Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron. Le chapitre prend place à l'épisode 6 saison 4 "Separate Path".

Note : Bon, pas franchement le passage que je préfère, sniff, j'ai essayé de trouvé des justifications à un abandon que je ne m'explique toujours pas. Nasir non plus. J'ai essayé de faire un retour dans le passé (Merci D. Would pour cette suggestion, ça m'a fait bien plaisir). Je le promets solennellement, plus jamais je poste sans avoir TOUS mes chapitres d'écrit. ça prend trop de temps pour finir après. Je vous remercie de continuer à lire et commenter cette histoire, commencée en septembre 2012. Plus de trois ans après, j'arrive au bout ! Pardonnez les redites, les fautes et les idées pas toujours très claires...

Chapitre 27

«==========((=0oooO ~~ Agron~~ Oooo0=))==========»

Quelques années dans le passé...

Depuis que les Romains passaient les Alpes par les cols dégagés deux siècles auparavant par Hannibal, la civilisation latine envahissaient peu à peu les plaines et les vallées, amenée dans les bagages des commerçants, trafiquants ou simples voyageurs. Elle était accueillie à divers degrés par les peuples libres au-delà des montagnes. Certaines tribus s'en accommodaient parfaitement et acceptaient de voir des Romains arpenter librement leurs terres ; d'autres la rejetaient totalement et n'acceptaient pas que les Romains viennent commercer jusqu'ici. Les Germains en particulier surveillaient attentivement les berges du Rhin et les voyageurs isolés savaient quels risques ils prenaient à passer sur la rive opposée.

Les Romains était venus bien avant la naissance d'Agron et avaient été repoussé à l'ouest du Rhin. Depuis ces combats, une paix ponctuée d'escarmouches se tenait sur les rives du fleuve qui matérialisait ainsi une frontière plus ou moins père d'Agron et ses guerriers attaquaient régulièrement la berge ouest, faisant respecter la limite de leurs terre.

Agron croisa le regard de Duro qui affichait un sourire carnassier. Il l'imita. Leur père leur avait donné une mission, celle d'arrêter une troupe d'hommes escortant des esclaves, repérée par leurs éclaireurs depuis deux jours. Cétait la toute première fois que Duro partait en expédition avec Agron. Celui-ci avait déjà plusieurs attaques à son actif, toutes couronnées de succès. Son frère avait supplié pour l'accompagner depuis tellement de mois que son père avait cédé aux instances de ses deux fils. Il avait exigé de Duro de se tenir tranquille et d'obéir en tout point à Agron. Le jeune homme était connu pour ses frasques et ses blagues qui parfois tournaient mal.

Son comportement ce jour-là était parfait, il suivait Agron comme une ombre, sans se plaindre et sans rouspéter, contrairement à d'autres jeunes guerriers qui n'avaient pas apprécié devoir nager dans le fleuve. Le frère de Donar, Nelar et son cousin Lothar avaient rechigné à se jeter dans l'eau glaciale, en cette fin d'automne. La question avait été vite réglée par Agron et Duro qui les avaient alors poussé à l'eau. Crachotant des injures, ils avaient été vite calmés par la température et les moqueries des autres guerriers. Ils avaient eu une chance exceptionnelle jusqu'ici en s'approchant du campement sans se faire repérer. Agron leva la main gauche, tout en se préparant à lever son glaive. Il sentait les regards des vingts hommes qui les accompagnait se poser sur lui.

Les éclaireurs avaient révélé que c'était une troupe de sept hommes armés qui escortaient une trentaine d'esclaves enchaînés. Il s'agissait sans doute de prisonniers de guerre tribales que les Romains achetaient régulièrement contre de l'or et des bijoux. Certaines tribus s'étaient faites mercenaires pour capturer et vendre le bétail humain que prisait tant les Romains. Agron n'éprouvait que du mépris pour ce genre d'individu profiteur de misère et il entendait arrêter ce trafic qui passait non loin des terres de sa tribu.

