Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron
Beta :
Note : Merci aux courageuxes qui ont reviewé, aimé, lu et parfois relu cette histoire. Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas sorti un chapitre que j'ai galéré et pas mal hésité. Par conséquent, je suis véritablement désolée pour l'attente. Il s'avère difficile d'allier vie pro, vie de ficqueuse et vie perso. Je tiens à remercier vivement Sissi1789 qui m'a relancé. Et elle a eu raison car cela m'a fait plaisir de m'y remettre (et non revoir Spartacus n'a pas été nécessaire!)
« On livre les premières batailles pour sa patrie ou la liberté, les dernières pour la légende. »
Le Serment des Limbes Jean-Christophe Grangé (rien à voir avec Spartacus)
Chapitre 22
«==========((=0oooO ~~ Nasir ~~ Oooo0=))==========»
- Spartacus ! Spartacus ! Victoire !
Une clameur victorieuse s'enfla des voix des rebelles sur la plaine de Nuceria, couvrant le cri des blessés qu'on achevait impitoyablement. Aucun Romain vaincu n'échappa aux couteaux des nettoyeurs de champs de bataille. Les corbeaux s'égaillaient d'un vol lourd à leur arrivée et se repaissaient à leur départ. Les morts rebelles furent ensevelis sur le terrain même de la bataille tandis que les Romains dépouillés de leur armes et boucliers furent entassé en festin de corbeaux.
La vie d'un légionnaire est proche de celle d'un esclave, nul ne se souvient de lui à sa mort et nul ne le pleure hormis la putain qu'il remplissait au camp de suite.
- Encore une victoire pour Spartacus, annonça Nasir, le visage barbouillé de sang.
A ses côtés, Agron acquiesça avant de prendre un air inquiet. Il prit son visage entre ses mains, le touchant du bout des doigts pour s'assurer qu'il n'avait rien.
- Juste une égratignure ! expliqua Nasir. Un Romain, jaloux de ma belle figure!
Son compagnon lui asséna une taloche qui le fit trébucher sur la terre gorgée de sang.
- Enfoiré de Syrien ! gronda-t-il.
Nasir éclata de rire avant de se jeter sur le Germain qui l'attrapa par les hanches pour mieux le caler contre sa taille. Ainsi agrippé, le jeune homme caressa ses lèvres des siennes avant de lui octroyer le baiser de la victoire. Agron serra les doigts sur sa prise, heureux de le sentir si vivant contre lui. Les battements de son cœur tambourinaient à ses oreilles après cette bataille remportée une nouvelle fois grâce au génie militaire de Spartacus. Leur sang circulant avec plus de vigueur dans leurs veines à l'évocation de la victoire, Agron savoura l'étreinte, sentiment d'éternité au milieu d'un carnage.
Presque une année qu'ils combattaient ainsi face aux Romains, dont les défaites successives leur apportaient l'équipement qui leur manquait. Tentes, armes, cuirasses et même bêtes de somme leur permettaient désormais de transporter leurs possessions, plus importantes à chaque victoire.
Voila quelle était leur vie dorénavant, une série de batailles à travers la Campanie, libérant les esclaves des immenses latifundae, grossissant leurs cohortes de bergers et de leurs bêtes. Le Germain ne s'habituait pas à être suivi par des troupeaux bêlants. Spartacus, quant à lui, en semblait satisfait. Ces même troupeaux qu'Agron trouvait trop lents, nourrissaient les troupes sans cesse grandissantes. Leur nombre avait considérablement grandi depuis qu'ils avaient écrasé les légions de Glaber. Toute la Campanie vivait désormais dans la frayeur des troupes de Spartacus, et, Rome commençait enfin à s'émouvoir du désordre apporté par le Thrace.
oOoOo
Les armes sonnaient joyeusement. Nasir tournoyait et s'amusait aux dépens de combattants sans expérience. Il ne les pressait pas trop, juste ce qu'il fallait pour qu'ils démontrent leurs capacité. Il sentait le regard d'Agron sur le moindre de ses mouvements. Il jouait au chat et à la souris pour le plaisir de la foule qui l'acclamait et pour les yeux amoureux qui le scrutaient. Il comprenait la gloire dont les gladiateurs aimaient s'envelopper. Il comprenait qu'on puisse adorer les regards s'émerveiller à chaque mouvement, le jeu des muscles, la beauté du geste exécuté pour le plaisir des spectateurs, le frisson d'excitation à entendre le rugissement de satisfaction de la foule, le frémissement à défier la mort sans la risquer.
