Chapitre 5
Low Impulse Control
Note de l'auteur : un chapitre 5 plus long, donc un peu en retard. Quelques petites précisions : pour la situation géopolitique de New Vulcan, je me suis largement inspiré du comics IDW Star Trek volume 13 (si vous ne l'avez pas lu, je vous le conseille). L'idée que tout soit loin d'être parfait me plaît, et surtout, que les Vulcains montent une face plus sombre. En ce qui concerne le pon farr, je suis un peu partie en freestyle, laissant les choses venir quand elles sonnaient juste. Ceci n'a rien à voir avec ce qu'on peut voir dans Amok Time, mais je voulais justement faire du neuf avec du vieux et ne pas tomber dans les clichés déjà-vus. Je m'excuse ensuite par avance, car ce chapitre est également triste à pleurer, mais c'est un peu la première fois que Jim et l'équipage font face aux Vulcains depuis les événements Nero, certaines choses doivent être dites. Bonne lecture !
Le lendemain, ils parlèrent peu. L'Enterprise atteindrait New Vulcan dans la journée et ils avaient chacun des devoirs à accomplir pour préparer leur arrivée et le débarquement en permission du reste de l'équipage. Les infrastructures de la nouvelle planète n'étaient pas encore extrêmement étendues. Le nombre réduit de survivants ne nécessitait pas la construction immédiate de grandes villes sur toute la surface. Pour le moment, la colonie était installée dans la région dont la géographie et le climat correspondaient le mieux à leur ancien monde.
Spock avait expliqué à Jim qu'il fallait s'attendre à des tensions. Sarek avait joué de ses bonnes relations avec les Anciens pour permettre à l'Enterprise de se mettre en orbite. Les avis au sein de la communauté étaient partagés. Là où les Anciens, et ceux qui avaient accepté naturellement de les suivre, faisaient leur deuil et se reconstruisaient lentement, d'autres avaient tourné le dos aux principes de Surak, arguant que cela ne les avait mené qu'à leur perte. Ceux-là considéraient l'ambassadeur Spock comme responsable de la catastrophe, ainsi que Starfleet en général et Jim Kirk en particulier. L'arrivée du vaisseau amiral de la fédération n'était pas bien vue par tout le monde.
C'était donc une permission sous surveillance que s'apprêtait à prendre l'équipage. La ville de New ShiKahr les accueillerait, nommée ainsi en hommage à la ville natale de Spock. L'ambiance à bord était étrange, entre l'enthousiasme de prendre enfin du repos et la tristesse que provoquaient les souvenirs de ce jour funeste encore vivaces dans les esprits.
Spock était agité. Tout Vulcain qu'il était, il ne parvenait à le cacher suffisamment bien pour que Leonard ne le remarque pas. Peut-être était-ce l'idée de parler à son père, peut-être le fait de visiter pour la première fois ce monde et faire face aux survivants. L'officier scientifique s'était jusque là réfugié dans le travail, à bord de l'Enterprise. Il était plus facile d'oublier quand on se trouvait loin de tout. Ou alors, il expérimentait les premiers symptômes de son pon farr, Bones n'aurait su dire. En dépit de leur nouvelle connexion, son amant restait un mystère la plupart du temps. Il aurait voulu pouvoir l'aider plus que ça, mais le docteur se sentait impuissant.
Sarek, dans un geste diplomatique, avait invité Kirk à se joindre à eux pour leur première journée, chez lui, et avait également convié les officiers supérieurs pour l'occasion. Sa manière à lui de montrer qu'il n'y avait aucune rancune de son côté. La petite équipe se composerait, en plus de Jim et Spock, de Leonard, Giotto, le chef de la sécurité, le Docteur M'Benga, qui avait fait ses études sur Vulcan et connaissait déjà Sarek, ainsi que des Lieutenants Sulu et Uhura, Scotty préférant rester à bord et garder un œil sur le vaiseau. Cela signifiait que la conversation qu'il souhaitait avoir avec son fils attendrait probablement un moment plus propice. Leonard ne sut deviner si cela soulagea un peu son amant ou si, au contraire, son appréhension monta encore d'un cran, mais à titre personnel, il aurait préféré savoir ce qu'il en était le plus rapidement possible. Cependant, il ne dit rien et se prépara à rencontrer l'Ambassadeur, comme ses camarades.
Quand le vaisseau se mit en orbite, ils furent les premiers téléportés au sol. Malgré l'insistance de Giotto, Jim avait refusé de laisser des gardes de la sécurité les accompagner. Hors de question, d'après lui, de montrer le moindre signe qui pourrait être mal interprété. La planète était inhabitée en dehors des Vulcains, une garde rapprochée illustrerait clairement leur méfiance envers certains d'entre eux.
Ils furent accueillis par Sarek en personne, accompagné d'une femme qu'ils n'avaient jamais vue. La Vulcaine se tenait à ses côtés, fière et silencieuse. Ses longs cheveux noirs étaient retenus par un chignon strict qui accentuait ses pommettes hautes, et ses yeux marron perçants les fixaient sans ciller. Jim ne put nier intérieurement qu'elle était très belle, en dépit de son âge qu'elle affichait très dignement. L'Ambassadeur lui-même n'était plus si jeune, le deuil l'ayant clairement fait vieillir avant l'heure, et elle semblait beaucoup plus fraîche et vivante en comparaison. Sarek la présenta sous le nom de T'Lana et comme étant sa nouvelle femme. L'absence totalement de réaction de la part de Spock fit penser à Leonard qu'il était probablement déjà au courant. Le docteur observa T'Lana de son œil aiguisé de médecin et remarqua également qu'elle portait les formes à peine visibles d'un début de grossesse. Dans le contexte de repopulation, la situation n'était pas choquante ni très étonnante, mais Bones se demanda tout de même comment son amant vivait le fait d'avoir une belle-mère et la perspective d'un frère ou d'une sœur.
Ils embarquèrent tous dans une navette qui les mena à la maison du couple. À travers les vitres, ils observèrent avec curiosité les infrastructures flambant neuves. La reconstruction avançait visiblement vite et efficacement. Rien de très surprenant de la part de ce peuple. Aucun d'entre eux, à l'exception de M'Benga, n'avait eu l'occasion de fouler le sol de Vulcan, et la première chose qui les frappa fut la chaleur. Si le médecin et Spock n'eurent aucune réaction, ce qui signifiait sûrement que le climat était en effet très proche de l'original, le reste de l'équipe montra rapidement des signes d'inconfort. Leonard se retint de se plaindre, ce n'était pas le moment, alors qu'ils descendaient de la navette et que les regards s'attardaient sur eux. Jim afficha fièrement son visage rouge et transpirant, confiant comme si le soleil ne l'atteignait pas, suivant de près l'Ambassadeur en parlant de choses et d'autres. Bones se tenait près de Spock, guettant chacune de ses micro-expressions. Il ne pouvait tout simplement pas s'en empêcher. Il voulait être d'un soutien sans faille, un roc, un pilier. Tout le monde essayait de faire comme si tout allait bien, mais ce n'était tout simplement pas son genre.
Quand ils arrivèrent devant la demeure, Spock marqua un léger temps d'arrêt, comme un vertige soudain. La maison ressemblait-elle à celle où il avait jadis vécu ? Là où il avait grandi ? Leonard en fut persuadé quand le Vulcain jeta un regard circulaire au jardin. Une partie des plantes présentes étaient terriennes, comme le confirma Sulu qui voulut savoir comment Sarek arrivait à les faire pousser dans un climat aussi hostile. Il ne demanda pas pourquoi, par contre. Ça, c'était une question à laquelle tout me monde avait la réponse. La présence d'Amanda planait au-dessus du jardin comme une aura, alors même qu'elle n'y avait jamais mis les pieds. Jim et Bones échangèrent un regard, se demandant comment T'Lana arrivait à le tolérer. Mais ils n'étaient pas là pour juger leur relation, qu'elle soit dictée par l'instinct de survie ou un amour véritable.
Ils entrèrent dans la bâtisse avec un soulagement mal dissimulé. Certainement par égard pour ses hôtes, Sarek avait réglé la température intérieure bien en dessous de ses standards, plus proche de celle à bord de l'Enterprise. S'ils ne verbalisèrent pas leur gratitude, elle était clairement visible sur leurs visages. Une table dressée les attendait et ils s'installèrent devant leurs assiettes. Le repas, évidemment, était entièrement végétarien. Leur hôte leur avait cependant épargné les plats vulcains qu'il savait peu au goût du palais humain.
