Percy observe son reflet dans le miroir. Il n'est pas revenu. Ça fait presque un an. Percy imaginait qu'il allait revenir. Olivier n'a jamais écouté ce qu'il pouvait lui dire, pourquoi l'aurait-il fait cette fois-ci ? Percy esperait qu'il reviendrait. Mais il n'est jamais revenu. Peu importe, maintenant. C'est ce soir que tout va se décider. À Poudlard. Abelforth l'a prévenu. Percy inspire profondément, avant de transplaner à la tête de sanglier.
Olivier a retrouvé Katie, Alicia et Angelina. Fred et Georges lui ont tout raconté. L'Ordre. L'Armée de Dumbledore. Poudlard. Voldemort. Harry. Alors ils ont reformé l'équipe. Ils vont se battre ce soir. Avec tous les autres. « Et Percy ? », se demande Olivier avant de secouer la tête. Percy est du côté du Ministère, il ne viendra pas. Il échange un sourire tendu avec les anciennes poursuiveuses, et ils transplanent ensemble.
La première année de Percy au Ministère de la Magie fut aussi la plus mouvementée. Sous les ordres de Bartemius Croupton Sénior, qu'il admirait sans réserve aucune, il vécut d'assez près l'attaque de la coupe du monde de Quidditch et le Tournoi des Trois Sorciers. N'être que le greffier de Croupton ne l'empêcha pas de se croire supérieur au reste de ses semblables. Son ambition dévorante le poussait à s'occuper de sa paperasse avec un enthousiasme non égalé dans l'histoire du secrétariat. Il méprisait son père plus que jamais, se plaignait de la situation précaire de sa famille, et vivait seul dans un tout petit appartement de Londres, loué par une ancienne sorcière du département de la justice.
C'est dans cette situation qu'il le revit. Olivier. Au détour d'un couloir, il passait si vite qu'il le bouscula presque. Il ne dit pas à Percy ce qu'il venait faire ici exactement. Sans doute une procédure pour son équipe, ou pour trouver un logement, se surprit à imaginer Percy. Mais il ne lui posa pas la question.
- Bonjour, dit Olivier avec un sourire joyeux. Ça ne l'étonnait pas plus que ça, qu'ils se retrouvent par hasard, après plusieurs mois sans nouvelles.
Percy répondit par automatisme, et lui rendit son sourire. Une minute passa, et ils ne trouvaient rien à se dire, puis ils commencèrent à parler en même temps, pour finalement rire de la situation. Quand ils réussirent à discuter, ce fut pour parler de Poudlard, du Quidditch, des souvenirs.
- Excuse-moi, mais il faut que je retourne à mon étage, finit par dire Percy en montrant piteusement sa pile de dossiers.
- À quelle heure tu finis ? fut la réaction.
Percy tient le corps de son frère dans ses bras. Il est retourné le chercher, avec Charlie, pour le mettre avec les autres. Maintenant il n'arrive pas à le lâcher. Fred. C'est tellement bête. Percy aussi a été stupide, si stupide, et pendant si longtemps. Mais c'est trop tard. Charlie lui serre l'épaule jusqu'à lui faire mal. Percy sait qu'il pleure aussi. Autour d'eux d'autres familles désespérées déposent un de leur proche, à peine conscientes les unes des autres. Percy sent plus qu'il ne voit Olivier entrer dans la salle. Il porte un enfant. Colin Crivey. Le gamin à l'appareil photo. Il le pose délicatement sur le sol, comme s'il avait peur de le réveiller, puis reste un moment debout à le regarder. Quand il tourne la tête, c'est pour voir Fred. Il échange un long regard avec Percy avant de repartir. Alors, Percy pose tout doucement la tête de son frère, et se relève lentement, soutenu par Charlie, tandis que le reste de la famille accourt vers eux.
Et à l'heure dite, ils se retrouvaient devant l'entrée du Ministère. Les semaines suivantes, Olivier se rendit plusieurs fois à l'appartement, pour boire thé sur thé, discuter de tout et de rien, et repartir en s'excusant à des heures indécentes. Un jour, ils évoquèrent l'épisode de la volière, lors de leur sixième année.
- Je ne comprends toujours pas ce qui s'est passé, affirma Percy dans un rire forcé.
Olivier lui lança un regard sceptique. Evidemment, c'était faux. Mais comme aucun n'avait oublié les semaines de silence glacial qui avaient suivi à l'époque, on en resta là. Bientôt Olivier se leva de sa chaise. « Bon. À la prochaine ? »
Percy le suivit jusqu'à la porte d'entrée. Et, quand Olivier commença à disparaître dans l'obscurité du couloir :
- Tu... peux rester dormir ici, si tu préfères.
Quelques jours après l'enterrement, on frappe à la porte du Terrier. C'est sans doute Hermione, se dit Percy, elle a promis à Ron qu'elle passerait avant de partir retrouver ses parents. Il sort de sa chambre qu'il a du mal a quitter depuis que Fred est... Enfin. De l'escalier il entend sa mère qui ouvre et la voix du visiteur, qui n'est certainement pas Hermione.
