Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron. Le chapitre prend place à l'épisode 3 saison 3 "Men of Honor" et saison 3 épisode 4 ( on avance !)

Note : j'espère que ce chapitre va vous plaire, même si personnellement je le trouve un peu cucul mais bon c'était Noël et j'ai adoré jouer avec Donar ! Les fautes sont toute imputables à mon état (avancé) de décrépitude post-digestive (mauvaise foi parfaite). Je vous prie de me pardonner ma faiblesse, je n'en peux plus de relire ce chapitre !

Joyeux Boxing Day et Bonne Lecture. Sur ce je vais aller comater devant Silence in the Library. Amis whovians, je vous salue !

Chapitre 26

«==========((=0oooO ~~ Agron~~ Oooo0=))==========»

Rome ne laisserait jamais cet acte impuni. Elle avait été blessé au flanc et comme la louve dont elle portait l'emblème, elle n'en serait que plus dangereuse. Spartacus et ses compagnons s'affichaient dorénavant comme les ennemis de la république. Celle-ci ne pouvait laisser passer un tel affront.

L'hiver serait pourtant moins rude dans une cité, malgré l'odeur de la tuerie qui laissait une empreinte maléfique sur cette ville. Ils s'en étaient emparée, certes, mais jamais elle ne serait un véritable foyer. Pourtant ils devaient la faire leur, afin de survivre à ce nouvel automne qui annonçait déjà un hiver cruel. Les réserves de blé étaient basses, l'édile en avait détruit une bonne partie lors de la conquête. Et les pirates n'en ramenaient pas suffisamment. Les rebelles étaient trop nombreux. En presque trois ans, la petite troupe de gladiateurs avait vu son nombre multiplier par plus de mille. Ils étaient à présent plus d'un millier, toute une ville avec des homme venus d'horizon différents. Esclaves libérés de leurs chaînes ou hommes libres depuis leur naissance, tous suivaient Spartacus et ses guerriers, ceux qui enchaînaient les batailles depuis leur évasion.

Beaucoup ignoraient même le visage de l'homme qu'ils suivaient, mais tous avaient choisi leur destin en refusant d'être des esclaves. Nasir, pourtant, sentait la faille qui opposait Crixus et Spartacus s'accroître et avec elle s'agrandissait le fossé entre les combattants et les réfugiés. La cité offrait assurément un endroit protégé pour passer l'hiver, mais les protègerait-elle contre eux-mêmes ?

La principale querelle concernait les Romains encore en vie. La nourriture qui leur était donnée à contrecœur leur manquerait sous peu. Spartacus avait ordonné de les nourrir et de les garder sauf. Les insurgés, qui avaient souffert sous le fouet de leurs maîtres à présent à terre, obéirent a minima. Il s'avéra presque impossible de réprimer les violences. Ce n'était que des Romains, bien sûr, ils avaient mérité ce sort mais parfois Nasir se sentait pris d'une certaine pitié en les voyant dépérir sous le vent et le soleil de cette fin d'automne. Spartacus avait demandé à ce qu'ils restent en vie. Pour servir quel but ? S'il s'agissait d'otages, ne serait-il pas prudent de les mettre à l'abri de la vindicte de leur anciens esclaves? Spartacus avait fait arrêter les jeux brutaux que Crixus et Naevia avaient lancé contre un morceau de pain, mais Nasir savait que dans les recoins obscurs de la cité se tramaient des drames encore plus atroces. La cité ressemblait de plus en plus à un chaudron couvert qui menaçait de déborder.

L'accord avec les pirates n'était pas aussi satisfaisant que Spartacus l'avait imaginé au départ. Les quantités de blé qu'ils devaient apporter en échange de l'apposition du sceau de l'édile n'étaient pas aussi importantes qu'il l'aurait fallu pour une cité bondée d'affamés. Heracleo s'était excusé mais que valaient les excuses d'un pirate face aux ventres qui grondaient de faim et les têtes de colère. Il avait offert du vin en remplacement, mais le vin ne faisait pas taire le chant des ventres creux mais accentuait au contraire la vindicte et la hargne. Spartacus en avait été témoin lorsque Donar avait brisé une jarre de blé et que son contenu répandu sur la jetée du port avait excité les convoitises. Les hommes et les femmes, victimes de la faim, avaient manqué de s'écharper pour une malheureuse poignée de grain.

Non, l'accord n'était pas satisfaisant surtout lorsque les réfugiés se faisaient de plus en plus nombreux aux portes de Sinuessa en Vallée.

L'encombrement à la porte sud était incroyable et Spartacus dut faire appel aux forces des gladiateurs afin de gérer le flux d'êtres humains. Quelques personnes interrogées par Agron et Nasir avouèrent être poussées par l'armée de Crassus qui se rapprochait de la cité, à quelques jours de marche seulement.

Spartacus donna des ordres pour qu'ils soient accueillis et nourris dans la mesure du possible. Nasir le voyait bien s'inquiéter de la manière dont il aurait à nourrir d'autant de ventres. Agron lui avait appris que Spartacus, qui n'avait pas sous-estimé l'intelligence de Crassus, y voyait un piège. Il augmentait les forces de Spartacus certes, mais surtout de bergers et de paysans et bien peu de combattants. Une ruse bien différente de l'attaque désorganisée subie quelques semaines auparavant.

