Bonjour !

Je suis en roue libre avec mes fictions, en ce moment… J'ai l'impression d'être partie complètement en couille depuis mes exams ! Il va pourtant bien falloir que je reprenne mes fics, bon sang !

En attendant, j'ai trouvé le moyen de poster ça. Je crois que le fait d'écrire pour quelqu'un me permet de tenir la tête hors de l'eau (pour combien de temps, cela dit ? Q.Q) Je vais faire des efforts, promis !

Après, avec une fic comme Live and Love, vu que ça reprend l'animé, j'ai surtout l'impression que ça ne changera rien que je la continue ou pas, puisque dans l'absolu, on connais l'histoire XP. Du coup, réécrire un scénar' qui existe déjà, ça me donne surtout l'impression de faire un exercice d'écriture plutôt qu'une vraie fic comme j'ai l'habitude d'en faire… Compliqué, comme situation.

Oh et puis on s'en fout !

Je vous réponds et on se lance !

NarcisseYaourt :

Excellent pseudo ! XD Je te remercie pour ta gentille review ! Franchement, on est d'accord toi et moi : cet animé est une mine à interprétations ! Du coup, je suis très contente que la mienne te convienne ! Le plus dur, je trouve, ça a été d'imaginer la partie banquet. Je veux dire… pour que ça ait l'air un peu crédible, tu vois ? Parce qu'en arriver là où ils en sont arrivés, c'est de l'art ! XD Cette bande de génie, bon sang ! Bref ! Merci mille fois ! J'espère que la suite te plaira aussi~ ! (Oh puis le corps de Yuuri qui danse la musique, mamamiiiia ! Si je prenais le temps de développer ça, on pourrait en faire un truc encore plus cool… fufufu… kofkof, je m'égare !)

.silva :

Merci pour le commentaire ! Je me demande encore quelle genre d'évolution je vais bien pouvoir faire. Tout me semble tellement… naturel dans l'animé que je me suis peut-être lancé un vrai défi avec cette fic. Victor a sa part de mystère qui me laisse dans un état mitigé quand j'écris sur lui ! Je manque de base, en fait, puisque son personnage est assez compliqué. Disons qu'il cache souvent son jeu, je trouve ! Enfin bon, je te remercie sincèrement ! Contente de t'avoir tapée dans l'œil !

Sanae :

Ohhh ! Ah que coucou, toi ! Ça me fait grave plaisir de te retrouver sur ce fandom ! Je me sens moins perdue ! (contrairement à Hetalia où j'ai l'impression de connaitre la majorité des lecteurs et auteurs, ne serait-ce que de nom, là je suis en terrain inconnu XD). Et oui, on est d'accord : Victor ne nous laisse pas souvent accéder à ses pensées ! D'où la difficulté du personnage, je trouve. En fait, je me rends compte en écrivant que je peux tout aussi bien en faire un agneau naïvement amoureux qu'un psychopathe prêt à faire le tour du monde pour son crush… Le personnage permet ces deux interprétations ! Qui sont pourtant extrêmes ! Ça veut bien dire que le personnage est ambigu ! Le mec, tu peux lui coller toutes les tiquette sur le front, y a toujours moyen de s'y retrouver avec l'animé ! En tout cas, je suis contente que mon travail t'ait plu ! Je pensais faire un truc tout con, mais finalement, le personnage de Victor me pose plus de problèmes que prévu… XD On garde confiance ! Puis j'ai d'autres fics à avancer, aussi… Tss… Je suis pas à jour, ça ne va pas ! Mais merci beaucoup, ma belle !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !


« C'est moi ou il a l'air plus con que d'habitude ? »

Yuri venait de donner le ton, fixant Victor Nikiforov avec un air dégoûté.

Le quintuple champion du monde dansait sur la glace comme une fichue ballerine sous extasie, la gueule ignoblement souriante, virevoltant à en donner le tournis à ceux qui le regardaient. Avec sa petite combinaison moulante d'entrainement – c'est-à-dire un jogging et un T-shirt bleu sombre dégueulasse –, il ressemblait à un putain de dauphin à chaque fois qu'il bondissait d'un pied à l'autre.

Il était trop heureux pour que cela soit anodin. Quelque chose lui était arrivé après sa victoire au Grand Prix Sotchi.

Même Yakov le regardait comme si une troisième tête allait lui pousser. Mais après tout, tant qu'il restait concentré et qu'il réussissait ses sauts, il n'avait pas à se plaindre.

Quoique…

« Victor ! cria-t-il à travers la patinoire. Viens voir ici ! »

Coupé dans son élan, le champion russe rata son saut et s'explosa face contre terre tel une chiure d'oiseau sur un parebrise, provoquant un odieux rire de la part du jeune Plisetski.

« Yakov ! Tu m'as déconcentré, se plaint le champion en se laissant glisser à petit pas vers le bord, frottant son nez blessé.

_ Ecoute, Vitya ! Je suis très content de te voir heureux et impliqué, mais il va falloir te contenir un peu plus ! Tu pousses trop les limites de ton corps ! Tu sautes trop haut et trop loin, économise-toi davantage si tu ne veux pas finir claqué au championnat de mars !

_ Mais je maitrise mon programme sur le bout des doigts… Pourquoi ne pas tenter quelque chose de plus spectaculaire ?

_ Je te dis de te calmer ! Tu ne peux que gagner avec la qualité de ton programme et ta maitrise parfaite de tes sauts. Ne commence pas à tout foutre en l'air parce que tu te sens pousser des ailes !

_ Mais réfléchis, Yakov ! Si j'insérais cette fois encore tous mes quadruples dans mon programme, je pourrais battre à nouveau mon record ! Je l'ai fait une fois, pourquoi pas une seconde ?

_ Non, non et non ! Je te dis de ne pas en faire trop ! La dernière fois, ta réception a failli te faire perdre l'équilibre ! Ecoute-moi, pour une fois, sale gosse ! »

Victor bouda en acceptant à contre-cœur. Il maitrisait le flip, le salchow, le boucle-piquée et tous les sauts possibles et imaginables, alors pourquoi ne pas en profiter ? La qualité de son programme n'en serait que plus avérée ! Yakov, quand il le voulait, pouvait être insupportablement castrateur avec ses élèves. Certes, il avait le souci de la santé de ses danseurs, on ne pouvait pas l'y prendre à défaut, mais il serrait parfois un peu trop la bride. Victor avait enfin retrouvé le goût d'aller plus loin après des mois et de mois de désespoir…

Le problème, c'était que Yakov n'en savait rien.

Docile mais pas moins frustré, Victor reprit son entrainement, ignorant le regard non-convaincu de Yuri qui restait bloqué sur son aîné malgré que lui-même s'échauffait à l'autre bout de la patinoire. Le jeunot sentait que quelque chose changeait chez le champion mais n'arrivait pas à savoir quoi ni d'où cela lui venait. Qu'il se comporte comme un idiot n'était pas nouveau, qu'il cherche à modifier son programme pour surprendre son public aussi, mais qu'il se perde dans son propre enthousiasme comme un imbécile heureux ne l'était pas. On aurait presque dit un adolescent venant de tomber amoureux. Ridicule. Puis stupide, surtout ! On parlait de Victor Nikiforov !

