Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron. Le chapitre prend place à l'épisode 3 saison 3 "Men of Honor". (allez courage plus que quelques épisodes).
Note : Merci à qui je n'ai pu répondre, merci encore à qui j'ai répondu. J'espère que ce chapitre va vous plaire. Il est un peu plus long (Gosh! comme si c'était une excuse pour ne pas avancer) mais c'est un peu de la redite d'épisode, malheureusement nécessaire.
Chapitre 25
«==========((=0oooO ~~ Agron~~ Oooo0=))==========»
La possession du sceau apporta un rare sourire au visage de Spartacus et changèrent les relations entre les pirates et les rebelles, apportant un avantage certain à ces derniers. Le retour des pirates dans la cité passa presque inaperçu. Spartacus ne voulait pas apporter de faux espoirs à une population qui souffrait de la faim. Le soleil tombait à peine lorsque Heraclé le retrouva dans la maison de l'édile pour mener d'âpres négociations.
Braillard et mal-embouché, le vieux pirate savait néanmoins cacher ses desseins aux yeux affûtés de ses partenaires commerciaux. Cependant, il n'avait jamais rencontré d'homme tel que le général Thrace. Celui-ci résista et lui opposa des arguments qui finirent par toucher sa fibre commerciale. Les marchandises passant par Sinuessa seraient marquées du sceau de la ville, sauf les denrées comestibles, dont le grain, que Spartacus destinait à ses hommes. Le reste reviendrait aux pirates, libre de les vendre jusqu'à Rome s'ils le voulaient. Ils convinrent finalement d'un accord que le pirate tint à arroser avec l'alcool apporté le matin même.
Spartacus accepta avec un air pensif qu'Agron avait désormais coutume de voir sur son visage.
L'homme était plus pondéré que jamais. Depuis qu'il avait pris la cité, chaque action du Thrace était méticuleusement pesée, trop semblait-il à Crixus. Ce dernier ne cessait de rabâcher ses propres idées et tenter d'orienter l'avis de Spartacus vers des idées plus drastiques, des actions plus engagées et plus violentes, à commencer par tuer tous les Romains encore présents dans la cité.
Agron comprenait bien sur son avis, le partageant d'une certaine manière. Car il se demandait à quoi pouvait bien servir cette bande de prisonniers qui, comme les rebelles devaient manger et boire. Le grain se faisait rare, la viande plus rare encore et l'hiver tombait sur eux, aussi vite qu'un chasseur sur sa proie. Les plus anciens promettaient de la neige prochainement, à ce que lui avait dit Nasir qui avait toujours les oreilles aux quatre coins du camp.
Jamais, ils ne pourraient continuer ainsi pendant tout l'hiver. Ils consommaient trop, dévoraient trop. Le niveau du blé baissait dans les greniers. L'arrivée des pirates leur ouvrait peut-être une porte vers d'autres sources d'approvisionnement. Si on pouvait leur faire confiance. Or, la confiance, Agron doutait fortement qu'ils la méritassent et cette manière de s'approcher du port sans aucun avertissement ne l'incitait guère à la confiance. Comment s'étaient-ils débrouillés pour s'approcher des côtes sans que personne ne les voit arriver ?
Et avec un tonneau d'absinthe en plus. Les rebelles avaient découvert ce breuvage glauque qui frappait les esprits comme le courroux des dieux. Les quelques gorgées qu'il avait bu lui avait appris qu'il préférait le vin ou la bière à ce goût étrange. En revanche, Gannicus et Attius avaient apprécié cette boisson, il évita leur duo chancelant d'une esquive qu'ils saluèrent de rires avinés. Il se retourna pour chercher du regard son amant pour lui faire partager une blague sur les celtes et l'alcool. Il oublia immédiatement sa pensée en le découvrant parler avec un pirate.
Nasir souriait comme troublé. La vision le transperça. Il avait déjà vu ce genre de sourire, celui que le jeune homme lui réservait depuis les premiers temps de leur idylle. Ce petit sourire un peu troublé, timide, synonyme du plaisir qu'il prenait à écouter les paroles mielleuses d'un petit avorton au teint sombre. La jalousie releva sa tête visqueuse du fond de ses entrailles et dans un jet acide prit le contrôle de son esprit.