Les regards appréciateurs, les cris de soutien résonnaient en lui alors qu'il repoussait l'assaut d'un énième révolté. Certains n'avaient absolument pas l'étoffe d'un combattant, mais d'autres montraient des ressources insoupçonnées. Ils partageaient une même haine, une même rage qui ne demandait qu'à être canalisées vers un but commun, celui de détruire les Romains. La liberté avait un prix que ces derniers étaient prêt à payer. Les autres auraient bien une utilité, même sans combattre. Il aimait cette tâche assignée par le Faiseur de pluie lui-même. Il mettait toutes leur chances de leur côté en choisissant les meilleurs éléments pour Spartacus. Ils devenaient une véritable armée, avec les gladiateurs rebelles pour les entraîner et les mener à la victoire.
Il repoussa une attaque un peu faible, utilisant ses pieds pour décocher un coup au foie. Il ne cherchait pas à blesser son adversaire mais un peu de douleur permettait de séparer plus efficacement le bon grain de l'ivraie. Celui qui ne supportait pas un petit peu de douleur ne faisait pas une bonne recrue pour le champ de bataille. L'homme s'écroula sous le choc et le Syrien écarta les bras pour appeler le suivant à venir l'affronter dans le cercle formé par la foule. Le soleil brillait au-dessus d'eux, faisant étinceler les armes et les dents de Nasir qui éclata de rire férocement tandis que Spartacus et Agron jaugeaient visiblement sa prestation honorable.
Il vit partir le Thrace et cela le déconcerta légèrement. Son nouvel assaillant tenta alors une approche en force. Le petit homme l'esquiva d'un bond avant de lui donner un coup du plat de son épée derrière la tête. L'homme chuta, sonné pour le compte.
- Un autre, hurla le petit homme, sous les rires des hommes qui les entouraient.
Agron poussa un spectateur d'une bourrade qui le propulsa au milieu de l'arène en battant des mains. Nasir attendit qu'il reprenne un semblant d'équilibre avaient d'enchaîner quelques passes prudentes afin de l'évaluer. Poignet ferme, thorax puissant, biceps gonflés, l'homme pouvait donner du fil à retordre à son opposant. Ancien bûcheron, une balafre mal cicatrisée mutilait sa trogne abrupte. Il balança son épée de gauche à droite comme une hache avant de se lancer dans le combat. Nasir contra une première attaque, toute en force, sentant ses muscles vibrer sous le choc. Au second assaut, il évita l'attaque frontale pour esquiver à la dernière seconde, portant un coup de pommeau au front du bûcheron qui en tomba sur les fesses. La foule laissa éclater sa joie, cette évaluation était un vrai divertissement pour ces hommes livrés à eux-même.
Nasir accrocha le regard d'Agron, chargé bizarrement de nuages d'inquiétude. Le dos de Crixus s'éloignait et à la tension de ses muscles qui jouaient sous ses épaules comme en anticipant un combat, Nasir comprit que quelque chose venait de se passer. Son compagnon lui fit signe de continuer ses essais tandis qu'il restait camper sur ses deux jambes, dardant des regards concernés vers le nord, là où avait disparu Spartacus. Quelques minutes plus tard, le Thrace revint en trombe, suivi de quelques hommes en arme.
Il ne comprit pas ce que Spartacus jeta à son compagnon, mais il vit clairement que cela ne lui convenait pas. Le Thrace s'en rendit compte et il posa la main sur son encolure, s'adressant à lui en tête à tête. Agron semblait écouter attentivement les paroles murmurées à son oreille. Nasir regarda tout cela du coin de l'œil et manqua l'attaque de son nouvel opposant qui profita de sa déconcentration pour le jeter à terre. Nasir retrouva instantanément ses esprits et roula sur lui même dans la poussière, échappant à un coup de taille qui aurait pu le tuer. L'homme cracha alors quelques mots qui l'exaspérèrent.