Ils les avaient suivi une journée, avant de comprendre qu'ils se dirigeaient vers le gué de la Tinterburg pour faire boire les hommes qu'ils avaient acheté en amont. Les Romains savaient bien que s'approcher ce gué était dangereux, mais il s'agissait du seul point accessible pour abreuver les bêtes et les hommes. Ils surveilleraient sûrement le rivage Est, espérant que tout soit calme de l'autre coté du fleuve, d'où montait une brume que rosissait le soleil couchant. Agron avait prévu une attaque bien différente des fois précédentes en les prenant à revers.

Le campement paraissait calme. Les esclaves buvaient tranquillement, les gardes les surveillait tout en regardant l'autre rive, comme s'ils s'attendaient à une attaque d'un moment à l'autre. Agron estima qu'il ne devait pas les faire attendre plus longtemps. Duro capta son regard et lui adressa une grimace amusée. Cette fois encore, ce serait une partie de plaisir, sanglante mais plaisante. Un moyen d'aguerrir ses hommes pour de plus grandes campagnes militaires. Ils étaient fils de guerriers et devaient prouver ainsi leur valeur.

Avec un cri de guerre qui résonna longuement dans l'air chargé d'humidité, il leva son épée et lança l'assaut. A trois contre un, le rapport de force fut écrasant. En quelques minutes, le combat fut scellé. Les Romains ne se défendirent pas, certains tentèrent de s'enfuir alors que les esclaves demeurèrent immobiles.

Les Germains furent rapidement victorieux sans même une égratignure. Agron eut un moment de flottement en achevant un homme roux et maigre qui le suppliait en une langue qui n'était pas du latin. Il remarqua alors les cheveux noirs des esclaves qui se tenaient debout en rang serré, cachant leur mains et leurs chaînes. Quelque chose ne tournait pas rond. Il cria d'attendre aux guerriers qui s'approchaient pour les délivrer. Ses hommes s'arrêtèrent pour le regarder, interloqués.

- qu'est ce que tu veux Agron, on est là pour ça, non ? demanda Donar en se retournant vers lui.

Un jeune homme brun à l'air agacé continua à marcher, grondant tout bas. Sa ressemblance avec Donar était si flagrante qu'il ne pouvait être que son frère. Un petit blond l'accompagna en secouant la tête. Duro secoua ses petites tresses avec un sourire, comme désabusé par les actions de son grand frère. Agron tentait toujours de protéger les plus jeunes d'entre eux, comme si ses trois années de plus lui avaient apporté une expérience démesurée.

- Nelar, Lothar, attendez ! il y a ici quelque chose d'étrange.

- Tu crois voir des complots partout, répondit Lothar le blond, Agron, tu t'inquiètes trop.

- Lothar ! gronda Agron en dégageant le bras maigre et blanc du dernier homme qu'il a achevé. Une marque rose et boursouflée balafrait la chair livide. Attention à eux ! Putain !

Il n'y eut pas d'autre avertissement. Les prisonniers repoussèrent leurs haillons et attaquèrent, en rang ordonné, brandissant des glaives que les éclaireurs n'avaient pas repéré. Lothar périt immédiatement, abattu par une lame en pleine gorge. Beaucoup le suivirent, pris par surprise. Le sang de leurs compagnons coula jusqu'au Rhin. Agron plongea dans la mêlée, cherchant à dégager son frère qui luttait dos à dos avec Donar. Nelar succomba aux pieds de son frère Donar qui s'effondra de douleur. Duro, affaibli dans sa défense par la chute de Donar, manqua de succomber sous le nombre.

Agron parvint cependant à le dégager de la mêlée. L'attrapant par le bras, il parvint à le faire passer derrière lui. Il regarda le champ de bataille d'un air désolé, comprenant que le piège s'était refermé sur eux aux moment où il avait lancé l'attaque. Ses camarades jonchaient l'herbe écrasée, certains flottant dans les eaux bourbeuses, le sang transformant en boue l'argile des berges.

Tenant fermement Duro derrière lui pour lui faire un bouclier de son corps, Agron lutta désespérément d'un bras encaissant coup sur coup, manquant d'allonge pour les rendre.

