Titre : Depuis le 1er avril 2009
Auteur : ylg
Base : Spirou : Alerte aux Zorkons/La face cachée du Z
Personnages/Couple : Astrid & Lena, Zorglub
Genre : projets de vie
Gradation : PG~13 / T-
Disclaimer : propriété de Fabien Vehlmann & Yoan ; je ne cherche pas à me faire de sous avec.

Thème : 3#2, « retour en arrière » pour 5 sens
Avertissements : un petit peu de creepytude involontaire de la part de Zorglub
Note : moi j'aime beaucoup Zorglub, mais passé sous le filtre du point de vue d'Astrid et Lena, il aura l'air moins bien...
Continuité/Spoil éventuel : avant La face cachée du Z
Nombre de mots : 1200+

oOo

Zorglub leur a promis la lune et a tenu parole. Mais c'était sans préciser les clauses en toute petite police au bas du contrat. Parce qu'il n'y avait pas de contrat.
D'accord, il les a menées sur la lune. Il leur a montré des merveilles de technologie. Pensez ! Un vol spatial sans préparation nécessaire et sans effet secondaire ? On ne voit ça que dans les films. Enfoncée, la NASA et son entraînement spartiate des futurs cosmonautes. La Zorglumobile est mieux que tout confort, et la base lunaire si bien construite qu'on se croirait encore sur terre – en juste un peu plus léger. Quel paradis !
Jamais, jamais, en restant sur terre et en suivant un parcours classique même le plus brillant qui soit, elles n'auraient eu accès à tout cela. Tant de moyens !
Et c'est là que le bât blesse. Tous ces moyens techniques ont dû coûter horriblement cher en termes de moyens financiers, et les sponsors les tiennent à leur merci.

D'abord amusées de se voir traitées comme « assistantes de Doc Z » et en tant que telles, des espèces de princesses sur pied d'égalité avec les greluches de la haute, elles ont vite déchanté. On s'habitue vite au luxe et on finit par se lasser du grand casino et des piscines. Le parc d'activités ne se renouvelle pas bien vite. Même si c'est vrai qu'au début il était amusant comme tout. Oh, quelles vacances elles avaient là, vacances de rêve cette fois, démentes dans un autre genre que ces quelques jours de jungle à Champignac ! Elles sont pour un temps redevenues petites filles, lâchées dans le plus formidable parc d'attraction du monde – oui, celui des touristes, et les laboratoires derrière, à part égale.

Ensuite, le côté éthique les rattrape. Transformer la lune en luna park de luxe, n'est-ce pas un peu... blasphématoire ? La science devrait bénéficier à tous ; pourquoi subordonner le plus formidable laboratoire de recherche à un parc d'attraction pour touristes richissimes qui ne voient pas la beauté technique de la chose ? Quand même, ça n'est pas très beau. On n'a jamais vraiment quitté le schéma du prince curieux qui entretenait ses savants pour voir quelques curiosités...
Curiosités auxquelles d'ailleurs elles n'ont pas autant accès qu'elles ne voudraient. Dans les premiers temps, on leur a fait faire un tour complet des installations ; en tant que nouvelles venues, il leur fallait le temps d'apprendre et se familiariser avec l'endroit. Les voilà stagiaires, en quelque sorte.

Enfin, on les traite un peu trop comme des bimbos sans cervelle. He bien oui : elles sont jeunes, jolies, athlétiques, en pleine santé et tout, et physiquement elles se mettent mutuellement en valeur. Elles sont agréables à regarder et à fréquenter pour les gens de la haute comme pour les chercheurs, mais n'appartiennent vraiment à aucun des deux groupes. Elles ne sont pas du monde de l'argent et sont traitées comme faire-valoir, et ces gens en blouse blanche attendent encore de leur donner la chance de faire vraiment leurs preuves. Stagiaires toujours, on ne leur fait pas confiance... La recommandation de Zorglub ne suffit pas. Zorglub n'est pas le maître de céans comme il l'a laissé entendre et aurait bien aimé.

