Fabliau Klingon-6
- Pourquoi agit-il comme ça?
Spohkh leva le nez de son dossier.
Il n'avait eu aucun mal à convaincre Kahn'ess qu'elle pourrait se rendre utile et, elle aussi, travailler au sein de son administration. Son but premier avait été d'éviter à cette Humaine la solitude et l'ennui. Comme tous les Vulcains, il n'avait aucune indulgence vis à vis de l'oisiveté. Naëlys avait d'ailleurs été ravie de savoir qu'elle allait pouvoir se rendre utile. Il l'avait donc installée dans son bureau et avait aussitôt commencé sa formation. Spohkh n'avait pas été déçu. Naëlys s'était révélée d'une vive intelligence.
- Veuillez préciser votre question. Répondit Spohkh tranquillement
- Pourquoi le maître se comporte de façon aussi gentille avec nous ? Il n'a pas vraiment voulu me répondre quand je lui ai demandé.
Spohkh se figea :
- Vous lui avez posé cette question en utilisant le terme gentil ?
- Oui, hier soir.
Spohkh maîtrisa son étonnement.
- Il ne s'est pas mis en colère ?
- ... il a un peu haussé le ton. Et il m'a dit que vous étiez le meilleur conseillé qu'il ait jamais eu. Et que ma peur de lui était ridicule. Je ne comprends pas. De ce que j'ai vu du comportement des Klingons, ils prennent ce qu'il veulent sans demander, alors pourquoi vous demander de m'hypnotiser ? Pourquoi se soucie-t-il de ne pas me faire mal ?
... un peu haussé le ton... alors qu'elle l'avait insulté sans le savoir. Un Klingon qui se respecte n'est en aucun cas gentil, il pouvait à la rigueur être bienveillant... Il avait fait preuve d'un étonnant self-contrôle. Kahn'ess était vraiment déterminé à... apprivoiser cette douce Humaine.
- Comme vous avez pu le constater, le maître attache de l'importance à ce que nous soyons bien traités, afin que nous puissions le servir au mieux
... en tout cas, telle était la raison officielle : Kahn'ess agissait uniquement par égoïsme. Un motif parfaitement acceptable pour un Klingon. Et que Naëlys pouvait elle-même admettre.
- Et lorsqu'il se lassera de nous ?
Spohkh aussi s'était souvent posée cette question, à chaque fois repoussées derrière ses barrières mentales, à présent au top de leur efficacité. (Puisque maintenant, il dormait et méditait le temps nécessaire dont il avait besoin) Il allait essayer de lui donner une réponse rassurante quand la porte s'ouvrit et Kahn'ess entra, accompagné d'un ministre.
- Tu as le dossier pour Thonk'ok Jeng ?
- Oui, Général, le voici. Répondit Spohkh.
Kahn'ess l'avait à plusieurs fois repris, lui interdisant de le nommer maître en public. Thonk'ok Jeng saisit le dossier.
- Général, lorsque vous voudrez bien nous accorder un peu de temps, nous aurions une question à vous poser.
Intrigué, Kahn'ess surprit le rougissement de Naëlys. Cela la concernait donc. Il avait là, peut-être, un moyen de lui faire comprendre qu'elle n'avait aucune raison de le craindre...
- Laissez-nous, Thonk'ok Jeng.
Kahn'ess attendit que la porte soit fermée.
- Je t'écoute, Spohkh.
- Nous souhaiterions savoir ce qu'il adviendra de nous lorsque vous vous lasserez de nous.
La question était un peu brutale. Les traits de Kahn'ess s'assombrirent au point de donner l'impression qu'il allait exploser de colère. Mais Spohkh perçut autre chose, une sorte de déstabilisation.
Kahn'ess ne savait que répondre. Il lui était impossible de dire qu'il s'était déjà profondément attaché à elle, alors qu'elle ne lui appartenait que depuis à peine deux jours, et qu'il ne concevait pas son avenir sans Spohkh et Naëlys à ses cotés. Mais comment pourrait-elle pu le deviner? Il vit que quelque chose dans sa réaction avait effrayé son Humaine.
