Chapitre 6

Face the consequences


Note de l'auteur : Pardon pour ce retard monstrueux. Mon meilleur ami m'a fait la surprise de débarquer à Paris la semaine dernière et je reviens à peine de quatre jours à Londres pour la convention Hannibal. Je suis crevée, mais heureuse. Le chapitre était déjà écrit et corrigé avant mon départ, j'ai juste manqué de temps pour publier.

Je me rends compte que, comme souvent, l'intrigue prend un tournant sans vraiment me demander mon avis et que l'histoire sera finalement plus complexe qu'initialement prévu. J'espère que ce chapitre vous plaira.

Bonne lecture!


Quand Leonard se réveilla, il avait mal partout. Il se sentait courbaturé et n'osait pas bouger. Son corps le faisait souffrir à des endroits inhabituels, ses hanches, ses cuisses, son dos, ses reins et ne parlons pas du reste. Il avait soif et envie d'uriner. Il ouvrit les yeux, la chambre était plongée dans l'obscurité. Le chronomètre sur la table de nuit affichait 03 : 00. La veille au soir, Spock s'était enfin endormi, après de multiples étreintes qui avaient mis Bones au supplice. Mélange de plaisir intense et de douleur insoutenable. Il se tourna vers son compagnon et l'observa dormir quelques instants. Il avait l'impression de retrouver le Spock qu'il connaissait. Son visage semblait si paisible, qu'on avait du mal à imaginer la sauvagerie dont il était capable. Sa vessie étant sur le point d'exploser, Leonard se résigna à se lever. Prudemment, il rampa sous les draps jusqu'au bord du lit, sortit une jambe, puis deux, posa ses pieds par terre et se mit debout. Ses jambes le lâchèrent et il tomba au sol en maugréant entre ses dents.

« Leonard ? »

La voix s'éleva dans le noir et il eut l'impression de ne pas l'avoir entendue depuis des jours. Elle était enrouée, râpeuse, mais c'était bien Spock.

« Je vais bien. Je voulais juste aller aux toilettes, mais je me suis emmêlé dans les draps et je suis tombé, » improvisa-t-il en se relevant péniblement.

« Nous sommes à présent liés mentalement, Leonard. Arriver à me mentir demandera un peu plus de pratique que cela. »

« Très bien. Je voulais simplement t'épargner de te sentir coupable et éviter de m'humilier par la même occasion, mais puisque je ne peux rien te cacher… je reviens dans une minute, » répondit-il en se dirigeant dans la salle de bain.

Il préféra s'asseoir sur la lunette, se sentant toujours un peu faible sur ses jambes. Une fois ses besoins soulagés, il alla jusqu'au lavabo et tourna le robinet d'eau froide, avant de boire à grandes gorgées. Il sentait sa température monter de nouveau. C'était infernal. Il mit carrément sa tête sous le flot, l'eau frappant sa nuque, et manqua de s'étouffer, mais il avait juste beaucoup trop chaud. Il se sentait également très sale. Sa peau poisseuse de sueur, de sperme, de sang et de salive lui semblait inconfortable. M'Benga avait dit pas de douche, mais son corps entier l'insupportait, le démangeait. Se laver à l'eau claire, sans savon, ne devrait pas poser de problème, se dit-il, juste pour enlever un peu de tous les fluides corporels qui le recouvraient. Il voulait aussi être propre avant de rejoindre Spock qu'il sentait impatient à la périphérie de son esprit. Deux minutes, se dit-il, et j'y retourne.

Il alluma la douche et se mit sous le jet en se frottant avec hâte. Il ne s'attarda pas sur la sensation de bien-être et se dépêcha de nettoyer son entrejambe, ses cuisses, ses aisselles et son ventre. Sa peau brûlait, il ne devait pas traîner, car Spock n'était sûrement pas dans un meilleur état. Une fois satisfait, il coupa l'eau et s'essuya rapidement, avant de retourner dans la chambre. Spock l'attendait debout de l'autre côté de la porte et n'avait pas l'air content.

« Je voulais juste… »

Spock agrippa son bras et se pencha sur lui, avant de renifler son cou. Visiblement mécontent du résultat, il le tira sans ménagement vers le lit, malgré ses protestations. Le lien, utilise le lien, se dit-il, c'est ce que Geoff t'a conseillé. Alors il repensa à la manière dont il se sentait sale, à quel point c'était désagréable, se concentra là-dessus autant qu'il put et Spock finit par se tourner vers lui. Son regard n'avait rien de chaleureux, il brûlait littéralement, mais la main qui tenait fermement son bras lâcha prise, puis il le surprit en le prenant dans ses bras, collant leurs corps nus du torse aux cuisses.

Une langue râpeuse lécha son cou, son épaule, où d'autres marques s'étaient ajoutées. Leonard comprit qu'il redéposait son odeur partout sur lui. Il sentait, puis léchait, sa nuque, son torse, son ventre. La fièvre envahit de nouveau Bones et il ne lutta pas, se laissa emporter, malgré lui excité par les attentions de son amant. Spock le poussa presque gentiment sur le lit et écarta ses jambes, il s'agenouilla entre elles, au sol, puis plongea son nez dans le creux de son aine. Là aussi, l'odeur devait s'être dissipée, car il lécha ensuite toute la zone, évitant son érection pourtant imposante pour le moment. À la place, il descendit plus bas, se servit de ses doigts pour écarter ses fesses, puis y insinua sa langue. Leonard cria, se tendit et courba son dos sur le matelas. Spock sembla apprécier cette réaction, car il continua, força le cercle de muscles hypersensibles et déjà trop utilisés, maintenant son compagnon fermement par l'arrière de ses cuisses qu'il avait remontrées contre son ventre.

Puis, il se redressa en essuyant son menton brillant de salive avec sa main, et remonta jusqu'à son cou, où il mordit une énième fois, avant de le pénétrer d'un coup de reins secs, comme pour le punir néanmoins. Leonard l'accueillit sans protester, se détendant en se sentant à nouveau plein et cerné par Spock. Il était simplement fatigué de lutter, rendu au fait qu'il ne faisait pas le poids et que les choses seraient beaucoup plus simples ainsi. Il aurait toutes les occasions de prendre sa revanche quand le Vulcain serait redevenu lui-même et qu'ils pourraient parler. Pour l'instant, il subissait les assauts délicieux de son amant, à la fois plaisir et douleur.

