Surpris par Shark et ses hommes, Mal est fait prisonnier avec Zoé et Jayne. Ils parviennent malgré tout à s'enfuir au milieu de la tempête de sable qui se lève après avoir cachés les diamants sur le vaisseau même de Shark, qui ne se doute de rien. Mal a également choisi de dissimuler la balise de localisation sur le Kepler... une façon de retrouver le chemin de Shark et de se venger de lui et de l'agression subie par Inara quelques mois plus tôt.
7.
Malcolm était parvenu à rejoindre ses compagnons. Sa marche avait été polluée par un tourbillon de pensées contradictoires souvent, culpabilisantes parfois. Avait-il finalement fait le bon choix ? Il avait agi avec impulsivité, comme toujours dès qu'il s'agissait d'affaires qui le touchaient personnellement et intimement. Autrement dit, qui touchaient Inara, et sa relation avec elle. Ils étaient perdus en pleine tempête, et sans le traceur, aucun moyen pour le Serenity de les retrouver... A quoi bon localiser Shark si eux-mêmes gisaient six pieds sous terre ? Pourtant, ils avaient rencontré pire situation, et s'en étaient sortis... Il ne pouvait s'empêcher de se dire, malgré tout, qu'il avait peut-être aussi condamné Zoé et Jayne par son entêtement... Il aurait dû en parler à son second : elle avait toujours été de bon conseil. Mais c'était fait, maintenant. Si Book était là, il n'aurait plus qu'à prier pour leur salut à tous.
Ils avaient continué à marcher tous trois, droit devant, tentant de maîtriser leur respiration en protégeant leur bouche d'une main, contenant leur envie de tousser qui signerait l'asphyxie définitive. Au moins, la tempête avait cela de bon qu'elle bâillonnait les protestations que Jayne ne devait pas manquer de penser très fort. Ils avaient malgré tout bien progressé, et avaient déjà dû dépasser l'endroit où la livraison des diamants avait échoué. Après une centaine de mètres, Mal finit par admettre qu'ils leur était impossible de retrouver le quad qui les avait conduits jusque là. Non seulement ils étaient dans l'incapacité de le localiser, mais l'engin devait probablement être à moitié enfoui sous le sable. Les vents avaient l'air de ne plus forcir depuis un moment : la tempête avait atteint son paroxysme. La meilleure solution était de se blottir les uns contre les autres, en cercle resserré pour faire barrière au gros du sable, et d'attendre. Attendre que le vent s'apaise. Que la visibilité s'améliore. Attendre de pouvoir retrouver le quad pour tracer leur chemin jusqu'au Serenity. Et attendre que Shark réagisse et ne les prenne en chasse. Cette idée fit bouillir Malcolm Reynolds de rage et d'impatience. Il avait tenté de le devancer en cachant les diamants sur le Kepler et en y déposant le traceur, et il ne supportait pas l'idée que cet acte de folie au milieu de la tempête n'ait servi à rien. Pour le moment, il ne pouvait que ressasser ses pensées sombres en s'efforçant de rester immobile, épaule contre épaule avec ses compagnons, la tête blottie entre les genoux, sentant le sable s'accumuler dans son dos, poussé par les tourbillons du vent.
ooOoo
Cela faisait longtemps. Trop longtemps qu'ils étaient partis. Peut-être avaient-ils trouvé refuge quelque part. Peut-être étaient-ils coincés dans la tempête. Peut-être la livraison s'était-elle mal passée.
Lorsque Hoban Washburne restait seul loin de sa femme partie en mission aux côtés de son Capitaine, il ne pouvait s'empêcher de se faire du mauvais sang. Mal avait le don d'attirer les ennuis. Vissé à son siège de pilote, il tentait de rentrer en contact radio avec le quad. Seul le silence lui répondait. Pourtant, il espérait toujours un appel. Ne serait-ce qu'un grésillement. Même une réprimande de Mal.
