Miaou (ça veut dire : "je me délecte de vous voir mourir à petit feu, pitoyables mortels" en félin) à tou·te·s ! C'est fou, vous vous mettez d'accord avant d'écrire vos reviews, ou je deviens trop prévisible ? Faut que je me motive à vous surprendre plus que ça, alors !

Dans le chapitre précédent, les premiers cours d'Options, et les sélections de Cognepoing (qui gagne en popularité auprès de vous, je suis comblé).

Time to… Réponses aux reviews !

Hellu, l'ami chat Allan Eddem ! D'ailleurs, tu confirmes ma traduction ci-dessus ? Alors les noms… j'ai fait plein de recherches sur les faunes, et c'est des noms tout à fait adaptés. En revanche, aucune idée s'ils existent en l'état ou si je les ai inventés/adaptés.
Une fête faune à BeauX… il me semble que j'ai mentionné ça quelque part. Mais c'est peut-être dans le futur, alors je vais pas m'avancer (juste mentionné, hein, je spoile pas).
Ah ? Dit-moi tout, c'est quoi le souci avec son cours ?
Un saut sans pa… holà, le dit pas trop fort, ça risquerais de lui donner des idées !

Salut Fishina ! Du coup, tu l'as lu ?
Je vois qu'on a la même vision des choses, c'est cool ! Le problème c'est que je ne peux pas m'empêcher à penser au futur pas si lointain, et j'ai peur. Je sais déjà que si j'échoue (et ça part très mal), dans le meilleur des cas je finirai à la rue. En fait, éviter d'y penser, c'est cool aussi.
C'est bien, les crêpes. J'aime les crêpes. Ça te tenterais d'ouvrir une crêperie pour ours canadiens ?

Hello Ezezaguna, un problème avec la mode ? Non, j'avoue, les écoles de mode, ça a l'air super chiant. Mais là, c'est que 2h par semaine, et avec un maître en la matière, qui a l'air cool en plus.
Ouaip, plus haut ! Mais en fait, la pression sur Reg s'explique pour deux raisons : 1) justement, le fait que son père soit bas dans l'ordre d'héritage signifie qu'il doit forger sa propre puissance, et il met la pression sur ses enfants pour ça (c'est pour ça d'ailleurs que Richard Castle approuve Aenor/Albus : une petite (mais non négligeable) fortune, et surtout un très grand nom) ; et 2) L'Angleterre est encore sexiste quant à la transmission des noms (pas de contrat de préservation comme en France ou de principe de prévalence dynastique comme en Allemagne), et Reg est donc le seul de tout le pays à pouvoir transmettre le nom des Castle. D'où la pression que Erwin n'a pas forcément (Julia Niafasen a trois fils plus âgés que lui, qui peuvent tous prendre son nom pour le transmettre (et logiquement, ça se joue entre Lothar et Andreas) ou garder le nom de Castle, et il reste encore Alois ; en gros, Erwin n'a aucun impératif pour aucun de ses noms). T'as tout suivi ?
Mais pourquoi tout le monde est suspicieux avec Carter ? C'est parce qu'il est louche, c'est ça ? Pourquoi il le serait pas ? Il a étudié à Salem, après tout, et tous ceux qui y sont allés même moins d'un an sont devenus dérangés (non, je ne vise personne, *tousse* Exane Mason *tousse*)
…Dis-moi, tu es presciente, ou juste incroyablement chanceuse ? Je devrais rien dire, mais ça me choque tellement que tu sois tombée aussi juste… c'est inhumain. Puisque c'est, je me venge en te gâchant la surprise : la forme est exacte, la raison non (médite ça).

Bonjour Sengetsu ! Chère camarade mauvaise humaine, tu vas rire : depuis que j'ai reçu ta review, j'ai pas retouché une seule fois à mon jeu, et j'ai bouclé un chapitre d'ELM et entamé le suivant. Mon inspiration a simplement retourné sa veste sans demander son reste.
EXACTEMENT ! J'aime beaucoup Émi, mais elle se comporte comme une vraie gamine, elle m'énerve ! Je fais ce que je peux de mon côté, mais elle est têtue, la bougre. Dur dur d'être l'auteur de personnages aussi indépendants !
Tu les trouves amusants mais fatiguants ? Tu devrais lire Fablehaven alors ! Ceux-là en particulier, j'ai fait des recherches sur les faunes. Et sinon oui, j'ai une maxi liste de noms sur internet, surtout pour mes sorciers sang-purs. Mais c'est secret défense.
Eh bien les élèves sont des ados insouciants, et Carter est, apparemment de notoriété publique, plus louche qu'une louche. Je suis sûr qu'il jette régulièrement des élèves du haut de tours, même s'il n'y a pas de tour à Beauxbâtons. Il n'y a personne à choquer.
La seule raison valable, c'est celle qu'Éliza donne : Mydian n'a pas assez d'autorité, et Serpent est trop dissipé. Il était le moins pire des trois, en tant que chef. En revanche, en tant que joueur, c'est bancal je te l'accorde. Mais il a l'avantage de s'entraîner avec deux débutantes, il partira quasiment sur les mêmes bases. Il est intelligent, assez pour admettre que Juliette était le meilleur choix, même s'il ne la voulais pas. Quant à Angela… elle a certes des réflexes accrus, mais la gravité affaiblie du terrain réduit sa vitesse, et la désavantage au niveau de sa grande taille (et donc de son poids) pour le jeu aérien. Mais de toute façon, elle n'est pas la seule hybride de l'école. Faut vraiment que j'écrive mon OS sur les Inhumains, moi…

Hey Drety ! Merci ! Ben en fait, théoriquement, c'est déjà un quatuor, si on compte Carter !
Tiens, c'est marrant que tu dises ça… ça te dit un petit spoil sur elle ?
Mathis… sautille ? Qué ?

Salut titietrominet :) c'est pas toi qui postais une review à chaque fois que je m'apprête à publier ? Pas de bol, j'ai tellement traîné que je publie seulement maintenant ! J'ai failli publier avant toi…
Pas grand-chose à dire que je n'ai déjà dit plus haut… à part merci de tout aimer comme ça !
Ben en fait… dans ce chapitre on l'évoque, mais de toute façon on le saura dès le prochain chapitre. Carter a dit "prochain cours", pas "un de ces jours" !

