Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron

Beta :

Note : Bonjour tout le monde ! je m'excuse pour le retard (deux mois, vraiment désolée). J'avais presque fini, il y a un mois, et prête à poster, je me suis dit "tiens, y'a longtemps que je n'ai pas revu les épisodes de la saison 3. J'ai rien à faire, let's go premier épisode ! Sauf que là, du coup, j'ai eu un choc ! J'ai fait un tel contresens, un tel hors-sujet que je me suis totalement démobilisée. Après une cure d'Avengers, ça allait enfin mieux et j' ai relu mes chapitres pour finalement tout réécrire.

Je vous souhaite une bonne lecture, j'apprécie toujours autant les commentaires (merci encore du soutien ! ) je vais dorénavant répondre aux anonymées ici.

Mary : Merci tout plein.

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Chapitre 20

Après la victoire du Vésuve, vint le temps de pleurer les disparus. Mira, l'amoureuse courageuse, le digne Doctore, dont la perte accabla Gannicus des semaines durant, et tant d'autres dont le courage ne tomberait jamais dans l'oubli tant qu'il y aurait un homme pour s'en souvenir. Les révoltés emportèrent les corps de ceux qui étaient tombés pour les honorer, loin du temple de Janus.

Nasir voulut assister Gannicus pour le rite mortuaire de leur ami. Doctore avait tant compté pour lui en lui apportant son savoir et sa confiance. Sa mort l'avait profondément touché et il souhaitait rendre hommage à sa dépouille et celles des valeureux tombés au champ de bataille qui accompagneraient alors Oenomaus pour son dernier voyage.

La cérémonie funèbre se déroula sous un chaud soleil, qui, malgré l'hiver approchant, narguait les rebelles de ses joyeux rayons. Ils avaient rassemblé les corps, sur un bûcher de bois. Nasir laissa librement couler ses larmes lorsque Gannicus embrasa les bûches préparées à cet effet. Spartacus s'avança pour s'adresser à tous. Son regard s'attarda sur les visages de la compagnie amoindrie.
- Que le sacrifice de nos compagnons ne soit pas vain, écoutez-moi ! Nous avons gagné une bataille cruciale, mais d'autres légions viendront pour nous enchaîner et nous rendre à nouveau esclaves. Esclaves, nous l'avons déjà été trop longtemps. Nul ne devrait avoir le droit de nier la dignité ou la liberté d'un autre homme.

- Ou femme! l'interrompt Saxa, soucieuse de la réputation de son sexe.

- Ou femme, en effet. Nul ne devrait juger de la valeur d'une personne qu'en fonction de ses actes ou son caractère. Et non pas en fonction d'une valeur marchande qui bafoue notre dignité. Nos amis ont péri avec le goût de la liberté sur leur lèvres et malgré nos pertes, nous sommes toujours là ! Les romains ont perdu cette bataille et il est temps à présent de porter la guerre sur leur chemin. Nous sommes peu nombreux mais la liberté habite le cœur de nombreux hommes qui ne rêvent que de prononcer son nom. Chaque latifundae que nous rencontrerons, chaque esclave que nous libérons, chaque homme nous permettra de grossir notre nombre jusqu'à ce que Rome tremble en évoquant nos exploits.

- Elle le fait déjà, lança Agron en imitant un poulet apeuré. La mort de Glaber a dû inquiéter ces putain de Romains.

- Oui, reprit Spartacus avec un froncement de sourcils qui fit taire les rieurs, oui, ils sont inquiets. Ils ont peur et nous sommes les prémisses d'une armée, qui apportera la peur au cœur des Romains mais pour cela, nous devrions nous doter de règles pour vivre ensemble et être plus fort.

- Nous devons surtout tuer tous les romains que nous trouverons sur notre chemin, dit Crixus. Profitons de la surprise pour affronter les Romains et les achever.

- Prends cette flèche, Crixus, dit Spartacus calmement, en tendant un trait pris dans un carquois. Brise-la.

Crixus, interloqué par la demande de Spartacus, s'exécuta et la cassa en deux devant la petite assemblée.