En feulant, il se redressa et sauta sur le poitrail du bûcheron, enfonçant ses doigts dans la chair fragile du cou. Il avait beau être petit, il avait les mains larges et fortes. L'homme qui tentait désespérément de le décrocher, ne tarda pas à lentement s'asphyxier. Nasir ne le lâcha qu'au moment où Agron le lui ordonna. Il montra les dents, dans un sourire vicieux à son adversaire qui chancelait et sauta au sol sous les vivats hystériques de la foule.
- Qu'est-ce que cela? l'interrogea-t-il d'un ton rogue, cachant son sourire. Une vengeance ? Spartacus nous a demandé de les tester, non pas de les tuer!
- Exiger un respect qui m'est dû. Il m'a insulté.
- Nasir, tu es petit, ce n'est pas une insulte, c'est un fait. dit Agron en tentant de conserver son sérieux.
- Dans sa bouche, ça l'était, continua le Syrien buté.
Il afficha une grimace désabusé en voyant les commissures des lèvres de son amant se mettre à trembler de rire.
- Tu ne me prends pas au sérieux, râla-t-il pour la forme.
- Il devrait, petit homme! Gronda une voix gutturale derrière lui.
Nasir laissa un sourire inquiétant allonger ses lèvres minces en une expression lupine. Agron leva une main, prêt à retenir le bouillant jeune homme mais un brusque éclat de rire le déconcerta. Nasir se retourna vers l'homme qui venait de l'apostropher et bondit à l'assaut du colossal Lugo. Celui le saisit par le bras pour le faire voler au dessus de lui. Le Syrien se rétablit sur ses épaules tandis que l'homme bandait les muscles de ses épaules pour lui permettre de conserver son équilibre. Un numéro d'équilibriste qui trahissait l'habitude. Agron s'esclaffa, le rire lui plissant tout le visage.
- Je ne devrais peut-être pas vous laisser si souvent tous les deux, vous prenez des habitudes bizarres.
- Lugo parle peu le langage commun et il a la tête aussi dure qu'une mule mais il peut être de bonne compagnie si on lui explique lentement, comme les mules.
- Je ne suis pas une bête, moi, grogna Lugo en tentant de décrocher Nasir de son perchoir.
Le jeune homme s'accrocha des genoux et des coudes à la tête renfrognée du colosse. Ils cabotinèrent tous deux sous les rires de la foule, tel des histrions de villages. L'homme finit par réussir à arracher Nasir de sa tête. Il l'envoya bouler au sol d'où le Syrien se releva en époussetant calmement la poussière qui maculait ses cheveux d'encre.
- Si tu t'excuses, tu seras bien le seul qui m'aura fait mordre la poussière sans que je riposte.
Lugo baragouina une phrase dans laquelle Agron sentit venir les ennuis. Nasir étrécit des yeux fulminant et se campa devant lui, prêt au combat et exigeant des excuses.
Le colosse leva les mains en signe de paix et lâcha une dernière phrase inintelligible qui fit rire Agron.
- Que dit-il ?
- Que s'il est une mule, tu es un coq, trop fier et belliqueux.
- Ce ne sont pas des excuses, mais je peux lui accorder le pardon.
Agron fit signe que tout allait bien et apaisa la foule qui s'était amassée autour d'eux, sentant la tension grandissante.
- Lugo, à toi de tester ces hommes-là! Apportez du vin à Nasir, la poussière a dû lui assécher la gorge.
Nasir lui jeta un regard noir avant de savourer la caresse du breuvage au fond de son gosier, une fraîcheur bienvenue.
- Que te voulait Spartacus, demanda-t-il après avoir claquer de la langue de satisfaction.
- Des cavaliers ont été aperçu a une lieue d'ici. Il craint qu'ils ne fassent partie d'une patrouille de reconnaissance.
- Comment ? On va avoir un problème pour cacher tout ce monde.
- Calme-toi, Spartacus va s'en occuper, Crixus et Gannicus sont à ses cotés. Nul n'en réchappera. Reprends ta tâche maintenant, je pressens que nous aurons besoin de toutes les forces disponibles.
Agron lui parlait à voix basse, une main rassurante posée sur son épaule. Un sourire doux illuminait son visage et Nasir se sentit vite rasséréné par son attitude calme et pleine de sagesse. Il jeta un coup d'oeil au soleil qui entamait seulement sa descente vers l'ouest.
- La nuit ne tombera pas tout de suite, reprit Agron, nous pourrions armer nos nouvelles recrues et commencer à les entraîner. Certains auront besoin de nombreuses heures avant de se défendre correctement. Ceux qui le savent déjà les aideront.
