Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron. Le chapitre prend place à l'épisode 10 saison 3 " Victory"
Note : plus bas
Chapitre 30
«==========((=0oooO ~~ Nasir (surprise) ~~ Oooo0=))==========»
La charrette s'arrêta et le roulis qui accompagnait son mouvement cessa également au grand plaisir de Nasir qui avait le cœur tout barbouillé. Teshar lui avait recommandé de prendre de petites goulées d'air afin de ne pas être malade et ajouter à l'air déjà vicié l'odeur âcre du vomi. Teshar était plus grand que lui, de quelques année et lui faisait profiter de son expérience. Grâce à lui, il savait quel âge il avait. 4 ans et il connaissait les principales règles de leur état. Ils étaient esclaves, nés sur le sol Syrien mais vendus très jeunes. Nasir n'avait aucun souvenir de son pays d'origine. Il savait compter, les années comme les coups et savait comment se tenir tranquille pour les éviter. Ils avaient longtemps travaillé dans les champs avec Baba, une femme qui s'était attaché aux deux petits et les avait protégés le plus longtemps possible. Mais un jour Baba n'a pas pu se lever et les marchands étaient venus pour les emmener loin des champs de choux où ils avaient grandi. Baba, il s'en souvenait bien, elle était vieille et douce avec le petit Nasir, le laissant jouer alors qu'ils devaient ramasser les légumes. Teshar disait qu'ils avaient eu un maître gentil qui demandait pas aux enfants de travailler. Mais les maîtres n'étaient pas tous comme ça. Teshar le lui avait dit et Teshar, il savait tout.
La lumière du soleil inonda l'arrière du chariot quand la toile fut roulée pour les laisser sortir un à un. Ils étaient vingt-cinq, cinq mains en tout, tout maigres et fatigués par le long voyage. Nasir sortit en dernier, tenant la main de son grand frère. Il était beau, Teshar, les cheveux longs bouclés attaché en une vague queue dans laquelle étaient placés des perles pour égayer la noirceur des cheveux. Il portait une simple tunique bleue déchirée sur les côtés. La sienne était grise, avec plein de tâches de doigts et de terre. Il se sentait sale et ne sentait pas très bon. Ses cheveux que son frère avait essayé de coiffer étaient en broussaille et de la paille s'y était nichée. Teshar le prit par la main et l'entraîna vers une grande cabane faite en planche. Des grands étaient assis, l'air épuisé. On leur dit d'attendre là qu'on vienne les chercher.
Nasir n'avait pas envie de s'asseoir, il était resté assis, tout coincé contre son frère. Il préférait marcher pour se dégourdir les jambes. Il resta debout, à gigoter.
- Assis, petite crotte, gronda un homme derrière lui.
Le petit garçon se retourna et vit qu'il portait un objet menaçant que tous regardait avec inquiétude. Un fouet à plusieurs têtes de métal qui pouvait faire très mal. Teshar le rattrapa et l'assit avant de le forcer à rester tranquille. La peur dans le regard de son grand frère le persuada de ne pas bouger. Ils attendirent longtemps dans la chaleur sans eau à boire. Nasir sentait sa langue lourde et sèche et essayait de ne pas y penser en regardant danser la poussière dans les rayons de soleil qui pénétraient la cabane. C'était joli.
Enfin on vint les chercher et emmener dans un lieu encore plus chaud, qui ronronnait comme un gros chat. Nasir aimait beaucoup les chats, tout doux et tout chaud. Il imagina rencontrer un énorme chat plus gros que lui au bruit qu'il faisait. Les grands en ligne devant lui tremblaient. Peut-être que le chat n'était pas gentil, peut-être que c'était un lion. On lui avait toujours dit que les lions dévoraient les petits garçons pas sages. Nasir commença à avoir peur lui aussi et des larmes perlèrent au bord de ses paupières. Teshar, qui se tenait devant lui entendit son reniflement pas discret. Il se retourna. Il avait peur lui aussi. Mais il le cachait mieux que lui.
- N'aie pas peur, c'est obligé de passer par là.
- Mais le gros chat-lion il va nous faire du mal. Toi aussi, tu as peur. Pourtant tu es sage.
Teshar l'écouta avant de comprendre que le petit parlait du souffle de la forge qui grondait comme un animal, attisant le feu pour chauffer les fers de marquage. L'imagination du petit était débordante. Elle le protégeait de la vie que leur oncle leur avait préparé. Plutôt que les élever à la demande de leur mère, il les avait vendu, contre deux pièces d'or. Nasir était vraiment trop petit pour comprendre tout ça. Le fouet claqua et Teshar dût reprendre sa place, il prit le temps d'embrasser la joue de son frère et de lui glisser quelques mots pour le calmer.
