La review de Valire sur le chapitre 1 m'y fait penser, donc je le précise d'ores et déjà : point de Megumi (et encore moins d'Hiroki, du coup) dans cette fic là :D. Merci pour vos réactions lors du lancement de la fic :) !
Chapitre 2
Plus tard dans la soirée, Tetsu était rentré chez lui accompagné de Ken, qui avait oublié sa veste dans l'appartement du bassiste la dernière fois qu'il y était venu, et qui venait donc la récupérer. Ils avaient passé plusieurs heures à quatre aujourd'hui, avec les autres membres du groupe, à parler de la manière dont ils allaient s'organiser les prochains jours, voire les prochaines semaines. Car entre les obligations professionnelles des uns et les personnelles des autres, parfois se réunir à quatre pour bosser un peu s'avérait plutôt compliqué à gérer, mine de rien. Mais ils avaient fini par tomber d'accord. Et puis Hyde avait eu des choses à faire sur le soir, alors ils s'étaient séparés en se donnant tous rendez-vous dès le lendemain même. Du coup, le bassiste avait proposé à Ken d'aller chez lui, d'abord pour qu'il récupère ses affaires, et puis ensuite parce qu'il était encore tôt et que Tetsu avait envie de prolonger la soirée. Il aimait bien ces moments un peu plus calmes, en comité réduit, où il avait le loisir de voir son vieil ami seul à seul, et parfois de retomber dans une certaine nostalgie en évoquant de vieux souvenirs... Lorsqu'il arriva dans son salon, il vit tout de suite la veste de son ami au bout du canapé, laissée telle quelle. Il faut dire qu'il était parti assez vite la fois passée tant il tombait de sommeil et voulait arriver chez lui avant d'être trop fatigué, alors il n'avait pas fait attention...
Tiens, elle était là.
Super, merci.
Tu veux boire un truc ?
Oh oui pourquoi pas ? Fit Ken, pas pressé d'y aller, vu qu'il n'avait rien de spécial de prévu.
J'ai des bières... constata le bassiste en en sortant deux du frigo.
Il les ouvrit et en tendit une à son ami d'enfance, se faisant la réflexion qu'ils passaient pas mal de temps ensemble ces temps-ci, finalement. Il faut dire que Ken était probablement le seul ami qu'il avait gardé de l'adolescence. Le seul ami proche, en tout cas. Evidemment le fait de travailler ensemble n'était pas étranger à ce fait, mais même sans cela, Tetsu était content que justement, leur entente n'ait jamais pâti du fait qu'il y avait aussi une relation de travail entre eux. Et il appréciait toujours les moments passés avec lui. Ken était à la fois quelqu'un avec qui l'on était assuré de bien rire, mais aussi quelqu'un de sérieux lorsqu'il le fallait. Si on le branchait sur la musique, alors le guitariste pouvait se lancer dans d'interminables monologues sur un point de détail. Mais il en parlait de manière si passionnée que Tetsu prenait toujours plaisir à l'écouter, surtout quand il se sentait un peu seul, comme c'était le cas ces temps-ci. Du coup, la perspective de prolonger la soirée avec lui fut de bonne augure... Mais ça, c'était bien parce que Tetsu avait totalement oublié une discussion qu'ils avaient eu plus tôt dans la journée. Discussion dont Ken se rappelait bien lui, et qu'il remit sur le tapis illico :
Parfait. Alors dis-moi un peu : quel est ton plan d'attaque ?
Mon quoi ? Demanda Tetsu sans comprendre.
Ta stratégie, si tu préfères. Je suis curieux de savoir comment tu vas t'y prendre pour décrocher le gros lot.
Le... ? Oh c'est pas vrai, réalisa-t-il, tu es encore sur cette histoire ? Tu ne penses pas sérieusement que je vais te suivre là-dedans ? S'amusa-t-il, trouvant cela si absurde qu'il pensait que Ken ne pouvait que le taquiner.
Mais bien sûr que j'y pense. Après tout tu as accepté, non ?
