Chapitre 3

Morning Wood and Tentacles

Note de l'auteur : Les choses avancent dans ce chapitre. Clairement, dans cette fic, c'est la trame de fond (les missions) qui sert l'intrigue (la relation Spock/McCoy) et pas l'inverse, nous sommes d'accord. J'essaye néanmoins de rendre ça le plus intéressant possible, sans pour autant trop m'y attarder, car je tiens à vous satisfaire et nous savons tous ce que vous voulez lire en réalité XD du Spones fluff, un peu de smut et leurs caractères toujours en conflit. J'espère que vous apprécierez ce troisième chapitre qui, je l'admets, m'a beaucoup fait rire en l'écrivant et m'a aussi donné du fil à retordre. Vous remarquerez que je suis parti en freestyle concernant l'anatomie de Spock, piochant à droite à gauche ce que j'ai pu trouver sur le sujet. J'espère que le résultat n'est pas trop effrayant XD

Bonnes lecture et à très vite !

PS : ce titre est totalement wtf, j'en conviens, mais pas hors sujet XD


Leonard se réveilla au son de son alarme programmée qui, étrangement, s'éteignit toute seule. Puis, son corps s'éveilla et il sentit plusieurs choses. Premièrement, il avait bien trop chaud, deuxièmement, c'était probablement dû au corps de Spock collé au sien, troisièmement, il avait l'érection du siècle et ne se voyait pas vraiment expliquer au Vulcain que c'était tout à fait normal pour un Humain.

« Qu'est-ce qui provoque cette soudaine gêne ? » demanda Spock dans le creux de son épaule.

Durant la nuit, Leonard s'était tourné de l'autre côté et le Vulcain l'encerclait actuellement de ses bras, son torse contre son dos. Face au manque de réponse de son interlocuteur, Spock précisa sa question.

« Les Vulcains sont des télépathes tactiles, ne l'oublies pas, et quelques secondes après ton réveil, j'ai senti de l'embarras venant de toi. Cette position te met-elle mal à l'aise d'une quelconque manière ? »

« Ce n'est pas ça, » répondit immédiatement Bones, ne voulant pas bouger dans l'immédiat, « seulement, il est très courant que les Humains mâles se lèvent le matin avec… »

Comme s'il suivait le cours de ses pensées, la main de Spock se posa sur le membre incriminé à travers le sous-vêtement sans aucune équivoque. Leonard siffla entre ses dents et se cambra sans pouvoir se contrôler.

« À quoi est dû, généralement, cet état matinal, docteur ? »

« C'est à cause du sommeil paradoxal. Contrairement aux idées reçues, l'érection n'est pas le résultat d'une contraction musculaire, mais totalement l'inverse. Au repos, des stimuli nerveux maintiennent le pénis souple, empêchant ainsi le sang de l'engorger librement. Et donc, l'érection n'est finalement qu'un relâchement de ses muscles. Or, durant la phase de sommeil paradoxal, le corps se décontracte totalement. Ce phénomène est simplement le prolongement de cette phase qui s'étend au réveil du sujet. Cela peut également être dû à un certain type de rêves, toujours durant la même phase, là où l'inconscient s'exprime librement. »

La main resta simplement posée là durant toute l'explication, manifestant la réelle attention de Spock. Parler science au lit n'était pas vraiment l'idée que se faisait Leonard des matins coquins, mais il ne devait probablement pas s'attendre à ce que les choses se déroulent de manière ordinaire avec Spock. Et finalement, cela avait un côté stimulant inattendu.

« Fascinant, » commenta Spock, en appuyant sa caresse. Bones se colla un peu plus à lui, le plaisir courant sous sa peau engourdie, envahissant ses sens. « L'esprit vulcain ne fonctionne pas de la même façon. Nous n'avons pas de névrose. Nous ne nous cachons rien à nous-mêmes, car nous ne pouvons pas dissimuler nos pensées à ceux qui nous sont proches par le lien psychique qui nous unit. Chaque pensée est acceptée, assimilée, pour être analysée, puis contrôlée. »

« Es-tu en train de dire que les Vulcains ne rêvent pas ? » demanda Leonard, en se tournant pour lui faire face, perdant la friction délicieuse de cette main.

« Très rarement. Nous avons des aspirations, des ambitions, bien entendu, mais elles sont traitées de manière consciente. »

« C'est… triste, dans un sens. Le rêve est une part importante de la culture humaine, ils sont considérés comme des messages, parfois des avertissements, qui aident le rêveur à mieux se connaître. »

« De quoi as-tu rêvé cette nuit ? »

« Se souvenir de ses songes demande de la pratique. Ils ont tendance à s'échapper comme du sable entre les doigts. Plus on essaye de les saisir, plus ils s'écoulent dans le néant. Mais j'imagine que tu devais être présent. Je garde la sensation d'une chaleur presque étouffante. »

« C'est probablement ma faute. J'ai dû augmenter la température de tes quartiers durant la nuit. Je me suis adapté au climat ambiant du vaisseau, même s'il est bien inférieur à celui que j'ai toujours connu sur ma planète, mais durant les phases de méditation ou de sommeil, je suis moins à l'aise. Mes quartiers sont toujours réglés pour mon confort. Je n'ai pas l'habitude de dormir dans un environnement aussi frais. »

« Tu aurais dû me le dire hier soir, » répliqua Leonard, mortifié à l'idée que Spock ait pu avoir froid durant toute la soirée.

Il se rapprocha inconsciemment de lui, comme pour le réchauffer, même si c'était inutile à présent.

« Ce n'est qu'un détail. »

« Ton confort n'est pas un détail, Spock. »

« Le tien non plus, et présentement, tu as trop chaud. »

« Nous allons trouver des compromis, nous rejoindre au centre de nos extrêmes, un pas après l'autre, » lui assura-t-il, englobant dans sa phrase toutes les difficultés auxquelles ils pourraient faire face à cause de leurs natures respectives, « tu pourrais, par exemple, m'apprendre à dresser un bouclier mental sommaire pour t'éviter d'être constamment assailli par mes pensées. »

« Mes barrières mentales suffisent. »

« Peut-être, mais j'imagine qu'elles te demandent un effort conscient. As-tu bien dormi cette nuit ? Cela ne t'a-t-il pas dérangé de faire en sorte de ne pas lire mon esprit durant mon sommeil ? Car j'imagine que pendant cette phase, mon cerveau ne se restreint pas. »

Spock sembla hésiter à répondre, il ne voulait pas que Leonard se sente coupable de quoi que ce soit, et surtout, qu'il refuse de dormir de nouveau avec lui.