Ils mangèrent dans une ambiance lourde des non-dits qui planaient au-dessus de leur entente, la véritable raison de la présence de Spock, sa relation avec Leonard, cette nouvelle épouse sortie de nulle part, le rôle de Jim dans l'échec du sauvetage de Vulcan, les tensions avec les survivants rebelles, tous ses sujets que Kirk évita d'aborder en discutant diplomatie et en relatant certaines de leurs récentes missions. Spock parla de ses dernières découvertes et Leonard se joignit à lui pour évoquer leur dernière aventure et leur travail commun sur le vaccin. T'Lana s'avéra très agréable. Un peu froide, comme tous ceux de son espèce, mais de bonne compagnie et particulièrement cultivée. L'atmosphère se détendit enfin, à la fin du repas. Sarek proposa de faire le tour du propriétaire à Spock et Jim, et chacun fut autorisé à vaquer dans la maison. Bones, contrarié de devoir laisser partir Spock, Giotto et M'Benga s'installèrent au salon, alors que Sulu insista pour explorer le jardin et Uhura demanda à T'Lana de lui montrer plus en détail ses recherches. La Vulcaine était linguiste également et étudiait les langues de son point de vue logique, décortiquant l'origine des mots, les raisons de leur sens et leur utilisation parfois des siècles après leur apparition dans le langage courant.
C'est dans la bibliothèque que Sarek les retrouva, une bonne heure plus tard. Il était seul, Spock et Jim ayant probablement rejoint les autres, et murmura quelque chose à l'oreille de son épouse qui quitta la pièce immédiatement après. Uhura continua d'étudier les rayonnages où se côtoyaient livres anciens et PADD. Lors de la destruction de leur planète, des biens d'une valeur inestimable avaient été perdus à jamais, mais ils en avaient sauvé certains et d'autres se trouvaient simplement ailleurs. La jeune femme caressa les tranches des vieux ouvrages vulcains, vestiges d'un monde qui n'existait plus. Sarek respecta son silence quelques minutes, puis s'approcha de la silhouette élancée qui se découpait dans la clarté qui entrait par les hautes fenêtres. Le Vulcain comprenait ce que son fils lui trouvait, maintenant qu'il prenait le temps d'observer son profil fier, son visage chaleureux, sa longue queue de cheval, haute sur sa tête, qui se balançait dans son dos quand elle se déplaçait, cette peau à la couleur chaude. C'était une belle femme et l'Ambassadeur serait enorgueilli si elle acceptait de prendre son fils pour époux.
Nyota était une femme intelligente et intuitive. Le langage non verbal était un dialecte comme les autres, qu'elle maîtrisait parfaitement. Et l'Ambassadeur ne cachait pas suffisamment bien ses intentions, ou ne voulait pas. Il souhaitait s'entretenir seul avec elle et Uhura craignait de deviner pourquoi.
« Nous n'avons jamais été convenablement introduits vous et moi, » débuta-t-il.
« Les circonstances n'ont pas vraiment joué en notre faveur. »
« En effet. Comme vous le savez peut-être, Spock et moi communiquons régulièrement, je sais donc parfaitement ce que vous représentez pour lui. »
Sauf que visiblement, vos données ne sont pas à jour, se retint-elle de répliquer. Elle n'en voulait pas à Spock, pas vraiment, la tournure des événements était prévisible, elle l'avait vu venir, mais la mettre dans cette situation parce qu'il n'avait pas trouvé le bon moment pour annoncer à son père qu'il avait mis fin à leur relation… c'était toute autre chose.
« Ce n'est pas à moi de vous le dire et vous devriez plutôt en discuter avec votre fils, mais puisque nous sommes là, il faut que vous sachiez que nous ne sommes plus ensemble. »
La nouvelle sembla surprendre le Vulcain, même si Sarek n'était ni idiot ni aveugle. Il avait bien remarqué la distance de son fils avec la jeune femme durant la journée, mais l'avait mise sur le compte d'un désaccord, peut-être même en rapport avec le pon farr imminent de Spock. Il s'était manifestement trompé.
« Puis-je en connaître la raison ? »
« Pas de ma bouche, Ambassadeur. Tout ceci ne me concerne plus réellement, même si mes relations avec Spock restent amicales et que je serai toujours là pour lui. »
« Appelez-moi Sarek. Les amis de mon fils sont toujours les bienvenus. Spock a toujours su bien s'entourer malgré l'adversité, c'est une grande force chez lui, cette capacité à inspirer la loyauté. Veuillez m'excuser si je vous ai mise dans l'embarras. »
« C'est lui qui m'a mise dans cette situation, en préférant probablement attendre de vous voir en personne pour vous en parler. Vous n'avez pas à vous excuser. »
« Si vos relations avec mon fils sont toujours cordiales, je comprends que vous ne lui en voulez pas. Lequel d'entre vous a mis un point final à votre liaison ? »
« Lui, parce qu'il a finalement fait preuve d'honnêteté en disant tout haut ce que nous savions déjà tous les deux. C'est pour cette raison que persiste entre nous cette affection qui, je l'espère, nous liera encore longtemps. »
Sarek médita ces paroles quelques instants, lui tournant le dos pour regarder le jardin par la fenêtre. Il aperçut le Lieutenant Sulu qui scannait une plante avec son tricordeur, accroupi dans la terre. Il l'observa un moment, profitant de cette distraction bienvenue. La situation prenait une tournure que Sarek ne souhaitait pas. Le pon farr allait frapper Spock très bientôt et il n'avait plus de compagne pour traverser cette période avec lui. Il devait réfléchir, et vite, à une solution et passa en revu toutes les personnes qu'il connaissait susceptibles de lui plaire. Malgré la gravité de la conjoncture actuelle, il ne voulait pas que son fils s'engage par obligation dans une relation qu'il ne voulait pas. Mais il restait encore à savoir pourquoi il avait rejeté une telle femme, savoir d'où venait le problème. Peut-être voulait-il lui épargner la sauvagerie de leur peuple, peut-être était-il là, guidé par un devoir envers les siens ? Il devait tirer cette affaire au clair, avant qu'il se retrouve au pied du mur et que la fièvre emporte son unique enfant, alors même qu'il était sur le point d'en avoir un nouveau.
« Il y a autre chose, » dit soudainement Nyota, inconsciente du tumulte qui agitait l'esprit de Sarek.
« Quoi donc ? » demanda-t-il en se tournant de nouveau vers son invitée.
« Spock m'a offert ce collier, quand nous étions encore ensemble. J'ai bien essayé de le lui rendre, au vu de sa valeur sentimentale, mais il refuse de le récupérer. »
Tout en expliquant cela, elle sortit le bijou de sous son uniforme et le retira, avant de le tendre à l'Ambassadeur qui le reconnut immédiatement. Le voir l'ébranla une seconde, puis il se reprit.
« S'il souhaite que vous le portiez, je n'irais pas contre sa volonté. Sa mère lui a donné ce collier, c'était son vœu, je n'ai aucun droit de le prendre. »
« Mais… ce n'est pas à moi qu'il revient ! »
« Je connais mon fils, contrairement à ce qu'il s'imagine sûrement. S'il veut que vous le conserviez, cela signifie que malgré le tournant définitif qu'a pris votre relation, il pense toujours ce qu'il vous a dit en vous l'offrant. »
« Je ne veux pas qu'il se sente obligé… »
« Vous le reprendre pour le donner à une autre personne enlèverait toute sa valeur au symbole. Ce genre de cadeaux ne se récupère pas pour s'en servir de nouveau, à l'image de vos alliances terriennes. Il me semble que, quand vos semblables se séparent et se remarient avec d'autres personnes, ils utilisent de nouvelles alliances pour symboliser leurs nouvelles unions. »
« C'est exact, » admit-elle. « Je n'avais pas vu les choses sous cet angle. Je veux juste qu'il ne regrette pas, plus tard, de ne pas pouvoir l'offrir à la bonne personne. »
« Je pense que vous êtes la bonne personne pour le porter. Je vois ma défunte femme en vous, je comprends ce que Spock trouvait de réconfortant en votre présence. Vous êtes, vous aussi, brave, ouverte sur le reste de l'univers, loyale, intelligente. J'échoue réellement à comprendre pourquoi… »
« Ce n'est pas sa faute ni la mienne. On ne décide pas de ces choses-là, » précisa-t-elle mystérieusement. Cela ne fit qu'accentuer le questionnement de Sarek. « Parlez à votre fils, Sarek, » conclut-elle en remettant son collier.
…
T'Lana était revenue seule quelques minutes auparavant et avait proposé de faire du thé pour tout le monde. À ce moment-là, Spock l'avait accompagnée dans la cuisine pour lui demander ce que faisait son père. Elle lui avait répondu qu'il souhaitait s'entretenir avec Uhura et Spock s'était retenu de soupirer de dépit. Mais la Vulcaine sentait bien qu'il y avait un malaise.
« Votre père parle beaucoup de vous, Spock. En bien. Mais l'état de vos rapports n'est pas limpide pour moi. J'ai plusieurs fois constaté des tensions quand il échangeait des messages avec vous. »
Spock n'était qu'en partie Vulcain, et à cause de cela, il avait travaillé dur toute sa vie pour supprimer ou au moins contrôler ses émotions. Mais la première fois que son père avait évoqué T'Lana, il avait été particulièrement difficile de taire son ressenti. Sa part logique savait qu'il était totalement illogique de reprocher à Sarek d'avoir remplacé sa mère. T'Lana ne ressemblait en rien à Amanda. Avec le recul, Spock s'avoua à lui-même que le fait l'aurait d'autant plus blessé si elle était Humaine. Mais ce n'était pas le cas. Son père n'avait pas remplacé sa mère, il se trouvait simplement parmi les quelques hommes encore disponibles et en bonne santé. Il n'avait aucune raison valable de ne pas participer à la repopulation. Ç'aurait été contreproductif, égoïste et illogique. Sarek n'était pas le seul en deuil. T'Lana avait perdu son mari, sa fille et ses parents ce jour-là. Par un hasard inouï, elle se trouvait loin, en mission sur une récente civilisation découverte dont elle étudiait le dialecte. La rupture brutale des liens psychiques qui la liaient à sa famille l'avait violemment frappé et elle était restée là, incapable de bouger, avec la certitude que tous ceux qu'elle aimait étaient morts, sans savoir pourquoi ni comment, jusqu'à ce que la nouvelle lui parvienne. Elle avait ressenti le besoin immédiat d'avorter la mission et de rentrer, puis elle avait pris conscience que le mot « rentrer » ne signifiait plus rien.
