Les habituelles déclarations : l'univers ne m'appartient pas, l'Histoire non plus, mais une grosse part du monde sorcier de Russie et d'Allemagne vient de moi. En effet, ma curiosité a pris le dessus et je suis allée voir les mises à jour de Pottermore et des infos sur d'autres sites. Et vous savez quoi ? Ben, ça ne change pas grand-chose.

Petite explication : les délégations étrangères sont censées arriver le 30 octobre, après les cours. Or, après vérification, il se trouve qu'en 1994, ce jour tombait un dimanche. C'est pourquoi j'ai ajourné leur arrivée, pour qu'elle tombe un jour de cours.

Si vous trouvez des fautes, n'hésitez surtout pas à le dire, car certaines pourraient échapper à la relecture.

Chapitre 2 : Interclasses

Les premiers cours d'Elisa dans chaque classe furent un succès relatif. En effet, si des études de textes étrangers pouvaient encore passer chez certains élèves conservateurs, les œuvres moldues ou non humaines reçurent un accueil plus que mitigé. Une semaine après la rentrée, le vendredi 9 septembre, la jeune femme céda à l'agacement que lui causèrent les caprices racistes des jeunes sorciers :

-Si le programme ne vous plaît pas, ce n'est pas mon problème. Si vous vous complaisez dans la boue de l'obscurantisme et de l'ignorance, que ça reste votre problème. En attendant, gardez votre intolérance pour vous et respectez ceux qui font l'effort d'accéder au monde de la pensée et de la culture. Le prochain qui laissera échapper la moindre remarque raciste fera non seulement perdre cinquante points à sa Maison mais en plus devra tous les week-ends pendant trois semaines venir en retenue. Donc à moins que vous n'ayez envie de perdre votre temps et les points parfois durement acquis par vos condisciples, je vous conseille fortement de vous tenir à carreau. Aucun écart de ce genre ne sera accepté dans cette salle, ai-je été claire ?

L'accent germanique de l'enseignante étant plus marqué sous le coup de la colère, son petit discours créa un effet de malaise dans les rangs. Aucun élève n'osa broncher. Satisfaite d'avoir obtenu le silence, Elisa reprit son cours. Les sorciers familiers avec le monde moldu ainsi que ceux qui s'y intéressaient remercièrent silencieusement leur nouvelle alliée. Les adeptes de la pureté du sang, en revanche, ne tardèrent pas à la haïr. Sans surprise, Hermione Granger conserva sa place de meilleure élève de sa promotion, et Elisa comprit tout de suite le potentiel de cette élève.

-Le professeur Schwarz est vraiment extraordinaire, s'extasia la jeune fille pendant le déjeuner. Elle m'a prêté un roman d'un auteur russe moldu, un certain Mikhaïl Boulgakov, intitulé Le Maître et Marguerite ; ça a l'air passionnant !

-Il ne faudrait pas qu'elle rencontre mon père, lui répondit Ron. Ils n'arrêteraient pas de discuter pendant des jours.

-Elle me fait un peu penser à McGonagall, ajouta Harry, mais en même temps, ses cours ont l'air plus détendus.

-Ne crois pas ça, répliqua Hermione. J'ai entendu des Septième année dire que ses analyses littéraires sont bien plus poussées que ce à quoi ils s'étaient habitués durant toute leur scolarité. Ils avaient même l'impression d'être très en retard par rapport au niveau exigé.

C'est sur cette réplique peu rassurante qu'elle délaissa son assiette pour se plonger dans l'univers onirique de Boulgakov, peuplé de démons, de phénomènes étranges et d'artistes maudits. Assis en face d'elle, Ron lut le résumé qui ne lui donna vraiment pas envie de partager les lectures de son amie.

A la table des professeurs, Elisa était en grande conversation avec Charity Burbage lorsqu'elle fut interrompue par Severus Rogue :

-Professeur, j'ai entendu un nombre non négligeable des élèves de ma Maison se plaindre de vos cours et du fait que vous piétiniez leurs idéaux.

Aucun élève ne s'était directement adressé au Maître des Potions, mais les discussions en interclasse ne lui avaient pas échappées.

-Mon but n'est pas d'imposer ni d'interdire une pensée, Severus. Je ne fais que suivre un certain programme en l'enrichissant avec ma propre sélection de textes. Le directeur m'a engagée sur cette base, et mes projets ont été approuvés, il n'y a rien de répréhensible dans le contenu de mes cours. Que ça plaise ou non, là n'est pas la question.

-Oui, après tout, nous n'avons tous qu'à suivre les ordres, n'est-ce pas ?