- Prends maintenant ce boisseau de flèches et fais la même chose, demanda encore Spartacus, l'œil lumineux.

Le fier Gaulois saisit les flèches que lui tendait le Thrace et tenta de les briser à main nue. Malgré toute sa force, il fut incapable d'en casser une seule.

Comme ces flèches, si nous restons unis, nous serons invincibles !

Sa petite démonstration fut plus parlante qu'un long discours et les propositions de règles à respecter pour vivre ensemble fusèrent rapidement. Certaines furent vite écartées, le partage des femmes ou l'interdiction de la boisson pour conserver les plus intéressantes. Chaque individu avait autant de droit que les autres et sa voix avait le même poids que celui des autres. Le bien commun devait être privilégié en tout point. Les provisions devaient être partagés équitablement, chaque arme attribuée à un combattant. Tous les esclaves devaient être libéré et les maîtres tués. Les rebelles se dotèrent d'une espèce de chartes qui leur permettaient d'agir en bonne intelligence.

Spartacus acquiesçait à chaque proposition qui lui semblait sage, grimaçait parfois en entendant certaines propositions et écoutait avec attention chaque personne.

- Qui sera notre chef ? demanda-t-il finalement.

- Toi, évidemment, fit Agron en souriant, c'est grâce à toi que nous sommes arrivés à ce point, c'est toi qui devrait continuer à nous mener.

- D'autres que moi peuvent diriger notre groupe, contesta le Thrace.

Crixus acquiesça, ouvrant déjà la bouche pour proposer son nom, certain d'être suivi par les gaulois. Mais Agron fut plus rapide en prenant la parole à nouveau et posant la question à tous. Nasir ouvrit grand les yeux, son compagnon avait l'air de prendre cela à coeur. A croire que le froncement de sourcil de Spartacus l'avait définitivement calmé.

- Qui mieux que Spartacus pourrait nous diriger ? Spartacus est notre chef !

- Spartacus ! Spartacus, clama la petite foule, coupant sous le pied les velléités de contestation de Crixus, qui beau joueur se rangea à l'avis général.

Le dit Spartacus fut congratulé par ses pairs et le vin coula pour offrir autant de réconfort aux morts que soutien aux vivants.

Nasir avait séché ses larmes en écoutant le discours motivant de Spartacus. Il ne leur avait rien caché de la réalité car la vérité était tout ce que désiraient ces hommes libres. Le brasier qui emportait leurs compagnons tombés, tarit définitivement l'eau de ses yeux.

Agron passa le bras autour de ses épaules, attentif à la peine de son amant. Il le savait attaché au Numide d'une manière dont il aurait pu être jaloux, s'il n'y avait pas eu une si grande différence d'âge. De plus, il savait que Doctore n'avait jamais eu de goût pour les amours masculines, malgré sa forte amitié qui le liait à Gannicus. Le gladiateur le pleurait comme il avait pleuré la mort de son amante. Il était le dernier désormais, le seul à pouvoir se souvenir du temps de leur jeunesse au ludus de Batiatus. La mort d' Oenomaus ensevelissait désormais les souvenirs qu'il avait pu avoir de cette époque. À présent, en sa mémoire, il suivait les pas de Spartacus dans cette révolte.

Les jour qui suivirent virent les plans de Spartacus se mettre en branle. Il chargea des hommes de confiance de libérer tous les esclaves de toutes les latifundae sur leurs chemins afin de, peu à peu, constituer une armée. Crixus, Agron, Lugo et même Némétes prirent la tête de petites brigades de rebelles afin de les diriger et d'obéir à la volonté de Spartacus. Seul Gannicus refusa l'honneur de diriger un groupe, préférant combattre plutôt que mener. Il intégrait, selon l'humeur, la bande de combattants que dirigeait Spartacus ou partait combattre aux côtés d'Agron et Nasir qu'il semblait tenir en haute estime.