Un ordre bref retentit. Les glaives se baissèrent. Un homme de haute stature s'approcha du duo.

- Je pense que nous avons trouvé nos bandits qui nous empêchaient de travailler tranquillement. Et on a gagné un petit bonus avec ces cinq là.

Agron leva les yeux de la vingtaine de guerriers qui l'avait suivi, cinq seulement étaient encore debout. L'homme ordonna d'achever les mourants. En quelques minutes, les assaillants encore vivants étaient maîtrisés par les Romains. Agron rendit les armes lorsque son frère se retrouva avec un glaive sous la gorge. Un des hommes rejeta sa cape en haillons, dissimulant une armure de décurion et s'approcha des deux frères d'un air railleur.

- Alors, voilà la bande de brigands qui attaque nos convois. Vous vous êtes attaqués cette fois à un trop gros morceau. Apprenez que Rome a des crocs et des griffes puissantes.

- Vous n'êtes pas à Rome ici, grogna Agron en se redressant pour le jauger.

- Nous ne sommes pas à Rome, certes, mais nous sommes sur le territoire d'un allié qui considère vos incursions comme dommageable au commerce. Il nous a autorisé à mettre en œuvre toute action visant à les débarrasser de vous. Vous avez traversé le Rhin à vos risques et périls.

Agron se rembrunit comprenant qu'il ne pourrait pas argumenter avec son vainqueur. Duro tenta de se rebeller contre l'homme qui le tenait. Il reçut un coup derrière l'oreille qui l'assomma. Agron voyant cela, fut pris de rage et attaqua à mains nues le décurion, Donar suivit le mouvement ainsi que les rares survivants de leur bande de guerriers. Agron, les dents découvertes, les mains serrées autour de la gorge du légionnaire se crispa en sentant les coups qui plurent sur lui. Un choc à la tête le fit lâcher prise. Il tomba à genoux sur le sol rendu boueux par le sang versé.

- Décurion Arturus, qu'allons nous faire de ceux-là ?

- Attachez-les, ils vaudront cher sur le marché aux esclaves. Ils sont jeunes et forts. Il faudra sûrement la main d'un maître ferme pour en attendrir la chair. Jetez les cadavres au fleuve. Avec un peu de chance, cela donnera un avertissement aux peuplades qui attaquent ces rives.

Agron secoua la tête, tentant de se relever. Il chercha du regard Duro qui, blanc et les membres flasques était jeté dans le chariot. Un sentiment de soulagement intense le submergea alors qu'il perdait peu à peu connaissance. Il sentit qu'on le portait, ses genoux traînant sur le sol. On le jeta contre le corps chaud de son frère. Il était toujours en vie.

Agron ne savait où les Romains allaient les emmener, mais il comprit qu'ils n'allaient pas être séparés. Pas encore. Il ferait tout pour protéger Duro, même au prix de sa vie. Il se demandait bien ce qu'ils allaient pouvoir faire d'eux, des guerriers sauvages qui n'avaient jamais rien connu d'autre que les bois de Germanie.

le Germain n'imaginait pas alors devenir gladiateur, ni être prêt à mourir pour faire couler le sang romain pour assouvir une furie vengeresse. Il garderait toujours en mémoire leur capture qui les a mené jusqu'au ludus de Batiatus. Cette défaite resterait profondément gravée en lui, elle était l'origine de son esclavage et la cause première de sa vie brisée. Il avait perdu trop d'ami et la mort cruelle de Donar était celle de trop. Il ne pouvait pas imaginer perdre de la même manière Nasir. Il savait pourtant qu'il approchait l'heure d'un choix cruel.

OoOoOoOo

L'air sombre, Agron regardait Nasir discuter avec le jeune pirate. L'homme n'avait pas démérité lors de l'attaque contre les fortifications romaines. Le Germain devait même s'avouer que sans lui, il aurait rejoint Donar sur le chemin du Pays des morts et non les bras amoureux de Nasir. Après avoir fui Sinuessa, ils étaient tombé dans un piège rusé concocté par Crassus. Le froid, la neige et la faim avaient affaibli leur nombre en achevant les plus faibles. Mais Spartacus avait réussi à les sortir de justesse de cette nasse en constituant un pont avec les morts. Ils avaient attaqué les positions romaines qui les coupaient de l'est pour redescendre la crête et disparaître sous la protection des taillis de la forêt.