« Je dois admettre que mon repos aurait pu être plus réparateur. »

« Alors, apprends-moi. »

« Ce sont des techniques que l'on nous enseigne dès notre plus jeune âge, je ne suis pas sûr… »

« Essayons quand même. Dès que cette mission sera terminée et que nous voguerons de nouveau au milieu de nulle part, nous aurons du temps à perdre et tout à y gagner. »

« Très bien, nous tenterons l'expérience, même si je ne peux pas garantir de résultats satisfaisants. »

« Nous verrons bien, » soupira Leonard, en se blottissant contre Spock.

Une part de lui avait envie de prendre quelques heures de sommeil en plus. Il savait que ce n'était pas possible ni raisonnable, mais son cerveau ne voulait pas sortir du brouillard. Puis, la main fut de retour – il l'avait presque oubliée – insistante, tangible, solide. Elle joua avec l'élastique de son boxer, comme pour demander la permission.

« Tu sembles vraiment très intéressé, » le taquina-t-il.

« Parce que ton corps ne fonctionne visiblement pas comme le mien, ce que je savais déjà, mais le constater par moi-même est très différent. »

« Je suis peut-être médecin, mais ton espèce est si secrète concernant certaines choses, que je ne sais pas exactement en quoi nous différons. »

« Chez les Humains, tout est à l'extérieur. »

La phrase laissa Leonard perplexe, mais la main se glissa dans son sous-vêtement et le priva momentanément de toutes capacités à réfléchir clairement. Une paume tiède l'enveloppa, des doigts curieux explorèrent les contours inconnus de son anatomie. Il se fit violence pour ne pas bouger et ne rien dire, laissant à Spock le temps nécessaire pour s'adapter, apprendre, découvrir. En serait-il ainsi à chaque fois ? se demanda-t-il. Étaient-ils si différents que toutes leurs étreintes seraient une découverte ? Il n'était pas contre l'idée, lui-même se posait beaucoup de questions. Étaient-ils réellement compatibles ou devraient-ils faire preuve d'imagination ? Mais à cet instant, cette main lui faisait perdre pied et l'heure continuait de tourner. Ils avaient toujours une crise à gérer et un patient en quarantaine. Pas exactement le meilleur moment pour jouer au docteur. Mais la volonté lui manqua pour stopper Spock. Il se tourna sur le dos, suffoquant dans le cocon que formaient les couvertures. Le Vulcain suivit le mouvement, baissant le boxer sur ses cuisses et le prenant en main plus franchement, repoussant les couvertures pour couler son regard fasciné sur son corps. Leonard se sentait exposé, vulnérable, il ferma les yeux et appuya son avant-bras contre ses paupières closes, ses hanches bougeant sans son accord. Spock prit son langage corporel comme une invitation à continuer, à aller plus loin, il voulait voir, goûter, sentir.

« Ordinateur, luminosité à quinze pour cent, » ordonna-t-il d'une voix grave.

L'obscurité fit place à une ambiance tamisée, la sueur sur la peau claire de Leonard brillait sous la faible lumière. Le Vulcain dévora des yeux chaque détail, ses lèvres entrouvertes et humides, sa poitrine qui se soulevait au rythme saccadé de sa respiration, sa main qui serrait et desserrait les draps, ses jambes qui semblaient animées de spasmes, ses orteils qui se crispaient, puis ce membre prisonnier de ses doigts, dur, chaud, d'un rose sombre et parcouru d'une veine palpitante qui roulait sous son pouce. Le docteur cachait son visage. Avait-il honte de perdre ainsi le contrôle de son corps ? Spock savait qu'il en serait de même pour lui à sa place et il ne voulait pas provoquer un tel inconfort chez son amant. Mais paradoxalement, son esprit lui criait de continuer, ce qu'il fit, car il lui semblait que s'il arrêtait là, le corps alangui à ses côtés ne le supporterait pas.

Il resserra sa prise, accentua ses mouvements, suivant le cours ininterrompu des pensées de Leonard. Il approcha son visage, fasciné par la manière dont le membre pulsait entre ses doigts. Seuls les gémissements de Leonard emplissaient la pièce, et le bruit humide de la peau glissant sur l'extrémité turgescente. Spock, lui, osait à peine respirer. Les images qui s'imposaient et se succédaient dans son esprit le rendaient confus. Le docteur voulait plusieurs choses incompatibles entre elles et le Vulcain en vint à la conclusion qu'il ne contrôlait plus vraiment ses pensées. Cependant, l'une d'entre elles le tentait. Plus il s'approchait, plus il pouvait percevoir l'odeur de musc, de sueur, quelque chose d'attirant, d'intoxicant, probablement hormonal, pensa-t-il. Il fallait qu'il goûte cette peau et le liquide qui en suintait. Il tendit ses lèvres vers son but, puis les posa délicatement sur le sommet du membre, sans cesser le geste répétitif de sa main que son amant semblait tant apprécier. Le goût était salé et amer, et la réaction fut immédiate. Une main puissante agrippa ses cheveux et le tira en arrière.

« Spock ! Qu'est-ce… »

Le Vulcain se retira tout de suite, craignant d'avoir commis une erreur, et fut surpris à ce moment-là de sentir Leonard se tendre et une traînée blanchâtre éclabousser sa joue. Le phénomène ne dura que quelques secondes durant lesquelles il observa, fasciné, le corps subir des spasmes irréguliers, jusqu'à s'immobiliser complètement, et la semence jaillir sur son torse, alors que les manifestations vocales de Leonard s'amoindrissaient. Puis, ne persista que sa respiration saccadée. Il dégagea finalement ses yeux et les fixa sur le Vulcain, dans un mélange de satisfaction et d'horreur que Spock ne sut comment interpréter.

« Oh mon Dieu, oh mon Dieu… » répéta plusieurs fois le docteur, en cherchant désespérément quelque chose autour de lui.

Il saisit finalement son t-shirt et se redressa pour essuyer le visage d'un Spock toujours impassible qui se demandait quoi faire.