Rien. Rien ne sortait du haut-parleur. Et pas moyen de sortir en reconnaissance. Il était coincé là. Ils étaient coincés là, à attendre un retour peut-être improbable, ou des complications inattendues qu'ils géreraient Dieu savait comment. Seule Kaylee, dans sa chance, avait une tâche concrète pour occuper ses doigts et son esprit.
La jeune mécanicienne était couchée sous le flanc de son vaisseau, qui la protégeait en grande partie des agressions du sable depuis qu'il s'était blotti contre la dune lors de son atterrissage forcé. Il ne lui restait plus qu'à vérifier la solidité des raccords de chaque câble. Ensuite, elle pourrait tenter de fixer de nouveau la dernière plaque métallique qui protégeait le fond de la soute, sérieusement endommagée depuis l'accident. Elle avait pourtant réussi tant bien que mal, à force de coups de talon, à diminuer les bosses et torsions qui l'avaient abîmée. Le Capitaine lui avait donné deux heures T.G. Elle en avait utilisé trois. Au moins. Par chance, il n'était pas encore rentré. A coup sûr, il serait satisfait des réparations. Quelques vérifications des moteurs avec Wash pour s'assurer que le sable n'avait pas grippé les mécanismes, et le tour serait joué.
Elle souriait ingénument en donnant ses derniers coups de tournevis lorsqu'elle entendit Inara l'appeler, au-dessus d'elle, par la rampe juste entrouverte pour éviter que le sable n'envahisse l'entrée du cargo.
« Viens te mettre à l'abri, Kaylee, les vents soufflent trop fort, ça pourrait être dangereux ! »
Elle avait tenté de ne pas penser à Mal en prononçant ces paroles. Pourtant, cela faisait une heure qu'elle arpentait sa navette en attendant le retour de cette maudite mission. Il avait fallu que la tempête se lève de nouveau au moment où ses trois amis étaient dehors. Le Révérend lui avait assuré qu'ils sauraient se protéger de ces mauvaises conditions, que le Capitaine avait rencontré bien pire, qu'il n'était jamais aussi efficace que lorsqu'il devait se tirer d'un mauvais pas. Mais tant qu'elle n'aurait pas vu revenir Malcolm, elle ne pouvait museler les battements de son cœur.
« Descends un peu plus la rampe, j'arrive ! » lui répondit la jeune fille.
Inara s'exécuta, tout en se protégeant le visage du sable qui, poussé par le vent, se frayait déjà un chemin par l'entrebâillement grandissant, et venait valser à l'intérieur.
C'est là que lesdits battements de cœur s'accélérèrent sous le coup de l'espoir et du soulagement : à travers les volutes dorées, elle crut voir des ombres familières se mouvoir à quelques mètres du Serenity.
Le plus fort de la tempête n'avait pas découragé Shark. Son aéroskimmer lui permettait de progresser à grande vitesse même dans les pires conditions : posé sur coussin d'air, le véhicule était équipé d'un système élaboré de filtration qui maintenait une cloche étanche au-dessus des passagers. Ni les grains de sable, ni les gouttes de pluie ou les flocons de neige, ne gênaient jamais sa route. C'est ainsi qu'il parvint sans entrave à son but.
Malgré le manque de visibilité lointaine, Pete Shakerman et ses hommes purent distinguer les contours bedonnants du vaisseau. Ils stoppèrent l'aéroskimmer à une dizaine de mètres de la luciole. Il y avait sûrement d'autres membres d'équipage à l'intérieur. Et rien de tel qu'une mauvaise ruse, à l'ancienne, pour les amener à baisser la garde. Il leur suffirait de faire croire qu'ils avaient récupéré trois naufragés de la tempête et qu'ils les ramenaient à bon port. Si jamais l'équipage doutait, Shakerman pourrait toujours leur fournir les trois noms et les silhouettes informes de ses hommes qu'il aurait dissimulé sous des couvertures.
