4.

Foutue tempête.

Aucune transmission ne pouvait passer. Aucun moyen de contacter son fournisseur. Il pouvait bien tenter une sortie sur son auto-propulseur qui le protégerait des tourbillons de sable, mais il n'en était pas question s'il n'était pas sûr que Clayton puisse faire de même. C'était probablement trop risqué pour lui qui n'était pas aussi bien équipé. Trop dangereux. Le sable brouillait la vue, asphyxiait, effaçait les traces, empêchait toute progression. Ils étaient donc coincés dans ce vaisseau jusqu'à ce que les vents de Solana en décident autrement.

Il les entendaient miauler dehors. Gifler le revêtement blindé du Kepler.

Le canon du pistolet renvoya brièvement un éclat de lumière. Shakerman le lustra une dernière fois avant de le glisser dans la ceinture de son pantalon. Il ne se sentait jamais aussi vivant qu'avec son arme au contact de sa peau. Même au sein de son propre vaisseau. Ses gars étaient plutôt fiables, mais ils le craignaient. Et cette ascendance le confortait dans son désir de puissance et de contrôle.

Il sourit en croisant son reflet dans le morceau de miroir égaré sur un coin de la petite table. C'était un sourire satisfait, mais c'était un beau sourire. Ses lèvres minces, régulières, laissaient entrevoir des dents alignées, parfaitement blanches, surmontées d'un nez droit et bien proportionné. Deux sourcils fins et impeccablement dessinés barraient un large front intelligent, balayé de mèches folâtres qui lui donnaient un air mutin apprécié des femmes.

Car Pete Shakerman jouait au séducteur. Il était bel homme, et il le savait. Cette impression favorable était une parfaite couverture pour ses activités de contrebandier et d'assassin.

Seuls ses yeux bruns démentaient cette apparente amabilité qui se peignait habituellement sur son visage. Une lueur agressive, vicieuse et impitoyable y surgissait parfois, et révélait, l'espace de quelques secondes, une âme profondément corrompue. Et cette âme en avait piégé plus d'un.

Il quitta sa cabine et se rendit dans le cockpit pour tenter de contacter à nouveau ce Clayton. Si la livraison devait avoir lieu ce soir comme prévu, il devait s'assurer que son nouvel acolyte serait bien au rendez-vous. Même si la tempête faisait encore rage. En passant devant la baie étroite qui dominait la salle du cargo, il crut entendre les vents vrombir davantage. Le ciel s'assombrit encore. C'est là qu'il aperçut, au milieu des tourbillons opaques, une ombre gigantesque, mouvante, rapide, passer au-dessus du Kepler dans un rugissement infernal.

ooOoo

Cramponné aux poignées de contrôle, Wash tenta un léger redressement du Serenity pour frôler la dune dans un nuage mordoré. Un bruit sourd se fit entendre alors que l'abdomen du vaisseau en heurtait le sommet. Pas suffisamment pour le dévier, ou lui faire perdre son équilibre, mais assez pour que le choc soit ressenti jusque dans le cockpit. La barre de direction était à sa tension maximale. Impossible de prendre plus d'altitude. Les rétrofusées nécessitaient davantage de temps pour freiner la luciole. Un temps que leur trajectoire ne leur permettait pas d'avoir. L'atterrissage allait être rude.

« Vas-y, ma belle, accroche-toi... » murmura-t-il entre ses dents serrées.

Il abaissa imperceptiblement la commande, et le vaisseau tutoya le sol, provoquant un violent soubresaut dans ses entrailles. Une fois. Deux fois. La troisième fut plus brusque que les précédentes. Le Firefly racla profondément le sable, dérapa, tenaillé entre les différentes forces qui se jouaient contre sa carcasse, gémit sous la torsion, ralentit, et finit par s'immobiliser dans un dernier heurt, le nez dans la dune suivante dont le sable éclaboussa violemment la vitre du pont.

Un silence paralysé s'était abattu sur le vaisseau.

Son capitaine finit par appuyer sur un bouton.

« Personne n'est blessé ? haleta Mal dans la radio.