S'il savait…

Victor et l'amour, c'était un monde tortueux et compliqué. Sa vie ne lui avait laissé que peu d'opportunités de concilier les deux. Habitué au patin depuis tout petit, il avait eu vite fait d'oublier le reste, malgré les quelques relations qu'il avait essayé de nouer à l'occasion. Selon ses envies, il avait pu se trouver des partenaires sans trop de problèmes, mais une alarme en lui avait toujours hurlé à son cœur qu'il devait faire attention, que les gens pouvaient simplement convoiter le champion en lui et non l'homme, ou bien son corps plutôt que sa personnalité, ce qui lui avait donné la fâcheuse tendance à mettre une grande distance entre lui et les autres. Il avait beau être ouvert et accessible, son cœur ne se laissait pas avoir facilement. Et lorsque l'on devient une personne publique, la prudence est mot d'ordre afin d'éviter tout scandale malvenu.

Dans ce cas, d'où lui venait ce coup de foudre pour Yuuri Katsuki ? Comment ce jeune homme qu'il ne connaissait pas avait-il pu, alors qu'il s'était montré à lui dans un état déplorable, faire fondre la glace qui avait gelé son cœur ? Parce que, officiellement, il était tombé amoureux d'un ivrogne qui lui avait demandé de devenir son coach après avoir improvisé un concours de Pole-danse pendant un banquet. Dans la catégorie 'anti-glamour', on n'était pas mal !

Alors pourquoi cette chaleur dans son cœur ? Pourquoi tant de couleurs et de lumières dans ses yeux ? Pourquoi cette sensation de légèreté ?

Parce que je vais mal, en ce moment.

Sa conclusion lui coupa toute euphorie. Il avait un peu peur de ce que cela pouvait signifier vis-à-vis de ses sentiments.

Je suis peut-être vraiment un idiot, finalement… Si ça se trouve, je ne suis pas vraiment tombé amoureux mais plutôt… je cherche une corde de sortie.

Yuuri était entré et sorti de sa vie en une soirée. Il y était entré par magie, victime d'un manque d'attention de son idole – auquel il avait vite remédié – et l'avait tiré de ses tourments le temps d'une danse, avant de disparaitre en pleine nuit, reconduit à l'hôtel par son coach quand ils avaient tous eu le dos tourné. Celestino était sans conteste du genre efficace.

En reprenant les éléments de la soirée point par point, Victor essaya de comprendre ses sentiments.

Il avait blessé le cœur du Japonais. Ça, c'était une première chose. Se sachant sensible à la douleur d'autrui mais assez inefficace quand il s'agissait d'y remédier, Victor avait immédiatement développé une profonde empathie et beaucoup de regrets pour le sort de ce pauvre jeune homme. Dans ce cas, avait-il fait preuve d'une inconsciente pitié en dansant avec Yuuri ?

Non. Ce jeune Japonais lui avait réellement semblé agréable, le genre avec lequel il avait totalement voulu passer du temps. Yuuri ne l'avait pas forcé à danser avec lui, Victor s'était lancé à corps perdu dans ce jeu en toute connaissance de cause.

A trop réfléchir, Victor était en train de détruire son propre souvenir et il se maudit pour ça. Il y avait encore cinq minutes, il tourbillonnait librement sur la glace, le cœur gonflé d'un sentiment nouveau et gratifiant, et maintenant, il remettait en cause ses sentiments en les faisant passer pour un instant de perdition. Mais il était plus qu'évident que son intérêt pour le Japonais avait été facilité par ses mauvaises conditions psychique et sentimentale. Il était entré dans sa vie comme le sauveur de son cœur malade. Mais est-ce que cela aurait la même histoire s'il s'était agi d'une autre personne ? Yuuri était-il particulier ?

Victor ne le connaissait pas, il ne pouvait pas répondre 'oui', à cette question. A ses yeux, il n'était qu'un inconnu.

Et pourtant, penser ça signifierait se voiler la face. Yuuri avait sans aucun doute changer quelque chose en lui. Victor avait été touché au cœur, il devait comprendre pourquoi.

Cette histoire de coach avait été l'élément déclencheur, c'était après ces mots que le Russe avait réalisé ce qui lui arrivait. Qu'est-ce qui l'avait touché ? Sans doute l'intérêt candide du jeune Japonais pour lui. Victor avait entraperçu une possibilité d'avenir, lui qui voulait tout quitter, et avait reçu cette demande pile alors qu'il avait saisi la subtilité de la danse de Yuuri. Ce qui lui avait entre autres plu chez ce Japonais, c'était qu'il avait su provoquer une affabulation chez lui. Pendant un instant, Victor s'était vu en entraineur, il avait fantasmé sur cette nouvelle vie. Yuuri lui avait donné un rêve, éphémère mais coloré.

Du coup, je l'aime ou je l'utilise ?

« Vitya ! Concentre-toi ! »

L'interpelé s'emmêla les pieds et tomba encore une fois sur le nez, ce qui fit hurler de rire le jeune Yuri.

« Mais c'est pas vrai, bon sang ! recommença Yakov. Tu ne peux pas trouver un juste milieu entre l'euphorie et la déprime ?! Je n'arrive plus à te suivre !

_Tch ! Le vieux devient bipolaire, maintenant… Manquait plus que ça…

_ Toi, retourne bosser ! »

Yakov dépensait une énergie considérable à engueuler deux athlètes en même temps.

Profitant de ce changement d'attention, Victor reprit tranquillement sa danse, tentant de rester concentré sur autre chose que sur ce souvenir dont il ne savait plus quoi faire. Amoureux ou pas amoureux ?

Il faudrait que je le revoie, pour être sûr… Si la prochaine fois que mes yeux se posent sur lui, quelque chose se passe en moi, j'assumerai totalement mes sentiments.

Il se fit cette promesse en jurant de jouer franc-jeu.

En attendant, il avait une dernière compétition à gagner cette saison, et il comptait bien – malgré les protestations de Yakov – y caler tous ses quadruples pour engranger le maximum de points et distancer ses concurrents. Il n'avait eu le plaisir d'exécuter cette prouesse qu'une seule fois, et le succès avait été au rendez-vous. Des milliers de partages de sa performance sur les réseaux sociaux et une médaille à la clé. Décidément, Yakov était castrateur au possible pour oser lui interdire de refaire cet exploit !

Le souci que craignait Victor quant à son programme, c'était l'interprétation. Il n'avait jamais eu trop de problème pour imiter des sentiments dans ses danses, mais ses récents bouleversements sentimentaux risquaient d'influer sur l'exécution de ses pas. Si seulement il pouvait se mettre au point sur ses émotions avant le championnat… cela lui ôterait une épine du pied ! Hélas, Yuuri était apparemment en route pour le Japon – si ce n'est déjà arrivé – et n'était pas très actif sur les réseaux sociaux – oui, Victor avait cherché ses comptes sur Instagram, Facebook, Twitter et tout ce qui existe dans ce genre.

Il allait devoir faire un gros travail sur lui-même pour calmer ses émois en attendant d'obtenir à nouveau des nouvelles de lui.

0*O*o*O*0

Alea jacta est, comme le diraient certains hommes des temps passées. Victor avait, en quelques sortes, jeté les dés de sa propre vie.

Peu de temps après sa résolution quand à Yuuri et sa récente victoire à ce qui fut la dernière présentation de son programme de la saison, il avait obtenu un jour de congé bien mérité pour avoir le plaisir de passer du temps avec cette brave bête qu'était Makkachin. Les deux amis avaient joué ensembles, s'étaient câlinés, baladés, chamaillés – bref, des vrais enfants – avant de finalement prendre un temps de pause en début d'après-midi. Le champion russe s'était confortablement installé dans son canapé, son chien sur lui qui dormait tendrement, les pieds sur les coussins, et profitait de ce moment de détente pour naviguer sur le web avec son téléphone.