Cela avait néanmoins permis aux esclaves de s'associer aux pirates, une association qui n'apportaient pas entière satisfaction, mais qui avait néanmoins le mérite d'apporter un peu de vivres. Heracléo arguait que les Romains se préparaient à un long hiver en mettant du grain en réserve. Nasir comprenait que tout ceci inquiétât Spartacus, surtout à l'heure où les réfugiés étaient de plus en plus nombreux à la porte. Certains lui rappelait sa propre histoire et combien il avait pu paraître inexpérimenté aux guerriers venus le libérer.

Le général Thrace avait ordonné que tous soient interrogés et montrent leur marque d'esclave avant d'entrer désarmés. Ils reproduisaient ce que les Romains avaient préconisé, avec un succès mitigé pour éviter des combats sanglants dans la ville. Nasir avait cru apercevoir Némètes réclamer de l'argent aux réfugiés mais il n'avait pas de preuve tangible pour accuser un compagnon de Spartacus. Néanmoins il tenta de garder l'œil sur lui, se demandant s'il ne devait pas avertir Agron des exactions de son compatriote.

Des cris retentirent et la foule entraîna Nasir dans sa fuite. Les Romains attaquaient. Il parvint à revenir à la porte au moment où ses amis remettaient leurs épées au fourreau. Ils constatèrent avec étonnement qu'un homme continuait de larder de coup de poignard un corps déjà immobile. Il se releva, c'était un homme arborant les cheveux longs et décolorés de soleil des bergers. Il lâcha son arme en se voyant observé. Il se présenta et montra sa marque ou plutôt son absence de marque. Son maître choisissait de marquer au plus près des parties intimes pour son plaisir. Nasir grimaça en pensant à la douleur quand il avait, lui-même, reçu la marque de son acheteur. Qu'il ait arraché cette marque de sa propre chair lui fit comprendre l'horreur de la position qui l'avait conduit à la rébellion. Lyscinus entra dans Sinuessa sous le regard clairement soupçonneux de Spartacus.

Des espions Romains avaient tenté de pénétrer la ville sous un déguisement pour assassiner le général. Au premier son du métal contre le métal, l'alerte avait été donnée et Spartacus avait échappé à un sort brutal grâce à l'intervention d'Agron . Celui-ci ui posa la main sur son glaive, attentif aux moindres mouvements de la foule.

- Je ne quitterai plus tes côtés, dit-il à Spartacus, je serai dans ton ombre désormais.

Nasir se sentit fier de son amant, qui avait une nouvelle fois fait preuve de sa valeur aux yeux de Spartacus. Celui-ci lui faisait confiance comme à un frère. Il glissa son bras autour de sa taille pour une étreinte rapide. Il fut récompensé par un baiser distrait à la naissance de ses cheveux. Agron resta concentré, en parfait garde du corps. Seul un léger sourire apparut sur ses lèvres, et y resta un petit moment.

Spartacus donna ses ordres rapidement, Crixus allait mettre à l'épreuve les nouveaux arrivants et surveiller le jeune Lyscinus qui promettait d'être un bon combattant. Il ordonna de mettre sur des piques à l'entrée de la ville les têtes des espions Romains afin d'avertir du sort encouru pour infiltrer la cité. Nasir et Saxa exécutèrent ses ordres, tranchant les tendons et les chairs des soldats, fouillant les corps avant de les jeter aux ordures.

Ils continuèrent à accueillir les marcheurs épuisés, qui racontaient avoir vu les Romains mettre le feu à certains d'entre eux pour les faire avancer plus vite. Les légions de Crassus se rapprochaient de plus en plus et à la lumière de ces témoignages, Nasir craignit que la cité les protége aussi bien que ses précédents occupants.

Il céda bientôt sa place à Lugo et se dirigea vers le forum où Crixus avait reçu l'ordre de mettre à l'épreuve les esclaves qui affluaient vers Sinuessa. Spartacus et Agron pouvaient encore s'y trouver. Sinon, il irait le retrouver à la maison de l'édile où ils passaient l'essentiel de leur temps à parler.

Avant même qu'il n'arrive sur le forum, des clameurs enragées retentissait à travers les rues et les ruelles de la ville, prémisses d'un carnage. Un groupe de rebelles aux visages grimaçant de haine et de rage manquèrent de le renverser en passant près de lui, les armes aux poings. Une main secourable le retint dans sa chute et le remit sur ses talons. Il se dégagea d'un geste brusque en découvrant les yeux de chat et le sourire mince de Castus, selon le nom qu'Agron lui avait donné.

Ce dernier le détestait et depuis la correction de la semaine dernière, le pirate s'était fait discret. Les mots par Agron ce soir-là, étaient encore gravés dans sa mémoire, tel un serment inviolable. La nuit qui avait suivi les avait également soudés d'une manière mémorable. De nouveaux cris le ramenèrent à la réalité, Castus posait sur lui des yeux effrayés.

- Que se passe-t-il, lui demanda Nasir d'un ton sec. Que fais-tu ici ?

- Le chef des Gaulois vient de se battre avec le grand chevelu. Gannicus, c'est ça, dit-il en claquant la langue. La femme noire l'a assommé alors qu'il demandait justice pour son ami. Je ne comprends pas ce qu'il se passe mais Crixus a décrété la mort de tous les Romains encore en ville. Héracléo…

- A mort ! A mort les Romains !

