Papaplutili, mes zoziaux ! Ça veut rien dire, mais ça sonne comme une salutation. Vous connaissez Ielenna ? C'est l'auteure de l'incroyable saga pottérienne LMA (Ludo Mentis Aciem), et de ses spins-off, les Tessitures, et SPAIR (alors là me demandez pas la signification de ce dernier sigle… un truc en latin). Eh bien cette talentueuse Miss a lancé un crowdfunding pour sa propre histoire, les Chroniques des Fleurs d'Opale, et il a dépassé les 100% en trois jours, sur une durée totale de 69 jours il me semble. Vu comme ça ça paraît peu utile mais… foncez lui donner quand même si vous le pouvez ! Pourquoi ? Parce que : (1) Elle est cool, (2) son histoire a l'air cool, (3) les contreparties sont cools, et (4) de nouveaux bonus (dont des ajouts dans les contreparties) sont prévus pour les paliers à 200%, 300%, … donc si vous donnez, ceux qui comme moi ont déjà donné auront aussi droit aux bonus supplémentaires. Il reste encore deux mois, profitez-en !
Cette parenthèse non-intermondiale et non parfumée terminée, résumons le chapitre précédent :

Par le biais de vases magiques reliés, le père de Jorge a fait involontairement la connaissance des parents des jumeaux ErKa. Mathis a enfin découvert la nature de son pouvoir, ainsi qu'un moyen radical de mettre Madame Maxime hors de lui. Et pendant ce temps, l'Ange Déchu est entré en force dans la zone bouclée avec un commando de détraqueurs et de détraqués. Sans oublier la monumentale incruste de Son Altesse illustrissime Natālija Aušradaina de Veriasinis, archicomtesse de Dzūkija, et môman d'Angela.

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Et maintenant retour à vos retours :

Bien sûr, titietrominet ! La preuve : je ne découvre que tu as un compte qu'aujourd'hui !
Le truc c'est que c'est des Gendarmages, ils sont pas censé avoir peur. Par contre j'avoue que le réflexe Patronus, ils ont merdé…
Sévère ? Nooon ça va ! Ça paraît plus sévère parce qu'il est terrifié par son père, mais elle elle n'y peut rien. Le connaissant, il va juste redoubler d'ingéniosité !
Je te promet rien, j'ai pas encore relu pour la dernière recorrection, mais il me semble que ce chapitre contient une partie de réponse à cette dernière question.
Je comprend. Quand je supprime mes cookies et que je dois me reconnecter, je regarde le capcha avec un air exaspéré et des envies de meurtre.

Hellu, collègue Allan ! Déjà de base : continue comme ça ! Qui dit review en lisant dit review longue, dit beaucoup de satisfaction pour moi ! D'ailleurs je le fais souvent pour les autres !
Fais pas genre, tu lis même les reviews des autres pour trouver des indices ! Je t'ai grillé, tu peux plus sortir cette excuse…
LA PREUVE. En fait, je n'ai rien dit de tel, et l'explication exacte de cette forme est dans ce chapitre. Et plutôt inattendue (mais compréhensible si on se réfère à la saga HP ou au Parfum). Mais ça ne concerne que l'épouvantard, pour le reste faudra attendre !
C'est que tu me connais pas encore assez ! La réponse exacte est : les deux. Ou plutôt le 2, exploité de manière à en faire un 1. C'est avec des 2 qu'on fait les meilleurs 1, non ?
En fait tu le connais déjà. C'est ça qui est beau. Tu le connais, et tu l'as déjà vu. Hé hé hé.
Ultimatrix. C'était un surnom, pas une erreur de typo.
J'adore ta priorité de question : "qu'est-ce qu'ils font là-bas !?" "mais attend… ils sont où en fait ?" Ha ha ha ! Tant que je le dis pas, c'est que c'est pour faire cogiter les curieux.
Là je t'ai perdu. Mais dans le doute, je veux bien voir de que donne une joute entre un opossum et Xénope.

Salut l'ami fou ! Je me demandais où t'étais passé ! Tu les as comment les infos de nouveau chapitre ? Tu regardes régulièrement sur le site comme je faisais avant ? Tu gagnerais ton temps en créant un compte et en t'abonnant à moi (et à tous les auteurs que tu suis), dans ce cas…
Oui c'est vrai que c'est plus sérieux. C'est normal, c'est le tome de fin de cycle. Mais il y a plus de blague par la suite, et promis, encore plus de fun dans le prochain tome (Là faut vraiment que le boucle la chute des Anges (c'est pas le titre du premier Cycle pour rien)).

Bonjour Sengetsu ! Non mais les gens trop terre-à-terre ne peuvent pas accepter un raccourci aussi fantaisiste. C'est pourtant simple : on se met dans la peau du personnage, avec son caractère, et on essaie d'imaginer sa réaction. Et si c'est pas crédible, on l'écrit pas. Mais ça va tellement plus vite de dire que le personnage ne veut pas…
Depuis que je te l'ai dit, j'ai fini les cinq tomes ! Et un tome et demi d'À la Croisée des Mondes, ensuite. Prochaine étape : un marathon il l'a entendu arriver, c'est pour ça que ses elfes étaient armés et à l'affut !
C'est pas forcément lié… Mais j'aime cette théorie décidément populaire du Mathis pas né-moldu. Si on se réfère au canon rowlingien, c'est il me semble impossible : seuls les sang-purs peuvent avoir un enfant cracmol, et Thomas n'a aucun pouvoir. En revanche d'après le headcanon scientifique que je suis, c'est tout à fait plausible, et ça rend même le duo Mathis/Juliette deux fois plus probable. À toi de voir, en attendant la grande réponse !
Elle est glauque, et étudiante à Salem. Je dois vraiment t'indiquer où la chercher ?
En effet, Beauxbâtons est aussi dans les Pyrénées. Oui. D'autres failles, pas que je sache. En revanche il y a d'autres entrées. Mais c'est pas moi qui gère, ce qu'il y a de l'autre côté ne m'appartient pas !

Hey Drety ! Eh bien le voilà : le DP-11 (sur BeauX) lui sera consacré.
Ah. C'est les hormones, sûrement.
C'était un chapitre spécial Super Maman en fait !
Tu te doutes bien qu'il va en profiter, le saligaud ! À moins qu'il se réveille un matin, incapable d'utiliser son pouvoir, mais parlant couramment le swahili. Il ne faut jamais négliger l'élément d'incohérence autodestructrice d'un auteur. *sourire carnassier*
Comme ça ? Direct ? Eh beh !