L'air dangereux, il s'approcha des deux hommes qui devisaient. D'instinct, Agron détesta ce jeune pirate qui plaisait un peu trop à son amant. Séduisant, avec ce teint chaud des Numides et les yeux orientaux, il était un vivant exemple de la diversité des pirates, dont il possédait le charme vénéneux.
Le cœur serré, il s'approcha doucement, contraignant sa colère sifflante sous un masque figé. Le bâtard avait une véritable langue d'argent. Incapable de rivaliser sur le terrain des mots comme son compagnon aurait su le faire, il sentit la tête de la bête rageuse se lever à son tour et menacer de mordre. Nasir se détournait du pirate lorsque celui-ci l'attrapa par le bras pour continuer à discuter. Agron intervint immédiatement.
- Retire tes mains de lui, grogna-t-il à peine aimable, se contraignant au calme, alors que la rage frémissait en lui. Il écarta Nasir d'une main, fixant le pirate d'un air mauvais.
Le sourire de Nasir s'évanouit en remarquant ses mâchoires bloquées et ses yeux assombris de fureur. Le Sicilien tenta d'accrocher son regard mais rien n'aurait pu empêcher le Germain de bomber le torse et de marquer sa propriété sur l'ancien esclave.
- Il ne voulait rien de mal, tenta Nasir, conscient de la tension grandissante.
Sans doute que si le pirate n'avait pas répondu, sans doute que Agron se serait contrôlé jusqu'au bout et sans doute qu'il n'y aurait eu aucun combat. Cependant, le jeune homme se redressa, une grimace provocatrice déformant ses traits.
- Mes excuses, répliqua le pirate avec mépris, je n'avais pas compris que tu pataugeais dans la merde du Rhin.
Nasir eut un mouvement de recul comme s'il avait été mordu. Agron sourit de façon sauvage et laissa répondre ses poings à sa place. Le pirate ploya sous la première rafale de coups avant de répondre. Le Germain le repoussa, l'envoyant faire la culbute au-dessus d'une table. Puis il le rattrapa par le cou et tenta de l'étrangler. Le pirate se dégagea tandis que Donar tenta de maîtriser Agron qui avait lâché les rênes à la bête. Le pirate revint à la charge, trouvant les poings d'Agron pour lui répondre.
La jalousie eut certainement quelque chose à voir avec le nombre de coups de poing qu'il lui asséna. Agron n'avait pas le talent pour parler mais il savait très bien se faire comprendre. La rage obscurcit totalement son esprit. Il oublia tout, notamment les possibles conséquences de son geste sur leur sort à tous. Sous les encouragements féroces de la foule, il frappa le jeune homme à l'entrejambe, l'obligeant à s'agenouiller. Puis lui massacra littéralement le visage à mesure que la haine hurlait en lui au même rythme que la foule. Une voix pénétra à grand peine les brumes de sa rage.
- Arrête-toi Agron !
Il leva les yeux de l'ouvrage qu'il abattait pour rencontrer le regard fulminant de Spartacus.
- Fin du spectacle, ordonna le Thrace.
Ils échangèrent un regard dans le calme qui revenait peu à peu dans la taverne. Agron acheva son travail d'un coup de poing. L'homme roula sous la table lorsqu'il le relâcha mais il eut le temps de voir qu'il respirait toujours. Sans le secours de Spartacus, l'homme aurait fini sa vie de pirate au fond d'un bouge portuaire sous les coups d'un gladiateur furieux et non sous la caresse du vent et du soleil. Il avait reçu une bonne correction et vivrait pour s'en souvenir.
Agron partit face au courroux de Spartacus. Il se moquait que son mouvement de rage ait compromis les chances de traiter avec les pirate. Il avait restauré son honneur en effaçant dans le sang l'injure subie.
Il échappa au regard narquois de Crixus, amusé de Gannicus et spéculatif du chef pirate. Il n'ajouta pas un mot, sachant qu'il ne pourrait pas bien expliquer ce qui venait de se passer. Il ne vit pas Spartacus interroger du regard Nasir, ni la mine troublée de son amant qui lui emboîta le pas.