Ses paroles se noyèrent dans les cris de la foule enragée qui déferlait sur eux, frappant des prisonniers qu'ils venaient de découvrir. Saxa tentait de s'interposer, secourue par Gannicus, le visage ensanglanté.

- Je dois avertir Spartacus, jugea Nasir en faisant demi-tour, il doit encore être chez lui.

A peine eut-il fini sa phrase que des gaulois armés approchaient du carrefour où ils se tenaient. Nasir prit ses jambes à son cou et courut jusqu'à la maison de Spartacus. Il s'aperçut que Castus l'avait suivi qu'au moment où il révéla son information au trio formé de Spartacus, Agron et le chef des pirates Héracléo.

- Spartacus ! Crixus et les autres sont devenus fous. Ils tuent les Romains.

A peine eurent-il pénétré dans la pièce que le regard de Agron s'était posé sur Castus et une grimace à la fois blessée et désabusée s'était affichée sur ses traits quelques secondes avant de reprendre un masque froid. Malgré lui, Nasir se sentit coupable. Son cœur se serra lorsqu'Agron lui jeta quelques ordres secs en quittant la pièce.

-Reste avec les Siliciens, tu as l'air de préférer leur putain de compagnie.

Il n'eut pas le temps de s'expliquer, de lui expliquer qu'il avait simplement rencontré Castus dans les rues et que seule la nécessité de les avertir avait lié leur chemin. Non, les événements qui rythmèrent cette journée ne lui laissèrent aucune opportunité de parler à Agron et lui faire comprendre qu'il n'avait pas recherché la compagnie du pirate.

Héracléo sortit à son tour et Nasir n'eut d'autres choix que de le suivre pour obéir aux ordres d'Agron.

- Ton compagnon a l'air vraiment fâché contre toi, glissa Castus qui n'avait pas quitté ses côtés, il n'a pas l'air d'avoir compris que notre rencontre n'était qu'une coïncidence.

- coïncidence, releva Nasir, d'une voix sourde, coïncidence qui tombe au plus mauvais moment. Que fais-tu encore ici ?

- Je restes seulement pour connaître tes pensées. Sache que, moi, je ne suis pas d'une nature jalouse et que mon expérience pourrait faire rougir Jupiter.

Nasir se tourna vers lui, estomaqué par la convoitise du regard posé sur lui. Il vit le jeune pirate sourire plus séducteur que jamais. Le soleil faisait étinceler ses yeux et les bijoux qui l'embellissaient. Nasir grimaça, prenant conscience de la beauté luxurieuse du jeune homme.

- Tu ne m'apporterais rien que je ne possède déjà ! Jeta-t-il en s'éloignant de lui. Ta présence n'est pas souhaitée, je n'ai pas besoin de toi.

Castus lui emboîta le pas, sûr de lui et de son charme. La première approche ayant échoué, il fallait qu'il sympathise pour écraser de l'intérieur et vaincre avec bonheur. Nasir se retourna en entendant ses pas marteler le sol.

- Je te demande de ne pas me suivre.

- Que feras-tu pour m'en empêcher ? Un baiser peut-être ? Dit-il en approchant ses lèvres.

- Mon poing, si tu ne cesses pas immédiatement et mon épée si tu continues !

- Pour la promesse d'une épée de chair, je continuerai jusqu'à la fin de la nuit.

- Une épée de bronze, rétorqua Nasir en le repoussant d'une bourrade pour sortir son arme de quelques pouces.

Castus écarquilla les yeux, comprenant enfin qu'il avait poussé un peu trop loin le jeune homme. Nasir reprit sa marche en pestant, en direction des vociférations de la foule, de plus en plus sauvages. Le danger pouvait surgir de n'importe quelle ruelles et pourtant ce qui l'inquiétait le plus était d'avoir déçu Agron. Celui-ci lui avait promis de ne laisser personne l'arracher à ses bras. Une farouche déclaration qui l'avait pris aux tripes. Ce foutu Sicilien s'amusait à lui faire croire l'impossible. Nasir ne trahirait jamais Agron. Il devait le croire. Il avait vu son air blessé. Le regard abattu qu'ii lui avait décoché l'avait profondément troublé.

Les rebelles s'étaient rassemblés et hurlaient sur un petit groupe que Nasir à cause de sa petite taille ne pouvait voir. Castus se pressa contre lui, comme par inadvertance, tâtant le corps musclé.Cela agaça Nasir qui l'envoya d'une poussée se faire engloutir par la foule en colère. Le jeune homme sourit en voyant que le geste l'avait fait disparaître de sa vue. Son sourire s'effaça quand il s'aperçut que Héracléo avait lui aussi disparu.

Pour mieux le retrouver, il grimpa sur une borne pour s'élever au-dessus du peuple en colère. Il vit alors Spartacus s'élancer et sauver la vie de la femme de l'édile, Laeta. Nasir n'entendit pas toutes leurs conversations, couvertes par les clameurs continues de la foule vociférante. Mais il comprit l'essentiel. Spartacus retirait à Crixus la charge de diriger les rebelles et refusait que les Romains encore en vie soient tués ou blessés. Une huée ponctua son discours. Il reprit plus fort, ordonnant avec autorité que les prisonniers soient enchaînés dans sa maison, où ils seraient sous sa protection.