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C'est Halloween. Les épouvantards chantent, les élèves se déchaînent, on crame des trucs. Ce chapitre n'est pas sponsorisé par l'inquisiteur de Kaamelott, celui-ci était trop obsédé à l'idée de mettre tous mes persos au bûcher. HÉRÉTIQUES !

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5) La peur se nourrit de l'incompréhension

Et ce fut le moment du cours pratique de TDCFM. À la place du bureau de Carter se trouvait un vieux coffre, qui ressemblait à celui qui se trouvait dans le bureau de la directrice. Le coffre était périodiquement parcouru de tremblements, qui en faisaient sursauter plus d'un.

– Quelqu'un peut me rappeler ce qu'est un épouvantard ? Marco !

– Un épouvantard est un non-être immatériel, ayant la capacité de prendre l'apparence de notre plus grande peur, énonça Marco Stepán. Il se nourrit de cette peur, et devient plus puissant, jusqu'à être capable de tuer de terreur même les plus téméraires.

– Joli résumé du chapitre de votre manuel, ironisa le prof. Pas mal, pas mal. Quelqu'un aurait quelque chose à ajouter ?

– Le pouvoir des épouvantards perd de son effet face à plusieurs sorciers, parce qu'il ne sait pas qui prendre pour cible, intervint Camille.

– Pourquoi, plusieurs sorciers ?

– Les épouvantards sont des manifestations magiques pures. Ils sont invisibles aux yeux des moldus, comme tous les non-êtres.

– Excellente réponse, tous les deux. Pour qu'il n'y ait pas de désavantages due à un simple… paramètre de naissance, je ne vous appellerai pas par ordre alphabétique. À la place, (il montra un parchemin où étaient listés leurs noms, et où apparaissait une grosse rune biscornue), j'ai un parchemin mélangeur. C'est donc le hasard qui déterminera l'ordre de passage. Je l'affiche ici, et c'est parti.

Joignant le geste à la parole, Carter posa le parchemin contre le mur, et l'y colla d'un sort. Il pressa ensuite la grosse rune de son pouce, et les lignes du parchemin se mirent à se mélanger, de plus en plus vite, si vite qu'elles ne devenaient qu'un amas d'encre flou, et soudain, ne bougèrent plus. La liste était totalement dans le désordre, et le premier nom était…

– Émeraude Brisebois.

Émi s'avança, toute tremblante. Les Augures présents savaient ce qui allait sortir du coffre. Angela s'en doutait. Mais les autres… Carter ouvrit le coffre à la volée, et une masse de fumée noire en surgit. La masse enfla, se déforma… et prit la forme du vampire de l'hôtel, couvert de sang. Émi poussa un gémissement, et recula de trois pas.

– Hé, je le connais lui ! s'écria soudain Angela. Ma mère a saigné ce gros bâtard pendant l'été dernier !

– Surveille ton langage, jeune fille, la gronda le prof.

L'épouvantard fut tellement prit au dépourvu que sa mâchoire tomba de surprise.

– Rappelle-toi, Émeraude ! l'encouragea Carter. Le sort !

– Ri… *hum* Riddikulus !

Aussitôt, les crocs inférieurs du vampire se changèrent en vers de terre, et se mirent à serpenter en direction de ses narines. L'un d'eux se glissa dans un orifice, tirant un éternuement si violent au vampire qu'il culbuta en avant, avant de s'effondrer lamentablement en marchant sur sa cape. Toute la classe retint des exclamations de rire, et même Émi ne put réprimer un sourire. Carter applaudit doucement.

– Bien joué, jeune fille ! N'oubliez pas : un sourire, un ricanement, un pouffement le déstabilisera. Un rire franc et sonore le fera exploser. Éviter de rire trop fort avant la fin du cours, que chacun puisse s'y essayer. Je n'ai pas quatorze épouvantards sous la main ! Nom suivant : Camille Hastier.

Camille se leva. Avant de se présenter devant l'épouvantard (qui s'était relevé, mais regardait toujours la classe d'un air interdit), elle se retourna vers ses amis, et lâcha :

– Le premier qui se moque, je le jette du haut de l'Observatoire.

Elle fit ensuite face à l'épouvantard, et fit un pas de plus en sa direction. Celui-ci s'aperçut de sa présence, et se transforma. Devant Camille se tenait… un gobelin. Celui-ci était particulièrement laid, avec des yeux rouges et de longs ongles jaunes. Il tendit une de ses mains crochues en direction de Camille en grognant.

– Riddikulus ! lança la jeune sorcière.

Les ongles de la créature tombèrent, et sa grosse tête se mit à enfler, tant et si bien qu'elle s'effondra sous le poids de celle-ci.

– Magnifique ! on enchaîne : Raven Luschek !

Suite à son récit de la dernière fois, Mathis s'attendait à voir apparaître un autre vampire. Mais face à elle, l'épouvantard prit une forme des plus étranges. On aurait dit que quelqu'un avait greffé la tête d'un caméléon géant sur le corps d'un anaconda, avant de se décider à lui rajouter deux paires de bras rachitiques aux longs doigts. L'étrange reptile étendit ses bras comme des ailes, et poussa un hurlement strident à en faire dresser les cheveux sur la tête. Raven s'effondra au sol, et recula précipitamment en s'aidant de ses mains.

– Le sort, Raven, le sort ! la rappela à l'ordre Carter.

Riddikulus ! lança Raven d'une voix mal assurée. Riddikulus ! RIDDIKULUS !

Un parachute apparut derrière la créature, attaché à ses bras, et se gonfla d'un vent invisible. La créature fut happée en arrière, et émit un bruit de canard en caoutchouc en percutant le mur.

– Très imaginatif, ce résultat ! Bien joué Raven !

– Mister Carter, c'était quoi ce truc !? s'exclama Nil.

– Ça, c'était un limax, Nilüfer. Une créature sacrément dangereuse dont le territoire se concentre autour de la Pologne. Tu n'auras qu'à demander plus d'informations à Miss Castle, elle est mieux placée que moi pour te renseigner sur cette créature qui, malgré l'évident danger qu'elle représente, ne relève pas des forces du mal. Allez, suivant… Octavius Ballessaim !