« Je suis désolé ! Mais qu'est-ce qui t'as pris ? » s'exclama-t-il, en nettoyant également sa main souillée qui était restée où elle se trouvait, avant de finalement éponger son propre torse et de jeter au sol le vêtement.

« Tu sembles penser que tu as commis un acte extrêmement irrespectueux, mais j'échoue à comprendre lequel, puisque je n'ai fait qu'imiter une des nombreuses scènes qui se jouaient dans ton esprit. »

« Tu as… Bon sang, Spock ! Ce sont des fantasmes ! Ce n'est pas quelque chose qui se contrôle dans ce genre de moments et ils ne doivent en aucun cas être réalisés sans ton accord ! »

« Je n'ai rien fait, qui n'est pas le fruit de mon consentement. »

Leonard le fixa un instant, éberlué.

« Tu voulais… »

« Cela semblait être la chose à faire, oui. Je n'avais pas la moindre idée de l'aspect péjoratif que ton espèce donne à cette pratique. »

« Ce n'est pas… péjoratif, si le consentement est mutuel. J'ai juste… je ne m'y attendais pas, c'est tout. Ce n'est pas forcément une expérience très appréciée par les… débutants en la matière. »

« Pour quelles raisons ? »

« Cela demande de la pratique, avant d'arriver à un résultat satisfaisant, et peut être douloureux pour celui qui n'a pas l'habitude. »

« N'est-ce pas le cas pour tout le reste ? »

« Si, mais… le goût peut-être rebutant et l'acte considéré comme humiliant pour certaines personnes. Nous devons discuter de ce genre de choses avant de nous lancer, Spock. Je ne sais pas où se situent tes limites. »

« Tes fluides corporels ne me rebutent pas, si c'est ton inquiétude. »

« Mon Dieu… » soupira Bones en se laissant retomber sur les oreillers, ses mains sur son visage.

« J'échoue à comprendre ce dégoût pour quelque chose de naturel. »

« C'est toi qui as raison, Spock, » répondit finalement Leonard, en le regardant dans les yeux. « Ce sont juste de stupides préjugés de stupides Humains. »

« Mon peuple n'est pas un exemple en matière de tabous, je veux bien l'admettre, mais dans l'intimité, nous sommes totalement ouverts à l'autre. Il n'y a pas de secret dans le cercle familial, et encore moins dans la sphère du couple. »

« Je le découvre, en effet. C'est surprenant. »

« Les Humains agissent-ils différemment ? »

« Disons que l'intimité se crée avec le temps. Il y a une certaine réserve au début, des choses que l'on n'ose pas dire. »

« Je pensais que nous nous connaissions suffisamment. »

« C'est le cas ! » lui assura Leonard en s'asseyant. « Mais quand une longue amitié évolue en relation amoureuse, il peut tout de même y avoir des moments de doute. Nous n'avons jamais abordé la sexualité auparavant, j'ai l'impression de marcher sur un terrain miné, pour finalement me rendre compte que je suis celui qui a le plus d'aprioris. »

« Je n'avais pas d'autre but que te satisfaire. »

« Je sais, mais je ne m'attendais pas à une telle implication de ta part ni une telle ouverture d'esprit. J'aurais pourtant dû me douter que ton comportement ne différerait pas de celui que tu adoptes face à n'importe quelle autre expérience scientifique. »

« Tu n'es pas une expérience scientifique. »

« Non, bien sûr que non, mais tu découvres tout ça avec un regard rationnel. Tu accumules les données et t'en sers ensuite pour atteindre ton objectif. »

« Si tu sous-entends que je n'ai aucune implication émotionnelle, tu te trompes. »

« Non, mais tu la gardes encore sous contrôle. Ce n'est pas un reproche, mais tu ne profiteras pas pleinement de l'instant tant que tu seras un spectateur extérieur. »

« Je ne connais aucune autre manière de procéder. »

« Je sais, darlin', » le rassura Leonard en caressant sa joue.

Spock se frotta contre sa main, tel en chat. Bones s'attendit presque à l'entendre ronronner.

« Je n'avais pas l'intention de gâcher un moment agréable… »

« Tu n'as rien gâché du tout. Tu es parfait. J'aime que notre habitude d'argumenter nous suive jusque dans notre lit, cela prouve que notre relation n'a pas changé de ce côté-là, que tu ne vas pas subitement exprimer des réserves à me remettre à ma place quand nous travaillerons et que je ne vais pas soudainement devenir mielleux. »

« Mielleux ? » demanda Spock, et Leonard rit de bon cœur, avant de l'embrasser.

« Maintenant, nous devons absolument nous rendre à l'infirmerie, parce que le devoir n'attend pas, mais ce soir, tu me montreras en quoi tout n'est pas à l'extérieur chez les Vulcains. Parce que c'est bien l'affirmation la plus étrange que j'aie jamais entendue dans un lit. »

Spock haussa un sourcil, alors que Leonard l'embrassait une dernière fois avant de se lever pour se préparer.

Raduk accueillit Leonard avec un drôle de rictus que le docteur imagina être un sourire. Le geste ne semblait pas naturel, malgré les yeux lumineux du jeune homme, et ses dents menaçantes rendaient le résultat franchement inquiétant. Peut-être avait-il remarqué que les Humains le faisaient souvent et voulait-il paraître sympathique.

Bones ne s'en offusqua pas et lui rendit la politesse, avant de s'enquérir de sa santé et de procéder à quelques examens de routine. Il ne connaissait pas les résultats normaux de cette espèce quand un individu était sain, mais ceux qu'il tira de son tricordeur recalibré pour l'occasion étaient bien plus positifs que la veille. Il décida de prendre cela comme un bon signe, puis préleva un échantillon de sang, avant de retourner au labo.

Spock l'y attendait, déjà prêt à poursuivre les tests. Le Vulcain était d'un soutien sans faille dans cette entreprise qui stressait beaucoup Leonard. Avoir la survie d'un peuple sur ses épaules le pesait plus qu'il ne le montrait. Mais Spock comprenait sans mot le fardeau de l'interdiction d'échouer. Il l'avait porté toute sa vie.

