Mes chers compatriotes, l'heure est grave. Non seulement ce chapitre arrive un mois après, mais en plus le précédent ne mentionnait à aucun moment les Augures. Ça fait donc six semaines que vous n'avez plus de nouvelles. ce qui est assez ironique quand on y pense, car c'est à peu près la durée de l'élipse qui se déroulera entre le chapitre suivant et celui d'après (c'est dit : le mois de mars n'existera pas). Mais avant de changer de sujet… bonne année à tou·te·s !

Du coup une fois n'est pas coutume, je vais plutôt vous rappeler où en étaient les Augures. Parce qu'on s'en fout que Morgane ait ressuscité juste le temps de se faire massacrer en beauté par l'Ange déchu et une armée de détraqueurs et le Cercle de Brocéliande n'a rien pu faire. Avant cela, trois réveillons vous étaient comptés. Le premier concernait Thomas Devaux, qui s'avéra avoir atterri dans un manoir habité par la famille Glazkov, dans les Vosges. Protégé par Marlenaëlle d'Armonval, il fit la rencontre d'un sotré, et obtint des informations inquiétantes sur le contact qui lui avait fourni le collier de rappel. Le second concernait Visperi Glazkov, qui s'introduisait dans la section A-0 de La Giraglia pour obtenir des informations auprès de Chaidgidel l'Omniscient. Enfin c'était au tour de Mathis qui, après avoir réconcilié de force Émi et Angela, et alors qu'il s'apprêtait à vivre son premier banquet de Noël à l'Académie, a dû convoquer une réunion d'urgence de Mauvais Augure pour discuter des infos obtenues par la jeune fille et transmises à Sertorius via Leonas Hastier. Je devine vos sourcils froncés qui me confortent dans le bien-fondé de ce résumé.

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Et maaaintenaaant, que vais-je faaaire ? Répondre au reviews, pardi !

Yo le Fou ! Y'a sûrement moyen de t'y pistonner, oui ! Tu préfères quelle filière élémentaire ?
Boh, tu connais Mathis, il va encore trouver le moyen de tourner ça à son avantage. Ce gosse n'a pas le moindre scrupule…
Que le chaos règne en maître !

Hello Sengetsu ! Franchement je pense que depuis le début, Atraxi Romanecz s'est cramé le cerveau. Il a l'insouciance de Nathan Aristide-Malefoy mêlée à la stabilité mentale de Xenophilius Lovegood, avec un niveau de concentration proche de celui du bulot.
Quand Marion Castellan mentionne le dixième de la forêt de Brocéliande qui a été détruit par la réincarnation de Morgane, elle parle de la forêt entière, pas de l'Île d'Avalon ou même de la partie magique. Ledit moldu n'a pas eu affaire aux repousses-moldues entourant la partie magique de la forêt, qui elle-même entoure l'île, puisqu'il se trouvait encore dans la partie moldue.
Korri va très bien. Comme tous les ans, et de plus en plus car il prend ses marques, il fait sa vie dans la forêt du domaine. Mais il reste toujours à portée d'oreille, au cas où Émi le siffle (et les augureys ont une ouïe démentielle, probablement aussi puissante qu'est la vue des faucons).

Salut titietrominet ! Ben en fait, histoire d'être chiant… c'est plutôt le côté géant qui me dérange. Surtout associé au rose.
Je sais, ça fait beaucoup de nouveaux personnages d'un coup ! Mais tous ou presque vont revenir régulièrement. C'est l'occasion de réviser…
Mais ce complotisme quoi ! Si tu me crois pas que c'est la tombe de Merlin, va donc l'exhumer, si ça te chante !
C'est exactement ça, et il en joue beaucoup ! La plupart des personnages savent que c'est la pire des crapules (d'après l'Opus Tenebræ en tout cas), mais aux yeux du public son arrivée a marqué la fin des agressions et la multiplication de petits miracles. C'est le genre tonton gâteau qui met du somnifère dans ton goûter pour… hum, nous nous éloignons du sujet.
Oh sûrement ! Ne serait-ce qu'avec Ariane Desmarez, qui est l'arrière-petite-fille de son idole !

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10) 2018 raisons de s'inquiéter

– Chef, venez voir ! Un ouvrier a trouvé quelque chose !

Marion Castellan leva les yeux du rapport qu'elle lisait, et croisa le regard de l'agent Brognard. Celui-ci, bien que jeune, était habituellement d'un professionnalisme exemplaire. Or, là, il semblait se retenir de sauter de joie. Elle soupira.

– Montrez-moi ça, Brognard.

L'agent se dirigea vers le palais du Prévôt. Marion lui emboîta le pas. Elle détestait les Catacombes de Paris, et la dévastation des environs suite à l'attentat du 9 juillet n'arrangeait en rien l'aspect morbide des lieux. Après l'attentat, il avait fallu restaurer le gouvernement, installer l'état-major au palais du Consortium, et prendre les mesures de sécurisation nécessaire. Puis la reconstruction avait commencé, et en tant que Lieutenante-Générale du Secteur Nord, Marion avait été chargée de veiller à la sécurité des ouvriers. C'était d'autant plus important depuis la dernière apparition de l'Ange Déchu.

Tous deux descendirent dans le premier sous-sol du palais en trébuchant sur un pan de sol qui s'était affaissé lors de l'explosion. Dans un angle de la large pièce, occupés à consolider un angle de mur, se trouvaient trois ouvriers. Marion s'avança vers eux :

– Lequel d'entre vous a trouvé quelque chose que je dois voir ? s'enquit-elle.

– C'est moi, Madame, répondit un homme au teint mat et à la moustache fournie.

Marion le reconnut : Enver Şentürk, un homme sage, et un restaurateur doué. Il leur fit signe de le suivre, et tous trois s'engagèrent dans le véritable labyrinthe formé par le premier sous-sol. Se représentant mentalement le trajet, Marion comprit que l'ouvrier leur faisait contourner la partie du sol qui s'était effondrée. Il s'arrêta enfin, à peu près en-dessous de l'endroit où se trouvaient les sièges du public. Non loin du tas de décombres se trouvaient des tables, sur lesquels étaient posées des morceaux de moulures brisées, triées par taille. M. Şentürk s'approcha d'une table, et souleva un morceau de mur particulièrement gros. Marion siffla mentalement la force impressionnante de l'ouvrier, avant de reporter son attention sur la pierre elle-même. C'était un pan de mur sur lequel figurait une partie de bas-relief, ainsi que…

– D'après les plans du Palais, et d'après les relevés des experts, ce mur faisait partie de la petite pièce directement située en-dessous de la bombe, expliqua M. Şentürk.