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4) L'essor de l'Ange

Quelque part dans les régions désertiques espagnoles, à trois bonnes heures de route au sud de Barcelone, se trouvait un village sorcier du nom de Lucarna. Quelque part dans la rue principale de Lucarna, à quelques pas de la boulangerie, se trouvait une boutique d'artisan-enchanteur du nom étrange d'Ultimus Evanescabit, qui signifiait "Le Dernier Disparaîtra" en Latin. Quelque part dans l'arrière-boutique, affairé à quelque étrangeté d'enchanteur, se trouvait un homme du nom d'Alcides Soriano. C'était à lui que la boutique devait ce nom étrange, dont il était le seul à connaître la véritable signification.

Cet homme était enchanteur. Ancien élève de l'Académie de Beauxbâtons, diplômé de Chasse Enchant'Art, détenteur d'une Licence en Science des Artéfacts. Blond à lunettes. Veuf. Père de deux enfants. Et foutrement bordélique. Actuellement, il se trouvait à l'intérieur de l'objet le plus fascinant qu'il lui avait été donné de détenir dans sa boutique, du moins pour ces cinq dernières années. Car depuis l'accident de voiture qui lui avait valu une grave commotion cérébrale, Alcides avait perdu la majorité de ses souvenirs antérieurs à cette date fatidique. L'ironie était qu'il avait, ce jour-là, tenté de se suicider pour rejoindre sa femme ayant succombé au cancer du poumon la veille, et à défaut de la mort, il avait gagné l'oubli.

Alcides ajusta le débit de sa lampe à gaz pour augmenter la luminosité, et entreprit de dégager un conduit obstrué à l'aide d'un sort.

Deprimo. Deprimo. Accio débris. Deprimo

Il continua ainsi jusqu'à ce qu'il aperçoive… de la lumière !?

Alcides était à l'intérieur du vase géant dans lequel ses enfants l'avaient retrouvé coincé la veille de la rentrée. Depuis, il veillait bien à ne pas oublier sa baguette en y descendant. L'intérieur du vase ressemblait à une maison de poupée à l'échelle d'un gobelin, et Alcides espérait en faire une cabane pour enfants idéale en supprimant un étage sur deux pour augmenter la hauteur de plafond. Et en voulant dégager une niche bouchée de débris et colmatée à la terre, il avait fait une découverte des plus étranges. Cette niche carrée d'à peine un mètre, située au niveau du fond du vase, cachait un tunnel d'une bonne longueur, trop long pour qu'un simple sortilège d'extension puisse le maintenir. Et voilà maintenant qu'il y avait de la lumière au bout du long tunnel !

– Par les ovaires rabougris de Morgane… quand faut y aller…

Et sur ces bons mots, Alcides s'engagea à quatre pattes dans l'étroit tunnel. C'était un homme de moindre stature, compensant sa petite taille par un génie démesuré. Pourtant, il dut rapidement ramper, car le tunnel de céramique se rétrécissait. Vers le milieu dudit tunnel, le conduit s'arrondissait temporairement, et Alcides dut se faufiler comme un ver. La seconde partie du tunnel semblait suivre le même schéma, à l'inverse. Et lorsqu'il déboucha enfin dans la lumière…

– Je rêve ?

Alcides se releva, et épousseta ses habits. Il regarda autour de lui, puis en l'air, perplexe. Il se trouvait dans un immense vase, en tout point similaire au sien, mais dans un bien meilleur état. D'un sort, il fit apparaître une échelle de corde munie de crochets, et la fit léviter jusqu'au sommet du vase, où elle s'accrocha. Il entreprit alors de grimper, et déboucha dans un large salon richement décoré. En face de lui, un homme barbu vêtu d'une robe sombre le toisait calmement. Autour du vase, deux elfes de maison au visage crispé menaçaient Alcides, l'un avec une hallebarde bien trop grande pour lui, l'autre avec une scie circulaire. L'homme se racla la gorge, et lâcha d'un ton badin :

– Bien le bonjour. Je peux savoir ce que vous faites dans mon vase ?

– Je me posais la même question, à vrai dire, répondit Alcides, en fronçant les sourcils. Pourriez-vous m'indiquer où je me trouve ? Je suis chez vous ?

– Bienvenue au Brennende Gletscher Gutshof. Je suis Athanasius Niafasen, et oui, vous êtes chez moi.

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Trois… deux… un…

– Et c'est parti pour un nouveau match d'anthologie ! s'écria la voix d'Ulmys Malétrix. Un Plateau à Bascule, c'est génialissime ! On n'en avait pas eu depuis presque quatre ans ! Ça doit être mon cadeau de bienvenue dans le Conseil, ça !

Sur le terrain de Cognepoing, les joueurs tentaient tant bien que mal de commencer à jouer. Le sol sous le dôme se mouvait comme s'il était en équilibre précaire, et de temps en temps, de manière totalement aléatoire, il donnait un à-coup violent dans une direction.

– Le cognard est à Cabraq ! Il passe à Mullard, qui glisse à fond la caisse droit sur le but… Et pas de bol ! Le terrain a changé de sens, et cette dinde s'est lamentablement vautrée !

Le commentaire fit s'étouffer Nil de rire.

– Je déconne ! C'est une pote ! Pas vrai Alma ? Ouais c'est ça, bouge-toi les steaks, le polonais se barre avec la baballe !

Dans la foule, à droite des Augures, un groupe d'élèves particulièrement éméchés scandaient bruyamment :

– Luschek ! Luschek ! Luschek !

– C'est ça, allez Luschek ! répéta Ulmys au moment où celui-ci transformait une chute due à un basculement du terrain en envolée. ET. C'EST. LE. TRIPLE HEADSHOT ! Un sublime Centre pour les Loups du Désert !

Sur la bannière blanche et ocre, le loup noir se pavana, avant de se lover en rond dans le sable. Le score s'illumina de rouge sang : en déambulant, le loup avait formé un 1 dans le sable avec sa queue, et formait un 0 de son corps. En face, le chat de Hamelin attrapa un rat, et le jeta avec rage contre le panneau de bois qui indiquait un U. Celui-ci se décrocha d'un côté, et pencha dangereusement. Une trace au mur, jusqu'alors cachée par le panneau, bouclait la lettre, formant un 0.