Jim se réveilla seul dans la chambre d'ami. Sarek avait accepté qu'il reste, quand il s'était montré retissant à partir. M'Benga les avait quittés tard dans la soirée, promettant de rester disponible et de repasser dans la matinée.

Il regarda le plafond dans l'obscurité. Il faisait encore nuit. Le chronomètre affichait 04 : 13. Il soupira, le sommeil l'avait quitté et il se sentait alerte, sur le qui-vive. Comme il n'était pas chez lui, il n'osait pas vraiment se lever, mais il avait soif et besoin d'aller aux toilettes, alors il surmonta ses aprioris et se dirigea vers la salle de bain, dans le couloir, sans allumer la lumière. Le lieu ne lui était pas familier, mais il avait une bonne mémoire visuelle et retrouva la porte sans trop difficulté. Il fit ce qu'il avait à faire, se lava les mains, se rafraîchit le visage, puis il tenta de retourner dans la cuisine. C'était une grande maison, assurément, il se demanda brièvement ce que ça faisait de grandir dans une telle demeure où on ne manquait jamais de rien. Il repensa à sa chambre qu'il partageait avec Sam, jusqu'à ce qu'il parte à son tour, qu'il les quitte comme leur père avant lui et leur mère quand elle passait des mois dans l'espace, le laissant seul avec Frank. Puis il chassa ces idées de son esprit. Il était là pour Bones et Spock, il ne vivait plus à Riverside. Il avait une vraie maison lui aussi, tellement plus grande et merveilleuse. Elle n'avait peut-être ni fondations ni localisation fixe, mais elle les gardait unis, au chaud, les protégeait des dangers. Il avait une vraie famille également, de celle que l'on choisissait, mais leurs liens dépassaient ceux du sang.

Il trouva finalement le cœur de la maison, vaste et parfaitement rangé, à l'image des propriétaires des lieux. Il y avait de l'eau fraîche dans une carafe et il s'en servit un grand verre qu'il avala d'une traite. Le jardin, à l'extérieur, semblait receler de secrets dans la noirceur de la nuit. Jim le contempla un moment par la fenêtre, perdu dans ses pensées.

« Vous ne dormez pas non plus ? »

Il sursauta, manquant de lâcher son verre, avant de se retourner.

« Pardon, je ne voulais pas vous effrayer. »

C'était T'Lana. Elle se tenait dans l'encadrement de la porte, habillée d'une simple chemise de nuit blanche ornée de symboles vulcains. Ses cheveux noirs étaient lâchés et cascadaient librement sur ses épaules. Jim se rendit compte qu'il la fixait et détourna le regard, gêné.

« J'avais soif, » dit-il, comme si ce n'était pas évident.

« Faites ici comme chez vous, Capitaine. »

« Jim, » la corrigea-t-il.

« Jim, » répéta-t-elle en s'approchant.

« Vous avez des difficultés à dormir ? »

« Sarek est inquiet, cela m'empêche de trouver le sommeil. »

« Je suis navré. »

« Ne le soyez pas. Spock passe par une phase tout à fait normale. Et comme tous les parents, son père se fait du souci. Vous connaissez le Docteur McCoy depuis plusieurs années, il me semble. »

« Nous sommes de très bons amis depuis que j'ai intégré Starfleet. C'était mon colocataire à l'Académie. »

« Pensez-vous qu'il soit bon pour Spock ? »

Elle se servit à son tour un verre d'eau qu'elle but lentement en attendant la réponse.

« À vrai dire, c'est en partie grâce à moi que ces deux idiots se sont enfin avoués leurs sentiments. Donc oui, je pense qu'il est juste ce dont Spock a besoin et réciproquement. »

« Et vous ? »

« Moi ? »

« De quoi avez-vous besoin ? C'est honorable de prendre soin de ses proches comme vous le faites, mais qui se préoccupe de vous ? »

« Bones se charge de me garder en bonne santé. »

« Ce n'est pas ce que je voulais dire. »

Et Jim le savait très bien. Il voulait juste ne pas aborder le sujet.

« L'Enterprise est ma maison et son équipage ma famille, c'est suffisant. »

« Quelle vie solitaire vous menez. Toujours entouré, mais seul. De quoi avez-vous peur, Jim ? »

« Mon train de vie n'est pas propice aux rencontres sérieuses. Je ne suis que de passage dans les endroits où je m'arrête et il est hors de question que j'entretienne une relation avec un de mes subordonnés, » répondit-il en ignorant la dernière question.

« Multiplier les relations sans lendemain n'est pas bon pour l'âme, Jim Kirk. »

« Ça ne m'est plus arrivé depuis un certain temps. »

« Votre esprit se serait-il enfin tourné vers quelqu'un ? »

« Peut-être, mais c'est une très mauvaise idée. Je préfère donc rester seul. »

« Beaucoup de capitaines sont pourtant mariés. »

« Cela n'a pas vraiment réussi à mes parents. »

« Voilà donc le problème. »

Elle sortit la théière d'un placard et mit de l'eau à bouillir. Jim l'observa faire en méditant ses paroles. Il savait que le destin de son père était en partie responsable de sa peur de l'engagement, il n'était pas stupide, mais il n'y avait pas vraiment de solution, la vie de capitaine était dangereuse, mais il ne changerait de carrière pour rien au monde.

« En partie, je suppose. Je n'ai pas grandi avec un modèle de famille très encourageant. Un père mort, une mère absente, un grand frère démissionnaire et un beau-père abusif, » dit-il en essayant de rire. « Je ne sais même pas pourquoi je vous dis tout ça. Excusez-moi. »

« Peut-être parce que vous n'en parlez jamais à personne. Mais je suis une étrangère que vous ne croiserez que rarement, il est plus simple de me parler. »

« Probablement. »

« Pourquoi se rapprocher de cette personne serait une mauvaise idée ? » demanda-t-elle, en ajoutant les feuilles de thé.

« La liste des raisons est longue. Penser à cette personne de cette façon me fait me sentir comme une espèce de pervers, pour débuter. »

Elle arqua un sourcil dans sa direction.

« Nous n'avons pas vraiment le même âge, » précisa-t-il.

« Est-elle si jeune que cela ? »

« Il. Et non, plus vraiment, plus maintenant. Mais j'ai toujours cette image de lui. »

« C'est sa jeunesse qui vous attire ? »

« Je ne sais pas vraiment. Il est juste… rafraîchissant, positif, intelligent. »

« Serait-ce si grave s'il savait ? »

« Starfleet n'encourage pas ce type de relations. »

« Et vous êtes, bien entendu, du genre à suivre les règles à la lettre, n'est-ce pas ? »

Le ton ironique n'échappa pas à Jim et il sourit.