Dans un silence confortable, ils se mirent au travail, la gêne du matin déjà oubliée pour se concentrer sur leur tâche. Leurs mains se frôlèrent à plusieurs reprises, parfois par accident, parfois intentionnellement. Leonard appréciait que Spock se sente assez en confiance pour s'autoriser ce genre de dérives dans son comportement habituellement irréprochable. Il savait que le docteur n'en abuserait pas quand ils seraient en public et qu'il prenait tout cela très au sérieux. Ce type de contacts n'étaient pas non plus sans signification pour les Humains, même s'ils n'y voyaient pas la même symbolique. On ne tenait pas la main de son collègue ou de son supérieur dans les couloirs du vaisseau durant les heures de service, ç'aurait été absurde et mal perçu. Et l'évolution de leur relation restait, pour le moment, secrète. Seul Jim était au courant et, aux yeux de Bones, c'était déjà trop. Le docteur était peut-être même plus secret sur sa vie privée que le Vulcain. Tout le monde savait plus ou moins qu'il avait été marié, quelques-uns, qu'il avait une fille, mais c'était tout. De plus, il n'avait jamais été friand des relations dans le cadre professionnel. Spock avait su le convaincre, le rassurer par sa seule façon d'être. Leonard savait que le Vulcain ne le mettrait jamais dans une situation inconfortable. Les ragots iraient certainement bon train, bien sûr. Sur un vaisseau, garder un secret relevait de l'impossible et ils n'allaient pas, de toute manière, se cacher en permanence comme s'ils avaient honte de quoi que ce soit.

« Tu penses trop, » dit soudainement Spock.

« Pardon ? C'est un Vulcain qui me dit ça ? » répondit Leonard sans méchanceté.

« Il me semble que les Humains appellent cela ruminer. Les Vulcains ne ruminent pas. Tes pensées tournent en rond dans un cercle sans fin et inutile. Tu gaspilles ton énergie à résoudre un problème déjà résolu, comme si tu voulais que la solution soit différente. Les choses iront dans le sens où elles doivent aller, quoi que nous fassions, Leonard. La peur de l'inconnu est illogique. »

« La peur de l'inconnu est ce qui nous empêche de foncer tête baissée sans calculer les risques. »

« Les risques peuvent être calculés, mais pas prédits. Et les craindre ne fait qu'augmenter leurs probabilités. »

« Comment arrives-tu à être aussi serein ? »

« Maintenant que je sais que tu désires cette relation au moins autant que moi, je n'ai plus aucune raison d'avoir peur. »

« Et si ça ne marche pas ? »

« Tu penses que nous ne trouverons pas de compromis, contrairement à ce que tu disais plus tôt ? »

La question laissa Leonard sans voix. Spock l'avait piégé à son propre jeu et il avait raison. Quand il s'agissait de rassurer les autres, il trouvait toujours les mots, mais quand il tentait d'en faire de même pour lui, il se laissait aller à ce bon vieux pessimisme. Spock ne lui souriait pas – il ne souriait jamais, sauf quand il avait perdu trop de sang –, mais il le regardait avec bienveillance, ses yeux chocolat brillants de promesses, et Leonard eut le besoin soudain de le serrer dans ses bras. Comme s'il pouvait sentir la vibration dans l'air entre leurs corps, le Vulcain tendit deux doigts vers lui. Comprenant le message, Bones y colla son index et son majeur. Maintenant qu'il connaissait la signification de ce geste, il sentit une douce chaleur l'envahir à ce contact.

Tu seras ma perte, pensa-t-il. Spock haussa un sourcil, puis caressa une dernière fois sa main, avant de se concentrer de nouveau sur son travail.

Leonard ne fit que l'observer durant un instant. Il y avait quelque chose de fascinant dans la façon méticuleuse et précise dont il travaillait, presque hypnotique. Quand il croisa son regard, il se rendit compte qu'il le fixait depuis plusieurs secondes et se racla la gorge en reprenant sa tâche.

Il leur fallut une journée supplémentaire, avec l'aide de toute l'équipe scientifique, pour synthétiser suffisamment de remèdes. Raduk allait mieux d'heure en heure, et même s'il n'avait pas l'autorisation de quitter l'infirmerie pour explorer le vaisseau, il se dégourdit volontiers les jambes dans l'aile médicale, en jetant des regards curieux aux expériences en cours. Passée la surprise, l'équipage s'était habitué au physique étonnant du jeune homme, qui finalement, s'avérait très sympathique. Le traducteur, qu'il emportait partout, retranscrivait son phrasé sifflant, sa langue fourchue glissait entre ses dents et ses yeux d'un bleu irréel se posaient sur tout ce qui l'intéressait. Sa démarche était moins gracieuse que celle du garde que McCoy avait côtoyé sur la planète, sa queue d'un vert émeraude, un peu plus courte que celle d'un adulte, se balançait maladroitement dans son dos, comme s'il s'habituait encore à sa présence, et le t-shirt noir de Starfleet qu'on lui avait prêté rehaussait le teint pâle de sa peau verdâtre. Pour l'occuper, Leonard lui donna des tâches simples à accomplir, ce qu'il fit avec un enthousiasme qui fit sourire le docteur.

Quand il fut temps de le renvoyer sur sa planète, Jim, Spock et Leonard l'accompagnèrent, ainsi que deux gardes de la sécurité. La mesure semblait inutile au Capitaine, mais le Vulcain insistait sur les procédures. Il ne fallait pas oublier que ce peuple les avait manipulés dans une tentative désespérée de trouver de l'aide, et que techniquement, ils enfreignaient toujours la prime directive. Les mots allaient devoir être minutieusement choisis dans leurs rapports respectifs, ce qui n'enchantait absolument pas Spock.

La famille de Raduk faisait partie du comité d'accueil, ainsi d'une poignée de citoyens plus ou moins importants. Ils se retrouvèrent dans le même bâtiment qu'avait exploré Bones. Leur visite devait rester discrète et la provenance de ce remède miracle hors de portée du reste de la population. Les parents récupérèrent leur fils en bonne santé, ne cachant ni leur joie ni leur gratitude, puis s'engagèrent à ne rien dévoiler à personne. L'équipe apprit également que le chef se mourait et Leonard, même s'il ne dit rien, craignait qu'il ne soit trop tard pour celui-ci, comme pour beaucoup d'autres. Il savait qu'il ne pourrait pas sauver tout le monde et préférait ne pas trop y penser. Il fallait avant tout stopper l'épidémie.