- ... je... je suis le seul à avoir le droit de posséder des hors-mondes. Répondit-t-il en regardant Naëlys. S'il advient que je me lasse de toi... tu... resteras tout de même ma propriété. Et j'ai toujours été... soigneux avec mes possessions.
Naëlys ouvrit de grands yeux, humiliée. Kahn'ess ressentit de la colère vis à vis de lui-même. Il se tourna vers Spohkh:
-... je ne suis pas un Klingon versatile. Tu le sais, Spohkh.
- En effet, vous avez toujours été fidèle à vos convictions.
-Voilà. Tu vois Naëlys, tu n'as rien à craindre.
Naëlys ne savait que penser. Elle avait bien perçu la façon avec laquelle Spohk avait mis l'accent sur le mot fidèle, et l'approbation immédiate du Klingon. Kahn'ess s'approcha d'elle et se pencha sur elle. Il saisit son menton et posa un baiser sur ses lèvres.
- Spohkh et toi. Vous êtes à moi. Et je n'ai en aucun cas l'intention de me priver de vous un jour. M'as-tu bien compris? Gronda-t-il.
- ... oui. Répondit-elle avec une petite voix impressionnée par la possessivité grondante de Kahn'ess
Kahn'ess sortit aussitôt, en claquant la porte, faisant sursauter Naëlys. Spohkh resta silencieux un long moment.
- Monsieur Spohkh ? S'inquiéta Naëlys. Vous êtes fâché vous aussi?
- Veuillez excuser mon silence, Naëlys. Non, je ne ressens aucune colère. Je réfléchissais. Lors de notre dernier contact physique entre le maître et moi, une sorte de lien mental s'est noué entre nous. Et à présent, je suis sûr de ce que je perçois via ce lien: il éprouve un fort attachement à notre égard.
- Un attachement ? Vis à vis de nous deux ? Mais il ne sait rien de moi!
- Kahn'ess est un homme de passions.
- Alors pourquoi est-il en colère après nous?
- Il est un Klingon. Et ce qu'il éprouve... il lui est impossible d'en parler, par fierté.
Il contempla l'humaine. Elle restait extrêmement stressée.
- Vous me semblez tendue. Vous n'avez cependant rien à craindre de ma part comme de la sienne.
-... mis à part quand il veut ça!
... ça ? De quoi parlait-elle? Il se souvint de son expression choquée à chaque fois que le mot accouplement avait été prononcé. Elle parlait par ellipse, il allait donc faire de même.
- Je conçois qu'il est déstabilisant pour vous d'être ainsi forcée. Cependant, le maître n'est pas à même de comprendre votre crainte à son égard, car il ne vous a pas physiquement blessée.
Spohkh se souvint de la première fois qu'il avait pénétré son maître. Il avait agit selon son bon vouloir sans se soucier de l'accord de son maître, il lui avait même désobéi, il avait pris ce qu'il avait voulu de lui. Mais Kahn'ess, au lieu de se fâcher, était parti du principe que, puisqu'il avait eu du plaisir, il n'y avait pas d'offense. Mais il ne pouvait se permettre de donner cet exemple à Naëlys, le risque de perdre sa fragile confiance était trop grand.
- Le maître estime que s'il parvient à nous... arracher... des... sensations agréables, il n'y a pas de... sévices. C'est pour cela qu'il m'a demandé de manipuler vos émotions.
- Mais...
Tout s'embrouillait dans l'esprit de Naëlys. Quelle étrange façon d'agir pour un guerrier Klingon.
- Mais pourquoi fait-il ainsi, alors qu'il pourrait juste... prendre ce qu'il veut ? Insista-t-elle
- Cela ne l'intéresse pas de le faire de cette façon. Il n'y a que ses ennemis qu'il prend plaisir à faire souffrir. Kahn'ess aime prendre et donner du plaisir...
Spohkh se figea tandis que son esprit qui avait bloqué cette information si longtemps l'exprimait enfin.
Kahn'ess aimait...