Au milieu de l'automne, ils attaquèrent de nouveau les mines de marbre de Lucentia. Cette fois, pour véritablement libérer les travailleurs enchaînés. Les esclaves carriers se rebellèrent lorsqu'ils se montrèrent et une tuerie fit couler le sang jusque dans les profonds boyaux de la carrière. Nasir, attaché aux pas de son amant, l'accompagnait et ils combattaient l'un près de l'autre, l'un pour l'autre.

La confiance entre eux était telle qu'ils combattaient en totale harmonie, l'un protégeait le dos de l'autre et les coups mortels pleuvaient autour d'eux dans une sarabande létale.

Cependant ils s'avancèrent trop loin et les hommes chargés de garder les esclaves, des hommes qui accordaient une faible valeur à la vie humaine, les encerclèrent. Gannicus et Saxa qui combattaient ce jour là, dans l'unité d'Agron se portèrent à leur secours.

Tous deux étaient de fiers combattants qui virevoltaient tout en portant la mort dans les rangs ennemis. Ils parvinrent à libérer Agron de la nasse où il était tombé. Mais les Romains s'étaient regroupés et il durent combattre pied à pied tandis que Nasir, effondré au sol, tentait d'échapper aux Parques en se glissant entre les jambes des Romains, mordant quand il le pouvait, encaissant quand il le devait.

Agron réussit à briser l'union des gardes en frappant toujours plus fort, toujours plus vite, soutenu par une peur terrible. Son amant avait disparu de sa vue et son cœur se tordait en l'imaginant mort. Il avait donné les derniers coups dans une brume rouge, séparant tête et tronc, découpant les membres dans un même élan vengeur. Il ne cessa de tuer que lorsque ses compagnons et lui-même furent maîtres des carrières.

Il chercha Nasir de tout côté, inquiet, le cœur griffé de folle inquiétude. Il le retrouva enfin sous un corps qui le serrait encore dans son agonie. Agron sentit sa gorge se serrer sur un cri désespéré. Il le crut mort jusqu'au moment où le jeune homme gémit et tenta de repousser le corps qui le comprimait. Aussitôt Agron vola à son secours, le prenant dans ses bras avec mille précaution. Le visage couvert de sang, Nasir saignait abondamment, une plaie dans le dos lui déchirait peau et muscle. La blessure qu'il portait au visage lui mangeait le front et l'entaille mutilait son sourcil, épargnant l'œil brillant par miracle.

Le blessé avait papillonné des yeux à mesure qu'il reprenait contact avec la vie. Assis entre les bras d'Agron, il s'était laissé soigner sans rien dire, comme assommé. Il avait tenté de se lever quand le Germain le lui avait demandé mais il vacillait tant qu'il fallut qu'il se rassoit.

Il demeura faible durant une bonne semaine, incapable de se mouvoir aisément. Agron avait de la peine à le voir ainsi, incapable de s'occuper de lui-même. Il dormit beaucoup, sur les ordres de l'esclave medicum qui s'occupait de lui. Celui-ci était différent de la matrone Rhéa qui avait soigné les gladiateurs jusqu'à sa mort cruelle. Petit et rond avec un sourire amical dont il ne se séparait jamais même pour soigner les plus sinistres plaies, Ellis était une perle pour le petit groupe de combattants, qui collectionnaient les blessures.

Le vieil esclave grec eut fort à faire mais il se révéla avoir les compétences nécessaires pour sauver l'œil de son jeune patient dont la vision avait été lésée. Lentement, son œil avait guéri et une cicatrice meurtrissait désormais son visage fin, lui apportant un charme guerrier.

Perturbé au départ par ses blessures, le jeune homme avait fini par accepter son sort. Il n'était pas de toute manière un si bon archer. Ce pendant que ses forces lui revenaient, revenait aussi le goût du combat. Agron lui manquait également, lui qui était si souvent en mission. Ils ne se voyaient plus guère et il aurait aimé être à ses côtés lors des batailles qu'il ne se lassait pas d'entendre conter le soir près des feux. Cela exacerbait son besoin de se battre et le rendait plus revêche à mesure que le manque s'agitait sous sa peau.