L'épouvantard d'Octavius était clairement un gytrash, reconnaissable à son allure spectrale canine. À la suite, les épouvantards s'enchaînèrent. Mydian Appelbaum se retrouva face à un immense serpent munie d'ailettes semblables à des nageoires, que Carter identifia comme étant un selma, créature typique des lacs de Norvège, pays qui comptait une partie de la famille Appelbaum. Marco Stepán et Lætitia Pergaud se retrouvèrent tous les deux face à des goules particulièrement purulentes. Angela Magnus, à la surprise de personne, ne provoqua aucun changement chez la créature : les vampires, sang-purs ou hybrides, étaient immunisé à toute forme de psychomancie, et les pouvoirs de l'épouvantard relevaient de ce domaine. Aventino Bellini se retrouva face à un scorpion géant, tandis qu'Arnaud Portesort lui "préféra" sa cousine arachnéenne. Günter Zeitmann dut faire face à un homme à la robe impeccable et au regard empreint d'un profond mépris, que Mathis identifia comme étant ce père dont il avait parlé dans le carrosse. Günter s'en vengea en lui provoquant une éclabouille particulièrement sévère. Nilüfer, elle, se retrouva face à un loup écumant de rage, qui tira une exclamation de surprise à Émi. Lucie Rouvier fut l'avant-dernière à affronter sa peur, qui se présentait sous la forme d'un troll plutôt gêné par sa taille pour tenir debout dans la salle de cours.

Et enfin, ce fut le tour de Mathis. Il avait réfléchi toute la semaine à la forme qu'allait prendre l'épouvantard. Non qu'il ne connaissait pas sa plus grande peur. En vérité, il ne se connaissait aucune peur. On dit qu'il n'y a pas de courage sans peur : Mathis ne s'était jamais senti particulièrement courageux. Inconscient, ça, n'importe qui pouvait le confirmer. Insouciant ? à l'extrême, indubitablement. Mais pas courageux. Lorsqu'il prit place face à l'épouvantard, ce dernier sembla se poser la même question, et hésita un moment avant de se transformer. La forme qu'il prit ne fit pas peur à Mathis. C'était désormais un fait établi : il n'avait peur de rien. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que l'apparition l'avait violemment déstabilisé, au point qu'il avait dû s'appuyer à une table du premier rang pour ne pas s'effondrer.

– Qui c'est ? demanda Émi d'une petite voix, sensible au trouble de son ami.

– Mon père, répondit Mathis d'une voix blanche.

Devant la classe se tenait un homme, dans les 35-40 ans. Il avait les même cheveux bruns et électrique que Mathis, et le même nez rond, mais avait les yeux marrons. Il n'avait pas d'expression agressive. Il n'insultait pas Mathis, comme le faisait le père de Günter. Il se contentait d'attendre calmement, sans dire un mot, regardant son fils avec un air neutre, à peine curieux. Et le moins que l'on pouvait dire, c'est qu'il avait un effet dévastateur sur Mathis. Celui-ci tourna les talons, et, sans un mot, quitta la salle de cours, abandonnant ses affaires sur place. Carter jeta un sort qui projeta l'épouvantard dans le coffre, et reverrouilla celui-ci.

– Ça suffira pour aujourd'hui. Nous ferons un compte-rendu de cette séance la semaine prochaine. Bon week-end à tous !

Émi rangea les affaires de Mathis en plus des siennes, et elle et les filles (Nil, Camille et Mydian) se précipitèrent pour retrouver Mathis.

Elles le retrouvèrent assis sur un banc, au premier rang de la salle du Sondeur. Il tourna la tête en les entendant entrer, avant de reprendre sa contemplation du mur.

– Mon père a disparu avant ma naissance, lâcha-t-il soudain. Son avion survolait l'Océan Atlantique lorsqu'il a disparu des écrans radar. Ma mère a tout fait pour m'élever sans que je ressente le manque de ce père que je n'ai jamais connu. Il n'y a aucune photo de lui, dans la maison. Elles sont dans son bureau. Mais je les avais déjà vu, je sais à quoi il ressemble. Ressemblait ? Je ne sais même pas s'il est mort ou non…

Il se tourna vers ses amies. Il avait le regard vide.

– C'est la première fois de ma vie que je vois mon père devant moi, en chair et en os. Enfin, si je puis dire. Je ne m'attendais certainement pas à ce que l'épouvantard prenne sa forme. Le Sondeur (il désigna la cabine du menton) m'a dit qu'en l'absence de peur, l'épouvantard se nourrit de ce qu'il ne comprend pas. Tous ces sentiments négatifs qu'il est incapable de distinguer. La honte, la déception… la détresse. Il a interprété ce que je ressentais comme de la peur, parce qu'il ne comprenait pas. Comment une créature qui n'est même pas pourrait comprendre la détresse d'un orphelin ? Ce sentiment de manque mêlé à la colère de l'abandon, même involontaire ? À défaut de peur, l'épouvantard s'est rabattu sur un sentiment qu'il ne pouvait comprendre : l'amertume.

Mathis sourit d'un air absent.

– La peur se nourrit de l'incompréhension. L'épouvantard se nourrit de la peur. Il est logique de conclure qu'en l'absence de peur, il se nourrit de ce qu'il ne comprend pas… Alors comme ça, Camille, tu as peur des gobelins ?

Son amie ne releva pas le brutal changement de sujet.

– Ces bestioles me filent des frissons dans le dos, justifia Camille. On a l'impression qu'ils vont nous voler notre âme, avec leurs doigts crochus et leurs yeux noirs.

– Ton âme, rien que ça ? ricana une voix derrière elle.

Camille fit volte-face, et se retrouva nez à nez avec Angela. Elle lui jeta un regard noir.

– 'Scusez mon arrivée impromptue, mais paraît que je suis convoquée par la boîte magique, lâcha celle-ci en désignant le Sondeur d'un geste vague.

– Pas de souci, intervint Émi. Et euh… merci pour tout à l'heure.

– Pour ?

– Ben… pour m'avoir rassurée en disant qu'il était mort. J'ai eu moins peur en imaginant qu'il ne pourrait jamais me retrouver.

– Ah, ça ? Oh, mais c'était vrai en fait.

– Hein !? s'écria Nil. Ça veut dire que ta mère l'a vraiment tué !?

– Ben oui, c'est son boulot, confirma Angela.