« Shark ! »
L'un d'eux lui désignait l'abdomen du Firefly. Shark remarqua alors la rampe qui s'abaissait, et une forme humaine se dégager des dessous du vaisseau. Il ne lui fallut pas plus de temps pour profiter de cette occasion bénie des dieux.
Revêtant son casque de protection, il sauta à bas de son véhicule et se précipita, arme au poing, vers la silhouette.
Kaylee n'eut pas le temps de voir venir son agresseur. Il surgit aussi discrètement et aussi vivement qu'un serpent lové au creux du sable. Il enserra son cou de son bras et enfonça son arme sur son flanc. Réalisant brusquement ce qui lui arrivait, la jeune femme agrippa ses mains au garrot qui la maintenait prisonnière et tenta de crier. Son hurlement fut vite étouffé par le sable qui vint violemment gifler son visage, griffer ses yeux, infester sa bouche. Elle ne sut laquelle des deux attaques fut la plus brutale : celle de l'homme, ou celle de la tempête.
Elle était tétanisée.
Elle aurait voulu crier. Se débattre. S'enfuir. Mordre cet avant-bras. Ou comme le font les vrais héros, donner un coup de pied dans l'entrejambe de l'individu qui la serrait contre lui.
Mais son cerveau tournait à vide. Aucun de ses membres ne réagissait.
Elle n'était pas faite pour être une héroïne.
Alors elle se laissa malmener, et immobiliser.
« Ce n'est pas un temps à mettre un joli brin de fille dehors, aujourd'hui, susurra-t-il entre ses dents serrées à l'oreille de la mécanicienne. Tu vas gentiment nous conduire à l'intérieur, sans crier. »
Encore quelques brèves secondes et la rampe serait accessible par ses hommes.
Mais c'était sans compter la Compagne qui guettait l'irruption de son amie. Lorsqu'elle avait glissé un œil hors de son abri pour se préparer à aider Kaylee à se hisser à bord, elle avait surpris le bond d'une silhouette humaine qui avait rapidement maîtrisé la jeune femme en combinaison de bricolage. Il est toujours difficile de réagir spontanément devant un scénario inattendu, et assister à un rapt était bien la dernière situation à laquelle elle aurait pensé être confrontée en ouvrant la rampe. Mais à travers les bourrasques de sable, elle croisa le regard de l'agresseur.
Les secondes suspendirent leur vol.
Toute réflexion, toute logique la quittèrent tant son incrédulité était grande.
Ça ne pouvait pas être lui... Pas ici ! Pas maintenant ! Et pourtant... Elle reconnaîtrait ce visage entre mille. Elle se souvint de la douleur qui avait éclaté sur sa pommette lorsqu'il l'avait frappée. Elle ressentit soudain la brûlure amère des mots qu'il avait prononcés ce jour-là. Le visage qui se tenait à quelques mètres d'elle lui ressemblait tant...
C'est là qu'elle vit son sourire.
Le même rictus animal, prédateur, qui déformait les traits harmonieux et séduisants de son visage, et qui laissait entrevoir la cruauté profonde et insoupçonnée de cet être.
Elle le vit faire un signe de la main, invitant de probables complices à s'approcher et à l'aider.
Inara reprit brusquement ses esprits.
Tout se passa très vite.
Shark pointa le canon de son arme sur la Compagne et tenta de l'atteindre, mais la jeune femme avait déjà fait volte-face. Elle s'était jetée de toute son énergie sur le tableau de commande pour enclencher le mécanisme de fermeture de la rampe, et avait appuyé, éperdue, sur le bouton de la radio.
« Wash ! A l'aide ! C'est Kaylee ! »
Le coup de feu, l'agitation et les cris d'Inara avaient déjà fait surgir Simon de l'infirmerie, et Book de sa cabine.
« Que se passe-t-il ? demanda précipitamment le docteur.
– C'est Kaylee ! Ils ont Kaylee !
– Quoi ?! »
Interloqué, incapable d'analyser la portée des paroles qu'il venait d'entendre, Simon se ruait vers la Compagne pour vérifier, dans un réflexe professionnel, qu'elle n'était pas blessée.