– 10 – 0 pour les Loups ! ça commence très fort ! Hé, les Chats, il va falloir se sortir les bras du cul, pour avoir une chance contre l'excellent, la légende, que dis-je, le dieu du Bat'Show, Kraecz "Massacrator" Luschek ! taquina Ulmys.

– Il faut qu'on fasse une pétition pour que ta sœur soit la commentatrice officielle de la Ligue de Cognepoing, lâcha Mathis d'un ton très sérieux.

– Grave, approuva Lorna sur le même ton. On fait des tracts par milliers, on recouvre tous les murs du château et des pavillons avec, et ensuite, on organise un méga-vote dans le hall.

– On va avoir besoin de la Légion de Lucian.

– Il nous faut aussi du monde chez les bleus.

– Je crois que j'ai la personne idéale sous la main.

Mathis croisa le regard de Lorna. Celle-ci lui tendit la main, qu'il serra solennellement. Nil soupira derrière eux.

– Vous êtes deux beaux cinglés…

– Bien sûr, les Augures sont de la partie, ajouta Mathis à l'adresse de Lorna.

– Bien sûr, répéta Nil dans un ricanement. C'est pas comme si on avait le choix.

Aujourd'hui avait été une journée exceptionnelle. Le matin, il s'était rendu au Club Duel, durant lequel il avait appris le principe des sorts retardés : il était en effet possible de figer certains sorts de manière à ce qu'ils n'atteignent la cible qu'en différé, et de continuer à jeter d'autres sorts en même temps. C'était un moyen idéal d'équilibrer un combat à un contre plusieurs. L'après-midi, l'entraînement de Cognepoing s'était déroulé à la perfection. Angela et Sertorius étaient en synergie totale, et leur défense était infranchissable. Du côté de l'attaque, c'était encore fragile : Mathis jouait trop à droite, Mydian jouait trop avec Mathis, alors pour compenser, Juliette jouait trop perso. Mais les Bélials étaient confiants quant à leurs futures performances. Ils étaient individuellement excellents, et l'esprit d'équipe viendrait vite. En plus, Juliette — Mathis répugnait à se l'avouer — devenait de plus en plus sympathique, moins peste. Et Angela avait tout de suite trouvé sa place : pour Mydian et Sertorius, elle était une égale, qui comprenait la vie de chacun. Comme Mydian, son père travaillait beaucoup, et faisait de gros efforts pour être présent dans sa vie, même s'il ne la comprenait pas toujours. Et comme Sertorius, sa mère était froide, riche et distante, et seul comptait pour elle les affaires familiale (Mathis avait appris au détour d'une conversation que la mère d'Angie, Natālija De Veriasinis, était en Lituanie l'équivalent d'une duchesse ou d'une comtesse). Et pour Juliette, elle était comme une grande sœur, forte et indépendante. Quant à lui… Mathis n'était pas sûr de la relation qu'il entretenait avec l'adolescente. Elle était… comme une collègue. À la fois joviale et secrète, familière et distante. Il ressentait pour elle un mélange de sympathie et de méfiance. Mais peut-être se laissait-il trop influencer par Émi ?

– Ho, tu rêvasses, la limace ? l'interpela Lorna en lui secouant l'épaule.

– … Hein ?

– C'est la mi-temps. On va au Local à Ménage, vous voulez venir ?

– Ouais, accepta Mathis.

Lui et la plupart des Augures (Jorge toujours désespérément absent, et ce depuis la rentrée) suivirent Lorna et Damien Rohr en direction du Local. Le Bar du Local à Ménage était, comme son nom l'indiquait, un bar aménagé dans le local où étaient habituellement stockés les produits d'entretien. Un second bar, le Gris Loup, était aménagé dans le local à matériel sportif, et était réservé aux élèves de Chasse. C'était probablement là-bas qu'Ulmys s'arrosait allègrement le gosier avant de reprendre son commentaire énergique du match.

Mathis repensa à sa journée. Durant le Club Duel, Lorna avait invité les Augures au Bat'Show, leur promettant une soirée exceptionnelle. Et elle ne s'était pas trompée. Ulmys et elle les avait fait sortir par le grenier des Chasseurs, grâce à une échelle miniaturisable cachée dans une armoire. Mais il repensa à une autre invitation…

– Je ne vais pas pouvoir rester après le match, annonça-t-il.

– Pourquoi !? s'écrièrent Lorna et Nilüfer en cœur.

– Faut que je me lève tôt demain. Je dois vois Carter pour… un truc.

– Il a bien voulu ? s'enquit Émi, qui savait de quoi il était question.

– En fait, c'est lui qui m'a proposé. Il a une nouvelle piste.

– Puis-je savoir de quoi vous parlez ? s'immisça Lorna.

– Non, déclina Mathis.

– Pfff ! Puisque c'est comme ça, je vais voir Ultimatrix. Tu viens Dam's ?

– J'arrive… soupira Damien, en jetant un regard désolé à sa bièraubeurre.

– … Super, on va pouvoir parler ! s'exclama Mathis lorsqu'ils furent assez loin.

– T'es dure avec elle, fit remarquer Karol.

– Ça ne m'empêche pas de dormir la nuit, répliqua Mathis. Bon alors… Carter.

– Il a accepté de reprendre tes cours ? demanda Erwin.

– Ouais ! Il m'a pas parlé de sa nouvelle piste, mais il m'a dit qu'il avait fait des recherches pendant toutes les vacances, et qu'il aimerait tester ses théories avec moi. D'après ce qu'il a laissé entendre, ça serait tout de même un truc accidentel, comme les septères, ou les nés-moldus qui se retrouvent avec un don inné en Magie Rouge suite à des conjonctures improbables, donc on était sur la bonne piste. Tiens, il faudra qu'écrive à Gideon à ce propos. Mydian doit avoir sa nouvelle adresse.

– Et il a parlé de ce que vous alliez faire ?

– On n'a pas eu trop l'occasion d'en parler… Ah, on dirait que le match va reprendre, on retourne aux gradins ? Non, on n'a pas eu trop l'occasion d'en parler, parce qu'il y avait du monde autour. Mais je pense qu'on va continuer ce qu'on faisait il y a deux ans. L'année dernière… ça ne compte pas vraiment. Les rares fois que j'y allais, il me regardais faire des essais, et prenait des notes, pour ses recherches. C'était d'un ennui !