C'était son histoire qui avait finalement attisé la sympathie de Spock à son égard. Elle n'était pas la seule, bien sûr, tous les Vulcains disséminés à travers la galaxie avaient vécu la même chose, mais elle montrait une force que d'autres n'étaient pas encore capables d'exprimer. Ils se regardèrent longuement avant que Spock se rende compte qu'il n'avait toujours pas répondu.
« Nous sommes parfois en désaccord, sur certains de mes choix de vie notamment. Ma mère… » il hésita, « était un pont entre lui et moi. Elle savait trouver les mots pour nous réconcilier, nous comprenait aussi bien l'un que l'autre. À présent… » il ne termina pas sa phrase et il versa l'eau bouillante dans la théière pour reprendre le contrôle de lui-même. Ses mains tremblaient légèrement, alors il prit plus de temps que nécessaire pour se calmer.
« Parlez-vous souvent de votre mère depuis sa disparition ? »
« C'est la première fois, » admit-il, sans la regarder, en se rendant compte que c'était le cas.
« J'avais cru comprendre que vous aviez des amis très proches sur l'Enterprise, ne partagez-vous pas votre souffrance avec eux ? »
« Je garde mes émotions sous contrôle, » dit-il d'une voix enrouée qui démontrait clairement le contraire.
« Nous sommes Vulcains, Spock. Nous suivons les principes de Surak et nous maîtrisons nos émotions. Mais, il y a des tragédies que même notre peuple ne peut contenir. Il est illogique de souffrir seul, quand vous avez le soutien d'une famille. Et votre équipage est votre famille. C'est plutôt évident quand on observe la manière dont ils gravitent autour de vous, prenant garde à ne jamais vous toucher, souriant sans moquerie face à votre stoïcisme. Le médecin en particulier ne détache jamais ses yeux de vous, comme s'il craignait de vous voir disparaître. »
« Le docteur McCoy est important pour moi. Il occupe une place particulière. »
« Une place que n'occupe plus la jeune Lieutenant avec qui s'entretient votre père ? »
Spock se tourna brusquement vers elle, manquant de reverser une des tasses qu'il déposait sur un plateau.
« Les femmes sentent ces choses-là, Spock. Je ne dirai rien à Sarek, c'est à vous de lui expliquer la situation, mais ne tardez pas trop, il s'inquiète beaucoup pour vous. »
« C'est bien mon intention. Les occasions ont simplement manqué jusqu'à maintenant. »
Elle approuva d'un signe de tête, montrant qu'elle comprenait. Il n'était pas toujours simple de communiquer avec Sarek.
« C'est un choix intéressant, ce docteur. »
« Pourquoi donc ? »
« Cette jeune femme… »
« Nyota. »
« Nyota est une Humaine très réservée, tout en retenue. Je peux voir ce qui vous a attiré chez elle au premier abord. Mais le médecin, il est si émotionnel, si expressif. »
« Leonard est un individu que les Humains qualifient de "sanguin". Il a un fort caractère et nous sommes souvent en désaccord lui et moi. Mais, il est le seul à ne pas avoir peur de me dire ce qu'il pense clairement de moi, ainsi que l'endroit où je peux bien me mettre ma logique quand il croit que j'ai tort. »
Un doux son ressemblant à un léger gloussement s'éleva de la gorge de T'Lana. Ce fut bref, mais Spock l'entendit et ne put réprimer un sourire en coin.
« Vous aimez qu'on vous tienne tête. »
« J'aime pouvoir faire confiance à certaines personnes pour me remettre dans le droit chemin quand je m'égare. Leonard est aussi médecin. Pour rien au monde il ne ferait de mal à un être vivant, s'il a le choix, et même parfois quand il ne l'a pas. Il refuse toujours de se servir d'un phaser, quel que soit l'ennemi en face. Il est loyal, franc, c'est un être entier. »
« Vous devriez vous voir parler de lui, la manière dont vous irradiez. Vos sentiments sont-ils réciproques ? »
« À ma grande surprise, ils le sont. »
« Dans ce cas… »
« Besoin d'aide pour le thé ? Vous êtes partis depuis une éternité, » plaisanta Bones en faisant irruption dans la cuisine. « Tout le monde est revenu, sauf Sulu qui doit s'être perdu dans le jardin. Jim est parti le chercher. »
Le docteur remarqua que l'ambiance dans la pièce était quelque peu lourde.
« J'interromps quelque chose ? Je suis désolé »
« Non, nous avions terminé, » lui assura T'Lana.
« Qu'est ce qu'on mange avec le thé ? Je crois que certains ont un petit creux. En tout cas, vous avez une très belle maison, Madame. Lumineuse, bien décorée… »
« Leonard ? Tu t'égares. »
« Pardon, je crois que je suis juste un peu nerveux. »
Spock eut subitement envie de le prendre dans ses bras, mais il se retint devant T'Lana.
« Enfin… je veux dire… je n'ai aucune raison d'être nerveux, n'est-ce pas, » tenta de se corriger Leonard, en riant nerveusement.
« Elle sait. C'est de cela que nous parlions, » lui apprit Spock.
« Oh, » répondit-il simplement. « Je suis ravi que vous vous entendiez bien, dans ce cas. »
« Merci, Leonard. »
…
Ils retournèrent au salon avec le thé. Jim avait finalement trouvé Sulu et ils s'assirent tous autour de la table basse. Spock échangea une œillade avec Nyota. Elle paraissait ennuyée et désolée. Il évita sciemment de croiser les yeux de son père, même s'il sentait son regard appuyé sur lui. Le soir tomberait bientôt, et avec lui, les autres s'en iraient profiter de leur séjour. Il se retrouverait bien assez tôt seul avec lui.
Sarek observait son fils évoluer parmi ceux qu'il considérait comme sa famille. Il redoutait qu'il décide de renoncer à sa vie sur l'Enterprise pour s'établir dans la colonie et fonder une famille. Il avait longtemps cru que la place de Spock se trouvait à ses côtés, à l'Académie des sciences de Vulcan, qu'il le rendrait fier, qu'il honorerait son nom, puis il avait cru qu'il lui tournait le dos en s'engageant dans Starfleet. Mais il y avait finalement trouvé ce qu'il cherchait, il pouvait le voir à présent, des amis, des collègues qui l'appréciaient tel qu'il était. Il faisait des expériences fascinantes et en avait plus appris sur lui-même que durant toute son enfance sur Vulcan.
Puis, son regard fut soudainement happé par un éclat dans la lumière déclinante du jour. Il provenait d'une bague que le docteur portait. Il remuait ses mains en s'exprimant et le bijou avait capté un rayon de soleil. Il ne connaissait pas les symboles qu'elle représentait et se trouvait un peu trop loin pour en distinguer tous les détails, mais il pouvait reconnaître cette pierre entre mille, ne serait-ce que parce qu'il en avait vu un autre fragment quelques minutes auparavant, autour du cou du Lieutenant Uhura. Cela ne pouvait être qu'un cadeau de Spock. Depuis la destruction de Vulcan, la pierre de Vokaya était devenue une rareté.
Les Vulcains étaient exceptionnellement doués pour observer en silence, alors Sarek observa, la manière dont le médecin se tenait proche de Spock, pas assez pour le toucher, mais bien plus que le Capitaine qui se trouvait à la gauche de son fils, la façon dont il le regardait sans cesse, comme s'il était incapable de fixer trop longtemps son attention sur autre chose, l'émotion, presque imperceptible et difficilement descriptible, dans les yeux de Spock quand il les posaient sur lui. L'attraction entre eux était évidente maintenant qu'il y prêtait réellement attention. Il croisa alors le regard de T'Lana et son intensité le cloua sur place. Prends garde à ce que tu vas dire ou faire, disait ce regard, tu marches sur un terrain délicat. Il ne savait pas comment sa femme l'avait appris avant lui, Amanda aussi voyait certaines choses chez Spock qui lui échappaient complètement. On ne décide pas de ces choses-là, avait dit Nyota, il saisissait à présent le sens de cette phrase. Les inclinaisons de Spock allaient dans une autre direction. Comment avait-il pu manquer ceci ? Peut-être que son fils lui-même ne l'avait compris que récemment.