Agron se réfugia dans les quartiers qu'ils partageaient à la cité. La jalousie et la haine luttaient encore pour contrôler son corps. Il saisit un pot rempli de vin et le lança contre le mur pour apaiser cet excès de rage qui embrouillait encore son esprit.
- Spartacus désapprouve la fin de la fête, indiqua le Syrien d'un ton ferme.
Il se tenait à l'entrée, comme pour l'empêcher de s'enfuir, comme il avait fui la taverne.
Agron se renfrogna, se sentant pris en faute. Par son comportement, il aura réussi à rompre l'accord entre eux et les pirates. La rage fit saillir les tendons de son cou d'une manière terrible. La colère durcissait ses traits et figeait sa mâchoire, serrée sur la haine qui bouillait en lui.
- Ce n'est pas moi qui ai causé l'offense, aboya-t-il.
- Le Sicilien a exagéré, s'écria le Syrien en se rapprochant de lui, sans crainte, le regard sombre. Mais ta réponse a été...
- Comme elle aurait dû, acheva-t-il d'un ton féroce, Jupiter lui-même aurait une raison de trembler s'il posait la main sur toi.
Ils s'affrontèrent du regard, comme deux combattants évaluant les forces de l'autre avant de lancer son attaque. Tout à coup, Nasir laissa un rire léger s'échapper, déstabilisant Agron qui sentit l'emprise de la rage s'affaiblir à ce son.
- Tu combattrais un dieu pour moi ? lui demanda-t-il en s'approchant d'un air félin sans le quitter des yeux.
Il releva le visage, ses yeux plissés en amande s'accrochèrent aux yeux d'Agron qui s'adoucirent. Il sentait la bête s'apaiser mais laissa s'échapper un dernier jet de haine.
- J'assassinerai tous ceux qui essayeront de t'arracher de mes bras, lui affirma-t-il, la respiration contenue, le cœur battant à la gorge.
- Chasse Jupiter et le Sicilien de ton esprit, articula doucement le jeune homme en tendant une main vers son visage. Je n'accorderai de l'importance que pour celui qui possède mon cœur.
Faisant pression sur sa nuque, il l'attira dans un baiser où Agron se perdit, sentant le sang battre à ses oreilles une autre chanson. Sa jalousie s'apaisa tout à fait lorsque le corps chaud de Nasir s'écrasa contre le sien lorsqu'il l'attira violemment à lui.
Nasir gémit sourdement alors qu'Agron redessina d'une main possessive les muscles de son fessier. Il le retourna brusquement et retira d'un geste affamé le lourd ceinturon qui entravait la progression de ses mains. Il tomba dans un claquement sonore. Nasir fit part de son contentement par un sourd gémissement.
Oublié le jeune brun aux oreilles percés, seul comptait le sel de la nuque que Agron dévorait de baisers fervents. Il se gorgea de l'odeur mâle de sa chevelure et la douceur de l'épiderme qu'il goûta avec ferveur.
D'un mouvement leste, il lui pinça le mamelon, lui arrachant un faible cri. Il laissa sa main descendre fermement le long de ses côtes, griffant l'arrête osseuse de sa hanche avant de saisir d'un geste de propriétaire le membre déjà dressé. comme embrasé par la brûlante affirmation d'Agron. Il lui fit sentir le désir qui lui cinglait les reins, l'urgence de le faire sien.
Les hostilités étaient désormais ouvertes et s'annonçait aussi dévorants que les yeux de Nasir. Il le trouva encore plus désirable, comme si voir un autre l'admirer le rendait encore plus inestimable.
Leurs bouches se cherchèrent, un éclat de douleur lui rappela sa lèvre blessée. Un goût de cuivre salé emplit sa bouche. Il passa outre, soucieux de lui prouver combien il l'aimait. C'était une chose de se savoir désiré, c'en était une autre de se savoir aimé. Nasir s'offrait sans pudeur, ni retenue, luxurieux, lui sous toutes ses formes, le guerrier, le rebelle et l'amant. Ses dents trouvèrent la chair tendre de son cou et le marqua de son empreinte.