Alors pour commencer, expliqua Tetsu sur le ton de celui qui n'était pas né de la dernière pluie, j'ai été stupide de te suivre dans tes délires. Mais si j'avais accepté, ce n'était sûrement pas dans ces conditions. Tu l'as vu arriver de loin et tu as trouvé que ce serait amusant de te moquer de moi, seulement moi je ne marche pas.
Ah non, je te jure que non ! S'exclama Ken sincèrement. J'avoue que je trouve la situation vraiment drôle, mais je ne l'ai pas vu venir. Je l'ai vu uniquement quand il est arrivé vers nous, promis juré.
C'est ça...
Je te jure ! Affirma-t-il encore, si bien que Tetsu finit par le croire.
Admettons que ce soit vrai, je ne marche toujours pas. Il faudrait être cinglé.
Songes-y, au fond c'est pratique : tu n'as pas à savoir comment nouer un contact au moins, c'est déjà ça de gagné, fit Ken en haussant les épaules.
Tu es inconscient...
Je constate qu'il répond à tous les critères... s'amusa-t-il sans pouvoir s'empêcher de sourire.
Peut-être bien, mais il n'en reste pas moins que c'est Hyde.
Et ? Il a fait vœu d'abstinence ? Se moqua-t-il.
Ôte-moi d'un doute : tu as quand même bien des principes là-dessus, non ?
Du genre ?
Du genre ne pas coucher avec tes amis, répondit Tetsu, qui commençait sérieusement à douter de la moralité de son ami.
Ah, ça ? Ah ben non.
Non ? Attends, sois sérieux une minute là, s'étonna-t-il. On ne joue plus.
Je suis sérieux.
Mais...
Et bien, voilà qui était quand même un minimum étonnant. Autant Ken pouvait parfois aller loin dans ses plaisanteries et dans sa légèreté, autant Tetsu avait toujours su qu'au fond c'était quelqu'un qui avait ses principes et à qui on pouvait faire confiance sans problème. C'est pour cela qu'il était quand même un peu étonné de l'entendre dire tout naturellement qu'il n'avait aucun problème sur ce sujet. Pourtant -et on allait encore dire qu'il était coincé !-, Tetsu pensait quand même avoir raison, sur ce coup là. Pour lui, cela allait même de soi : sortir avec un ou une amie était une très mauvaise idée, peu importe qui était la personne concernée et quel était le contexte. C'était toujours compliqué, et puis au contraire, le fait de bien se connaître ne facilitait pas forcément les choses. Sans même parler du fait qu'une rupture signait peut-être aussi la fin de l'amitié en question, chose que Tetsu avait du mal à concevoir. C'était peut-être une prudence excessive, mais il avait toujours bien fait attention à cela. Il avait vu trop de ses amis justement, se perdre dans ce genre de relations compliquées et en souffrir à la fin. Ce n'était jamais une bonne chose.
La famille des amis, oui. Pas touche à la sœur, expliqua Ken très sérieusement, la cousine, la tante... encore moins la mère, beurk. La petite copine aussi, évidemment. Mais les amis en tant que tel, pourquoi non ?
Mais... J'en sais rien... bafouilla Tetsu, un peu décontenancé par son assurance. Imagine que tu sors avec un ami. Enfin une amie, dans ton cas. Si ça se termine mal... Tu perds tout.
Mais pourquoi faudrait-il que ça se finisse mal ?
C'est une hypothèse...
On peut aussi se dire qu'on est adulte et qu'on peut cesser une relation très calmement, sans larmes ni tromperie ni rien de ce genre... et garder une bonne relation après.
Tu ne vas quand même pas me dire que toutes les relations que tu as eues se sont bien terminées à chaque fois ?
Non, évidemment... reconnut le guitariste. Mais bon il ne faut pas y penser avant de faire quoi que ce soit, sinon on ne ferait jamais rien.
Je préfère garder une relation très bonne telle qu'elle est plutôt que de tout risquer, affirma Tetsu d'un air convaincu.
C'est pour ce genre de réflexions que je dis que tu es coincé.