Cependant le Germain savait que la situation des esclaves rebelles était toujours aussi périlleuse. Rome avait juré leur perte et Crassus mettait les moyens pour les perdre. Leur dernière victoire contre les Romains n'était qu'une égratignure au flanc de la bête qui grondait et reniflait leur piste. Ses légionnaires seraient rapidement sur leurs traces. Ils n'étaient plus aussi discrets qu'au tout début de leur lutte. Ils constituaient dorénavant une troupe de plusieurs milliers d'âmes que la montagne avait recraché de ses flancs enneigés. Les gladiateurs faisaient d'ailleurs leur possible pour protéger et nourrir cette masse d'individus. Spartacus ne parlait plus de mettre à bas Rome et de libérer tous les esclaves qu'ils rencontreraient sur leur chemin. Il cherchait à protéger ceux qui s'étaient affranchis de la loi de Rome, aux dépens de leur objectif premier.

D'autres, comme Crixus, n'oubliaient pas les humiliations et les meurtres, les drames et les blessures qui avaient émaillé leurs existences. Naevia se remettait enfin du coup qui avait bien manqué de la tuer et Crixus ne tolérait plus l'existence des Romains. Il semblait de plus en plus clair que la troupe de Spartacus allait se séparer pour arpenter des chemins séparés.

Agron soupira, l'esprit tourmenté. Depuis quelques temps, ses pensées prenaient le même chemin que celles de Crixus. Il ne se sentait plus à sa place auprès de tous ces gens qui n'aspiraient qu'à une vie libre et tranquille. Il y avait des femmes et des enfants, des gens qui n'étaient aucunement des guerriers. La flamme rageuse de la vengeance ne brûlait pas dans leur cœur. Ils ne rêvaient que de retrouver leur pays d'où ils avaient été arrachés. Ils espéraient une existence plus paisible et plus douce, une liberté loin des Romains.

Agron, au contraire,n'envisageait pas une telle existence. Il ne l'avait jamais fait. Sa vie consistait en une suite de combats, où vivre signifiait ne pas mourir et affronter l'ennemi. Il l'avait toujours fait et depuis que Spartacus cherchait à protéger les esclaves en fuite, il ne se retrouvait plus dans ses projets. Il ne partageait pas le même espoir que Spartacus, il ne voyait pas leur vie s'achever autrement que dans le sang versé. Le sien comme celui des Romains. Il savait pour avoir affronté plusieurs fois le feu des combats que le fil qui séparait la vie de la mort était d'une finesse infinie. Il savait qu'il finirait son existence sur un champs de bataille, loin de ses forêts et loin des flots qui avaient baigné ses premiers jours. Ils avaient été trop loin dans leur rébellion pour accepter de fuir le joug de Rome sans combattre. Il voyait de plus en plus les positions de Spartacus s'adoucir, voire s'amollir tandis que Crixus bouillait de se battre, de mener les combats jusqu'à la cité de Rome elle-même et lui faire goûter au fil de l'épée la saveur du sang.

Il soupira, la tête basse. La mort de Donar lui avait porté un coup déterminant. Elle avait sonné le glas de sa jeunesse et de ses espoirs. Il le connaissait depuis l'enfance, où ils courraient tous deux en compagnie de leurs frères dans les forêts germaines et les berges du grand fleuve qui avait vu naître leurs jours. Duro était son plus proche ami et sa mort avait fortement affecté le grand germain, semant les germes de l'angoisse dans son cœur. Il avait alors compris que les rebelles n'avaient d'autres avenirs que la mort. La mise en scène de Crassus l'avait frappé en plein cœur lorsqu'il avait découvert le corps torturé de son plus proche ami. Cela l'avait déstabilisé, fragilisé et pour lui désormais, seule une mort glorieuse en plein combat lui éviterait un sort aussi sordide.