- Désolé de ne pas être venu... J'étais à l'enterrement de Colin Crivey...
C'est Olivier. Qu'est-ce qu'il fait là ? Percy retient son souffle et continue d'écouter sa mère qui peine à garder une contenance.
- Sa famille a du apprécier... affirme-t-elle dans une tentative de sourire.
- Pas sûr, répond Olivier pour lui-même. Je crois que Dennis me déteste...
Il hésite un peu avant de reprendre, d'une voix aussi mal assurée que celle de Molly.
- Enfin... je ne suis pas venu pour... Je... Fred était... Mes condoléances.
Percy entend sa mère fondre en larmes. Elle n'a pas du pouvoir se retenir, pense-t-il. Et effectivement, quand il arrive dans l'entrée, il trouve sa mère dans les bras d'Olivier, lui-même au bord des larmes, et un peu gêné par la réaction de Mrs Weasley.
- Bonjour Percy, dit-il doucement.
Percy répond d'un signe de tête et s'approche pour prendre sa mère par les épaules. « Maman, ça va aller... lâche Olivier s'il te plait. Tout va bien... »
Et Olivier voit Mrs Weasley se blottir comme une petite enfant contre son fils. Puis Ron la prend lui-même dans ses bras. Bientôt le reste de la famille arrive, alerté par les pleurs. Harry Potter est là, aussi, au bras de Ginny, ainsi qu'une jeune femme qui semble être la compagne de Bill. Charlie arrive à son tour, il soutient Georges. Ils forment un ensemble étrange, tous unis par la même douleur, plus attentifs à la peine des autres qu'à leur sienne propre. Olivier se sent horriblement déplacé dans ce tableau, terriblement ému aussi. Mais Mr Weasley, après quelques instants sans l'avoir remarqué, lui lance un regard grave. « Merci ». Le reste de la maisonnée semble alors se souvenir de sa présence, et Mrs Wealsey se tourne vers lui.
« Tu resteras bien pour dîner ? »
Ron échange avec Harry un sourire complice : la politesse de Molly, alors que Percy lève les yeux au plafond. Olivier s'apprête à refuser mais il croise le regard de Ginny, qui semble le supplier de rester.
- Volontiers.
- Tu te rappelles de la maison ? enchaîne Percy sans laisser aux autres le temps de donner leur avis.
Et il entraîne Olivier dans l'escalier.
- Pourquoi t'es là, demande-t-il un peu agressivement quand il est sûr qu'on ne peut pas les entendre.
- Fred était un de mes amis, figure-toi, répond Olivier, comme Georges, et aussi Charlie. Alors... C'est le moins que je puisse faire. Désolé de rester, si c'est ça qui te gêne. Je n'aurait pas accepté, mais... Enfin, j'ai eu l'impression que ta soeur voulait que je reste.
Percy se sent soudain très stupide. Il pensait qu'Olivier était venu uniquement pour lui. Il devrait être soulagé que ce ne soit pas le cas, mais il ne peut s'empêcher d'être un peu déçu.
- Ginny n'est pas à l'aise à la maison, répond-il, qui le serait, pas vrai ? Mais elle c'est différent. On reste entre nous depuis... On ne voit personne, et... elle ne supporte pas. Elle est en colère contre nous, contre maman, surtout. C'est sa façon de réagir à la mort de Fred, j'imagine. Avec Charlie, on essaye de lui parler, mais... Bref, je crois que ça lui fait du bien de voir quelqu'un de l'extérieur.
- Et toi ? demande Olivier
- Oh, je... commence Percy en évitant de croiser son regard. Je ne sais pas. Ça va, j'imagine.
Olivier n'en croit pas un mot, mais il s'en contente.
- Tu veux qu'on redescende avec les autres ?
Une chape de plomb semble avoir remplacé le plafond de la salle à manger. Ron et Charlie tentent de détendre un peu l'atmosphère, sans résultat. Olivier les aiderait bien, mais la seule chose qu'il a en commun avec les Weasley, c'est le Quidditch, et Fred était batteur, alors... Bill parle de son départ prochain, de la naissance de la petite Victoire, qui ne devrait pas tarder. C'est le seul sujet qui fasse sourire un peu Molly, apparemment. Mais il n'y a plus grand chose à en dire, et la table redevient très vite silencieuse. Ginny se met à poser des questions à Olivier, sur sa vie, son travail, s'il a une petite amie... Elle parle très vite, avec un enthousiasme suspect, provocateur, presque. Mr Weasley lui demande d'arrêter, voyons, Ginny, ce n'est pas le moment, et la jeune fille détourne le regard, visiblement vexée.
Olivier n'est pas mécontent que le dessert se termine. Molly s'empresse de rejoindre la cuisine pour la vaisselle, suivie par Bill, Fleur et Ron. Ginny monte dans sa chambre après avoir chaleureusement salué l'invité, suivie par Harry. Georges aussi est monté, et Percy est en grande discussion avec son père.
- Je peux te parler ?
C'est Charlie. Olivier accepte et le suit dans le jardin où la lumière commence à baisser.
- Merci d'être venu, commence Charlie, ça ne s'est peut-être pas vu, mais on était tous contents que tu reste un peu..