– Vous pensez que c'est le responsable qui a fait ça ?

Enver Şentürk passa un doigt d'expert sur les gravures.

– Ces mots ont été tracés par magie, et assez récemment. Ou du moins, bien plus récemment que les autres gravures.

Marion soupira ouvertement. Sur le morceau de mur, on pouvait lire le message suivant :

LA VÉ . ГÉ DU MENSONGE EST LE

PLUS Б .ASPHÉMATOIP. DES CЧϽIX

Si le message était en partie effacée, il restait compréhensible : "La vérité du mensonge est le plus blasphématoire des choix". Que cela pouvait-il signifier ? Marion fit signe à son agent, et sans plus de cérémonie, elle transplana.

L'ouvrier reposa la pierre sur la table, soufflant après l'effort qu'il avait dû faire pour la porter si longtemps. L'agent Brognard posa la main sur son épaule :

– On lui a fait une sacrée impression, hein M'sieur Şentürk ?

– Ah ah, c'est sûr ! rit l'ouvrier de sa voix grave. Mais je t'ai déjà dit de m'appeler Enver, Benjamin.

– Jamais je n'oserai, répondit Benjamin Brognard en baissant la tête.

– Oh là, tête haute, Benjamin ! s'exclama Enver. Quand tu es tout excité par une découverte, tu me fais penser à ma fille, mais à te voir baisser la tête avec tant de contrition, j'ai l'impression de voir mon fils cadet quand il a fait une bêtise !

– Vous avez combien d'enfants ?

– Cinq ! Quatre garçons, et une fille ! L'aîné est étudiant à Chevalier-Lys, et les deux derniers sont en ce moment même au Bal de Nouvel An à l'Académie de Beauxbâtons.

– Et les deux autres ?

Le visage de l'ouvrier s'assombrit.

– Contrairement à l'aîné qui, comme ma fille, a voulu faire ses études à Beauxbâtons, mes trois autres garçons ont voulu étudier à Isis-la-Grande, en Égypte. Et puis l'année dernière… plusieurs hommes ont enlevé des garçons, et… ils ont emmené mes deux fils !

Sa voix se brisa dans un sanglot. Benjamin Brognard posa à nouveau la main sur son épaule, et la serra avec compassion.

– Vous êtes allé cherché le troisième, et vous l'avez emmené à Beauxbâtons, comprit le jeune agent.

– Ou… oui, confirma Enver. Ensuite, le sachant à l'abri à Beauxbâtons avec sa sœur, je suis venu sur Paris, afin de veiller sur mon aîné. Je sais qu'il est assez grand pour se défendre, il me le dit souvent. Mais Chevalier-Lys ne dispose pas des mêmes sécurités que Beauxbâtons. Ma femme est restée là-bas, elle cherche Haydar et Tarkan depuis des mois. Elle a retrouvé la trace de Tarkan dans des registres appartenant aux Sorciers Musulmans, mais rien sur Haydar. Alors elle concentre ses efforts sur le second, en espérant dans le meilleur des cas trouver les deux ensembles, et dans le pire que Tarkan sache où est son frère.

– Je… je suis désolé.

Le gendarmage ne sut pas quoi dire de plus. Les Sorciers Musulmans étaient un groupe terroriste qui sévissait principalement en Égypte. Leurs motivations étaient obscures, mais s'ils s'agissaient de sorciers, une chose était sûre : ils n'avaient de musulmans que le nom. Le sillon de cadavres qu'ils laissaient derrière eux en disait long sur leur point de vue quant au caractère sacré de la vie.

Afin de respecter les convenances, et surtout pour ne pas être abattue par un agent un peu trop nerveux, Marion Castellan transplana à l'entrée du QG de Clermont-Ferrand. Il pleuvait. Elle grogna, avant de se dépêcher de rentrer dans le bâtiment. Son rang lui permettait de se rendre directement au bureau de son alter-ego sans passer par la fouille. Elle se contenta de passer sous le portique de contrôle anti-déguisement, salua l'agent de contrôle d'un signe de tête, puis traversa l'open-space, s'attirant le regard des gendarmages présents. Elle frappa à la porte de Richard Magnus.

Ce ne fut pas lui qui ouvrit la porte, mais une jeune femme blonde à la peau très pâle, presque bleutée, aux veines fortement apparentes. Marion fronça les sourcils, ne sachant que penser.

– Ouiiii, c'est pour quoi ? s'enquit la jeune femme d'une voix juvénile, avec un accent chantant.

– Je suis la Lieutenante-Générale du Secteur Nord, et je dois m'entretenir de toute urgence avec Richard Magnus. Et vous, qui êtes-vous ?

Sans lui répondre, la jeune femme tourna la tête, et lança une invective dans une langue que Marion ne connaissait pas.

– Hej Riĉjo, virino volas vidi vin ! Ŝi diras ke ŝi estas la Norda Ĝenerala Leŭtenanto!

– *Fek! Enirigu ŝin tuj!*

À la réponse de Magnus, la jeune femme s'écarta, invitant Marion à entrer d'un sourire. Sauf que ce sourire était tout sauf accueillant. La jeune vampiresse, puisque c'était clairement là sa nature, avait de longs crocs pointus, et son sourire carnassier était menaçant au possible. Devant la réaction de Marion, la jeune vampiresse cessa de sourire, et s'écarta de la porte d'un air agacé. Marion entra dans le bureau, où se trouvaient quatre personnes. Dont trois vampires.

– Sérieusement, j'en ai marre de ce racisme ambiant ! s'exclama-t-elle.

– Tu excuseras ma belle-sœur, elle est encore jeune, s'excusa Richard, qui contournait son bureau pour serrer la main de sa collègue.

– Ta belle-sœur ? releva Marion.