Il s'étonnait de plus en plus d'être en accord avec le Gaulois sur ce point, las de cette fuite en avant qui ne les menait nulle part. Il demeurait loyal envers Spartacus, mais il lui était de plus en plus difficile de faire sienne l'opinion du Thrace. Spartacus se reposait sur ses épaules pour gouverner cette troupe sans s'apercevoir de l'exaspération montante de son plus fidèle lieutenant. Ce n'était pas de la colère envers Spartacus, mais envers ces gens qui se comportaient comme des moutons, suivant celui qui lui hurlait des ordres, sans chercher à discuter, comme si leur volonté avait été totalement aboli par leur esclavage. Bien sûr que c'était la réalité mais Agron aurait espéré qu'ils retrouvent une véritable volonté après leur libération. Il n'en était rien, et il commençait à désespérer du genre humain.

Il se sentait d'humeur mélancolique et même la vision de Nasir ne parvenait plus à éclairer ses sombres pensées. Une idée acide lui laboura le cœur, son amant préférait sans doute maintenant la présence du jeune pirate. Ils étaient sensiblement du même âge, guère éloigné du sien pourtant. Il les voyait partager du temps et des intérêts communs, bien plus que lui et son amant. Amant, de nom seulement car pendant le voyage qui s'éternisait dans la forêt, ils n'avaient pu trouver un instant seul à seul. Sans compter la présence de ce foutu pirate qui souriait à Nasir comme s'il n'existait pas. Ce sourire se planta comme une écharde dans le cœur d'Agron. Sans en avoir jamais parlé avec le pirate, il savait que celui-ci était irrémédiablement tombé amoureux de Nasir. Le petit homme l'avait attiré au premier regard et il s'était laissé subjuguer par son charme discret.

Agron savait ne pouvoir rivaliser avec Castus sur de nombreux points. Il n'était pas à l'aise avec les mots ou l'expression de ses sentiments. Il n'avait jamais aimé que Nasir, tandis que le pirate semblait d'une expérience rares. Il connaissait des choses qu'il n'aurait jamais pu lui offrir. Il n'avait pas la même aisance ni la même prestance. Il ne se voyait pas faire autre chose que se battre. Il ne se voyait pas être un fermier, un berger ou même un pirate, il n'était pas un voleur. Ses talents à lui étaient ceux du combat et de la guerre. Il avait toujours été un guerrier.

Il s'approcha de la tente proprette que Nasir avait installé, profitant de l'absence du pirate pour saluer son compagnon. Il n'eut pas eu le temps de lui parler que le jeune homme à la peau sombre était déjà revenu. Depuis que Nasir avait argumenté pour le délivrer de ses liens lors de la tempête, ils ne se quittaient guère. Beaucoup ne faisait pas confiance au pirate et le traiter en traître. Nasir l'acceptait à ses côtés et lui parlait sans haine. Cela seul aurait suffi à l'attacher à ses pas.

Agron ne se départit pas de son visage de pierre, masquant ses émotions. Nasir qui le connaissait mieux que quiconque, savait ce que cette sombre figure cachait en réalité. Quelques échanges de paroles furent le maximum qu'il put lui consacrer avant de porter secours à Laeta qui, pour la troisième fois, voyait retomber la toile de sa tente. Il tenta de se persuader que ce n'était pas une fuite. Qu'il n'abandonnait pas le terrain à son rival.

La tente remise sur pied, il se permit de dire à la jeune femme le fond de sa pensée. Spartacus avait besoin de réconfort comme tout un chacun, et elle lui semblait assez maline pour comprendre que sa survie passerait par le général rebelle. Il la quitta, pensive. Son regard retomba sur Nasir et Castus, dont les têtes inclinées au-dessus de leur feu indiquaient une conversation presque intime.

Il connaissait Nasir et voyait clairement que le pirate ne lui était pas aussi indifférent qu'il le disait. Une regard qui s'appesantissait parfois sur des détails de sa personne, une manière de lui parler, douce et moqueuse, qu'il pensait lui être seulement destiné, sa volonté et ses arguments pour le voir libérer. Son cœur se ferma et l'amour qu'il ressentait pour Nasir s'obscurcit de jalousie. Une froide colère le reprit en voyant le sourire qui naissait à la commissure de ses lèvres qu'il croyait encore à lui.

