Bonjour bonsoir !
Me revoici avec cette fois-ci un cadeau pour Emeraude qui m'avait demandé un texte sur Shin. Finalement, il aura été à la fois plus court et plus long que ce que j'aurais cru. Finalement j'en suis pas mal contente et jespère qu'il vous plaira mais surtout à toi Em' !
Bonne lecture !
Mer et rivière
Voilà plusieurs semaines que Shin suivait cette rivière. On lui avait dit qu'il y avait plus court pour rallier la prochaine cité, mais pas plus sûre pour arriver à destination. Mais il n'était pas pressé et suivre l'eau le rassurait en quelque sorte. C'était un sentiment étrange pour lui qui n'avait pas encore accepté sa transformation. Sa malédiction comme il préférait la nommer. En plus, avoir le liquide à porté de main lui permettait de s'entraîner à la maîtrise de ses nouveaux pouvoirs.
Cependant, la véritable raison de ce choix d'itinéraire, c'était qu'il voulait aller jusqu'à la mer. Il en avait beaucoup entendu parler lorsque, enfant, un barde venait se perdre jusqu'à son clan, mais ne l'avait jamais atteint durant ses nombreuses pérégrinations d'autrefois. Elle était si loin. Et aussi très intrigante.
Arrivée à la dernière ville avant la cité côtière, il parvint à dénicher un travail de messager et à se faire embaucher comme accompagnant d'un convoi de bœufs. À partir de cette ville, la rivière était devenue large et coulait lentement, bien différente des rapides que l'archer avait suivi en amont. Les berges aménagées permettaient aux animaux puissants de tracter des barques à fond plat à contresens du courant. L'homme et son fils auquel Shin s'était joint descendaient du bois tracté par les bœufs dans la barque transformé en charrette par un ingénieux mécanisme.
C'était le propriétaire des animaux et de la barque-chariot qui lui avait expliqué tout cela. Il s'était d'abord montré méfiant à son égard, à cause de son accoutrement et des quelques morceaux de peau bleu qui dépassaient de ses vêtements. Mais en comprenant qu'il avait l'âge de son fils et une grande curiosité en dépit de son indépendance, il l'avait pris sous son aile.
Ils avaient atteint leur destination sans problème et la première chose qui avait constaté Shin, c'est l'odeur. Bien avant la fin de leur périple, il avait senti l'air changer graduellement, mais la senteur d'iode et de sel le frappait de plein fouet. Puis il la vit. Le soleil se reflétait sur l'eau mouvante. Arrivé à la place des négoces, le convoyeur lui donna les quelques pièces convenues pour l'aide apportée, et, s'il avait voulu prendre le jeune homme dans ces bras, son attitude clamait son besoin de distance. Ils se séparèrent donc après de brèves salutations.
Shin délivra aussi vite que possible son message et reparti aussitôt le rouleau remis et le paiement pour la course reçut. Il se laissa guider par cette sensation étrange, courant presque dans les rues bondées, se frayant efficacement un chemin dans la foule. Et enfin, il atteignit la promenade surplombant le port. Le vent marin balayait les capes et les cheveux des promeneurs, tandis que juste en dessous, les marins et matelots s'affairaient autour des navires immenses.
Le demi-élémentaires ne parvenait pas à croire que de si imposants bâtiments puissent voguer. Il admira un moment les voiles blanches et les entrelacs infinis de cordage, comprenant instinctivement le fonctionnement général des plus simples de ces embarcations. Mais bien vite, il se lassa. Ce qu'il voulait voir, c'était la mer et celle-ci était contenue en dehors du port par la digue qu'il voyait au loin. L'eau calme du port n'était qu'un reliquat de la puissance qu'il sentait venir au-delà.