– Ouais, ça va, hésita une voix grave dans le haut-parleur, mais bordel, qu'est-ce que...

– Jayne, vérifie si tout le monde va bien à bord, le coupa le capitaine. Wash, on reçoit toujours un signal ? »

Le pilote reprit ses esprits, encore tremblant des efforts intenses qu'il venait de fournir, et jeta un œil sur l'écran radar.

« Non. Pas de trace du Nemesis. »

Il reposa lourdement sa tête en arrière. Zoé soupira en fermant les yeux, puis cingla :

« Mal, qu'est-ce qui t'a pris ? »

L'intéressé ne répondit rien. Puis un ricanement sourd s'éleva de son siège. Il se mua progressivement en un rire clair et fébrile, relâchant toute la nervosité et la tension des minutes écoulées.

« Whouhouuuuuuu ! Haha ! Vous avez vu ? Vous avez vu ? C'était génial, non ? Wash, beau boulot ! le congratula-t-il d'une grande claque sur l'épaule après s'être détaché et levé.

– Je crois que j'ai épousé le meilleur pilote de l'univers... »

Zoé lui avait susurré ces mots à l'oreille, accompagnés d'une caresse prometteuse. Il sourit à l'idée de faire la fierté de sa femme, et d'avoir d'ores et déjà la garantie d'être récompensé dans l'intimité de leurs draps. Elle n'était jamais aussi avide ni aussi entreprenante que lorsqu'il avait brillamment achevé une manœuvre périlleuse, et sauvé par conséquent le vaisseau et son équipage d'un potentiel désastre. Le capitaine décidait des risques, flirtait avec le danger, poussait le Serenity dans ses dernières ressources. Et le talent du pilote pondérait les imprudences, muselait cette audace effrénée, limitait les conséquences de ce cœur prompt à la rébellion.

Malcolm quitta rapidement le pont, laissant les deux amoureux à leurs tendres félicitations.

Il prit la direction de la salle des machines, à l'autre bout du vaisseau, sachant que Kaylee s'y trouvait. Il courait presque. Le soulagement et l'inquiétude se bousculaient dans sa poitrine. Ils étaient tous arrivés sains et saufs — du moins le supposait-il — mais le Serenity avait peut-être été endommagé par cette course folle et cet atterrissage musclé. Il fallait en avoir le cœur net.

Sur le chemin, il manqua de bousculer Jayne au détour d'une porte, qui lui confirma que tous les passagers étaient indemnes, mis à part une belle contusion sur le front du Doc, mais puisqu'il était Doc, il pouvait bien se soigner tout seul.

« J'aime quand le destin devient ironique », conclut-il dans un sourire satisfait.

Mal ne l'écoutait déjà plus.

« Kaylee ! appela-t-il à peine arrivé. Tout est ok ici ?

– Impec, Capitaine ! assura une tête ébouriffée surgissant au-dessus de l'alternateur. Ma luciole a obéi comme une grande fille ! J'ai vérifié, les moteurs sont en état de marche.

– Bien, alors j'aurai besoin de toi pour inspecter l'extérieur, quand la tempête se sera calmée. C'est une dune qui nous a stoppés, il y a peut-être de la casse. En attendant, briefing dans cinq minutes au mess. »

Il parcourut le chemin en sens inverse, réclamant immédiatement la présence de tous ceux qu'il croisait autour de la grande table.

« Mal, qu'est-ce qui s'est passé ? »

Inara avait surgi de l'escalier d'accès à la passerelle.

« Une petite course-poursuite avec l'Alliance, une tempête de sable et un atterrissage tout en douceur. La routine, quoi ! » lui répondit-il d'un air jovial.

Elle ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, désarmée et amusée par son aplomb optimiste. Mal était un frondeur. Son indépendance farouche le poussait à narguer l'Alliance et même l'univers entier, quand ils se mettaient en travers de son ciel.

ooOoo

« Vous êtes en train de nous dire que l'Alliance nous a probablement marqués comme fugitifs ? Bien joué, ironisa Simon.