En ce qui concernait les news dans domaine du patinage artistique, Chris essuyait les dégâts d'une soirée trop arrosée mais rayonnait de bonheur, ce qui était assez rassurant. Yuri, quant à lui, alors qu'il était supposé s'entrainer sans relâche, avait trouvé le moyen de se sauver pendant peut-être une heure, pour s'acheter une nouvelle paire de chaussure à son goût – il fallait peut-être lui dire un jour que Yakov aussi maitrisait les réseaux sociaux et que ce n'était absolument pas discrets de se poser en selfie pendant un temps supposé d'entrainement. Un jour, Yuri se ferait avoir… Et pour finir, JJ était en vacances sur une plage tropicale quelconque avec sa fiancée. Quel veinard, celui-là ! Un cadre romantique et une fiancée ! Il avait déjà tout ce que Victor désirait alors qu'il n'avait que dix-neuf ans ! Le Russe était jaloux comme un pou. De toute façon, il n'appréciait que très moyennement ce narcissique. Le jour où il calmerait son orgueil, peut-être que Victor ferait l'effort de se montrer sympathique avec lui – mais pour en arriver là, il y avait du chemin à faire !

Victor était en train d'hésiter à poster ou non une photo de Makkachin endormi sur lui lorsqu'il vit, dans son fil d'actualités Facebook, un lien qui avait été partagé… beaucoup trop de fois pour pouvoir nier qu'il s'agissait d'un buzz. Le titre attira de suite son regard lagon perçant : Yuuri Katsuki reprend le programme de Victor Nikiforov sur « Stay close to me ».

Le destin s'amusait un peu trop d'eux deux.

Dire qu'il n'avait pas pu s'empêcher de penser au Japonais pendant son dernier championnat…

Attends… Mon championnat était avant-hier et la vidéo a été postée… Oh !

Par calcul du décalage horaire, Victor déduisit que la vidéo avait été postée en soirée, quelques heures après le championnat. Est-ce que cela signifiait qu'ils avaient patinés en même temps le même programme ? Le Russe sentit sa fibre romantique trembloter.

Non, calme-toi. Calme-toi…

Cela tombait beaucoup trop bien. Durant sa propre performance, la diva qu'il était avait trouvé pertinent de lui envoyer en tête ses souvenirs de Yuuri. Puisqu'il était en plein questionnement sentimental, penser à son éventuel coup de foudre lui avait donné la force de fantasmer sa danse à merveille. D'habitude, il comptait sur son imagination pour ce qui tournait autour de l'interprétation – chose qui lui avait toujours réussi – mais cette fois, il s'était transposé dans une relation amoureuse avec Yuuri, de quoi donner de la consistance à son programme. Et sortir ses quatre quadruples ne lui avait jamais semblé aussi simple, grâce à ça.

Ne perdant pas une seule seconde, il cliqua sur le lien et laissa la vidéo s'enclencher. En toute honnêteté – et peut-être par orgueil –, Victor ne croyait pas possible que l'on reprît son programme à la perfection, surtout qu'il s'agissait de l'un des plus complexes qu'il ait créé. Si ça se trouve, cette vidéo était un fail complet de la part de Yuuri. Aïe. Mauvais pour l'image, ça.

Aussi le quintuple champion fût-il sceptique au début, il ne tarda cependant pas à revoir tout son jugement en voyant le visage hautement expressif du patineur. Les émotions associées à cette nostalgique musique lui seyaient à merveille, et même plus qu'au Russe. Sa jeunesse, sa candeur, tout était fait pour coller avec la danse, elle était faite pour lui. Encore une fois, Victor constata à quel point son corps jouait des instruments. Et les sauts ! Les sauts étaient parfaits, précis ! Les quatre quadruples étaient passés sans problème.

Sans aucune pression, sans vis-à-vis, sans regard extérieur, Yuuri était autre. Roi de l'angoisse, il y avait fort à parier qu'il aurait été incapable de cette prouesse en public. Et pourtant… s'il corrigeait cela, quelle divinité du patin deviendrait-il ! Certainement que cette vidéo était tournée à son insu, car pas une fois il ne sembla remarquer l'objectif de la caméra. Yuuri devait être dans un état à l'heure qu'il était…

Victor fit preuve d'une concentration extrême pour ne pas perdre une miette de ce spectacle. Une pointe de nostalgie perçait son cœur lorsqu'il se concentrait sur ce que cette danse renvoyait comme émotion. « Stay close to me ». Lors de sa propre représentation, le champion s'était imaginé dire ça au jeune danseur de son souvenir, le Yuuri bourré qui avait fait battre son cœur, pour rendre sa danse plus intense, mais maintenant il se demandait à qui le Japonais adressait-il cette prière silencieuse ?

Avait-il reproduit ce programme en guise d'hommage à son idole ou était-il concerné par ce qui s'en dégageait ? Evidemment, Victor espérait qu'il s'agisse de la seconde option. Quitte à faire de Yuuri l'objectif de sa vie, il voulait que cela soit réciproque. Un désir normal pour une personne prétendument amoureuse.

Le suis-je seulement ?

A la fin de la vidéo, Victor lâcha sans égard son téléphone qui chut lamentablement entre les oreillers du canapé, attirant vaguement l'attention de Makkachin.

Ce jeune homme, beauté timide mais cœur immense, avait pour la deuxième fois touché
Victor en son âme.

« Il m'a vaincu sur mon propre programme… »

Le caniche remua la queue en croyant qu'on parlait de lui. Il offrit une léchouille à la main inerte de son maître, ne se formalisant pas de son manque de réaction. C'était assez habituel que cet homme se perde dans ses pensées. Pourtant, au bout de plusieurs minutes, un grand sourire gagna le visage du champion, qui redressa tendrement la tête de son chien pour lui faire part de ses états-d'âmes :

« Je suis fixé, Makkachin. Maintenant j'en suis sûr : je l'aime ».

Le chien aboya joyeusement et, à peine une seconde plus tard, le champion russe était dans sa chambre, une valise posée sur le lit qu'il remplissait d'affaires.

Hum… Une seule ne suffira pas. Je vais me les faire livrer.

Il fut obligé de plier consciencieusement chacun de ses vêtements pour gagner le maximum de place. Yakov lui en avait souvent fait critique, mais Victor emportait toujours dix fois trop d'affaires quand il voyageait. Il aimait avoir le choix et retrouver son chez lui partout où il allait, ce qui le poussait inconsciemment à s'étaler en long, en large et en travers.

Makkachin sautait partout, ressentant l'excitation de son maître.

« Cette fois-ci, tu viens avec moi, Makkachin. Je ne te laisserai pas, c'est promis ».

Le chien reconnaissait la phrase 'tu viens avec moi' et comprit qu'il allait voyager aussi. Difficile de dire lequel des deux était le plus égayé. Les doigts de Victor tremblèrent d'excitation mal contenue lorsqu'il acheta en ligne son billet. Par chance, un avion partait dans la nuit pour Tokyo et, même si le billet était cher, la transaction se fit sans attendre.

Il avait tout juste le temps de passer annoncer la nouvelle à Yakov !

« On y va, Makka ! »

Sa valise au poing, et après avoir fermé toutes les fenêtres de son appartement, Victor s'élança vers l'ascenseur en chantonnant joyeusement. Il se demandait à quand remontait la dernière fois qu'il fût aussi heureux.

Dehors, la neige inondait Saint-Pétersbourg d'un sublime manteau blanc, malgré le mois d'avril tout juste éclot sur les calendriers. Victor laissait ses pas marquer la neige dans un silence mutin, les lèvres tordues sur un petit sourire satisfait et candide. Il fantasmait sur ce que sa vie allait devenir. Demain, un autre avenir commencerait pour lui, un saut vers l'inconnu mais qu'il se savait prêt à faire, rien que pour les beaux yeux de Yuuri.