Elle croisa les cinq paires d'yeux écarquillés, et soupira.

– Boire du sang humain est interdit par le Code International du Secret Magique, ainsi que par les Accords de Vilnius. Tout vampire accusé d'un tel acte doit assister à son procès, et s'il y est jugé coupable, il finira en prison pour une durée d'une année, durant laquelle il sera sevré du sang humain. S'il est récidiviste, c'est la peine capitale. S'il s'enfuit, c'est la peine capitale. S'il se défend trop lors de son arrestation, c'est la peine capitale. Ma mère traque et tue les fuyards qui se soustraient à la justice. Et ma tante est procureure de la Cour Suprême de Daugavpils.

– Toute ta famille est dans la justice, alors ! fit remarquer inutilement Nilüfer.

– On peut dire ça, oui, sourit Angela. Mon oncle est maître d'arme de l'empereur, et je ne connais que trop peu la famille Magnus, mais j'ai effectivement ça dans le sang. Le côté chevaleresque, en plus… radical.

Émeraude, qui se tenait jusqu'alors en retrait, fit un pas vers Angela et lui tendit la main.

– Je crois que nous sommes parties du mauvais pied. Puisque le reste des Augures semblent t'apprécier, je vais te laisser une chance.

– Ça me va, approuva Angela en penchant la tête, et en serrant la main tendue.

– Et tu remercieras ta mère d'avoir mis fin à mon pire cauchemar.

– Je n'y manquerai pas.

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Après le jour de l'épouvantard, l'attitude d'Émi vis-à-vis d'Angela changea radicalement, et celle-ci passait de plus en plus de temps avec les Augures, en compagnie de son amie Raven. Cette dernière avait beaucoup en commun avec Émi. Une mère travaillant le bois, un passif avec les vampires, et…

– C'est un plan génial, approuva gravement Raven.

– Tu trouves ? la modéra Erwin.

– Absolument, un plan excellent, confirma Émi.

– Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ça ne me semble pas très prudent, répliqua Nil. Tu as déjà eu un avertissement, Tu risques d'être exclu.

– Elle a raison, intervint Karol. Tu ne peux pas te permettre de prendre un tel risque. Je sais que c'est Halloween, mais il ne me semble pas que ça entre dans le cadre des festivités.

– C'est surtout très dangereux ! s'écria son frère.

Mathis les regarda en silence, avec son habituel sourire en coin. Il se tourna vers Angela.

– Et toi ? Un avis sur la question ?

– J'suis pas ta mère, ricana celle-ci. Mais si tu le fais, j'en suis.

– Eh bien c'est décidé, alors ! s'exclama Mathis d'un ton enjoué. Donc je peux compter sur Émi, Raven et Angela, c'est ça ?

– On en est aussi, corrigea Erwin. Seulement, on ne trouve pas ça très prudent, surtout pour toi. Mais tu es plus têtu qu'un sphinx, alors… Soit. En revanche, je ne serais pas contre un rappel du plan.

– On s'arrange pour retenir les profs suffisamment longtemps, tous ensembles au même endroit. Émi a proposé le terrain de Quidditch…

– C'est de bon aloi, souligna celle-ci.

– … ensuite, reprit Mathis, on dégage l'ensemble du Grand Réf, en faisant léviter les tables et les chaises. Avec, on va construire des gradins. Raven connait un sort pour coller n'importe quoi à du bois. Espérons que la hauteur de plafond soit suffisante !

– Suffisante ? ricana Angela. On peut empiler trois éléphants, au rez-de-chaussée du château !

– C'est pas faux. Bon, ensuite on invite gentiment toute l'école à venir assister à un match de Quidditch d'intérieur. Les joueurs sont déjà convaincus, il ne manque plus que le terrain.

– Mais et le règlement ? asséna Erwin.

– Rhoooh, rabat-joie ! ils auront qu'à jouer déguisés, ça fera Halloween !

– Reste à savoir comment attirer les profs au loin, et surtout de les retenir, retint Nil.

– Ça, je m'en occupe.

Le lendemain matin, jour d'Halloween, une puissante explosion retentit, suivit d'un épais nuage de fumée. Au loin, par les fenêtres donnant sur l'arrière du château, on voyait les serres flamber. Une partie des professeurs qui s'en étaient aperçu se précipitèrent pour aller voir ce qu'il en était, prévenant au passage leurs collègues de surveiller leur classe. Les Augures étaient en Enchantements, et Miss Delacour faisait partie des professeurs qui s'étaient déplacés. Le professeur chargé de les surveiller en son absence, Titus Le Moal, professeur de Mathématiques, faisait des rondes entre eux et sa classe. Il venait juste de partir quand les Augures quittèrent la salle, emportant avec eux la liste d'appel sur le bureau de la prof. Sur cette liste, un absent était noté : Mathis Devaux. Les voyant d'éclipser, Camille entreprit de suivre ses camarades.

– Où vous allez ? les héla-t-elle.

– Moins fort ! souffla Émi. On va au Grand Réf. Dépêche, si tu veux venir !

Le Grand Réf, à cette heure de la journée, était vide, à l'exception de Raven et Angela, déjà sur place.

– On a dû enfermer la grande folle dans son bureau, indiqua celle-ci.

– Tu parles de Madame Maxime !? s'indigna Karol.

– Oui, bon, pardon. Nous avons été dans l'obligation d'enfermer Madame Maxime, notre dévouée directrice, dans son bureau, parce qu'elle ne voulait pas bouger son immense cul, se reprit Angela d'un ton faux.

– Bon, on verra plus tard pour le protocole, les tança Émi. On doit avoir fini la mise en place dans cinq minutes, le temps que les joueurs arrivent et commencent la partie avant que les profs reviennent.

– Tu vas jouer ? s'enquit Nil.

Émi jeta un regard à son déguisement. Celui-ci était plutôt sobre, puisqu'elle était déguisée en une version verdâtre d'elle-même. Depuis qu'elle avait perdu le contrôle de ses pouvoirs, elle ne pouvait plus se permettre des folies zombiesques.

Elle souleva la jupe de son uniforme, montrant le short de sport qu'elle portait en dessous.

– Évidemment, que je vais jouer ! C'est mon équipe, après tout !

Pendant ce temps, les professeurs s'affairaient autour des serres.