Le jeune pirate semblait plaire à Nasir et la jalousie rongea son cœur aussi sûrement que le sel jeté sur une plaie ouverte. Il ne pouvait pas se tourner vers les deux jeunes gens sans les voir partager un sourire, des paroles ou un regard entendu.

Il n'y avait pas si longtemps, ce n'était qu'à lui que Nasir offrait ses sourires. Maintenant il doutait des sentiments que lui portaient encore le Syrien. Il avait trop souvent vu l'amour devenir cendre pour ne pas en sentir le goût dans sa bouche quand il les contemplait. Ils s'entendaient bien, si semblable, si proches en âge et en beauté. Ils feraient un joli couple, si bien assorti qu'Agron sentait la rage remonter à travers sa gorge et menacer de jaillir comme un torrent brûlant. Il haïssait le pirate qui mettait tant de joie à plaire à son Syrien. Il faisait peu à peu le siège du Syrien et saurait le remplacer avantageusement.

Nasir semblait aimer ses attentions, son regard brillait lorsqu'il rencontrait celui du jeune homme. Agron ne pouvait pas s'empêcher de remarquer qu'il l'appréciait réellement. Combien de temps avant qu'ils ne se retrouvent seuls et mettent à profit un peu d'intimité ? Le gamin n'était pas à lui, mais celui-ci possédait son cœur. Il pouvait l'écraser, le détruire sans se rendre compte des dégâts qu'il faisait. Personne ne devrait avoir ce genre de pouvoir sur une autre personne. Agron comprit qu'il était devenu esclave de ses sentiments et que Nasir avait tout pouvoir. Le petit homme n'en usait pas mais Agron croyait sentir changer la situation. Un jour, il lui briserait le cœur. Agron ne se sentait pas capable d'affronter cela. Il ne craignait pas la mort mais la douleur d'un amour non partagé.

Il frémit alors que les jeunes hommes plaisantaient tous les deux. Il haïssait Castus et reconnaissait dans son regard le désir qu'il portait à Nasir. Que celui ci ne se rende pas compte de l'hommage reçu était impossible. Il devait être conscient de son intérêt et sa loyauté seule l'empêchait de suivre la nouvelle inclinaison de son cœur. L'un et l'autre formerait un couple assorti, bien plus assorti que lui-même et le Syrien. Ils ne partageaient pas autant de choses, seulement la mort et les combats. Plus le temps passait et moins il voyait un avenir possible pour eux deux. Il formait parfois le vœu d'en finir. Jaloux, son cœur souffrait de ce sentiment qui le maintenait en esclavage. Parfois il pensait à une vie plus simple, sans complication du cœur et jalousie. Où il voulait simplement se battre et se venger, passer sa rage dans les combats et vivre ce qu'il lui restait à vivre.

Spartacus achevait une conversation tendue avec Crixus lorsqu'Agron vint le rejoindre. Il la retraça en quelques mots. Il semblait pensif car le Gaulois venait de le prévenir de vouloir quitter sa compagnie. La réaction de son lieutenant l'étonna, car celui-ci lui avoua partager cette fois les opinions de Crixus. Il ne rentra pas dans les détails, préférant expliquer qu'il ne trouvait pas dans le plan du général une place qui lui convienne. Il fut surpris de voir que Spartacus comprenait sa position.

L'homme posa les yeux sur Nasir avant de les reporter sur Agron, exprimant toute sa compréhension face à cette situation. Il perdait un lieutenant loyal, un combattant hors-pair qui l'avait accompagné depuis le ludus de Batiatus en plus d'un ami auquel il savait pouvoir se confier.

Il comprenait cependant sa volonté d'accompagner Crixus vers une gloire mortelle. Il n'y avait pas si longtemps, il partageait lui aussi cette volonté à affronter et d'entraîner dans la mort le plus de Romains possible. Il regrettait évidement cette décision, mais le Germain était déterminé. Elle semblait sans doute hâtive mais elle lui apportait enfin une réponse à cette situation qui ne lui convenait plus.