Devant la patinoire, il abandonna sa grosse valise en demandant à son caniche de la surveiller soigneusement et commanda un taxi avec son téléphone. Celui-ci l'attendrait dans une bonne heure et demi à une rue du canal Griboïedov, ce qui laissait environ quinze minutes à Victor pour dire au revoir.

Il voulait, après avoir fait ses adieux, marcher encore un peu seul dans les rues de Saint-Pétersbourg avant de prendre l'avion, marcher seul comme pour dire au revoir à sa ville natale.

Il déboula donc comme un rocher en pied-de-mont dans la patinoire, où Yakov finissait une interview visiblement importante avec un journaliste. Ni l'un ni l'autre ne semblaient l'attendre, vue la tête qu'ils tiraient. Poliment, le journaliste s'éclipsa pour 'aller chercher des cafés', ayant compris que le jeune patineur voulait parler en privé avec son entraineur. A voir le silence religieux du lieu, Yuri devait être parti depuis déjà au moins trente minutes, puisque son grand-père l'avait réclamé pour la soirée, chose que le vieil entraineur n'avait pas pu refuser.

« Yakov !

_ Qu'est-ce que tu fais là, Vitya ? interrogea le plus âgé tapotant nerveusement ses doigts sur la table. Tu es de repos aujourd'hui, tu devrais en profiter à fond pour te reposer ! N'oublie pas que demain, tu…

_ J'arrête le patin ! »

Yakov perdit l'usage de la parole. Vu le sourire du champion, il devait avoir mal entendu – l'âge, sans doute. Heureusement pour son pauvre cœur, Victor allait répéter ses paroles plus calmement, n'est-ce pas ?

« J'ai décidé de devenir entraineur comme toi ! Je pars au Japon pour m'occuper de Yuuri Katsuki ! »

Mais il ne rigolait pas en plus !

« Vi… Victor… ? »

Réussir à prononcer ne serait-ce qu'un mot dans cette situation relevait de l'exploit. Victor joua sur l'effet de surprise pour lui donner des détails de sa destination, des remerciements et des adieux chaleureux. Il osa même le serrer dans ses bras avant de s'enfuir en galopant comme un angelot sur son nuage.

Une fois seul, Yakov resta muré dans le silence pendant bien vingt secondes, analysant la portée de cette décision avec une horreur grandissante. Le journaliste revint avec deux cafés et bondit sur place lorsqu'une voix grave et enragée sortit de ce pauvre corps usé :

« VICTOR NIKIFOROV ! »

Malgré son âge avancé, il partit en courant dans la direction où avait disparu son champion, complètement hors de lui, ignorant son invité qui laissa tomber les boissons au sol en hurlant de peur.

L'entraineur eut peur que Victor s'en soit déjà allé dans un taxi, mais fort heureusement, il le vit de loin, traversant un pont enneigé, doublé par camions, voitures et motos, valise à la main comme un exilé que l'on chassait. Une émotion sourde gagna le vieil entraineur en contemplant cette silhouette arpenter le trottoir blanc, tête baissée au sol, vêtu d'habits sombres comme pour se fondre dans la nuit. Il avait l'impression de revoir son petit Vitya à huit ans après sa fugue. L'enfant avait traversé la ville seul, avec son sac à dos, en plein hiver, pour trouver le seul endroit au monde où il se sentait chez lui. Le voir repartir dix ans plus tard, dans le sens inverse, c'était beaucoup trop pour le cœur de Yakov. Il avait l'impression d'avoir raté quelque chose avec lui.

« Vitya ! »

Il faisait un froid polaire. Et pourtant ! C'était la crainte d'avoir fait quelque chose de mal qui gelait d'effroi le pauvre entraineur. Son Victor était-il triste ? Déçu ? Blessé ? Pourquoi une telle décision ? Pourquoi le quitter ? Pourquoi foutre en l'air sa carrière comme ça ? Du jour au lendemain ?

« N'y vas pas ! Reste ici ! »

Yakov détestait montrer ses faiblesses, mais il ne pouvait empêcher la détresse de sa voix de le trahir. Rongé par l'inquiétude, ses yeux bleus s'agrippèrent férocement à son protégé, comme si la simple puissance de son regard pouvait le retenir en Russie, à ses côtés, parrainé à ses bons soins comme il en avait toujours été depuis vingt ans.

Mais le regard de Victor ne laissait planer aucun doute sur sa détermination.

Evidemment qu'il partait sur un coup de tête, ça se voyait. Cette tête en l'air de champion ne pouvait pas planifier à l'avance le moindre départ, il n'écoutait que son cœur et ses envies. Alors d'où lui venait cette confiance alors qu'il s'apprêtait à tourner la page de ce qui fut le fil rouge de sa vie ? Pensait-il sincèrement s'accomplir en devenant le coach de ce Japonais que personne ne connaissait, arrivé dernier au Grand Prix ? Cette histoire n'avait aucun sens. Yakov ne parvenait pas à s'expliquer les motivations de son disciple. Il aurait pu lui sortir qu'il était enceint que ça aurait été pareil !

On connaissait à Victor un caractère papillonnant, mais là, ça allait trop loin !

« Tu as été un coach parfait, Yakov. Et tu le resteras ».

Apparemment, ce crétin d'assisté s'était senti obligé de réconforter son entraineur – car ayant sans doute senti sa détresse. En même temps, ils se considéraient tous les deux comme père et fils – depuis le temps qu'ils se connaissaient. Victor avait beau être un idiot, il sentait ce genre de choses.

Un bus les doubla bruyamment alors que le champion rebroussa chemin pour se planter devant son entraineur. Celui-ci entrevit une possibilité de le ramener à la maison et d'oublier toute cette histoire. Il se surprit donc à menacer son protégé, espérant faire écho dans sa tête de toutes les conséquences futures de ce choix :

« Tu ne pourras plus revenir ».

Ça voulait bien dire ce que ça voulait dire. Yakov espéra que Victor l'aimât assez pour reconsidérer sa résolution. Quitter la Russie, c'était quitter l'équipe, devenir un concurrent, un inconnu, un étranger. C'était perdre leur complicité, c'était s'en aller pour une durée indéterminée loin de son confort, loin de ses racines, loin de sa 'famille'. La dernière chose qui pouvait retenir Victor, c'était bien ça. Une famille. La famille qu'il n'avait pas eu dans son enfance.

Ce chantage devait marcher !

Victor lâcha sa valise. Yakov eut un sursaut d'espoir ! Il lâchait son bagage comme s'il abandonnait son projet ! C'était ça, n'est-ce pas ? Victor ne partait pas, n'est-ce pas ? Son Victor, son champion, allait rester parmi eux, n'est-ce pas ?

La main caressante du jeune adulte passa sur la joue de l'entraineur, puis ce fut une paire de lèvre qui frôla son oreille dans une étreinte qu'ils connaissaient bien tous les deux. Petit, c'était toujours comme ça que Victor avait introduit ses câlins. Au cas où on le rejetterait – car y étant hélas habitué –, il laissait le temps à la personne enlacée de le repousser. Donc, il montait d'abord sa main sur la joue de la personne qu'il voulait enlacer, puis il enroulait doucement ses bras autour du cou en déposant sa tête sur le creux de l'épaule, avant de finalement se laisser reposer sur ce câlin comme s'il s'agissait d'une béquille.

Mais cette fois, Victor s'arrêta à la première étape.