Non ce n'était pas juste un attachement possessif vis à vis de son esclave. Son cœur rata un battement dans sa poitrine
Non ce n'était pas juste une recherche de plaisir. A chaque fois, Kahn'ess voulait donner, partager. Métaphoriquement, son cœur doubla de volume
Kahn'ess l'aimait...
Kahn'ess aimait Spohkh...
Spohkh se sentit à la limite du débordement émotionnel et dut lutter pour conserver son calme. Naëlys le vit se figer. Ses angoisses refluèrent au profit de son inquiétude pour lui. Elle se leva et alla vers lui sans pour autant oser le toucher.
- Vous allez bien ? Demanda-t-elle avec émotion
-... Oui. Répondit-il d'une voix rauque.
Elle hésita et timidement posa sa main sur son épaule. Spohkh parvint à se reprendre tout à fait.
- Rassurez-vous, je...
La porte du bureau s'ouvrit brutalement et Kahn'ess entra en trombe, les faisant sursauter.
- Qu'est ce qui se passe ? Gronda-t-il prêt à tuer de ses mains ceux qui avaient osé s'en prendre à son Spohkh...
Mais il n'y avait dans ce bureau aucune raison d'inquiétude, pas de tentative d'agression, pas de sang versé.
Alors pourquoi cette alarme s'était-elle allumé en lui ? En quelques pas, il fut près de Spohkh. Il sentit... il sentit quelque-chose battre violemment en lui... cette même sensation qui l'avait avertit du pic émotionnel de son impassible Vulcain
- Qu'est ce que c'est ? Ce truc-la, qui bat en moi ? Gronda-t-il
- Un lien mental. Répondit Spohkh avec un calme qu'il n'avait plus qu'en apparence
- Entre toi et moi ? Grommela Kahn'ess qui avait du mal à y croire
- Oui. Dit Spohkh d'une voix devenue rauque
- Donc, s'il t'arrive quelque-chose je le saurai immédiatement ? Déduisit le Klingon
- Oui. Et la réciproque est vraie aussi. Précisa le Vulcain
- Logique. Quel est le moyen de le rompre ?
- Me tuer. Répondit Spohkh dans un frisson
Kahn'ess eut un temps d'arrêt. Le temps d'assimiler correctement l'information. Son Vulcain était mentalement lié à lui. De façon indélébile.
A lui.
Pour toujours.
- Donc. Tu . es . à . moi . Gronda Kahn'ess. Définitivement à moi !
Il saisit Spohkh par le col, le souleva de son siège sans effort et le plaqua contre le mur. Il plongea sur sa bouche. Le baiser fut passionné. Kahn'ess agrippa le visage de Spohkh, Spohkh enlaça sa taille. Leurs sangs s'échauffèrent aussitôt. Sans aucune tendresse, Kahn'ess coucha Spohkh sur le bureau.
- Naëlys, sortez de ce bureau, vite. Dit Spohkh d'une voix rauque, tandis que Kahn'ess arrachait furieusement les boutons de sa tunique.
Naëlys recula lentement, incapable de les quitter des yeux.
- Ashayam t'nash-veh... Soupira Spokhh d'une voix rauque
- Ca veut dire quoi ? Grommela Kahn'ess
Il s'énervait sur les tissus qui entravait l'accès de ses mains à sa peau et il commença à les déchirer.
- BangwI' (mon amour). Murmura Spohkh.
- Oh bordel, oui ! Exulta Kahn'ess en lui prenant à nouveau la bouche dans un baiser.
Naëlys referma la porte derrière elle, son cœur battait à cent, non, à mille à l'heure. Elle avait comprit.
Spohkh était tout aussi coincé que Kahn'ess pour parler sentiments. Ce n'était pas de l'attachement. C'était un amour passionné que Khahn'ess et Spohkh éprouvaient l'un pour l'autre, et que Kahn'ess avait pour elle.
Chaque 'tu es à moi', chaque 'ma propriété'...
Il ne voulait pas être humiliant, cela signifiait 'tu as de l'importance pour moi'. Mais il ne savait/pouvait pas le dire, alors il disait 'tu m'appartiens'
...