Il manquerait certainement à Nasir mais il pensait sincèrement que le jeune homme l'oublierait vite et se consolerait dans les bras bruns de son pirate. Agron avait fait un choix désormais et il ne verrait pas mourir son seul et unique amour. Il ne craignait pas la mort, mais la torture et l'ignominie pour lui comme pour son amant. Il choisissait de partir seul, sans Nasir afin que quelqu'un conserve de lui le souvenir du guerrier qu'il était.

Nasir ne l'accepterait sans doute pas, il devait trouver les arguments qui le forceraient à rester auprès de Spartacus, à tenter une échappée vers les Alpes et les territoires loin de Rome. Mais il ne se sentait pas la force de lui dire maintenant. Spartacus venait de décréter un hommage à Crixus et ceux qui l'accompagneraient sur le sentier de la guerre avec Rome. Il lui annoncerait après la célébration de leur prochaine victoire.

Une autre pensée l'assaillit. Il devait voir à Castus, lui dire qu'il lui confiait la vie de son amant et le prier de l'empêcher de le suivre. Il n'aimait pas cet homme mais pour le bien de Nasir, il devait lui faire confiance. Sans cela, Nasir l'accompagnerait de gré ou de force et il ne désirait pas le voir rencontrer la mort. Nasir devait vivre.

OOOOOO

Le combat fut rapide et la vallée fut prise. Aussitôt, Spartacus déclara l'ouverture d'une célébration en hommage à Crixus et ceux qui suivraient le Gaulois invincible. Les réserves furent vidées et les bêtes abattues pour un festin de roi Il y aurait à manger pour tous, les forts comme les faibles auraient le ventre rempli. Plus de la moitié des combattants avaient décidé de partir avec Crixus et autour d'Agron, les visages étaient joyeux et l'enthousiasme régnait, sauf dans son cœur, qui pesait plus que du plomb. Il sentit Nasir approcher et prit sans mot dire la tasse de vin qu'il lui offrait avec un sourire, auquel le germain n'eut pas la force de répondre.

- Tu ne bois pas avec moi ? l'interrogea le petit homme d'une voix amusée.

- Je voudrais avoir les idées claires. répondit Agron, les mâchoires serrées sur ses sentiments, incapable de le regarder dans les yeux. Quand le soleil se lèvera, et que Crixus marchera sur Rome…

Il déglutit incapable de terminer sa phrase. Nasir ne releva pas, se tournant vers Crixus et Naevia, salué par des compagnons d'armes.

- J'ai souvent été à couteaux tirés avec le Gaulois, remarqua légèrement le jeune homme, mais sa putain de présence me manquera.

L'air malheureux, Agron profita de son mouvement pour le regarder à la dérobée, gravant son image dans son souvenir. Il sentit sa glotte se bloquer, son cœur s'emballer sous l'émotion en croisant ses yeux sombres. Il masqua sa tristesse derrière un rictus.

- Je ne devrai plus sentir sa piqûre, lâcha-t-il brusquement.

- As-tu déjà haï cet homme ? demanda Nasir en le fixant intensément, conscient de l'étrangeté de son comportement.

- Il ne me manquera pas... - il se tourna enfin vers lui, incapable de ne pas manger du regard son visage franc, - parce que je ne serai pas loin de lui.

- Tu te détournes de Spartacus pour marcher avec Crixus ? lui demanda-t-il de confirmer, une inquiétude se peignant sur ses traits.

- Spartacus est comme un frère, dit Agron franchement, ancrant ses yeux dans ceux de Nasir. Pourtant là-dessus nous ne sommes pas du même avis. Il n'y a pas d'avenir pour moi au-delà des Alpes. Je ne suis ni berger ni laboureur de terre. Le sang et la bataille sont tout ce que j'ai toujours connu.

Il reprit son souffle, cet aveu lui coûtait énormément, mais il voulait que Nasir comprenne bien la situation.