Il n'avait pas d'avis arrêté sur McCoy. C'était un Humain tout à fait… humain. Expansif, émotif, emporté. Il s'exprimait avec passion sur son travail et avec véhémence sur les choses qu'il n'approuvait pas. Attentionné, empathique, mais cachant certaines blessures. C'était un être qui prenait de la place, très présent, intense. C'était ce qui l'avait également attiré chez Amanda la première fois, sa luminosité, sa clarté. McCoy était la Terre autour de laquelle gravitait Spock, la Lune solitaire.
« Qu'en pensez-vous, père ? »
Il revint brutalement à la réalité, quand il entendit la voix de Spock s'adresser à lui. À sa plus grande honte, il n'avait aucune idée de la question, ni même du sujet de la conversation. Il ne pouvait malheureusement pas répondre oui ou non, il devait développer.
« Je pense que tu as tout à fait raison, mon fils. »
Spock le fixa, interdit, durant quelques secondes.
« Je… je n'ai pas encore émis mon avis sur la question. »
Un ange passa, puis deux, avant que Sarek trouve quelque chose à dire.
« Veuillez m'excuser, j'étais perdu dans mes pensées, c'est extrêmement impoli. »
Spock l'observa quelques instants, puis prit une décision.
« Capitaine, je pense qu'il est l'heure pour vous de prendre vos aises dans vos quartiers et de profiter de votre première soirée de permission. Je vais, pour ma part, passer la nuit ici. »
Jim le regarda étrangement, puis sembla comprendre.
« Bien sûr, il se fait tard. Gentlemen, Lieutenant, laissons nos hôtes se retrouver, » décida Kirk en se levant. « Ce fut un plaisir, Ambassadeur, Madame, merci pour votre hospitalité. »
« Quand vous voulez, Capitaine Kirk. »
« Je les raccompagne, » affirma Spock, avant que son père puisse dire quoi que ce soit.
Ils marchèrent jusqu'à la porte, convinrent de se retrouver le lendemain, puis sortirent. Au dernier moment, Leonard se tourna vers Spock. Ça le contrariait de passer la nuit seul, mais il comprenait. Ils partagèrent un long regard, alors que Jim engageait une discussion animée un peu à l'écart pour que les autres ne leur prêtent pas attention. Bones voulait le serrer dans ses bras, l'embrasser, il avait l'impression de ne pas l'avoir étreint depuis une éternité. Mais ce n'était pas le lieu, alors il tendit simplement deux doigts timides. Spock accepta l'invitation avec une chaleur dans le regard qui réchauffa Leonard, et les caressa doucement. Puis, ils se séparèrent et le groupe disparut dans la lumière du soleil couchant.
Quand Spock revint dans le salon, il lutta pour garder en lui toutes les ondes positives que lui avait transmises son amant, pour faire face au visage illisible de son père. T'Lana n'était nulle part en vue, mais des bruits venant de la cuisine l'informèrent qu'elle comptait les laisser seuls. Il s'assit devant la table à présent débarrassée et attendit, attendit encore, mais Sarek ne dit rien durant de longues minutes.
« Comment vas-tu, mon fils ? » demanda-t-il finalement, prenant Spock totalement au dépourvu.
Une question inhabituelle pour un Vulcain, trop globale et imprécise. Et répondre « bien » serait également un non-sens. L'état dans lequel il se trouvait ces derniers jours le dépassait complètement, était au-delà des mots.
« Je me prépare à passer une période difficile, puisque mon temps est venu. »
« En es-tu certain ? »
« Tout à fait. »
« J'ai discuté avec ton amie, le Lieutenant Uhura, aujourd'hui. Une charmante femme. J'ai cru comprendre que tu avais mis fin à votre relation. »
« En effet, il m'est finalement apparu que nous ne sommes simplement pas compatibles. »
« Et cette épiphanie t'a-t-elle frappée récemment ? »
« Très récemment. Quelques jours. »
« Il n'est pas très opportun de te retrouver seul à l'aube de ton premier pon farr. »
« Aurait-il mieux valu que je l'enchaîne à moi par un lien définitif qui l'aurait rendue malheureuse ? »
« Ce n'est pas ce que j'ai dit, Spock. Simplement, te trouver une compagne maintenant est problématique. »
« Je n'en ai pas besoin. Je ne suis pas seul, » avoua finalement Spock, qui savait parfaitement que c'était là que Sarek voulait en venir.
« Le bon docteur sait-il ce qui l'attend ? »
Spock ne parut même pas surpris que son père sache.
« Oui. Nous avons malencontreusement dû faire face à un transfert de ma part. J'ai été obligé de… prendre les choses en mains, puis de lui expliquer. »
« Comment a-t-il pris la chose ? »
« Extrêmement mal dans un premier lieu. Leonard a beaucoup de caractère, il s'emporte facilement. Puis… il a émis le souhait de se lier à moi. De son propre aveu, ses sentiments envers moi sont anciens, ils remontent à notre première rencontre. Il a simplement toujours pensé qu'ils n'étaient pas réciproques. »
« Était-ce le cas ? »
« Je dois admettre qu'il me fascine depuis le début. C'est un être très nuancé, capable du meilleur comme du pire, mais qui choisit toujours le meilleur, malgré son apparent pessimisme. »
Sarek ne dit rien durant quelques instants où le silence s'étira dans la pièce. Les bruits dans la cuisine avaient cessé, T'Lana s'était probablement retirée quelque part dans la maison.
« Vous n'approuvez pas. »
Cela ne sonna pas comme une question.
« Je n'approuve ni ne désapprouve, mon fils. Ce choix ne m'appartient pas. Dans une autre vie, peut-être, quand nous étions des milliards, prospères et riches de notre culture. Aujourd'hui, je n'ai que peu de recours à te proposer, et je prévois qu'aucun d'entre eux ne te conviendra. Nous portons suffisamment de souffrance. »
« Êtes-vous heureux avec T'Lana, père ? »
« Autant qu'il est possible de l'être, au vu des circonstances. Nous nous soutenons mutuellement. J'imagine que tu n'es pas forcément d'accord… »
« En réalité, je l'apprécie. Je suis rassuré de ne pas vous savoir seul. Et bientôt, un enfant remplira cette maison de vie. Un esprit vierge, qui n'aura pas vu son monde réduit à l'état d'atomes dispersés dans l'espace. Il sera notre avenir. »
« Je l'espère. Mais pour en revenir au docteur McCoy, ma vie est déjà faite, Spock, la tienne commence à peine. Je veux que tu poursuives tes projets comme tu les avais prévus. C'est ce que ta mère aurait voulu. »
Spock avait l'impression de retrouver son père, ou peut-être de le trouver pour la première fois. Cet homme stoïque et droit qui l'avait élevé en attendant toujours plus de lui, qui semblait vouloir que son fils soit un Vulcain parfait, alors qu'il avait lui-même décidé qu'il serait en partie Humain. Depuis un certain temps déjà, Spock avait compris qu'il ne cherchait qu'à le protéger, le tenir éloigné des moqueries, mais tous ses efforts n'avaient pas empêché les biens pensants de parler de son hybridité comme d'un handicap.
« Il nous reste néanmoins quelques détails à régler, » reprit Sarek. « Pour la cérémonie, par exemple… »
« Je ne suis pas certain que Leonard souhaite y participer, nos traditions restent majoritairement incomprises, surtout par les Humains. Peut-être quelque chose de plus intimiste ? »
« Votre union doit être approuvée par un de nos prêtres. »
« Qu'il ou elle vienne dans ce cas, mais le reste n'est pas nécessaire. »
« Le reste, comme tu le dis, fait partie de nos traditions ancestrales. »
« Et bien, voici peut-être l'occasion d'en changer. Je le connais suffisamment pour vous assurer qu'il trouvera cela barbare et totalement inapproprié. »
« Tu sais bien que si l'union se pratique très souvent devant les Anciens, c'est parce que la fièvre contrôle chacun de nos instincts. Vous devez vous attendre à un nouveau transfert, probablement plus fort que le premier. C'est un phénomène plus rare que tu ne sembles le penser, mais cela arrive quand un conjoint d'une autre espèce est impliqué, volontairement ou malgré lui. »
« L'esprit de Leonard est particulièrement compatible avec le mien. »
« À quel point ? »
« Il est difficile de le mesurer, c'est pour cette raison que j'espérais que la cérémonie se déroule ici, avec le moins de témoins possible. »
« Si c'est votre souhait, nous pouvons envisager cette option. J'en parlerai à T'Pau demain. Maintenant, si tu n'y vois pas d'inconvénient, ce fut une longue journée et j'aimerais méditer. »
« Bien sûr. »
« Tu sais où se trouve ta chambre. »
Sa chambre. Lors de la visite, Spock avait vu la pièce, presque identique à l'ancienne, que son père avait fait construire pour lui. L'enfant à venir, lui, avait une autre aile de la maison qui lui était réservée. Le geste avait touché Spock bien plus qu'il ne l'avait montré. Il n'était pas qu'un visiteur dans la nouvelle demeure de son père, il était chez lui.