- Sois courageux, Nasir, ça fera mal de tout façon mais si tu te débats, ça sera pire.
Le petit garçon laissa échapper ses larmes. Si Teshar dit que ça fera mal, il ne pouvait que le croire. Jamais il ne lui avait menti. Ils continuèrent d'avancer vers le souffle rauque et dévorant d'où provenaient maintenant des gémissement. Nasir ouvrait de grands yeux, attentif à voir le lion. Enfin ils virent ce qui faisait ce bruit. L'énorme soufflet de la forge exhala son air chaud sur des braises qui rougeoyèrent, chauffant à blanc les fers. Nasir ne comprit pas pourquoi Teshar se raidissait alors qu'une odeur délicieuse baignait la forge, une odeur de viande grillée qu'il ne devait jamais oublié avec horreur.
Une grosse main poilue se posa sur sa tête et le fit passer devant tout le monde. Il crut qu'il aurait à manger avant tout le monde et allait s'en réjouir quand il croisa je regard de son frère. Il était terrorisé et n'osait pas s'avancer pour le défendre. Il savait qu'il ne le pouvait pas. Nasir eut très peur que ce soit lui le repas.
- Le petit sera parfait pour notre jeune maître, un vrai petit chiot. Henas, un petit fer pour lui. Tu veilleras à ce que sa marque soit placé discrètement. Il pourrait devenir joli garçon.
Nasir avait très peur maintenant, la terreur qu'il lisait dans les yeux des esclaves, comme disait Teshar, avait brusquement atteint son esprit. Il se débattit sous la patte de l'homme qui, comme à un chien, lui colla une baffe qui l'assomma un peu. L'homme le prit dans ses bras, mou comme une poupée de chiffon et le porta auprès de la fournaise.
La chaleur et le coup l'étourdissait et il ne comprit pas quand la marque lui fut posée sur l'épaule. Une horrible douleur, une brûlure qui pulsait au rythme des battements de son cœur. Il hurla avant de sombrer dans un oubli miséricordieux.
A son réveil, il apprit qu'il s'appelait Tiberius et qu'il devait servir son maître Grassus Caelius Rufus, âgé de 12 ans. Nasir ne devait plus jamais revoir Teshar. Il devint très vite le jouet favori de Grassus, qui lui demandait de lui apporter boisson et messages. Plus qu'aucun esclave, Tiberius avait sa confiance et le jeune Romain grandit en sa compagnie, le faisant former au gré de son envie. Il lui fit apprendre à lire et à écrire et lorsque Tiberius devint beau, il fut formé aux jeux de chambre. Le jeune homme savait qu'il devait son statut à la faveur de son maître. Il était de son devoir de lui plaire. Sa vie passait après le plaisir de son maître, il n'existait que pour le contenter.
Son propre cri étouffé le fit se réveiller. Nasir tremblait dans son lit recouvert de peau d'ours. Il avait rêvé de son enfance, de la manière dont il était persuadé tout devoir à son maître. Il chassa les derniers voiles de cauchemar d'un effort de volonté et se tourna vers sa gauche. Agron dormait encore, il était sûrement très tôt. Il savait qu'il ne pourrait se rendormir. S'il restait allongé, il finirait par réveiller son compagnon. Il eut un sourire, quelques années plus tôt, cette idée lui aurait parut très alléchante. Aujourd'hui, il respectait le sommeil d'Agron. La journée serait sûrement riche en émotion, mieux valait qu'il dorme encore un peu. Il caressa du bout des lèvres le morceau de peau qui émergeait des couvertures avant de se lever et sortir de la chambre sans faire de bruit.
Agron releva la tête, un bruit ténu l'avait tiré de son sommeil, comme un léger grincement, celui d'un gond qui manquait de graisse.
Le vent qui avait grondé toute la nuit était enfin tombé et un rayon de lune se glissant à travers les persiennes vint chatouiller le nez du dormeur qui se retourna pour lui échapper. Il toucha la partie voisine de sa couche pour découvrir qu'il était seul. Les couvertures pourtant étaient encore tièdes de la chaleur de son compagnon.
La lumière des braises mourantes et de la lune lui éclairèrent suffisamment le passage pour sortir.