Nasir acquiesça, il sembla être en accord avec le portrait que Agron traçait de lui-même.

- C'est décidé, alors. Demain nous marchons sur Rome avec Crixus.

- Entendre de tels mots réjouis le cœur, fit-il le cœur déchiré entre peine et fierté, Pourtant j'aurais voulu que tu sois avec Spartacus.

- Ma place sera toujours à tes côtés, répliqua Nasir, semblant déstabilisé par le choix d'Agron.

- Pas pour ça, fit-il, le regard suppliant de comprendre.

- Une fois, tu as juré que les dieux eux-mêmes ne pourraient pas m'arracher de tes bras. Et là, tu me laisses de côté comme une merde ?

Nasir s'emportait alors que ses yeux le regardait, refusant de comprendre.

- Mon cœur ne battra plus jamais pour un autre, dit avec difficulté Agron, pourtant, il se figerait dans ma poitrine si je devais te pousser dans la tombe.

Il exprimait sa plus grande peur avec une totale sincérité, le cœur dans les yeux.

- Je suis un guerrier, martela Nasir, incapable d'empêcher son menton de trembler et ses yeux de se remplir de larmes.

- C'est ce dont je suis le plus fier, fit Agron, les yeux brillants, aide Spartacus, et mène les moins valides vers la vraie liberté.

- Ne me demande pas de te quitter, le supplia Nasir, les larmes cette fois audibles dans la gorge.

Agron se maudit de le rendre aussi malheureux, mais il le devait pour qu'il puisse vivre. Il devait s'arracher le cœur pour ne pas pleurer à son tour.

- Je te demande seulement de vivre, et embrasser la joie chaque jour de ta vie.

Ils se regardèrent semblant tout connaître de l'autre à cet instant. Agron savait que Nasir le comprenait. Comprenait son choix et l'acceptait. Il posa la main sur son cou tandis que la main de Nasir se posait en coupe sur sa joue. Ils se donnèrent un léger baiser avant de s' étreindre douloureusement.

Agron sentait palpiter le cœur de Nasir contre sa poitrine, il posa son nez tout près de son cou, respirant une dernière fois cette odeur qui n'appartenait qu'à lui. Le jeune homme semblait retenir à grand-peine les émotions qui faisaient rage en lui. Il paraissait cependant accepter le choix d'Agron, sa volonté de vengeance et son volonté de le savoir en vie. Même loin de lui. Cette décision lui faisait mal, aussi douloureuse qu'une blessure physique mais savoir qu'il acceptait lui mettait un peu de baume au cœur. Nasir, après s'être laissé aller à cette étreinte au goût d'adieu, se figea et s'éloigna de quelques pas, le regard intense et humide. Agron serra les dents, s'attendant à une diatribe enflammée pour qu'il reste auprès de lui ou que Nasir l'accompagne. Il le vit lutter contre l'émotion qui l'étreignait. Il faisait un effort sur lui-même pour ne pas supplier de l'emmener à nouveau.

- Je te souhaite de trouver ce que tu cherches, s'étrangla-t-il sur ces quelques mots.

Agron le regarda s'éloigner, le cœur tout aussi bouleversé, le souffle haletant. Il avait affronté sa plus grande peur. Nasir serait en sécurité en restant auprès de Spartacus. Il pouvait agir comme il le désirait, se venger de tout ce que Rome lui avait fait souffrir, jusqu'à la perte de cet amour qui ne pourrait survivre à cette guerre. S'ils s'étaient rencontré dans une autre vie, peut-être que son choix aurait été bien différent. Il n'oublierait jamais Nasir. Il devait maintenant vivre ou mourir selon le choix qu'il venait de faire.

A présent qu'il avait dit adieu à Nasir, il se sentait allégé d'un poids qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir sur les épaules. Il pouvait désormais se concentrer sur les combats à venir. Ces derniers ensanglanteraient jusqu'aux portes de Rome et rien ne pourrait les arrêter.

«==========((=0oooO ~~ Nasir~~ Oooo0=))==========»

A suivre (merci pour votre lecture)