Raduk exhiba fièrement son traducteur et expliqua comment s'en servir, avant que Spock en distribue un à chacun pour que tout le monde puisse s'exprimer. Ils convinrent alors d'un plan et avec l'aide des dirigeants, un message fut envoyé à toute la planète, via les différents médias, leur ordonnant de sortir tous les malades à l'extérieur. Jim décida de leur laisser le soin de trouver une raison valable, ils étaient suffisamment intervenus. Puis, ils dirent au revoir et retournèrent sur l'Enterprise, alors que les premiers signes d'orage obscurcissaient le ciel.

Quelques heures après, alors que la phase nocturne était déjà bien avancée sur le vaisseau, mais qu'il faisait encore jour sur la planète, Jim donna l'ordre à Sulu de les mettre en orbite basse et à l'ingénierie de relâcher l'antidote dans l'atmosphère. Il était temps pour eux de s'en aller et de laisser ce peuple évoluer en paix. Le Capitaine se doutait que Starfleet garderait un œil sur eux et que dans un futur proche ils rejoindraient probablement la Fédération. Mais en attendant ce jour, l'Enterprise mit le cap sur sa prochaine destination et disparut dans l'immensité de l'espace.

Épuisé, mais soulagé que cette histoire soit derrière eux, Leonard regagnait ses quartiers d'un pas lourd. Spock était resté avec Jim pour s'occuper des rapports qui ne pouvaient plus attendre et devait le rejoindre plus tard.

Bones se déshabilla à peine la porte fermée et s'accorda une longue douche chaude, boudant la douche sonique pour une fois, puis il s'allongea entièrement nu et s'enroula dans les draps encore imprégnés de l'odeur de Spock. Il s'endormit ainsi sans même s'en rendre compte, rattrapé brusquement par la fatigue accumulée.

Il fut réveillé un temps indéterminé plus tard par la certitude que quelqu'un d'autre se trouvait dans la pièce. Dans l'obscurité, il distingua une silhouette au pied de son lit.

« Ordinateur, luminosité à vingt pour cent, » dit-il d'une voix encore endormie.

Il reconnut alors sans mal Spock, habillé d'une robe traditionnelle vulcaine. Il était visiblement passé dans ses propres quartiers pour se préparer pour la nuit avant de rejoindre Leonard.

« Je n'avais pas l'intention de te réveiller. »

« Ce n'est rien, » lui assura Bones, car il était heureux de le voir.

« Cela te dérange-t-il si je médite ici ? »

« Pas du tout, mais tu ne serais pas mieux dans ta chambre ? »

Le Vulcain sembla mal à l'aise.

« Spock ? »

Leonard se leva pour l'approcher en s'enroulant dans le drap.

« J'ai tenté et échoué à méditer seul durant la dernière heure. »

Spock était visiblement honteux en prononçant cet aveu.

« C'est à cause de moi ? »

« Indirectement. » Vous pouviez compter sur un Vulcain pour être franc. « J'ai constaté qu'il m'est devenu difficile d'atteindre ma sérénité d'esprit habituelle si tu n'es pas présent. »

« Oh. Okay, » dit Leonard qui ne savait pas s'il devait prendre cela comme un compliment ou un reproche. « Okay, » répéta-t-il en battant retraite vers le lit. « Dans ce cas, augmente la température à ton aise et installe-toi. Je ne ferai pas de bruit. »

« Si tu souhaites te rendormir, je peux très bien baisser la lumière. »

« Non, je vais t'attendre, si ça ne te gêne pas que je t'observe. Je suis curieux. »

« Ça ne me dérange pas, » le rassura Spock, avant de régler la température et la luminosité.

Leonard remarqua alors qu'il n'était pas venu les mains vides. D'un sac, il sortit un coussin, une bougie et ce qui ressemblait à de l'encens si le docteur ne se trompait pas. Il installa le tout au milieu de la chambre, en face du lit, alluma la flamme – holographique bien entendu, aucun feu ne pouvait être allumé à bord d'un vaisseau spatial sans déclencher immédiatement l'alarme incendie – puis il mit en marche le brûleur d'encens, l'appareil étant sécurisé, il ne produisait qu'un fin filet de fumée qui se dissipait très facilement dans la pièce, diffusant une douce odeur que Bones ne connaissait pas. Puis, Spock s'assit en tailleur et s'immobilisa en fixant la flamme devant lui. Il resta ainsi de longues minutes, avant que son corps entier semble se détendre totalement et qu'il ferme les yeux. Sa respiration devint alors si lente, que sa poitrine se soulevait à peine. Installé au centre du lit, enroulé dans la literie, Leonard tenta d'en profiter lui aussi et de se caler sur sa respiration. Mais rapidement, il se rendit compte qu'il suffoquait. La cage thoracique des Vulcains était plus large. Le cœur, placé là où se trouvait le foie chez les Humains, laissait toute la place aux poumons pour se développer, leur permettant ainsi de se passer d'oxygène beaucoup plus longtemps. Bones réussit finalement à trouver un rythme de deux inspirations contre une seule pour Spock et se perdit de nouveau dans sa contemplation.

Il y avait quelque chose de magique dans cette scène, de sacré. Il se sentait privilégié de pouvoir y assister. Très vite, il eut beaucoup trop chaud et laissa négligemment tomber le drap de ses épaules, le tissu couvrant toujours le bas de son corps. Voir Spock ainsi lui donnait envie de se rendormir, la paix et le silence incitaient au sommeil, mais Leonard voulait l'attendre, comme promis, et ne pouvait pas se résigner à le quitter des yeux. Son regard était si appuyé, qu'il n'imaginait pas que le Vulcain ne puisse pas le sentir, et se demanda comment il faisait pour ne pas en être perturbé. À sa place, il ne pourrait certainement pas se détendre si on le fixait de cette manière. Ses paupières étaient lourdes et il plongea dans une sorte de transe. Il ne dormait pas, pas vraiment, puisqu'il observait toujours Spock, mais il ne sentait plus tout à fait son corps. Seule l'odeur de l'encens semblait arriver à ses narines et la respiration profonde du Vulcain était l'unique son résonnant à ses oreilles. Il perdit toute notion de temps ou d'espace, si bien qu'il sursauta quand Spock ouvrit finalement les yeux et qu'il les fixa sur lui. Brusquement, Leonard reprit pied avec réalité, sentit de nouveau le poids de son corps, le lit en dessous, le drap sur ses jambes et l'air chaud qui le faisait suer.