– Et si vous trouvez, ça fera quoi ? s'intéressa Nil.

– Eh bien, une fois que je saurais quelle est la nature exacte de mon pouvoir, je pourrai faire des recherches plus précises dessus, et apprendre à le maîtriser. Je suis sûr qu'il y a des possibilités intéressantes.

Oui, car Mathis Devaux, un simple né-moldu, avait un pouvoir unique, que l'expert Américain en sortilèges, Malwen Carter, ne parvenait pas à comprendre entièrement. Ce pouvoir lui permettait de faire apparaître des images, des sortes… d'hologramme ? Et ce, sans avoir besoin de sa baguette. Il pouvait faire apparaître de petits objets, et même, avec une bonne concentration, de petits animaux. Il pouvait également générer de la lumière avec ses mains. Il avait le terme exact sur le bout de la langue, mais impossible de le retrouver…

– Illusionniste.

Mathis toisa Carter. Il haussa un sourcil.

– Hein ?

– Deux, répliqua puérilement le jeune prof. Je pense que tu es un illusionniste. Non pas un prestidigitateur, comme je l'avais suggéré la première fois qu'on a parlé de tes pouvoirs, mais quelque chose de bien magique. C'est, comme prévu, une forme de magie naturelle assez rare et héréditaire, qui réapparaît spontanément çà et là, et dont la forme qu'elle prend ne peut être qualifiée autrement qu'Illusionnisme. Tu as une amie métamorphomage, tu sais que c'est possible.

– Mais Émi est sang-pure ! répliqua Mathis. Eh, attendez, comment vous savez…

– Qu'elle est métamorphomage ? Je suis un expert réputé, tout de même ! Et la pureté de son sang ne change rien. Aucun de ses ancêtres connus n'a été métamorphomage. Trouver des informations sur les grandes familles est plutôt facile.

– Mais… les Brisebois ne sont pas nobles !

– Les O'Reilly non plus, mais ce sont deux grandes familles bourgeoises. Et puis, ce n'est pas tout à fait vrai, pour les Brisebois : ils ont temporairement fait partie de la Noblesse de Faits, il y a quatre générations. Eh oui, l'arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père de ton amie était noble !

– Ça fait plus de quatre générations, ça… souligna Mathis.

– Quatre générations à partir du chef de famille actuel, corrigea Carter. Rogan Brisebois, le grand-père d'Émeraude.

– Ah. Oh.

– Bref, pour en revenir à nos griffons, je pense que tu es un illusionniste. Il y a une grande famille d'illusionnistes, au Japon. Ils ont écrit beaucoup d'ouvrages à ce sujet. J'en ai envoyé des exemplaires à un collègues de la faculté des Lettres & Arts Magiques de Chevalier-Lys, pour qu'il nous les traduisent. En attendant, j'ai trouvé quelques bribes d'informations à ce sujet, et j'aimerais valider cette théorie avec toi.

– D'accord, qu'allons-nous tester ?

– Il existe un pouvoir que seuls deux types d'êtres au monde possèdent : les illusionnistes… et les épouvantards. Oui, tu as bien compris : les illusionnistes sont capable de confronter tout sorcier à sa pire phobie. Exceptionnellement, puisque tu n'as pas la moindre notion de Légilimancie, je vais abaisser mes barrières d'Occlumancie. Tu devras alors utiliser ton pouvoir — tu sais mieux que moi comment ça fonctionne — pour me faire peur. Tu te concentres sur une seule chose : me faire le plus peur possible. Surtout, ne pense pas à la manière de le faire. N'essaie pas d'imaginer le résultat. Si tu es vraiment un illusionniste, et que tout se passe bien, mon "épouvantard" devrait apparaître. Ce sera une garantie suffisante de la nature de ton pouvoir, puisque tu ne l'as jamais vu.

– D'accord…

Le visage de Carter se crispa un peu, puis il hocha la tête. Il avait supprimé ses barrières d'Occlumancie permanentes, et s'était ouvert à lui. Mathis se concentra alors. Sur Carter, mais aussi sur la peur. Faire peur à Carter. La plus grande peur. Le visage de Carter terrorisé. Lorsqu'il se sentit près, Mathis libéra son pouvoir. Il sentit l'étrange magie qui semblait couler depuis l'intérieur de son cerveau jusqu'à l'extrémité de ses doigts, qui se mirent à luire doucement. Il y eut comme une décharge magique, et un nuage sombre apparut entre lui et Carter. C'était l'idée qu'il se faisait d'un épouvantard n'ayant pas encore prit de forme. Il déversa alors dans sa création son unique pensée : faire peur à Carter.

Le résultat fut des plus étranges. Le nuage prit une forme humaine, avant de se figer. Entre Mathis et le prof se tenait désormais une jeune femme métisse, qui devait être à peine majeure. Elle pleurait du sang. Et pourtant, elle souriait, de ce sourire tranquille de celui qui sait sa victoire assurée. Intrigué, Mathis relâcha sa concentration, et l'illusion disparut d'un coup. Carter était plus pâle qu'à l'ordinaire, et avait les mains crispées. Il avait cassé sa plume en deux.

– Je crois que ça suffira pour aujourd'hui, énonça-t-il d'une voix blanche. On se revoit la semaine prochaine.

– Bien, Mister. Excusez-moi, mais… c'était qui ?

– Elle… c'était Eileen Edwards.

Carter refusa d'en dire plus, alors Mathis s'en alla rejoindre les Augures, qui flemmardaient au QG de Lucian. Lorna, Damien et Eefie étaient là eux aussi.

– Salut tout le monde ! Ah, Jorge, tu es là. Tu encore passé où, hier soir ?

– Salut. Oh… euh… désolé… des trucs à faire…

– Tu tombes bien, Mathis ! le héla Lucian. Lorna m'a parlé de ton idée…

Notre idée, corrigea celle-ci.

– … de votre idée, et je suis totalement pour ! Je pense qu'en s'y mettant tous, on pourra faire ça très rapidement. Hep ! Votre attention s'il vous plait ! je vais demander à tous ceux qui connaissent le sortilège de duplication de se mettre de ce côté, et les autres en face.