Naëlys arpenta les couloirs qui la ramenaient aux appartements du maître. Elle essayait d'avoir l'air assurée. Cependant, aucun Klingon qu'elle croisa ne tenta quoi que ce soit contre elle. Les regards étaient rarement indifférent. Il y avait de la curiosité, parfois de l'intérêt, rarement du mépris.
Elle se perdit. Elle prit son courage à deux mains et aborda un groupe de Klingon qui parlaient et riaient de leur voix puissantes.
- Excusez moi, messieurs les Guerriers...
- Oh, mais c'est l'Humaine du premier ministre! S'exclama . Qu'est-ce qu'il t'arrive?
- Je me suis perdue. Balbutia-t-elle
Elle essayait en vain de ne pas trembler.
- Les humains semblent vraiment être de petites choses fragiles. Dit Thonk'ok Jeng sur un ton goguenard. Cela ne m'étonne pas qu'aucun d'eux n'ait survécu!
Naëlys rougit. Il est vrai que face à ces géants, elle se sentait absolument minuscule. Ils l'entourèrent pour la regarder de plus prêt. Mais aucun ne leva la main sur elle. Puis Thonk'ok Jeng interpella un soldat.
- Ramène Naëlys aux appartements du premier ministre
Le soldat posa ses yeux sur l'esclave de leur général. Cette Humaine avait éveillé l'intérêt de leur chef. Cette humaine ne portait pas de collier. Leur chef voulait donc qu'elle soit traitée avec respect.
- Suivez-moi. Dit le soldat.
Il prit garde à ne pas marcher trop vite, et la laissa devant la porte
- Merci, monsieur le Soldat.
Le soldat se contenta d'un bref salut et repartit.
ooo
Des Klingons avaient été gentils avec elle... des guerriers impitoyables, des soldats sanguinaires... gentils ?!
C'était un peu comme si Kahn'ess avait déployé autour d'elle une aura de possessivité qui la protégeait.
Non, il n'y avait pas que cela, il y avait eut presque de la gentillesse dans la façon qu'avait eue Thonk'ok Jeng de la traiter de petite chose fragile...
Son ancienne maîtresse... sa façon de répéter qu'elle n'était pas belle à chaque fois qu'un Klingon la regardait de trop près... et ses enfants, qui profitaient que les adultes aient le dos tourné pour lui réclamer des câlins et des histoires, comme n'importe quels gamins du monde... c'était de gentils gamins et elle s'était attachée à eux...
L'angoisse qui ne la quittait plus depuis son arrivée sur Qo'noS commença à desserrer son emprise sur elle. Une insurmontable fatigue la saisit. Elle se traina jusqu'à la chambre et se coucha sur le lit. Elle s'endormit aussitôt. A un moment, elle eut froid. Il y avait une large tunique sur le lit. Elle la trouva à tâtons et s'y emmitoufla.
ooo
Naëlys sentit la chaleur de l'esprit de Spohkh effleurer le sien, mais cela ne la réveilla pas, au contraire, son sommeil n'en fut que plus profond.
- Elle dort. Dit tranquillement Spohkh.
- Depuis cet après-midi ? S'étonna Kahn'ess. Tu es sûr qu'elle n'est pas malade, qu'elle ne va pas mourir comme les autres humains?
- J'en suis totalement sûr. Elle ne risque plus de subir de réaction allergique alimentaire puisque vous veillez à ce qu'elle reçoive des repas adaptés à ses besoins. Elle ne risque plus non plus d'être agressée, car vous veillez sur elle. Elle le sait, elle l'a compris. Il est probable qu'elle ait vécu dans l'angoisse permanente depuis son arrivée sur Qo'noS. A présent qu'elle se sent enfin en sécurité, son organisme s'autorise à baisser la garde et à dormir vraiment. C'est une sorte de transe algique, mais dans sa version Humaine.
- En sécurité, le nez dans ma tunique. Constata Kahn'ess avec satisfaction. Cela va-t-il accélérer son syndrome de Stockholm?
Maintenant, Spohkh savait que la vraie question était Va-t-elle m'aimer ? Il répondit cependant de façon indirecte, afin de ne pas heurter la fierté de ce guerrier.