« Tu es en nage, » remarqua Spock, « je vais baisser la température à un niveau acceptable pour nous deux, » dit-il, avant de donner l'instruction à l'ordinateur.

« Qu'est-ce qui vient de se passer exactement ? »

« Je n'en suis pas certain, je n'ai jamais expérimenté ce genre de choses, mais je dirais que me regarder méditer t'a également plongé dans un état de transe. Cela était-il agréable ? »

« Je ne sais pas, probablement. Je me sens détendu, en tout cas. »

« Souhaites-tu que nous nous couchions à présent ? »

« Oui, je tombe de sommeil. Viens par là, » répondit Leonard en se levant pour refaire le lit correctement.

Se faisant, il se retrouva entièrement nu, mais fit comme si cela ne le dérangeait pas. Il aimait, en réalité, partager cette intimité avec Spock et qu'il fasse suffisamment chaud dans ses quartiers pour qu'il puisse en profiter. Le Vulcain l'imita, retirant sa robe et la posant sur dossier d'une chaise. Il ne portait rien en dessous. Bones se souvint de ses paroles, les Vulcains ne se cachaient rien dans la sphère du couple. C'est ainsi qu'il put s'apercevoir, qu'en effet, rien n'était à l'extérieur chez eux. L'entrejambe de Spock lui parut tellement… alien, qu'il fut momentanément incapable d'en détacher son regard.

« Vulcan étant une planète au climat parfois très inhospitalier, mon peuple s'est génétiquement adapté. Mes organes génitaux sont à l'abri dans une poche quand ils ne sont pas stimulés, » expliqua Spock qui avait remarqué l'intérêt soudain du docteur.

« Fascinant, » souffla Leonard, utilisant sans le vouloir ce mot dont se servait si souvent Spock pour exprimer son étonnement.

Ils s'allongèrent, alors que Bones fixait toujours cette étrange anatomie sans pouvoir s'en empêcher. Il n'avait jamais rien vu de tel dans toute sa carrière. Les Vulcains étaient bien trop secrets. Il s'approcha un peu plus, remarquant alors une fente, au milieu des poils pubiens sombres, qui s'étendait du bas ventre de Spock jusqu'entre ses cuisses. Il se fit la réflexion que cela ne ressemblait en rien à l'intimité d'une femme. L'emplacement se situait bien trop haut et la peau en bordure de la fente ne différait en rien du reste de son corps, elle arborait cette même couleur olivâtre et n'était pas engorgée de sang. Non, tout se passait à l'intérieur. Comme aimanté, il tendit une main, avant de stopper son geste. Toute la fatigue s'était envolée, laissant la place à une curiosité insatiable.

« Comment ça fonctionne ? » demanda-t-il. « Faut-il te stimuler manuellement ? »

« Pas nécessairement. La stimulation peut être entièrement psychique. »

« Je peux ? » l'interrogea-t-il, en posant sa main sur sa cuisse.

Spock hocha simplement la tête. Leonard remonta lentement vers son entrejambe, caressa son aine et glissa timidement ses doigts à l'intérieur. C'était chaud, bien plus qu'à l'extérieur, et doux, humide. Un frisson le parcourut, l'un de ceux qu'il n'avait pas ressentis depuis une éternité. Il se sentit de nouveau comme durant l'été de ses quatorze ans, quand il avait pour la première fois insinué sa main dans la culotte de la fille du voisin. L'appréhension, la peur de l'inconnu, de mal faire, de faire mal.

« Leonard, respire, » lui conseilla le Vulcain, en saisissant son bras.

Et il obéit, relâchant le souffle qu'il n'avait pas conscience de retenir.

« Si tu ne veux pas… » continua Spock.

« Guide-moi, simplement. »

Bones s'en voulut soudainement de ne pas avoir fait de même pour Spock le matin même, se laissant faire en partant du principe qu'ils devaient être à peu près construits de la même manière. Il mesurait à présent son erreur.

« Il me suffisait de lire ton esprit, comme maintenant, pour savoir quoi faire. Tu n'as pas cette possibilité. »

« Je pensais que cela pouvait fonctionner dans les deux sens. »

« Les Humains n'étant pas télépathes, nous devons être liés pour communiquer de cette façon. »

« Nous allons attendre encore un peu pour les fiançailles, Spock, » plaisanta Leonard, dans une tentative maladroite de détendre l'atmosphère. « Dis-moi juste ce que j'ai besoin de savoir. »

« Les parois internes sont particulièrement sensibles. »

« Je vais aller doucement, » lui assura-t-il, en glissant ses doigts plus profondément.

Spock n'était probablement pas du genre bruyant, pensa-t-il, mais il entendit clairement sa respiration s'accélérer. Il ferma les yeux pour visualiser mentalement ce qu'il touchait. Il frôla alors quelque chose et sut qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait. Le fluide sécrété dans la poche s'écoula sur sa main et son poignet, alors qu'il saisissait franchement le membre partiellement en érection. Il était si étrange de devoir aller le chercher ainsi. Puis, l'extrémité pointa en dehors et Leonard retira ses doigts. Ils étaient trempés et la seule pensée qui lui vint fut d'en connaître le goût. Il porta alors sa main à sa bouche et en suça les phalanges, en regardant dans les yeux un Spock pantelant aux joues et aux oreilles teintées d'un magnifique vert. La saveur n'était pas spécialement agréable, plutôt neutre et légèrement amère, mais cela éveilla quelque chose en lui, une envie de plus. Il se pencha, approcha son visage et inhala le parfum musqué, masculin, alien, Spock, avant de darder une langue curieuse. Le corps du Vulcain se tendit quand il lécha doucement la fente jusqu'à goûter le gland turgescent d'un vert forêt. La saveur était plus forte à cet endroit et Leonard engloba la verge tendue de ses lèvres en se servant de sa main pour en saisir la base et la sortir entièrement de la poche. La peau était douce, brûlante et il fut rassuré de sentir un relief familier sur sa langue, malgré la double collerette dont était doté le pénis de Spock qui frotta contre son palet. Il cajola le membre, en savoura la longueur et l'épaisseur, en sentant ses entrailles se tordre d'appréhension à l'idée de le sentir en lui. Spock se cambra sur le lit, empoigna gentiment ses cheveux dans une invitation silencieuse à continuer à laquelle Leonard répondit sans aucune hésitation cette fois, jusqu'à ce qu'il sente quelque chose frôler sa joue. Quelque chose d'étranger et certainement pas humain. Il ouvrit ses yeux qu'il avait fermés sans s'en rendre compte, et recula la tête pour observer, fasciné, un petit tentacule, suivi d'une deuxième, sortir de la poche pour brasser l'air.