« Touché. »

« Vous devriez tenter votre chance. »

« Je l'ai toujours vu exclusivement avec des femmes. »

« Vous savez que ça ne veut rien dire. »

La bouilloire siffla et elle versa l'eau dans la théière, avant de dresser deux tasses. Jim ne savait pas quoi répondre à ça, alors il garda le silence. Dehors le soleil se levait lentement.

Un rayon de soleil tomba sur le corps nu de Leonard, révélant les morsures sur sa gorge, les marques de doigts sur ses hanches. Il reposait sa tête contre la poitrine de Spock, une jambe passée par-dessus ses cuisses. La fièvre leur laissait un nouveau répit et ils vaquaient entre sommeil et éveil, l'un attendant patiemment que l'autre soit de nouveau lui-même.

« Leonard ? » l'appela Spock.

« Je suis là. Comment te sens-tu ? »

« C'est à moi de poser cette question. »

« M'Benga ne va pas tarder, il me remettra sur pied. »

« Je suis… »

« Ne pense même pas à t'excuser, » l'arrêta-t-il, en se redressant sur un coude pour le regarder.

« Je t'ai blessé. »

« Rien qui ne peut être réparé avec un hypospray et un régénérateur épidermique. Je vais bien. Et toi ? »

« Ce n'est pas encore terminé. »

« Je sais, M'Benga m'a prévenu, » répondit Bones en se tournant pour prendre une des bouteilles d'eau que son collègue lui avait laissées la veille.

Il la tendit à Spock qui but de longues gorgées, avant de la lui rendre. Il se désaltéra aussi, puis se réinstalla contre son amant.

« J'ai du mal à croire que tu sois toujours là. »

« Je suis ici parce que c'est ce que je veux, pas parce que je le dois. »

« Veux-tu profiter de cette accalmie pour que nous prenions une douche ? »

« Cela ne va-t-il pas poser de problème plus tard ? Tu n'as pas eu l'air d'apprécier cette nuit. »

« Pas si je viens avec toi. J'avoue moi-même en ressentir le besoin. »

« Très bien. »

Bones entreprit de se lever, mais resta assis un moment sur le bord du lit. Sans faire de commentaire, Spock fit le tour et lui tendit une main qu'il saisit. Le Vulcain l'aida à se mettre sur ses jambes qui le portaient difficilement et le conduisit jusqu'à la salle de bain. Ils passèrent chacun leur tour aux toilettes, puis Spock alluma la douche et l'entraîna dessous. Le soulagement se lisait sur le visage de Leonard. Ils se savonnèrent mutuellement, lentement, sans jamais se décoller l'un de l'autre, s'embrassèrent, se caressèrent. Bones s'étonna d'être encore capable de ressentir du désir à ce stade, mais la preuve était là, entre ses jambes. Spock la saisit, le caressa longuement, jusqu'à ce qu'il atteigne l'orgasme sans rien demander en retour, soutint son corps exténué et laissa l'eau emporter les fluides, la fatigue et la douleur. Ils restèrent ainsi un moment, sous l'eau fraîche qui les lavait de leur fièvre, puis ils se séchèrent et sortirent. En silence, ils changèrent les draps, sans jamais ressentir la nécessité de s'habiller. Une fois le lit frais et propre, ils se rallongèrent, se reposant simplement.

Plus tard, on toqua à la porte et M'Benga entra. Leonard les recouvrit du drap dans un élan de pudeur et le médecin s'approcha avec moins de prudence que la veille.

« Je peux voir que vous êtes de retour parmi nous, Monsieur Spock. »

« Provisoirement, du moins. »

« Je vais d'abord examiner Leonard, si vous n'y voyez pas d'inconvénient. »

Spock se décala sur le côté et laissa son compagnon s'allonger sur le dos. Le docteur le scanna avec son tricordeur, puis il injecta deux produits.

« Un analgésique couplé avec un antibiotique pour éviter toute forme d'infections, et un décontractant musculaire pour atténuer toutes ces courbatures. »

Les injections lui firent du bien presque immédiatement. Puis Geoff jeta un œil à ses morsures, sans y toucher toutefois.

« Ne t'en fais pas pour celles-ci, la salive des Vulcains a des propriétés cicatrisantes stupéfiantes. »

« Je suis aussi médecin, Geoff, je sais, merci bien. »

M'Benga sourit ironiquement.

« Je peux voir que tu te portes comme un charme, malgré tout. »

Leonard leva les yeux au ciel, clairement mécontent de sa position de patient. Son collègue lui tendit une nouvelle bouteille d'eau, avant de lui demander d'écarter ses jambes, afin qu'il puisse le traiter localement.

« Je suis assez grand pour savoir que tout va bien à ce niveau. »

« Ça m'étonnerait beaucoup. Ne fais pas l'enfant, Len, dis-toi que ce n'est pas différent des visites médicales que je te fais passer tous les six mois. »

« Ça l'est, et pour beaucoup de raisons, » affirma Bones, en coopérant néanmoins.

M'Benga enfila un gant en latex, puis se mit au travail.

« Le moment le plus humiliant de ma vie, » maugréa Leonard, avant de siffler de douleur.

« Tout va bien, mon œil, » commenta son collègue, avant de sortir un régénérateur épidermique de son sac. « Rien de grave, heureusement. »

Il répara les dégâts et laissa enfin Leonard retrouver un peu de dignité. Il se recouvrit immédiatement, en vidant sa bouteille. Il recommençait à avoir chaud.

« Tu ne vas pas pouvoir rester très longtemps encore, Geoff. »

« Plus qu'une minute, » dit-il en scannant Spock. « Votre équilibre hormonal n'est pas encore revenu à la normale. Des piques indiquent une crise prochaine, probablement dans quelques minutes. Du reste, je ne constate aucune blessure. Prenez simplement garde à ce dos. Vous n'êtes pas invincible, Monsieur Spock.

« Merci, docteur. »

« Continuez à vous hydrater dès que possible. Je vais vous laisser et aller rassurer le Capitaine. »

« Jim est toujours ici ? » s'étonna Bones.

« Il a dormi ici, Len. Il n'a pas quitté la maison depuis hier. »

« Dis-lui d'aller prendre l'air. Je ne veux pas qu'il reste enfermé ici durant toute la permission. »

« Très bien, je ferai passer le message, même si je ne suis pas certain qu'il écoutera. »

Puis, il quitta la pièce et le silence retomba. Leonard se blottit contre Spock et laissa la fièvre les emporter de nouveau.