« Oui. Bonne nuit, père. »
« Bonne nuit, mon fils. Que ton sommeil soit réparateur. »
Ils se levèrent et se séparèrent dans le couloir qui menait à la suite parentale. T'Lana était soit couchée, soit en pleine méditation, et Spock ne voulait pas la déranger, donc il se dirigea directement vers ses quartiers et s'assit sur le lit sans déballer ses affaires qu'il avait laissées là en arrivant. Il se sentait épuisé, alors qu'il n'avait rien fait demandant un effort physique particulier. Sans vraiment y réfléchir, il s'allongea. Quelques minutes, se dit-il, le temps que mon mal de tête passe. Puis, il s'endormit sans s'en rendre compte.
…
Quand il se réveilla, le soleil semblait haut dans le ciel à travers la fenêtre dont il n'avait pas fermé les rideaux la veille. Dormir si tard ne lui ressemblait pas. Mais malgré ces nombreuses heures de sommeil, son corps entier lui semblait peser une tonne et quand il essaya de bouger, tous ses muscles lui firent mal. Un oiseau chantait sur l'arbre juste devant sa fenêtre. Il ne savait pas que de telles espèces peuplaient cette planète, mais dans l'immédiat, ce son lui donnait juste envie de tordre le cou de l'animal pour qu'il se taise. Définitivement, de préférence.
Il se leva difficilement, notant que ses draps étaient trempés. Les Vulcains ne transpiraient pas, sauf dans certaines circonstances. Il préféra ne pas y prêter attention et se dirigea vers la salle de bain attenante à sa chambre. Il avait tellement chaud que c'en était insupportable. Mais il avait rendez-vous avec Leonard et il était déjà en retard. Leonard. La pensée de son amant lui donna un vertige.
Il retira ses vêtements de la veille dans lesquels il s'était endormi. Le tissu humide de sueur collait à sa peau et les coutures craquèrent quand il perdit patience, puis il alluma la douche et régla la température le plus froid possible. Malgré tout, l'eau lui parut tiède quand il se mit sous le jet. Cela le soulagea néanmoins un peu et il s'assit au fond du bac, en laissant le liquide salvateur cascader sur le sommet de son crâne, ses épaules tendues et son dos raide. Tout son corps était à l'agonie.
Il savait ce qui se passait, bien sûr qu'il savait. Il lui restait assez de logique pour ne pas le nier, il ne trouvait simplement pas la force de sortir et de prévenir son père. Il lui fallait Leonard. L'idée fixe ne quittait plus son esprit. Mais l'Humain n'était pas là. Il se trouvait loin d'ici, probablement inconscient de l'état de son amant. Ça ne sonnait pas juste. Il aurait dû savoir, être près de lui. Il avait promis.
Au fond de lui, sa part rationnelle savait qu'il divaguait, que sa colère n'était pas justifiée, mais il se roula en boule sous l'eau qui ne le refroidissait plus.
C'est ainsi que le trouva T'Lana, inquiète de ne pas le voir se lever. Sarek était parti tôt pour s'entretenir avec T'Pau. Elle l'appela d'urgence pour qu'il revienne, puis elle décida d'agir. Toucher Spock n'était pas la meilleure idée, mais elle ne pouvait tout simplement pas le laisser là. Elle l'approcha prudemment et tendit une main pour caresser son épaule.
Spock sursauta, prenant conscience d'une autre présence dans la pièce. Ce n'était pas Leonard. Il était déjà trop atteint pour réellement reconnaître sa belle-mère, mais l'odeur n'était pas la bonne, de cela il était sûr. Elle portait sur elle la marque de son père, il ne devait pas la toucher. Elle n'était pas Leonard, il voulait Leonard. Leonard, Leonard, Leonard…
« Il sera bientôt là, » le rassura-t-elle, et il ne sut pas si elle parlait de son père ou s'il avait appelé son amant à voix haute et qu'elle essayait de le calmer.
Elle éteignit la douche, le saisit par les aisselles et l'obligea à se lever. Sa peau semblait brûlante sous ses mains et elle leva ses barrières mentales pour ne pas se laisser contaminer. Le regard de Spock était absent et remarquablement concentré en même temps. Il cherchait désespérément des yeux ce dont il avait besoin. Qui il avait besoin. Elle l'aida à s'asseoir sur le lit, puis à s'habiller, optant pour une robe traditionnelle pratique à mettre et facile à enlever, car bientôt, porter le moindre tissu sur sa peau lui deviendrait insupportable.
« Mère ? » murmura Spock de manière presque inaudible.
T'Lana eut un pincement au cœur. L'enfant réclamait sa mère, parce qu'il avait peur. Mais elle ne serait plus jamais là, alors elle dégagea simplement sa frange trempée de son front en sueur. Sarek arriva peu de temps après et elle put enfin quitter la pièce. Se trouver en présence d'un semblable en plein pon farr était éprouvant pour n'importe quel Vulcain. Les phéromones relâchées en quantité phénoménale, les stimuli télépathiques dès qu'elle le touchait, son regard noirci par la fièvre, la souffrance inscrite sur son visage, c'était insupportable. Elle les laissa donc tous les deux dans la chambre et accueillit T'Pau, qui avait accompagné Sarek face à l'urgence de la situation.
« Où se trouve ce compagnon dont Sarek m'a parlé ? » demanda-t-elle.
T'Lane se rendit alors compte qu'elle n'en savait rien.
« Je vais contacter l'établissement qui les héberge en espérant qu'il s'y trouve encore, » décida-t-elle immédiatement.
Leur grande prêtresse se trouvait sous son toit, elle ne comptait pas faire preuve d'émotivité.
…
« Bones, tu as une tête à faire peur ! Où étais-tu ? Nous devions nous retrouver dans le lobby il y a une heure ! Et Spock n'est toujours pas là non plus ! »
Leonard s'était traîné difficilement de son lit au hall, poussé par une force qu'il ne contrôlait pas vraiment. Le médecin en lui savait parfaitement que quelque chose n'allait pas du tout. Avec lui et avec Spock. Il avait l'impression de brûler de l'intérieur et la douche qu'il avait prise n'y avait rien changé. Il ressentait un besoin irrépressible de se tenir près de Spock et le fait d'être loin de lui le mettait en colère, comme s'il en voulait à la planète entière pour cette situation merdique. Alors, quand Jim lui sauta presque à la gorge, il se retint de lui planter un hypospray de son cru dans la nuque et ne prit pas la peine de répondre, accélérant le pas vers la sortie dans l'intention de prendre un transport jusqu'à la maison de Sarek et T'Lana. D'accord ou pas, l'Ambassadeur le laisserait voir son fils, foi de McCoy, même une armée de Klingons ne pourrait l'arrêter.
« Bones ! » l'appela de nouveau Jim, en le regardant passer sans même ralentir.
« Qu'est-ce qui lui prend ? » demanda Sulu.
Jim le rattrapa et l'agrippa par le bras pour l'arrêter.
« Ça ne va pas ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Où tu vas comme ça ? »
Puis, il vit son visage dégoulinant de sueur, ses yeux injectés de sang, ses cernes profonds, Bones avait un regard fou. Kirk se calma instantanément, quelque chose clochait. Il posa une main sur la nuque de son meilleur ami, en se voulant rassurant.
« Bon sang, mais t'es brûlant ! » constata-t-il, en se tournant vers M'Benga qui les observait, comme le reste de l'équipe.
« Vous feriez mieux d'aller avec lui, » lui conseilla le médecin.
« Pourquoi ? Vous savez ce qu'il a ? Il faut l'aider ! »
« Croyez-moi, quand cela arrivera, il sera content de ne pas être entouré que d'étrangers. Il a besoin d'un ami avec lui. »
« Qu'est-ce qui se passe, Geoff ? » lui demanda de nouveau Jim.
« Je ne suis pas stupide, vous savez, Capitaine. Et j'ai, comme vous le savez, longtemps vécu sur Vulcan. Même si on essaye de vous tenir à l'écart, on finit par entendre certaines choses. Je sais pourquoi Spock est ici, et je sais reconnaître les symptômes quand je les vois, même sur un Humain. Je me fiche de la vie privée de mes collègues, de savoir qui est avec qui, mais si le Commander Spock a besoin de Leonard, vous devez l'accompagner au plus vite. »
Jim observa longuement le docteur. Lui-même ne savait pas vraiment pourquoi son premier officier était là, simplement que cela concernait son cercle familial et privé. Il était également une des rares personnes à savoir pour Spock et Bones. Mais il ne se doutait pas que ces deux événements seraient liés. Comment pouvaient-ils l'être ? Quel était le rapport avec l'état de Bones ? Il décida de ravaler ses questions pour le moment. Son ami semblait très agité, incapable de rester en place et il ne pourrait pas le retenir bien longtemps encore. Il approuva donc, dit aux autres de ne pas les attendre et entraîna Leonard, qui semblait totalement perdu, vers la sortie, avant de le mettre dans une navette et de monter à son tour.
…
Durant tout le trajet, Bones sembla se battre pour respirer, ses doigts enfoncés dans ses cuisses, il regardait droit devant lui, comme s'il pouvait faire aller la navette plus vite par la seule force de sa pensée. Jim ne savait pas exactement ce qui se passait, mais il n'était pas idiot, cela avait un rapport avec Spock et la vraie raison pour laquelle ils avaient débarqué sur New Vulcan. Pour une raison ou une autre, le phénomène touchait son meilleur ami et il avait le pressentiment que son premier officier serait dans le même état quand ils arriveraient.