– Ça ne nous changera pas de d'habitude, lui rétorqua Mal avec un sourire faussement heureux, en croisant les bras.

– Et si tu nous parlais plutôt du job, Capitaine ? intervint son second pour couper court à une énième altercation entre les deux hommes.

– Merci Zoé. La mission est simple : intercepter une livraison sauvage de diamants près d'ici, en périphérie d'Arena, et la rapporter sur Aberdeen. On récupère un tiers de la marchandise en paiement.

– Et... ? attendit-elle.

– Et ?

– Ce n'est pas tout, il me semble. »

Quand sa partenaire décidait d'être butée et séditieuse...

Mal retint un soupir d'agacement, mais ne put s'empêcher de la fusiller du regard.

« La moitié si on bute le gars.

– Mal ! s'offusqua Inara.

– Enfin un peu d'action ! On s'emmerde ferme ici ! Je suis de la partie, lança Jayne.

– Malgré les turbulences de la tempête, Wash nous a fait atterrir à proximité d'Arena. Quand le temps se sera un peu calmé, j'irai en ville essayer de contacter notre trafiquant. D'ici là, Kaylee, Jayne, Zoé, j'ai besoin de vous pour faire l'inventaire des éventuels dégâts. Les autres, vous ne sortez pas. On risque d'avoir besoin de décoller sans traîner. Des questions ? »

Un bras musclé se leva à l'autre bout de la longue table.

« Comment on organise notre petit massacre ? » interrogea Cobb tout en mâchouillant un reste de bâtonnet protéiné.

Mal prit appui de ses mains sur la table pour le regarder droit dans les yeux.

« Que les choses soient claires, Jayne : on n'est pas là pour jouer de la gâchette. Dong-mah ? »

Le visage dur et le ton sec ne laissaient aucun doute sur son désir de voir le mercenaire rester dans le rang.

« Une idée du commanditaire de cette livraison ? hasarda le révérend qui était resté particulièrement silencieux jusque là.

– Pas la moindre. Et je m'en fous.

– Tu ne peux pas dire ça, constata la Compagne. Nombreux sont ceux qui veulent te tendre un piège, à commencer par l'Alliance !

– Tout ce qui m'importe, c'est de m'acquitter rapidement du job et de pouvoir enfin nous remettre à flots. Au cas où vous n'ayez pas remarqué, on a sacrément besoin de fric. On ne peut pas se permettre de faire la fine bouche. Dès qu'on a fini, on se tire d'ici. »

Tous s'enfermèrent dans un silence muselé pendant que Malcolm expliquait le déroulement de la mission.

« Cap'... J'ai l'impression que ça souffle moins fort, dehors », constata subitement Kaylee le nez levé.

En effet.

Le bourdonnement sourd des rafales s'était considérablement réduit. Et par les fenêtres hautes, on pouvait apercevoir le ciel fauve se teinter lentement de bleu.

ooOoo

Qu'importent les systèmes, qu'importent les planètes. Tous les bars se ressemblent.

C'était bon de retrouver des éléments immuables dans l'univers.

Malcolm Reynolds aimait renouer avec ses habitudes solitaires d'un endroit à l'autre. Et avaler un verre d'alcool au comptoir d'un bar, si possible rempli de confédérés, en faisait partie. Aujourd'hui, il avait eu soin de ne pas porter son manteau marron. Il ne connaissait pas son contact. Et lorsqu'il avançait à l'aveugle, mieux valait mettre toutes les chances de son côté.

Qui plus est, ses ultimes tentatives pour le joindre par télétransmetteur avaient échoué. Les vents s'étaient calmés, mais le sable avait manifestement endommagé les appareils. Malcolm Reynolds se retrouvait donc à la merci du hasard et de l'improvisation.

Après avoir payé et saisi son verre, il balaya la salle du regard, et avisa un type seul assis au coin d'une table reculée.

Une grande cicatrice barrait son visage devenu repoussant.

Clayton. C'était son homme.

Il se composa un air déterminé et s'approcha le plus naturellement possible.