Jim s'était laissé convaincre par M'Benga de rejoindre les autres dans le centre-ville, au moins pour la journée. Il avait accepté principalement parce qu'il ne voulait pas abuser de l'hospitalité de Sarek et T'Lana, et aussi parce que tourner en rond, impuissant, le rendait nerveux.

Dès qu'il fut dehors, il eut l'impression de respirer de nouveau, comme s'il ne s'était pas rendu compte qu'il retenait son souffle. Il faisait une chaleur à crever et le soleil tapait fort. Il retrouva Sulu et Uhura dans le lobby de l'hôtel, accompagnés de Chekov et Scotty qui les avaient rejoints. Ils furent ravis de revoir leur Capitaine et demandèrent immédiatement des nouvelles de McCoy et Spock. Il fut contraint de rester évasif, puisqu'il avait donné sa parole, mais les rassura comme il put. Ils s'apprêtaient à passer la journée sur une plage des alentours et Jim décida de les suivre.

Il y avait beaucoup plus d'eau sur la nouvelle planète que sur l'ancienne. L'un des avantages qu'ils avaient gagnés, en dépit de la situation. Les océans n'étaient pas légion sur Vulcan. Le climat de cette région était très chaud, mais cessait d'être désertique dès que l'on atteignait la mer. Jim inspira profondément quand ils arrivèrent et que les embruns frappèrent son visage, rafraîchissant sa peau cuisante et rougie. L'air sentait le sel et l'humidité.

Ils s'installèrent sur une portion de sable, à l'ombre. Il faisait bien assez chaud pour se baigner, mais personne n'était vraiment équipé pour ça. Ils s'assirent donc face à la mer et regardèrent les vagues aller et venir. Nyota portait une robe légère et exposait sa peau chocolat aux rayons du soleil. Ses cheveux pour une fois lâchés volaient librement au vent. Jim fut une fois de plus époustouflé par sa beauté. Puis, son regard fut attiré par la silhouette de Pavel qui retirait son t-shirt et enlevait ses chaussures. Il retroussa son pantalon, puis marcha pieds nus dans le sable brûlant. Quand il eut de l'eau jusqu'aux genoux, les vagues éclaboussant son torse imberbe, il s'arrêta et fixa l'horizon. Jim détailla les muscles de son dos. Le gamin avait pris en âge et en masculinité depuis leur première rencontre. Ses boucles folles auréolaient sa tête quand il lui lança un regard en arrière en souriant de toutes ses dents.

« Il n'y a pas de plage comme ça en Russie, Keptin. C'est magnifique. Merci de nous avoir permis d'en profiter. »

« Nous méritions tous un peu de repos, Chekov. »

Scotty et Nyota s'étaient lancés dans une grande discussion et Jim resta volontairement un peu à l'écart. Il voulait être seul tout en étant entouré. Bones et Spock ne quittaient pas ses pensées et il s'en voulait un peu de lézarder au soleil.

« Il a beaucoup changé, je trouve. »

Sulu le fit presque sursauter quand il s'assit à côté de lui. Il prit alors conscience qu'il fixait Pavel depuis plusieurs minutes alors qu'il réfléchissait.

« Il a pris de l'assurance dans son travail. »

« Et avec les filles. »

La remarque le fit grincer des dents, mais il sourit quand même. Un sourire de façade qui ne trompa pas l'Asiatique.

« Si je peux me permettre, Capitaine, s'il y a bien une chose que je sais reconnaître, c'est le regard d'un homme qui en désire un autre. »

« Votre remarque est déplacée. »

« Oui, elle l'est, et je m'en excuse. Mais, il parle tout le temps de vous, vous savez. »

« Arrêtez, Monsieur Sulu. »

« Mais, c'est la vérité, Capitaine… »

« Je ne veux pas en parler, parce que ça n'arrivera pas. »

Sur ces paroles, Jim se leva et s'éloigna sur la plage. Il avait enlevé ses chaussures et ses pieds nus s'enfonçaient dans le sable chaud. Une brise marine rafraîchissait la sueur sur sa peau tannée par le soleil. Il inspira profondément les embruns, mais sa poitrine le brûlait. Il y avait une douleur là, qu'il ressentait de plus en plus souvent. Il pensa une fois de plus à Spock et Bones qui s'étaient finalement trouvés. T'Lana avait raison, même s'il ne l'admettrait pas à voix haute. Il n'avait personne. La faute à son insécurité permanente. Il se trouvait des excuses, son poste, son âge, peu importe. Le problème n'était même pas Pavel. Ça aurait pu tomber sur quelqu'un d'autre.

Le Russe lui rappelait ce que c'est d'être libre. Quand il avait son âge, lui aussi il s'affichait avec une nouvelle conquête toutes les semaines. Mais, cette habitude s'était estompée, pour finalement disparaître quand il avait pris le commandement de l'Entreprise. Il pouvait évoquer le manque de temps, d'occasions, prétendre que ce n'était pas digne d'un Capitaine, tout cela était vrai, mais il voulait surtout être intouchable. Aimer était une faiblesse, un biais par lequel l'attaquer. Ce qu'il enviait ces couples à la tête de leur vaisseau. Il n'y en avait pas beaucoup, mais il en connaissait certains. Spock et Bones étaient ses meilleurs amis. Il aurait pu se passer mille choses entre eux, avec Leonard à l'académie, avec Spock, car l'alchimie entre eux était extraordinaire. Mais le médecin était son seul véritable ami à l'époque et il n'aurait pas risqué de le perdre. Et le Vulcain était avec Nyota, chasse gardée, pas touche.

Son intérêt pour Chekov l'avait pris par surprise, en revanche. Son regard s'attardait un peu trop sur lui. Sulu l'avait pris sous son aile, mais Jim aimait bien passer du temps seul avec lui, au gymnase pour sculpter son corps d'adolescent, dans l'holodeck pour s'entraîner ou se détendre. Mais quand il avait pris conscience de ce qu'il faisait réellement, il avait brutalement cessé et mis une distance. Pavel avait dû le prendre personnellement, même si de par son grade, il n'avait pas osé venir lui demander une explication. Le Capitaine décidait de la pluie et du beau temps, s'il ne voulait plus perdre son temps avec Pavel, ce n'était pas lui qui allait contester la décision.

