Les habituelles déclarations : l'univers ne m'appartient pas, l'Histoire non plus, mais une grosse part du monde sorcier de Russie et d'Allemagne vient de moi.
Pour les besoins de l'histoire, le professeur d'Etude des Runes change de sexe : Bathsheba Babbling devient Baldric Babbling.
ATTENTION : ce chapitre comporte une scène choquante, le rating M n'est pas là pour décorer, alors si vous êtes sensibles, ne lisez pas le passage entre les lignes de «OoOoOoOoO». Vous êtes prévenus. En fait, gardez tout simplement à l'esprit que dès qu'il y a un flashback, sauf exceptions, ça annonce quelque chose de mauvais.
Chapitre 4 : Elisa Karenina
C'est vers la mi-décembre qu'Elisa se vit rappeler un détail important : le bal de Noël. Et c'est de la plus curieuse des façons que l'évènement futur lui revint en mémoire. En effet, ce jour-là, elle se promenait le long du lac lorsqu'elle aperçut Karkaroff observant l'étendue d'eau d'un air songeur. Elle n'avait que très peu parlé avec le directeur de Durmstrang depuis le soir d'Halloween, la plupart du temps pour le saluer et échanger des banalités avant de reprendre son chemin.
-Professeur Karkaroff, dit-elle en inclinant légèrement le menton.
-Madame. Belle journée, n'est-ce pas ?
-En effet. Il s'est arrêté de neiger, mais ça ne devrait pas tarder à recommencer.
-Ça rappelle le pays. Au fait, je me rends compte que vous connaissez mon identité complète, ce dont peu de personnes en-dehors de mes élève ne peuvent se vanter ici, mais moi, je ne sais rien de vous, alors que nous nous croisons tous les jours.
«Il se fout de moi, s'interrogea mentalement la jeune femme. Pourquoi il s'intéresse à ça maintenant ?» L'enseignante fit néanmoins bonne figure et répondit.
-Je m'appelle Elisa Schwarz.
-Vous êtes allemande ?
-En effet. Ou plutôt, je l'étais.
-Et vous parlez russe presque sans accent…
-Nous étions obligés de l'apprendre, malgré les sortilèges de traduction. Attendez, comment ça, «presque» ?
-Vos «r» sont encore un peu durs.
-Et pourtant, l'accent bavarois roule les «r», mais pas assez, on dirait.
-Vous êtes au courant pour le bal, n'est-ce pas ?
-Oui, et ?
-Mademoiselle Schwarz, accepterez-vous de venir avec moi en tant que cavalière ?
OoOoOoOoO
Académie d'Alydvoriets, octobre 1986
Reinold Tischer était un gentil garçon, ça, tout le monde s'accordait à le dire. Agé de quinze ans, il était doué en magie, travailleur et intelligent. Même son allure criait le jeune homme policé et calme : grand, mince, les cheveux châtains parfaitement coiffés, de grands yeux gris cachés derrière des lunettes rondes. Son uniforme était toujours impeccable. Pour les enseignants, il était une bénédiction. Pour ses amis, un rayon de soleil. Pour les brutes, une victime idéale. Ce dimanche fut de loin le pire jour de sa vie.
Le jeune homme avait pour habitude de se rendre à la bibliothèque après les cours, et tous les soirs pendant le week-end. La plupart du temps, ses amis étaient avec lui, mais ce jour-là, ils avaient soit un devoir surveillé, soit une retenue. Lorsqu'il sortit de la bibliothèque, le couvre-feu était proche. Furieux de s'être laissé distraire de la course du temps, il se précipita dans les couloirs, mais n'atteignit pas les dortoirs : avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit, il fut plaqué au sol par plusieurs personnes qui le bâillonnèrent par un sort et lui bandèrent les yeux, avant de lui attacher les mains et de le jeter sans ménagement dans une cabine de toilettes. La lunette de céramique froide heurta brutalement sa colonne vertébrale.
-Enlève-lui sa veste et sa chemise, ordonna un garçon.
Un autre s'exécuta puis lui remit ses liens, et Reinold se retrouva torse nu devant un groupe d'élèves qu'il ne pouvait pas voir. L'un d'eux s'agenouilla devant lui et lui colla deux gifles qui le firent chanceler. Il le souleva en suite sans ménagement et plongea sa tête dans la cuvette. L'eau froide s'infiltra dans sa gorge et ses poumons. On le tira par les cheveux, et il put de nouveau respirer. Le supplice recommença deux fois. Il sentit alors une terrible douleur dans son dos. Ne pouvant crier à cause du sortilège, il supporta en silence la déchirure de sa chair. Il recevait des coups de ceinture si forts qu'il crut que tous ses vertèbres allaient y passer. Mais la suite fut encore pire : un élève creusa avec un sortilège des lignes profondes dans son dos. Il ne pouvait le voir, ni même le reconnaître à cause de la douleur, mais le symbole n'était autre que la marque de Grindelwald : le triangle dans lequel se trouvait un cercle barré à la verticale d'un trait reliant l'angle du haut et le côté opposé. Le jeune homme eut tellement mal qu'il vomit. La moitié de la substance nauséabonde coula sur les bords et le sol.