La sueur maculait abondamment le visage de Leonard, coulait le long de son dos, assombrissait le tissu de ses vêtements sous ses aisselles, sur son torse. Il semblait dévoré par la fièvre et ses yeux injectés de sang aux pupilles largement dilatées paraissaient totalement ailleurs, dans un autre monde. Kirk n'osait pas parler, encore moins le toucher. Il émanait une chaleur de Bones qui sonnait comme un avertissement, une odeur qui lui donnait envie de s'éloigner. Mais, M'Benga avait dit qu'il aurait besoin de lui, alors Jim ravala sa peur.
« Votre ami se sent visiblement mal. Ne devais-je pas plutôt vous conduire à l'hôpital ? » l'interrogea le pilote Vulcain à l'avant de la petite navette.
« Il n'a pas besoin d'un médecin, il doit juste rejoindre son compagnon. »
Jim ne savait pas si c'était vrai, mais Bones avait décidé que ce serait leur destination et il ne comptait pas essayer de le faire changer d'avis.
« Je vois, » dit simplement le pilote, avant d'accélérer sensiblement.
Kirk n'était pas expert pour lire les émotions des Vulcains, mais le soudain malaise de celui-ci lui apparut avec la clarté du cristal. Il connaissait le mal qui possédait Leonard. Jim s'enfonça dans son siège, frustré d'être visiblement le seul à ne pas savoir et le remercia mentalement de se dépêcher.
…
Quand la navette s'arrêta juste devant la maison de Sarek, Bones ne l'attendit pas pour descendre. Jim régla la course sous le regard inquiet du pilote, puis courut pour rattraper son ami qui avait déjà franchi les limites de la propriété. Il n'y avait personne dans le jardin et Leonard le traversa en un temps record.
« On devrait peut-être s'annoncer, Bones, » tenta Jim pour le ralentir. « Ça ne se fait pas d'entrer comme ça chez les gens, ils ne sont peut-être même pas là. »
Après tout, à la place de Sarek, si son fils était dans cet état, il l'aurait directement emmené à l'hôpital. Mais rien de ce qu'il dit n'arrêta le docteur, qui franchit la porte – heureusement ouverte – sans la moindre hésitation. Jim le suivit et ils débarquèrent dans le salon où T'Lana et une femme plus âgée qu'il ne connaissait pas se levèrent en les voyant entrer.
« J'ai essayé de le retenir, mais il ne répond pas, » se justifia immédiatement Jim.
« Votre ami ne vous entend plus, Capitaine, » lui affirma l'inconnue, qui apparemment le connaissait. « Il n'est pas conseillé de se mettre en travers de sa route. »
Leonard disparut dans la maison et Jim ne le suivit pas. Il se laissa tomber dans un fauteuil et soupira.
« Allez-vous me dire ce qui se passe ? Et qui êtes-vous de toute façon ? Est-ce que nous nous sommes déjà vus ? »
Il savait que techniquement, il y avait de fortes chances qu'ils se soient croisés sur l'Enterprise, quand elle avait accueilli les survivants. Mais les souvenirs étaient flous dans son esprit.
« Mon nom est T'Pau. Je suis là pour présider la cérémonie, » répondit-elle en s'essayant à son tour.
Tout en elle n'était que grâce et fierté en dépit de son âge avancé. Jim se sentit minuscule, insignifiant face à cette femme. T'Lana s'éloigna vers la fenêtre et regarda dehors, comme pour leur laisser un peu d'intimité.
« Quelle cérémonie ? » demanda Kirk.
« C'est une affaire qui ne concerne que les Vulcains, Capitaine. »
« Bones n'est pas Vulcain, et deux membres de mon équipage sont gravement malades. Avec tout le respect, je me sens tout à fait concerné. »
T'Pau médita ses paroles quelques instants, nullement touchée par le ton acerbe de Jim.
« Celui que vous appelez Bones consent à se lier à Spock durant son pon farr. »
Il ne savait pas ce qu'était le pon farr, mais tout cela sonnait comme quelque chose de très définitif.
« Comment peut-il consentir dans son état ? »
« L'arrangement a été pris avant que les premiers symptômes privent votre ami de son libre arbitre. S'interposer maintenant résulterait à la mort de Spock et peut-être même à celle du Docteur McCoy. »
« Vous êtes en train de me dire que votre espèce doit prendre un compagnon ou mourir ? »
« Tous les sept ans, les Vulcains sont frappés par ce que nous appelons la fièvre de sang. Cette affliction est la plus grande honte de notre peuple, tout ce qui se passera ici ne doit pas sortir de ces murs, Capitaine Kirk. Cela ne devra figurer dans aucun rapport que vous transmettrez à votre commandement et ne devra pas être discuté avec quiconque n'étant pas présent aujourd'hui. Ai-je votre parole ? »
Puisque le ton n'admettait aucun refus et que Jim ne voulait pas être mis à l'écart, il hocha la tête.
« Je veux vous l'entendre dire. »
« Vous avez ma parole. »
« Bien, » ponctua T'Pau, visiblement satisfaite. « Vous serez le témoin du Docteur McCoy. Vous ne devez en aucun cas intervenir, même si ce que vous voyez vous choque. Je ne vais pas vous mentir, car les Vulcains ne mentent pas, votre ami risque fortement d'être blessé, car les Humains ne sont pas constitués pour endurer le pon farr, mais sa vie n'est pas en danger. Les instincts protecteurs de Spock le préserveront. »
« Blessé ? Mais de quoi sommes-nous en train de parler exactement ? Vont-ils copuler comme des lapins toute la journée pendant que nous restons là à attendre ? »
« Durant cinq jours. »
« Je vous demande pardon ? »
« Le pon farr dure habituellement cinq jours. Cela peut varier selon les circonstances, mais pas dans notre cas. Nous avons trop attendu, Spock a fait preuve d'imprudence en ne se hâtant pas quand les premiers signes sont apparus. Il a de plus choisi un partenaire humain, ce que, de mémoire, seul son père a pris le risque de faire. Les données sur les effets sur l'espèce humaine sont insuffisantes. »
« Ne vaudrait-il pas mieux qu'un docteur soit dans le coin ? »
« Le médecin de famille est en route. »
« Et pour Bones ? Ne le prenez pas mal, mais je préférerais avoir un de mes personnels médicaux pour veiller sur lui. Le Docteur M'Benga a fait ses études de médecine sur Vulcan, il est tout à fait qualifié pour le job et déjà au courant de la situation. De ses propres dires, il a reconnu les symptômes sur McCoy. »
« Appelez-le, si cela peut vous tranquilliser. Mais il sera le seul autorisé à venir. »
« Merci, » dit Jim, avant de s'isoler pour contacter M'Benga.
Quand il revint, Sarek entra dans le salon
« Il est temps, T'Pau, nous ne pouvons plus attendre. »
…
Leonard brûlait littéralement de l'intérieur. Sa part rationnelle, presque totalement dévorée par la fièvre, était encore capable de comprendre ce qui se passait. La cérémonie, se souvint-il, Spock avait parlé d'une cérémonie. Ils n'étaient pas nombreux dans la chambre de son amant – son compagnon, se corrigea-t-il – mais Jim était là, cela le rassura. Une femme plutôt âgée était présente également. Elle parlait, mais Bones n'écoutait pas, il ne voyait que Spock, en face de lui. Dans ses yeux brûlait le même feu. Il avait besoin de lui, mais il n'était pas encore autorisé à le toucher. Spock s'agenouilla et il l'imita, n'ayant aucune idée de ce qu'il devait faire et étant incapable de réfléchir clairement. La femme joignit leur main, en récitant d'autres paroles qu'il ne comprit pas, puis Spock répéta la phrase. Leonard marqua un temps d'arrêt, puis les mots furent dans son esprit, limpides et clairs. Il les répéta aussi, sans vraiment savoir comment. Et enfin, Spock le toucha vraiment. Il posa ses doigts fins et gracieux, qui tremblaient à ce moment-là, sur son visage. Une vanne s'ouvrit alors dans son esprit, d'abord étroite, puis plus large, laissant un flot incessant de pensées l'envahir. Il sentit réellement la présence de Spock dans sa tête pour la première fois. Au départ étrangère, la sensation devint peu à peu agréable, rassurante. Il n'était plus seul et ne le serait jamais plus.
Le silence se fit. Il sentait encore la présence des autres, mais comme un bruit de fond, un bourdonnement à la périphérie de son champ de vision. Puis, ce fut comme si les pièces se mettaient en place et s'emboîtaient parfaitement. Il y eut comme un clic dans sa tête, quelque chose qui sonnait juste. Il était enfin à sa place.
