dont il allait exécuter son plan. Il remarqua les yeux étincelants de leur chef se fixer sur lui et ce qu'il tenait entre ses mains. Il lui sourit amicalement avant de parler à Oenomaus qui fit évacuer la place rapidement. Agron suivit le regard de Spartacus et rencontra celui de Nasir, plein d'incompréhension.

Il alla rapidement à sa rencontre, le visage contrit.

- Nasir, commença-t-il doucement, mes excuses pour ne pas avoir compris combien tu étais touché par la disparition de Mira. Je suis désolé de ne pas avoir su t'aider. Je...

- Chut, fit Nasir en s'approchant de lui et de ses lèvres sèches s'empara de sa bouche, je sais. L'heure n'est pas aux querelles.

Oenomaus qui les surveillait à distance sourit en les voyant s'enlacer. Nul doute que ces deux hommes s'aimaient. Il s'approcha néanmoins d'eux et posa la main sur l'épaule de Nasir, faisant grimacer Agron. Il aurait visiblement préféré rester plus longtemps dans les bras du Syrien.

- Nasir, Spartacus te demande de lui apporter ce que tu as récolté.

- Bien, je l'avais pris pour Mira de toute manière, dit le petit homme en se dégageant des bras aimants d'Agron.

- Je pense qu'il en aura besoin de plus pour un autre dessein.

- Quel est-il ? Demanda Agron, étonné de voir les yeux d'Oenomaus pétiller.

- oh, je préfère qu'il te le dise Lui même. Je suis sûr que tu vas adorer son idée.

Nasir souleva sa brassée de sarments et suivit Oenomaeus. Agron secoua la tête et se dépêcha de les suivre. Spartacus accueillit le jeune homme d'un sourire chaleureux, ses yeux clairs brillants comme l'acier. Son attitude laissait clairement transparaître qu'il avait une idée. Il tendit la main vers le fagot de Nasir, les yeux étincelants derechef.

- Tu souhaitais honorer Mira? Demanda-t-il d'une voix douce.

Le jeune homme hocha la tête pour seule réponse, toujours impressionné par le charisme de son général.

- Grâce à toi, nous allons l'honorer d'une manière qui va surprendre les Romains.

- Qu'as-tu encore imaginé, mon ami ? Demanda Agron en le voyant tordre les sarments en une espèce de grosse branche.

- Une corde, capable de nous soutenir alors que nous descendrons par le chemin le moins gardé.

Nasir ouvrit de grands yeux avant d'éclater de rire sous les regards interloqués de ses compagnons.

- Une corde ? Si c'est cela que tu appelles une corde, alors je préfère la confectionner moi-même.

- Tu sais les fabriquer, demanda Agron amusé.

- Bien sûr, c'est l'enfance de l'art pour ceux qui savent tresser des brins d'herbe ensemble. Vos mains de combattant seront bien malhabiles pour cet ouvrage mais beaucoup ici sauront faire des cordages.

- Très bien, Nasir, je te charge de cette tâche. Peux-tu l'accomplir avant la nuit ?

Le jeune homme fronça des sourcils en réfléchissant férocement. Il connaissait suffisamment de monde capable d'effectuer ce travail.

- Avec un peu d'aide pour ramener d'autres lianes, ce sera possible.

- Agron, Gannicus, accompagnez-le, Oenemaus, rassemble ceux qui savent tresser. Et ordonne à Némétes de venir ici, je dois lui parler.

- Notre salut viendra des bergers, fit Gannicus en suivant le couple.

- Jamais je n'ai été berger, répondit Nasir avec un mince sourire, je m'occupais d'une autre sorte de bête.

- Ce n'est pas une évolution que d'être le compagnon d'un germain!

Agron renifla et surveilla du coin de l'œil la réaction de son amant. Celui-ci s'arrêta et le regarda calmement.

- Mais je l'ai librement choisi. Comme j'ai choisi d'être en compagnie de celtes malpolis.

Gannicus éclata de rire à sa réponse et vint lui bourrer l'épaule d'une bonne claque qui lui fit grincer des dents. C'est qu'il avait de la poigne, ce Celte et de l'humour à revendre.

- Il ne montre plus les dents, mais reste toujours aussi féroce, se moqua Gannicus. Tu ne dois sûrement pas t'ennuyer auprès de lui.

- C'est plutôt moi qui ne m'ennuie guère, continua Nasir avec un sourire moqueur, les Germains sont réputés pour leur endurance et leurs femmes pour leur appétit. Si tu cherches de la férocité, Saxa saura t'apprendre la politesse.