« Holly shi…. Mais qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il sur un ton qu'il aurait voulu moins effrayé.

« Des vrilles, » répondit Spock entre deux respirations saccadées. « Anciennement, elles servaient à… maintenir la femelle en place durant l'accouplement. »

Bones le regarda bouche bée durant de longues secondes.

« Avant de suivre la voie de la logique, mon peuple était guerrier et barbare, violent » précisa le Vulcain, honteux.

« Hey… c'est okay, darlin', tu es extraordinaire et plein de surprises. J'aime ça. »

Pour le prouver, il tendit une main vers les vrilles qui s'enroulèrent délicatement autour de son poignet et se glissa entre ses doigts, le tirant légèrement comme pour l'inviter à continuer ses caresses. Il se laissa volontiers guider, reprenant le membre en main. Le fluide naturellement sécrété rendait la peau glissante et délicieusement tiède et quand il accéléra le rythme les vrilles serrèrent ses doigts comme un étau. Spock semblait perdu dans l'instant, étendu sur le lit, les yeux fermés, laissant échapper quelques doux gémissements, il ne contrôlait visiblement pas cette partie de son anatomie.

« Les faire bouger consciemment demande une pratique que je n'ai pas, » précisa-t-il en captant la pensée de Leonard.

« Ne te préoccupe pas de ça, elles ne me font pas mal. »

En réalité, il ne sentait plus les extrémités de ses doigts, mais il se garda bien d'y songer, trop absorbé par Spock qui fondait littéralement sous sa prise. C'était grisant de voir un être tel que lui se laisser aller de la sorte. Bones transpirait, il avait chaud, comme s'il partageait l'état de son amant. Ce qui n'était pas loin de la vérité. Son érection négligée pulsait entre ses jambes, douloureuse, en demande d'attention. Il n'était certainement pas un amant égoïste, mais il n'avait pas la maîtrise de Spock. Sans cesser ce qu'il faisait, il passa une jambe de chaque côté des hanches du Vulcain et tenta de les prendre tous les deux dans sa main. Il craignait que la prise ferme des vrilles m'en empêche, mais immédiatement, elles s'étendirent et s'enroulèrent autour des deux membres, les emprisonnant, comme si elles comprenaient. Il jura entre ses dents. C'était insensé et à ce moment-là Leonard perdit totalement pied. Il se pencha pour dévorer la bouche de Spock qui l'accueillit dans ses bras et laissa un orgasme dévastateur déferler sur lui, suivi de très près par le Vulcain qui agrippa violemment ses épaules et planta ses ongles dans sa peau, laissant des demi-lunes sur ses omoplates. Leonard notifia à peine la douleur, foudroyé sur place. Puis, les vrilles libérèrent sa main qu'il sentit devenir glacée, puis brûlante, parcourue de fourmillements. Mais il ne s'en préoccupa pas et s'allongea à côté de Spock, pantelant et transpirant. Il se blottit contre son flanc et regarda distraitement son ventre maculé de leurs semences respectives se soulever à mesure que sa respiration se calmait.

« Nous sommes bons pour une nouvelle douche, » plaisanta-t-il.

« En effet. »

« Tu vas bien ? »

« Parfaitement bien, Leonard, merci. »

« C'était complètement dingue, mais je pense que notre compatibilité est plutôt évidente maintenant. »

Plusieurs émotions déferlèrent sur lui à ce moment-là. La satisfaction fut la plus forte, bien au-dessus de l'épuisement ou de la gêne de s'être à ce point laissé aller. Satisfaction d'avoir réussi à surmonter leurs différences, d'avoir mené son amant à la jouissance, d'être lui-même repu pour l'instant. Ils s'accordèrent quelques minutes de repos, profitèrent simplement de la présence tangible de l'autre dans un silence apaisé, puis ils se levèrent et se dirigèrent vers la salle de bain sans jamais rompre le contact physique. C'était comme si Spock, toujours restreint et réservé en public, avait soudainement besoin de cette intimité, c'était comme si Leonard, célibataire depuis son divorce qui l'avait mis à terre, se souvenait enfin de la sensation d'être réellement proche de quelqu'un. Ils choisirent la douche traditionnelle pour des raisons évidentes, s'embrassèrent longuement sous le jet brûlant, puis Bones lava patiemment le corps du Vulcain que personne n'avait jamais vraiment cajolé, à part peut-être sa mère dont la perte marquait toujours son esprit. Il effaça patiemment les traces de leurs ébats, profitant de cette peau pâle dont il lui semblait ne jamais être rassasié, puis il laissa Spock en faire de même pour lui. Ils avaient soif de contact physique, quelque chose semblait pousser le Vulcain à le toucher, encore et encore, et Leonard suivait la cadence, grisé de pouvoir atteindre cet être jusqu'alors inaccessible.

Bones regarda l'heure quand ils rejoignirent enfin son lit et soupira. Ils n'allaient pas beaucoup dormir, mais il n'arriva pas vraiment à en être contrarié, car cette soirée avait été bien trop intense. Ils se couchèrent, alors que la fatigue frappait le docteur avec une force redoublée, se blottissant l'un contre l'autre jusqu'à trouver une position confortable. Bones s'endormit dès que sa tête toucha l'oreiller et Spock le suivit très peu de temps après.

Ce matin-là, au mess, Jim s'assit en face de Leonard qui déjeunait seul. Le Vulcain avait déjà repris du service, mais le docteur peinait à se réveiller totalement. Il entamait son deuxième café quand le Capitaine se laissa tomber dans sa chaise, avec une tasse et un croissant auquel Bones jeta un regard désapprobateur. Cependant, il ne dit rien, attendant que son meilleur ami prenne la parole. Mais Jim le fixa simplement durant une éternité avec un drôle de sourire aux lèvres.