Charity laissa échapper une exclamation choquée, mais Elisa se contenta de lancer son regard le plus venimeux au directeur de Serpentard. Elle s'était attendue à subir ce genre d'insultes, mais pas aussi rapidement, et encore moins de la part d'un collègue. Rogue, pour sa part, eut un rictus satisfait qui horripila la jeune femme.

Le lendemain était un samedi. S'étant avancée dans ses corrections et préparations de cours, Elisa sortit du château en compagnie de Charity Burbage et toutes deux allèrent à Pré-au-Lard, où le professeur d'Etude des Moldus lui fit découvrir les Trois Balais. Les deux femmes s'installèrent après avoir commandé deux Bièraubeurres.

-J'ai découvert cette boisson l'année de mon arrivée en Angleterre, lança Elisa.

-Ah oui ? C'était quand ?

-En 1990.

-Il n'y en avait pas en Allemagne ?

-Pas à l'Est en tout cas. C'était interdit, comme la plupart des produits de l'Ouest. Le Ministre Kreizer était parfois bien plus sévère qu'Honecker ou Krenz.

Charity mourait d'envie d'interroger sa collègue, mais quelque chose dans l'expression de son visage l'en empêcha. Apparemment, Elisa pensait en avoir trop dit, préférant ne pas s'étendre sur le sujet. Charity connaissait dans les grandes lignes l'Histoire de l'Allemagne, côtés sorcier et moldu confondus, mais ses sources venaient de l'Ouest, et la réalité pouvait être bien pire qu'elle ne le croyait.

-Qu'est-ce qui t'a donné envie d'enseigner l'Etude des Moldus ?

-Plusieurs choses, répondit Charity à la fois étonnée et touchée qu'on lui pose la question. Ma famille maternelle est essentiellement composée de moldus, et le choc culturel entre les deux mondes m'a paru tellement absurde que dès que j'ai eu l'opportunité de les rapprocher, je l'ai saisie. C'est vrai, si on y réfléchit bien, nous vivons dans le même pays, partageons parfois le même sang ou les mêmes noms, mais hormis en politiques, nous ne nous fréquentons pas. Il y a plus de contacts entre moldus issus de pays différents qu'entre un sorcier et un moldu de même nationalité. Le Code du Secret magique permet certes de protéger les moldus et de garantir une certaine tranquillité aux sorciers, et vice-versa, mais à terme, ça conduit à une ignorance totale de l'autre et à l'incompréhension, voire à la catastrophe.

-Comme dans les années 70, avec ce Voldemort ?

-Ne prononce pas son nom !

Charity vérifia autour d'elle que personne n'avait entendu le nom honni, et fut rassurée de constater qu'aucun autre client ne faisait attention à elles.

-Pourquoi avez-vous si peur ? Il a été vaincu, ne le laissez pas triompher malgré ça dans vos pensées et vos paroles.

-Le traumatisme n'était pas aussi grand sur le continent avec Grindelwald ?

-Si, mais nous le savions hors d'état de nuire. C'est en nommant l'ennemi que l'on parvient le mieux à le vaincre, voilà une des bonnes choses, à mon sens, que l'on nous enseignait.

-Je vois…

C'est sur cette demi-réponse que la conversation se termina. Les deux professeurs payèrent leurs consommations et sortirent du pub.

Le lundi suivant, Elisa commença par deux heures de cours avec les Troisième année. Après avoir fait l'appel, elle interrogea au hasard un Poufsouffle qui dut résumer la séance précédente. Malgré sa timidité, le jeune garçon s'en sortit très bien, et l'enseignante lui accorda dix points.

-Ouvrez vos livres à la page 53.

Les élèves obéirent, découvrant un nouvel extrait de roman du XIXème siècle.

-En silence et pendant dix minutes, vous relèverez les différents champs lexicaux, les particularités syntaxiques des phrases et les figures de style que vous êtes censés avoir étudiées dans la feuille distribuée la dernière fois.

Elisa regarda sa montre et passa dans les rangs, s'assurant que tout le monde fasse bien son travail sans discuter avec son voisin. Dix minutes plus tard, elle revint devant son bureau et interrogea les élèves sur leurs trouvailles. Dans l'ensemble, ils avaient fait l'effort de se pencher sur l'extrait, même si de nombreux éléments étaient passés à la trappe. Elisa les aida donc à trouver le reste des particularités du texte et répondit aux questions de ceux qui ne comprenaient pas tout ou avaient un doute sur tel ou tel mot. Lorsque la cloche indiqua la fin de la première heure, l'enseignante leur accorda cinq minutes de pause. Colin Crivey vint la voir à ce moment-là, l'air légèrement intimidé.

-Professeur Schwarz ?

-Oui, Monsieur Crivey ?

-Voilà, j'aime beaucoup le théâtre, mais je ne sais pas quel auteur lire.