Alors là je ne vois pas le rapport, je suis responsable. En plus, je pourrai encore l'admettre si ça valait le coup... Mais là, pour un stupide pari, je ne me vois pas tout risquer.
Qui sait, ça sera peut-être profitable ? Dans le fond, tu te plains toujours que les gens ont du mal à te comprendre et à accepter qui tu es... Au moins là, il n'y aurait pas ce problème.
Moui...
C'est vrai que Tetsu ressortait toujours d'une relation amoureuse avec ce constat : personne ne me comprend. Ce n'était pas qu'il prenait plaisir à passer pour un martyr, mais c'était la vérité : Tetsu était une personne très particulière, avec de multiples facettes, qu'il était difficile de cerner. Tantôt très enfantin et tantôt vieux jeu, déjanté ou très sérieux, il déroutait pas mal les nouveaux venus, qui avaient du mal à le suivre. Il avait ses défauts comme tout le monde, ses habitudes et ses névroses, et jusqu'ici sa vie amoureuse n'était pas brillante, ce n'était rien de le dire. Déjà, il avait mis du temps à s'accepter comme il était, ce qui n'avait pas contribué à accélérer les choses...
Ce qu'il ignorait en revanche, c'était le discours que Ken s'apprêtait à lui tenir d'ici quelques instants. En effet le guitariste, sous ses dehors légers et débonnaires, était un bon observateur. Il ne disait rien, mais n'en pensait pas moins. Et il était suffisamment fin pour que rien ne lui échappe, surtout quand cela concernait Tetsu, qu'il connaissait très bien en prime. Et si tout ceci avait démarré comme une grosse blague, Ken devenait sérieux parce qu'il y avait quelque chose dont il avait conscience, et qu'il voulait que Tetsu sache.
C'est vrai : tu sais que Hyde t'adore. Je ne suis même pas sûr qu'il arriverait à te trouver un défaut, si on lui posait la question. Toi qui a toujours du mal à construire quelque chose parce que tu es trop réservé ou je ne sais quoi... Dans ce cas là, tu aurais quelqu'un qui te prendrait tel que tu es et qui ne chercherait pas à te changer. Je trouve que ça vaut quand même le coup, parce que mine de rien, c'est pas si courant.
À t'entendre parler, on jurerait que tu as déjà réfléchi à la question... comprit Tetsu avec étonnement. Mais depuis plus longtemps que tout à l'heure...
Ben oui et non en fait.
Tu peux préciser ?
Je ne sais pas si j'y ai vraiment réfléchi... Mais tu veux que je sois franc ?
Parce qu'il y a des fois où tu ne l'es pas ? Plaisanta Tetsu, ce qui le fit sourire.
C'est vrai. C'est juste que je n'aurais rien à dire si tu étais heureux et tout ça... hésita Ken avant de se lancer, l'air grave. Mais je vois bien que tu es malheureux.
D'où ça sort, ça ? Fit Tetsu, aussitôt sur la défensive.
Oh s'il te plaît, pas à moi. Je te taquinais tout à l'heure en te disant que tu étais coincé et tout... Mais dans le fond, je suis sérieux. Je m'inquiète pour toi.
Tu t'inquiètes ?
Certains sont faits pour avoir des relations durables, sérieuses... expliqua Ken, tentant d'être diplomate. D'autres sont plus à l'aise dans les trucs pas prises de tête et temporaires... Peu importe au fond, si on est heureux en agissant d'une façon ou d'une autre. Mais toi, rien ne te convient. Tu as déjà essayé de passer d'une personne à une autre comme si ça n'avait pas d'importance, mais je sais bien que ça te fait du mal... Et quand tu as voulu être sérieux, je t'ai ramassé à la petite cuillère à chaque fois.
Pas à chaque fois...
Ah bon ? Releva Ken en le regardant bien en face. Note bien que ça ne me dérange pas : je suis là pour ça et je le serai toujours, à chaque fois qu'il y aura besoin. Mais j'aimerais que pour une fois tu trouves quelqu'un qui sache de quelle manière te rendre heureux. Tu le mérites autant qu'un autre, après tout.