Samuel Follet, Jean-Michel Luceneige, Mydian et Erwin se regroupèrent à droite de la salle. Lorna fit mine de les rejoindre.

– Parfait, s'exclama Lucian en l'interrompant d'un geste. Vous, vous serez chargés des polycopies. Parmi les autres, quelqu'un s'y connaît en dessin ? (Karol et Jorge levèrent la main) Super ! Des bons en orthographe ? (Karl Saüser et Mathis levèrent la main) Génial ! Tout le monde a trouvé son rôle ! L'équipe de Mathis, vous nous pondez un magnifique texte. Pendant ce temps, mon équipe va essayer d'apprendre le sort de duplication avec l'équipe de Lorna. Puis on inversera les rôles. Avec un peu de chance, quand le tract final sera prêt, l'équipe de copie aura doublé de taille. Ce qui ne dispense pas les autres de continuer à essayer de maîtriser le sort ! Allez, on a une heure et demi avant le repas, et encore tout l'aprem après ça. Profitons du fait de ne pas avoir de devoirs pour le moment !

– Parle pour toi, répliqua Eefie. Che suis en année de Banquet, moi !

– T'auras le droit de partir un quart d'heure en avance, si tu veux.

– Che t'emmerte.

– J'en ai bien conscience. Allez, tout le monde au boulot !

Et c'est ainsi que les trois bandes s'associèrent pour la plus grosse opération de communication de l'histoire de Beauxbâtons : des milliers de tracts, dans un but somme toute futile : qu'Ulmys Malétrix devienne, le temps de sa dernière année, la nouvelle commentatrice du Tournoi de Cognepoing.

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Finalement, ça ne s'était pas si mal passé.

– Vous reprendrez bien un café ? proposa Kallistia.

– Volontiers, Madame, accepta Alcides.

Kallistia Castle frappa deux fois des mains. Un elfe de maison apparut avec une cafetière à la main, et remplit la tasse de l'enchanteur. C'était celui qui portait la hallebarde, le reconnut Alcides : il avait un long nez mou qui ressemblait à une troisième oreille, et une veine violacée barrant son front plat.

– Merci, Casper. Tu peux disposer. (l'elfe s'inclina à se cogner au sol, puis transplana dans un claquement de doigts) Ainsi, vous me disiez que mon fils est l'ami de vos enfants ?

– En effet, Madame.

– C'est amusant, comme le monde est petit, sourit l'Alsacienne. Alors, que s'est-il passé, selon vous ?

– Eh bien, il semblerait que votre vase et le mien sont en fait une rare variante d'armoire à disparaître, combiné à un sortilège d'extension. Il semble qu'il s'agisse là d'un moyen d'évacuation à plus grande échelle. Elle a sûrement dû servir sous le Régime de Grindelwald, ce qui explique que le conduit était obstrué, et que l'autre vase se trouvait en Espagne, loin des terres occupées.

– Ma foi, cela semble tout à fait plausible. Nous avons hérité de ce vase de la famille de ma mère. Le vôtre venait d'où ?

– Il faisait partie d'un lot saisi lors de la vente aux enchères du domaine de Bratignac.

– Oh, ceci explique cela. Il appartenait à un lointain cousin de la famille. Le domaine est habilement situé près de la frontière entre nos deux pays, une situation idéale pour quitter le pays… à pieds.

Kallistia rit à sa propre plaisanterie. Alcides fit semblant de l'imiter, repensant aux kilomètres de marche qu'il faisait chaque jour parce qu'il ne savait transplaner.

– Pardonnez-moi, Madame, Mais je vais devoir retourner à mon poste. Il y a sûrement des clients qui attendent la réouverture, sans se douter que je me trouve à des milliers de kilomètres de là.

– Il n'y a pas de problème, sourit l'aristocrate.

– Une dernière question. Que faisons-nous de nos vases respectifs ?

– Hé bien, nos enfants étant amis, ils seront ravis d'apprendre l'existence d'un raccourci pour se rendre visite pendant les vacances. Et puis… j'aimerais visiter l'Espagne, un jour prochain !

– Vous serez la bienvenue dans mon humble village, s'inclina Alcides, avant d'enjamber habilement le vase. Mes amitiés à votre époux, j'espère que cette histoire de contrat perdu s'arrangera vite !

Et Alcides disparut dans le vase. Kallistia vida sa tasse de café, et la reposa sur le guéridon. L'elfe qui portait auparavant la scie circulaire apparut, et s'inclina bien bas avant d'entreprendre de débarrasser la tasse.

– Un homme fort sympathique, commenta Kallistia. Qu'en penses-tu ?

– Orwell pense que Madame a toujours raison, minauda l'elfe de sa voix nasillarde.

– Cela va sans dire, sourit-elle. Débarrasse ça, et tu pourras rejoindre Casper au dégnomage.

– Merci ! Merci beaucoup Madame Kallistia Castle ! Orwell dégnomera avec ferveur !

– Je n'en doute pas.

L'elfe disparut, et Kallistia resta un instant à méditer. Puis elle prit sa décision, et transplana sans cérémonie. Elle apparut dans le bureau de son mari, tirant un cri de surprise à sa cousine.

– Oh, c'est toi ! la reconnut Julia Niafasen. Tu m'as fait peur !

– Malheureusement oui, ce n'est que moi, rit Kallistia. Où est ton cousin ?

– Athanasius est au sommet de la Tour du Gradian, avec mon père, indiqua Julia.

– Ton père !? Que fais le Ministre ici ?

– À ce que j'ai compris, il cherche des informations sur les Rosengart, par rapport au fameux contrat…

– Je vois, soupira la maîtresse de maison. Bien, je te laisse à tes calculs, et me rend de ce pas faire mes hommage à Monsieur ton père. Enfin, de ce "pas"…

Et elle transplana.

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À bien des kilomètres de là, à la frontière sud de la zone bouclée.

Les agents Gallinier et Montel étaient en train de boire le café ensemble, quand le froid tomba. La lumière avait baissé d'un coup, et ils crurent qu'un nuage passait devant le soleil. Mais le froid et la pénombre s'intensifièrent, jusqu'à prendre des proportions inquiétantes. Les deux agents se concertèrent du regard, et sortirent leur baguette. Montel fit un signe de tête à son collègue, et Gallinier ouvrit la porte. Il aurait été commode de dire qu'ils moururent sur le coup… Malheureusement, la vérité était bien pire : ils avaient horriblement souffert avant de… ne pas mourir. Tous deux avaient subi le baiser du détraqueur.