Lorsque la petite troupe, partie à l'attaque de la patrouille romaine, revint, elle les trouva en train de terminer les dernières sélections. Les esclaves testés par leurs pairs plus expérimentés étaient prêts à affronter le premier feu des combats. Agron les avait laissé s'assembler par nature et affinité et les rebelles s'entraînaient sous la férule d'un vrai combattant. Il corrigeait ça et là des positions dangereuses, aidé en cela par Nasir, Donar, Saxa et même Némétes. Par ailleurs, il avait demandé à ceux qui avaient échoué aux tests de s'occuper des feux et du souper de cette nuit. Ces derniers n'avaient pas osé s'opposer aux ordres du féroce gladiateur.
Spartacus, la mine sombre, tint conseil avec ses hommes de confiance afin de définir leurs actions suite aux éléments dont ils venaient de prendre connaissance. Avant d'entrer sous la tente de Spartacus, Agron eut le temps de dire à Nasir de manger sans lui, ne sachant guère combien de temps cela allait prendre. Le jeune homme eut une moue contrite en les regardant entrer sous la tente qui fit rire Gannicus.
- Une vraie tête de chiot, t'inquiète pas, il va bientôt te donner des caresses.
Habitué aux piques de son maître d'arme, Nasir haussa les épaules et s'installa sur un rondin de bois, non loin de l'entrée. Lorsque le vélum de la tente flottait au vent, il pouvait voir les quatre hommes discuter et se pencher sur une des cartes de Spartacus. Quelques bribes de leur conversation, des mots prononcés un peu trop haut lui apprirent que 10 000 hommes s'approchaient par le nord, conduit par Crassus. Ils allaient se retrouver écrasés entre deux armées. Il s'agissait là d'informations qu'un espion aurait donné cher pour connaître. Cette pensée le glaça et il se releva aussitôt, cherchant des yeux les épieurs pour les chasser.
Tous cherchaient à savoir ce qu'il se passait et pourquoi Spartacus avait-il l'air aussi inquiet en revenant. Nasir les renvoya se nourrir et se préparer à tout ce que le Thrace pouvait bien imaginer. Il surveillait les abords de la tente après avoir chassé les gêneurs lorsqu'il entendit soudain Agron s'offusquer d'une voix amère.
- Eh moi je resterai sur mon cul !
- Non, tu es supposé diriger en mon absence. Rassemble tout ceux qui peuvent porter une arme.
- En vue de quel but ?
- Tu auras la part la plus importante, mon ami.
Entendant les voix se rapprocher, Nasir s'écarta des pans de toile pour ne pas se faire remarquer. Son ventre se contracta de faim, il avait été debout depuis le point du jour et n'aurait rien contre prendre un repas chaud. Il aurait aimé continuer à entendre ce qui se disait mais sa faim était trop grande. Il n'allait plus résister très longtemps au doux fumet qui montait des feux dispersés dans la vallée quand Agron sortit de la tente, l'air fier et confiant. Son sourire s'accentua en apercevant son amant.
- Par la queue de Jupiter, nous allons combattre ce soir et vaincre au delà de nos espérances ! Lui dit-il joyeusement en lui frappant le dos.
Crixus émit un son dubitatif en sortant à son tour en compagnie de Gannicus et Spartacus, visiblement heureux de sa décision.
- Il joue l'appât et il en est fier! Râla le Gaulois.
- Tout repose sur lui, dit Spartacus d'une voix apaisante, et de sa position. Il devra tenir suffisamment de temps pour que nous puissions agir. Rien ne pourra se faire sans le combat que tu mèneras, Agron! Rassemblons nos troupes que tu les mènes à la victoire!
Nasir les regardait sans comprendre. Comment vaincre les légions restantes de Cossinius et Furius que 10 000 soldats allaient soutenir. Comment Spartacus imaginait-il ce miracle? Pourtant Agron semblait tout à fait confiant. Sa faim, l'instant d'avant dévorante, sembla s'éteindre sous l'effroi de le voir mener un combat perdu d'avance.
Agron vit son air inquiet et le prit par l'épaule, cherchant son regard pour mieux l'apaiser.
- 10 000 hommes, murmura Nasir, abasourdi, comment pouvons-nous vaincre vaincre 10 000 légionnaires supplémentaires ?