Nasir comprit que les Gaulois n'allaient pas digérer aussi facilement l'affront. Tous suivaient Crixus pour ses victoires et sa ligne de conduite simple, eux ou nous. Il ne désirait que le combat et la mort de tous les Romains, chose simple à comprendre pour des êtres privés de droit et de liberté depuis la naissance.

Il ne savait pas ce que Spartacus avait imaginé, Agron le saurait sans doute. Repenser à son amant lui fit mal. Le regard blessé qu'il lui avait lancé avant de suivre le général Thrace le hantait désormais. Agron était si fier, si puissamment fier et féroce qu'il ne pardonnerait sans doute pas facilement ce qu'il considérait comme un affront mortel.

Nasir le vit s'éloigner avec les Romains enchaînés, le cœur serré, cherchant comment rattraper cette erreur.

Nasir entendit Spartacus les appeler, Donar et lui. Il sauta à bas de la borne de pierre qui marquait la limite d'un impôt quelconque pour rejoindre le petit groupe de chef de guerre. Crixus paraissait difficilement se maîtriser tandis que Naevia pinçait des lèvres sur une expression de mépris. Spartacus donna l'ordre d'apporter les corps des morts au saloir. Agron les accompagna, le visage fermé. Visiblement ce dernier n'avait toujours pas encaissé son arrivée en compagnie de Castus.

Il se tenait raide comme la justice, surveillant la mise au sel des corps qui dégoulinaient de sang tandis que Spartacus expliquait ce qu'il attendait d'eux. Nasir lui jeta quelques regards implorants qu'il ignora royalement. Spartacus pensait que ces corps allaient encore avoir une utilité. Nasir ne voyait pas réellement comment rendre la vie à un homme mort. Mais il connaissait suffisamment Spartacus pour être assuré d'un plan. Il commença par attacher des cordages aux corps pour que Donar les suspende comme des jambons. Spartacus leur demanda de les nettoyer du sang et de les saler afin que la pourriture ne s'y installe pas. Il osa arrêter sa tâche en voyant qu'Agron toujours immobile dans le saloir. Peut-être voulait-il lui parler finalement, afin de chasser le malentendu qui empoisonnait leur relation.

- Agron, un moment, je te prie…

- je n'ai ni l'envie ni le temps, vois si Castus est libre…

Nasir se figea instantanément, le ton méchant du Germain creusa la plaie qu'il portait au cœur. L'homme se détourna de lui et sortit. Nasir ravala difficilement son air blessé, mais sa peine resta visible à l'œil amical de Donar. Ils gardèrent le silence pendant leur sinistre tâche qui les occupa une bonne partie de la journée. A la fin de celle-ci, Donar lui proposa un verre à la taverne. Nasir hésita avant d'accepter, comprenant que l'ami d'Agron souhaitait lui parler.

La taverne était bondée à cette heure, une soupe commune chauffait dans un chaudron et ils en prirent chacun une écuelle. Le contenu était totalement inconnu mais c'était chaud et gras. Après la deuxième écuelle, Donar prit du vin et trouva le courage d'entamer une conversation qu'il n'avait sans doute jamais eu l'intention d'avoir.

- Agron est malheureux, commença-t-il maladroitement.

- Il est jaloux sans nécessité, se défendit Nasir, soulagé qu'il brise un silence embarrassé, il croit à des choses qui n'existent pas.

- Je connais Agron depuis nos premiers pas, dit-il en hochant la tête, on a grandi ensemble avec Duro et mon frère Nelar. Un quatuor imbattable. Rien ne pouvait nous résister.

Le Germain s'envola dans ses souvenirs. Nasir aurait aimé qu'il lui raconte une des histoires qu'ils avaient partagées. Agron était parfois si secret et évoquer Duro restait si douloureux au cœur d'un frere orphelin qu'il n'en parlait quasiment jamais.

- Les Romains nous ont attaqués. Nous ne connaissions même pas Rome, nous n'imaginions pas la force qu'elle possédait, les meurtres qu'elle pouvait commettre au nom de sa République. Notre peuple a tenté de les repousser au-delà du Rhin. Agron et Duro ont choisi de continuer à nous battre, pour permettre à nos familles de fuir. Mon frère et moi sommes restés à leurs côtés.

- Vous vous êtes sacrifiés ?

- Pour notre famille, fit Donar, Nelar y a perdu la vie et nous, notre liberté. Nous avons été enchaînés du champ de bataille jusqu'au ludus de Batiatus. Agron a souffert pour protéger Duro en dépit de tout. J'aurais fait la même chose pour Nelar.

Il resta silencieux, perdu dans ses pensées. Nasir laissa passer un peu de temps pour lui poser une question.

- Agron ne parle pas souvent de son frère. Comment était-il ?

Donar sourit largement, adoucissant considérablement son visage.

- Duro était jeune, impétueux et naïf. Il aimait faire des blagues qui rendaient Agron fou mais c'était son frère. Il s'était promis de toujours le protéger un serment aux dieux, qu'il n'a pas pu réaliser. Il avait juré qu'aucun homme, aucun dieux ne l'arracherait à ses bras.