– Je te présente la jeune sœur de mon épouse, Sælenys de Dimoria. Et voici son époux, Drakensi.

Tous deux saluèrent d'un signe de tête muet. Marion savait que certains vampires pouvaient avoir les yeux rouges, mais le regard sombre de Drakensi la glaçait d'effroi.

– Et cette personne qui confond les étagères et les chaises, c'est mon épouse, Natālija de Veriasinis.

En effet, celle-ci était perché au sommet d'une étagère, et n'avait qu'à tendre le bras pour toucher le plafond pourtant haut. Elle fit un vague signe de la main, avant de reporter son attention sur le rapport qu'elle lisait.

– La famille, je vous présente Marion Castellan. Et est au Nord de la France ce que je suis au Sud.

– Imcompétente ? proposa Sælenys.

– Irascible ? suggéra Drakensi.

– Impulsive ! participa Natālija.

– Tu vois ce que je subis au quotidien, soupira Richard. Bon, je t'écoute. Tu peux parler librement devant eux. Sælenys et Drakensi ont été mandés par l'Empereur de l'Alliance Vampirique Balto-Slave, car celui-ci craint que ce qui se passe chez nous affecte nos relations commerciale avec l'Alliance, et Natālija est, en tant qu'experte en traque, mon agent de liaison avec le Bureau des Chasseurs. De plus, ils sont, à l'exception de ma fille, ma seule famille, aucun d'eux ne pourrait me trahir. Nous avons besoin d'un maximum de soutien en ces temps troubles.

Marion sembla se satisfaire de cette justification, et hocha la tête.

– Un ouvrier en charge de réparer le Palais du Prévôt a trouvé un morceau de mur sur lequel figurait un message qui, d'après les premières estimations, aurait pu être tracé par celui ou celle qui a placé la bombe. Ce message dit : "La vérité du mensonge est le plus blasphématoire des choix". Nous devons mettre tous nos experts sur le coup pour le déchiffrer.

– Inutile, répondit Natālija d'une voix posée.

Marion leva la tête vers elle. D'un mouvement fluide, trop fluide pour l'humaine qu'elle n'était pas, Natālija sauta de l'armoire.

– "La vérité du mensonge est le plus blasphématoire des choix" n'est pas un message codé. C'est une citation de l'Opus Tenebræ, une phrase prononcée par le personnage de Samaël le Destructeur lors de son investiture.

– Samaël !? s'écria Richard. Mais il est beaucoup trop tôt !

– Puis-je savoir de quoi il retourne précisément ? s'enquit la gendarmage.

– Samaël est le second des trois démons de premier ordre, et le sixième Duc Infernal. S'il est déjà actif, nous n'avons pas deux, mais cinq ennemis à affronter.

– Je ne comprends pas. Pourquoi deux ou cinq ?

Alivorte, ŝi stultas, glissa Drakensi.

Richard ignora l'intervention de son beau-frère. Il prit sa baguette, et entreprit de tracer un schéma en traits de lumière dans les airs.

– Nous partons du principe, et jusque-là ça s'est vérifié, que ces individus respectent à la lettre l'Opus Tenebræ. Dans ce livre, les Ducs Infernaux sont au nombre de douze, réunis par trio. Pour trois de ces trios, une hiérarchie existe : il y a un démon de premier ordre pour deux démons de second ordre.

Richard traça trois triangles, dont le sommet était marqué d'un gros point. Il pointa sa baguette sur le premier.

– Le premier Duc, c'est Azazel, le bouc émissaire. Il peut sévir indéfiniment; tant qu'on ne l'arrête pas. On lui prête d'ailleurs le pouvoir de l'immortalité. Une fois arrêté, cela signe son arrêt de mort. Une fois mort, cela signe le début de la guerre. Puis le second Duc, c'est…

– Zomiel, tenta Marion.

– En effet. Zomiel, le maître du désordre, est là pour détourner notre attention de l'arrivée de l'Ange Déchu, en poussant au crime des innocents avant de disparaître en raflant des jeunes gens. On lui prête le pouvoir de la dissimulation. Ces deux démons sont dirigés par l'Ange Déchu, dont le nom, peu utilisé, est Azraël. À noter que son nom marqué d'un tréma, qui indique ses origines angéliques. L'Ange Déchu, donc, est le premier démon supérieur. En tant que tel, il a de nombreux pouvoirs, dont celui, tu t'en doutes, de voler, mais aussi un don d'oraison exceptionnel. Comme tu le sais, chacun des évènements qui se sont déroulés depuis le début de ce merdier corrobore cette version, jusqu'à l'existence d'un homme ailé capable de convaincre des détraqueurs de lui obéir aveuglément. Sans mauvais jeu de mot.

– Pour ça, c'est raté, ricana Marion.

Tous deux savaient que les détraqueurs sont totalement aveugles, pour la simple raison qu'ils n'ont pas d'yeux.

Avant de reprendre, Richard fit une pause, et croisa le regard de son épouse, qui hocha la tête.

– Ce qu'il faut que tu saches, Marion, c'est que l'Opus Tenebræ se… défend. Il n'aime pas être lu. Plus tu avances dans l'histoire, plus difficile c'est de supporter la magie noire qui en irradie, et plus encore il est ardu de se souvenir de ce qu'on a lu une fois le livre refermé. Et bien sûr, il est impossible de tricher, en prenant des notes.

– Combien d'exemplaires de cet horrible livre existent ? s'enquit la gendarmage.

– On estime qu'il en existe une quinzaine de par le monde. Ils sont écrits en anglais, cela facilite les choses. La plupart des exemplaires sont possédés par d'anciennes familles.

– Les Veriasinis en possèdent un exemplaire, indiqua Natālija. Je l'ai emprunté dans la bibliothèque familiale, dont je suis techniquement la légitime héritière.

Elle jeta un regard accusateur à sa petite sœur : elle avait en effet hérité de la bibliothèque familiale, dont le contenu se trouvait… dans le manoir hérité par le couple Dimoria.