Clermont-Ferrand, bureaux du Central Sud du Gendarmagium (CSG).

– Ils en ont encore trouvé deux ! annonça Cabossin, le téléphone filaire encore à la main.

– Putain mais qu'est-ce qui se passe !? s'écria Magnus.

C'était le quatrième poste de surveillance que les chasseurs retrouvaient hors service. Huit agents ayant subi le baiser, et quatre relais de confinement détruits.

– Envoyez une équipe de tireurs d'élites appuyée par les chasseurs de non-êtres ! ordonna Magnus à Cabossin, qui composa immédiatement le numéro adéquat. BRAGUEMONT ? Putain de merde, où est Braguemont ?

– Ici, Chef ! s'annonça l'intéressé en surgissant de la salle d'archives, une caisse de dossiers à la main.

– Ça donne quoi ? s'impatienta le Lieutenant-Général.

– Je ne trouve…

– Florac, énonça une voix féminine, d'un ton calme qui tranchait avec le chaos ambiant. On a annoncé plusieurs épouvantards à proximité de l'aérodrome de Florac.

Cette voix douce avait un accent de l'est. Un accent Balte.

– Natālija !? s'écria Magnus. Qu'est-ce que tu fais ici !?

La présence de la vampiresse dans le bureau fit sursauter plusieurs agents. La jeune recrue, Maxence Caillot, porta la main à sa baguette, avant d'être arrêté d'un geste par Gustavsson. Natālija sourit à ce dernier, arborant de long crocs acérés, avant de tourner la tête vers Magnus en la penchant, un tic dont leur fille avait hérité.

– Moi aussi, je suis ravie de te revoir, mon cher époux. Oui, merci, mon voyage s'est très bien passé. On n'a essayé de m'assassiner que sept fois entre Nyírbátor et ici, un voyage somme toute tranquille. Ah, et tu feras remplacer les nouvelles poignées de portes de ton immeuble, ajouta-t-elle en exhibant une paume couverte de cloques. Le plaqué argent c'est chic, mais pas du meilleur effet.

– Pardon, bonjour, Nat. Désolé, je suis débordé…

– Des détraqueurs attaquent tes agents, et les relais de confinement sont détruits, énonça la vampiresse. Je suis au courant, j'en viens. L'équipe de Lupin sont sur une piste. D'après lui, il y a trois détraqueurs, quatre rabatteurs, et sûrement un cinquième type qui donne les ordres.

– Monsieur ! l'interpella Cabossin. Les chasseurs ont coincé les coupables. Ils se sont tous les quatre entre-tués. Deux des détraqueurs ont été maîtrisés, et le troisième est pris en chasse par Castle.

– Et le cinquième gars ?

– Aucune trace, monsieur…

– Je m'en occupe, indiqua Natālija.

Ce n'était pas une suggestion. Juste une simple information indiscutable. La vampiresse rabattit son large capuchon noir au tissu épais sur sa tête, et quitta le bureau. Magnus regarda sa femme s'éloigner à toute allure du Central, courant à une vitesse bien au-delà des capacités humaines. Il ne doutait pas de ses capacités à traquer un homme.

Pourtant, quand elle franchit à nouveau la porte du bureau quelques heures plus tard, elle était revenue bredouille. Pour accentuer le message, elle leva les mains dans un geste de dépit. Magnus s'aperçut que ses brûlures avaient déjà disparues. Il fronça des sourcils.

– Je me suis nourrie sur un chevreuil, indiqua posément Natālija. Bon alors, j'ai retrouvé la piste de ton gars… et il m'a échappé. En faisant quelque chose de clairement anormal. Il s'est envolé sous les yeux de dizaines de moldus comme de sorciers. En fait, il y a avait une véritable foule. On aurait dit que je l'avais interrompu dans un prêche.

– Envolé ? Il avait un balai ? s'étonna Magnus.

– Oh, il n'en avait pas besoin, ricana sa femme. Il s'est contenté de déployer ses grandes ailes noires, et de s'envoler tel un ange maléfique. D'ailleurs, c'est comme ça que l'appelaient les gens : l'Ange Déchu. Je ne sais pas ce que ça signifie, mais il y a clairement de la magie extrêmement noire derrière tout cela.

Magnus en perdit ses mots. Cela lui permit de repenser à ceux qu'Azazel avait écrit avec son propre sang sur les murs de sa cellule : L'Ange Déchu commence ainsi son œuvre. Craignez le Trahi. Trahi par qui ?

– Qui est cette charmante, euh… dame ? demanda une voix moqueuse que Magnus aurait préféré ne plus jamais entendre.

Son Altesse illustrissime Natālija Aušradaina de Veriasinis, archicomtesse de Dzūkija, énonça froidement la vampiresse. Et vous êtes ?

– Hélène Vesprit, enchantée ! se présenta la journaliste en lui tendant sa main. Je suis sûre que nous allons très bien nous entendre, toutes les deux !

– Je ne crois pas, non, répliqua Natālija en ignorant la main tendue.

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Avis de recherche

L'individu se faisant surnommer « L'Ange Déchu » a été aperçu par de nombreux témoins sur la place principale du village de Rochegude, dans le Gard. D'après les signalements, il s'agit d'un homme, la quarantaine, la barbe et les cheveux courts sombres, et l'air maladif. L'individu est extrêmement dangereux, et est déjà soupçonné de divers usages de magie noire et d'impardonnables. Si vous l'apercevez, n'intervenez pas. Envoyez un hibou express au siège du Gendarmagium de Clermont-Ferrand, contacter un agent via le réseau de cheminette, ou téléphonez au numéro indiqué ci-dessous (des opérateurs formés à l'usage de la technologie moldue sont à l'écoute 24h/24). Surtout, n'agissez pas seul·e.

Hélène Vesprit


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– Voilà. Ça vous plaît, chef ?

– Ça conviendra, concéda Magnus.

– Ok ! s'exclama Hélène en frappant des mains. Alors maintenant vous me racontez tout ce bordel, où sinon je balance à la presse que votre femme est une vampiresse, et visiblement assez jeune pour être votre fille. Vu la réaction de certains de vos collègues tout à l'heure, ça ne semble pas être de notoriété publique.