Nasir gémit bruyamment, soudain électrisé par cette possession. Il se tortilla entre ses bras afin de retirer ses vêtements tout à coup encombrants. Agron sourit en l'aidant à s'en débarrasser, il se sentait tout aussi désireux de sentir leurs peau glisser l'une contre l'autre, de goûter leurs ébats, laisser le désir diluer la colère.
Il l'aimait trop fort pour laisser un autre le désirer à son tour. Il s'était battu pour lui, pour qu'il reste à ses côtés. Il avait si souvent frémi pour sa vie lors des batailles qui les avaient opposés aux Romains. Agron appartenait à Nasir. Ils étaient tout deux comme ces anciens guerriers grecs qui se battaient l'un auprès de l'autre et n'étaient jamais autant motivés que lorsque sa moitié était en danger. Agron plongea son nez dans son cou, inspirant l'odeur musquée, caressant de ses lèvres la peau palpitante, terriblement émouvante.
Nasir releva son visage pour reprendre sa bouche, un baiser mordant et agaçant, s'amusant à le martyriser. Il le mordillait, se vengeant très certainement de l'affront. Il ne lui pardonnait pas sa jalousie et entendait l'assurer de ses sentiments par la force si nécessaire. Agron ne savait s'il devait s'en plaindre ou bien s'en réjouir tant il mit d'ardeur à le rendre fou. Le moindre de ses touchers était destiné à affoler ses sens d'une manière inoubliable. Agron sentit fondre ses dernières résistances et oublia son ressentiment pour profiter plus largement de l'instant présent.
Nasir l'attira vers leur couche afin de rapprocher leurs corps autant que leurs cœurs. Agron tremblait presque de désir et le cœur battant, il investit le petit homme d'un coup de boutoir et s'appliqua à lui rendre son traitement, cherchant véritablement à le rendre fou. Il voulait lui faire oublier cet homme qui lui avait souri, qui, l'espace d'un instant l'avait fait sentir insignifiant. Que pouvait-il lui apporter de plus que ses talents de combattants ou d'amant ? Il devait le protéger.
Agron poussa un soupir de contentement en entendant son amant gémir sous sa tendre action. Il embrassa son cou, leurs mouvements rendus plus glissants par la sueur qu'ils exsudaient devinrent lentement plus erratiques, moins précis alors que le plaisir emplissait leurs artères et les emportait peu à peu vers un autre monde. Agron s'assouvit presque sans s'en rendre compte, attentif à apporter à Nasir l'adoration qu'il méritait. Ils se reposèrent enfin dans les bras l'un de l'autre, bercé par les profondes respirations que leurs corps appelaient avec bonheur, glissant enlacés dans un sommeil trop vite interrompu.
Une voix au-dehors les pressait de se lever. Ordre de Spartacus qui avait convié les pirates à un échange sur la plage avant l'aube. Soupirant de sommeil, ils revêtirent leurs armures respectives. Avec un sourire doux, Agron couvrit Nasir d'un lourd manteau d'étoffe qui le faisait paraître plus épais qu'il n'était.
- Je ne risque pas d'avoir froid avec ça, marmonna le jeune homme qui accusait le manque de sommeil.
- Les nuits se rafraîchissent de plus en plus, l'hiver est bientôt sur nous. Mais si tout se passe bien, nous allons pouvoir nourrir tous les rebelles.
- Que les dieux t'entendent, fit Nasir en embrassant doucement ses lèvres. Rejoignons les autres avant qu'ils nous attendent.
Contrairement à ce que pensait Agron, Nasir fut affecté à la garde des remparts. Agron refusa de discuter les ordres de Spartacus malgré l'insistance de son amant. Il ne tenait pas à le voir au milieu d'un combat après avoir touché les cieux. Ils s'embrassèrent légèrement, sans grandes démonstrations. Leurs yeux clamant leurs sentiments. Spartacus donna l'ordre d'ouvrir les portes et Agron lui emboîta le pas, conscient du regard de Nasir sur son dos. Le jeune homme allait sûrement scruter la plage pour savoir ce qui se passait. Le ciel était sombre, le soleil se lèverait au-dessus d'une couche nuageuse. A ce moment-là, l'échange sera conclu avec les pirates.
