Olivier se réveille tôt. D'abord, il sent le corps contre lui. Il sait que c'est Percy. Il lui arrive quelques fois de ne pas se rappeler où il se trouve ni avec qui, mais jamais dans cet appartement. Ailleurs, il se serait réveillé presque en sursaut. Là, il se redresse doucement pour passer un bras autour de l'homme à côté de lui. Il sait que ça ne va pas durer longtemps, mais il n'aime pas y penser, alors il repose la tête sur l'oreiller et ferme les yeux. Peut-être réussira-t-il à dormir encore un peu.
Il sent soudain une main se refermer sur son poignet ; à moitié conscient, Percy l'attire un peu plus vers lui dans un marmonnement possessif. En un instant, Olivier se sent mal, il a trop chaud et sa respiration s'accélère, un peu plus il en aurait la nausée. Il dégage son bras moins doucement qu'il ne l'a posé, et s'assoit sur le bord du lit. Il faut qu'il s'en aille.

Au fond, Olivier s'amusait des manières de Percy, de la façon qu'il avait de toujours compliquer les choses, plus qu'il ne s'en offusquait. En classe, par exemple, c'était parfois très drôle. En cinquième année, pourtant, sans qu'il s'en rendre compte, sa propre vie devint plus complexe.

- C'est trop facile de partir comme ça, lâche Percy, assez fort pour que l'autre l'entende, mais pas suffisamment pour qu'il soit sûr que c'est fait exprès.
Olivier n'est pas dupe, mais fait comme s'il n'avait pas remarqué. Il déteste ces moments. L'air est tellement lourd qu'il le sent peser sur ses épaules, l'empêcher de bouger, de respirer librement. Il voudrait pouvoir s'enfuir, comme ça, sans avoir à penser, mais il ne peut pas. Quel est le problème ? Il fait toujours ça, alors pourquoi là c'est différent ? Pourquoi faut-il qu'il se sente coupable, et qu'est-ce que c'est que ce regard, aussi ? Ces questions muettes restent sans réponse. Percy a décidé de ne rien dire. Comme Olivier peut le détester à cet instant précis.

Charlie quitta Poudlard pour ses dragons roumains, laissant derrière lui son poste d'attrapeur et celui de capitaine de l'équipe de Gryffondor. Olivier endossa le second rôle, et ses épaules s'élargirent considérablement. Percy, sans surprise, suivit les traces de Bill sur le parcours des préfets, à la grande déception des jumeaux, qui redoublèrent d'inventivité pour lui empoisonner l'existence. Il était désormais le plus âgé des Weasley à Poudlard, un autre poste que Charlie avait laissé vacant, ce qui impliquait de montrer l'exemple, de veiller sur les plus jeunes, d'autant plus que Ron commençait sa toute première année. Le dortoir devint plus calme, ils y restaient moins souvent, et ne faisaient qu'y dormir, fatigués par les rondes vespérales et les impitoyables séances d'entrainements. Mais, dans les couloirs, on pouvait toujours croiser Percy et Olivier marchant en silence d'un pas égal.

Il reste immobile un long moment. S'il se met à bouger, il le sait, il tournera en rond, ne saura plus où se mettre. Il donnera l'impression d'hésiter. Il ne peut pas non plus rester comme ça indéfiniment, mais il n'ose pas partir. Pas tout de suite. Il ne peut que rester là et attendre.

Les difficultés commencèrent vraiment lors de leur sixième année.
Olivier découvrit que Percy avait une petite amie. Pénélope Deauclaire était la préfète de Serdaigle, une jolie brune avec de grands yeux. Percy se sentit obligé de raconter comment ils avaient commencé à sortir ensemble juste avant les vacances d'été, et combien Olivier devait être discret à ce sujet, parce les jumeaux ne devaient jamais, au grand jamais, être au courant. Olivier promit de garder le secret, sans grand enthousiasme. Une fille... Quel intérêt ? Il n'hésitait pas à manifester son ennui quand son ami parlait un peu trop d'elle. Mais ce n'était rien, comparé aux évènements qui suivirent.

La chambre des secrets a été ouverte, ennemis de l'héritier prenez garde.