Agron, occupé par ses nouvelles attributions auprès de Spartacus, ne se rendit pas compte de la morosité grandissante de son amant. Il ne le voyait guère, pris par les réunions et les rapports que Spartacus tenait à avoir après chaque accrochage avec les Romains. De plus Agron ne pouvait supporter l'idée qu'il se retrouve à nouveau sur le champ de bataille. Ce jour précis était noir dans sa mémoire et il en tremblait encore. Il ne parvenait pas à s'ôter de l'esprit le visage de Nasir ruisselant de sang.

Seul Gannicus, moins impliqué dans l'armée de Spartacus, s'aperçut que le jeune homme s'étiolait peu à peu. Bien sûr, il aidait au campement, où chacun avait pris l'habitude de se reposer sur lui pour l'intendance mais il n'y mettait plus de cœur à l'ouvrage.

Le gladiateur l'approcha, un soir où Agron tardait encore auprès de leur général, une nouvelle réunion à laquelle il avait refusé d'assister. Spartacus ne pouvait pas l'obliger à s'asseoir sous une tente pour discuter de la manière dont il avait cogné des romains. Pas sans une pinte de vin à la main et femme sous le bras.

- Je t'entends soupirer, dit-il avec amusement, comme une donzelle qui n'aurait pas ce qu'elle désire.

- Je ne suis pas une donzelle, rétorqua immédiatement le Syrien, qui s'inquiéta tout de même de voir le puissant Gannicus s'asseoir auprès de lui.

Celui-ci lui offrit spontanément une gorgée de vin.

- Agron est encore avec Spartacus, reprit le jeune homme, pensant que le Celte souhaitait s'entretenir avec le Germain.

- je le sais, je ne souhaite que parler avec toi.

Nasir jeta un coup d'œil à Saxa qui ne rôdait jamais très loin de l'imposant gladiateur. Soudain intéressé, elle vint immédiatement s'asseoir à ses cotés, récupérant l'outre de vin pour se servir généreusement.

- Que puis-je pour vous ? Demanda le jeune homme avec prudence.

Il ne savait pas à quoi s'attendre avec ces deux-là et préférait avancer avec précaution.

- Ta blessure est-elle guérie ? S'enquérit le gladiateur de manière fort directe.

- Elle va beaucoup mieux, je te remercie de t'en soucier, fit Nasir en passant une main sur son œil. Je vois seulement un peu moins bien. Mais toujours suffisamment...

- Pour tenir une épée ? Demanda Saxa ou pour s'occuper du campement ?

Elle aussi semblait avoir noté le désintérêt du jeune homme à jouer les intendants de leur petite armée. Elle se lécha la lèvre supérieure d'un air gourmand.

- Les deux, je l'espère, je voudrais retourner au combat, mais Agron semble satisfait de la manière dont je m'occupe... de tout en fait.

Saxa sourit et l'enlaça, caressant ses cheveux, comme un cheval rétif.

- Je sais quel bien tu fais ici en prenant en charge l'organisation du campement, dit Gannicus en reprenant son outre de vin en levant un sourcil face au comportement de la jeune femme. Elle semblait vouloir apaiser Nasir en lui murmurant des mots gentils. Elle appréciait visiblement le jeune homme qui partageait ce sentiment.

- Mais tu es aussi un bon combattant, reprit Gannicus, amusé par l'œil soudain pétillant de Nasir. Enfin, tu le deviendrais si tu t'entraînais un peu.

- Je...

- Personne ne t'a interdit de reprendre l'entraînement, que je sache. Et si tu es capable de continuer ce que tu fais sur le campement, je me chargerai moi-même de t'apprendre ce que je sais.

Nasir ouvrit de grands yeux. Il passait du plaisir de se faire féliciter par l'un des meilleurs combattants sur terre à l'étonnement que celui-ci veuille l'entraîner. Saxa retint un rire face à son expression d'un comique absolu.

- Mais pourquoi ? Demanda-t-il finalement.

- Parce que je ne vois pas pourquoi tu ne combattrais pas. Tu as été blessé, certes, mais si maintenant tu es guéri, tu pourrais avoir quelques utilités sur le champ de bataille.