- C'est envisageable. Son inconscient va associer votre odeur avec ce sentiment de sécurité.
ooo
Le rêve de Naëlys était particulièrement sensuel, et agréable. Ce ne fut que lorsqu'elle entendit Spohkh parler qu'elle se rendit compte qu'elle ne rêvait pas, et que les soupir qu'elle entendait étaient réels. Elle ouvrit le yeux et les vit.
Ils étaient sur le sol, sur la peau de bête devant la flambée de la cheminée, nus. Kahn'ess était plaqué sur le ventre et Spohkh était au dessus de lui. Les deux hommes luttaient l'un contre l'autre
- Dis-le ! Ordonna Spohkh. Var'uh t'ish-veh !
Kahn'ess essaya de se débattre, de reprendre le dessus, en vain. Spohkh le plaqua impitoyablement sur le sol et agrippant ses mains pour l'immobiliser
- Dvun'uh! Répliqua Kahn'ess. Spohkh! Je te l'ordonne, bouge!
- Aitlu nash-veh ta var-tor du t'ish-veh [je veux que tu le dises!]
- Spohkh...
Spohkh bougea, doucement, et Kahn'ess gémit. C'était à la fois si agréable et si frustrant.
- Var'uh t'ish-veh ! [dis-le!] Répéta le Vulcain dans un nouveau coup de rein qui fit gémir Kanh'ess
Pour la première fois de sa vie, Kahn'ess céda.
- Ashau nash-veh t'du, Spock, je t'aime !
Spohkh se retira de lui et le retourna pour l'embrasser. Mais il se retrouva aussitôt plaqué à son tour contre le tapis. Kahn'ess prit sa bouche avec violence, puis s'installa entre ses cuisses et vint en lui. Spohkh l'enlaça de ses bras et de ses cuisses. C'était comme si un barrage s'était rompu dans l'esprit de Kahn'ess :
- ... Spohkh... BangwI' (mon amour)... Ashau nash-veh t'du... Gronda-t-il avec possessivité. Mon Spohkh... à moi... à moi
- ...Ashau nash-veh t'du... Kahn'ess, BangwI'...
Toutes leurs barrières de pudeur affective, tous leurs boucliers avaient été brisés, enfin. Kahn'ess l'aima, le posséda avec transport. Leurs esprits se rejoignirent dans un orgasme dévastateur.
Ils restèrent longuement l'un contre l'autre. Peau contre peau, souffle contre souffle. Enfin entiers. Puis ils se souvinrent qu'ils n'étaient pas seuls.
Ils enfilèrent leur pantalon et se levèrent. Naëlys ne dormait pas. Naëlys avait tout vu de la violence de leurs ébats. Mais Khan'ess constata avec étonnement qu'il n'y avait plus de crainte dans son regard. Il vint s'asseoir à coté d'elle sur le lit.
- Pourquoi ? Demanda-t-elle à nouveau
Kahn'ess échangea un regard avec Spohkh, perplexe. Il devina enfin ce qu'elle avait besoin d'entendre, ce qu'il devait dire pour s'approprier le cœur de cette Humaine. C'était si simple quand on y songeait :
- Parce que je t'aime depuis la première fois que je t'ai vue si fragile dans les bras forts de Spohkh, j'ai eu envie que tu sois mienne, j'ai eu envie de te protéger de la violence de mon monde.
Il vit l'étonnement, puis l'acceptation. Il se pencha sur elle et cueillit un baiser sur ses lèvres.
ooo
Ta'Tre'Gok Kordem pénétra dans la partie du château que Kahn'ess avait réquisitionnée pour son usage personnel. C'est aussi là qu'il logeait ses esclaves Vulcains, qui n'avaient d'esclave que le nom, tant Kahn'ess avait fait en sorte qu'ils soient respectés autant que des hommes libres.
Chaque mois, Kahn'ess organisait une réunion avec les principaux ministres et ses Vulcains. Le roi comptait bien sur leur présence pour faire entendre raison à son premier ministre. Il faisait un temps magnifique, aussi, ils s'étaient installés dehors. Ils étaient assis sur des coussins de sol, chacun avait devant lui un petit banc sur lequel étaient posés leurs dossiers.