– Je vous entends, souligna l'intéressée d'un ton neutre.

– J'en ai rien à faire, répliqua la journaliste de même. Allez, on balance les infos. J'ai mis ma carrière en jeu sur cette clause de confidentialité, alors vous n'avez pas intérêt à me mentir ou à me cacher des informations vitales.

Richard Magnus regarda sa femme, qui hocha la tête. Il soupira si fort qu'une feuille s'envola de son bureau. Il la regarda tomber en se balançant jusqu'au sol recouvert de moquette grise de son bureau, et se redressa sur son fauteuil.

– D'après nos informations, et plusieurs théories qui se recroisent, nous aurions affaire non pas à des individus isolés, mais à un mouvement terroriste naissant. Nous pensons qu'ils s'agit de fanatiques réunis sous la bannière d'un fou considérant l'Opus Tenebræ, un vieux grimoire de magie très noire et d'histoires fantaisistes plus noires encore, comme un manuel d'instructions. Nous pensons que l'individu qui se fait appeler l'Ange Déchu est Azraël, incarnation de la Mort, celui annoncé par la mort d'Azazel le bouc émissaire. Et nous prions Merlin pour que ce ne soit pas le cas, parce que le cas échéant, l'Opus Tenebræ fait cas de douze Ducs Infernaux, plus puissants les uns que les autres, et Azraël n'en est que le troisième, si l'on compte à partir du moins puissant. Le seul moyen d'arrêter les Ducs est de les tuer, et les tuer revient à accélérer la venue d'un genre de "Maître des Enfers". Enfer ou non, nous connaissons l'existence de créatures qui feraient passer les dragons pour des chatons malades, et l'apparition spontanée de détraqueurs si près de la Faille des Pyrénées n'est pas pour nous rassurer…

– D'accord.

– Comment ça, d'accord !? s'écria le gendarmage.

– Ben… comment dire… soupira la journaliste. Cette histoire est tellement invraisemblable que je doute que vous l'ayez inventée. Sans vouloir vous vexer.

– Je suis extrêmement vexé, répliqua Magnus, à moitié sérieux.

– C'est ça qui est merveilleux, rit Hélène, tirant un sourire à Natālija. Bon, plaisanterie à part, qu'est-ce qu'on attend ?

– Ma sœur et son époux, indiqua la vampiresse. Pour une battue à vitesse grand V.

– Ça, ça me botte ! s'écria Hélène en levant les deux bras, index tendus, comme si son équipe de Quidditch venait de marquer un but.

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Olympe Maxime les toisa un par un. Puis les nomma un par un.

– Lucian Appelbaum. Mathis Devaux. Lorna Malétrix.

Elle les toisa à nouveau, et poussa un soupir qui se mua presque en gémissement plaintif.

– Lucian, que dois-je faire pour que vous compreniez que cette école est une école, pas un parc d'attractions ? Je suis désolée, mais puisqu'aucune intervention de ma part ne semble vous calmer, je vais devoir rédiger une lettre à l'adresse de votre père.

Lucian devint livide. C'était la première fois que Mathis le voyait aussi déconfit.

– Non, pitié, Madame !

– Vous avez déjà eu votre chance. Vos chances. J'enverrai cette lettre, et j'y indiquerai que vous recevez dès à présent un blâme. Sachez qu'il n'y aura pas de second blâme, ce sera le renvoi définitif de l'Académie.

Lucian se recroquevilla dans son fauteuil, psychologiquement plus mort que vif.

– Mathis Devaux. Ai-je besoin de demander ?

– C'était mon idée, Madame.

– Évidemment. Jeune homme, vous êtes un esprit brillant. Extrêmement brillant. Si vous vous donniez la peine, vous pourriez exceller. Mais au lieu de ça, vous consacrez votre potentiel à suivre les traces des pires cancres qui vous ont précédés. (Elle jeta un regard oblique à Lucian, qui se rongeait désormais les ongles) Je vous ai averti de ce qui vous attendait la dernière fois. Cependant, un… imprévu s'est produit. Je ne peux exclure le capitaine de sa propre équipe, le règlement me l'interdit. Je ne vais pas vous blamer. Ni vous interdire de duel. Considérez comme une faveur, due à vos excellents résultats aux Concours de Connaissances, de vous en tirer avec un avertissement et… disons une vingtaine d'heures de retenues.

– Merci Madame, s'inclina Mathis.

– Cela s'applique également à vous, Miss Malétrix. Un blame serait également exagéré, étant donné qu'il s'agit là de votre premier délit grave. Qu'est-ce qui vous a pris ? Messieurs Appelbaum et Devaux sont des éléments perturbateurs depuis leurs débuts. Mais vous, en plus de trois ans, vous ne vous étiez jamais fait remarquer négativement. Pourquoi ?

– Pour… pour ma sœur, Madame, bafouilla Lorna. Elle… elle a tellement fait pour moi. Elle m'a toujours traité comme sa petite sœur alors que notre père a honte de moi, tout ça parce qu'il n'a pas su se protéger convenablement quand il a trompé sa femme avec ma mère. Alors, comme c'était sa dernière année ici, je voulais faire quelque chose pour Ulmys. Pour la remercier.

– Et il n'y avait pas de moyen moins radical de soutenir sa candidature que de recouvrir l'ensemble des murs du château de tracts invitant à voter pour elle ?

– Ça semblait être une bonne idée, sur le moment, intervint Mathis.

– Vous, n'aggravez pas votre cas, gronda la directrice. Lorna ?

– Euh… oui ? Enfin, comme il a dit. On n'a pas réfléchi.

– Ça, c'est évident, souligna Mme Maxime, qui ne put s'empêcher de souffler du nez. Alors nous dirons vingt heures de retenue pour vous aussi, et l'avertissement en sursis. Et je vous promets de prendre en considération la candidature de votre sœur si celle-ci se présente à moi en bonne et due forme. En attendant, ces vingt heures font effet dès à présent, et votre tâche consistera à retirer toutes vos affiches sans baguette, et sans abîmer les murs du château. M. Épidon vous fournira le matériel nécessaire. Et maintenant, tous les trois, disposez !

– Hum, Madame ? tenta Lucian. Je suis collé aussi ?