Sulu l'avait mal pris et l'avait fait savoir, d'un autre côté. Il n'aimait pas que l'on touche à son protégé. Il ne s'était pas exprimé ouvertement, Hikaru restait quelqu'un de réservé, mais les regards et le ton ne trompaient pas. Jim l'avait ignoré. C'est à partir de ce moment que Chekov avait commencé à fréquenter toutes ces filles. De timide, il était passé à tombeur. Le changement en avait surpris plus d'un, mais personne ne s'était plaint. Le seul problème, c'était qu'ils vivaient sur un vaisseau. Riverside n'était pas une grande ville et déjà, Jim avait eu quelques ennuis. Tout se savait un jour. Et sur un vaisseau, tout se savait très rapidement. Pavel ne savait pas jongler et s'était pris quelques corrections que beaucoup pensaient méritées, surtout les principales concernées. Jim aurait bien appris quelques ficelles au gosse, mais il devait rester professionnel.

Plusieurs années étaient passées ainsi. Jim ne les avait même pas vu défiler. Après Nero, après Khan, leur mission de cinq avait débuté et toute notion de temps lui échappa. En un clignement de paupières, ils en étaient à la moitié de leur périple, puis Yorktown et la longue reconstruction de l'Enterprise qui repoussa leur retour sur Terre. Entre-temps, Chekov était devenu un homme.

Il avait à présent l'âge de Jim quand il était devenu Capitaine. Par respect pour le fait qu'il ne supportait pas qu'on le traite comme un enfant à l'époque, Kirk s'efforçait de ne pas reproduire ce schéma avec l'Enseigne. Mais intérieurement, il ne pouvait s'empêcher de le voir comme un gosse innocent.

Mais innocent, il ne l'était plus.

Jim le constata de nouveau quand il s'approcha de lui sur la plage, avec son torse finement musclé, sa peau laiteuse qui reflétait le soleil, ses boucles folles qui volaient au vent et ce regard plein d'assurance. Il l'avait suivi, et maintenant, ils étaient seuls, loin des regards. Kirk s'obligea à prendre une expression neutre.

« Quelque chose ne va pas, Keptin ? »

« J'avais simplement envie d'être un peu seul. »

« Oh. Dans ce cas, je vais vous laisser… »

« Non ! » le mot était sorti de sa bouche avant qu'il y pense à deux fois. « Reste, ça ne me dérange pas. »

Chekov hésita une seconde, puis hocha la tête. Jim s'assit alors sur le flanc d'une dune de sable et Pavel l'imita. Ils observèrent la mer quelques minutes, hypnotisés par le mouvement lancinant des vagues, profitant simplement de la présence de l'autre. Kirk eut du mal à s'avouer à lui-même que cela lui avait atrocement manqué.

« Comment tu vas ? »

La question englobait beaucoup de choses que Jim ne disait pas, mais il avait presque oublié qu'en plus d'être beau, Pavel était également un génie.

« Nos entrevues me manquent. »

Jim fut pris par surprise, mais ne se laissa pas démonter.

« Je suis désolé de ne plus trouver le temps. »

« Est-ce seulement ça ? »

« Tu penses que je t'évite ? C'est absurde. »

« Ça en a pourtant tout l'air. Est-ce que j'ai fait ou dit quelque chose… »

« Non ! Bon sang, non ! Où vas-tu chercher une idée pareille ? Ton travail est exemplaire. »

« Mon travail est exemplaire… » répéta vaguement Pavel. « Je ne suis donc qu'un Enseigne parmi d'autres pour vous. »

« Pourquoi est-ce si important ? »

« Parce que j'ai cru… à un moment… laissez tomber, c'est stupide et immature. Je vais aller rejoindre les autres. »

Mais Jim le retint fermement pas le bras.

« Tu as cru quoi ? »

« Lâchez-moi, vous me faites mal. »

Immédiatement, Kirk retira sa main comme s'il s'était brûlé.

« Je suis désolé, » s'excusa-t-il pour la deuxième fois.

« J'ai cru que nous partagions un lien spécial. Mais visiblement, je me suis trompé. N'en parlons plus. »

« Tu ne t'es pas trompé, » lâcha Jim, alors que Pavel s'éloignait déjà. « Cela commençait même à outrepasser le cadre professionnel. C'était mon devoir de Capitaine d'y mettre un terme. Je ne peux pas me permettre de faire du favoritisme ou de… »

« De quoi ? De coucher avec moi ? Vous pensez que tout ça n'est qu'un fantasme, parce que vous êtes le grand Capitaine Kirk ? Êtes-vous à ce point égocentrique ? »

« Tu n'as vraiment pas besoin de quelqu'un comme moi. »

« Je suis assez grand pour décider ce qui est bon pour moi. »

« J'ai vu ça, oui. »

L'attaque était facile, mais Jim ressentait le besoin de lui faire mal, pour qu'il s'éloigne.

« Alors c'est ça ? Vous êtes simplement jaloux. Si vous ne pouvez pas m'avoir, alors personne ne le peut ? »

« Je ne comprends même pas pourquoi nous avons cette conversation, puisque de toute évidence, ton choix se porte uniquement sur des femmes. Et je ne suis pas égocentrique au point d'imaginer que je suis l'exception. Mais si tu préfères les hommes, je t'en pris, surtout ne te prives pas pour moi. »

Kirk s'était levé pour lui faire face. À présent, la colère vibrait entre eux.

« Je ne suis pas obligé d'avoir une préférence. Vous n'en avez pas. »

« C'est vrai. »

« Peut-être, aussi, n'ai-je pas envie qu'un autre homme que vous me touche. »

Jim encaissa l'uppercut. Ce gosse serait sa perte.

« Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu ne peux pas simplement balancer ce genre de chose. »

« Pourquoi ? Qu'est-ce que ça vous fait de savoir que je me préserve pour vous, que je n'ai envie d'offrir ça à personne d'autre, que la nuit, parfois… »

« Stop ! Ferme-la ! »

Il l'agrippa par ses épaules nues. Sous ses mains, la peau était brûlante et douce, les muscles tendus.

« Je n'ai pas… ce n'est pas… » bafouilla-t-il, en le relâchant.

Le toucher était juste trop tentant.