– Nous ne savons que peu de chose du second trio, reprit Richard. Si ce n'est que celui qui le dirige se fait appeler Samaël le Destructeur. Un potentiel de destruction énorme, mais surtout un intellect incommensurable. D'après l'Opus, ça pourrait être toi ou moi, personne ne le saurait avant qu'il ne se révèle. S'il n'a pas le talent en camouflage de Zomiel, il reste néanmoins maître dans l'art de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Tout ce que nous savons, c'est qu'il est jeune, plus jeune que l'Ange Déchu. Et enfin du dernier trio, je n'ai pas de nom à te communiquer, mais l'un d'eux est le Dual, une sorte d'équivalent démoniaque de la figure chrétienne de Saint-Pierre : il juge qui est bon, et qui est mauvais. L'Opus dit que le seul moyen d'arrêter les neuf Ducs est de les tuer, mais que leur mort est le seul moyen pour rendre possible d'ascension du Maître des Enfers.

Richard traça un gros point au-dessus des triangles flottants.

– Neuf ? releva Marion. Tu ne m'avais pas parlé de douze Ducs Infernaux ?

– En effet, confirma Richard. (il traça un large triangle autour du point isolé) Harab Serapel, les Corbeaux de la Mort. Trois sœurs triplées, gardes du corps personnelles du Maître. Elles n'ont pas en soit de rôle à jouer dans son ascension, mais leurs pouvoirs sont au moins égaux à ceux des trois démons de premier ordre, et elles sont mentalement reliées les unes aux autres en permanence. Un théoricien russe a d'ailleurs émis l'hypothèse qu'il s'agit d'une seule femme capable de se trouver simultanément à trois endroits.

Sensencaĵo ! s'exclama Drakensi.

– Que dit-il ? demanda Marion.

– Il dit que c'est insensé, traduisit Richard. Point de vue que je partage tout à fait. Alors pour en revenir à notre point de départ, je disais donc que si Samaël est actif, cela signifie que nous avons affaire non pas à un, mais à quatre ennemis en même temps. Quatre et non six, car Azazel est déjà mort, et nous n'avons pas pu empêcher la Rafle de Zomiel, qui a disparu pour de bon. Et si ce n'est pas le cas, et que cette citation n'a pas été écrite par Samaël, je n'ai aucune idée de qui en est responsable. La seule solution, ça sera de lire ce foutu livre, jusqu'à ce que ma tête explose s'il le faut.

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Le soir même, à l'Académie de Beauxbâtons, dans une salle de cours.

– NON TU REPOSES ÇA TOUT DE SUITE ! s'écria Nil.

– Et pourquoi ça, Madame ? demanda Mathis sur un ton faussement curieux.

– PARCE QUE TA FOUTUE MIGALE GÉANTE EST VIVANTE !

Mathis jeta un regard d'expert à l'immense arachnide qu'il tenait en main. Celle-ci agitait lentement les pattes, avec une difficulté visible.

– C'est pas une migale, c'est une hétéropode. Et elle ne fait que trente centimètres, patte déployées. C'est pas géant, ça !

– M'EN FOUT ELLE EST VIVANTE !

– Si tu pouvais arrêter d'hurler, ça nous arrangerait, intervint Sertorius. Elle est stupéfixiée et sous tranquillisant.

– Elle bouge encore les pattes, insista Nil, cependant sans crier.

– C'est des spasmes musculaires. Le sort de stupéfixion n'est pas conçu pour une cible comportant autant de membres indépendants.

– Je n'ai toujours pas compris ce que vous faisiez avec votre bestiole.

– Ça fait dix fois que je t'explique ! couina Mathis. Tu m'écoutes pas, ou quoi !?

– Ben je t'avoue que t'écouter avec ça sous les yeux, c'est un peu difficile.

Accompagnant son geste d'un grondement de désespoir, Mathis rangea l'araignée dans son panier, dont il referma le couvercle.

– D'après nos calculs, les plats arriveront en même temps que commencera la première partie du concert. Elle est assurée par Luka et Gustav Eisenhoff. Tu te rappelles d'eux ? On les a vus au Bat'Show l'année dernière. À ce moment-là, pendant qu'on fera le guet, Camille échangera le homard destiné à la table de la directrice contre l'araignée, et la dé-stupéfixiera avant de refermer la cloche. On a déjà fait des repérages, cette espèce n'a pas la force nécessaire pour soulever la cloche par elle-même.

– Et quel est le but concret de la manœuvre ?

– C'est mon rite d'initiation en tant qu'Augure, intervint Camille qui était restée silencieuse jusque-là. Mon coup d'éclat.

– Ah. Et, je n'ai rien contre cette idée, mais tu comptais nous en parler quand ?

– Jamais, en fait, répondit Mathis à sa place. Moins il y a d'Augures au courant, moins on risquera de se faire choper. Camille et moi devions forcément être au courant, sinon ça aurait posé un certain… souci d'organisation. Sertorius n'est pas un Augure, il ne veut pas.

– Il ne veut pas ! confirma l'intéressé en haussant les épaules. Mon père me deshériterait s'il l'apprenait.

– Et moi ?

– Toi, Nil, tu as le don particulier de rire à tes propres blagues. Tu es la plus à même de jouer la surprise, vu que tu ne la feindras qu'à moitié.

– C'est assez vexant, en fait, ton "compliment", bouda Nil.

Cependant, elle participa activement au reste des préparatifs. Et quand le soir vint, les quatre complices étaient fin prêts. Le thème du Nouvel An 2018 était quelque peu décevant : "Bal de Noël, Acte II". Du recyclage à l'état pur, si ce n'était les chorales de Noël remplacées par un concert des frères Eisenhoff. La veille, ils avaient eu droit à un discours de la directrice justifiant cela. Son excuse, c'était qu'un évènement d'ampleur mondiale allait être organisé l'année suivante, et que l'Académie devait faire quelques restrictions budgétaires pour être à la hauteur.

– Ça a un avantage, fit remarquer Mathis à Nil. Deux, en fait : nous avons choisi nos places… et il n'y a du homard qu'à la table de la directrice.

– Pourquoi tu dis ça ? s'immisça Erwin.

Nil et Mathis échangèrent un regard… et se mirent à ricaner.

– Ça n'aurait pas un rapport avec le fait que tu aies insisté pour que Camille ait la place au bout, par hasard ? tenta le garçon.