- Spartacus a un plan qui ne peut échouer ! Nous devons tenir une position au nord de l'armée des généraux romains. Ce soir, c'est le moment idéal. Ils ne s'attendent pas à ce que nous agissions de cette manière et ne tarderont pas à engager le combat.
- Mais... 10 000 hommes...
- Je connais quelqu'un qui a écouté ce qu'il ne devait pas, se moqua Gannicus. Aie confiance en nous, jeune chiot, tu nous remercieras. Rassemblons les hommes, certains goûteront au sang ce soir.
Spartacus s'engagea dans les allées étroites de l'immense camp, son passage faisant tourner les têtes vers lui. L'espoir, la rage de combattre, la foi qu'ils mettaient en lui les galvanisèrent et peu à peu, la nouvelle d'un combat ce soir se répandit. Le départ de Spartacus et ses deux autres lieutenants passa alors inaperçu dans l'allégresse générale.
Les rebelles, désireux de verser le sang de leur baptême s'armèrent et suivirent Agron qui allait les mener au combat cette nuit. Nasir eut seulement le temps de prendre quelques morceaux de viande de cheval et du pain un peu sec. Il s'arma à son tour avant de porter à Agron ses propres armes. Le Germain le regarda avec douceur tandis qu'il l'aidait à lacer ses protections. Il paraissait fier, la confiance de Spartacus le ravissait visiblement. Le général lui laissait la chance de diriger la bataille et de prouver sa valeur.
Pourtant Nasir était inquiet, il sentait que tous étaient galvanisés par la rage de vaincre, mais partir au combat en pleine nuit n'était pas du meilleur augure. Et ce qu'il avait entendu continuait de tournoyer dans sa tête. Agron considérant son air toujours inquiet lui expliqua brièvement le plan du Thrace tandis qu'ils se restauraient en marchant vers leur objectif.
- Nous devrons essentiellement faire du bruit et tenir notre position au nord afin de laisser Spartacus agir contre les généraux Cossinius et Furius. Cela va permettre à nos nouvelles troupes de s'aguerrir avant de tenir contre Crassus et ses 10 000 hommes.
- Faut-il qu'il prenne Spartacus au sérieux pour engager tant d'hommes.
- Il doit chier de l'or pour avoir autant de soldats, tu veux dire ! Mais les hommes de Spartacus ne sont pas des mercenaires, nous combattons pour nous et notre liberté et il n'y a pas d'autre idéal que celui-ci.
- Tu as gagné le don des discours en te tenant aux cotés du Thrace, murmura Nasir en effleurant ses lèvres d'un baiser léger. Et le droit d'être toi aussi un chef de guerre.
- Un chef de guerre? Se rengorgea Agron, seulement si notre stratégie fonctionne.
- Et tu prouveras à tous ta valeur, acheva Nasir d'un ton rêveur. Le général Germain qui remporta de grandes batailles.
- Pour Spartacus!
- Pour Spartacus, reprit en chœur la cohorte qui montait vers le nord en les suivant dans une marche guerrière.
oOoOo
Les combats s'engagèrent rapidement malgré la nuit qui s'assombrissait. Comme Spartacus l'avait prévu, les légions de Cossinius et Furius se dirigèrent vers eux dès qu'ils pointèrent leur avant-garde. Les rebelles se laissèrent alors repousser vers les collines, d'où ils profitèrent de leur position dominante pour asticoter les Romains toute la nuit. Ils jouèrent avec leurs nerfs en menant des missions quasi-suicidaires qui conservèrent les soldats sur le qui-vive jusqu'aux premières lueurs du jour.
Lorsqu'enfin le soleil monta à l'assaut de l'horizon noyé d'un brouillard au goût de fumée, les rebelles attaquèrent véritablement. Descendant la colline en direction de l'est et de l'ouest, ils prirent par surprise leurs ennemis, éblouis par le soleil levant. La fumée des feux ordonnés par Agron se mêla à la brume matinale et noya le terrain de la bataille, désorientant les soldats, étouffant le fracas des armes. Cette astuce alliée à la prise en tenaille désorganisa complètement l'armée entraînée qui avait fait face aux rebelles toute la nuit.