« Pas quoi ? Pas éthique, pas professionnel ? Qui s'en préoccupe ? Vous pensez que ça n'arrive pas sur les autres vaisseaux ? »

« Nous ne sommes pas les autres vaisseaux. Bon sang, Pavel, nous sommes tous scrutés, jugés, en permanence. Je suis le plus jeune capitaine de l'histoire, je n'ai pas exactement pris mes fonctions par le cursus normal, et malgré tout j'ai posé mes conditions et j'ai choisi mes plus proches collaborateurs. Starfleet m'attend au tournant, ils attendent de me voir tomber. Ils m'ont donné l'Enterprise, mais ils s'imaginent que je vais brûler avec elle. Je l'ai déjà perdue. »

« En voulant secourir un peuple supposément en danger. Vous ne pouviez pas savoir que c'était un piège. »

« J'aurais dû savoir, c'est la seule chose qu'ils retiendront, parce que ça a coûté des vies et une véritable fortune. »

« Mais nous avons sauvé Yorktown ! Nous avons même sauvé la Terre une ou deux fois, Keptin ! Vous êtes un héros ! »

Jim éclata d'un rire amer.

« Ne change jamais, Pavel, » dit-il ensuite en posant une main sur l'épaule du jeune Enseigne.

« Je vous attendrai, vous savez. »

« Ne fais pas cette erreur. Tu mérites mieux que moi. Je m'en sors peut-être bien comme capitaine, mais en tant qu'être humain, je suis merdique. Je suis là à sourire, je suis amical, facile d'accès, mais à l'intérieur… »

« Vous avez une très mauvaise image de vous, Keptin. Si vous me laissiez vous montrer comme moi je vous vois… »

Jim l'embrassa soudainement. Le geste n'était pas prémédité et il recula à la seconde où il se rendit compte de ce qu'il faisait.

« Désolé, je n'aurais pas dû faire ça, ce n'est vraiment pas une bonne idée. Tu ferais mieux de retourner avec les autres. »

Il s'attendait à voir de la souffrance dans ses yeux, mais il souriait de toutes ses dents. Un de ces sourires dont lui seul avait le secret.

« Qu'est-ce qui te rend si joyeux ? »

« Je sais maintenant que vous me voulez autant que je vous veux. Vous avez simplement trop peur. »

« Peur ? »

L'idée le fit rire de nouveau.

« Oui, le grand Jim Kirk a peur de s'engager dans une vraie relation. Mais je vous aurai, probablement à l'usure. »

« Probablement, » admit Kirk.

Inutile de le nier. Peut-être qu'une fois leur mission de cinq ans terminée… peut-être. Pavel sourit encore, puis il s'éloigna pour rejoindre les autres.

Leonard était épuisé. Les douleurs qui traversaient son corps dès qu'il bougeait allaient au-delà des mots. Il pensait réellement pouvoir endurer le pon farr, mais au soir du deuxième jour, il commença à douter. La fièvre aidait, bien sûr. Elle le déconnectait de la réalité d'une façon qui lui permettrait encore d'endurer les assauts de Spock, d'y prendre encore du plaisir, même si cela semblait totalement absurde. Mais, les après, les entre-deux étaient insupportables. Il restait allongé là, parfois à peine conscient, n'osant pas contracter le moindre muscle, se levant uniquement en cas de nécessité absolue.

Les périodes de conscience de Spock étaient de plus en plus longues, M'Benga avait raison, mais en un sens, ces moments-là étaient les pires. Quand Spock comprenait réellement ce qu'il lui faisait. La culpabilité déferlait sur lui par vagues à travers le lien et Bones le serrait contre lui à en avoir mal au bras, en répétant encore que ce n'était pas grave. Mais, il ne pouvait pas contenir sa hâte que tout cela soit terminé, et cela rendait ses paroles rassurantes quelque peu futiles. Leonard savait que Spock craignait qu'après ça, il se détourne de lui, qu'une fois la fièvre passée, le docteur se rende compte que la sauvagerie des Vulcains était simplement trop pour lui et qu'il renonce, qu'il décide que leur relation ne valait pas la peine qu'il repasse de nouveau par le pon farr. Bones aurait voulu le détromper, il aurait vraiment voulu, mais il ne savait plus lui-même ce qu'il voulait. Son lien avec Spock était fort, même lui qui n'y connaissait rien sentait qu'il était anormalement solide et puissant. C'était une sensation à l'intérieur même de son corps, comme s'il pouvait sentir physiquement la connexion. Il fallait être fou pour renoncer à ça. Mais le prix à payer… Leonard ne pouvait pas s'empêcher de se demander à quoi ressemblerait leur relation après. Spock serait-il toujours aussi froid et distant ? Ou est-ce que le lien lui montrerait sa vraie nature en toutes circonstances ? Supporterait-il les sautes d'humeur de Leonard, ses émotions explosives ? Tout ceci était allé beaucoup trop vite, il le savait. Il avait agi dans l'urgence, en se disant advienne que pourra. Il devait maintenant faire face aux conséquences.

Il savait parfaitement dans quoi il s'était engagé et ne regrettait rien. Il était assez lucide sur la situation pour savoir que s'il pouvait revenir en arrière, il n'agirait pas différemment. Spock lui appartenait, tout comme Leonard lui appartenait. Il ne savait pas encore si ce qu'il ressentait était de l'amour, mais ce n'était pas important.

La nuit était tombée, dehors tout était sombre. Leonard fixait le plafond en écoutant la respiration profonde et régulière de Spock qui dormait contre son flanc. Son corps semblait peser moins lourd, et il mit un temps à comprendre qu'en réalité il était simplement moins chaud. Bones transpirait toujours, mais la température ne baissait que très peu, même la nuit. Sa sueur lui paraissait plus saine, moins poisseuse. Quelque chose avait changé.

« Spock ? » appela-t-il doucement, en secouant l'épaule de son amant.

Le Vulcain, qui avait le sommeil léger, se réveilla immédiatement.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda-t-il d'une voix endormie.

« On dirait que la fièvre est partie. Je n'y connais rien et je peux me tromper, mais c'est l'impression que j'ai. »

Spock se redressa et s'assit contre les oreillers. Il ferma les yeux, semblant chercher la réponse en lui-même. Quand il rouvrit les paupières, ses yeux se fixèrent directement sur Leonard qui put distinguer, même dans l'obscurité, l'étonnement et l'incompréhension dans les deux orbes sombres.