Le coup de grâce vient de Zorglub lui-même. Malgré les petites et les plus grosses déceptions qui s'accumulent, il se comporte toujours en face d'elles comme si tout devait être formidable juste parce qu'elles sont là avec lui. Apparemment, quand il les a emmenées sur ce coup de tête, c'est qu'il n'était pas seulement charmé par leurs cerveaux, et qu'ils pensaient qu'elles ne l'étaient pas seulement par le sien non plus. Sans être un mufle fini, mais à coups d'allusions de moins en moins subtiles, il leur laisse entendre qu'il aimerait fonder non seulement un laboratoire plus grand, plus performant, mais également une nouvelle colonie lunaire, autonome en tous points : énergie et populations. Et qu'il les a choisies parce qu'elles étaient, oui, intelligentes, mais aussi jeunes, jolies, athlétiques, en bonne santé etc etc et prêtes à faire des folies pour lui. Pour lui. En tant qu'homme. Notamment, porter ses enfants.
Là-dessus, Zorglub fait montre à la fois de mégalomanie avec des projets eugénistes pour donner naissance à une génération de génies, et d'un côté fleur bleue désarmant, à se voir papa-gâteau de petits bouts de chou adorables à faire sauter sur ses genoux...
Un frisson d'horreur les parcourt toutes deux. Non, mille fois non. Même par éprouvette interposée, sauf qu'il laisse entendre encore trop clairement à leur goût qu'il préfèrerait la méthode directe naturelle, aucune des deux ne voudrait un enfant ni de lui ni maintenant et surtout pas de lui maintenant et ici.

Elles s'excusent hâtivement : le moment est mal choisi, et généreusement, il leur accorde tout le temps qu'elles voudront pour y réfléchir. Génie peut-être sur d'autres plans mais là-dessus le pauvre n'y comprend vraiment rien, tellement que c'en est effrayant !
Dans un coin retiré des biotopes artificiels où elles ne risquent pas d'être entendues, elles laissent libre cours à leurs réactions. Entre horreur, consternation...
« Quand je pense qu'il n'y a pas si longtemps, naufragées en pleine jungle, j'ai vaguement pensé à repeupler la race humaine avec toi et Pacôme et la vertu super-évolutive des lieux... Vaguement. Pas sérieusement. Oh non, pas sérieusement ! »
Elles passent à l'hilarité : la situation est tellement, tellement absurde ! Sans vouloir être méchantes envers ce pauvre Zorglub, elles ne peuvent que le trouver ridicule, le pauvre, et s'en moquer un peu pour exorciser le mouvement de répulsion et de rancœur qu'il a provoqué en les reléguant peut-être sans s'en rendre compte à un rang de mammifère sans ambition intellectuelle, seulement biologique. À quel siècle est-il resté coincé, le malheureux, pour les réduire encore à leur fonction reproductrice ?

Et puis, à récapituler l'une pour l'autre ce qu'elles savent pourtant déjà par cœur ; pour le plaisir de s'entendre le redire et s'en assurer : leurs projets scientifiques, les qualités que chacune admire chez l'autre et... leurs projets ensemble aussi, elle s'en découvrent un autre.
« Je ne veux clairement pas d'enfant maintenant. Sûrement pas avec un homme. Mais plus tard peut-être par insémination ou par adoption et avec ma femme... Toi, j'espère. Alors oui, peut-être. »
Les choses sont à la fois follement romantiques : sous un dôme au plus près des étoiles, sur la lune : quel conte incroyable ! Complètement folles : elles sont dans un nouveau Las Vegas où tous les excès sont permis ? Et aussi entièrement sérieuses : elles ont fait et refait le point sur leur vie et leur avenir. L'endroit et le moment sont parfaits :
« Il est trop tôt pour penser à un enfant, mais le mariage... Moi, je sais que je veux une partenaire dans ma vie. Avec qui construire quelque chose.
- On pourrait parfaitement unir nos vies et bâtir ce projet d'entreprise dont tu avais l'idée. »

Sur un coup de tête, elles se sont laissées entraîner dans les airs. Après mûre réflexion, elles vont redescendre sur terre. Revoir leurs ambitions : ce projet de fous n'est pas à la hauteur de leurs attentes.
Et puisqu'elles ont tellement appris sur elles-mêmes et l'une sur l'autre et que l'aventure a tellement exalté leurs liens... Oui, elles vont très officiellement s'attacher l'une à l'autre. Et non, pour elles ça n'est pas rétrograde que de contracter un mariage. C'est au contraire une belle avancée sur le chemin de leur vie !