Le contrebandier ne sembla pas surpris de voir un inconnu. C'était bon signe, supposa Mal : il ne connaissait peut-être pas le visage du destinataire des diamants. Mal joua pourtant la prudence, et ne chercha pas à se faire passer pour Pete Shakerman.

« Shark m'a envoyé à sa place. Coincé par une autre mission. Pour la livraison : où et quand ? »

Il parlait bas, jetant des coups d'œil à la salle, feignant la complicité dans le complot. Clayton n'avait pas cillé et le fixait sans bouger. Sa respiration rauque et sifflante ajoutait une touche monstrueuse au personnage. Il finit par répondre laconiquement.

« Derrière la Dune Rouge, à deux kilomètres, plein ouest. Au coucher du soleil.

– C'est trop tard. Il faut avancer le rendez-vous. »

Le seul œil encore ouvert et fonctionnel se réduisit en une fente étroite et soupçonneuse.

« Shark pense qu'il y a des fuites, et qu'on veut nous doubler », explicita-t-il.

Mal mit toute la certitude et l'aplomb dont il était capable dans son regard. Il ne pouvait pas laisser le temps à Shakerman de contacter Clayton. En supposant que la liaison n'avait pas encore eu lieu. Evidemment.

Le silence lui sembla interminable, et il crut que son interlocuteur ne mordrait pas à l'hameçon.

Le trafiquant vida brusquement son verre.

« Dans deux heures. Et ta putain de tronche de beau gosse a intérêt à être à l'heure. »

Un flottement incertain tendit l'air alors que les deux hommes se jaugeaient.

Clayton finit par découvrir ses dents jaunies par le tabac dans ce qui devait être un sourire satisfait. Le traître assis de l'autre côté de la table lui en rendit un, plus nerveux, et le regarda quitter les lieux.

Malcolm demeura immobile quelques instants.

Tout se déroulait bien. Peut-être trop bien.

Son instinct, quelque part au fond de lui, tapi, étouffé par la nécessité de trouver un job et de récupérer de quoi survivre, lui soufflait de rester sur ses gardes.

Mais il n'avait pas le choix. L'occasion était trop belle. En se levant à son tour, il se dit qu'il aurait probablement bien besoin de Jayne. Et de Vera.

ooOoo

Le retour sur le Serenity fut prompt, et les ordres, lapidaires. Pas de temps à perdre. Mal circulait d'une zone à l'autre, distribuant ses instructions, enregistrant les informations, inspectant les préparatifs.

« Zoé, état du navire ?

– Correct, Capitaine, mais la rotation du propulseur droit est enrayée. A cause du sable, sûrement.

– Ok. Kaylee, mets-toi aux réparations tout de suite, on décolle dès qu'on en a fini, lança-t-il à la volée lorsqu'il la croisa dans le couloir d'accès à la salle des moteurs.

– Cap' ! Ça demande...

– Je te donne deux heures, Kaylee, pas plus ! Débrouille-toi, mais je veux ce vaisseau opérationnel pour décoller quand on revient !

– Je peux apporter ma contribution, Capitaine. Et une arme, proposa Derrial Book au détour de la salle à manger.

– Merci révérend, j'apprécie, mais je ne veux impliquer personne qui ne soit absolument nécessaire. Priez plutôt pour nos âmes de suo-shee hwoon-dahn, ça nous sera utile. Wash, appela-t-il en direction du pont, reste aux commandes et prêt au signal, on risque d'avoir besoin de toi plus tôt que prévu.

– Je commence à avoir l'habitude, mais c'est entendu ! »

Il rebroussa chemin pour se rendre dans la salle du cargo.

Il aperçut son élégante robe rose corail briller dans un coin de la passerelle. Elle ressemblait à une perle rare et précieuse perdue en plein désert aride. Une bulle de regret coupable naquit de nouveau au fond de ses entrailles : sa compagne n'était pas faite pour cette vie de bohème. Il étouffa rapidement cette pensée, mais il ne put empêcher son pas de ralentir à la vue d'Inara.

Elle se précipita vers lui dès qu'elle le vit. Il ne lui laissa pas le temps ni l'opportunité de capturer son cœur.