« Le plak tow est brisé. »

« Et c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ? »

« Je ne sais pas. »

« M'Benga avait dit cinq jours. Arrive-t-il que ce soit plus court ? »

« Parfois cela dure entre trois et quatre jours, si le pon farr est pris en charge suffisamment tôt, ou plus souvent, après plusieurs décennies avec le même compagnon, mais pas dans un cas comme le notre. Ce n'est pas normal. »

« Attendons un peu, ça va peut-être revenir. »

« Non, je peux le sentir, c'est terminé. »

Spock ne semblait pas ravi de la nouvelle. Leonard pouvait sentir la honte dissimulée derrière son expression neutre et composée.

« Il y a plusieurs explications possibles, Spock, je suis sûr que tu n'y es pour rien. Si tu veux, je serais ravi de rester enfermé dans cette chambre avec toi trois jours de plus, juste pour le show. »

« Les Vulcains ne mentent pas, Leonard. De plus, s'il y a un problème, il est illogique de le cacher au médecin en charge. »

« Je suis ton médecin, Spock. »

« Pas ici et maintenant. Tu n'as ni le recul ni l'expérience nécessaire avec la biologie de mon espèce pour t'assurer que tout va bien. »

Bones accusa la remarque. Spock avait raison, comme souvent, mais il avait tout de même l'impression que son collègue marchait sur ses plates-bandes. C'était absurde, cette possessivité, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était son job de prendre soin de Spock. Il allait devoir étudier dur pour cela. Les Vulcains étaient toujours si secrets.

« Tu veux faire appeler M'Benga ? Il viendra, même au milieu de la nuit. »

Spock hocha la tête.

« J'y vais, » dit Leonard, mais Spock l'arrêta.

« Reste ici, repose-toi. Je vais réveiller mon père. »

Bones accepta, peu désireux de troubler le sommeil de l'Ambassadeur et sa femme. Spock se leva, passa rapidement par la salle de bain, puis enfila une robe et quitta la chambre. Ne voulant pas rester inactif et craignant que très rapidement la pièce soit de nouveau pleine de monde, Leonard en profita pour se doucher rapidement, avant de s'habiller, en s'obligeant à se hâter malgré ses courbatures. Les vêtements qu'il portait en arrivant étaient en partie déchirés, il repensa alors à la cérémonie où Spock les lui avait arrachés et un frisson lui parcourut l'échine. Il fouilla ensuite dans l'armoire de Spock et emprunta une tunique et un pantalon en toile. Son compagnon ne lui en voudrait sûrement pas. Ses chaussures se trouvaient dans un coin, mais il préférait ne pas les porter pour le moment. Il retira les draps du lit et en mit des nouveaux, puis il ouvrit la fenêtre, quand il comprit qu'en plus de s'occuper pour ne pas laisser l'angoisse l'envahir, il tentait d'effacer toutes traces des derniers événements, il voulait qu'on ait l'impression que rien ne s'était produit ici qui sortait de l'ordinaire. Pas par honte, mais parce que cela n'appartenait qu'à eux. Il se demandait déjà comment il pourrait de nouveau regarder Jim en face, alors qu'il avait vu Spock se jeter sur lui et lui retirer ses vêtements. C'était bien suffisant sans en rajouter.

Quand la chambre fut rangée et Spock n'étant pas revenu, Leonard décida de le retrouver. Sarek et T'Lana devaient être levés et M'Benga déjà en route. Il sortit de la pièce et tenta de se diriger vers le salon. Mais la seule fois qu'il s'était enfoncé si profondément dans la maison, il était totalement contrôlé par la fièvre. Les souvenirs de ce jour étaient flous dans sa mémoire. Il se rappelait que Jim l'avait conduit jusqu'ici, mais c'était à peu près tout. Du reste, il n'avait vu que le salon, la cuisine et le jardin.

Il se trouvait visiblement dans une aile réservée aux chambres. Derrière une porte, il trouva une chambre d'amis, peut-être celle où Jim avait dormi. Derrière une autre, une salle de bain. Il se sentait comme un cambrioleur. La maison était particulièrement bien insonorisée, possiblement à cause de l'ouïe très fine des Vulcains, et il n'entendait aucun bruit qui aurait pu le guider.

Il déboucha finalement dans un large et long couloir, dont un des murs était décoré de portraits holographiques, probablement d'ancêtres, et l'autre uniquement composé de hautes fenêtres, dont une porte vitrée qui donnait sur le jardin. C'est en passant devant qu'il vit une ombre furtivement dans les feuillages. C'était sûrement un animal, se dit-il, mais l'obscurité éveillait en lui des peurs infantiles irrationnelles. Il se mit à la recherche d'un interrupteur, il n'en trouva aucun, comme à l'entrée du corridor. Peut-être l'éclairage se commandait-il à la voix, comme sur l'Enterprise. À force de vivre sur un vaisseau où les lumières ne s'éteignaient jamais, on perdait l'habitude de ce genre de choses pourtant élémentaires. L'ombre passa devant une autre fenêtre et cette fois il sursauta. Puis, un courant d'air chatouilla sa nuque. Son cerveau reptilien mit tous ses sens en alerte et il se retourna. La porte-fenêtre était ouverte.

Il se figea, osant à peine respirer. Ses yeux scrutèrent la noirceur inutilement.

« Luminosité à cent pour cent, » dit-il d'une voix qu'il détesta lui-même, tant elle vibrait d'angoisse.

La lumière explosa, inondant brutalement le couloir à sa pleine puissance et l'aveuglant quelques secondes. Quand sa vue s'adapta, il fixa le corridor comme si un monstre cauchemardesque allait soudainement sortir du mur. Mais le passage était vide. Seul le battant de la porte bougeait lentement, poussé par le courant d'air. Peut-être le vent l'avait-il ouverte, se dit-il, en se traitent d'idiot. Bien sûr que c'était le vent, Leonard, bon sang, reprends-toi, tu n'as plus quatre ans ! Il se détendit un peu et rit de lui-même avant de se retourner pour continuer sa route.

Il manqua de percuter un Vulcain qui se trouvait juste derrière lui. Leonard retint un cri pathétique et s'apprêtait à demander qui il était à cet homme qu'il ne connaissait pas – probablement un ami de la famille, pensa-t-il – mais avant qu'il puisse dire un mot, le Vulcain tendit une main et pinça un nerf à la jointure de son cou et son épaule. Une vive douleur le traversa, puis il tomba dans l'inconscience.

Dans le salon, Spock sursauta.

Jim était sous la douche, quand on sonna à sa porte. Rapidement, il s'enveloppa dans un peignoir et alla ouvrir.