– Je ne répondrai pas à cette accusation, répliqua Mathis.

Les tables étaient rectangulaires, et comptaient quatorze places : six par côté, et une à chaque bout. En partant du bout de la table orienté vers la porte, et en tournant dans le sens horaire, les places étaient réparties ainsi : Camille, Karol, Erwin, Jorge, Sertorius, Triora, Mathieu, Stella, Maxime, Éliza, Mila, Mathis, Émeraude, et Nilüfer. Mathis avait invité Angela, mais celle-ci avait quitté le château quelques heures auparavant pour fêter Nouvel An en famille, ayant dû rester au château pour Noël. Il avait alors invité la vieille bande, particulièrement heureux de passer un peu de temps avec Mila. Jorge avait accepté, malgré les distances qu'il prenait avec les Augures depuis la rentrée. Ensuite Mathieu Gardevoie, meilleur ami de Mila, était venu avec sa petite-amie Stella Habil, et Éliza avait appelé Maxime Clerc à grands cris, l'embarrassant au plus haut point, mais il avait accepté l'invitation, et ainsi avaient été comblées les deux dernières places.

La première partie de la soirée se passa bien. Un buffet en libre-service regorgeant d'amuse-bouche et d'apéritifs avait laissé place à un buffet d'entrée froide. Puis les entrées chaudes avaient été servies à table, et le duo Eisenhoff avait fait son entrée juste avant le plat principal, afin d'installer leur matériel le temps que les convives mangeaient. C'est au moment où tout le monde se leva pour applaudir Luka et Gustav que Camille s'était rapidement éclipsé, un panier à la main. Elle passa aussi discrètement que possible derrière la directrice, et profita du bruit des applaudissements pour soulever la cloche et mettre de côté le homard. Elle sortit ensuite l'araignée de son panier, et l'y déposa. C'était une heteropoda maxima d'une taille impressionnante, quoi qu'en dise Mathis. Elle prit la cloche en alu d'une main, sa baguette de l'autre, et prononça la formule :

– Enervatum !

Voyant les yeux de l'arachnide s'agiter, elle se dépêcha de refermer la cloche. Elle regarda autour d'elle, et ne vit pas de regard insistants posés sur elle. Alors elle glissa le homard encore chaud dans son panier, et regagna sa place.

En réalité, à cet instant, deux regards étaient posés sur elle : celui de Mathis, qui la surveillait depuis le début, et celui d'un certain professeur de Chevalier-Lys, et habitué des Bals de l'Académie, qui semblait beaucoup s'amuser. Éric Difidliangé échangea un regard entendu avec Mathis, lui fit discrètement signe qu'il garderait le silence, et fit un clin d'œil.

Deux minutes après, c'était le chaos. L'araignée, très vive, avait fait bondir la directrice à tel point qu'elle n'avait pas eu le réflexe de sortir sa baguette. Puis les sorts avaient fusés, et l'un d'eux, très probablement jeté discrètement par Difidliangé, était un Amplificatum Maxima. C'était une araignée de presque un mètre d'envergure, à la carapace épaisse, qui avait ravagé la table directoriale avant d'être finalement stupéfixiée. Ne souhaitant pas gâcher l'ambiance, la directrice plaisanta, prétextant une petite blague prévue mais qui avait accidentellement mal tournée, et après un Reparo exécuté à la perfection, elle invita les convives à regagner la table. Bien sûr, elle avait cherché le responsable du regard, mais n'avait pu démarquer personne parmi les élèves surpris et hilares, même parmi les suspects habituels. Elle fit cependant signe à Malwen Carter, lui glissa quelque chose à l'oreille, et celui-ci se mit à déambuler dans la salle. Mathis sourit et, ayant compris le petit manège, poussa un puissant cri mental. Il parvint à capter l'attention de Carter, qui orienta ses pas vers la table des Augures.

– *Pas un mot à propos de notre responsabilité, et en échange, vous êtes invité à la prochaine réunion de Mauvais Augure*, pensa très fort Mathis.

Carter acquiesça en silence, et continua sa (désormais fausse) ronde.

– Je sais que c'est vous, lui glissa Mila, une fois que le prof fut parti. Ne nie pas.

– Pourquoi ça ne serait pas ton frère ? demanda cependant Mathis.

– Parce que j'ai demandé à Mydian de me rapporter tous ses faits et gestes. Père est furieux contre lui, il parle de l'envoyer apprendre la discipline à Durmstrang. Cytra est déjà à la NS2H, je n'ai pas envie que lui aussi s'en aille. J'ai encore un an et demi à tirer ici, et je compte bien faire en sorte que mon frère les passe avec moi.

– Pourquoi tu n'es pas avec lui, d'ailleurs ?

– Je ne veux pas paraître envahissante. Il a ses amis. Mais ne change pas de sujet, le gronda Mila.

– C'était le rite de passage de Camille, expliqua Mathis. On doit encore le déclarer solennellement, mais elle est dès à présent une Augure à part entière.

– Tout ça pour ça !? Mais vous êtes encore plus… vous êtes aussi cinglés que Lucian !

– Nous sommes en concurrence directe, dans ce domaine, confirma Mathis d'un ton neutre.

Après le repas, les tables furent débarassées avant l'arrivée des desserts, et les convives se mélangèrent sur la piste pour danser un peu. Le professeur Difidliangé en profita pour aborder Mathis :

– Joli coup ! s'écria-t-il. Quel en était le but exact ?

– Purement ludique ! répondit Mathis, de même. Mais qui vous dit que j'y suis lié ?

– Tu étais le seul à avoir remarqué la jeune coupable, à part moi. J'en ai déduit que tu savais déjà à l'avance ce qui allait se passer !

– Qu'est-ce qui nous dit que ce n'est pas vous le complice, et moi le spectateur avisé ?

– Outre le fait que je ne suis pas, contrairement à toi, à la tablée de l'intéressée ?

– Un point pour vous.

– D'ailleurs, où est-elle ? Je voudrais la féliciter.

– Elle est restée à table, elle fait profil bas.