Nasir se troubla, ces mots ressemblaient un peu trop à la déclaration d'Agron après son combat contre Castus. Donar soupira, semblant comprendre la situation.

- Ce serment a la valeur d'une union, lorsqu'il est prononcé hors de la tribu. Comme un mariage, surtout après l'écrasement de son rival.

Nasir rougit brusquement en remarquant l'air amusé de Donar. Il comprenait désormais un peu mieux la réaction de son amant. Il avait combattu pour lui et déclaré ses sentiments les plus profonds.

- Et me voir en compagnie de ce rival lui a fait croire que je me foutais de ce qu'il m'a promis.

-Agron est ombrageux, fier au-delà des mots. Il ne supporte pas qu'on se moque de lui et surtout de ses sentiments. Il s'en est toujours défendu mais Agron a toujours été un cœur tendre facilement submergé par ses émotions. Gare à celui qui l'attaquera sur ce point-là, il se montrera impitoyable.

Nasir regarda avec stupéfaction le Germain qui exposait les sentiments de son ami en buvant du vin tranquillement assis dans ce troquet de port de pêche.

- Je peux le confirmer, murmura le jeune homme, je l'ai déçu et j'en paye le prix.

- Les plaies du cœur sont plus amères que celles du corps, dit Donar d'un ton sage.

Il fit signe à une serveuse affriolante, qu'il souhaitait être resservi. La femme vint verser du vin tout en se frottant langoureusement contre lui. Donar avait son succès quand il le voulait. Son sourire s'élargit au grand bonheur de la femme qui s'assit sur ses genoux pour le gratifier d'un baiser enjôleur.

- Je préfère ma position, reprit-il, libre et amoureux de toutes les femmes de la cité. Agron finira par se calmer et te pardonner mais il faudra percer ses défenses pour lui parler. Ne te laisse pas impressionner par sa froideur et sa rancœur. Tu vas y arriver.

- Pourquoi me dis-tu cela, demanda Nasir surpris par sa sollicitude.

- son coeur a été brisé par la mort de Duro. Sa foi en Spartacus et curieusement sa querelle avec Crixus lui ont sauvé la vie. Toi seul lui a redonné un sens à sa vie en faisant battre son cœur. Je ne l'ai jamais connu aussi amoureux, crois-moi.

Nasir détourna le regard du Germain au visage honnête. Un léger mouvement de foule attira ses yeux, mouvement provoqué par l'entrée dans la taverne de Héracléo, le capitaine pirate et Castus. L'accueil qu'ils y reçurent montra leur célébrité naissante. Les rebelles accordaient facilement leur confiance pour un sac de grain et un pot de vin. Il n'avait aucune envie de parler à ces derniers. Donar plongea la tête entre les seins généreux de la serveuse, beaucoup plus détendu maintenant qu'il avait énoncé ce qu'il avait sur le cœur. Nasir sourit avant de se renfrogner en s'apercevant que Castus le scrutait. Voyant son visage fermé, le pirate se détourna de lui. Peut-être un peu de sens commun entrait dans son cerveau essoré par les vagues maritimes.

Agron était peut-être obtus et secret mais il l'aimait et ne saurait trahir sa confiance.

Nasir se cala plus confortablement contre le renfoncement du mur qui l'accueillait. Il réfléchit à la manière dont il devrait assiéger Agron. Depuis l'attaque des Romains, il le repoussait avec des répliques acerbes ou par un silence glacial. Il ne lui avait laissé aucune opportunité pour lui parler, passant ses jours et ses nuits auprès de Spartacus. Le Syrien grimaça, lui aussi aurait pu se montrer jaloux, à le voir passer autant de temps auprès du Général rebelle. Il lui avait juré de devenir son ombre et tenait sa promesse. Il les tenait toujours.

La serveuse était maintenant juchée dans le giron de Donar, lui permettant de mieux voir la salle et le spectacle sans cesse renouvelé qu'elle accueillait.

Castus était en grande conversation avec un petit blond aux muscles secs, qui le regardait avec gourmandise. Il n'aura pas longtemps été seul. Le jeune blond que Nasir avait cru voir dans l'entourage de Némètes, colla sans gentillesse le pirate contre le mur en pierre. Il poussa son avantage en le gratifiant d'un baiser sulfureux, ses mains courant sur son corps à demi nu. Il attrapa un pot de vin pour boire à la régalade, partageant sa goulée avec le pirate aux yeux mi-clos. Donar qui avait suivi son regard ricana.

- Ton prétendant a déjà retrouvé de la compagnie. Ce Lyscinus est un vrai combattant. Tu as vu comment il a résisté à Gannicus ? On aurait cru voir un guerrier plutôt qu'un berger. Je vois pourtant qu'il en a les mœurs légères.

- et le goût exotique, renchérit Nasir, en détachant ses yeux du couple enlacé.