-Il n'y a pas de règle, Monsieur Crivey. Que préférez-vous ? L'humour ? Le tragique ? L'engagé ? Aucune préférence ?

-J'aime les pièces drôles.

-Dans ce cas, vous trouverez les comédies de Thalie Jovis, composées de vers de tradition classique. Une bonne connaissance des mythes gréco-romains est requise, mais la découverte n'en est que plus intéressante. Chez les moldus, je vous conseille Molière, Ionesco ou Jarry. Leurs styles sont très différents les uns des autres, mais vous y trouverez, en plus d'un divertissement, de quoi enrichir votre culture littéraire. Rien ne vous empêchera de citer ces auteurs dans vos contrôles si vous le souhaitez.

-Ma mère aime beaucoup Oscar Wilde.

-L'Importance d'être Constant, par exemple ?

-Oui.

-Ce texte est très riche, mais je pense ne vous le faire étudier qu'en quatrième année. Maintenant, il faudrait regagner votre place, la pause est terminée.

Le jeune garçon obéit, content d'avoir eu une réponse à sa question, et le cours reprit.

OoOoOoOoO

Elsie, ma chérie,

Ta précédente lettre nous a rassurés, ton père et moi. Nous étions inquiets pour toi, et aussi tellement fiers que tu aies le courage de t'affirmer face à des hordes d'élèves pour qui le mot discipline peut-être d'une grossièreté sans égale. Ta nouvelle vie d'enseignante semble te plaire, ce qui est extrêmement positif. Poudlard est donc si magnifique ? En tout cas, à te lire, les lieux doivent être plus agréables qu'Alydvoriets, moins oppressants.

Tout se passe très bien à la maison. Ta grand-mère Kora va mieux depuis la fin des vacances d'après les médecins, elle devrait recouvrer sa légendaire santé de fer d'ici quelques jours, mais elle est toujours frustrée de devoir rester alitée. Ton père se tue à lui dire que la science des médecins moldus est certes approfondie mais inefficace par rapport à celle des sorciers, elle refuse de l'écouter. D'après elle, si elle n'est pas un être magique, son corps ne pourrait accepter la moindre potion.

La semaine dernière, nous avons croisé Reinold Tischer, ton ancien camarade de classe. Nous l'avons invité à prendre un café à la maison. Toujours aussi gentil garçon, aimable et souriant avec tout le monde. Il nous a demandé de tes nouvelles et semble très heureux pour toi. Après tout, tu as réalisé ton rêve, enseigner en Angleterre.

Je t'embrasse très fort et te transmets les salutations de toute la famille,

Mutti.

Elisa sourit en lisant la lettre de sa mère. Hannerose Schwarz avait toujours tendance à se faire un sang d'encre pour son unique enfant, même si cette dernière était adulte. Le fait que sa petite chérie soit partie à l'étranger à l'âge de dix-neuf ans ne l'aidait pas à se faire moins de soucis. De son côté, l'enseignante fut soulagée d'apprendre que sa grand-mère paternelle allait bien. Après la mort de son mari en 1975, Kora ne s'était pas laissée abattre, et malgré le chagrin, avait continué à vivre, à travailler, voir sa famille. Aussi la savoir en bonne santé après quelques jours de maladie rassurait sa petite-fille. En revanche, un détail de la lettre déclencha une grimace chez la destinataire : Reinold. Il avait été son meilleur ami pendant ses études à Alydvoriets, mais sa mère espérait un peu plus. Non merci, songea Elisa en prenant une plume, de l'encre et du papier pour rédiger la réponse.

Mutti,

Je t'avais bien dit qu'il ne fallait pas t'inquiéter pour moi. Les élèves de Poudlard sont des adolescents comme les autres, il n'est pas utile de leur imposer un train de vie militaire étouffant. Je crois même que ce serait pire. Il y en a même certains qui semblent très intéressés par les cours, ce qui donne du baume au cœur. Au pire, s'il y en a qui dépassent les bornes, il est toujours possible de les réprimander, voire de les punir. J'ai d'ailleurs quelques idées qui leur feraient passer l'envie de chahuter. Espérons juste que je n'en vienne pas là…

Je suis ravie que Grandma aille mieux, mais la connaissant, ce n'est guère étonnant. Comme tu le dis, sa santé de fer ne sait pas se faire oublier, tout comme son entêtement, d'ailleurs. Et si elle préfère se fier à son médecin moldu, libre à elle. Si vraiment ils n'étaient pas aussi fiables que les sorciers comme Vati veut lui faire croire, elle n'en serait pas là aujourd'hui.

Bisous à toute la famille, et à bientôt,

Elsie.