– Je n'arrive pas à les éteindre ! s'affola Miss Delacour en maintenant un jet d'eau constant sur les flammes, qui ne bronchaient pas.

– Attendez, ces flammes ne dégagent pas de chaleur, souligna le professeur de vol, un ancien joueur de Quidditch professionnel Néerlandais du nom de Christoffel Undermacht.

– Un feu ensorcelé ? tenta Harmonie Lunist'El.

– Non, mieux que ça, ricana Carter en passant sa main dans les flammes.

Il posa les deux mains sur ses tempes, et ferma les yeux. Quelque instants plus tard, il les rouvrit, et sourit effrontément. Le feu s'était presque éteint, avant de repartir de plus belle.

– Je reviens, lança-t-il, avant de se diriger droit dans le bois d'un pas silencieux. Il ne suivit pas le sentier, slalommant entre les arbres. Non loin de l'orée, il se retrouva derrière un élève qui se cachait derrière un arbre. Malgré sa discrétion, l'élève le salua, sans se retourner.

– Vous êtes venus m'arrêter, Mister Carter ? s'enquit Mathis.

– Tu t'es bien amélioré, depuis que je t'ai autorisé à t'entraîner seul, souligna le prof. Comment tu as su que c'est moi ?

– Legilimancie, indiqua Mathis en tapotant sa tempe de l'index. J'ai l'habitude de vous sentir fouiller dans ma cervelle.

– Joli feu. On peut savoir quel en est la raison ?

– Vous ne l'avez pas lu dans ma tête ?

– Je préfère l'entendre de ta bouche.

– On organise un match de Quidditch dans le Grand Réf. J'ai déjà reçu un avertissement, et je ne veux pas être exclu, alors je ne devais pas faire partie des organisateurs. Je répète ma question : vous êtes venu m'arrêter ?

– Tu te doutes bien que non. Je vais avertir le trio infernal de ce qui se trame, et nous allons vous couvrir. Reste ici. Compte dix secondes, puis fait disparaître le feu. Ensuite, je renverrai mes collègues au château, et tu pourras sortir. Va te réfugier dans le Pavillon Rouge, et attends que Flor… que Miss Brindargent vienne te chercher.

– Ça me va. Dernière question : pourquoi vous faites ça ?

– Pour que tu me sois redevable, évidemment. Dimanche, à l'issue de ton entraînement, je veux qu'on discute ensemble de Mauvais Augure, et de Gabriel Sirtesente. Deal ?

– Deal.

Quelques instants plus tard…

– Russier passe à Brisebois ! Celle-ci esquive un Cognard d'Esseulier, et tire ! Interception du gardien d'Urtica, Ce cher Luschek. Je te kiffe Kraecz !

– Arrête de draguer mon frère ! cria Raven depuis les gradins.

– Je fais ce que je veux, répliqua Angela, sa voix magiquement amplifiée. Après tout, c'est lui qui m'a doté d'un tel organe ! Carrière passe à… Hé non, Brisebois intercepte ! La jeune Aloysia maîtrise son balai à la perfection, se permettant en intérieur des manœuvres que d'aucuns ne tenteraient même pas en plein air. C'est ça aussi, de voler sur un Éclair de Feu Suprême ! Mais qui sait, peut-être ce balai trouvera-t-il son concurrent légitime, lorsque le Projet Thunder sera révélé à Noël ! Moi je dis que l'Académie devrait nous laisser cette journée en libre visite au Bourg, qu'on puisse aller voir au Décathlon !

– Le match, Angela, la tança Miss Attorney, digne dans sa robe d'arbitre du Bat'Show.

– Ah, oui, pardon. Euh… Ah, oui, Brisebois a marqué, ça nous fais donc 40–10 pour Aloysia. Mais de toute façon, on sait déjà que celle qui gagnera, c'est…

– QU'EST-CE QUI SE PASSE, ICI !? gronda soudain la voix de la directrice, si fort que le silence d'imposa de lui-même, et que les joueurs laissèrent tomber le souaffle, restant en vol stationnaire au beau milieu du Grand Réfectoire.

– Ah, bonjour Madame ! s'exclama Angela, la voix toujours amplifiée. Vous êtes venus siffler la fin du match ? Sachez pour infos qu'on est à 40–10 pour Aloysia, à presque dix minutes de jeu. On joue sans vif, c'est trop dangereux pour les attrapeurs. Et… Il se pourrait que quelqu'un vous ait malencontreusement enfermée dans votre bureau. À double tour. En plus d'avoir coincé la poignée avec une chaise. C'était juste pour vous faire peur, c'est Halloween, quand même !

– Vous vous moquez de moi, Miss Magnus ?

– Je n'oserais pas, Madame Maxime, répliqua la commentatrice d'un jour. En outre, je vous ferais remarquer la présence de professeurs, qui légitiment cet évènement sportif.

– Qui a fait ça ? gronda la directrice. Sonorus… QUI EST À L'ORIGINE DE CE CARNAGE !?

Sa voix fit trembler les murs.

– Lucian Appelbaum ?

– Non coupable, s'exclama Mydian, quelque part dans le public. Il n'a pas bougé de sa salle de Maths, M. Le Moal pourra en témoigner !

– Mathis Devaux ?

– Ce ne peut pas être lui, intervint Miss Delacour en s'avançant vers la directrice. Il est malade aujourd'hui, et a gardé le lit. Florine est allé voir s'il allait bien.

À ce moment, la directrice-adjointe entra dans la salle, en compagnie d'un Mathis pâle comme la mort. Elle regarda d'un air étonné autour d'elle, avant de pousser Mathis dans la direction de la directrice.

– Carter m'a dit qu'il fallait que je vous amène Mathis Devaux, indiqua la jeune femme. Je n'ai pas compris, celui-ci était dans son lit, terrassé par la maladie. Mais Carter a insisté. Il dit que c'est à propos de l'incendie des serres.

– Du quoi !? la directrice tomba des nues.

– Un faux incendie a été déclenché au niveau des serres, probablement pour attirer un maximum de professeurs loin du château le temps de mettre en place tout ça, indiqua Mathis d'une voix faible. J'ai vu la fumée par la fenêtre… et j'ai vu quelqu'un s'éloigner des serres…

– Qui étais-ce ? demanda Madame Maxime, d'un ton peu convaincu.

– Gustelor.

– Le faune ?