- Une femme qui m'apprendrait quelque chose, ce serait une révolution.

- Nous sommes déjà révoltés, c'est déjà un premier pas pour faire entrer quelque chose dans ta caboche desséchée.

Gannicus hurla de rire en compagnie d'Agron, rassuré de la tournure que prenait l'échange. Le jeune homme parvenait à se faire respecter même par un homme aussi belliqueux que Gannicus. Il forçait son respect sur ce point. Nasir s'arrêta au pied de la falaise et indiqua le sommet de son doigt.

- Si haut ? Demanda Gannicus d'un ton écœuré.

- N'aie crainte, j'y suis allé tout à l'heure, alors cela devrait être plus facile pour un homme de ta taille.

Gannicus aurait dû se méfier de son ton mielleux qui annonçait pourtant quelques difficultés. Le petit gabarit de Nasir lui permettait de se faufiler là où les deux hommes peinèrent à grand´peine pour avancer. Le petit homme tenait sa vengeance et les nargua ouvertement en les attendant sur un surplomb rocheux. Gannicus jura lorsqu'il disparut de leurs champs de vision.

- Putain de syrien ! Maugréa Agron, amusé, nous devons grimper pour le suivre.

- Je retire tout ce que j'ai dit, ce n'est pas un berger que ce mignon. Oh non, c'est une chèvre au pied agile.

- Oh, il n'y a pas que mes pieds qui soient agiles, leur parvint la voix de Nasir depuis les hauteurs où il se tenait perché.

- Non, la langue aussi, constata Gannicus alors qu'Agron étouffait de rire. Mes excuses, je te plains Agron.

- Pas moi, il est unique à mes yeux, répondit le Germain en souriant largement.

Le petit homme se rengorgea, heureux de l'affirmation qui effaçait la déception précédente. Les fossettes de Gannicus apparurent à nouveau accompagnant les étincelles de ses yeux.

- Puisque tu le dis, je ne peux que te croire. Allez, Nasir, trêve de bavardages, envoie-moi ce que nous sommes venus chercher.

Le jeune homme acquiesça et commença à leur jeter des sarments de vigne. Les deux gladiateurs attendaient en bas et confectionnèrent des fagots. En un rien de temps, ils en eurent suffisamment pour occuper un grand nombre de mains. Gannicus repartit avec un clin d'œil, chargé comme un baudet, laissant un peu d'intimité au couple qui se dévorait des yeux.

Les deux hommes se sourirent et Agron s'avança pour prendre en coupe le visage du jeune Syrien. Plongé dans ses yeux, il y lut la peur et la détermination, une loyauté à toute épreuve.

- Unique ? Demanda Nasir en effleurant ses lèvres des siennes.

- Aurais-tu préféré que je lui raconte par le menu ton agilité ? Se moqua Agron en enroulant ses bras autour de sa taille.

- Je n'ai aucunement honte de mes talents, renifla le jeune homme en glissant ses mains jusqu'à son fessier musclé qu'il malaxa d'une manière qui fit frémir le Germain.

- J'en conviens, dit Agron, mais ce terrain est privé et ne regarde pas un putain de Celte.

- En effet, d'autant qu'il s'en fiche royalement.

Agron sourit et combla l'espace qui séparait leur lèvres dans un souffle ardent. Leurs bouches s'épousèrent et leurs langues se lièrent, un ballet intime qui leur permit d'apaiser leurs querelles. Leurs cœurs battaient d'un seul chamade qui résonnait à travers leurs torses fermement pressés l'un contre l'autre. C'était autant un pardon mutuel qu'un possible adieu. L'un comme l'autre savait que Spartacus ferait appel à Agron pour un assaut désespéré et que Nasir combattrait plutôt que rester à l'arrière. La détermination chez l'un était aussi forte chez l'autre. Ils ne pouvaient se promettre un amour éternel mais une prompte réunion dans ce monde ou un autre. Un appel, la voix narquoise de Gannicus les rappela à la réalité. Ils se séparèrent à regret mais le cœur soulagé d'avoir conclu une paix avant de déclencher la guerre.

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A suivre...

( ah misère, désolé pour ce chapitre long à pondre et long à lire. Il ne me satisfait pas du tout. J'ai actuellement quelques difficultés à me mettre à l'écriture, Mes sincères excuses, surtout que vous êtes adorables à me lire, me suivre ou reviewer. C'est bien pour ça que je me botte les fesses pour sortir quelque chose de ma caboche cabossée. Rhea)