Dans l'intervalle, Derrial Book avait dévalé les escaliers métalliques et s'était emparé d'un fusil d'assaut dans la cale de rangement.
Il croisa le regard de Wash qui accourait depuis la cabine de pilotage, et lui fit part silencieusement de ses intentions.
Les gestes du vieil homme étaient sûrs, précis, déterminés. Visage fermé, implacable, il ne semblait pas avoir hésité, ni même réfléchi une seule seconde à la marche à suivre. Le bon pasteur se muait en ange vengeur.
Impossible de savoir ce qui se tramait à l'extérieur : il fallait tenter une sortie, même si celle-ci semblait insensée.
Il ouvrit la rampe du cargo, Wash à ses côtés, prêt à faire feu sur les assaillants. Le sable s'engouffra à l'intérieur, mais Book tenta de distinguer quelque chose derrière la tempête qui faiblissait depuis un petit moment.
Une série de coups de feu retentit et les balles vinrent s'écraser sur la carcasse du Serenity. Les deux hommes s'accroupirent brusquement, mais le révérend eut le temps d'apercevoir la silhouette de l'agresseur reculer, protégée par le corps de Kaylee, et trois ombres en retrait, d'où venait probablement d'être tirée la salve. Son œil affûté terminait à peine de scanner la scène qu'une seconde pluie de balles s'abattit sur eux. Ils étaient encore bien protégés à l'intérieur du vaisseau, mais il paraissait impossible de se découvrir davantage. Les agresseurs étaient trop nombreux, Kaylee risquait d'être blessée par des tirs à l'aveugle, et le temps extérieur anéantissait de toute façon toute velléité de riposte.
Sur un signe de Derrial Book, Wash courut amorcer la fermeture de la rampe.
ooOoo
C'était trop tard. C'était raté.
La rampe du cargo remontait déjà. Et ils n'avaient pas pu s'approcher. Si cette foutue tempête n'avait pas soufflé si fort...
Qu'importe. Il avait la jolie mécano. C'était un trophée supplémentaire, qui ne pourrait que plaire au patron. Et puis il avait Reynolds. Cette seule pensée compensa sa frustration de ne pas avoir pu prendre d'assaut le Firefly. Il en tirerait une belle récompense, en espèces sonnantes et trébuchantes.
Shakerman donna le signal de la retraite à ses hommes. Il fit monter sans ménagement dans son aéroskimmer une Kaylee suffocante et tremblante, et démarra sans perdre une seconde.
Dès qu'ils auraient atteint le vaisseau, ils pourraient décoller. La livraison avait été un succès, et il rapportait en prime quatre prisonniers précieux. L'âme vile et avide de Shark jubilait. Jamais le destin ne l'avait autant favorisé, ni d'une aussi belle manière. Lorsque la mission serait terminée, il empocherait une belle somme d'argent, plus qu'il n'en avait jamais touché depuis un an. Il s'imaginait déjà en businessman à la tête de son empire, le costume tiré à quatre épingles, l'écharpe de soie et les boutons de manchette rutilants, suivi d'hommes de main loyaux et dévoués. Il rêvait d'être admiré. Il rêvait d'être craint. Il aimait le crime et la sensation d'absolu contrôle qu'il lui procurait malgré les risques mais il méprisait la bassesse et la trivialité. Il rêvait d'écraser le monde depuis son piédestal, sans connaître la poussière des plaines, les négociations minables, ni la puanteur des bordels. Il avait soif d'ambition, et cette ambition était en passe de se concrétiser. Il allait enfin pouvoir insuffler des fonds dans ses affaires fluctuantes de blanchiment d'argent et de contrefaçons, établir des perspectives de bénéfices, développer ses réseaux pour s'introduire au cœur des planètes centrales, au nez et à la barbe de l'Alliance. Et pourquoi pas, trouver suffisamment de contacts au sein même de l'Alliance, pour lui faire fermer les yeux sur ses activités illégales. Debout aux commandes de son engin, il arborait un sourire profondément carnassier.