Ils étaient visiblement en plein débats... cependant, il n'y avait ni cris, ni insultes, Kahn'ess se contentait d'écouter les avis des uns et des autres. Ses amants étaient à ses cotés. Ses esclaves Vulcains étaient là aussi.
Kahn'ess sentit sa présence, et leva la tête.
- Majesté. Ronchonna-t-il mécontent. D'ghor Gork'on juH (D'ghor de la maison Gork'on), Melota, fille de D'ghor. Je vous salue. Prenez place.
Les membres de l'assemblée se retournèrent vers les intrus. Le roi était accompagné par une quinzaine de soldats visiblement mal à l'aise. Trois Vulcains se levèrent et allèrent s'asseoir derrière leur maître. Les intrus s'assirent donc à leur place. Il y eut un silence.
Les Vulcains étaient parfaitement impavides... et les ministres étaient presque aussi impassibles. Ils avait eu tôt fait de remarquer que savoir garder son calme était approuvé par Kahn'ess. Et que, surtout, cela permettait de réagir de façon plus efficace aux problèmes. Les Vulcains s'étaient fait un devoir de leur élaborer des techniques d'auto-contrôle et de les leur enseigner.
- Vous savez, je pense, la raison de ma présence. Dit Ta'Tre'Gok Kordem impressionné par son premier ministre dangereusement calme.
- Pour quelle raison épouserai-je Melota ? Et pour quelle raison accepterait-elle un mariage avec un bâtard?
- Je sais que vous savez que je suis votre père
Il y eut des murmures vite étouffé parmi les ministres et les soldats. Naëlys eut beaucoup de mal à ne pas manifester son étonnement. Elle comprenait soudain pourquoi Spohkh l'appelait ko-te'krun t'nash-ve [ma princesse] lors de leurs ébats
- Mon père ? Répéta Kahn'ess d'une voix glaciale. De quel droit osez-vous vous considérez ainsi? Un père protège sa progéniture jusqu'à ce qu'elle soit en âge pour prendre les armes. Où étiez-vous lorsque le traître a assassiné ma mère et m'a spolié de mes terres ? L'enfant sans défense que j'étais s'est retrouvé seul, sans protection. Ce sont mes serfs qui m'ont caché, protégé, appris à me battre, et aidé à regagner mon rang. Vous révélez cette information uniquement parce que vos fils sont morts au combat. C'était déjà uniquement pour cette raison que vous m'avez confié la direction de vos armées, vous n'aviez déjà plus de fils pour se battre en votre nom.
- Oui. Et vous avez mille fois prouvé votre bravoure.
- Certes. Pourquoi ne pas avoir révéler cette filiation à ce moment ?
Le roi ne répondit pas.
- Je suis mentalement relié à Spohkh et Naëlys, c'est une spécificité typiquement Vulcaine que j'ai ordonné à Spohkh de me transmettre. Ils nomment cela Koon'ul'telsu le lien des époux. Je doute que Melota accepte de devenir la troisième épouse, d'autant plus qu'il n'y aura aucun accouplement entre nous.
- Je suis le roi. S'énerva Ta'Tre'Gok Kordem. Je peux vous l'ordonner.
Kahn'ess fit un simple geste à ses soldats qui sortirent aussitôt leur armes, et menacèrent le roi.
- Non. Vous ne pouvez pas. Décréta Kahn'ess avec un calme effrayant.
- Vous m'avez volé mon armée.
- Non. Vous me l'avez donnée. Dans un état déplorable, d'ailleurs.
- Alors, je vais vous montrer comment un roi meurt dignement ! S'insurgea Tre'Gok Kordem
- Je ne veux pas de votre trône. Répliqua sèchement Kahn'ess. Si tel avait été le cas, je m'en serais déjà emparé depuis longtemps.
Il y eut un long silence.
- Melota, fille de l'illustre maison Gor'kon. Je suis l'un des ministres de Ta'Kahn'ess Kordem. Je suis Thonk'ok Jeng. Ma maison est honorable et je n'ai pas encore d'épouse.