Cette phrase fit frissonner toute l'école. En particulier Percy. Il connaissait la légende, lui, il savait ce que ce genre de canular pouvait engendrer. Et très vite, il se mit à regarder derrière lui pendant ses patrouilles, à marcher plus vite sur le chemin du dortoir. L'information allait bon train à Poudlard. Quand le professeur Dumbledore eut le malheur de dire que la menace était bien réelle, les élèves commencèrent à craindre pour leur vie. Percy, lui, s'inquiétait plus pour ses frères. Ron prenait de très mauvaises habitudes avec Harry Potter. Toujours au mauvais endroit au mauvais moment, objets des pires rumeurs de l'école, amis d'une née moldue, ils étaient une cible facile. Mais les pires restaient sans doute les jumeaux. Eux, ils en faisaient exprès.
Olivier sentait la tension de Percy. Le ton du jeune homme devenait de plus en plus sévère, plus cassant, il travaillait plus tard et plus dur, et prenait ses devoirs de préfet avec un sérieux frisant la névrose.
Il commençait aussi à se croire plus important qu'il n'était.
Olivier se concentrait sur le Quidditch pour fuir ce qui se passait autour. Ne pas trop réfléchir à ce qui se passe dans les recoins secrets du château. Ne pas penser à ce qui était arrivé à Colin Crivey, au sieur Nicholas, ni au comportement de Percy. Mais il ne put pas faire semblant indéfiniment. On annula le Quidditch. Il fut soudain pris de panique, et Percy fut le premier au courant.

Percy avait du mal à supporter la présence d'Olivier. Quelque chose avait changé depuis leur entrée à l'école, il n'était pas sûr de vouloir savoir ce que c'était, mais quand son ami commençait à lui parler où s'asseyait à côté de lui, il se crispait. Un fossé se creusait entre eux, si différents, tellement obnubilés par leurs propres soucis. Ils ne s'intéressaient pas vraiment aux états d'âmes de l'autre, les rares tentatives de rapprochement finissaient toujours mal. De toute façon, les préoccupations d'Olivier étaient d'une importance relative comparées à celles de Percy. Alors, quand Olivier vint se plaindre de l'annulation du dernier match, « sous prétexte » qu'Hermione Granger et Pénélope Deauclair avaient été pétrifiées, Percy ne ressentit que du mépris pour son camarade de chambre. La réponse fut si efficace qu'Olivier n'osa pas lui parler pendant un bon moment.

Jusqu'à ce que Ginny soit enlevée.

Percy n'avait rien vu venir, concentré qu'il était sur ses frères. Il avait essayé en vain d'influencer leur conduite, mais c'était à la petite Ginny qu'on s'en prenait. Son premier échec, en tant que préfet, en tant que frère, surtout, fut particulièrement amer.

Il rédigea une lettre affreusement impersonnelle pour prévenir ses parents, il s'en voulut beaucoup de ne pas savoir comment faire autrement. Il marcha comme un automate jusqu'à la volière et dut faire appel à tout son courage pour confier la missive à Hermès. Il ne se rendit compte qu'Olivier l'avait suivi seulement après avoir perdu le hibou de vue.
- Ça va ?
Question stupide, mais il n'avait pas envie de le faire remarquer. Il avait plutôt envie de pleurer, même si Olivier pouvait le voir, même si ça ne servait à rien. L'autre garçon se rapprocha doucement. Percy eut un premier mouvement de recul quand Olivier le prit dans ses bras, mais immédiatement ses épaules s'affaissèrent et les larmes commencèrent à couler, alors il s'agrippa à son ami avec les forces qui lui restaient. Olivier aurait bien aimé lui murmurer des paroles de réconfort, mais il ne savait pas quoi dire. Il se contenta de caresser ses cheveux, jusqu'à ce qu'il se calme, et comme Percy continuait de s'accrocher à lui, il le serra un peu plus fort avant d'embrasser son front. Le cou, aussi, était très tentant. Et Percy qui se collait contre lui...
- Olivier ?
Mmmh...
- Olivier, tu m'expliques ce que tu fais, là ?
Ce qu'il faisait ? Et bien, il embrassait son meilleur ami dans le cou, et il aurait bien aimé que l'ami en question se laisse faire !
Olivier s'écarta de Percy un peu brutalement, choqué par ses propres pensées.
- Qu'est-qui te prends ? demanda Percy d'une voix hésitante.
Sans doute était-ce la dernière question à poser. Il comprit très vite, en croisant le regard du garçon, « ce qui le prenait ».
Panique.
Olivier n'essaya pas d'empêcher la sortie quelque peu précipitée de son ami. Le dortoir fut terriblement silencieux pendant plusieurs semaines.