« Capitaine, j'ai pensé que vous aimeriez savoir que Spock m'a fait demander. Le pon farr a brusquement pris fin bien avant la durée habituelle. Je dois me rendre chez l'ambassadeur pour l'examiner, » l'informa M'Benga.

« Laissez-moi cinq minutes pour m'habiller et je viens avec vous. Entrez, n'attendez pas dans le couloir. »

Jim se vêtit en hâte, alors que le médecin patientait dans un fauteuil, puis ils se mirent en route. Le trajet sembla interminable à Jim. Il avait un mauvais pressentiment depuis que Geoff était venu le trouver. Le genre qui ne le quittait pas. Il ne dit rien au docteur cependant, attendant de voir ce qu'il en était. D'une certaine façon, cela devait être un soulagement pour Bones, mais qu'est-ce que cela signifiait pour la santé de Spock ?

Quand ils arrivèrent devant la maison, toutes les lumières étaient allumées et il y avait visiblement de l'agitation à l'intérieur. L'estomac de Kirk se noua un peu plus.

« Qu'est-ce qui se passe ? » se demanda M'Benga à voix haute.

Jim aussi aurait voulu le savoir. Il sonna. T'Lana vint leur ouvrir. Elle était habillée d'une autre de ses chemises de nuit, visiblement tirée du lit en toute hâte. Son expression était illisible.

« Est-ce que Spock va bien ? » demanda immédiatement Jim.

« Pour le moment. Le docteur McCoy en revanche… »

« Où est-il ? » la coupa-t-il, en entrant dans la maison. « Bones ! »

Il fit irruption dans le salon, où Sarek et un Vulcain qu'il ne connaissait pas tentaient apparemment d'apaiser Spock qui semblait agité.

« Où est Bones ? » demanda Jim en s'adressant à Spock.

Mais c'est Sarek qui lui répondit.

« Il a disparu. »

« Comment ça, disparu ? Il ne serait pas parti comme ça ! Où serait-il allé ? »

« Nous soupçonnons un enlèvement, » répliqua l'autre Vulcain.

« Un enlèvement ? Par qui ? Et qui êtes-vous ? »

« Mon nom est Sirok, je suis chargé de la sécurité. Et je présume que vous êtes le Capitaine Kirk. »

« Oui. Dites-moi ce qui vous fait penser à un enlèvement ? »

« Un des accès à la propriété était grand ouvert et il n'y avait nulle trace du docteur. Comme vous le dites, il ne serait probablement pas parti au milieu de la nuit, pieds nus et sans affaire autre que ses vêtements. Surtout pas maintenant, pas avec la souffrance que cela provoque. »

« La souffrance ? » répéta Jim qui se sentait un peu largué.

« Leur lien vient à peine d'être formé, » expliqua M'Benga qui venait d'entrer dans le salon avec T'Lana. « Être éloigné durant les jours qui suivent est très pénible. »

Il se pencha sur Spock pour l'examiner. Kirk sembla alors remarquer l'état de son ami. Il était prostré dans le canapé, transpirant.

« Peuvent-ils en mourir ? » s'inquiéta-t-il.

« Pas que je sache, » répondit le médecin. « Mais cette situation ne doit pas se prolonger. La psyché de Spock pourrait subir des dommages, sans compter que je ne sais pas comment Leonard réagit de son côté. Nous n'avons qu'à espérer que sa condition humaine le préserve, mais je n'y crois pas trop. »

« Pour l'optimisme, on repassera. Merci docteur, » répliqua Jim sarcastiquement.

M'Benga le toisa sans rien dire et Jim se sentit idiot.

« Pardon. Je suis juste inquiet pour eux, » s'excusa-t-il. Le médecin hocha la tête et reporta son attention sur Spock. « Qui l'a enlevé d'après vous ? Des rebelles ? » demanda-t-il ensuite en se tournant vers Sirok.

« C'est l'hypothèse la plus logique, en effet. »

« Mais pourquoi lui, ça n'a pas de sens. Ils ne doivent même pas savoir qui il est. »

« L'Ambassadeur Sarek est connu pour être un fervent défenseur des Humains et de la Fédération. Spock sert sous vos ordres sur l'Enterprise. Tout ceci est connu du public. Même s'ils ne connaissent pas l'identité du docteur, il se trouvait dans cette maison au milieu de la nuit, donc il est logique d'en déduire que c'est un ami de la famille. De plus, sans vouloir vous vexer, un Humain est bien plus facile à maîtriser pour eux. Ils devaient espionner les environs, l'accès ouvert donne sur le jardin. Ils l'ont probablement vu par la fenêtre et saisi l'occasion quand elle s'est présentée. »

« Et il n'y a eu aucune revendication ? »

« Pas encore. Cela fait moins d'une heure, nous devons attendre. »

« Attendre ? Certainement pas, » affirma Jim, avant de sortir son communicateur et de contacter Giotto.

Il lui expliqua rapidement la situation et lui demanda de réunir une équipe de recherche. Il devait agir rapidement, il le sentait. Les Vulcains n'étaient pas réputés violents, pas comme les Klingons par exemple, et cela pourrait être pire, mais la colère des rebelles pouvait les pousser à commettre certains actes. S'ils apprenaient en plus que Bones faisait partie de l'équipage de l'Enterprise, les choses risquaient de dégénérer rapidement, surtout avec le caractère de Leonard.

« Je vais diriger les recherches, mais toute aide est la bienvenue, » dit-il ensuite à Sirok.

« Je propose de m'occuper personnellement des éventuelles revendications. S'ils contactent quelqu'un, ce sera probablement l'Ambassadeur. Je vous tiendrai au courant du moindre changement. »

Jim approuva.

« Avec votre permission, Capitaine, je vais rester ici pour veiller sur l'état du Commander Spock, » intervint M'Benga.

« Bien sûr. Restez en contact vous aussi. Si son état s'aggrave, je veux le savoir. »

Il s'accroupit en face de Spock et fixa ses yeux sombres. Rester calme semblait lui demander un effort incommensurable. Il n'osa pas le toucher, de peur de provoquer une réaction.

« On va le retrouver, Spock, » lui assura-t-il. « L'Enterprise n'est rien sans son médecin en chef et je ne suis rien non plus sans mon meilleur ami. On va le retrouver et te le ramener sain et sauf, même si je dois pour ça retourner toute la terre de cette foutue planète. »

Spock ne répondit pas, mais il hocha la tête et se roula en boule dans un coin du canapé. Le voir ainsi, si faible, fit mal à Jim. Il se promit intérieurement qu'il n'échouerait pas.