Ceux-ci avaient déjà pris position sur la plage, sur laquelle ils avaient fait un feu. Agron grimaça intérieurement, en constatant la présence du pirate avec lequel il s'était battu. Il semblait bien se porter, mieux qu'il ne l'aurait cru, à son grand regret. Un sentiment curieux s'empara de lui, comme un soupçon. L'autre se plaça face à lui et le dévisageait d'un regard insondable. Spartacus fit déposer la caisse contenant le paiement sur le sable.
Heracléo sourit en regardant la caisse, et la fit ouvrir par les rebelles, craignant peut-être une manœuvre quelconque. Il constata à l'ouverture que le paiement était complet. Il releva les yeux sur le Thrace.
- Tu sembles être un homme de parole. Une chose vraiment rare, dans un tel monde.
- Plus rare encore de saluer mon égal, lui répondit Spartacus, lui rendant son regard.
- Castus, Adherbal. Apportez à nos frères ce qui leur est dû, reprit Heracleo.
Les deux hommes interpellés repartirent vers la yole qui les avait amenés depuis leurs bateaux qu'Agron distinguait maintenant à la lumière de l'aube. Ils ne ramenèrent qu'une amphore et un sac de grain. Les hommes de Spartacus échangèrent des regards pleins de défiance. Puis Spartacus s'avança, l'air méfiant. Cela ne correspondait pas à ce qu'il avait demandé. La tension montait et les hommes s'agitaient d'un côté comme de l'autre. Agron assura sa prise sur son glaive et son bouclier. Il serait prêt si Spartacus donnait l'ordre d'attaquer. Il était toujours prêt à attaquer. Surtout ce Castus qui le cruxifiait du regard comme si il lui promettait un nouveau combat, à mort cette fois. Il était prêt.
- C'est tout ce que tu as à offrir ? Lui demanda Spartacus après avoir évalué les provisions apportées.
Il s'éloigna du feu, le front plissé par une intense réflexion. Agron pouvait presque deviner ses pensées.
- Par les dieux, non ! s'exclama le capitaine, simple échantillon pour ton approbation. Le reste se trouve à bord de mon navire, trop pour le transporter en yole. Maintenant que le paiement a été reçu, je dois naviguer dans le port.
- Ce n'était pas l'arrangement, fit Crixus en se rapprochant des deux hommes.
- Mes excuses, s'immisça Castus, si tu es dans la confusion...
- Je m'en fous de tes excuses, fit Agron en dégainant son arme, l'air prêt à en découdre avec le pirate.
Son mouvement fit sortir les armes des uns et des autres, et les deux bandes s'affrontèrent du regard, montrant les dents.
- Attendez ! Ordonna Spartacus.
Heracléo semblait perturbé, grimaçant en laissant ses yeux se poser sur le paiement. Il semblait regretter, penchant la tête d'un côté et de l'autre, soupesant le pour et le contre.
- Quelles sont tes pensées? Finit-il par demander à Spartacus.
- Que je suis un imbécile d'avoir cru un homme sans honneur, cracha le Thrace, sans le quitter des yeux.
Agron émit une légère grimace en dévisageant Castus. L'envie de se battre faisait frémir son sang. Il se voyait déjà affronter le Numide et lui faire ravaler ce sourire arrogant en même temps que ses dents.
- Alors peut-être que le temps est venu, dit Héracléo lentement, pour nous de se séparer pour toujours…
Un javelot sortit de nulle part transperça un des hommes de Crixus.
- Nous sommes trahis ! Cria Gannicus en regardant de tout côté.
- Ce n'est pas ma main ! S'empressa de glapir le capitaine pirate alors que Spartacus lui avait saisi la gorge pour la trancher d'un coup d'épée.
D'autres javelots jaillirent de la brume du côté nord de la plage, tuant pirates et rebelles. Au cri de Spartacus, tous se rassemblèrent contre un ennemi commun. Ils chargèrent contre les légionnaires. Une incroyable mêlée dans laquelle Agron se fit une joie d'abattre son glaive pour tuer, meurtrir et achever les Romains. Il resta néanmoins conscient de leur faible nombre face à une légion complète. Se battant à un contre quatre, il se figea en entendant une trompe annoncer l'arrivée de renforts. Il eut une pensée pour Nasir qui devait voir cela depuis les remparts de Sinuessa sans pouvoir intervenir. Il devait sûrement trépigner ou être déjà aux portes pour venir à leur secours. Seulement, les renforts les plus proches étaient pour les Romains. Même une retraite ne les sauverait pas.