Une nouvelle vague de fièvre s'abattit alors sur lui, plus forte. Il pénétra l'esprit de Spock à son tour, y vit des couleurs qu'il ne connaissait pas, des fragments de souvenirs lointains, des visages aujourd'hui disparus. Il ressentit ses émotions à l'échelle Vulcaine, profondes et puissantes. La peur primaire, la joie d'être en vie, la tristesse sans fond, le désespoir le plus profond, le sentiment d'appartenance, l'amour sans limites et incommensurable. Spock n'était pas froid, mais bouillonnant comme une supernova, lumineux comme un soleil, aveuglant. Leonard laissa cette chaleur l'envahir totalement, baissa les armes, lâcha prise et laissa les choses arriver.
Spock fut sur lui la seconde d'après, l'embrassant possessivement, tirant sur ses vêtements jusqu'à ce que le tissu rendre l'âme dans un déchirement. Il entendit vaguement Jim crier quelque chose et une voix féminine le rappeler à l'ordre, mais il n'y accorda pas d'intérêt. Il ne savait pas si les autres comptaient quitter la chambre et, à vrai dire, il s'en fichait. Seul importait Spock – son compagnon – qui à présent lui appartenait, autant qu'il lui appartenait. Deux bras puissants le portèrent pour le poser sur le lit, comme si le sol n'était pas digne de lui. Il sentit la douceur et la fraîcheur des draps sur sa peau nue, comme une oasis dans le désert. Au-dessus de lui, Spock irradiait littéralement. Il avait retiré sa robe et Leonard retrouva avec délectation sa peau, ses muscles, son odeur. Il avait besoin de toucher, de goûter, de sentir, de voir, et s'abreuva par tous ses sens. Puis, Spock le tourna sur le ventre. Il sentit son poids sur son dos le dominer complément. Une part de lui voulait se rebeller, l'autre se soumettre. Spock lia leurs doigts et emprisonna ses mains au-dessus de sa tête. Le dos de Leonard s'étira, se cambra. Puis, Spock mordit sa nuque. Fort. Suffisamment pour percer la peau délicate et Bones sentit son propre sang couler dans son cou. La douleur le foudroya, il chercha son souffle, se débattit, puis se rendit finalement quand la langue râpeuse de Spock pansa sa plaie. Son compagnon murmurait des choses incohérentes en vulcain. Non, pas incohérentes, et il ne murmurait pas, il pensait. Il pensait et les mots, pourtant étrangers, s'écoulèrent dans son esprit et il les comprit alors qu'il n'aurait pas dû pouvoir. Des mots pleins de dévotion, d'admiration, d'amour.
Perdu dans les sensations, Leonard remarqua à peine le membre brûlant de Spock qui glissa entre ses cuisses serrées. Instinctivement, il les écarta pour lui faire de la place. Les vrilles partirent immédiatement à l'assaut de son anus, suintantes de lubrifiant, elles s'insinuèrent en lui jusqu'à trouver ce qu'elles cherchaient. Elles l'étirèrent, le préparèrent, le firent se courber de plaisir sous Spock qui le maintenait toujours fermement plaqué au matelas. Le lubrifiant s'écoulait abondamment entre ses fesses et ses jambes à présent. Il sentait le liquide un peu visqueux faciliter les allers et venues du pénis de Spock contre son périnée. La friction était délicieuse et les vrilles le faisaient petit à petit se plier à la volonté de son amant, avant de se retirer lentement et de s'enrouler autour de ses cuisses, les écartant un peu plus. Leonard creusa ses reins et enfonça ses genoux dans le matelas pour s'adapter à la position, levant ses fesses à la rencontre de Spock, présentant son intimité. Contre la tête du lit, ses mains agrippèrent celle de Spock jusqu'à ce que ses phalanges blanchissent et que ses doigts lui fassent mal. Il cessa de respirer, quand il sentit le bout du membre imposant de Spock frôler son entrée, avant d'appuyer fortement dessus pour s'enfoncer d'un seul mouvement, sec et brutal. Leonard cria. Il ne s'en rendit pas vraiment compte, mais le son explosa dans le silence. Il serra les dents, ferma les yeux et crut un instant que les doigts de Spock allaient se briser net sous sa prise qui se resserra.
La douleur le transperça, l'embrocha du bas de son dos jusqu'à sa nuque endolorie. Mais, Spock s'immobilisa totalement, tendu comme une corde prête à casser, son cœur tambourinant désespérément contre son flanc. La souffrance de son amant l'avait figé sur place et surpassait son besoin de le prendre vite et fort. Puis, lentement, la douleur reflua, réduite à l'état d'un pincement dans le creux des reins de Leonard et une légère sensation de brûlure contre ses parois internes qui se contractaient spasmodiquement autour de Spock. Il se sentit soudainement plein. Spock était dans son corps et son esprit, l'encerclait de toute part, le possédait complètement. C'était un sentiment indescriptible, transcendant.
Le premier coup de reins était doux comme une excuse, le deuxième, impitoyable comme une affirmation, le troisième, puissant comme une punition, puis Leonard perdit le compte et la notion du temps. Spock le prit encore et encore, l'érection de Leonard frottait contre les draps, mais la friction n'était pas suffisante. Spock se redressa alors, libéra ses mains qui s'engourdirent, ses paumes brûlantes coururent long de son dos jusqu'à attraper fermement ses hanches pour le surélever. Bones s'appuya sur ses bras, suivit naturellement le mouvement, ramena ses genoux sous lui et se mit à quatre pattes sur le lit. Profondément enfoui en lui, Spock caressa ses omoplates, ses côtes, le creux de ses reins, puis frotta son pouce là où leurs corps se rejoignaient, poussa à l'intérieur, le long de son membre. Leonard siffla de douleur, mais ne fit rien pour se dérober, laissant son compagnon profiter de la vue et l'utiliser comme bon lui semblait. Le Docteur McCoy caractériel et combatif tentait de refaire surface et le Vulcain le sentait. Sa part primaire ne savait pas si elle aimait ça ou non. Il appréciait l'Humain justement parce qu'il n'était pas totalement pliant et soumis. Il retira son pouce, satisfait de voir que son amant était capable de le prendre tout entier et reprit ses coups de reins en se regardant disparaître dans cet antre chaud et accueillant qui semblait l'aspirer un peu plus profondément à chaque fois. Il trouva l'angle adéquat et Leonard cria de nouveau, avant de gémir.
Spock voulait plus de contact, sa main remonta le long de la colonne de Bones, s'attarda un peu sur sa nuque et la marque qu'il y avait laissé, puis glissa dans ses boucles brunes humides et emmêlées, avant de les empoigner et de le tirer vers lui. Leonard se redressa et Spock saisit sa taille de l'autre bras pour le soutenir. Le corps de son amant était délicieux, délectable, tout comme son esprit. Il se félicita mentalement d'avoir choisi un être capable de le comprendre, de le soutenir, il était parfait. Aucun Vulcain n'aurait pu lui convenir autant. Son compagnon vint coller sa joue contre la sienne, sa tête reposant sur son épaule. Spock caressa ses flancs, appréciant la manière dont il se cambrait, et s'enfonça une nouvelle fois en lui en le maintenant contre son torse.
Si ce n'était ses instincts protecteurs envers son partenaire, la fièvre avait dévasté toute raison dans l'esprit de Spock. Seul le besoin de s'accoupler persistait. Le besoin de sentir cette chair convulser autour de lui, cette chaleur, ces gémissements, il voulait posséder Leonard entièrement, le marquer, pour qu'il n'appartienne qu'à lui et que tout le monde le sache. La morsure sur sa nuque s'était arrêtée de saigner. La trace nette de ses dents virait au violet. Spock en voulait d'autres, partout sur ce corps. Il prit Leonard plus fort et planta ses dents dans son épaule. Son amant geignit à son oreille, déchiré entre douleur et plaisir, et il lécha avec délice le sang qui coula sur sa langue. Leurs regards se croisèrent alors, et Spock l'embrassa, dévora ses lèvres, envahit sa bouche, son territoire. Toute l'étendue de cette peau laiteuse et transpirante lui appartenait, ce torse puissant, ce ventre ferme, ces bras musclés, ces mains expertes, ses jambes fuselées qui tremblaient sous ses coups de reins et les assauts du plaisir, et cette verge dure et chaude juste pour lui, suintante et pourpre. Il la prit en main et le corps de Leonard se tendit plus encore, ses gémissements se firent désespérés. Il le caressa, alors que ses vrilles libéraient ses cuisses pour s'insinuer à l'intérieur de lui, le long de son membre, et stimuler sa prostate. Leonard était proche de la délivrance et Spock voulait tant le faire venir. Sa semence lui appartenait, comme le reste et il lui arracha sa jouissance jusqu'à qu'il ne soit qu'un pantin désarticulé dans ses bras, ses muscles agités de spasmes se contractant autour de lui, l'emportant avec lui dans sa chute. Spock explosa, vint en lui et vint encore, le remplit de sa semence qui s'écoula entre leurs corps soudés et macula les draps. Il planta de nouveau ses dents, dans son cou cette fois, en le serrant contre lui, le faisant geindre une dernière fois. Puis, ils s'allongèrent sur le côté, toujours emboîtés et transpirants.
Leurs souffles se calmèrent et Spock entreprit de lécher chaque plaie qu'il avait laissée sur son compagnon comme un collier sanglant. Leonard se laissa faire, épuisé par leur étreinte et la fièvre qui refluait doucement. Spock pansa longuement ses blessures, caressa son corps, le cajola comme s'il était le bien le plus précieux de l'univers. Bones ne s'était jamais senti aussi aimé et désiré.