- Et puis, on cesserait enfin d'entendre Agron râler parce que tu es absent, dit Saxa en lui donnant un coup de tête. Il ne sait pas ce qui est bon pour lui.

Nasir rougit derechef, le Germain lui manquait à lui aussi et aurait tout donné pour être à ses côtés.

- voici ce que je te propose, dit Gannicus, tu continues de t'occuper de tout ici. Spartacus lui-même trouve que tu fais du bon travail et tu viens t'entraîner avec moi, dès que nous avons un instant de libre.

- Et Agron ?

- Ne veux-tu pas surprendre ton amant en te montrant capable de tout ?

- Oh que si ! Dit-il plus enthousiaste que quelques heures auparavant. On commence quand ?

Son ton impatient fit rire les deux amants qui se relevèrent d'un bond sous l'œil surpris de Nasir.

- Maintenant, si tu le désires !

Nasir ne chercha pas plus loin, il n'allait pas faire sa mijaurée alors que Gannicus lui-même lui proposer de l'entraîner. Lorsque le danseur de mort proposait, mieux valait accepter.

Les entraînements commencèrent en effet à partir de ce soir-là et avaient lieu à chaque fois que Spartacus rassemblait ses lieutenants pour tenir conseil. Gannicus tenait sa promesse de l'entraîner durement et ne lui faisait aucun cadeau. Agron fut surpris de trouver son amant de plus en plus fatigué et dolent. Il crut que sa blessure handicapait toujours autant et qu'il lui fallait plus de temps pour venir à bout de ses nombreuses tâches d'intendance. Pris par ses responsabilités grandissantes, il ne voyait pas les bleus et les coups qui marbraient le corps de son amant. Ils n'avaient guère le temps de se toucher durant ces quelques semaines où le roux des feuilles l'emportait sur le vert des prés.

La fin de l'automne était sur eux à présent et Nasir avait enfin trouvé un équilibre entre ses différents devoirs et les entraînements de Gannicus. Celui-ci lui avait opposé Saxa pendant les premiers temps avant de l'affronter de plus en plus souvent. Le jour où le jeune homme pourrait le contrer, il le jugerait prêt. Et sachant que Nasir avait été entraîné par Oenomaus, ce moment viendrait plus vite qu'il ne le pensait. Gannicus appréciait retrouver dans les gestes de ce petit homme, les parades et les enchaînements de son ami.

Quelque part avec cet enseignement, Doctore était toujours en vie. Gannicus ajoutait seulement au savoir de Nasir des combinaisons imparables et une volonté de vaincre. Le champ de bataille n'était pas l'arène, aussi cruelle puisse-t-elle être. Il devait survivre à chaque combat et limiter ses blessures. Moins de temps durait le combat, plus longue serait son espérance de vie, il ne devait surtout pas l'oublier.

Les nombreuses heures passées auprès du couple d'amoureux, avait épuisé Nasir, mais il se retrouvait affûté au mieux de ses capacités. L'épuisement l'empêchait de trop souvent penser à Agron qui n'avait guère de temps à lui consacrer, toujours en déplacement au côtés de Spartacus. Il savait pourtant que le Germain s'inquiétait pour lui, Gannicus et Saxa le tenant informé de ses faits et gestes lors des patrouilles de reconnaissance. Cette inquiétude lui faisait chaud au cœur, mais il ne pouvait se résoudre à lui dire qu'il était tout à fait guéri et sans doute bien plus aguerri maintenant qu'il était passé sous la férule de Gannicus. Il souffrait souvent de lui cacher la fin de sa convalescence, craignant qu'il ne s'emporte contre le Celte.

Celui-ci s'amusait, la fougue et la persévérance de leurs sentiments malgré l'éloignement consécutifs à leurs occupations le faisait sourire. Cette petite imposture lui procurait du plaisir à s'occuper de ses amis, oubliant pour un temps la guerre qui s'intensifiait. L'heure de la prochaine bataille approchait à grand pas, à mesure que les accrochages se faisaient plus nombreux. Les Romains, remis de leur défaite sur les rives de la rivière de Calore, se rassemblaient pour une nouvelle offensive.