« До свидания »

Et il embrassa sa joue.

« Désolé de ne pas t'écouter ».

Yakov pensa alors qu'il était en train de se faire avoir comme un con. Victor jouait sur cette fibre paternelle entre eux pour obtenir ce qu'il voulait. Par sa petite bise innocente, il faisait un caprice d'enfant en sachant que, pour son propre bonheur, il devait aller au bout de son désir et, surtout, il savait pertinemment que son entraineur ne pouvait pas l'en empêcher.

Victor n'était plus un enfant.

Victor s'en allait.

Et jusqu'à l'aéroport, où Yakov l'avait suivi, il ne pipa pas un mot sur ses motivations ou sur son avenir.

Et même une fois l'avion parti, après un ultime coup de gueule, Yakov ne put pas concevoir qu'il l'avait laissé s'en aller comme ça !

Qu'est-ce que je vais dire aux autres, moi ?

Comment expliquer sans trop de détails que le champion mondial avait claqué la porte au nez de tous ses fans pour aller entrainer un poulain à l'autre bout du monde sans aucune raison apparente ?

Yakov entendait déjà les questions des journalistes grouiller à ses oreilles. Et honnêtement ? Ça le saoulait d'avance.

0*O*o*O*0

Après toute une épopée plus ou moins facile à travers l'archipel extrême-oriental, Victor débarqua enfin à la gare d'Hasetsu, remarquant à quel point il faisait sensation depuis qu'il avait quitté Tokyo. Plus l'on s'éloignait du grand centre urbain et plus la présence d'un étranger était curieuse. Qu'est-ce qu'un Occidental, rendu seul, pouvait bien faire dans un lieu si reculé ? La nuit, en plus ? Du tourisme ?

S'ils savaient !

Victor savait très bien où trouver Yuuri. En tant que patineur professionnel, le jeune Japonais était devenu une personne publique, qui avait laissé fuiter des informations au fil des interviews. Hasetsu n'étant pas une ville au gabarit de la capitale japonaise, Victor allait bien finir par trouver les fameuses sources chaudes de sa famille. Yutopia, de ce qu'il savait.

Ayant dormi dans l'avion comme un bébé, Victor ne sentit pas encore le contre-coup du décalage horaire. Il était quatre heures du matin – heure locale – et il était seul dans les rues de la ville avec sa grosse valise et son chien. Makkachin, par contre, avait l'air épuisé. Le voyage en soute ne lui plaisait jamais vraiment, son maître se sentit coupable.

« Promis, Makka. On arrive bientôt ».

Cependant, vu l'état de son chien, il préféra faire une pause dans un parc, ne serait-ce qu'une heure, pour laisser l'ami de sa vie faire une petite sieste. Assis sur l'extrémité d'un banc, le patineur sortit une grosse écharpe de son bagage pour l'enrouler autour de Makkachin, qui se mit à dormir près de lui, la tête et une patte posées sur sa cuisse. Complètement attendri par cette vision, le patineur prit tout son temps pour apprécier le moment. Avec toutes ses compétitions et ses entrainements, il avait trop délaissé Makkachin. Quitter la glace lui permettrait de renouer avec son caniche, de passer plus de temps avec lui. Ce voyage au Japon allait leur faire le plus grand bien. Un domaine différent pour courir et jouer, de l'espace rural et littoral, tout ce que Makkachin adorait mais ne trouvait pas à Saint-Pétersbourg.

Ça allait être le chien le plus heureux du monde, ici.

Lorsqu'il fut cinq heures du matin, le champion jugea qu'il avait laissé assez de temps à son chien pour se reposer – et lui-même commençait à avoir froid malgré les couches qui le protégeaient. La neige était tombée pendant la nuit et avait quelque peu continué pendant leur pause. Le paysage était sublime. Cette pure neige glissant entre les branches mortes des cerisiers donnait un aspect irréel au parc.

« Allons trouver un toit où nous abriter, Makka ! »

Le chien remua la queue après un bâillement, visiblement dans un meilleur état.

Il leur fallut entre une demi-heure et trois-quarts d'heure pour arriver à bon port. Par chance, le personnel se levait tôt à Yutopia et une douce lumière tamisée s'échappait des fenêtres.

Victor se permis d'entrer, étonnant grandement la dame qui s'activait dans l'entrée. Portant une série de draperies à bout de bras, elle arrêta son geste en contemplant cet étrange invité. Dans un anglais parfait, il lui présenta ses hommages et expliqua qu'il était arrivé de nuit et cherchait un lieu où se détendre après ce long voyage. A ses yeux, Yutopia constituait le lieu parfait, rustique, charmant, beau, chaleureux. Comblée de ces compliments, madame Katsuki – car elle s'était ainsi présentée à lui, ce qui avait achevé de le rassurer sur sa quête – l'autorisa à poser ses bagages dans l'entrée, le temps qu'il aille se baigner.

Ainsi, pendant que Makkachin sortait faire ses besoins dehors, le Russe rejoignit-il donc les bains publics, nullement étonné de ne croiser que peu de monde en cette heure matinale. Six heures du matin avaient déjà sonné lorsqu'il glissa son pied glacé dans l'eau chaude et relaxante du bain. Un plein sentiment de bienêtre le gagna immédiatement, de plus en plus fort à mesure qu'il s'enfonçait dans l'eau.

J'aurais dû découvrir ça plus tôt ! C'est absolument génial !

La température était parfaite. Habitué à jouer les divas, il caressa son bras en passant un peu d'eau dessus, puis reposa une serviette humide sur son front pour que son visage ne reste pas la dernière zone froide de son corps. Après avoir marché des heures, ce bain était une bénédiction des dieux ! Au moins !

Et le cadre, parlons-en ! Entre la pierre lisse et fraiche du sol, les statues mythiques et les plantes exotiques, tout était dépaysant dans cet endroit magique ! Une vraie beauté !

Victor accouda ses bras au muret du bain, savourant son moment de détente, puis soudainement, la porte claqua d'un bond, laissant apparaitre celui qu'il désirait tant voir, celui pour qui il avait parcourus tous ces kilomètres sans une once d'hésitation.

« Victor… »

Yuuri Katsuki.

Yuuri choqué, Yuuri tétanisé, Yuuri perdu. Yuuri adorable.

« Pourquoi es-tu ici ? »

Sa question avait été murmurée au point où on pouvait se demander s'ils n'avaient pas rêvé ces mots. Mais pour ne plus lui mettre le moindre vent – le souvenir du Grand Prix était décidément très présent dans la tête du champion russe –, celui-ci prit le parti de ne pas le faire attendre une seconde de plus dans son incertitude. Il trouva donc particulièrement pertinent de se lever en plein milieu du bain avec son beau sourire d'ange – conscient qu'il vendait du rêve –, prenant une pose qui se voulait entrainante. De toute façon, il avait bien l'intention de faire craquer les défenses de son coup de cœur. Son amour devait être partagé et il ferait tout pour faire tomber Yuuri amoureux de lui.

Nu comme au premier jour de sa naissance, il exécuta donc un geste éloquent de la main, prenant garde à se mettre de biais par rapport à son vis-à-vis car sachant très bien que cela mettait son corps en valeur.

« Yuuri ! Je vais devenir ton coach ! Nous gagnerons la finale du Grand Prix ensemble ! »

Et un petit clin d'œil pour agrémenter son discours acheva de clore sa présentation. Il avait bien travaillé son entrée en matière pour être le plus attirant possible. De quoi aurait-il l'air si Yuuri le rejetait après tous ces efforts ? Mais Yuuri ne le rejetterait pas. A son niveau, il avait encore trop de réserves pour oser aller à l'encontre des volontés de son idole de toujours. Victor comptait bien tirer sur la corde sensible pour arriver à ses fins.