– Oh non, pas de retenue pour vous, Lucian, souffla la directrice. Vous imaginez réellement que je vais prendre le risque de vous confier des produits d'entretien ? Non, je vous l'ai dit. Puisque mes punitions n'ont aucun effet sur vous, je m'en remets à votre père, et à la menace de vous exclure de mon établissement à la prochaine incartade. Peut-être que devoir terminer votre scolarité dans une école pas très regardante sur le comportement, comme Durmstrang, vous mettra du plomb dans la cervelle. Maintenant, dehors !

Une heure plus tard, dans le couloir du 2ème Droite.

– Le dissolvant est prêt, tu peux tremper ton pinceau, indiqua Lorna.

– Je déteste l'odeur de ce truc, grogna Mathis.

– Avoue que ça valait le coup ! ricana Lorna.

Mathis la regarda. La jeune fille lui sourit.

– Tout le monde a vu les affiches, et la dirlo a dit qu'elle allait considérer la candidature d'Ulmys, s'expliqua Lorna. Pour moi, c'est une franche réussite !

– Bien vu, concéda Mathis. Mais… ça ne te dérange pas d'être collée aussi longtemps ?

– J'aurais pu tomber sur bien pire que passer vingt heures en tête à tête avec toi, tu trouves pas, jeune délinquant ?

Mathis rougit intensément, et refusa de répondre (ou plutôt de bafouiller) pour ne pas d'humilier encore plus. Charitable, Lorna n'insista pas.

Une semaine plus tard, après cinq longs jours de cours et de retenues, et un samedi si déplorable qu'il préférait l'oublier dans son intégralité, Mathis se rendit à l'Étage Blanc en traînant des pieds, pour son "cours" avec Carter. Avec le cours de TDCFM du vendredi, et le Club Duel, Mathis voyait le jeune américain trois jours de suite par semaine, et commençait à bien le connaître. C'est donc tout naturellement qu'ils se saluèrent familièrement.

– Salut, Mathis ! lança le prof en lui tendant la main.

Mathis la serra, avant de s'effondrer sur sa chaise, qui était en fait une des cibles d'entraînement métamorphosée pour l'occasion.

– Bonjour, Mister C.

– Dur semaine ?

– Longue. Très longue.

– Ah, c'est ça, les retenues ! J'en ai eu plus que ma part, durant ma scolarité…

– Alors, qu'allons-nous faire, aujourd'hui ?

– Eh bien, notre… expérience (Carter grimaça) de la dernière fois nous as clairement prouvé que tu es un illusionniste. Donc à partir de maintenant, nous allons étudier les quelques écrits à ce sujet, et tester les expériences et les théories des auteurs. Ensuite, hé bien… nous aviserons. Aujourd'hui, et les prochaines séances, j'aimerais que nous explorions la théorie de l'auteure Suissesse Ruth Bellidée, qui pensait que les illusionnistes étaient capables d'une certaine forme d'ubiquité, en créant un double d'eux capable de leur transmettre des sons et des images. Nous savons déjà que tu peux créer l'image d'un humain. Reste à créer une image de toi-même. Des questions, avant qu'on commence ?

– Qui est Eileen Edwards ?

Carter grimaça à nouveau. Cependant, il répondit :

– Edwards est une… je crois que les psychomages moldus appellent ça une perverse narcissique. Elle fait souffrir les autres pour se mettre en valeur, et est avide de domination. Elle est dangereuse. Folle à lier. Et elle était étudiante à Salem, aux côtés de ma petite sœur. C'est pour elle que j'ai peur, pas pour moi.

– Vous avez une sœur ? s'étonna Mathis.

– Cixi. Elle a maintenant vingt-deux ans, et est assez douée pour se défendre. Mais… Edwards n'a jamais supporté d'avoir été évincée du Cercle Wiccan. Hum ! Je n'en dirai pas plus. Ces histoires ne concernent pas un petit Français un peu trop curieux. Allez hop, au travail !

Mathis fit sa première tentative. Après quelques efforts de concentration, il parvint à faire apparaître une vague silhouette. Elle n'était pas transparente : en trois ans, il était parvenu depuis un moment à rendre ses créations – ses illusions, il devait s'habituer à utiliser ce terme – parfaitement opaque. Mais devant lui se tenait un amas de chair vaguement humanoïde. Plus il se concentrait, plus ses traits s'affinait. Mais… Mathis dût relâcher son pouvoir. L'amas de chair, bien plus proche du golem que de l'humain, sembla comme grésiller, avant de s'évanouir.

– C'est hyper crevant ce truc, gémit Mathis en chancelant.

– On va faire un deal, répondit Carter sans lever les yeux du parchemin où il écrivait. Tu maîtrises cette technique, plus une autre. Une seule autre. Et j'informe la directrice que ton pouvoir est bien de l'illusionnisme, et ne représente aucun danger pour tes camarades. Suite à quoi…

– … Je pourrai m'en servir en dehors de ces cours, conclut Mathis, déterminé. Ça me va. Quelle sera la prochaine technique ?

– Je n'ai pas encore décidé, répliqua Carter. En attendant, maîtrise déjà celle-ci.

Mais malgré tous ses efforts, Mathis ne parvint pas à maîtriser la technique. Au bout de trois longues heures, il était tellement épuisé que Carter l'avait presque porté jusqu'à l'infirmerie. Après qu'il eut avalé un puissant requinquant, le prof le rassura.

– C'était presque bien ! Je suis sûr d'avoir aperçu un début d'œil sur le visage de… Enfin, c'était pas mal. On reprendra ça la semaine prochaine, plus en douceur. En attendant, remet toi bien. Et prépare-toi pour le cours pratique de Défense. Il est temps que vous rencontriez votre épouvantard, pour ceux pour qui ce n'est pas déjà arrivé.

Mathis ne répondit pas. Il était bien trop absorbé par sa réflexion. De quoi pouvait-il bien avoir peur ?

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Bonne question. Petite révélation : j'en avais aucune idée non plus ! Et en fait la réponse est tellement évidente que je me suis demandé pourquoi je l'avais pas trouvée plus tôt. Et je rage encore plus en voyant que l'un·e d'entre vous l'a trouvé plus vite que moi…
Dans le prochain chapitre… un épouvantard, un très très grand feu, et un sport interdit. Next !