Les Romains tentèrent de se rassembler dans la cohue générale. On entendit alors des ordres contradictoires qui ajouta encore à la folie. Des rumeurs agitèrent les rangs, les généraux avaient fui, les généraux étaient morts, les hommes étaient abandonnés. Les défenses romaines s'amollirent avant que les hommes ne s'égaillent à travers le champs de bataille et rencontrent le sort que leur réservaient les esclaves libérés. L'annonce de la mort des généraux Romains parvint enfin jusqu'à Agron et Nasir qui observaient la bataille depuis la colline.
Les deux hommes qui bouillaient de plonger dans les combats se jetèrent un coup d'œil joyeux avant de se lancer à leur tour dans la bataille, suivis de Nævia qui avait fait grise mine tout au long de la nuit. Elle n'avait pas critiqué les décisions d'Agron à proprement parler, mais l'expression butée qu'elle avait arboré était suffisamment parlante. Pour elle, Crixus aurait dû mener cette bataille et la remporter comme Agron le faisait à ce moment-là. Elle passa son énervement sur ses adversaires avec une maestria mortelle, cherchant des yeux son amant combattant.
Nasir, le premier, aperçut un triumvirat qui balayait les légionnaires hors de leur chemin tel des fétus de paille. Il attira le regard d'Agron vers leur direction et ils rallièrent suffisamment de partisans pour mener une percée en plein cœur de l'armée en déroute. La rumeur de la mort des généraux était devenue une vérité dans le cœur des soldats qui cédèrent avant de battre retraite dans un désordre de vaincu.
Les rebelles étaient maître du terrain et s'emparèrent du butin le plus riche depuis des mois, pain, viande et vin adoucirent l'inévitable perte des vainqueurs. Un bon nombre des hommes testés l'autre matin gisaient sur l'herbe brûlée de la plaine. La mort et la guerre avaient prélevé leur dû. Ils avaient payé le prix du sang comme à chaque bataille et offrirent des funérailles dignes à leur compagnons malchanceux. D'autres furent plus heureux. Les esclaves du camp de suite avaient été libérés par l'équipe de Spartacus, lorsqu'ils avaient attaqué Cossinius et Furius, ajoutant leur nombre aux forces dorénavant aguerries du Thrace.
Spartacus, heureux du déroulement de son plan, célébra la victoire d'Agron en lui signifiant sa satisfaction sous les yeux de tous. Nasir sourit d'un air ironique en voyant la tête de coq fier de lui qu'arborait Agron en encaissant joyeusement les marques de sympathie de Gannicus, déjà gris de vin et de grivoiserie, appuyé sur une Saxa aux yeux de braise. Le souffle de la guerre imprimait toujours en elle une volonté de vivre accrue. Nasir sourit en pensant que dès qu'il pourrait approcher Agron sans que quiconque ne le félicite, il saurait le remercier à sa façon d'être parvenu à la victoire avec ce rôle crucial de chef au cœur de la bataille.
Spartacus décida de poser le camp à cet endroit même, certain que Crassus ne les attaquerait pas aujourd'hui. Le temps que l'annonce de leur victoire arrive à ses oreilles, ils auraient une nouvelle fois disparus. Nasir le vit poser son regard sur le nombre d'hommes qui dorénavant le suivait lui et le défi qu'il constituait à la face de Rome. Son regard sembla vaciller en prenant conscience de l'importance de leur nombre. Leurs yeux se croisèrent et une mutuelle compréhension les parcourut.
Comment nourrir toutes ses personnes et les protéger ? Comment les abriter ? L'ampleur de la tâche avait de quoi faire frémir mais Spartacus savait réfléchir et nul doute que son esprit concoctait déjà une parade. Il les forçait à s'adapter à chaque événement et tous le suivaient car il accomplissait des miracles. Cela était bien compréhensible que nombreux rebelles le prenne pour un dieu. Pour l'heure, il parlait avec ses hommes de confiance, non loin de lui et de ses oreilles, toutes grandes ouvertes.
Gannicus réclamait une célébration pour fêter leur victoire alors que le Thrace souhaitait quitter ces lieux qui les accueillaient déjà depuis trop longtemps. Les rebelles étaient nombreux dorénavant et il savait ne pas pouvoir faire face aux armées de Crassus avec la faim et le froid de l'hiver sur leur talon.