Mathis regarda avec amusement le professeur se diriger vers Camille, et continua à se déhancher sur la musique rythmée des frères Eisenhoff. Il remarqua, en périphérie de la piste, Jorge qui dansait avec Aurora. Il n'eut aucun scrupule à l'arracher à sa partenaire, pour l'éloigner de la musique sous prétexte de lui parler :

– Je n'ai pas voulu faire ton procès devant les autres, mais tu te doutes bien que ça n'a plu à personne, que tu nous lâches ainsi pour ta petite-amie, Jorge. Nil t'en veut énormément, que tu ne lui aies rien dit, elle te considère comme son meilleur ami.

– Je suis vraiment désolé, s'excusa Jorge, sincère. Aurora est… enfin, elle n'apprécie pas plus que ça les frasques des Augures, et je voulais établir une relation solide avant de lui demander de faire un effort pour mes amis. Je sais, c'était finalement pas une si bonne idée que ça.

– Nous, nous n'avons rien contre elle, souligna Mathis. Alors je ne vais pas m'immiscer, je te laisse gérer avec elle. Par contre tu vas immédiatement parler à Nil.

– Tu… tu as raison. Je suis désolé.

Ce fut la première fois que Mathis vit Jorge afficher un air penaud. Il en tira une certaine satisfaction personnelle : il était le seul à pouvoir percer la glace entourant son ami, pour toucher ses sentiments.

Après ce petit incident, la soirée se déroula sans accroc. En 3ème Année, les Augures pouvaient veiller plus tard, et ils ne s'en privèrent pas. Le dessert avait été la plus immense pièce montée que Mathis eût jamais vue, une sculpture de nougatine et de choux de plus de deux mètres de haut représentant le célèbre Palais Inversé, plus communément appelé Palais du Consortium, un bâtiment situé dans le Sous-Paris suspendu à la voûte des Catacombes de Paris sous l'Hôtel des Invalides et dont l'entrée des employés se faisait par le toit. Le professeur Difidliangé se fit remarquer dans une impressionnante démonstration de magie : il fit exploser le dessert d'un sort, et les morceaux volèrent dans toute la pièce. Tout le monde se couvrit la tête ou se jeta sous les tables, pressentant la catastrophe. Mais quand le dernier morceau retomba, tous fut forcés de constater… que tous les morceaux, de taille parfaitement égale, avaient atterri dans les assiettes des convives. L'enchanteur reçut une véritable ovation pour cet exploit.

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La rentrée se fit le jeudi 4 janvier, mais Mathis n'eut pas de nouvelles de sa famille avant samedi. Il reçut un appel très court de Thomas à travers les miroirs à Double-Sens en fin de vie, celui-ci le rassurant quant à sa propre rentrée et au retour des Devaux dans la maison familiale. Thomas avait passé encore quelques jours après Noël chez les Glazkov, jusqu'à ce que Marlenaëlle apprenne que sa fille était en isolement. Elle l'amena alors au Bourg Enchanteur en transplanant directement devant la baguetterie, et repartit en direction de la Giraglia, tandis qu'Andrea l'amenait à la cabane de Rogan. Les deux transplanages de suite eurent d'ailleurs raison de son estomac, et il dût attendre de se remettre avant de repartir avec le vieux druide, tandis qu'Andrea transplanait avec Marianne. Il resta très vague sur le déroulement de ses vacances, et plus encore sur ce qu'il avait fait chez les Glazkov.

Le lendemain, une fois n'est pas coutume, le cours que Carter donnait à Mathis fut remplacé par une réunion de Mauvais Augure, à laquelle le professeur assista.

– Bonjour à tous, bonne année à ceux que je n'ai pas encore revu, et merci d'être venus. Comme vous pouvez le constater, le professeur Carter assistera à notre réunion du jour. Professeur, un petit mot ?

– Merci, Mathis. Comme vous le savez déjà probablement, Mathis et Angela vous l'auront dit, j'ai laissé entendre que je fais partie d'une organisation œuvrant pour le même objectif que Mauvais Augure, c'est-à-dire d'arrêter les Ducs Infernaux. Si nos méthodes, et notre niveau d'opération diverge, nos objectifs se rejoignent en jalons communs, le prochain étant l'arrestation de l'Ange Déchu. Tout d'abord, je tiens à vous faire part de mon admiration : que de si jeunes adolescents aient pu emmener les choses si loin sans jamais être découverts, même si j'y ai personnellement veillé, c'est un exploit. Vous avez tous vos talents, vos contacts, et surtout une chose, une chose vitale qui fait toute votre force : vous n'êtes pas pris au sérieux. Les adultes ont une vision tellement tronquée de la jeunesse qu'ils sont incapables de concevoir que vous puissiez être capable d'autant. Je pense notamment à Primaël Goizane, que Mathis a manipulé avec tant de subtilité qu'il a pu lui confier en personne une mission sans éveiller le moindre soupçon.

– Ce n'était pas un petit mot, ça, commenta Juliette.

– En effet, désolé.

– Si j'ai choisi ce jour pour convier Mister Caster, c'est que l'opération que nous allons mettre en place aujourd'hui nécessite des appuis logistiques dont nous ne disposons pas, et repose sur des informations dont nous seuls disposons pour le moment, expliqua Mathis. Angela ?

– Ma tante et mon oncle ont dû rentrer en Lituanie, mais me mère est toujours auprès de mon père. À priori, je conserve donc mon accès direct aux éléments de l'enquête. Voici le dernier bilan : l'Ange Déchu a été personnellement impliqué dans un incident ayant eu lieu au cœur de Brocéliande. L'affaire a été entièrement étouffée, mais d'après ce que sa collègue du Nord a laissé entendre, mon père envisage que l'Ange servait un but altruiste. D'après les éléments que j'ai récolté, et que Mathis a recoupé, il semblerait qu'Azraël soit actuellement en phase de séduction. Il sème le doute auprès du peuple : à son arrivée, les agressions ont cessée, alors que le Gendarmagium n'a rien fait en deux ans et demi. Et alors qu'il se révèle au grand jour, Zomiel est repérée. Repérée, mais pas arrêtée, le Gendarmagium ayant lamentablement échoué.

– En fait, je pense que si nous n'avions pas toute sa confiance, il aurait déjà cherché à influencer Primaël. Sertorius ?