Il se mit donc en route le long de la promenade jusqu'à atteindre cette digue. Elle était composée d'une multitude de rochers empilés et devenus glissant par les vagues s'y écrasant. Il entreprit de la parcourir et dû faire appel à toute son agilité pour ne se fouler ni ne se casser aucun membre. Il glissa à de nombreuses reprises, mais parvint au but de l'empilement de roche. Et la puissance de la mer l'envahit. Les vagues roulaient jusqu'à lui dans un grondement comparable à celui d'un orage, avant de repartir, se faire douce dans un petit crépitement et redevenir imposante.
Shin resta un long moment, debout au bout de la digue à contempler le bleu-vert sur lequel se reflétaient des fragments de soleil. Depuis sa transformation, il avait un lien particulier avec l'eau. Il pouvait sentir avant de les voir les lacs et les rivières, il pouvait prédire juste avant qu'elle arrive, la pluie, et même les nappes peu profondes. Mais cette eau qui avait un goût de sel lui était étrangère, comme si elle avait une vie propre.
Puis il vit du coin de l'œil du mouvement du côté du port. Un trois-mâts venait de quitter les docks et se dirigeait vers lui, vers la sortie, vers la mer. Depuis la digue, il pouvait voir une bonne dizaine de point noir s'agiter sur le pont et entre les cordages. Et d'un coup une voile fut libérée, et le navire se dégagea de la foule de bâtiments.
Au moment où la proue passait à son niveau, Shin aperçu un marin posté debout sur le beaupré, défiant les lois de la gravité, cheveux au vent. Ce dernier se tourna vers lui et lui fit un signe joyeux de la main, son sourire éblouissant visible de loin. Le reste du navire défila devant les yeux médusés de l'archer, les quelques membres de l'équipage qui le remarquait le saluaient à leur tour, exhalant une excitation particulière. Était-ce de partir en mer qui les rendait si heureux ?
Enfin la proue arriva à sa hauteur et vit à la barre la personne qu'il supposa être lea capitaine. D'une main, iel tenait le gouvernail et de l'autre une pelle large au long manche. Iel se tenait droit et malgré des vêtements que Shin devinaient simple, il se dégageait une noblesse pure de cette personne et une force calme. Iel tourna la tête et deux paires d'yeux se rencontrèrent.
Shin eut l'impression d'avoir été propulsé en avant bien qu'il n'ait pas bougé. Il pouvait à présent détailler précisément lea capitaine, comme s'il se trouvait tout juste à un mètre de lui. C'était quelqu'un au visage jeune au regard caramel assortis aux mèches dépassant de sous un tricorne. Sur un bord du tricorne était brodée une figure de renard. Sa tenue était composée d'une chemise blanche aux manches bouffants retenus par une veste marron sans manche et d'un pantalon noir finissant dans des bottes hautes. Une ceinture à laquelle pendaient une rapière et un pistolet complétait le tout. Lea capitaine avait pour tout bijou un anneau auquel pendait de lune d'argent à l'oreille droite, une bague dorée représentant un soleil à la main gauche et une émeraude au bout d'une chaine passé autour du cou.
Mais le plus important était dans ses yeux. Shin y décerna la légèreté de l'océan calme, la force des vagues agitées, la terreur d'une tempête nocturne et la beauté des reflets des étoiles sur l'étendue rendue noir par la nuit. Shin sentis que l'autre le sondait de la même manière. À l'issue de cet échange aussi bref qu'infini, ils agirent de concert. Lea capitaine leva sa pelle au-dessus de sa tête et lui fit de même avec son arc ; salutation de deux êtres aux natures proches et pourtant destinés à ne jamais se rencontrer longtemps. Car si Shin était fait de torrents, de rivières et de lacs, ce pirate – il ignorait comment il avait deviné que c'était un pirate – était fait de mers et d'océans.
Lea pirate se détourna et lança un ordre. Aussi tôt, la grande voile fut libérée et le navire bondit en avant, en direction de l'inconnu. Shin fit volte-face à son tour, en route vers un autre inconnu.