- Nos rangs ont grossi au-delà des plus folles attentes. Pourtant l'hiver sera bientôt sur nous. Faire face à la faim et au froid en même temps que Crassus nous entraînera vers une ruine certaine. Nous devons rechercher des provisions et un abri. Un abri défendable s'il est attaqué, jusqu'à ce que le printemps réchauffe notre détermination.
- Aucune villa dans toutes ces terres ne peut accueillir autant d'hommes.
- Non, il n'y en a pas, confirma Spartacus avec une expression intense sur le visage. Seule une ville pourrait nous accueillir maintenant. Et nous allons déchirer la chair de Rome, en salant la blessure mortelle de sang et de mort.
Ses yeux brillaient de détermination et de dureté, et ses poings se resserrèrent, tout son être se tendait de haine. Nasir frémit, sentant la même émotion que la veille soulever son âme. Elle prenait racine dans l'admiration et l'exaltation, la furie, le tempérament de Spartacus. Il était prêt à le suivre jusqu'aux portes de l'autre monde. Cet homme leur avait offert la liberté et il leur offrait désormais une existence à se tailler dans la chair même de Rome. Nasir comprit qu'il n'était pas le seul à être aussi bouleversé par la promesse de Spartacus en portant son regard sur les lieutenants.
Gannicus arbora son habituel petit sourire ironique et le salua d'un signe de tête avant de les quitter pour célébrer enfin leur victoire. Crixus serra la poigne de Spartacus avec un air entendu, tandis qu'Agron restait aux côtés de Spartacus. Ils échangeaient à voix trop basse pour qu'il comprenne leurs paroles. Enfin, Agron passa devant lui en lui jetant quelques mots, les traits du visage contracté.
- Spartacus souhaite te parler.
Nasir le regarda partir, se demandant ce qui pouvait bien le contrarier ainsi, tandis que Spartacus allongeait le pas jusqu'à lui. Il le dévisagea quelques secondes. L'inquiétude de Nasir augmenta sous le regard insistant.
- C'est une mauvaise habitude d'espionner, commença-t-il sans ambage, le sort de Chadara n'est pourtant pas si enviable.
Nasir rougit fortement, pris en défaut par le chef de guerre.
- Je voulais ...
- Seulement avoir plus d'information et protéger le secret de cette réunion.
- Mes excuses, Spartacus.
- Tu n'as pas à t'excuser pour avoir fait quelque chose que j'ai omis d'ordonner. J'ai vu le besoin de garder le secret, mais ces mesures de sécurité m'éloignent des gens qui ont placé leur confiance en moi. En nous. J'ai besoin maintenant de yeux et d'oreilles dans cette masse d'inconnus. Nous devons être plus prudent.
- Pourquoi moi?
- Agron te fait confiance, et je fais confiance à Agron. Comme j'ai besoin de son aide, j'ai besoin de la tienne. Nous devons rester unis pour espérer remplir nos objectifs.
- J'ai cru comprendre ... Une ville pour nous garder tous contre les Romains.
Le Thrace le gratifia d'un nouveau regard évaluateur et hocha la tête.
- J'ai demandé à Agron d'aller chercher Diotimus.
- Diotimus ? S'étonna Nasir, le boucher de Sinuessa ?
- Oui, je l'ai surpris à nourrir les hommes avec de la viande de cheval.
- Mieux vaut nourrir les hommes qu'une bête moribonde, dit Nasir en cherchant à défendre un homme qu'il estimait. Il ne cherchait pas à mal.
- Je vois que cela a déjà fait le tour du camp, sourit Spartacus avant de lui frapper l'épaule. C'est cela que je souhaite de ta part, informe-toi de ce qui se dit, se passe et parles-en à Agron, j'aurais toujours une oreille pour l'entendre.
- D'accord, Spartacus. J'essayerais d'être attentif pour toi.
- Merci, fit le chef de guerre en lui serrant la main, je dirai à Agron de te rejoindre au plus vite. Je comprends pour avoir connu les sentiments qui animent vos cœurs l'impatience de vous réunir. Je suis certain qu'il voudra passer la fin de cette nuit plus en ta compagnie qu'en la mienne.
Nasir acquiesça en souriant à son tour, il regarda vers la colline ou le camp s'étalait. Les mots de Spartacus résonnait dans sa tête.