Et tu penses vraiment qu'en me forçant à tomber dans les bras d'un ami vieux de vingt ans, que j'ai toujours vu comme un ami je précise, j'irai mieux ? S'esclaffa Tetsu, très gêné par ce qu'il entendait.
J'en sais rien, je ne lis pas encore dans l'avenir ! Mais quand j'y pense, je me dis que ça ne serait pas si bête. Je n'y songeais pas avant qu'il ne nous rejoigne au café mais... Après tout peut-être que ça devait se passer comme ça ? Regarde, je te dis « le premier type qui passe »... Et boum, c'est lui. C'est quand même fou, non ?
Tu crois au destin, maintenant ?
Alors là, Tetsu allait de surprise en surprise. Il savait évidemment que Ken était tout à fait capable d'être le plus sérieux du monde... De même qu'il savait combien il était attaché à lui et avait toujours veillé sur lui un peu comme un grand frère... Mais il était à des kilomètres de penser que Ken avait réellement réfléchi à son cas depuis un moment, et s'en faisait pour lui. Sur le coup il ne sut quel sentiment l'emportait : de la culpabilité pour l'inquiéter, à la colère comme quand on se fait démasquer d'un coup, en passant par l'envie de nier pour le rassurer... ou parce qu'il ne voulait pas entendre certaines vérités. C'est toujours un peu humiliant, d'entendre qu'on mène si mal sa vie qu'on en arrive à ce que nos amis se fassent des cheveux blanc pour nous... Tetsu avait évidemment conscience de cette réalité. Il ne pensait juste pas que Ken aussi.
Je pense qu'il y a des choses qui doivent se passer. Et des gens qui doivent se rencontrer, affirma Ken, l'air toujours très sûr de lui. Si Hyde et toi c'est une absurdité, alors il te le dira lui-même et voilà, on en rira après. Mais peut-être que c'est un signe ?
Ça ne te ressemble pas de parler comme ça... s'étonna-t-il.
C'est peut-être parce que cette année on fête nos 20 ans de carrière... fit Ken pensivement. J'y ai pas mal pensé, tu sais. Quand je regarde en arrière, j'ai du mal à me dire « quel hasard ! » ou « on a eu de la chance ». Je crois que c'était surtout du boulot, beaucoup de boulot... Mais qui sait si ça ne devait pas se passer, aussi ? Et là, je me dis que la seule personne en dehors de moi, à laquelle tu t'es ouvert durant ces 20 années, c'est quand même lui. Pourquoi ?
Parce qu'il est mon ami. Comme toi ou Yukki.
Je sais que tu n'as jamais eu ce genre de pensées pour lui, comprit Ken, d'ailleurs c'est même surprenant quand on y pense. Mais ça peut peut-être venir ?
Mais ça ne se commande pas ça, Ken, expliqua le bassiste. Si ça avait dû être le cas, ça aurait été fait depuis bien longtemps. Je ne peux pas me forcer, tout comme lui d'ailleurs.
Ok, alors on n'a qu'à dire que tu veux gagner ce pari, soupira Ken, essayant une autre argumentation. Penses un peu le bien que ça ferait à ton ego de te dire que des millions de personnes le veulent et que toi, tu as la possibilité de l'avoir, s'amusa-t-il.
C'est pas un tas de viande, tu sais...
Si on peut plus plaisanter...
Très drôle. Il apprécierait.
Bon alors c'est non, si j'ai bien compris.
C'est oui, fit Tetsu sans souciller.
Alors là je suis perdu.
Je vais te mettre le nez dans tes conneries, fanfaronna-t-il en se levant pour aller chercher deux autres bières. Tu verras que je suis très bien comme je suis, que tu n'as pas à t'en faire pour moi, que je suis capable d'intéresser quelqu'un et voilà.
Ta fierté te perdra... murmura Ken pour lui-même, avec un large sourire.
Quoi ?
Non, rien...