Melota regarda le digne Klingon. Il émanait de lui une puissance tranquille. Elle avait entendu parler du clan Jeng, une famille de guerriers réputés depuis plusieurs générations
- Thonk'ok Jeng juH est mon premier ministre. Dit Kahn'ess avec orgueil. Il s'est battu dignement lors de la guerre sans jamais me trahir.
Melota échangea un regard avec son père. Ce puissant guerrier était susceptible de lui donner une progéniture vigoureuse :
- Vous me plaisez, Thonk'ok Jeng.
- Parfait. Trancha Kahn'ess.
Ta'Tre'Gok Kordem contempla son fils et se mit soudain à éprouver une vive fierté. Un grand guerrier. Un ministre efficace qui avait su s'entourer d'hommes loyaux. Un meneur d'homme...
ooo
Spohkh posa la main sur le ventre de Naëlys. Depuis plusieurs jours, elle se réveillait tous les matins avec de la nausée. Il se concentra.
- Alors? Demanda-t-elle avec appréhension.
- Oui. Tu portes l'héritier mâle de Kahn'ess.
- Comment en es-tu sûr ? Demanda Kahn'ess
- Les parents Vulcains peuvent établir un lien psychique avec leur enfant. Je perçois sa présence, mais pas ce lien.
Kahn'ess ressentit de la fierté. Spohkh lui avait expliqué qu'il y avait peu de chance pour qu'un enfant soit conçu, puisqu'ils étaient de race différentes. Il eut un vif sentiment de sur-puissance virile.
- Je suis sûre que ce sera un gentil garçon ! Dit Naëlys avec un grand sourire
Kahn'ess sauta sur elle et la plaqua sur le lit en grondant d'une voix terrible :
- Gentil ?
Naëlys se contenta de poser sur lui un regard malicieux qui lui disait distinctement: Sérieux? Tu crois que tu vas me faire peur avec ça ?
Elle lui saisit le visage pour l'obliger à l'embrasser. Kahn'ess ne savait pas résister à ses baisers. Et, en privé, elle en abusait sans vergogne. Spohkh observa le petit jeu de Naëlys. Il ne se permit aucune remarque, car lui-même était incapable de résister à ses ohz'esta.
Kahn'ess trouva enfin la force de desceller ses lèvres de celles son épouse, mais ce fut pour les plaquer sur celles de son amant :
- Le prochain enfant sera de toi, Spohkh
- Non. Un métis Humano-Klingon pourra être un homme libre en ce monde, un guerrier, mais un Humano-Vulcain sera toujours un esclave.
Spohkh avait fait ce qu'il fallait. La transe algique permettait de guérir plus vite. Mais, il s'en était servi pour stopper définitivement la spermatogenèse dans ses organes reproductifs.
Kahn'ess se rembrunit. Il savait qu'il ne pouvait rien faire contre l'esclavage, cette coutume était encore trop ancrée dans les mœurs. Dans quelques siècles, il le savait, cette coutume disparaîtrait. C'était l'une des rares choses que Spohkh avait accepté de lui révéler.
- Melota aussi attend un enfant. Ajouta Naëlys. Elle me l'a dit hier. Nous vivrons notre grossesse ensemble!
La fière Klingonne et la douce Humaine étaient devenues amies. Tout comme Thonk'ok était devenu un ami de Kahn'ess et Spohkh.
- Et Tre'Gok sera si content! Depuis le temps qu'il me parle de son désir d'avoir un héritier.
Kahn'ess eut une légère grimace. Le roi venait souvent les voir, et il avait réussi à apprivoiser son épouse. Il la traitait à présent comme sa fille. Même son amant avait fini par bien s'entendre avec lui.
- Il portera le nom du père de ma mère: Azaram et il sera un grand roi ! Décréta Kahn'ess
Naëlys et Spohkh l'agrippèrent soudain, et il se laissa noyer sous leur caresses dont il était devenu l'esclave consentant ...
FIN.
...
Alors, vos avis ?
Des descendants de Naëlys et Kahn'ess seront des personnages secondaires qui apparaîtront dans ma fiction Ha'ge Ohasu [L'être lumière]