Lyscinus entrecoupait leurs baisers de plus en plus indécents de vin. Il savait apparemment ce qu'il voulait. Dans peu de temps, Castus serait saoul et à sa merci. Nasir haussa les épaules, chacun était libre de faire ce qu'il souhaitait. Il ne put s'empêcher de remarquer que Némètes semblait occuper Héracléo de son côté en le faisant boire, jouer et surtout parler. Les deux blonds paraissaient suivre le même plan, destiné à tirer des informations aux pirates. Némètes s'était rapproché de Crixus ces derniers temps. Sans doute recherchait-il des renseignements pour lui. Cela lui confirma la faille grandissante entre les deux chefs de guerre. A ce qu'il avait entendu, Crixus n'avait pas apprécié sa rétrogradation et refusait désormais d'écouter les ordres de Spartacus. La rupture entre les deux était décidément achevée.

La curiosité naturelle du jeune homme s'éveilla. Que projetait-il ? Cependant il répugnait à utiliser les mêmes méthodes que Némètes et son nouvel ami. En effet, celui-ci avait fait agenouiller le pirate devant lui et lui baisait la bouche brutalement. Les yeux fermés, il semblait apprécier les talent de Castus qui, les yeux chavirés, goûtait ce que l'homme lui offrait. Le public appréciait et encourager le spectacle des deux hommes, comme celui de Donar et la serveuse, dont il venait de retrousser la robe.

Nasir se drapa la tête de sa cape et se prépara à sortir discrètement avant se retrouver dans une orgie dont les rebelles semblaient avoir le secret. Il passa près du groupe ainsi dissimulé, les oreilles grandes ouvertes. Il entendit les balbutiements d'Héracléo qui touchait le fond de son ivresse. Dans un râle puissant, Lyscinus s'assouvit au plus profond de la gorge du noir pirate, serrant son cou d'une manière inquiétante. Il le relâcha finalement, avant que Castus ne s'étouffe.

Le pirate s'effondra au sol, crachant sperme et alcool. Lyscinus s'éloigna de quelques pas, une grimace dégoûtée peinte sur le visage. Il s'installa à la table d'Héracléo tandis que Castus se vidait l'estomac sur le sol déjà immonde. Nasir se détourna de ce spectacle comme pour admirer un autre couple s'adonner à la grâce du plaisir, écoutant attentivement les propos bredouillants du capitaine pirate.

Malgré lui, il se sentait dégoûté par le mépris visible de Lyscinus pour son amant passager. Cela lui rappelait trop bien la fonction de vide-couille qu'il avait eu auprès de son maître. Ce Lyscinus lui semblait dangereux, il éprouvait une sensation bizarre en les observant. Cela lui permit d'apprendre néanmoins des choses qu'il ignorait. Il lui sembla comprendre que Spartacus avait pris la mer, information qui devrait intéresser Agron. Mais la chose la plus préoccupante était l'intérêt que portait Némètes et son nouveau camarade aux fait et gestes de Spartacus. Et qui Spartacus allait rencontrer. A ce que bredouillait Héracléo, le général Rebelle avait l'intention de rencontrer les rebelles de Sicile. Nasir était trop jeune pour avoir connu les guerres serviles des grandes latifundae de Sicile. Mais comme bon nombre d'esclaves, il avait entendu parler des soulèvements qui avaient fini dans le sang. La Sicile n'était pas très éloignée de Sinuessa et si Spartacus avait passé un accord avec les anciens rebelles de l'île, cela pouvait changer beaucoup les événements. Ils pourraient lutter contre Crassus avec un soutien maritime.

Némètes semblait avoir l'air fortement intrigué par cette idée et si Crixus apprenait cela, il chercherait à récupérer le pouvoir qu'il avait perdu en s'attaquant à Agron. L'heure était grave, il devait le rejoindre pour peut-être se battre à ses côtés.

Jetant un dernier regard en direction de Castus qui s'asseyait avec difficulté tout contre son amant blond, il décida d'avertir Agron, tout en évitant de lui expliquer d'où venaient ces renseignements. Castus croisa son regard et le lui rendit avant de le reconnaître. Ses yeux semblèrent le supplier, mais de quoi Nasir aurait bien été en peine de le dire.

Il s'éloigna rapidement de la taverne pour rejoindre les quartiers les plus riches de la cité, où Spartacus avait fait installer ses quartiers. Il savait pouvoir y trouver Agron. Peut-être pourrait-il enfin lui parler, l'alerter à propos de Némètes et de son nouvel ami et de l'intérêt qu'il avait pour le but du voyage de Spartacus. Et peut-être enfin pouvoir plaider sa cause.

Agron l'accueillit d'un rictus froid sous lequel il sentit frémir les émotions qui l'agitaient intérieurement. L'homme lui colla un sac de pain sec dans les mains et lui ordonna de nourrir les Romains enchaînés contre le mur de l'atrium. Nasir tenta d'ouvrir la bouche pour s'expliquer. Il se fit rembarrer sèchement et dut s'occuper des prisonniers affamés.

Les Romains étaient enchaînés au mur de la maison, protégés contre la vindicte de la foule par la loi de Spartacus. Le jeune homme aida à les nourrir et leur donner à boire, témoin de la nervosité grandissante de son amant. Celui-ci se contrôlait visiblement pour ne pas achever sur place des êtres qu'il méprisait avec ardeur. Nasir constata presque à son insu la qualité du vêtement qu'il avait revêtu, d'une couleur qui rendait hommage à ses yeux ombrageux.