Puis, quelqu'un entra dans la pièce. Leonard remarqua alors que la chambre s'était bien vidée entre temps. Évidemment, abruti, murmura sa conscience, tu pensais peut-être qu'ils étaient restés pour te regarder offrir ton cul comme une chienne en mangeant du popcorn ? Mais il secoua la tête pour la faire taire et Spock resserra sa prise autour de sa taille. Il n'y avait rien de dégradant dans ce qu'il venait de faire.
Il ouvrit lentement les yeux et regarda M'Benga approcher prudemment, comme s'ils étaient un quelconque animal sauvage. Spock était toujours en lui, même si les vrilles s'étaient rétractées, et rien ne les recouvrait. Son ami et collègue de longue date le vit donc dans cet état. Et quel état ! Il n'osait pas imaginer l'image qu'il renvoyait, les morsures, les griffures, son sperme sur son torse.
À son approche, Spock se tendit dans son dos. Leonard perçut une forte vague de possessivité à travers le lien. Le médecin se figea. Spock venait-il de gronder ? Bones posa une main sur la cuisse de son compagnon et y traça des cercles apaisants.
Il veut seulement voir si je vais bien, pensa-t-il, tout va bien. Heureusement, Spock se détendit un peu et le laissa approcher.
« Buvez, vous en avez besoin, » dit M'Benga en lui tendant une bouteille d'eau.
Leonard se jeta dessus et l'avala d'une traite. Il n'avait pas conscience d'avoir si soif.
« Des blessures à signaler ? »
« Aucune douleur qui n'est pas gérable. C'est juste une journée difficile à passer, Geoff. »
Son collègue le regarda, surpris.
« Il ne vous a pas dit ? »
« Dit quoi ? Nous n'avons pas franchement eu le temps d'en discuter, vous savez. »
« Le pon farr dure environ cinq jours, Len. »
« Quoi ! Mais… je ne vais pas survivre cinq jours à ce rythme ! C'est insensé ! »
« Il n'y a qu'un seul moyen de passer au travers. Laissez la fièvre vous envahir, ne luttez pas. Il faut briser le plak tow. Pour y parvenir, donnez à Spock ce qu'il veut, ce dont il a besoin. Faites passer vos besoins à travers le lien, c'est la seule façon de l'atteindre jusqu'à ce qu'il revienne à lui. Ses instincts le pousseront à vous laisser boire, manger, aller aux toilettes et dormir. Mais ne comptez pas sur une douche et je ne soignerai pas vos morsures pour le moment. Le marquage est très important, vous devez porter son odeur. Le premier jour est le plus pénible, après ça, il passera par des phases de lucidité de plus en plus longues et vous pourrez parler et réellement vous reposer. »
Leonard écouta les instructions d'une oreille distraite. Derrière lui, les vrilles se remettaient en mouvement, Spock était prêt pour le deuxième round et le sentir durcir de nouveau alors qu'il était toujours en lui fut sûrement la sensation la plus étrange qu'il vécut. Sans attendre, Spock resserra ses bras autour de sa taille et recommença à aller et venir en lui.
« Sortez, » dit-il à M'Benga.
Il n'avait vraiment pas envie qu'il assiste à la scène. Ce n'était qu'entre Spock et lui.
« Sortez ! » cria-t-il quand il ne réagit pas.
Cela sembla le réveiller, car il s'excusa et se précipita vers la sortie, refermant la porte derrière lui.
…
Dans le salon, Jim attendait des nouvelles avec anxiété. Il était nerveux, furieux et angoissé. La scène de la cérémonie se jouait en boucle dans son esprit. M'Benga revint après quelques minutes et Kirk se leva.
« Alors ? »
« Ils vont bien, tous les deux. »
« C'est tout ? » le pressa Jim.
« Il n'y a pas grand-chose à faire à ce stade. Je ne peux qu'attendre que Spock accepte de s'éloigner suffisamment pour que je puisse examiner McCoy. Il a déjà été compliqué de m'approcher pour lui donner de l'eau, » tenta d'expliquer le médecin avec diplomatie.
Kirk commença à arpenter la pièce. À gauche, à droite, à gauche, à droite. Il aurait voulu être aussi calme et composé que les Vulcains qui occupaient également la pièce, mais quand cela touchait Bones, il perdait son calme.
« Vous être en colère, » constata platement T'Pau.
Jim se figea, puis se trouva vers elle.
« Je suis le Capitaine de ce vaisseau ! Je suis responsable du bien-être de mon équipage ! Spock n'aurait jamais dû me cacher une chose pareille ! Et vous, » il pointa M'Benga, « vous saviez et vous n'avez averti personne que cela risquait d'arriver. Ni moi, ni Bones ! Dites-moi, que se serait-il passé si cette fièvre avait frappé Spock sans prévenir, sans qu'il ait eu le temps de nous expliquer ou de trouver un partenaire adéquat ? Aurait-il agressé ou molesté d'autres membres d'équipage ? Voilà pourquoi je suis en colère, Madame, et encore, colère n'est pas le mot. C'est là où mènent les secrets. »
Un silence tendu suivit sa tirade. Sarek le fixait d'un regard indescriptible, M'Benga regardait ses pieds, T'Lana, assise dans un fauteuil, semblait plus petite, et T'Pau… la grande prêtresse n'avait rien perdu de sa superbe et affichait l'expression de quelqu'un sûr qu'il avait choisi le bon chemin.
« Je comprends, » dit-elle simplement.
Cela étouffa instantanément le feu qui animait Kirk.
« Mais ce qui est fait ne peut être défait. À présent, vous devez vous concentrer sur ce que vous pouvez faire pour aider vos amis. Soyez là quand ils seront redevenus eux-mêmes, ne les jugez pas. »
« Vous savez, il aurait pu m'en parler. Nous savons garder les secrets sur l'Enterprise. Si vous pensez que c'est la première fois que Starfleet ignorera quelque chose… »
« Vous restez focalisé sur le passé, Capitaine. Cela est contreproductif. »
Jim la remercia mentalement de ne pas avoir dit qu'il était illogique devant les autres et se calma. Il savait qu'elle avait raison, mais il se sentait trahi par Spock. Il pensait qu'il était devenu de vrais amis.
« Spock tient beaucoup à vous, » lui dit soudainement Sarek qui parlait pour la première fois depuis des heures. « Il y a simplement des barrières culturelles qui ne se franchissent pas facilement. »
Jim soupira. Il se sentait égoïste de s'apitoyer alors que ses deux meilleurs amis passaient un sale quart d'heure dans la pièce à côté. Il se sentait également lâche face au courage de Bones qui, quitte à tout prendre, n'avait pas choisi la facilité.
« Je sais. »
Il soupira une nouvelle fois et se rassit.
« Vous êtes encore si jeune, Jim Kirk, » ajouta T'Pau, « mais il y a déjà tellement de ressentiment en vous. Il est illogique de vous tenir pour responsable du sort de notre planète… »
« S'il vous plaît, je ne veux pas en parler… »
« Je préfère retenir que vous êtes venus par centaines quand nous avons appelé à l'aide et que vous vous êtes sacrifiés en nombre sans hésitation. »
« Mais nous avons échoué. J'ai échoué. Et j'ai regardé mon premier officier perdre sa mère et le monde qu'il aimait. J'ai vu un gosse de dix-sept ans, un de mes meilleurs navigateurs, un véritable génie, se juger responsable de ne pas avoir pu la sauver, j'ai vu l'Ambassadeur Spock, j'ai vu dans son esprit, vous savez, toute sa souffrance, sa tristesse, c'était insupportable. J'ai vu une civilisation que je n'avais pas encore eu l'honneur de connaître partir en poussières et disparaître, j'ai vu vos visages cachant à peine le choc et l'horreur, malgré toute votre dignité, j'ai dû blesser Spock, le pousser à bout, pour qu'il me cède les commandes, j'ai dû faire tout ça, parce que j'ai compris trop tard, parce que j'ai été trop lent. Si je pouvais simplement revenir en arrière… »
« Les regrets sont illogiques, Capitaine. Nul n'est autorisé à changer le passé comme il lui convient. Ce Romulien, Nero, a fait cette erreur et nous en avons tous payé le prix fort. Maintenant, nous devons aller de l'avant et ressortir du positif de notre situation. Méditez, Jim Kirk, regardez en vous-même et trouvez les réponses. »
Jim se promit intérieurement d'essayer, d'être là pour Bones et Spock.
« Bien, si ma présence n'est plus requise, je vais vous laisser en paix, » conclut alors T'Pau.
« Merci d'être venue si rapidement et d'avoir accepté les conditions de mon fils pour la cérémonie, » la remercia Sarek.
« Longue vie et prospérité, » dit-elle, et il lui souhaita de même.
« Je vous raccompagne, » proposa T'Lana, qui se tenait en retrait jusqu'à présent.
Les deux femmes quittèrent le salon. Sarek et M'Benga s'assirent autour de Jim et leur longue attente débuta.