-Tu es répugnant, Tischer, déclara avec dégoût l'un de ses tortionnaires.
Indifférent aux pleurs de sa victime et sous les rires de ses complices, il prit du papier toilette pour nettoyer le vomi qui dégoulinait et le fourra dans la bouche du jeune homme. Puis ils le ligotèrent complètement après lui avoir enlevé son pantalon et jeté ses vêtements dans la poubelle à côté des lavabos, vêtements qui se retrouvèrent arrosés d'urine. Reinold se retrouva assis sur la cuvette, en caleçon, ses lunettes enfoncées dans sa peau à cause du bandeau, enfermé dans la cabine par un sortilège.
Ce n'est que plus tard qu'un élève sortant d'un devoir le trouva et partit chercher de l'aide. Une fois à l'infirmerie, ses amis vinrent le voir. Lev était furieux, Anka tellement choquée qu'elle ne pouvait pas parler, et Elisa en larmes. Pendant ce temps, le directeur laissait éclater son indignation. Dans son bureau, il avait convoqué tous les professeurs et surveillants.
-Un tel comportement est intolérable ! J'exige que les coupables soient retrouvés et punis comme ils le méritent avant la visite du Ministre de la Magie, me suis-je bien fait comprendre ?
Les personnes présentes opinèrent. Ils avaient à peine deux semaines pour régler cette affaire qui ne devait certainement pas être ébruitée, au risque d'entacher la réputation de l'école.
OoOoOoOoO
Il ne restait que trois jours avant le bal de Noël. La plupart des élèves étaient intenables, et la gestion de la décoration, de la musique et du repas avait de quoi s'arracher les cheveux. Le soir du Solstice d'hiver, Charity entra dans la salle des professeurs avec un sourire joyeux et s'assit à la même table qu'Elisa qui corrigeait quelques copies. Cette dernière avait l'habitude de s'y rendre même pendant les vacances, le calme et la fonction principale de cette pièce l'aidant mieux à travailler que dans sa chambre ou à la bibliothèque.
-Toi, tu brûles d'envie de me dire quelque chose, devina la littéraire.
-Si tu savais ! J'ai l'impression d'avoir le même âge que nos élèves, mais c'est tellement amusant !
-Quoi donc ?
-Baldric m'a invitée pour le bal.
-Ah oui ? C'est génial, ça !
-Oui. J'ignorais que les professeurs étaient tenus de faire comme les élèves.
-Normalement, non, c'est le soir-même qu'on choisit avec qui on danse. Mais rien n'empêche d'inviter quelqu'un.
-Jolie comme tu es, il n'y en a pas un qui a souhaité te garder pour lui tout seul ?
-Tu me fais rire quand tu te comportes comme une collégienne. Si, quelqu'un m'a invitée.
-Ah bon ? Qui ? Je veux savoir.
-Karkaroff.
-Hein ?
Alors là, si elle s'était attendue à une telle réponse ! Elle aurait pensé que le cavalier de son amie était un élève de Septième année particulièrement audacieux, ou l'un de ceux des délégations étrangères, ce qui aurait été moins bizarre, ou encore l'un des professeurs de Poudlard. Mais Karkaroff ? Il y avait de quoi se poser des questions.
-Pourquoi lui ?
-Je n'en sais rien.
-Et tu as accepté ?
-Oui.
-Oh, la vache ! Et tu ne sais pas pourquoi non plus ?
-Non.
Le jour J arriva enfin. Elisa mit un certain temps à se préparer, n'étant pas habituée à porter des robes de bal, mais elle fut à l'heure, à son plus grand soulagement. La jeune femme était resplendissante dans une robe bleu azur marquée à la taille, au col en V évasé et au jupon bouffant recouvert d'un voile transparent brodé de roses d'argent. Elle portait un court collier de perles à deux rangs et ses boucles étaient attachées en un chignon bas sophistiqué duquel s'échappaient quelques anglaises.