Percy sent lui aussi que le temps s'étire, comme un élastique. Il sait que viendra un moment où ils ne pourront plus rester comme ça, où l'élastique se cassera. Il a l'impression que le moindre mouvement les mettrait en pièces. Mais ils ne peuvent arrêter le temps, ils finiraient par imploser, être anéantis par ce qu'ils gardent à l'intérieur. Le tout est de savoir combien de temps ils sont capables de tenir.
Il ne se retourne pas quand il entend Olivier transplaner. Puis, après ce qui lui semble une éternité, il s'autorise à regarder derrière lui.
Il est reparti.

Ginny sortit de la chambre des secrets saine et sauve, et Pénélope fut ramenée à la vie, comme toutes les victimes du basilic. La joie de Percy fut légèrement troublée quand il appris le rôle de Ron et Harry dans l'histoire, et il dut ignorer le sourire de sympathie d'Olivier, mais tout s'arrangeait.
La vie à Poudlard reprit très vite. Dumbledore retrouva son poste de directeur, Gryffondor gagna la coupe des maisons, il n'y eut aucun vainqueur au Quidditch. Peu avant les examens, Percy et Olivier avaient repris leur révisions collectives. Percy avait arrêté de fuir son ami quand il s'était rendu compte que l'incident serait plus facile à oublier s'il y pensait moins. L'année se terminait sur une note étonnamment paisible, mais les deux adolescents gardaient en eux les marques des difficultés qu'ils avaient vécues, que même le quotidien ne parvenait pas à effacer.

Deux jours plus tard, Percy entend la porte de son appartement s'ouvrir et se refermer doucement. Olivier est revenu. C'est peut-être la première fois qu'il revient si vite, au moins depuis qu'il a coupé les ponts avec sa famille, depuis un petit moment, donc. Pris au dépourvu, Percy laisse Olivier s'approcher de lui, poser ses mains sur son visage, l'embrasser, il se laisse entraîner vers la chambre et il laisse ses pensées dériver. Peut-être Olivier a-t-il décidé de le voir plus souvent, peut-être va-t-il rester, cette fois-ci, et il n'ira plus voir ailleurs, plus jamais, et tout ira bien...
C'est à ce moment que sa raison se rappelle à lui. Tout ira bien ? Mais depuis quand est-il si faible ? Laisser un jeune blanc-bec insouciant, sans ambition, infidèle, un homme par dessus le marché, avoir autant d'influence sur lui ! C'est complètement insensé. Non, Percy n'a absolument pas besoin d'Olivier Dubois. Il va le lui faire savoir, d'ailleurs. Fini de l'attendre comme un chien stupide, il va lui dire ses quatre vérités, et...
Un frisson traverse Percy de toutes parts, et un gémissement lui échappe. Le visage d'Olivier, qui s'était égaré dans son cou, vient de nouveau se coller au sien, et ses lèvres font vaciller la lueur de lucidité dans l'esprit de Percy.
On verra... ça... demain, pense-t-il juste avant de sombrer.