Les arbres bruissaient encore d'une vie nocturne bousculée par la tempête. Agron sortit de l'habitation qu'ils occupaient désormais. Ils l'avaient construite de leurs mains près d'un cours d'eau qui se jetait dans le Rhin. Une simple cabane qu'ils avaient agrandi peu à peu . Ils en avaient fait un nid confortable au fil des années qui avaient vu passer dans ces murs nombre de voyageurs. Une atmosphère accueillante émanait de cette auberge dont Nasir et lui étaient les maîtres.
Agron attrapa la couverture de peaux qui les protégeait la nuit pour la jeter sur ses épaules. Sa forte musculature s'était empâtée au passage du temps et ses cheveux avaient blanchis tandis qu'une barbe grise s'épanouissait sur son large torse. Il avait vieilli, pourtant il posait toujours ce regard vert et tendre sur l'homme qui occupait sa vie depuis tant d'années.
Nasir était assis sous un chêne aux branches énormes qui dominait la vallée. Les étoiles brillaient fortement dans le ciel lavé de frais. Agron marcha jusqu'à lui et s'assit à son tour sur la pierre qui fait office de banc. Protégée de la pluie par un creux de l'arbre, elle était un vestige des tribus venus jusqu'ici.
Nasir se pelotonna sans mot dire contre son flanc et Agron posa une partie de leur couverture sur ses épaules. Les années avaient été clémentes, même si elles avaient exigé leur dû, mêlant de blanc et de gris la noirceur de sa chevelure toujours aussi fournie. Elles avaient inscrite leurs expériences et leur histoire dans les traces autour de ses yeux et sa bouche, le rendant encore plus précieux encore aux yeux de son compagnon.
Les saisons s'étaient succèdées et ils avaient enduré les malheurs et apprécié les bonheurs d'une vie à deux. Ils se réjouissaient encore d'être là, tous les deux, ensemble. Les années d'esclavage et de rébellion s'étaient estompées dorénavant dans celles, plus nombreuses, de cette vie simple le long du Rhin. Un demi-siècle auparavant, ils s'étaient dotés d'un avenir dont ils profitaient encore à présent.
- Te souviens-tu de notre rencontre, demanda Nasir d'une voix qu'éraillait encore une toux tenace.
Agron le serra plus près de lui, il avait été inquiet tout l'hiver, le Syrien ne supportait plus aussi bien qu'au temps de sa jeunesse les neiges de la Germanie. Il avait fait le choix de l'accompagner jusqu'ici, Agron l'en remerciait chaque jour.
- Je me souviens que tu as tenté de tuer Spartacus et que ta vie a été suspendue à sa parole. Sans lui, je ne t'aurai jamais connu.
- Je me souviens de tes premiers mots, murmura Nasir, tu ne parvenais pas à comprendre pourquoi je préférai être esclave que libre.
Agron caressa une cuisse, couverte de cuir et de tissu, un pantalon qui masquait la peau en la protégeant des intempéries.
- J'ai toujours eu la tête dure. Mais tu as su m'ouvrir l'esprit, répondit enfin Agron alors que le soleil se levait, poudrant d'or rose les brumes de la vallée devant eux. Tu es bien matinal
- Une bien mauvaise nuit, j'ai pensé à notre révolte. J'ignore si on s'en souvient encore.
- Le nom de Spartacus résonnera à travers les siècles, répondit son vieux compagnon. il restera un phare pour tout ceux qui rêvent de liberté.
- Notre général, fit Nasir avec un accent de tendresse mêlé de fierté, il aura combattu jusqu'à la fin, comme tous nos compagnons défunts.
- D'où viennent tes si tristes pensées ?
- J'ai entendu des voyageurs parler des nouvelles campagnes militaires romaines. César est à la tête de nombreuses légions à ce qu'il paraît.
- César ! cracha de mépris Agron, j'aurai dû l'écraser quand j'en avais l'occasion. Il ne doit plus être aussi fort maintenant.
Sa main droite se trembla, elle était mutilée depuis que César l'avait cloué à la croix. Rien n'avait pu la guérir complètement, mais il savait depuis des années s'en passer.
- Le temps n'est pas seulement passé sur nos vieux os, fit Nasir en souriant. Je crains cependant qu'il ne soit tout-puissant. On parle de lui comme d'un futur roi. Ses soldats l'idolâtrent et sont prêts à tout pour lui.
- Il ne viendra jamais jusqu'ici. Nos forêts sont trop profondes et nos guerriers trop bien entraînés.