-Tu es magnifique, lui glissa Charity à l'oreille pendant que les professeurs s'attablaient. Une vraie princesse. Non, une vraie Tsarine…
Elisa eut du mal à ne pas rougir de ce compliment chargé de certains sous-entendus. Charity elle-même était très belle dans sa robe vert d'eau, ses cheveux blonds tombant en ondulations dans son dos.
Sur les nombreuses tables, devant chaque assiette, se trouvait un menu. Dumbledore montra à tous le principe du repas : il suffisait de dire tout haut le plat qui faisait envie, et celui-ci apparaissait dans l'assiette. Elisa commanda un pavé de saumon tout juste grillé sur les arrêtes (dans le sens géométrique du terme) et relevé d'une cuiller d'huile de sésame, du riz à la cannelle et quelques morceaux de carotte.
Les champions mangeaient à la même table que les juges du Tournoi, aussi lorsque Krum décrivait Durmstrang à Hermione, Karkaroff se sentit obligé de mettre les holàs :
-Allons, allons, Viktor ! N'en dites pas plus, sinon votre charmante amie n'aura aucun mal à nous trouver !
-Igor, pourquoi tout ce secret ? intervint Dumbledore. On aurait presque l'impression que vous ne voulez pas recevoir de visiteurs.
-Vous savez, Dumbledore, répondit Karkaroff avec un sourire malsain, nous tenons tous à protéger notre domaine. N'avons-nous pas le désir de garder jalousement les lieux du savoir qui nous ont été confiés ? N'avons-nous pas raison de tirer fierté d'être les seuls à connaître les secrets de nos écoles, et raison aussi de vouloir les préserver ?
La table des autres professeurs était à portée de voix si l'on faisait bien attention. Elisa, qui était assez proche des deux directeurs, entendit la réplique de celui de Durmstrang. «C'est sûr que si Alydvoriets n'avait pas eu cette politique, songea amèrement la littéraire, les élèves auraient vite cessé leurs pratiques dignes du KGB à Loubianka…». Dumbledore répondit amicalement à son homologue russe :
-Oh, je n'aurais jamais la prétention d'affirmer que je connais tous les secrets de Poudlard, Igor. Pas plus tard que ce matin, par exemple, je me suis trompé de chemin en allant aux toilettes et je me suis retrouvé dans une pièce aux proportions admirables que je n'avais encore jamais vue. Or, savez-vous ce qu'il y avait dans cette pièce ? Une magnifique collection de pots de chambre ! Et, quand j'y suis retourné pour l'examiner de plus près, je me suis aperçu que la pièce avait disparu. Mais j'essayerai quand même de la retrouver. Il est possible qu'on ne puisse y accéder qu'à cinq heures et demie du matin. Ou alors, peut-être qu'elle n'apparaît que lorsque la lune est à son premier quartier - ou encore lorsque celui qui la cherche a la vessie particulièrement pleine.
Elisa se retint de rire pour ne pas attirer l'attention de ses collègues. Dumbledore était vraiment le sorcier le plus déjanté qu'elle ait rencontré. Une fois le repas terminé, les quatre champions ouvrirent le bal. Karkaroff se leva et rejoignit la littéraire, tendant la main dans sa direction.
-J'espère que vous n'avez pas oublié, Madame.
-Je n'ai pas oublié, répondit-elle en se levant et prenant la main de son partenaire qui la guida sur la piste de danse.
Les autres professeurs, hormis Charity, ouvrirent des yeux ronds en entendant ce curieux échange. Mais ils oublièrent vite, les couples se formant pour la première danse, rejoignant les élèves qui bougeaient au rythme de la chanson des Bizarr' Sisters.
C'est lorsqu'elle commença à danser qu'elle se sentit comme une vraie princesse. Elle ne connaissait que la théorie, aussi fut-elle soulagée de constater que son cavalier savait ce qu'il faisait. Elle comprenait Cendrillon, Emma Bovary, Anna Karénine, Marie-Antoinette… Lorsque Karkaroff la prit par la taille pour la soulever, elle eut l'impression de rester suspendue dans les airs, comme les grands oiseaux qui prennent leur envol pour la première fois. L'enchantement fut de courte durée. Karkaroff s'excusa auprès d'elle une fois la première chanson terminée, et s'en alla. Elisa fronça le nez devant sa muflerie. Elle but un grand verre de vin blanc et s'attendait à rester assise une fois la boisson ingurgitée lorsqu'un jeune homme roux d'à peine vingt ans au regard suffisant derrière ses grosses lunettes vint l'aborder :
-Bonsoir, Madame. M'accorderez-vous cette danse ?