« J'ai besoin que tu veilles sur River, lui demanda-t-il une main posée sur son bras. Elle avait l'air... passablement pessimiste lorsqu'on approchait de Solana.

– Mal...

– Je sais. »

Ils partagèrent un instant silencieux. Elle s'inquiétait pour lui, il le savait. Il ne pouvait lui promettre de faire attention, ou de revenir sain et sauf, elle le savait. Mais ce fut pourtant un regard franc qu'ils échangèrent, et dans lequel chacun put mesurer la confiance de l'autre.

« On ne sera pas long. Deux ou trois heures, probablement. »

Une caresse du pouce sur la peau hâlée de la Compagne, et Mal s'éloignait déjà.

« Jayne ! interpella-t-il par-dessus la passerelle à l'attention du mercenaire qui préparait le quad. Prends Vera avec toi, on ne sait jamais.

– Enfin des paroles raisonnables ! » marmonna le mercenaire, un sourire impatient et rapace illuminant déjà son visage.

Le capitaine fit un dernier détour par sa cabine. Après avoir revêtu ce qu'il fallait pour se protéger du sable, il s'approcha d'un tiroir métallique. Il contempla un instant son contenu avant de se saisir précautionneusement d'un des objets.

Il soupesa son poids, plutôt conséquent pour sa petite taille, caressa le métal doré dont la brillance avait depuis bien longtemps disparu, tapota le verre pour vérifier que les aiguilles réagissaient encore. Cette boussole était le dernier lien qu'il gardait avec la planète Shadow et le temps insouciant de son enfance. Il revoyait sa mère, jeune, éblouissante, ses yeux bleus, ses longs cheveux lâches et emmêlés, ses robes à fleurs dans lesquelles elle parcourait le ranch, d'une tâche à une autre, ses douces réprimandes lorsqu'il traînait dans ses jambes alors qu'elle tentait de préparer le repas. C'est Carl, le compagnon de sa mère, qui lui avait donné cette antique boussole le jour où, tout juste sorti de l'adolescence, il avait quitté pour de bon la ferme familiale pour s'engager aux côtés des indépendantistes. Et depuis ce jour, à l'image de ce petit instrument, Mal avait toujours cherché à donner un sens, une orientation à sa vie. Cette fois-ci, c'est bien pour sa fonction première de boussole géographique qu'il l'enfouit dans la poche de son blouson marron.

Au moment où il s'apprêtait à prendre place sur le véhicule aux côtés de Zoé et Jayne, Simon fit irruption dans la salle.

« Capitaine ? »

Surpris, Malcolm tourna la tête pour découvrir ce que le jeune médecin lui tendait.

« Ça pourrait vous servir en cas de nouvelle tempête. C'est le traceur que je place sur River lorsqu'on quitte le vaisseau. Au cas où... vous savez... elle s'évanouisse dans la nature. Wash l'a paramétré pour nous permettre de vous retrouver si vous perdez votre route. »

Mal se saisit du petit objet rond, clignotant en son centre. Une boussole, un traceur... Le destin était bienveillant.

« Merci, Doc. »

Moue appréciative, bref sourire, et le quad dévala la rampe d'accès.

Le vent se réveillait de nouveau à l'extérieur. Même s'ils espéraient que ce ne soit pas une autre tempête, ils avaient pris soin de s'habiller avec des vêtements bien fermés, et d'amarrer fermement la bâche qui protégeait la précieuse Vera des infiltrations du sable.

Chacun remonta devant son visage un épais foulard humidifié, et ajusta son masque de protection. Mal vérifia que son Liberty Hammer reposait bien dans son holster. Il ne se sentait entier et confiant qu'en présence de son revolver favori.

Le pilote accéléra et se dirigea vers la Dune Rouge.

Ils parvinrent au point de rendez-vous suffisamment en avance pour permettre à Jayne de se creuser une planque à flanc de dune. Avec Vera en position de tir, il pourrait facilement parer à toute complication. Du pied de la montagne de sable, sa silhouette, enveloppée dans sa tenue de camouflage, était presque invisible.