Nasir lui sourit gentiment. Ils avaient passé l'âge des emportements et pourtant Agron restait le jeune homme qui l'avait séduit dans sa jeunesse. Il ne regrettait pas ce temps, sauf lorsque l'âge venait lui rappeler quelles blessures il avait dû surmonter.
- C'est aujourd'hui que Telian et Rhea viennent nous rendre visite, lui rappela son compagnon. Ils seront accompagnés de leurs enfants.
- Ils auront bien grandis, nos petits orphelins. Tu te souviens lorsque nous avons traversé les Alpes avec les enfants sur le dos parce que la neige menaçait de les engloutir.
- Cette tempête, se remémora Nasir, elle aurait pu être notre perte mais elle nous sauva la vie, nous cachant aux yeux de Pompée et ses légions. Nous avons eu de la chance à ce moment là.
- Nous en avons eu aussi, lorsqu'ils ont décidé de nous accompagner jusqu'ici. Ces enfants nous auront apporté tant de joie.
- Et tant de souci, rétorqua Nasir, à leur tour de s'en faire pour leurs petits. A nous de jouer les grands-pères gâteux.
- Pas si gâteux, fit Agron, j'ai encore ma mémoire, et je compte bien leur apprendre tout sur Spartacus et nos combats. Il survit toujours dans les mémoires, comme nous le lui avons promis.
Nasir serra sa main doucement. Des appels joyeux retentirent derrière eux. Un couple entouré d'une ribambelle d'enfants leur faisait de grands signes. Agron se releva, faisant craquer sa grande carcasse vieillissante en les saluant de la main.
- Je te laisse encore profiter du calme du matin, mais rejoins moi vite.
Il ponctua ses paroles d'un baiser léger et rejoignit rapidement leur famille.
Nasir soupira et retourna à la contemplation de la vallée tranquille. Ils étaient en paix et heureux, comme devraient se terminer toutes les belles histoires.
«==========((=0oooO ~~ FIN~~ Oooo0=))==========»
Note d'auteur :
Enfin, enfin, j'ai terminé cette histoire que j'ai bien cru devoir laissé en plan. Merci à tous ceux qui ont commenté, m'ont soutenu et voire botté le c… quand il le fallait. J'ai eu autant de plaisir à l'écrire que de difficulté à le faire et vos commentaires m'ont bien souvent aidé à me remettre sur la piste de mes chouchous. J'avais bien souvent besoin de ces électrochocs. (Sissi, Melian, Ashira, D. Would, merci ! ) Cela confirme une fois de plus le pouvoir des commentaires sur l'écriture. Merci à ceux qui se sont fait plus discrets, quand je vous voyais vous jeter sur ces chapitres, ça me faisait plaisir. J'avais le sentiment de ne pas être oubliée, même après six mois de pause scripturale.
J'avoue avoir regardé les épisodes trop souvent pour le bien être de ma santé mentale, mais j'ai adoré ces acteurs, ces combats, ces muscles… Calme, Rhea, calme. Et j'ai découvert des acteurs que j'adore Manu Benett (là, mon mari me regarde avec un regard lourd de sens) Plus je regardais Spartacus, et plus je me rendais compte du boulot qu'il y avait derrière. Ok c'est une série ultra violente et ultra sexe mais quelle qualité historique ! Et ça, ça a chahuté mes restes de lettres classiques. (Moi qui est toujours dit que cela m'aura servi à rien, je retire tout ce que j'ai pu dire sur ce cursus. Ça ferait plaisir à mes profs, désespérés de me voir quitter ce cursus trop professoral à mon goût)
Avec cette histoire, je clôture mon cycle fanfic longue. Je ne dis pas que j'en écrirai plus (faut jamais dire jamais… ) mais sûrement pas de la même manière. Ce sera fic courte ou bien déjà bien rédigée, pour ne pas avoir à faire languir qui que ce soit. Et puis, enfin, enfin, je vais pouvoir me remettre sur d'autres projets plus personnels qui me tiennent plus à cœur que les histoires de cul de gladiateur. Bon ok, il n'y avait pas que ça dans ma fic, mais si on retire les scènes M, on divise par deux le texte (et l'auditoire, faut être réaliste).
En tout cas avec ce long texte, que certaines auront eu le courage de lire, je vous souhaite le meilleur, des histoires pleines de joies et de rebondissements, de plaisirs et de merveilles dans la lecture, l'écriture et même la vie.
Biz R.
(merci pour votre lecture)