Il avait le ton pompeux, mais il s'efforçait d'être aimable. Tout ce qu'elle savait de lui était qu'il remplaçait Bartemius Croupton. Elisa n'eut pas le cœur de le renvoyer balader et accepta. Il n'était pas très mauvais danseur, mais un peu rigide dans sa posture. Il l'abandonna au bout de deux chansons, déclarant avoir quelque chose à dire à l'un de ses frères.
-Mais qu'est-ce qu'ils ont tous aujourd'hui ? se demanda Elisa à voix basse en voyant son jeune partenaire discuter avec un Ron Weasley à l'expression particulièrement sombre.
-Tout va bien, Elsie ? Où est Karkaroff ?
Charity et Baldric la rejoignirent. Si le professeur de Runes semblait à peine curieux, sa partenaire avait l'air inquiet.
-Il m'a lâchée, répondit l'abandonnée avant de boire une chope entière de Bièraubeurre.
Charity ouvrit de grands yeux ronds. Ce n'était pas dans les habitudes de son amie de boire comme ça. Celle-ci reposa la chope maintenant vide et en proposa à ses collègues, avant de s'en resservir une.
-Joyeux Noël, déclara Baldric en levant sa boisson.
-Joyeux Noël, répéta Charity
-Fröhliche Weihnachten, conclut Elisa, vidant sa chope d'un trait.
-D'accord, Elsie, là, il y a quelque chose qui ne va pas, répliqua Charity.
-Ah bon ? Quoi donc ?
-Tu n'as jamais parlé allemand, sauf pour ne pas être comprise par les collègues. Je ne suis pas en train de dire que tu es ivre, mais tu t'en approches. Evite de boire de l'alcool après ça, s'il te plaît.
-Jawohl, Mutti.
-Tu le fais exprès.
-Oui. Mais je n'ai bu qu'une seule chope, je l'ai juste remplie deux ou trois fois.
Tous trois éclatèrent de rire, même Charity. Baldric s'interrompit en regardant vers l'entrée de la Grande Salle. Les deux femmes, se demandant ce qui se passait, se retournèrent et virent Karkaroff avancer vers leur trio. Une lueur d'angoisse brillait dans ses yeux glacés, avant d'être masquée par un sourire contrit.
-Veuillez excuser ma brusquerie de tout à l'heure, déclara-t-il à Elisa. J'espère ne pas vous avoir blessée. Puis-je vous inviter une nouvelle fois pour me faire pardonner ?
«Quel beau parleur, songea Elisa. S'il pense que je suis dupe, il se fourre le doigt dans l'œil». Elle accepta néanmoins, et tous deux retournèrent sur la piste. Il restait un quart d'heure avant la fin lorsqu'Elisa déclara être fatiguée et vouloir s'en aller. Se maudissant mentalement pour sa faible résistance à l'alcool, elle accepta distraitement d'être raccompagnée jusqu'en haut de l'escalier principal par son partenaire. Ils croisèrent quelques couples assis sur les premières marches, puis arrivés en haut, ils étaient seuls.
-Bonne nuit, professeur Karkaroff.
-Etes-vous toujours aussi formels, en Allemagne ?
-Excusez-moi ? Comment auriez-vous souhaité que je vous le dise ?
Sans plus attendre, le directeur de Durmstrang l'embrassa. Elisa ne sut comment réagir, ne s'étant absolument pas doutée d'une telle audace de sa part. Karkaroff y mit fin au bout de quelques secondes, souhaitant la bonne nuit à la littéraire avant de retourner dans la Grande Salle. Lorsqu'elle reprit ses esprits et son chemin vers sa chambre, Elisa se jura de ne pas raconter cet épisode à Charity avant plusieurs jours, histoire que l'étonnement passe. Mais pour le moment, elle avait surtout envie de dormir.
Non, rassurez-vous, Karkaroff n'est pas OOC complètement fou amoureux d'Elisa après un coup de foudre, une histoire d'âmes sœurs et de je t'aime pour toujours. Rien de tout ça. Mais vous verrez bien. D'ailleurs, la «lueur d'angoisse» que remarque Elisa n'a rien à voir avec elle, c'est juste un vestige de sa conversation avec Rogue.
Alors, maintenant, pourquoi avoir mis un tel flashback dans un chapitre consacré au bal de Noël ? Tout simplement pour le décalage, le choc. Celui-là contient d'ailleurs une référence cinématographique. Si vous la trouvez, dites-le par review et la suite n'arrivera pas avec trois mois d'intervalles (j'ai une excuse, mes études sont très prenantes). Il y aura d'autres flashbacks, de façon totalement aléatoire, et pas forcément sur l'enfance d'Elisa.