– Lui-même, confirma Mathis. Il avait les bras chargé de fusées feu-froid, j'ai reconnu les rayures bleus et vertes depuis ma fenêtre.

– Tu as une très bonne vue, souligna la directrice, douteuse.

– Je sais, répondit Mathis. Je peux aller à l'infirmerie, maintenant ? J'aurais pas dû me lever…

– Humph… oui, vas-y. Et vous autres, rangez-moi cette salle. Je me moque de qui est à l'origine de ça, mais vous me faites disparaître tout ça.

Sur ces mots, elle s'éloigna, et quitta le Grand Réf par la grande porte. Miss Brindargent tendit quelque chose à Mathis, qu'il mit dans sa bouche. Son visage retrouva instantanément des couleurs.

– Je ne pensais pas fournir une boîte à flemme à un élève un jour, rigola la jeune directrice-adjointe.

– Vive la firme Weasley ! lança Mathis en guise de réponse.

– En revanche, ce n'était pas très sympathique de faire accuser le faune…

– Gustelor saura se débrouiller, d'après Mydian, répliqua Mathis. Le plus amusant, c'est qu'il lui devait un service, parce qu'elle lui avait fourni gratuitement des fusées feu-froid. Ça renforce d'autant plus notre alibi

– Oh par Merlin… soupira Miss Brindargent. Mais depuis combien de temps vous préparez ça !?

– Euh… Depuis la rentrée ? Voire avant… Disons depuis la fin des Concours de Connaissance. Mais le match de Quidditch est une idée toute récente.

– Humphff… Va aider les autres à ranger, maintenant, je dois retourner à mon cours.

Alors que les spectateurs aidaient à ranger, le prof de Vol débarqua dans la salle. Il lança d'une voix forte :

– J'ai constaté que certains de mes élèves ont profité de la cohue ambiante pour se faire la belle. J'aimerais qu'ils reviennent.

– On dirait que c'est terminé pour nous ! s'exclama joyeusement Lorna.

Elle, Audrey Luceneige, Yoann Plume et Gulliver Russier suivirent le prof, qui marmonnait d'impatience. Quelques instants plus tard, Mydian prit le chemin de la sortie. Elle ouvrit la porte… Et la referma.

– Un problème, Mydian ? s'enquit Florine Brindargent.

– Ça dépend si vous considérez qu'un dragon géant dans le couloir est un problème ou non, Miss.

La directrice-adjointe alla jeter un œil à la porte, qu'elle referma d'un coup sec.

– Feuxfous Fuseboum, Déflagration deluxe, modèle Boutefeu catalan, énonça-t-elle d'un ton neutre. (Elle consulta sa montre) Midi trois… J'en conclus que le cours de Maths de ton illustre cousin est terminé, et qu'il a décidé de fêter ça.

– Vous ne pouvez pas l'accuser comme ça ! s'indigna Mydian.

Miss Brindargent lui jeta un regard en biais.

– Eh bien en réalité… je fais ce que je veux, ici, lâcha-t-elle avant de se retourner. Ça y est, c'est rangé ? Mouais, pas trop mal, on s'en contentera. On ouvre les portes ?

– NOOOOON ! s'écria Mydian.

Trop tard. Miss Brindargent ouvrit la double porte en grand. Presqu'aussitôt, un gigantesque feu d'artifice ensorcelé en forme de dragon s'engouffra dans le Grand Réf, et se mit à y tourbillonner, poursuivant un instant un élève au hasard, avant de se lasser. Miss Brindargent tapa dans ses mains.

– Bon, ben c'est pas le tout, mais j'ai une classe de 2ème Urtica à aller chercher avant qu'ils ne meurent de faim !

Elle quitta la pièce, en prenant soin de refermer la porte.

– … La salope, lâcha Nil. Elle nous a enfermé avec le dragon.

– Raven, à terre ! avertit Mathis. Mimi, la porte est verrouillée ?

– Non, répliqua Mydian en ouvrant un battant de la double porte, avant d'essayer le second. Ah, ben si, en fait. En partie. On peut sortir, mais pas le gros machin.

– Je doute qu'il… AAaaah ! Je doute qu'il soit matériel, ce n'est qu'un feu d'artifice !

– Lui ne semble pas en avoir conscience.

– Attendez, j'ai une idée !

Mathis fit signe à ses amis de se rassembler autour de lui pour le cacher. Il rangea sa baguette, et leva ses mains dans un geste théâtrale. Une boule blanchâtre informe apparut devant lui, et enfla jusqu'à atteindre la taille qu'il voulait. Il la modela par la pensée, et déposa sa création devant le dragon, qui sembla tout de suite s'y intéresser, et traversa plusieurs fois l'illusion en tentant de la dévorer. Les autres élèves présents s'exclamaient en montrant le mouton du doigt.

– Un mouton de Panurge ? ricana Angela.

– Un mouton émissaire, corrigea Mathis. Je sais pas faire les boucs, pas assez de rondeurs… Mais attends, tu n'as pas l'air choquée !

– Tu n'es pas le premier illusionniste que je rencontre, répondit Angela en haussant des épaules.

– Attends… hein !? Quoi !? Non, ne dis rien. T'es libre, Dimanche matin ?

– Euh, si mon lit n'est pas trop possessif, oui, pourquoi ?

– Rendez-vous 9h30 Étage Blanc.

– D'accord, j'y serai, confirma Angela.

– Il n'est pas très réactif, ton mouton, commenta Nil, qui venait de les rejoindre.

Mathis haussa les épaules.

– Je ne fais que des images fixes, pour l'instant. Et rien de plus gros que ça. Sauf le jour où j'ai fait apparaître l'épouvantard de Carter, mais c'était guidé par sa peur et non mon imagination.

– Attends, quoi !? s'écria Nil. Tu peux faire apparaître l'épouvantard des gens !?

– J'ai réussi, une fois, confirma Mathis d'un ton faussement modeste.

– Et c'est quoi, l'épouvantard de Carter ?

– Euh, une fille. Si j'ai bien compris c'est une cinglée qui vit un peu trop près de sa petite sœur à son goût. Il a peur pour elle, pas pour lui.

– Je le savais, que Carter n'avait peur de rien !

– Cherche pas, t'es trop jeune pour lui.

– Que tu dis, ricana Nil.