Il jeta un œil à la jeune femme blottie à l'arrière du véhicule. Les sillons de ses larmes brillaient sur la pâleur de son visage, et son regard trahissait la panique que son corps recroquevillé tentait de maîtriser. A quelle vie l'avait-il arrachée ? A quel nouveau destin la promettait-elle ? Elle finirait sûrement dans l'un des bouges de la lune d'Anson, ou pelée à vif par Igor : il était si rare qu'il ait des femmes à choyer. A moins que le patron ne la garde pour son plaisir personnel.
La tempête faiblissait. Les vents tombaient peu à peu, et la visibilité s'améliorait. En approchant du Kepler, Shark eut la confuse impression, sans la cerner avec exactitude, que tout ne s'était pas déroulé tout à fait comme prévu pendant son absence. La porte du sas était mal fermée. Et cela signifiait qu'elle avait été ouverte. Or elle n'était utilisée qu'en cas d'urgence. Lequel de ses hommes avait eu à l'ouvrir ? Quel ruse Reynolds avait-il encore bien pu tenter ?
Une ombre de doute s'immisça dans l'esprit du criminel, comme un produit toxique qui s'échapperait, goutte à goutte, dans les eaux tranquilles et profondes de l'océan. Il commanda à distance l'ouverture de la rampe de son cargo. Sautant à bas de son aéroskimmer après l'avoir immobilisé, il n'attendit pas qu'elle soit totalement descendue pour grimper à bord.
Il sut qu'il avait perdu avant même de connaître et de comprendre ce qu'il s'était passé.
Les trois premiers prisonniers avaient disparu. A leur place, Raven était adossé à la paroi, l'arcade sourcilière en sang, et Chug se trouvait dans un état similaire. Tous deux se tortillaient pour tenter de dégager les liens qui entravaient leurs poignets.
« Où sont-ils ? aboya leur patron.
– Ils ont dû s'enfuir : ils n'étaient plus là quand on s'est réveillés », assura le premier.
Pete Shakerman n'eut qu'un réflexe : il alla vérifier derrière les caisses d'armes.
Une flamme de rage lui brûla brusquement la poitrine : les diamants avaient disparu. Ce fils de pute les avait volés.
L'esprit aveuglé par une explosion de haine, il ne fut plus en mesure de réfléchir. Il aurait voulu, en cet instant, tenir Reynolds entre ses mains pour lui écraser les yeux et lui faire éclater le crâne à coups de massue.
Il se retourna vers les deux responsables : Chug avait défait ses liens, et se frottait les poignets en se mettant péniblement debout.
Il n'eut pas le temps de tenir sur ses deux jambes. Shark l'abattit froidement d'une balle en plein front.
Kaylee étouffa un hurlement, et Raven se blottit contre la paroi, agitant ses mains liées en signe de soumission et d'excuse :
« Duibùqi, duibùqi...
– Bizui ! Nee mun doh shr sagwa ! tonna le trafiquant, hors de lui, balayant son équipage silencieux de la pointe de son arme. Enfermez la gosse dans la cale arrière, et retrouvez-moi ces chiens ! »
L'un d'eux poussa violemment Kaylee dans le dos pour la faire avancer. Elle tentait de maîtriser les tremblements qui la secouait. Son ventre était douloureux tant l'angoisse lui vrillait les entrailles. Sa gorge sèche entravait sa respiration. Où était-elle ? Qui étaient ces hommes ? Et que lui voulait-elle ? Mal était ici, elle l'avait compris. Mais s'ils s'étaient enfuis... Savaient-ils qu'elle se trouvait là à son tour ?