Puis le temps passa trop vite. Percy apprit pendant les vacances qu'il était préfet en chef, pour sa plus grande fierté et celle de ses parents. Les félicitations de son père l'agacèrent. Arthur Weasley n'était plus le modèle de son troisième fils depuis longtemps. Il manquait d'ambition, de bon sens, de respect vis-à-vis des règles. « Minable » C'était le mot que Percy se répétait sur le compte de son paternel. Et plus il y pensait, moins il se sentait coupable de le voir ainsi. Il avait, bien sûr, la politesse de le garder pour lui. Sa fierté redoubla quand il apprit que son homologue féminin serait Pénélope Deauclair. Percy s'était sérieusement demandé s'il devait rester avec elle, et la nouvelle lui donnait la preuve qu'elle en était digne.
Il retrouva Olivier avec plaisir à la rentrée ; il avait un peu oublié leur correspondance avec le voyage en Egypte. Son ami ne lui en tint pas rigueur, il avait d'autres choses à penser, à commencer par l'entraînement des petits feignants de son équipe qui, sans surprise, n'avaient pas assez travaillé pendant l'été. En moins de trois ans, Olivier avait acquis une réputation de tyran du Quidditch qu'il ne comprenait pas : une bonne équipe est une équipe qui s'entraine pour le devenir, un point c'est tout. Ses objectifs étaient assez simples : s'il ne gagnait pas la coupe cette année, il serait à jamais un raté et n'aurait plus qu'à aller mourir dans son coin. Et tout ceux qui lui disaient le contraire ne connaissaient rien au Quidditch. Les filles étaient pourtant nombreuses, qui auraient aimé caresser les cheveux du capitaine de Gryffondor et dire d'une voix douce : « Bien sûr que non, tu n'es pas un raté ». Manque de chance, il passait à côté d'elles sans les voir, à la grande satisfaction de Percy : une petite amie aurait distrait Olivier de ses matchs et des révisions. À ce propos, cela faisait un moment que Pénélope n'arrivait plus à « distraire » Percy. Ils se séparèrent juste après la Saint-Valentin.
Le temps accéléra encore après mars. Il fallait réviser, assumer les devoirs de préfet, redoubler d'effort pour la fin de la saison de Quidditch, réviser, entamer les démarches pour l'après-Poudlard, finir ce devoir terriblement difficile pour Rogue, réviser, répondre à la proposition du Ministère, réviser, essuyer une nouvelle farce de Fred et Georges, réviser...
Et Gryffondor gagna la coupe de Quidditch. Olivier, en pleurs, se laissa entrainer par les jumeaux au milieu d'une fête que McGonagall qualifia par la suite, malgré une fierté à peine dissimulée, de proprement indécente. Percy ne resta pas à la soirée. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait, mais il se sentait pas à sa place et avait peur de paraître ridicule. Il n'oublia pas de féliciter son ami une dernière fois avant de remonter au dortoir, et décida, pour montrer sa sympathie, de fermer les yeux sur les légers débordements de ses camarades.

Percy ne sait pas exactement d'où vient cette douleur sourde dans ses entrailles. Il y a la honte, d'abord, il la connaît bien, les raisons de se dégoûter lui-même ne manquent pas. Il y a de la colère, remâchée et mal digérée ; de la rancœur. Olivier enfile sa chemise et commence à chercher ses chaussures. Il y a de la douleur, aussi, dans le mélange de Percy, et de la colère, contre lui-même cette fois, d'avoir laisser le jeune homme lui faire aussi mal, deux fois, et en moins d'une semaine. Les résolutions de la veille refont surface. Oui, il pourrait lui cracher ses torts à la figure, lui vomir son ressentiment. Ne serait-ce que pour l'orgueil. Et avec un peu de chance, il pourrait le blesser. Il ne se fait pas d'illusion, mais ce serait tellement... jouissif. Et tellement justifié.
Olivier s'approche un peu de lui.
- Percy...
Quoi, encore ? Il cherche à s'excuser ? Trop tard, décide Percy. Mais le simple fait d'entendre son nom lui fait perdre ses moyens. Alors, au lieu du réquisitoire assassin qu'il avait imaginé, il dit simplement :
- Ce n'est pas la peine de revenir.

L'année se finissait. Les garçons passèrent leurs APSIC dans un état second, et sans avoir le temps de réfléchir à ce que ça impliquait, ils se retrouvèrent dans un compartiment du Poudlard Express, puis sur le quai de la gare de Londres.
Ils savaient qu'ils avaient peu de chance de se croiser dans l'avenir, et se doutaient que ni l'un ni l'autre n'allaient faire d'efforts particuliers pour garder le contact. Ils se donnèrent une poignée de main en guise d'adieu. Percy pensa que ce n'était pas à la hauteur de leur amitié. Olivier se dit qu'ils étaient ridicules.