L'intense tristesse qui l'envahit à ce moment ne l'empêcha pas de remarquer le manège du gros capitaine qui venait de lancer une torche enflammée en l'air. Les boules de feu grégeois que le navire envoya le renseigna bien vite. Les enfoirés de pirates avaient tout prévu.
- Je t'avais prévenu de ma putain de portée ! S'écria Héracléo alors que les Romains se trouvaient sous le feu, provoquant une débâcle.
Ces renforts inattendus renversèrent la situation, offrant aux rebelles et leurs alliés l'opportunité de retrouver la sécurité des murs de Sinuessa tandis que les Romains battaient retraite, après la perte de leur général Mumius, brûlé à mort.
Spartacus ordonna de laisser partir les Romains et accepta que les pirates mouillent au port. Agron obéit, se doutant que la présence des pirates dans le port allait provoquer des difficultés. Il assassina du regard le jeune Castus qui lui dédia un rictus amusé. Oui, cela allait apporter des problèmes.
A peine eut-il pénétré dans l'enceinte de Sinuessa que Nasir vint le serrer dans ses bras.
- Je te pensais parti de ce monde, lui dit-il dans son accolade.
- Tu ne me verras pas partir si facilement de tes bras, répondit Agron avec un sourire radieux.
- J'ai tenté de venir à ton aide. Némètes et sa merde ne voulaient pas ouvrir la porte.
Le jeune homme avait l'œil sombre en regardant Némètes qui tirait une sale gueule. Visiblement, ils avaient eu des mots. Spartacus intervint avant que Némètes ne réponde aussi âprement qu'il en avait l'intention.
- Si la porte avait été ouverte, davantage seraient tombés, lui dit-il, il n'a fait que suivre l'ordre donné.
La réponse ne satisfit pas réellement le jeune homme. Il avait dû être sur des charbons ardents pendant toute l'attaque. Agron posa son bras sur son épaule afin de le calmer. Il comprenait sa position. Il lui avait fallu du courage pour ne pas attaquer Némètes et obéir aux ordres de Spartacus. A sa place, il aurait assommé Némètes et ses amis pour ouvrir cette foutue porte et l'arracher à la mort. Il pourrait le faire.
Voir un autre l'approcher l'avait enragé et fait comprendre combien il lui était précieux, sa vie, son âme elle-même. Il avait compris qu'il lui était vital comme l'air et l'eau. Il ferait tout pour le protéger, en dépit de lui-même. Il le serra un peu plus près, piquant un baiser sec dans ses cheveux. Il l'aimait. Il ne saurait jamais le lui prouver.
L'intervention de Naevia couverte de sang fit taire les interrogations sur les raisons d'attaquer des Romains.
Elle accusait l'ami de Gannicus d'avoir été un traître qui l'avait attaqué quand elle l'avait confronté sur la disparition des autres Romains. Gannicus, abasourdi par la nouvelle, les suivit jusqu'à la forge de son ami. La vision du corps fit s'effondrer le Celte de douleur. Agron eut un pincement au cœur, témoin du chagrin de son frère d'arme. Naevia expliqua ce qu'il s'était passé, selon elle.
Quelque chose l'intrigua dans la manière dont elle interprétait les faits. Spartacus ne sembla pas dupe non plus. Évidemment, que ce n'était pas dans l'intérêt de Attius de faire fuir des putains de romains après avoir aidé les esclaves à prendre leur cité. Mais ce n'était pas le moment de soulever des problèmes. Ils devaient déjà affronter les autres difficultés, les pirates et surtout les romains enfuis.
- Il est des questions d'intérêts plus pressants, glissa-t-il à Spartacus,
- Balayons la ville à la recherche d'Ulpanius et des autres. Je ne voudrais pas que les Romains complotent ou cherchent à faire encore plus de mal.