En dépassant son agresseur, qui était manifestement craint de son équipage, elle put relever la lueur cruelle et haineuse qui animait son regard et qui lui glaça immédiatement le cœur. Cet être la terrifiait. Elle pressentait déjà qu'elle ne s'en sortirait pas vivante. A cette pensée, tout en se dirigeant vers sa geôle, elle mit une main devant sa bouche pour dissimuler les sanglots qui s'en échappèrent.
ooOoo
Le bruit de la tempête s'estompait de minute en minute, et il leur sembla que le vent les giflait moins fortement désormais.
La tête encore dissimulée sous ses bras, Mal s'enquit de la situation de ses deux amis.
« Mis à part que je dois avoir le froc plein de sable, ça va à peu près », grogna Jayne, la voix étouffée.
Zoé était prête à reprendre la route.
Ils se dégagèrent avec difficulté : le sable avait formé un monticule épais dans le dos de chacun, montant presque jusqu'aux épaules. Tels des pantins désarticulés, ils se relevèrent en secouant la couche ocre et épaisse qui leur recouvrait la tête et le cou, sentant l'irritation des nombreux grains de sable qui s'étaient infiltrés sous les vêtements de protection. Le nez retrouvant l'air poussiéreux, ils toussèrent, et nettoyèrent leurs masques, avant d'entreprendre la recherche insensée du quad.
Au bout d'un temps qui leur parut interminable, Jayne finit par buter contre une sous-couche dure. Il exerça quelques tapes sur la surface : un bruit mat et métallique lui répondit.
« Hé, les gars, je crois que j'ai trouvé ! »
Mal suspendit ses propres recherches et se précipita vers lui. Aidés de Zoé, ils dégagèrent avec de larges gestes frénétiques une grande partie du véhicule.
« Décidément, on peut dire que c'est ton jour de chance, Jayne ! Tu aurais dû penser à miser au Gran Paradiso ! »
Ce jeu d'argent, facile d'accès, acceptant des mises de toutes sortes, rencontrait un vif succès dans tout l'univers, notamment dans les systèmes les plus éloignés, par conséquent moins contrôlés par l'Alliance. Jayne avait toujours rêvé d'y jouer, et les maigres épargnes qu'il y avait un jour investi avaient fondu comme neige au soleil.
« Peut-être qu'on peut miser des diamants noirs... rêva-t-il, les yeux étincelants.
– Encore faudrait-il qu'on remette un jour la main dessus, trancha Mal, amer. En attendant, essayons de faire redémarrer le quad. Après, on avisera. »
L'engin fut capricieux. Il hoqueta, toussa, cracha une fumée âcre et noire. Mais il redémarra.
« Tout le monde en selle. On prend le chemin de la maison, s'encouragea le Capitaine.
– Encore faudrait-il qu'on le retrouve... »
Le marmonnement rancunier de Jayne fut suffisamment perceptible pour les oreilles de Mal par-dessus les derniers échos de la tourmente qui s'apaisait. Il fit mine de ne rien avoir entendu. Ce n'était sûrement pas le moment pour de futiles chamailleries.
Il caressa encore une fois les contours ronds et rassurants de sa vieille boussole au fond de sa poche. Il la sortit, tapota légèrement le cadran, et l'aiguille rouillée détermina le nord.
Mal fit ronfler les moteurs, et choisit de filer plein est, dans la direction d'Arena. S'ils rejoignaient la ville, ils retrouveraient aisément le vaisseau. En espérant ne pas errer dans les dunes et perdre définitivement la trace de sa luciole.
Ce qu'il ignorait, c'est qu'au cœur du Serenity, les âmes étaient blessées à vif. Et l'espoir, anéanti.
Duibùqi : "désolé!"
Bizui : "la ferme!"
Nee mun doh shr sagwa : "vous êtes tous des incapables!"
Aux rares lecteurs de passage sur ce fandom si fermé: un petit commentaire de temps en temps serait très apprécié :) Je sais qu'un auteur écrit avant tout pour se faire plaisir, mais s'il peut procurer ce même plaisir à ses lecteurs et le savoir en retour, c'est encore plus stimulant!