Clayton se montra quinze minutes plus tard, flanqué de deux comparses. Ils laissèrent le caisson de livraison derrière eux, à l'abri.

Les bourrasques avaient forci. S'ils ne concluaient pas rapidement le transfert, le trajet retour risquait d'être périlleux.

L'usurpateur s'avança, tandis que Zoé restait en arrière, un main discrète sur son arme. Il fut obligé de crier pour se faire entendre par-dessus le vacarme du vent et du sable tourbillonnant.

« Laissez-nous vérifier la livraison, et on l'embarque. »

Mieux valait s'assurer que le trafiquant n'essayait pas à son tour de le doubler. Clayton fit un signe de tête à ses deux ombres, qui portèrent le colis blindé aux pieds de Mal. Un cadenas électronique inviolable fermait le tout.

« Brewster, ouvre-le ! »

Malcolm était mal placé : il ne vit pas la manipulation nécessaire pour actionner le système d'ouverture. Qu'importe. Le génie de Kaylee saurait en venir à bout.

A peine le coffre ouvert, le sable fou parsema l'éclat des diamants qui se ternirent aussitôt, recouverts d'une fine pellicule rousse. Mais Mal eut le temps de constater qu'il ne s'agissait pas de diamants communs. C'était bien là une caisse pleine de diamants noirs. Il cacha sa stupéfaction, se retint de lancer un regard à Zoé, mais ne put réprimer l'accélération des battements de son cœur. Le diamant noir valait le triple du diamant clair. L'équipage du Serenity pourrait vivre confortablement plusieurs mois durant. Les dieux, s'ils existaient, avaient enfin décidé de lui accorder leurs faveurs.

Le pirate au blouson marron fit un pas en avant, et plongea sa main gantée dans les pierres précieuses. Il acquiesça, et Brewster referma le coffre.

Il ne comprit pas tout de suite lorsqu'il vit Clayton sortir son arme, imité par ses deux acolytes. Zoé avait eu le temps de réagir, et menaçait à son tour le visage balafré.

Personne ne baissa sa garde, et ils se jaugèrent pendant plusieurs secondes. Mal ne voulut pas trahir la position de Jayne en regardant de son côté, mais il espérait que son comparse puisse rapidement dénouer la situation, qui s'était soudainement retournée. Le destin avait patiemment endormi sa vigilance avant de le prendre par surprise. Ne jamais se croire trop vite arrivé. Il avait pourtant juré de ne plus se laisser piéger par l'optimisme.

« Un problème, Clayton ? cria-t-il en feignant l'incrédulité.

– Lui, non, mais moi, oui », répondit une voix derrière lui.

Malcolm se retourna. Quatre autres hommes les tenaient en joue. Ok. Les affaires se présentaient plutôt mal.

« Je pensais que Malcolm Reynolds était plus malin que ça. »

L'homme qui avait parlé portait une épaisse combinaison près du corps, parfaite pour la liberté de mouvements. Son casque intégré et muni d'une large visière transparente lui permettait de bénéficier d'un vaste champ de vision.

Et permettait aux autres de voir son visage.

Mal se figea.

Son cœur se comprima dans sa poitrine. Il lui sembla soudain qu'il était fait de plomb.

Son ventre se tordit de dégoût et de colère.

Une vague de panique brouilla ses repères et sa lucidité. S'il était là, ça voulait dire... Il jeta un œil au caisson de diamants. Une telle cargaison demandait des risques énormes que peu d'hommes étaient capables de prendre.

Ses yeux revinrent vers la silhouette qui le toisait de son sourire charmeur.

Non. Ça ne pouvait pas être lui...

Et pourtant.

Pourtant, il avait reconnu sa gueule d'ange. Et au fond de ses yeux, cette lueur malveillante si caractéristique.

Il eut le sentiment que l'Enfer s'était abattu sur lui.

Et que pour en sortir, l'un des deux devrait y rester.


"Dong-mah ?" : Compris ?

"suo-shee hwoon-dahn" : bons petits truands