« Crache le morceau, Jim, j'ai pas toute la journée, » lâcha finalement le médecin d'un ton exaspéré.

« Je pensais que retrouver une vie sexuelle te mettrait de meilleure humeur, » le taquina le Capitaine en retour.

Il aimait un peu trop le charrier à la première occasion. Bones grogna vaguement.

« Alors ? C'est comment ? »

« C'est quoi cette question ? »

« Avec Spock, je veux dire, » précisa-t-il, comme si Leonard n'avait pas compris. « Je suis curieux. »

« Ça ne te regarde pas. »

« Allez, Bones ! C'est un peu grâce à moi tout ça, est-ce que je ne mérite pas un peu de crédit ? »

« Le reste du monde t'en accorde suffisamment. Ta tête va finir par exploser. »

« Je t'ai toujours raconté mes conquêtes les plus étranges. »

« Parce que tu ne peux pas t'en empêcher. Tu sais que je suis beaucoup plus pudique que toi. »

Jim lui répondit avec un sourire en coin. Il ne voulait pas réellement les détails, juste embêter un peu son vieil ami.

« Plus sérieusement, ça se passe bien ? »

« Je suppose, puisqu'on ne s'est pas encore étripés. »

« Je savais qu'il lui fallait quelqu'un de patient, comme toi. Quand j'ai compris que son intérêt pour toi n'était pas qu'amical, j'ai su que ça fonctionnerait. »

« Notre relation n'est pas très éthique pour autant. »

« S'il te plaît, arrête avec ça. Vous n'êtes pas fait pour les amourettes de passage, lui comme toi, et quand on vit sur un vaisseau spatial durant plusieurs années, il n'y a pas trente-six options. Si Starfleet vient fourrer son nez là dedans, ils auront affaire à moi. Ils ne feront rien pour contrarier leur golden boy. »

« Personne n'est éternellement irremplaçable, Jim. »

« Peut-être, mais pour l'instant, je le suis, et je peux me porter garant que vous saurez toujours rester professionnel. »

« Merci pour le soutien. »

« De rien. Maintenant, sois honnête avec moi… »

« Oui ? »

« Elle est verte ? »

« Bon sang, Jim ! » s'écria Leonard en renversant presque son café, alors que Jim éclatait de rire. « Son sang est vert, de quelle couleur veux-tu qu'elle soit ? Orange ? »

La question sembla redoubler le fou rire de Jim, qui se retint à la table pour ne pas s'écrouler de sa chaise. Il riait comme il ne l'avait plus fait depuis une éternité et cela réchauffa le cœur de Bones qui sourit malgré lui. Spock choisit ce moment pour les rejoindre et haussa un sourcil interrogateur face au comportement du blond.

« Orange ! » réussit à baragouiner Jim entre deux spasmes, accentuant la perplexité de Spock.

« En quoi la couleur orange est-elle hilarante, Leonard ? »

Spock ne l'avait jamais appelé par son prénom en public. Sur le moment, il en oublia la question, puis face à son regard insistant, il se reprit.

« En rien, ce n'est pas important. Pitié, dis-moi qu'on a besoin de mes compétences quelque part, qu'il y a une épidémie à bord, que sais-je, mais ne me laisse pas avec lui, » chuchota-t-il à son encontre.

« Je venais voir le Capitaine en personne à propos d'un message que je viens de recevoir. Nous approchons de la zone où se situe New Vulcan et mon père demande à s'entretenir avec moi sur une affaire importante. »

Jim redevint subitement sérieux et essuya ses yeux larmoyants, avant d'accorder toute son attention à son premier officier.

« Ne pouvez-vous pas en discuter en visio-conférence ? »

« Cela nécessite la plus grande discrétion. Un enregistrement de cette conversation n'est pas souhaitable. Vous savez que je ne vous demanderais pas de faire passer mon intérêt avant celui de l'équipage si ce n'était pas capital. »

Il éveilla la curiosité du médecin, comme celle du Capitaine, mais aucun des deux ne posa de questions dans l'immédiat.

« Très bien, nous pouvons nous permettre de faire un détour, si New Vulcan nous autorise à prendre une permission sur son sol. Il faut bien que je justifie notre escale et j'imagine que vous préféreriez que je ne touche pas un mot à Starfleet à propos de cette "conversation". »

« En effet, je vous en serais reconnaissant. »

« Dans ce cas, je vais ordonner à Sulu de changer de cap. »

« Laissez-moi m'en charger, je ne voudrais pas écourter votre déjeuner. Merci beaucoup, Capitaine. »

« De rien, Spock, quand vous voulez. »

Le Vulcain jeta un dernier regard à Léonard qui bouillonnait intérieurement de curiosité, puis retourna sur la passerelle. Le docteur n'avait plus faim et était parfaitement réveillé à présent. Il voulait savoir ce qui se passait. L'affaire semblait sérieuse. Mais ils n'avaient pas la moindre idée, comme il s'en rendit compte en discutant avec Jim. Il devrait se montrer patient.

L'Enterprise se mit en route pour New Vulcan, cette planète que Spock n'avait toujours pas visitée. Depuis la mort de l'Embassadeur Spock, l'officier scientifique souhaitait contribuer plus activement à la reconstruction de sa civilisation, voulait marcher dans les traces de son alter ego. Mais quelque chose disait à Bones que leur escale n'avait rien à voir avec ça. Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour leur relation à peine naissante. Et s'il en parlait à son père et que celui-ci désapprouvait, préférant voir son fils avec une Vulcaine, des enfants ? Peut-être était-il question de cela ? De sa descendance. Peut-être Sarek désirait-il accélérer les choses, pour être certain de laisser un héritage ? Leonard avait rencontré l'homme, une fois, après la destruction de Vulcan. Il lui avait fait l'effet d'un être froid et sensé. Mais, après tout, il venait de perdre sa femme et sa planète en quelques minutes, peut-être l'avait-il mal jugé.

Il termina son déjeuner, se mit en route pour l'infirmerie et se résigna à prendre son mal en patience quand Jim annonça qu'ils arriveraient à destination dans trois jours. Jusque là, il sentait qu'il ne faudrait pas trop questionner Spock.