- Vraiment ? fait Olivier qui a plus l'impression d'avoir ravivé la plaie.
- Oui, dit Charlie en souriant, tu n'as pas idée. Je me demandais aussi... Percy et toi, vous étiez amis, à Poudlard, non ?
- Oui. Mais on s'est... perdus de vue depuis.
- Oh.
- Pourquoi ? demande Olivier, essayant de ne pas paraître trop intéressé.
- Et bien... J'aurais aimé savoir comment il allait. Je veux dire, mes frères et moi... Même Papa, on l'a tous détesté quand il a préféré écouter le Ministère. Enfin moi... jusqu'à il y a peu de temps, j'étais en Roumanie. Avec la mort de Fred, on en n'a pas parlé. On voit tous qu'il fait beaucoup d'efforts pour nous, pour maman, mais... Il ne nous parle pas. Je pense... qu'il a besoin d'aide, et... Je suis assez mal placé pour ça. Peut-être que toi tu pourrais le faire. Vous avez l'air de toujours bien vous entendre.
Olivier hausse un sourcil dubitatif. Il n'a pas une fois adressé la parole à Percy pendant le repas. Mais il se sent soulagé. Il avait peur, en se rendant au Terrier, de se faire jeter dehors, comme l'an dernier à l'appartement. Et Percy semble au moins tolérer sa présence.
- J'essaierai de lui parler, promit-il.
- Merci.
Son départ est aussi poignant que son arrivée. Molly serre ses deux mains dans les siennes si fort qu'il croit ne pas pouvoir les enlever. Arthur le salue en silence, Ron promet d'aller voir un de ses matchs, Fleur l'embrasse sur les deux joues, il reçoit une accolade de son ancien capitaine et Percy accepte la poignée de main qu'il lui offre.
Il part plus serein qu'il n'a été depuis longtemps.
« C'est moi.
- Entre. »
Olivier s'assoit à la petite table de la cuisine, et jette un coup d'œil autour de lui. Rien n'a vraiment changé, ici, malgré la guerre. Deux mois que Fred est mort, Percy est reparti vivre à Londres, il passe souvent au Terrier, bien sûr. C'est là qu'il a croisé Olivier ces derniers temps. La dernière fois, il lui a proposé qu'ils se retrouvent ici, pour changer.
- Comment ça se passe, ton équipe ?
- Plutôt bien. Mon capitaine m'a dit il y a une semaine que si je continuais comme ça, je pourrais me retrouver dans l'équipe fixe dans moins d'un an.
- Te connaissant ça sera plutôt dans trois mois.
Olivier sourit. L'odeur du thé se répand peu à peu dans la pièce alors que Percy le verse dans les tasses.
- Et au Ministère ?
- Ça va mal, répond Percy avec lucidité. Ils sont en plein nettoyage. On est tous suspects, sauf les membres de l'Ordre, et encore. Je m'en sors plutôt bien. Les aurors n'ont pas confiance en moi, mais mon père m'a engagé dans son département, il s'est porté garant de ma fiabilité. Sans lui je serai au chômage, probablement...
Ils boivent leur thé lentement, sans se regarder.
- Quand tu es venu au Terrier, juste après l'enterrement, reprend Percy qui fixe obstinément sa tasse, j'ai pensé... J'ai cru que tu venais me voir moi, et... Je me voyais déjà en train de te jeter dehors. Parce que je t'en voulais tellement. D'être parti, revenu, encore parti. J'avais déjà réfléchi à ce que je te dirais. Mais quand tu m'as dit que tu venais pour ma famille, pour Fred, j'ai... J'étais déçu. Honnêtement, tu pouvais me demander ce que tu veux, je n'aurais rien pu te refuser. De toute façon, je n'ai jamais rien pu te refuser...
Olivier relève la tête. C'est son tour de parler, il le sent. Mais c'est difficile.
- Ce soir là, commence-t-il incertain, Charlie m'a parlé de toi. Il s'inquiètent tous, tu sais. Je me suis toujours senti de trop, à côté de toi. Pas à la hauteur. Il y a un an, j'ai vraiment cru que tu ne voulais plus de moi, que tu t'étais lassé... Et je t'ai vu avec ta famille, l'air si petit, et en même temps, quand tu as pris ta mère dans tes bras... Je crois que je n'ai jamais été aussi amoureux de toi qu'à ce moment précis. Et surtout, je savais ce que je voulais, clairement, pour la première fois. Alors quand Charlie m'a demandé de prendre soin son frère, j'ai accepté.
Percy est plus rouge qu'un poivron trop mûr. Olivier en rirait bien, s'il n'était pas si embarrassé lui-même.
- Tu te loges au Chaudron Baveur, je crois, tente Percy.
- Mm, répond Olivier qui n'en mène pas plus large.
- Les chambres sont chères là-bas, il me semble.
- Ouais.
- Tu pourrais vivre ici, si tu veux...
Leurs regards se croisent. Toute trace de timidité a disparu, reste un sourire, entre la connivence et la niaiserie la plus complète.
- Ce serait avec plaisir.