OoOoOoOoO

Au début du mois d'octobre, les professeurs commencèrent à parler des B.U.S.E aux élèves de Quatrième année, et ceux de Cinquième année se préparaient déjà pour l'épreuve fatidique. C'est avec ces derniers qu'Elisa commença les entraînements à l'épreuve écrite, puis à l'épreuve orale.

-Je vais commencer par la mauvaise nouvelle, annonça-t-elle aux Gryffondor et Serpentard. Vos performances à l'oral sont loin du niveau exigé pour les examens, c'est pourquoi il faudra mettre les bouchées doubles. Vous comprenez la méthode, mais le contenu laisse encore à désirer. En revanche, je suis très contente de vos productions écrites. Il y a un très grand nombre de E dans votre groupe, quelques O, et encore quelques A qui ne tarderaient pas à augmenter avec des efforts supplémentaires.

Si les élèves furent franchement déçus des notes orales, leurs visages se fendirent de larges sourires en voyant celles de l'écrit. De quoi leur remonter le moral, même s'ils étaient conscients de devoir travailler davantage, et ce dans toutes les matières.

-Maintenant que vous avez tous vos copies, nous pouvons reprendre le cours sur la diffusion de la littérature sorcière face au Code du Secret au XVIIIème siècle. N'oubliez pas, d'ailleurs, que mercredi après-midi aura lieu une conférence avec les professeurs Burbage et Binns sur les mythes antiques et leur lien avec le monde magique.

Ainsi s'écoulèrent les jours, et petit à petit, Elisa gagna même le respect de ses élèves les plus récalcitrants. Si ceux-ci désapprouvaient toujours l'idée d'étudier des œuvres non sorcières et continuaient de s'en plaindre à leurs parents, au moins ne le faisaient-ils pas pendant les cours, s'efforçant de faire leurs devoirs et d'apprendre leurs leçons. Lorsqu'Hermione rendit Le Maître et Marguerite pendant un interclasse, elle semblait chamboulée mais aussi ravie de l'avoir dévoré.

-L'amour de Marguerite est vraiment puissant, plus fort que tout. En revanche, malgré les mauvais tours parfois drôles des démons Koroviev et Béhémoth, ce climat de méfiance et de délation a tendance à me mettre mal à l'aise.

-La transcription est en effet très fidèle à la réalité. C'est ce qui fait la force de son œuvre : Boulgakov lance un cri d'alarme pour permettre aux artistes de créer librement, tout en pointant les abus du régime stalinien.

-C'est pour ça qu'il a été censuré ?

-En effet. Vous avez remarqué les passages entre crochets, n'est-ce pas ?

-Oui, et en essayant mentalement de les ôter du texte, j'avais l'impression de ne rien comprendre. En tout cas, je vous remercie de m'avoir prêté ce livre, il m'a changé la vie.

-Je suis ravie qu'il vous ait plu.

Lorsque le cours reprit, Elisa ne continua pas la leçon entamée mais décida de la mettre sur pause.

-Vous n'avez sans doute pas oublié que la semaine prochaine, les délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang se présenteront à Poudlard. Avant cette date, il ne nous reste, en comptant celle-ci, que deux heures de cours. Nous mettrons à profit ce temps pour étudier des extraits de textes sorciers français et est-européens, pardonnez cette vague dénomination, mais je l'utilise faute de mieux puisque l'emplacement de Durmstrang est plus difficile trouver que la joie de vivre de Charles Gib.

Il y eut quelques éclats de rire, mais la plupart des élèves furent surpris d'entendre un trait d'humour dans un discours sérieux du professeur Schwarz. Celle-ci attendit patiemment que tous retrouvent leur calme avant de continuer.

-L'heure qu'il nous reste aujourd'hui sera consacrée à la littérature française.

Ce cours ainsi que le suivant sur l'Europe de l'Est le vendredi matin furent plus détendus, et Elisa dut veiller plusieurs fois à ce qu'il n'y ait pas de débordements.

Quelques informations sur les auteurs et politiciens cités, Thalie Jovis, Charles Gib et Lutz Kreizer (les autres sont tous réels) :

Thalie Jovis était une dramaturge du XVIIème siècle en Italie. Son prénom est inspiré de la Muse présidant à la comédie, Jovis est une des racines du nom Jupiter, père des Muses.

Pour Charles Gib, romancier du début du XXème siècle, le prénom vient de Baudelaire, et le nom de famille signifie «lardon», en référence au nom du peintre Francis Bacon dont les œuvres sont réputées pour provoquer un certain sentiment d'angoisse.

Lutz Kreizer était le dirigeant sorcier de RDA de 1978 à 1989. Son nom n'a aucune subtilité particulière, je l'ai choisi grâce à un générateur de noms de fiction.