Le temps s'écoula lentement à mesure que l'exaspération d'Agron augmentait. Il semblait attendre le retour de Spartacus. Quoique celui-ci avait eu comme idée, il sembla au Syrien que le général avait confié la cité à Agron après avoir retiré à Crixus sa charge de chef d'armée. Nasir comprit mieux l'attitude de son amant, non seulement il devait gérer la cité et les affres de son cœur. Il savait que l'hostilité d'Agron était causée en grande partie par sa présence. Sa volonté de lui parler s'amplifia afin d'adoucir son fardeau.

La nuit passa, tandis que Agron surveillait avec angoisse l'avancée des heures, le visage fermé. Le retour de Spartacus se faisait attendre. Plusieurs fois, Nasir tenta d'attirer son attention sans succès tandis qu'il arpentait la pièce comme un lion en colère. Le Germain était déterminé à ne pas lui parler. Nasir ravala son cœur, attendant qu'il se calme. L'effort que cela lui coûta fut remarqué mais par une autre personne. La prisonnière, Laeta s'exprima alors en lui disant qu'Agron s'indignait qu'ils fussent encore en vie.

- Vous n'êtes pas l'objet de son déplaisir la détrompa-t-il gentiment en jetant un coup d'œil à Agron. L'homme regardait partout sans poser les yeux sur lui. Nasir savait qu'il était toujours en colère contre lui. Mais cela ne pouvait plus durer. Le Syrien prit son courage à deux mains et se releva pour affronter son amant. Il prit une grande inspiration et l'interrompit dans sa marche.

- Agron, arrête un moment.

- Spartacus est attendu sur les docks. Je dois l'accueillir.

- et je dois de te parler, décréta Nasir en l'attrapant par le bras.

-Mais je n'en ai pas envie, répondit-il sèchement, le faisant lâcher d'un coup sec.

Il lui tourna le dos et continua son chemin, ce qui Nasir ne put supporter davantage. Fort des mots de Donar, Nasir tenta de lui faire entendre raison. Il attaqua, appelant à l'honneur de sa tribu.

- C'est une qualité commune chez les hommes à l'est du Rhin de fuir le combat ?

Agron se retourna, excédé par sa persistance à vouloir s'exprimer alors qu'il lui avait dit qu'il ne le voulait pas. Il se rapprocha, un rictus mauvais inscrit sur les lèvres, les yeux flamboyants de colère et creva enfin l'abcès.

- Non. Mais un Syrien m'a appris à chier des mensonges et les faire passer pour le plus doux des nectars.

- Je n'ai jamais été déloyal envers toi, se défendit Nasir avant d'être interrompu sèchement.

- Tu étais avec Castus ! Alors que je t'ai ordonné de rester loin de lui !

Agron se détourna à nouveau et reprit son chemin, mais Nasir n'allait pas laisser tomber aussi facilement. Les mots qu'il venait de lui asséner brûlaient comme l'acide.

- Ordonné ? S'écria-t-il, les dents serrés sur sa colère, Le collier qui autrefois enserrait mon cou est loin dans ma mémoire. Ne pense pas que je vais le remettre pour toi !

Il le montra du doigt, incapable de retenir la fureur qui l'embrasait en pensant à ce collier d'esclave. Agron fit volte-face pour lui répondre à son tour, le dévorant du regard.

- Ne fais pas un tel scandale, si j'avais été découvert avec le Sicilien, après la promesse que je t'ai faite, tu aurais été saisi par la même passion !

Nasir le suivit alors qu'il reprenait sa marche, il voulait finir cette histoire ici et maintenant, alors qu'il avait enfin son attention pleine et entière ;

- J'ai croisé Castus dans la rue alors que Crixus et les autres ont cédé à la folie. Nous nous sommes précipités pour vous retrouver, toi et Spartacus en dépit de notre vécu.

- Et je suis supposé croire que, parmi tous ceux présent dans la cité, fit dangereusement Agron, il est apparu miraculeusement à tes côtés ?

- Comme je te croirai, lui affirma Nasir, la bouche sèche, sur n'importe quel sujet.

Agron le scrutait attentivement, cherchant à lire le mensonge sur son visage. Puis son visage sembla s'effriter comme le mur qu'il avait apposé entre eux deux. ses yeux débordaient d'une émotion difficilement contenue. Il allait reprendre la parole quand Donar l'interrompit.

- Agron, nous avons un putain de problème.

Nasir le détesta pour cela mais il comprit à son visage que cela n'était pas un vain problème. Ses réponses allaient devoir attendre encore un certain temps. Il soupira et emboîta le pas d'Agron qui se prépara à gérer l'urgence en l'absence de Spartacus. Donar lui apprit en quelques mots que les sentinelles avaient cru voir des légionnaires sur la colline Sud.

Agron acquiesça, donna l'ordre de surveiller les prisonniers et sortit pour se rendre aux murailles Sud. Nasir marchait à ses côtés lorsque la main d'Agron se posa sur son épaule et le poussa contre le mur d'une habitation. Les irrégularités de la pierre griffèrent ses bras sans qu'il s'en aperçoive. Les lèvres d'Agron fondirent sur les siennes pour un baiser féroce, où morsure et caresse ne firent qu'une. Agron posa son front contre son front et murmura à nouveau sa promesse. Nasir ouvrit la bouche pour répondre, mais son amant avait repris possession de celle-ci et le gratifia d'un autre baiser au goût de cuivre.