C'était un peu de l'abus des sentiments du plus jeune mais il fallait bien commencer quelque part !

Bien qu'il fît un peu froid en ce mois d'avril enneigé, Victor demeura debout, le temps de laisser son disciple pousser un cri de surprise. C'était attendrissant de lire cette émotion sur son visage, il ressemblait à un petit enfant devant le sosie du Père Noël.

Le quintuple médaillé remarqua que son petit ange s'était laissé aller en à peine trois mois. Il avait pris du ventre et des joues et, sans costume de scène, il ressemblait à monsieur Toutlemonde. Cependant, son apparence disgracieuse ne vint pas à bout de l'affection de Victor. C'était toujours ce corps qui avait interprété à merveille son programme, c'était toujours cette paire de lèvres qui avait réclamé son aide au banquet, c'était toujours Yuuri Katsuki qu'il avait sous les yeux. Il allait y avoir du travail à faire pour retrouver cette perfection sublime qui demeurait tapie au fond du cœur du Japonais, une perfection que Victor allait mettre en lumière. Un si beau joyau ne devait pas s'ignorer, il fallait l'exhiber aux yeux de tous !

Profitant du désarroi qu'il avait provoqué, Victor sortit complètement du bain en laissant son nouvel élève digérer la nouvelle. Cette moue figée d'incompréhension était à mourir de rire.

Il tira gentiment la manche du Japonais pour le forcer à le suivre, conscient que celui-ci n'avait que son magnifique fessier à regarder vu l'angle dans lequel il se faisait tirer.

« Yuuri~ ! gazouilla le Russe. Ta maman m'a donné un curieux vêtement, apprends-moi à le mettre !

_ Hein ?! Euh… oui, oui… »

Victor avait bien conscience qu'il ne laissait aucune marge de manœuvre pour que le jeune homme réfléchisse à sa proposition, mais son but était justement de ne pas lui laisser le choix. Mieux valait d'emblée l'habituer à sa présence. Il simula donc une incompréhension totale face au kimono de la pension, pour obliger Yuuri à le lui mettre. Voir ses doigts experts mais tremblants nouer les deux ficelles de son vêtement donna quelques idées indécentes au Russe, qu'il camoufla bien loin dans son cœur. Pas maintenant.

Toujours en le tirant à sa suite tel une princesse et son domestique, Victor l'amena dans l'immense salle à manger et commanda en masse de quoi boire et un petit en-cas. Il avait une folle envie de se détendre après son voyage et, surtout, après ces années de travail acharné. Yuuri était toujours aussi blasé, hésitant sur la conduite à prendre, mais bel et bien près de lui comme s'il essayait de graver son visage réel au fond de sa mémoire. Flatté de cet intérêt, Victor sifflota joyeusement en racontant sa vie de temps à autre, n'oubliant pas de témoigner d'à quel point il était heureux d'être ici. A défaut d'avoir charmé Yuuri, il avait au moins sa mère dans la poche.

Puis, vaincu par la fatigue, il ne se sentit pas partir pour une sieste aux pieds de la table, enlaçant Makkachin qui était venu se réfugier dans les bras chaux de son maître.

Yuuri n'avait toujours rien trouvé à dire.

Cependant, après une bonne et longue sieste entre les pattes de Makkachin, il lui sembla entendre du mouvement autour de lui. Il ne comprenait pas le japonais mais une femme était vraisemblablement rentrée dans la pièce, complètement incrédule. Il lui sembla reconnaitre son prénom, prononcée avec l'accent du pays, dans la bouche de cette inconnue, qui s'adressait vraisemblablement à Yuuri. Victor, à cet instant précis, regretta amèrement de ne pas parler cette langue. Il reconnut également le nom de son pays et déduisit vaguement que la conversation tournait autour de lui, de ce qu'il comptait faire, de ses motivations, ou quelque chose comme ça.

Ah oui… La Russie… Yakov doit être harcelé par les journalistes, à l'heure qu'il est.

En même temps, pour que les choses soient claires et que son ancien entraineur ne cache rien à personne, Victor avait lui-même publié sur son compte Facebook qu'il était parti entraîner Yuuri Katsuki au Japon. Sauf que beaucoup devaient croire qu'il ne s'agissait que d'une blague – vu le caractère du personnage – et s'étaient moqués dans les réponses de son commentaire. Heureusement, le Russe ne s'en était pas formalisé.

On verra bien quand le moment sera venu.

Certains allaient s'arracher les cheveux. Yuri Plisetsky, par exemple.

Pourtant, en conférence de presse, Victor se souvenait avoir avoué que, bientôt, il lui faudrait raccrocher, qu'il était moins motivé, qu'il vieillissait, ou des trucs dans ce genre-là. Le phénomène était surprenant mais il semblait que personne n'avait relevé son témoignage. Les gens avaient ignoré ses états-d'âme, ils avaient nié l'évidence. Voilà ce qui agaçait profondément le patineur russe. Parce qu'il était doué, parce qu'il était leur légende, il devait continuer à patiner. Aucune place pour ses envies, ses rêves, ses amours. Cette fois-ci, s'en était trop !

Il allait montrer à tout le monde qu'il pouvait aussi faire du bon travail en tant qu'entraineur ! Victor allait vivre comme il l'entendait à partir de maintenant ! Yuuri était la lumière de sa misérable existence, celui qui lui avait fait réalisé le drame de sa vie et qui avait su l'en tirer. Sa force, son courage, son amour. Yuuri allait devenir tout ça.

Une soudaine envie d'éternuer acheva de le réveiller. Tenant toujours Makkachin dans ses bras, il se redressa en position assise pour mieux analyser l'environnement où il était.

Il entendit Yuuri derrière lui baragouiner une petite phrase, ce qui le motiva à se retourner.

Je veux le voir…

Le Japonais avait toujours un air un peu perdu mais ses yeux brillaient plus qu'auparavant. Vraisemblablement, ce que cette femme lui avait dit avait achevé de lui redonner pied dans la réalité. Mais qui était-elle ? Pas sa petite amie, n'est-ce pas ? Victor détestait briser les couples ou intervenir dans les relations des autres. Pourtant, pour les beaux yeux de Yuuri, il était prêt à le faire.

Je ferai mon enquête plus tard. Pour l'instant, je dois me contenter d'attirer son attention pour qu'il n'ait d'yeux que pour moi.

« J'ai faim… Hungry… »

Mission réussie. Yuuri se sentit très concerné par son état et commença à paniquer, ce qui fit prendre conscience à Victor d'à quel point le stress de son disciple pouvait être handicapant. Vaincre ça en plus de sa timidité n'allait pas être une mince affaire. Le défi promettait d'être intéressant.

Autrement, peut-être que cette panique était liée au fait que le kimono de Victor commençait à glisser sur son épaule dans un geste hautement provoquant. Le Russe l'avait bien entendu remarqué mais il ne se rhabilla pas pour autant. Il voulait les yeux de Yuuri sur lui et ferait tout pour arriver à ses fins, même si cela signifiait bousculer un peu sa pudeur.

Je me demande si je m'y prends bien… Si ça se trouve, je vais juste le braquer à trop vouloir l'habituer à moi…

« Q-que veux-tu manger ? »

Victor saisit cette perche au vol pour en apprendre plus sur son hôte.

« J'ai besoin de connaitre ton plat préféré pour t'entrainer ».