Agron le suivit lorsqu'il emprunta la porte de la forge. Nasir les attendait au-dehors. A sa grimace en voyant Gannicus agenouillé, Agron comprit qu'il était affecté par le chagrin de son ami. Crixus leur emboîtait le pas. Spartacus leur donna leur ordre à mi-voix.
- Les réactions que cela entraîneraient seraient incontrôlables, traquez-les discrètement !
- Des foutus romains dehors, des foutus romains dedans ! En liberté ! Si tout le monde les cherchent, ils n'auront pas le temps de rejoindre les légions qui campent sous nos murs ! S'exclama Crixus.
- Ils ne peuvent aller très loin, dit Agron en soupesant le Gaulois du regard. Nous devons aussi accueillir nos hôtes, qui ne devraient pas savoir qu'il y a des Romains en fuite ici.
Spartacus hocha la tête et les entraîna vers le port où les pirates débarquaient déjà des barriques de amphores de grains et des barriques de boisson.
Spartacus fronça les sourcils en voyant débuter une distribution sauvage. Il envoya Agron et Donar et quelques Gaulois de Crixus organiser tout cela à grand coups de pieds bien placés.
- Allons, Roi Spartacus, allons, fit Heracléo en lui donnant une accolade, ce ne sont que quelques modestes dons pour fêter notre victoire.
- une victoire à la Pyrhus, maintenant, les Romains savent précisément où nous sommes et qui sont nos alliés, gronda Spartacus à son oreille.
- Seul ton nom a attiré mes voiles jusqu'ici, répondit le pirate,avec un sourire faux. Mon frère, crois-moi, j'ai une dette envers toi, et les Romains l'ignorent. Notre accord est solide.
Spartacus ne répondit pas, partant organiser les recherches sur les fuyards. Agron surveilla la distribution des vivres et la fête qui suivit. Car, pour le moindre des rebelles, c'était une nouvelle victoire contre Rome. Une atmosphère à la fois joyeuse et orageuse survola la ville. Agron ne toucha pas cette fois à l'absinthe qui lui avait joué des tours la veille. Nasir l'avait abandonné pour soutenir Gannicus qui célébrait la vie de son ami Attius de la manière qui lui semblait la plus appropriée. En buvant pour deux.
Agron soupçonnait un un mystère autour de cette mort, Naevia évitait trop du regard la posture enivrée de leur compagnon pour que ce soit naturel. Elle serrait les dents, cachant sa douleur derrière un masque froid. Elle avait vaincu Attius mais il lui avait laissé quelques souvenirs de ce combat, qu'elle voulait visiblement oublier.
La colère de Gannicus à l'annonce de la mort de son ami semblait avoir frappé d'un coup cruel l'amitié que lui portait le couple. Crixus avait accepté l'explication de son épouse et n'entendait pas remettre en question son opinion. Ils restèrent dans leur coin, sans se méler aux réjouissances, Crixus polissant le glaive qu'il avait remporté en combat singulier contre un gamin à peine sorti des langes de l'enfance.
Agron prit plaisir à voir les rebelles manger et boire tout leur soûl sans que la nourriture ne leur soit rationnée. Spartacus regardait cela d'un œil moins heureux, ne sachant pas sans doute si la confiance envers les pirates était une chose raisonnable. Ces derniers faisaient la fête, ne dissimulant pas la joie de vivre et la faim de sensations fortes qui caractérisent souvent les bandits de grand chemin comme d'eau salée.
Après quelques heures de beuverie, la ville tomba dans le sommeil, seuls quelques irréductibles ne purent trouver un lit et s'avachirent dans les tavernes et bordels du port. Agron fit un dernier tour de la cité afin de s'assurer qu'ils étaient bel et bien en sécurité. Spartacus restait soucieux mais il accepta néanmoins d'aller se reposer, le cerveau sans cesse occupé à chercher une solution plus pérenne à l'approvisionnement de la cité. La venue de l'hiver le préoccupait autant que la proximité des légions de Crassus. Une nouvelle partie venait de débuter entre les rebelles et Rome.
«==========((=0oooO ~~ Nasir~~ Oooo0=))==========»