Il s'écarta de lui et reprit sa marche rapide, Nasir se secoua quelques secondes et courut derrière lui, le rattrapant alors qu'il atteignait la muraille que Crixus avait déjà escaladée.

Le baiser avait allégé considérablement son cœur, le rendant plus sûr de lui. Il offrit son soutien en même temps que son pardon à son compagnon, en exigeant de Crixus des réponses. Agron le regarda avec un étonnement visible et perdit les quelques secondes qui lui aurait été nécessaires pour contrôler la foule.

Crixus, aidé de Némètes qui attisait la colère des rebelles, prit le contrôle de la situation et ordonna d'ouvrir les portes pour attaquer les légionnaires. L'arrivée de Spartacus au moment où la foule acceptait de suivre Crixus, bouleversa l'équilibre des forces en présence. Spartacus acceptait d'ouvrir les portes mais uniquement pour relâcher les prisonniers. Crixus ne comprit pas la décision du Général rebelle et lutta contre lui-même pour conserver son calme. Pour Nasir, la faille qui séparait Spartacus et Crixus s'était à nouveau élargie. L'entente entre les deux hommes venaient de voler en éclat et il restait bien peu d'amitié entre eux pour que la séparation ne devienne en effet une solution.

Spartacus fit libérer les Romains qui durent traverser les rangs d'une foule qui les haïssait. Les ordures plurent jusqu'à ce qu'ils soient tous sorti de l'enceinte de la cité où ils étaient nés. Ils furent poussés vers la patrouille de reconnaissance qui les narguait depuis la colline au sud.

Nasir tenta de se nettoyer des déchets qu'il avait reçu en accompagnant les prisonniers hors des murs. Il avait été bousculé et frappé mais enfin, il lui semblait pouvoir parler à Agron. Spartacus était revenu et sans doute que son amant allait avoir un peu de temps pour lui. Malheureusement, il fit le dos d'Agron s'éloigner en compagnie de son leader, poursuivis par Crixus écumant de rage.

Saxa apparut à ses cotés, les yeux fixés sur son propre compagnon qui les suivait d'un pas plus lourd. Ils échangèrent un regard pensif avant que la jeune femme ne l'entraîne dans ses quartier pour soigner ses plaies et échanger des informations. Il aimait beaucoup cette jeune femme libre au tempérament de feu. Elle était vive d'esprit et l'amusait toujours avec ses commentaires acides. Elle formait avec Gannicus un couple fort où elle trouvait son équilibre. Souvent, ils discutaient ensemble, comme Nasir l'avait si souvent fait avec son ami Myra. Elle avait toujours des difficultés avec la langue commune mais elle savait se faire comprendre et Nasir apprenait tout autant la langue d'Agron.

Elle lui relata l'équipée de Spartacus, le vol de blé issus des moissons de Crassus et le retour par bateau avec les pirates. Ils n'avaient rencontré aucun souci même si Spartacus avait disparu quelques heures. Il avait eu l'air satisfait en revenant. Sans doute avait-il eu ce qu'il cherchait. Die Piraten betroffen sind , finit-elle dans sa langue en lui offrant à boire.

A ces mots, Nasir se souvint de sa rencontre avec Castus et Lyscinus. Il se souvint avoir voulu en parler à Spartacus sans qu'il n'en ait le temps. Il en parla à Saxa tout en sortant de sa maison pour rejoindre la maison de l'édile où Spartacus et ses lieutenants s'étaient enfermés. D'autres que lui avaient senti que quelque choses se préparaient car tous avaient l'air concerné et prêt à tout. Ils savaient tous que Crassus serait bientôt à leur porte et avec lui trois légions au moins.

Spartacus sortit bientôt et donna ses ordres rapidement. Son plan reposait sur une ruse improbable dont il avait le secret. Cela consistait à faire passer les romains mort pour des guetteurs sur le rempart sud, tandis qu'ils évacueraient le gros des réfugiés et des rebelles par la porte Nord, puis attaqueraient par surprise les Romains qui arrivaient avec l'aide des pirates par la mer.

- Compagnons, nous allons partir pour la crête de Mélia, déclara Spartacus, à la foule rassemblée sur la petite place, comptant sur le bouche à oreille pour que ses ordres soient relayés et exécutés, Les romains ne sont plus très loin et nous devons quitter cette cité pour mieux les attaquer. Suivez Crixus, prenez vos armes et vos biens, le blé de Crassus, ne laissons rien aux Romain. Préparons-leur une surprise qu'ils n'oublieront pas. Rappelons-leur le Vésuve et ses pentes. Nous allons les écraser comme ils espèrent nous écraser !

Spartacus leva son glaive dans une attitude de défi qui insuffla l'espoir aux ventres des rebelles qui hurlèrent à leur future victoire. Nasir hurla avec eux, le cœur pourtant rempli de doutes avant de préparer l'évacuation d'une cité qu'ils auraient possédé que quelques semaines.

Rien ne laissait présager que le plan de Spartacus ne délivrerait pas toutes ses promesses. La trahison était en marche.

«==========((=0oooO ~~ Agron~~ Oooo0=))==========»

A suivre (un peu plus loin dans l'histoire... il ne reste plus que quelques chapitres avant l'épilogue)