Non seulement il obtenait ce qu'il voulait, mais en plus Yuuri sembla touché de cet intérêt pour sa personne. Victor venait de faire d'une pierre deux coups. Et en plus, pour ne rien enlever à son bonheur, le Japonais semblait avoir complétement oublié la jolie femme à côté de lui. Tant qu'il ignorait s'il s'agissait ou non d'une rivale pour le cœur du jeune patineur, il fallait nuancer leur proximité.

Bref, un plan de combat se dessinait dans la tête du Russe alors qu'on lui servit un des plus beaux plats qu'on ait cuisinés pour lui. C'était coloré, cela sentait diablement bon et nul doute que le goût allait être tout aussi divin.

« Wow ! Amazing ! »

La mère de Yuuri avait appelé ça : « Katsudon », ce qui semblait être un plat à base de porc pané. Une merveille. Ne perdant donc pas une seconde de plus, il attrapa ses baguettes et croqua avec plaisir dans la chair tendre de la viande, avant de subir un véritable orgasme gustatif.

« Вкусно ! »

L'injonction lui avait échappé, mais c'était réellement délicieux. Il se perdit en compliments pour témoigner de son bonheur de manger pareille chose. La mère était aux anges, Yuuri volait sur un petit nuage à l'idée de partager les goûts de son idole et Minako – si elle s'appelait bien comme ça – observait la scène avec un sourire mutin.

« Puisque Yuuri grossit vite, il n'en mangeait que lorsqu'il gagnait une rencontre ».

L'interpelé rougit qu'on parlât ainsi de lui sur le ton de la moquerie, il envoya à sa camarade un regard mitigé auquel elle ne répondit que par un sourire espiègle. Leur proximité était chaleureuse. Très chaleureuse. Au point où Victor se retint de bouillir. Heureusement, la moiteur du plat excusait ses joues un peu rouges. Habitué aux sourires de circonstance, il masqua son agacement en réfléchissant sur comment il pouvait poursuivre la conversation.

Tu m'as demandé d'être ton coach alors pourquoi n'essayes-tu pas de me conquérir ?

Yuuri était incompréhensible. Il s'était jeté dans ses bras quatre mois auparavant devant tout le monde pour le réclamer à ses côtés. Certes, il était timide, mais son comportement actuel ressemblait plutôt à quelqu'un qui faisait comme si de rien n'était. « Oh, ça alors, Victor ! Tu veux devenir mon coach ? Je suis étonné ! Permets-tu que j'en parle à ma chère Minako avant de me réintéresser à toi ? »

Calme-toi, calme-toi… Fais la conversation… Force-le à ne parler qu'à toi…

« Yuuri ? Tu as mangé du Katsudon récemment ?

_ Oh yes, yes ! Très souvent ! répondit-il avec un air de chérubin ».

Voilà pourquoi il a grossi…

« Pourquoi donc ? sourit-il en retour, quand bien même il transpirait le faux. Tu n'as rien gagné du tout, pourtant ! »

Je suis un peu trop sec, non ? Oh bon sang, pourquoi j'ai autant de mal à me refreiner ? Je vais lui faire mauvaise impression à le titiller si durement alors qu'on ne se connait qu'à peine.

« Je ne pourrais rien t'enseigner du tout si tu restes gras comme un cochon ! Retrouve ta ligne du championnat de l'an dernier sinon… »

La tête de Yuuri en valait le détour. Victor se savait sévère et piquant mais il lui fallait toute l'attention de son disciple. Et puis, ce qu'il disait n'était pas faux. Sans endurance ni muscles, cela ne servait à rien d'essayer.

Il attrapa un grain de riz dissident qui s'accrochait à son visage pour le glisser à sa bouche avec son petit air angélique habituel.

« … sinon pas d'entrainement ».

Mission réussie, il venait de gagner définitivement l'attention du jeune Japonais.

« D'ici-là, pas de porc pané ! »

Ou peut-être venait-il de le briser psychologiquement…

Ne manquait plus que le coup de grâce :

« D'accord, mon petit cochon ? »

Première phase du plan de conquête activée.

Non seulement ils allaient gagner le Grand Prix à deux, mais en plus de ça, Yuuri lui tomberait dans les bras.

La soirée prit donc fin lorsque Yuuri l'aida à monter ses affaires dans ce qui allait devenir la chambre attitrée du champion russe – mieux que d'aller à l'hôtel, plus chaleureux et gratuit, surtout ! Puis il devait bien l'avouer : l'endroit était charmant. Le seul souci, c'était qu'il n'y avait pas de canapé, meuble que Victor affectionnait beaucoup pour diverses raisons. Entre autres, il adorait s'y mettre à l'envers, les jambes derrière le dossier et la tête dans le vide, pour s'amuser, voir le monde autrement ou taquiner Makkachin qui était toujours perturbé de voir son maitre à l'envers.

Bref, Yuuri déposa le dernier carton avec un soupir fatigué.

« Pardon, cette petite pièce était la seule de libre ».

Trop mignon…

En bon Japonais bien éduqué, le garçon se sentait obligé de présenter ses excuses pour tout et rien. Soit il ne s'agissait que d'une politesse mécanique, soit il était sincèrement inquiet du confort de son nouvel entraineur. Evidemment, pas la peine de faire un dessin pour comprendre que Victor espérait la deuxième option. Il n'était pas vraiment tranquille en ce qui concernait Yuuri. Le jeune homme faisait des mystères et n'osait pas lui confier ses pensées. Communiquer pouvait s'avérer compliqué à l'avenir.

Tout ce que je veux, c'est que tu sois détendu avec moi… comme ce soir-là…

Histoire de tâter le terrain, Victor se surprit à nouveau à provoquer son disciple :

« Tu as l'air inquiet ! Mais ne t'en fais pas, tu me paieras quand tu auras gagné ! Je t'enverrai la note !

_ Uh… thank you…, fut tout ce que le jeune Japonais trouva à répondre ».

Quant au Russe, il s'accorda à penser qu'il en faisait peut-être un peu trop. Taquiner ses proches, c'est bien, c'est sympa, c'est amusant. Mais Yuuri n'était pas encore membre de ce cercle de confiance. Il fallait laisser un peu de temps. Mais c'était plus fort que lui, Victor s'amusait comme un enfant des réactions mi-exagérées, mi-choquées de Yuuri. Celui-ci ne savait vraisemblablement pas sur quel pied danser. En même temps, cela se comprenait : il avait son idole devant les yeux qui allait vivre sous son toit pour l'entrainer en personne. Un rêve devenu réalité, en somme.

Le problème ici, c'est moi. Je suis tellement excité que je me sens obligé de faire n'importe quoi…

Puis être jaloux de cette Minako, c'était d'un puéril ! Victor se savait au-dessus de ça !

Calme et maitrise. Calme et maitrise. Comme à l'entrainement.

Mais que faire de ce regard de chiot qui le fixait depuis le sol ? Touché au cœur, le Russe essaya de ne pas apprécier cette vision trop fantasmée qu'il était en train de construire à partir de cette simple scène. Rien à faire. Yuuri, agenouillé devant lui, le regard inquiet et attendrissant, qui n'avait d'yeux que pour lui, était d'une beauté divine.

Par réflexe sans doute – car il aimait regarder les gens d'égal à égal –, Victor s'agenouilla devant son hôte, et ne réalisa que trop tard qu'il avait un peu mal jaugée les distances. C'était la première fois depuis leurs embrassades au banquet qu'ils étaient si proches. Tellement que les nuances noisette des yeux du Japonais lui apparaissaient clairement.

Il retrouvait ce regard si expressif qui l'avait fait craqué.

Et il craqua lui aussi.