L'appui d'Agron au général Thrace le laissait souvent seul, livré à lui-même. Il en venait même à jalouser le grand Thrace qui passait plus de temps avec Agron que lui-même. Mais il ne pouvait pas lui en vouloir. On éprouvait à son contact une secrète fascination et un étrange sentiment de sécurité. L'homme l'avait félicité et lui avait donné une mission de confiance. Écouter ce qu'il se passait dans le camp en s'occupant du camp. Il avait été intendant de son maître, il connaissait la valeur des choses et le cœur des hommes. Le fait que le Thrace l'ait félicité le rendit heureux, il admirait cet homme au cerveau puissant qui allait tout faire pour les sauver de la faim et du froid.
Penser à prendre une cité pour y loger toute une population d'esclaves était proprement insensé. Mais c'était le propre du génie de Spartacus. Il imaginait des solutions incroyables à des problèmes en théorie insolubles. Il avait une réelle capacité à se projeter dans l'inimaginable, dénichant dans l'improbable une manière de se tirer d'un mauvais pas. Il était intelligent et dangereux, dangereux même par son intelligence et son imagination. Il avait compris les problèmes que leur nombre allait apporter et imaginerait sans doute une solution à la mesure du problème.
Jusqu'où pouvait-il aller? Nul ne pourrait les arrêter dirigé par un tel homme. Il ne pouvait s'empêcher de l'admirer, ce n'était pas de l'amour, il savait où était son cœur, mais l'amitié qu'il éprouvait pour le guerrier était bien réelle. Pour lui, il acceptait de moins voir Agron, de moins profiter de la présence de son amant. Il acceptait volontiers d'écouter et suivre ce qui se passait au campement pour lui.
Le Thrace avait disparu sous la tente qu'Agron s'approchait, précédant un homme à l'air peu serein. Plissant les yeux, il reconnut Diotimus, un homme qui appliquait ses talents à nourrir les esclaves. Il avait eu vent de la rencontre du général et du boucher et savait désormais ce que celui-ci en attendait.
Agron lui accorda un léger sourire avant d'entrer à son tour sous la tente. Nasir savait dorénavant que cela faisait partie de leur mission, soutenir et appuyer Spartacus. Il s'installa confortablement pour attendre Agron, aiguisant son arme en observant le campement qui sombrait dans une nuit de célébration.
Saxa et Gannicus enlaçant une femme à chaque bras lui adressèrent un signe en passant. Ils lui firent même signe de les rejoindre, ce qu'il refusa d'un éclat de rire. Aussi proche était-il de Gannicus, qu'il n'avait guère envie de se rapprocher autant. Il n'était pas plus partageur qu'Agron. L'homme qu'il attendait se montra enfin. D'un sourire il l'attira à lui et l'accueillit d'un baiser sulfureux.
- C'est l'effet d'être un des hommes de confiance de Spartacus qui te rend aussi affectueux? Lui dit-il amusé.
- Non, c'est la perspective d'un nouvel espoir pour nos troupes.
Agron sourit lui aussi.
- Cela ne sera pas aussi facile qu'il le pense, mais il y a de l'espoir en effet. Il y a de l'animation au campement ce soir, ajouta il en voyant un couple s'enlacer et tituber dans l'ombre.
- Quelqu'un a gagné une bataille ce soir et est attendu pour la fêter.
- Ah et quel est le nom de cet homme que je le salue? Fit Agron d'un air suave.
- J'ai oublié, joua le jeune homme. Mais c'est un grand guerrier, des yeux clairs et une gueule d'ange. Tu l'as sans doute déjà rencontré sur le camp.
- Gannicus? Badina son compagnon à l'œil brillant.
- Le jour où Gannicus prendra la tête volontairement de notre armée n'est pas encore venu. Non, plus fier et plus fort que le Celte, un beau Germain.
- Montre moi celui qui a ainsi attiré ton regard, que je lui montre ce que j'en pense.
- Viens me le dire de plus près alors, lui susurra le jeune homme en faisant glisser ses doigts sous les pièces d'armures. Nous avons quelques heures avant que Spartacus ne sorte un nouveau plan de son cerveau.
Agron éclata de rire en l'enveloppant de ses bras pour l'entraîner dans l'ombre. Oui, ils n'avaient que quelques heures de libre avant que Spartacus ne leur parle de leur plan qui allait les entraîner loin, loin vers le sud, vers Sinuessa.
«==========((=0oooO ~~ Agron ~~ Oooo0=))==========»
A suivre...