Ils ne purent continuer la conversation plus loin, les élèves commençant à affluer dans le réfectoire. La vaste salle avait repris un aspect normal, si l'on exceptait le dragon d'artifice qui avait repris son vol nonchalant lorsque Mathis avait dû rompre son illusion. La plupart crurent que ça faisait partie du spectacle de la Légion, et lorsqu'ils pénétrèrent dans le réfectoire, ils reçurent une véritable ovation. Lucian fit signe à ses amis de s'installer, et alla droit sur Mathis, qui avait pris place à une table en compagnie d'Émi, Nil, les jumeaux ErKa, Angela, Raven, Mydian, et les joueurs de l'équipe de Quidditch n'étant pas repartis en cours : les deux batteurs Valentin Custon et Pierrick Jenrot, l'attrapeuse Myrielle Cabossin, le gardien Florent Bern, et la poursuiveuse qui formait le trio avec Émi et Gulliver Russier, Clorinda Savara. Ignorant les douze autres personnes, il se pencha, et glissa à l'oreille de Mathis.

– Nous savons tous les deux que je n'y suis pour rien, concernant ce mouton.

– En effet, confirma Mathis. C'est Carter.

– Tu mens.

– Je pourrais aussi révéler la vérité à tous, que tu n'y es effectivement pour rien, parce que tu en es incapable.

– Hhhmph ! se vexa Lucian. Mydian, tu viens avec la Légion, s'il te plaît ?

– Pas envie ! répliqua sa cousine. Il nous reste exactement trois places : deux pour Serpent et Juliette, et les Bélials Junior seront au complet, et une pour Gulliver, et l'équipe de Quidditch des Aloysia le sera à son tour. Je ne vais pas les abandonner !

– Si tu le prends comme ça… souffla Lucian, avant de l'éloigner.

Il y eut un lourd silence à la tablée. Silence que Nil rompit :

– Il va se venger.

– Lourdement, confirma Mydian. Il me semble qu'il avait parlé de faire disparaître les escaliers.

– Il n'aurait pas un peu tendance à confondre Halloween et le Jour des Farces ? suggéra Erwin.

– Oh, tu peux lui faire confiance pour trouver une excuse justifiant de faire n'importe quoi. "Ben quoi, Madame, ceux qui sont coincés en haut et qui ont le vertige sont terrorisés ! Je ne fais que respecter les traditions d'Haloween !" minauda Mydian, imitant le ton faussement servile que Lucian employait devant la directrice depuis qu'il avait reçu une beuglante de son paternel.

Il ne fallut guère de temps pour que les trois personnes attendues les rejoignent. Et les joueurs de l'équipe d'Émi étaient si sympathiques, et vantaient tant les mérites de leur poursuiveuse star, que Mathis s'en voulut de n'être jamais allé la voir jouer. Il se promit de corriger cela, en assistant à quelques matchs amicaux à l'occasion, et surtout aux petite et grande finales du tournoi de Quidditch, qui avaient lieu après celles de Cognepoing. Il n'aurait aucune excuse pour les manquer.

L'après-midi reprit à 13h pour les 3ème Aloysia, avec un cours de Potions. Attorney les accueillit avec une joie qui n'augurait rien de bon.

– Aujourd'hui, mes lapinoux, nous allons préparer un philtre de Confusion ! Bon, à voir la tête de certains, en consommer serait superflu… En revanche, il y a une petite surprise à gagner pour le meilleur d'entre vous ! Il s'agit d'une petite dose de potion très rare, mais je n'en dit pas plus. Pour le philtre, les ingrédients sont indiqués dans votre manuel, page trente et quelques…

– Trente-quatre, indiqua Amara Quidma.

– Merci, Amara. Donc, page trente-quatre. Normalement, vous avez tous les ingrédients nécessaires, sauf le cranson officinal, que vous trouverez dans l'armoire de droite, et peut-être manquerez-vous de livèche, aussi en ai-je acheté un stock suffisant, que vous trouverez au même endroit. Évitez de la gâcher, cependant, ce n'est pas donné cette saleté ! Allez, 'popop !

Comme d'habitude, le cours de Potions se déroula dans une ambiance surréaliste, le sérieux exemplaire des élèves terrorisés à l'idée de devoir goûter leur propre potion si l'envie de les y forcer venait à la prof, perturbés par les commentaires incongrus de ladite prof, qui semblait penser que la préparation de potions devait se faire sous pression constante.

– Baptiste, non ! Olà, surtout pas, mon garçon ! Ce n'est pas tant que je n'ai pas envie que tu rates ta potion tout seul comme un grand, mais si tu pouvais éviter de faire sauter mon labo en ajoutant du sang de dragon dans de l'eau chauffée à feu vif, ça m'arrangerait ! Camille, pose immédiatement le pilon de Timothée, sinon je te fais boire sa potion. Et à en juger par la couleur et l'odeur halloweenesques, elle risque de changer tes poils de nez en tentacules venimeux. Dario, pense bien qu'empoisonner mes élèves est l'objectif de ma vie, mais évite de mourir dans d'atroces souffrances dans ma classe en goûtant ta potion avant d'y avoir introduit l'achillée sternutatoire. Je rappelle à quiconque que mourir pendant mon cours est un motif de retenue. Et Nilüfer, je doute que demander de l'aide à Karol dans un chuchotement aussi délicat qu'une tempête tropical juste au moment où je passe à côté de vous soit la méthode la plus discrète pour tricher.

Et ainsi de suite. Célestia Attorney était à l'enseignement ce que Lucian Appelbaum était à l'ordre : un élément perturbateur, à fort potentiel d'instabilité. À la fin du cours, trois chaudrons trônaient sur le bureau professoral, entre Attorney et l'ensemble des élèves. Ceux des jumeaux ErKa, évidemment, et celui d'Octavius Ballessaim, le seul en mesure de leur tenir tête.

– Voyons voir… À la couleur, j'éliminerais celui de Karol. Pourtant, l'odeur qui s'en dégage est beaucoup plus proche de celle attendue que celles des chaudrons des garçons. Hum, celle d'Octavius semble plus sirupeuse.

La prof remplit trois fioles N°2 à l'aide d'une petite louche qu'elle prit soin de rincer entre chaque chaudron, et observa la potion à travers le verre transparent.

– C'est bien ce qui me semblait. Celle d'Erwin comporte des particules non diluées. Tu as trop fait chauffer ta livèche, la sève a figé. Toi, Karol, tu as simplement trop d'eau dans ta potion, et la température s'en est fait ressentir à chaque étape. Dommage, car je devine à l'odeur qu'elle a été exécutée à la perfection.