« Yuuri. Je veux tout savoir sur toi ».

Ce n'était pas inné à Victor de dire ce qu'il était en train de dire. Parler à cœur ouvert ainsi ne lui ressemblait pas. Dans l'univers du patinage, il se contentait de sourire et de dire à tout le monde qu'il aimait ce qu'il faisait, sans laisser place à ses états-d'âme. Là, il se livrait à une parole entièrement honnête. Le meilleur là-dedans, c'est qu'il ne se forçait même pas. Il était à ce point convaincu que Yuuri était l'être qu'il lui fallait que cette discrète déclaration lui échappait sans gêne, avec son fin sourire habituel.

Il ne comprendra pas que je me confesse à lui. Mais ça fait tout de même du bien de le dire.

A cet instant, le cœur de Victor était entièrement corrompu par ses émotions. Il ne réalisait pas à quel point il allait trop loin pour leur première nuit sous le même toit. Mais tout était plus fort que lui, surtout cette main qu'il leva au menton de son disciple, une main innocente – parait-il – mais qui lui permettait de toucher enfin une peau chaude et douce qu'il désirait plus que tout. Et toujours, les mots de sa déclaration lui échappaient en un flot intarissable de questions. Des questions car il s'intéressait à lui, parce qu'il voulait tout connaitre – peu importe qu'il s'agisse de ses qualités ou de ses défauts –, parce qu'il l'aimait, tout bêtement.

« Où vas-tu patiner ? Tu aimes ta ville ? Une fille te plait-elle ? »

Ça, c'était pour son enquête personnelle. Il voulait tout savoir, il voulait avoir toutes les cartes en main pour sa stratégie de conquête.

Et puisqu'il était déjà allé trop loin dans le contact, il laissa son kimono couler de quelques centimètres sur ses épaules alors que son autre main caressait à travers le pull le bras tendu et tremblotant de Yuuri, jusqu'à atteindre ce poing fermé, vissé au sol.

Il m'a laissé le toucher jusque-là. Dois-je le prendre comme une victoire ?

Certainement. Et les joues rouges de Yuuri témoignaient que son propre esprit était torturé de ce qu'il se passait.

« Avant de s'entrainer, il faut que l'on instaure une relation de confiance ».

Est-ce que je suis trop proche ? Que se passerait-il si j'approfondissait le contact ? Non, pas encore. Calme-toi. Calme-toi. Calme-toi…

Mais ce fut Yuuri qui brisa le premier l'ambiance lourde de non-dits qui venait de s'installer. Il recula comme si une bête assoiffée de sang lui faisait face – c'était le cas de le dire ! – et partit se cogner au mur du couloir.

« Eh bien ? Pourquoi tu t'enfuis ? »

Victor n'était pas complètement idiot. Il savait qu'il avait trop abusé de la crédulité et du respect illimité que lui vouait son disciple, mais pour l'heure, il valait mieux pour lui qu'il joue le rôle du naïf trop tactile qui ne se rendait compte de rien. Il simula donc la surprise à merveille et passa entre les mailles du filet.

Cet événement lui fit prendre conscience d'une chose : il devait à tout prix calmer ses nerfs.

Et ce qui est tout à fait génial avec cette conclusion, c'est qu'il n'y n'en fera certainement rien.

Un peu comme l'enfant, pris en flagrant délit la bouche recouverte de Nutella et le pot vide dans sa main, qui vous sors avec son sourire d'ange que cela ne se reproduira jamais. Trop tard. Quand on y a goûté une fois, on ne peut plus s'en passer. Victor ne se passera jamais de Yuuri.

Il avait essayé, ce soir-là, de dormir avec le Japonais pour, officiellement, agrandir leur amicale proximité, mais s'était sans surprise fait rejeté en bloc. Il avait entendu beaucoup de mouvement dans la chambre, comme si Yuuri réarrangeait sa chambre ou rangeait son bureau, mais la réponse était restée négative.

Vaincu par cette persévérance et par le loquet de la porte, le Russe était rentré bredouille dans sa chambre avec Makkachin sur les talons, qui ne devait rêver que d'enfin pouvoir dormir une nuit complète.

« Désolé pour aujourd'hui, Makka, s'excusa le maitre en lui frottant affectueusement les oreilles une fois qu'ils furent tous deux assis sur le futon. J'ai été insupportable aujourd'hui, n'est-ce pas ? »

Comme pour confirmer cette déclaration – alors qu'il n'en savait strictement rien –, le chien aboya joyeusement avant d'offrir une léchouille au nez de son meilleur ami. Victor rit doucement en lui frottant la tête, ajustant leur position pour qu'ils puissent tous deux s'allonger sous les draps. Makkachin se roulait en boule, le truffe dépassant du futon, vraisemblablement déjà bien parti pour une nuit de repos.

Ce ne fut pas le cas du patineur.

Cette journée avait été beaucoup trop riche en émotions pour qu'il puisse dormir comme si de rien n'était. Il avait beau faire le fier et sourire à tout va, il n'empêche qu'un élan d'angoisse le prit alors qu'il était là, allongé en silence, dans le premier vrai moment de calme de sa journée, le genre de moment qui ne lui laissait pas d'autre choix que de résumer ce qu'il venait de faire.

Je suis parti. J'ai arrêté le patin. J'ai quitté mon pays sur un coup de tête. J'ai revu Yuuri. J'ai été accepté chez lui…

Il s'allongea sur le côté, face à la porte, comme si son bien-aimé allait entrer d'une minute à l'autre, ce qui serait parfaitement insensé, à moins qu'il n'ait quelque chose de vraiment important à lui dire. Le drap doux caressait sa peau nue comme une caresse érotique après l'amour. Une vague inouïe de sentiments vinrent inonder son cœur. De l'amour à l'incertitude, en passant par la tristesse ou la colère.

L'angoisse… Je l'ai vraiment fait ! Je ne m'en serais jamais cru capable !

Il cacha son visage dans ses mains, par un banal réflexe de défense et d'autoprotection face au monde extérieur qui pourrait le juger.

Et le pire là-dedans…

Il ôta ses mains, dévoila un sourire grand jusqu'aux oreilles et un regard qu'il sentait humide.

c'est que je ne regrette absolument pas ! Je suis tellement excité !

Trop heureux pour s'endormir tout de suite, il attrapa son téléphone et repassa la vidéo de ce bel homme dansant sur son programme. Beau. Parfait. Désirable.

« Yuuri… Je te jure que tu retrouveras cet instant de gloire… Je resterai avec toi jusqu'au bout… Juste… Stay close to me… »

L'émotion continua d'humidifier ses yeux et il eut le réflexe de se retourner vers Makkachin pour le prendre dans ses bras. Le chien se laissa faire, appréciant cette chaleur qui lui avait tant manqué. Il lui sembla que son maitre pleurait mais ne ressenti aucune tristesse émanant de lui. Rassuré, le chien s'endormit, suivi bientôt par Victor, plus motivé que jamais.


Eh sérieusement ! Ça marche ou pas, ce Victor calculateur qui joue le rôle du tebê de service ? XD Je trouve ça crédible mais j'ai peur en même temps de m'éloigner du personnage. D'un autre côté, c'est le genre de mec que je voie bien prêt à tut au nom de l'amour…

Oh bon sang ! Ce personnage me rend déjà dingue ! Moi qui espérais faire une fic à la con, je suis en train de me torturer la tête parce que je ne le comprend pas ! Argh ! Victor, bordel ! Qui es-tuuuuuu ?! Q^Q

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à réagir pour donner vos interprétations du personnage, ça pourra très certainement m'aider !

Biz' !