– Mes parents ont fait sortir Vipère d'isolement, et celle-ci m'a transmis un message par le biais de ma mère. Visperi a joué son rôle auprès du Seigneur des Mouches, et a pu me fournir via une lettre des informations qu'elle n'aurait pas pu communiquer à notre contact commun.

– Le Seigneur des Mouches ? releva Triora.

– Chaigidel l'Omniscient, expliqua Sertorius. "Le Seigneur des Mouches" est le titre de la partie de l'Opus Tenebrae le concernant. Malheureusement, on ne peut pas la lire, et on doit se contenter de ce qui est dit de lui dans l'introduction : il est omniscient, mais complètement fou. Force est de constater qu'un tel individu avait tout à fait sa place au A-0. Et partant de là, Camille et moi avons pu obtenir un numéro de cellule.

Celle-ci approuva d'un hochement de tête. Sertorius reprit :

– Visperi a pu obtenir de lui deux informations vitales : la localisation de la fille de Scipion Sirtesente, et la confirmation que la Faille des Pyrénées sera ouverte dans moins d'un an. En présumant que Zomiel a déjà tué Gabin Defernes, il ne reste que deux Loups en vie : Pernelle Flamel, et…

– Je pense qu'on est d'accord pour dire que c'est la merde, le coupa Mathis. Le Gendarmagium effectue un travail de protection, mais nous savons tous que Magnus laisse le Limier faire tout le boulot. Hors, pour le peu que j'ai pu rassembler sur lui, je ne peux que me méfier : non seulement ce mec est un génie, mais il est administrativement invisible. Depuis sa sortie de la Giraglia, il n'existe plus aucun document officiel à son nom, et les coupures de presse sont biaisées.

– Tous les journalistes n'ont pas l'éthique d'Hélène Vesprit, ricana Carter.

– Alors, à la lumière de ces éléments, qu'avez-vous à ajouter, professeur ?

– Eh bien tout d'abord, je suis en contact avec la personne chargée de veiller sur l'héritière Sirtesente, et elle est en sécurité. Je lui fais entièrement confiance. Ensuite, Tous, y compris l'intéressée et son illustre époux s'accordent à dire que Pernelle Flamel est condamnée. N'ayant plus aucune famille en vie, elle ne peut pas transférer le sceau. C'est également le cas pour le dernier Loup, autour duquel mon organisation a réuni un maximum de protection. Il ne doit surtout pas attirer l'attention. Mon organisation le connaît, Chaigidel le connaît, et la famille Glazkov le connaît, dont j'en déduis que vous aussi. Cependant, rien n'indique qu'Azraël connaît son identité. Et maintenant que la Rafle de Zomiel est passée, il est seul. Relativement, bien sûr : il a déjà à coup sûr des sympathisants.

– Merci, Mister C. Voici donc mon plan : pendant que votre organisation se charge de la protection du dernier Loup, nous allons retrouver et faire suivre le Limier.

– Je croyais qu'on ne pouvait pas compter sur lui ? avança timidement Raphaël Moulins.

– Mon père a laissé entendre à ma mère qu'il était lié par un Serment Inviolable, répondit Angela. Autrement dit, s'il ne remplit pas sa part du marché, il meurt. Mais si on se fit à sa réputation, il a certainement rusé et aménagé une faille dans le contrat.

– Ma théorie est qu'il mènera effectivement le Gendarmage à l'Ange Déchu, mais les trahira ensuite, reprit Mathis. Il pourrait même les trahir directement en les menant dans un piège, s'il connait l'Ange. Dans cette éventualité, nous devons le doubler : trouver Azraël en même temps que le Limier, et attendre l'intervention du Gendarmage. Nous serons là en cas de besoin.

– Nous ? souligna Carter d'un ton soucieux. Sauf votre respect, et même si j'admire votre intelligence, vous êtes bien trop jeunes pour affronter un mage noir aussi puissant !

Mathis exhiba un sourire carnassier digne de Nilüfer.

– On a convaincu un agent gouvernemental de traquer Azazel. Vous pensez vraiment qu'on ne convaincra personne d'arrêter l'Ange Déchu en personne ? Petite devinette, Mister C : Quel est le point commun entre la Prévôté de France et l'Alliance Vampirique Balto-Slave ?

– Je parie que tu vas me le dire !

– Mauvais Augure. Raphaël est le fils de l'Adjoint à l'Intérieur, et Angela la nièce du maître d'arme de l'Empereur. Vous nous connaissez, Mister C, et vous savez ce que nous faisons. Mais vous n'avez même pas idée de l'étendue du réseau d'information de Mauvais Augure.

Carter leva les mains en signe de reddition.

– Pardon de vous avoir sous-estimé, les jeunes ! En tout cas, Mathis, tu devrais vraiment te lancer dans la politique, tu sais captiver les foules et tirer les ficelles !

Mathis haussa les épaules.

– Le pouvoir ne m'intéresse pas. Ma seule motivation est d'aider les autres.

Après la réunion de Mauvais Augure, Mathis reprit doucement les cours. Si l'attitude de Carter envers lui avait un peu évolué, ils ne reparlèrent jamais de cette fameuse réunion. Mathis faisait beaucoup de progrès en cours. Il passait beaucoup de temps à la bibliothèque, ou dans les salles de travail avec les Augures au complet. Jorge était revenu vers eux, et bien que réticente au début, sa petite-amie Aurora s'intégrait aussi bien au groupe que Sertorius, Mydian, Angela et Raven. Mathis en était conscient : il était au cœur du plus gros noyau de la promotion 2015, et rassemblait même autour de lui des élèves plus jeunes comme plus âgés. Pourtant, il ne faisait rien de remarquable, à part travailler, et faire preuve d'ouverture envers tout le monde. Même s'il fallait avouer que ses gravitons avaient tous le même pète au casque.

– Mais puisque je te dis que ça se met dans le sens là ! s'écria Sertorius, exaspéré. C'est logique !

– J'emmerde ta logique digne d'un Moldu ! répliqua Cynder Travis en continuant de verser le contenu de son petit chaudron de cuivre dans un bécher à l'aide d'un entonnoir à l'envers. C'est un entonnoir en molybdène, je suis en train d'hypoluiser ma solution de mandragore.