Un matin où Agron accompagnait Spartacus dans une reconnaissance destinée à connaître le nombre de soldats dirigés par Cossinius et Furius, Gannicus lâcha un lourd paquet aux pieds de Nasir. Le jeune homme l'attendait assis contre un chêne, son épée au travers des cuisses. Étonné, il releva la tête vers le gladiateur, clignant de l'œil à cause des rayons de soleil passant à travers l'épaisse frondaisons jaunissantes.

- Cadeau, fit l'homme en ouvrant le paquet d'un mouvement de pied. Une armure sombre étincelait de noirceur au soleil.

- D'où vient-elle ? S'étonna Nasir, touchant du bout du doigt le métal lisse. Une telle qualité n'est pas habituelle. Ici nous récupérons d'habitude des équipements de seconde main.

- Elle est neuve, je te l'assure.

- Mais comment ?

- Une visite impromptue dans une petite boutique d'une ville voisine.

- Lorsque tu es parti en reconnaissance à Apix, termina-t-il toujours surpris par le geste.

- Exactement. C'est aussi un très bon cuir. Dit Gannicus, un peu gêné, mais c'est ce qu'il te faut. Pour ta protection.

Nasir le scruta attentivement, tentant de comprendre l'intention cachée derrière le geste. Était-ce seulement le geste d'un ami ? Gannicus recula en agitant les mains, inexplicablement troublé.

- Juste un cadeau pour un ami. Agron se morfond trop sans toi et je pense que cette tenue lui plaira. Tu seras à la fois protégé et libre de tes mouvements. Regarde c'est une armure de scissor, avec une manica en écaille de métal pour protéger ton épaule droite, des ocrea montantes pour protéger tes jambes et un ceinturon prêt à recevoir ton glaive.

- J'apprécie le cadeau, dit Nasir en riant, grandement, j'espère que je pourrais la porter bientôt.

- Très bientôt, je dirais même plus tôt que tu ne le penses. Regarde !

Il lui montra d'un coup de tête l'arrivée de Spartacus et Agron à fond de train dans le campement, suivis par une partie de la cavalerie que rejoignait maintenant de nombreux cavaliers.

Nasir admira quelques instants son amant qui se détachait sur le soleil qui montait lentement au zénith. Il souriait si farouchement, le regard chargé de braise que Nasir frissonna. Le souffle de la guerre semblait le baigner. Leurs yeux s'accrochèrent et le monde cessa d'exister pour Nasir, sentant son cœur chercher à échapper de sa cage d'os pour rejoindre Agron. La voix de Gannicus se chargea de le faire revenir à la réalité. L'homme semblait amusé par son air légèrement égaré.

- Dépêche-toi, si tu veux participer à la prochaine bataille. Spartacus bat le rappel de nos troupes. Je t'attends !

Nasir le dévisagea bouche bée avant de ramasser son nouvel équipement pour filer se préparer. Le remue-ménage qui secouait le campement le ravissait. Il retournait au combat !

L'équipement offert par Gannicus s'enfilait rapidement et se bouclait facilement. Le petit bouclier rond qui accompagnait l'équipement protégerait efficacement son bras gauche et la manica aux écailles de métal parfaitement ajustées montait du poignet jusqu'au cou. Il attacha rapidement les ocrea, deux pièces d'armure légères en cuir renforcé de métal, qui montait jusqu'aux genoux. Il prix son glaive, en étudia le fil, rendu brillant et mince par de nombreux affûtages.

- Pour la liberté ! Murmura-t-il en soulevant la toile de sa tente et courant rejoindre Gannicus qui l'attendait au-dehors avec Saxa et leurs chevaux. La jeune femme lui tendit le bras pour l'aider à monter derrière lui. Le soleil grimpait de plus en plus haut dans le ciel céruléen, une belle journée pour se battre se profilait à l'horizon.

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A suivre

Et par le pouvoir d'un mot/Je recommence ma vie/Je suis né pour te connaître/Pour te nommer