Bouchant le flacon avec son pouce, elle en fit tomber une goutte sur sa langue.

– En effet, un soupçon trop diluée. Dommage !

Elle fit ensuite de même avec celles des deux garçons.

– Erwin, comme prévu, ta potion a un effet perturbé. C'est comme… une potion de céphalée, dans laquelle flotteraient des fibres d'impulsivité. Quant à toi, Octavius, il semblerait que tu aies mal dosé ton sang de dragon, et que tu aies tenté de rattraper ton erreur en ajoutant une once de poudre d'os de seiche. N'est-ce pas ?

– Oui, Madame, confirma le garçon en baissant la tête.

– Ça explique cette âcre odeur de marée. Cependant, l'idée était excellente, et l'effet de la potion s'en ressent à peine. Bien, j'ai rendu mon verdict. Tout d'abord, félicitations à tous les trois, qui récoltez l'Or, et les acquis qui vont avec. Mais si pour deux d'entre vous, les erreurs étaient minimes, le troisième a su garder la tête froide, et minimiser les conséquences d'une erreur plus grave à l'origine. Je remets donc la récompense à Octavius Ballessaim.

Pendant que ses camarades l'applaudissaient, la prof sortit un petit flacon noir opaque de son tiroir, et le donna à Octavius.

– De l'eau de nocturnée, présenta la prof. À toujours garder à l'abri de la lumière. Une goutte dans chaque œil suffit à donner une vision nocturne parfaite pendant quinze minutes. L'effet est bien entendu cumulable dans le temps, bien que l'abus de goutte dans les yeux risque de te faire pleurer de la potion extrêmement précieuse. Allez, le spectacle est fini, maintenant déguerpissez en Anglais, je dois préparer la salle pour les 6ème U.

Le problème, c'est que lorsqu'ils remontèrent, il n'y avait pas plus de 6ème U pressés d'aller en Potions que de moyen de se rendre au cours d'Anglais. Les escaliers avaient purement et simplement disparu. De plus, le grand tableau de St Renaud était entièrement noir, et on l'entendait brailler.

– JE SUIS AVEUGLE ! UN SCÉLÉRAT M'A CREVÉ LES YEUX ! À L'ASSASSIN !

– Je n'aurais jamais pensé que Lucian serait réellement capable de faire disparaître la totalité des escaliers, siffla Erwin, impressionné.

– Je doute qu'ils ne soient plus là, répliqua Mathis. Regarde.

Il s'avança résolument vers l'endroit où se trouvait l'escalier, posa ses mains en alterné comme si elles se tenaient sur une rampe, et se souleva dans un ersatz de traction.

– Escalier invisible ! Et…

S'aidant de la rampe, Mathis se positionna devant l'escalier, et tenta de monter.

– … marches changées en rampe savonneuse. Pour ce second état, la Légion a déjà prouvé qu'ils en étaient capables il y a deux ans. En revanche, même s'ils sont toujours là, je dois avouer que rendre invisible une telle masse de marbre et de tapis a dû leur prendre une bonne partie des deux heures de cours.

– Sans que personne ne donne l'alerte ? douta Émi.

– Ça explique déjà le maléfice d'opacité sur le tableau de Maître Godefroy, marmonna Erwin plus pour lui-même.

– Alors, ça vous plaît ? demanda une voix derrière eux, les faisant sursauter.

Jean-Michel Luceneige les regarda avec malice.

– C'est quoi, le rapport avec Halloween ? ne put s'empêcher de demander Nil.

– Le rapport, c'est que le seul moyen de redescendre, c'est de se laisser glisser à pleine vitesse sur des rampes invisibles, entourées de rambardes invisibles, ricana J-M. N'importe qui en serait horrifié. Lucian Appelbaum est le plus grand génie de tous les temps… après Gideon Appelbaum et George Weasley, bien sûr. Dans cet ordre.

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Alors, d'où vient cet étrange "épouvantard" ? Je vais vous raconter une petite histoire post-chapitre. Je vous préviens c'est triste. Vous pouvez la zaper.

Quand j'étais petit, mon père vivait loin de nous. Il venait de temps en temps, passait quelques jours à la maison, et repartait chez lui. Et puis un jour il n'est plus revenu. Quelques semaines sans nouvelles plus tard, on a appris qu'il était mort. 2000 : J'avais cinq ans.
Quelques années plus tard, en 2003 pour être exact, ma mère se mariait (pour la première fois, elle n'était pas mariée avec mon père. Bref osef) avec un homme qui sera ma figure paternelle. En 2008, il nous adopte moi et ma sœur (adoption libre, comme Mikhaïl Koenig avec Alva, dix ans auparavant), et fait toujours partie de ma vie depuis. Il a été bien plus longtemps un père pour moi que mon géniteur… et pourtant, je n'ai jamais pu me résoudre à l'appeler « papa ». J'avais déjà eu un papa.
Et puis il y a quelques semaines, ou mois, la date a disparu de ma mémoire… Je parcourais les photos sur le téléphone de mes parents, les commentant avec mon petit frère (adoptif, du coup). Et on tombe sur la photo de la photo (INCEPTION !) d'un homme qui ne me dit rien du tout. J'interpelle alors mon beau-père, qui me dit qu'il en sait rien, et m'invite à demander à ma mère. Je vais à la cuisine où elle épluchait une salade, et je lui montre la photo en lui demandant "c'est qui lui ?". Elle a haussé les sourcils, et lâché d'un ton qui sous-entendait que je me moquais d'elle : "c'est ton père". Je ne me moquais pas d'elle. 2016 : Moi qui me vante d'avoir une mémoire très développée, j'avais totalement oublié le visage de mon père. Je vous avoue qu'en l'apprenant, ma réaction a exactement été celle de Mathis. Déconfiture totale, et remise en question. C'était il y a quelques semaines, ou mois, la date a disparu de ma mémoire. Mais le sentiment est toujours là, mêlant la colère et la tristesse d'avoir perdu mon père, et la honte de l'avoir oublié. Et je suis en train de chialer, putain (enfin je l'étais quand j'ai écrit ça il y a plusieurs semaines).

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Et voilà qui dévoile un mystère, pour en amener un encore plus grand ! See ya !