– Je n'ai rien compris, avoua l'adolescent.

– C'est de l'Alchimie, intervint Karol. Niveau première année, à Mighty Adler.

– Et à quoi ça sert ?

– L'hypoluisification est une technique alchimique consistant à exposer une infusion magique ionisée, ou solution, à une surface magicophobe afin de réduire son rayonnement en concentrant son énergie dans la solution, cita Karol. On dit alors que la solution finale est en état d'hypoluisance.

– Et… ça sert à quoi ?

– Une solution hypoluisante, à condition qu'elle soit conservée dans un récipient étanche, conserve théoriquement ses propriétés magiques indéfiniment, et est indétectable au thaumomètre.

– Attends… s'immisça Mathis. T'es en train de dire qu'on peut rendre des potions indétectables aux contrôles ?

– C'est l'utilisation illégale de cette technique… mais oui. Enfin, uniquement les potions non polarisées et qui ne réagissent pas avec le cuivre, bien sûr. Par exemple, il est impossible d"hypoluiser du Polynectar, puisqu'il est thêta-polarisée.

Mathis sourit.

– Il va faire une connerie, commenta Nil.

– Dans le doute : c'est une mauvaise idée, et je refuse d'y participer ! ajouta Erwin, soucieux.

– Karol, est-ce qu'on peut le faire avec un souvenir ?

– Ou… ouiii ? Je pense. Là j'avoue que plus d'explications m'intéresseraient.

– Bon. Mettons que je connais quelqu'un qui a un souvenir qui pourrait intéresser quelqu'un d'autre, et que je voudrais que ce transfert se fasse de la manière la plus discrète possible, c'est-à-dire aux yeux de tous.

– Continue…

– Mettons maintenant que le premier individu se trouve dans ce château, et que l'autre individu se cache, mais a laissé une adresse au premier individu, et uniquement à lui.

Karol se rapprocha de Mathis, et lui chuchota à l'oreille :

– Tu veux envoyer un souvenir à Gabriel Sirtesente !? Mais quel souvenir ? Et comment tu ferais pour l'extraire ?

– Un souvenir que je n'ai pas encore, répondit Mathis, de même. C'est compliqué à expliquer. Et il suffira que je demande à Carter. Je ne sais pas quel but il sert, mais il semble prêt à céder à tous mes caprices. Il pense peut-être m'amadouer, mais je ne lui fait pas confiance pour autant. Ceci étant dit, il faudrait que tu te renseignes pour savoir si c'est possible, et le cas échéant que tu m'apprennes à hypoluiser un souvenir. Pendant ce temps, je vais m'occuper de le créer.

Les autres personnes présentes les toisaient avec insistance.

– Bon, c'est fini, les messes-basses ? râla Nil. On sait que tu vas faire une connerie, de toute façon. Ça c'est pas un secret !

– Tu m'avais jurré qu'ils s'étaient calmés, gronda faussement Aurora à l'adresse de son petit-ami.

En guise de réponse, Jorge haussa les épaules.

– Les Augures se sont calmés, fit remarquer Erwin. Mais pour Mathis, je doute qu'il existe quoi que ce soit au monde pouvant mettre en pause son cerveau chaotique…

– Y'en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes ! confirma Mathis.

– Tu parles de Madame Maxime, ou de Lucian ? ricana Jorge.

– Euh… les deux ?

– J'en étais sûr…

Mathis entra dans la cabine du Sondeur. L'endroit exigu, et nimbé de lumière, lui était plus familier que la plupart des élèves. Sauf peut-être Romain Appelbaum, qui y revenait tous les ans. Il patienta quelques instants, puis la voix éthérée, familière elle aussi, s'éleva.

– Bonjour Mathis. Excuse-moi de t'avoir fait patienter, je suis en train d'écouter la réunion du Conseil d'Administration. Le point du jour concerne la Répartition. Je ne vais pas pouvoir m'attarder.

– Ne t'inquiète pas, je n'en ai pas pour très longtemps !

– Que puis-je pour toi, aujourd'hui ?

– Tu peux te déplacer partout dans le château, tout voir et tout entendre, c'est bien ça ?

– Dans l'ensemble du domaine. Ma conscience ne connaît d'autres limites que celles de l'Académie. Hormis l'Étage Blanc, tu en connais les raisons. Mais comme tu le sais, je ne suis pas omniprésent. Je me… déplace, à défaut de terme plus approprié dans votre langue.

– C'est parfait. J'aurais un service à te demander : dimanche, à l'Étage Blanc, sous bulle de silence, je vais discuter de quelque chose avec Malwen Carter. Personne ne doit jamais entendre cette conversation, et c'est pourquoi je ne te la révélerai pas. J'aurais besoin que tu espionnes Carter à partir de sa sortie de l'Étage Blanc, jusqu'à ce que je revienne te voir avant l'heure du dîner. Tu peux faire ça ?

– J'en suis capable, acquiesça la voix éthérée d'un ton neutre. Qu'est-ce que j'y gagne ?

– À court terme rien.

– C'est honnête.

– Je le suis toujours, avec toi.

– Sauf le jour où tu as omis de préciser que vos potions de jaunisse avait un effet laxatif à retardement, souligna le Sondeur.

– En effet. Erreur de jeunesse. Je peux compter sur toi ?

– Je le ferai.

– Merci… Eh, au fait, tu ne veux pas me dire ce que tu es, mais tu pourrais au moins me dire comment t'appeler ? Ton rôle ne s'arrête pas à la Répartition, t'appeler Sondeur est réducteur.

– Hum… ma foi, j'ai effectivement eu un nom, jadis. Un nom perdu dans une époque hors de portée des mémoires humaines. Celui qui m'a créé m'appelait Th'aleem.

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Et voilà qui conclut ce chapitre. Pas de cliffhanger, juste une petite révélation semi-gratuite. Je suis gentil !

Prochain chapitre dans trois semaines (j'essaierai de m'y tenir, cette fois-ci !), mais pas de panique, vous aurez droit à autre chose avant (CF post de mise à jour sur la page Facebook, ParfumPotterOfficiel) !